Chapitre 5 : Tracking


Bones soupira avant de piquer ses patates avec sa fourchette.

_L'équipage va bien, Jim. Personne n'est venu nous voir pour dire que ça n'allait pas.

Jim fit une grimace en avalant ses légumes. Il avait passé sa journée entière à errer entre les ponts pour savoir comment l'équipage allait. Tout le monde lui souriait, discutait avec lui, mais Jim n'était pas rassuré pour autant. Il avait fait en sorte de ne pas transmettre son inquiétude, continuant à sourire et blaguer, même sur sa blessure. Mais il remettait tout en doute.

_Ils viendront peut-être plus tard, Bones.

Le médecin secoua la tête.

_Pour l'instant, le seul type hyper stressé qui est venu me voir dîne avec moi.

Jim le foudroya du regard.

_Je suis sérieux.

Le médecin s'essuya la bouche avant de boire.

_Mais moi aussi ! T'as crapahuté dans tous les ponts toute la journée, tu as assisté Sheridan et Valiéry dans les réparations du transporteur secondaire et t'es allé sur le pont principal pour voir comment ça se passait ! Et je t'avais dit quoi ce matin ? T'as déjà bien de la chance que tes symptômes se soient atténués.

Jim haussa les sourcils, ignorant totalement les dernières remarques du médecin. Il restait focalisé sur la première information :

_Mais comment tu fais pour savoir tout le temps ce que je fais ?! Je n'ai pas croisé Christine une seule fois !

Bones lui adressa un regard empli de fierté.

_J'ai des talents cachés.

Jim piqua fermement ses légumes, restant silencieux. Bones reprit un air sérieux.

_Tu te mets sincèrement la pression pour rien, Jim. Des turbulences, on en a déjà eues. Nolan, notre seul blessé grave va mieux et il n'y a aucun dommage important et encore moins d'irréparable. Il faut que tu te détendes un peu. Tu as parlé à Spock ?

Jim hocha la tête.

_Ouai. La zone est tranquille, et nous ne sommes plus dans les nuages orageux. Il surveille attentivement les communications car apparemment nos scruteurs sont brouillés.

Bones secoua la tête.

_Je parlais pas de ça, Jim.

Le blond mit quelques secondes avant de comprendre. Il se ferma par réflexe.

_Non, je lui ai rien dit, répondit-il sur un ton ferme.

Le médecin soupira.

_Jim, il faut que tu parles de tes angoisses à quelqu'un. A moi, à Spock, ou même à Keenser, je m'en fiche ! Mais il faut que tu vides ce que tu as sur la conscience.

Jim reposa sa fourchette.

_Tu sais bien que je ne veux pas te rajouter plus de mes problèmes. Je t'en ai déjà fait assez baver avec Anthony durant nos classes.

Bones se pencha sur son plateau.

_Tu es mon ami, Jim. Mon meilleur ami. Tes problèmes sont aussi les miens. Je peux gérer. Ok ? Juste, vides-toi la tête. Et si, comme je te l'ai dit, c'est en lien avec Khan…

Jim hocha la tête.

_J'ai compris. On peut changer de sujet ?

Il ne voulait vraiment plus en parler. Bones se remit en arrière sur sa chaise. Il eut un temps de réflexion avant de décocher un sourire malicieux.

_Et sinon, j'ai des ragots sur Chekov et sa denobulan, ça t'intéresse ?

Et le sourire malicieux de Jim s'afficha sur son visage.

_Crache le morceau !


Jim avait le regard fixé sur les nuances de couleurs qui défilaient à l'extérieur du vaisseau. C'était si calme, si tranquille, si apaisant. Il se disait que sans les déflecteurs, les nuances seraient presque à portée de main. Des trainées de poussière qui semblaient si paisibles dans l'immensité de l'espace. Et pourtant l'espace pouvait se montrer chaotique et ces magnifiques nuances pouvaient cacher de terribles éclairs. Des éclairs si puissants qu'ils avaient réussi à impacter le vaisseau.

Il entendit des pas s'approcher. Jim pouvait reconnaître sans peine au son de la démarche de qui il s'agissait. Spock.

_Jim, vous devriez aller vous reposer.

Le blond hocha vaguement la tête. Il était fatigué, mais il avait encore envie de regarder l'espace. A cette heure-ci, le hall du pont 10 était vide. Jim pouvait alors s'assoir sur les marches de la zone de détente et il pouvait observer l'espace par la grande fenêtre de plusieurs mètres. Il ne détourna pas le regard lorsqu'il répondit :

_Je ne vais pas tarder.

Il entendit du mouvement à côté de lui. Spock venait de s'assoir à ses côtés et resta silencieux. Jim pouvait alors apprécier la vue, et la présence du vulcain. Il était proche de lui. Il pouvait sentir étroitement sa présence.

Spock. Bones voulait qu'il lui parle. Qu'il se confie à lui. Jim n'avait rien contre le fait de parler à Spock. Rien, à part le fait qu'il avait peur de ce qu'il pourrait penser de lui. Il avait peur de le décevoir, encore. Il soupira, finissant par se prendre la tête dans les mains. Bones avait raison. Ça pesait lourd sur ses épaules. Toutes ses angoisses, toute cette culpabilité… Il prit une grande inspiration, son cœur se serrant d'appréhension.

_Est-ce que… (Il marqua une pause.) Est-ce que je suis un mauvais Capitaine, Spock ?

Ses yeux devinrent immédiatement humides. Jim garda son regard fixé vers la vitre, faisant des efforts pour contenir ses émotions.

_C'est ce qui vous angoisse ?

Jim serra les dents. Spock ne répondait pas à sa question. Il se passa une main dans les cheveux.

_En partie.

L'air s'était comme bloqué dans sa poitrine. Il ne pouvait rien dire de plus. Il ne pouvait pas regarder Spock dans les yeux. Il ne pouvait pas perdre la face. Même si c'était Spock, même s'ils étaient seuls.

_Je n'ai servi que sous le commandement du Capitaine Pike et le vôtre. Le Capitaine Pike était un homme que je respectais et que j'admirais pour sa droiture et son sens moral. Il était un bon capitaine, et il pensait que vous seriez meilleur que lui. Je le pense également. Vous êtes un bon capitaine, Jim. Et vous remettre en question ne fait que l'attester. Vous ne pourrez que devenir meilleur encore, si toutefois vous vous permettez d'y croire.

Jim fixa l'espace. Il n'osait pas esquisser le moindre geste pour essuyer la larme unique qui lui avait échappé. Les mots de Spock lui allaient droit au cœur.

_Vous avez traversé de nombreuses épreuves difficiles, mais vous les avez surmontées. J'ai pu apprendre en étant à vos côtés que vous aviez un don inné pour trouver une issue. Même si je ne comprends pas comment fonctionne l'instinct, il est certain que vous savez l'utiliser. Ne cessez jamais de croire en vous.

Cette fois, Jim cacha son visage dans ses mains. Le hall fut à nouveau silencieux. On pouvait juste entendre les vrombissements du vaisseau. Les paroles de Spock, toujours sincères, venaient de lui ôter un poids énorme de la poitrine. Si énorme que ses murs émotionnels s'effondraient. Il sentit la main de Spock se poser sur son épaule. Cette prise ferme et chaleureuse. Ça lui faisait du bien. Ça le détendait. Il se lança à nouveau, libérant une part de culpabilité.

_Pike me manque. Si j'avais agi autrement, s'il n'avait pas récupéré l'Enterprise, peut-être que-

Il s'arrêta lorsque la pression sur son épaule s'affermit. Il se dégagea le visage, reprenant contenance avant de tourner la tête vers Spock, qui reprit :

_Vous ne pouviez rien faire pour l'empêcher, Jim. Vous avez fait votre devoir, vous avez protégé votre équipage.

Le ton de Spock était un ton plus dur. Jim pouvait entendre la différence à force de bien le connaître. Il regarda le vulcain droit dans les yeux, sa voix laissant transparaître son amertume.

_Je n'ai pas protégé tout le monde. J'ai échoué.

Spock répliqua encore plus durement.

_Vous avez protégé la majorité de l'équipage en permettant au vaisseau d'avoir à nouveau de l'énergie. Au prix de votre vie. Pour toutes ces personnes, ce n'est pas un échec.

La main de Spock serra plus fermement l'épaule de Jim. S'en était presque douloureux, mais ça semblait inconscient. Quelque chose dérangeait Spock. Jim essaya de comprendre. Il dévisagea le vulcain, qui avait porté son attention sur la vue spatiale. Il ouvrit la bouche pour parler quand Spock reprit de lui-même :

_Vous n'auriez pas dû y aller. Ce n'était pas votre rôle.

Toute peine et culpabilité que Jim pouvait ressentir se changea doucement en surprise.

_Comment ça « pas votre rôle » ?

Spock tourna la tête vers lui, son intonation toujours aussi dure.

_Vous auriez dû être à votre poste de commandement, et j'aurais dû m'assurer que les moteurs soient fonctionnels.

Jim se mit d'instinct sur la défensive, réagissant malgré lui au changement de ton de Spock.

_Nous avons changé pour une raison.

_Et cette raison vous a conduit à vous rendre au cœur du réacteur. Nos rôles auraient dû être inversés.

Spock l'avait lâché pour lui faire face. Jim avait fait pareil, son cœur s'accélérant alors qu'il comprenait où le vulcain voulait en venir.

_Ce n'était le rôle de personne, Spock ! Il fallait le faire, je l'ai fait ! J'espère sincèrement que vous n'insinuez pas que vous auriez dû y aller, sous prétexte que vous êtes le Numero 1 et moi le Capitaine.

Jim le défiait. Tous ses muscles étaient tendus. Spock ne répondit pas. La colère de Jim monta d'un coup et il se leva, son sang palpitant à ses tempes. Lorsqu'il parla, sa voix tremblait de colère.

_Ma vie n'a pas plus de valeur que la vôtre ou que n'importe quel autre membre de l'équipage, est-ce que c'est clair ?

Sa question n'en était pas une et Spock le savait. Il se leva pour lui faire face. Les yeux de Jim étaient humides à nouveau. Il était fou de rage.

_Je ne veux plus jamais entendre ce genre d'insinuations. Jamais.

Il leva les yeux pour empêcher les larmes de couler, puis secoua la tête. A quel moment il s'était dit que ce serait une bonne idée d'avoir ce genre de conversation avec un vulcain ?

_Bones voulait que je vous parle de mes cauchemars. (Il lâcha un rire jaune). Le truc, c'est que c'est plus de l'ordre des souvenirs que des rêves. Chaque fois que je ferme les yeux, je ressens cette douleur alors que mes tripes fondent littéralement. J'entends les hurlements, j'entends les cris de peur. C'est comme ça que je paie le fait que vous et Bones, ayez pensé que ma vie valait plus que les autres !

Il se mit à rire. C'était plus fort que lui, c'était nerveux. Il se mordit la lèvre en regardant l'espace, les yeux toujours emplis de larmes, mais qui ne coulaient pas.

_Vous n'auriez jamais-

_Nous avons agi le plus objectivement possible, le coupa Spock. C'est tombé sur vous, comme ça aurait pu tomber sur n'importe qui. Vous remplissiez le plus de conditions pour l'essai.

Jim avait la haine. Spock n'avait aucune idée de l'étendue des conséquences de ses actes. Ça le bouffait de l'intérieur. Il serra ses poings à en faire blanchir ses jointures.

_« Essai ». C'est pour ce genre d' « essai » que vous vouliez attraper un Amélioré comme Khan vivant ? La science avant tout ?

La pique de Jim toucha en plein dans le mille. Spock serra la mâchoire. Il venait de le mettre assez en colère pour qu'il ne cache plus son émotion.

_Ce n'est pas ce qu'il s'est passé.

Jim haussa les épaules d'un air faussement désintéressé.

_Vraiment ? Comment savoir, aucun détail ne figure dans votre fichu rapport.

_Tout ce qu'il y a besoin de savoir est dedans.

Jim était exaspéré par la réserve de Spock.

Jamais personne ne lui avait réellement dit comment les choses s'étaient passées. Il était mort, puis Bones lui avait injecté un composé avec le sang de Khan et sa vie avait repris. C'est tout. Aucune explication sur le crash du vaisseau, sur l'arrestation de Khan, sur cette « expérience » menée uniquement sur lui. Jim ne se rendait réellement compte que maintenant que le fait de ne pas savoir le rongeait. Que le fait qu'il soit le seul sujet de l'expérience soit lui, sans explications. Et il n'obtiendrait toujours pas ce dont il avait besoin pour combler ce vide. Il n'obtiendrait rien de la part du vulcain.

Il soupira, toujours en colère, mais plus assez pour qu'elle explose. Il en avait marre de cette conversation. Son sang pulsait à ses tempes, il était fatigué et tout ça n'arrangerait rien. Son esprit ruminait toujours la même pensée depuis des mois, et qui lui pesait tant : il aurait souhaité être mort ce jour-là.

Il se dirigea vers la sortie, les dernières images de ce qu'il avait vu avant de mourir lui revenant en mémoire. Il s'arrêta un instant, pour adresser une dernière phrase à Spock :

_J'aurais au moins eu l'honneur d'avoir touché votre quotient émotionnel en mourant.

Puis il partit. Ses larmes avaient séché, mais son cœur battait toujours avec cette pression qu'il ressentait sur la poitrine chaque fois qu'il était émotionnellement perturbé. Il arriva rapidement à ses quartiers et y entra en lâchant un soupir de lassitude.

_Et vous, qu'auriez-vous fait à ma place ?

Jim fronça les sourcils et fit volte-face à Spock : ses quelques mèches ébouriffées montraient qu'il avait couru pour arriver à temps.

_Pardon ?

Spock réitéra sa question alors que la porte des quartiers de Jim se ferma derrière lui :

_Si j'avais été dans ce sas, qu'auriez-vous fait ?

Sur l'instant, la réponse parut évidente pour Jim. Si évidente, que la question en était presque stupide. Et c'est là, qu'il comprit où Spock voulait en venir. Enfin, presque. Jim reprochait au vulcain et à son meilleur ami d'avoir fait un acte que lui-même aurait fait pour l'un d'eux, sans se remettre en question. Sans penser aux conséquences, alors qu'il les connaissait. Il hocha la tête, se calmant. Il était trop à fleur de peau. Il essaya de répondre calmement :

_Touché. Si on m'avait dit que j'avais la moindre chance de vous sauver, j'aurais tout tenté.

C'était un fait. Pas de quoi en avoir honte. Pas pour ça.

_Je n'ai peut-être pas la capacité de le montrer aussi bien que le Docteur McCoy, mais vous êtes mon ami. Je suis quelque peu étranger aux mécanismes émotionnels humains, mais je peux apprendre. Je peux être présent pour vous.

Jim baissa la tête vers ses mains, dépliant ses doigts engourdis parce qu'il avait serré les poings trop fort. Il scruta ses doigts minutieusement, pour se détacher de ce qu'il allait dire :

_Je me souviens de tout, dans les moindres détails. C'est si vif, si réel, que j'ai encore l'impression d'être dans ce sas, que je suis en train de mourir, et que je n'en sortirais jamais…

Il tirait sur ses doigts. Les mains de Spock séparèrent les siennes sans les lâcher.

_Cette douleur…cette peur… Je n'arrive pas à m'en défaire…

Il était épuisé de lutter constamment contre ses émotions. Il laissa son regard se perdre sur les mains de Spock, sur ses reliefs, sur la douceur de sa peau, sur la force dans sa prise. Il prit une grande inspiration.

_Je ne veux pas qu'à cause de mes erreurs de Capitaine, d'autres personnes aient à vivre ça, vous comprenez ?

Il se força à lever les yeux vers Spock. Le vulcain leva la tête en même temps que lui, et Jim fut subjugué par la profondeur du regard brun en face de lui. Il se rappelait à quel point Spock pouvait être un être sensible, même s'il se forçait à taire ses émotions. C'est à cette pensée que Jim réalisa ce qu'il faisait. Il lâcha Spock comme s'il l'avait brûlé.

_Désolé.

Il se maudit d'avoir oublié l'empathie tactile des vulcains. Il le savait pourtant. Quel con. Un vulcain pouvait considérer ça comme une agression.

_Jim.

Spock porta la main sur sa joue. Ce fut si délicat qu'il se tendit. Le pouce de Spock glissa sur sa mâchoire, alors que l'index se plaçait sur son arcade sourcilière. Jim ne comprit que trop tard ce que Spock souhaitait faire.

_Nos esprits se mêlent et ne font qu'un.

Jim pensa à protester. Mais le contact entre eux s'établissait déjà.

Jim crut qu'il tombait. Il fut submergé par un flot de souvenirs, de sensations, d'émotions. Il avait déjà vécu ça. Il chercha à reprendre pied alors que Spock affinait les images et qu'il entendait sa voix, dans ses souvenirs. Jim put voir de nombreux souvenirs d'eux, chaque souvenir lui apportant cette douce chaleur réconfortante, lui faisant ressentir une certaine admiration, un profond respect et une affection sans bornes.

Puis la connexion se rompit. Ce fut très court, bien plus court que le récit de Spock Prime. Et différent. En tous points. Jim rouvrit ses yeux qu'il avait fermés par réflexe. Le regard sombre de Spock le scrutait alors qu'ils s'appuyaient mutuellement l'un sur l'autre. Il ne s'était même pas rendu compte qu'ils avaient tous les deux bougé.

Jim se donna le temps d'encaisser et de remettre à nouveau de l'ordre dans ses idées. Spock venait de s'ouvrir à lui. En faisant ça, c'était comme si une barrière entre eux venait de céder. Ce qu'ils venaient de partager était fort, intime, et Jim sentait cette émotion puissante et chaleureuse que dégageait Spock chasser toutes ses craintes. Il ne savait pas comment c'était possible, mais c'était la seule description qu'il pouvait fournir sur ce qu'il ressentait.

Et ça lui faisait un bien fou. Il avait l'impression qu'un poids énorme venait de se retirer de ses épaules. Tout ça grâce à Spock. Il lui donnait tant, et Jim ne savait pas comment lui montrer toute sa gratitude. Sans réfléchir, il prit la main du vulcain qui avait établi la connexion entre eux. Les mains de Spock étaient toujours si chaudes, et douces, et la sensation de toucher ses doigts était grisante. Probablement un écho de leur contact télépathique.

_Spock-

Le vulcain retira sa main et recula.

_Vous êtes un bon Capitaine, Jim. Et il est temps de vous reposer. Bonne nuit.

Le blond n'eut pas le temps de réagir que Spock passait la porte. Jim resta de longues minutes immobile après son départ, encore chamboulé par tout ce qu'il venait de vivre.


Spock consultait les derniers rapports reçus sur son PADD alors qu'il était sur le pont principal. L'un deux était le dernier rapport médical concernant James T. Kirk. Le Docteur McCoy et lui avaient convenu de l'envoi de ces rapports en privé depuis qu'ils avaient forcé leur capitaine au repos. D'après ce dernier rapport, Jim allait mieux. Ses constantes étaient bien remontées et le Docteur considérait que le repos de Jim ces derniers jours lui avait fait du bien.

Le vulcain ne pouvait que se fier à l'avis du médecin. Il n'avait pas vu son capitaine ces derniers jours. En fait, ils ne s'étaient pas vus depuis qu'ils avaient partagé une connexion mentale. Spock ne se pardonnait pas cette erreur. Il n'aurait jamais dû céder à ses envies et se connecter à Jim. Il n'aurait jamais dû dévoiler cette part de lui qu'il avait toujours terrée, même à Nyota. Parce que désormais, il ne pouvait pas revenir en arrière. Il n'arrivait pas à oublier ce qu'il avait ressenti.

Au moins, ce qu'il avait fait avait l'air d'avoir servi. Jim était en meilleure santé. Le Docteur McCoy pensait le réhabiliter dans deux jours. Il avait donc atteint ses objectifs et son capitaine serait à nouveau apte à commander en utilisant toutes ses capacités. Même s'il savait que désormais, leur relation ne serait plus la même. Spock avait fait un écart et ça allait lui coûter cher. Il savait que sur le long terme, ce qu'il avait fait aurait des répercussions. Ça en avait déjà.

Il ne pouvait pas se permettre, en tant que numéro 1, de garder ses distances avec son capitaine. Ils n'avaient échangés que par messagerie numérique, sans avoir de conversation directe. Leur manque de communication allait avoir des répercussions sur leur équipage. Il devait aller lui parler. Se montrer devant d'autres membres de l'équipage en sa compagnie.

Spock quitta le siège du capitaine en emportant son PADD. Son quart était terminé, la vitesse de l'Enterprise était réduite et l'équipe de nuit avait pris les commandes. Il passa par ses quartiers pour y déposer son PADD, puis il se rendit à la salle de repos du pont des officiers. Inconsciemment, il avait su que Jim serait là. Il l'avait senti. Il savait pourquoi.

Il entra dans la salle de repos. Il ne fut aucunement surpris d'y trouver Jim en train de manger ce qui ressemblait à des cornflakes. Par contre, il fut surpris de le voir en face d'un plateau de jeu d'échecs, en face de Chekov. A la table derrière eux, Nyota discutait avec Scott et le Lieutenant Flemmings de la sécurité. Il reporta son attention sur Jim.

Ce dernier expliquait au jeune navigateur des points de règles. Chekov était un bon joueur d'échecs, mais il était encore beaucoup trop inexpérimenté pour gagner contre eux. La volonté d'apprendre de la part du jeune terrien russe était admirable.

_C'est à ce moment-là que vous descendez la tour sur le premier plateau : quel que soit le coup joué par l'adversaire, ça n'impactera pas. Second tour, vous déplacez le cavalier sur le quatrième plateau pour prendre le fou. De cette façon, vous faites une percée avec votre fou déjà placé. La tour et le cavalier bloqueront les déplacements de la reine.

Jim déplaça les pièces en question. Le sourire sur son visage était fascinant.

_Et voilà ! C'est ce qu'on appelle une-

_-percée andorienne, compléta Spock spontanément.

Jim sursauta en se tournant vers lui. Son sourire était éclatant.

_Exact Spock ! Je donne quelques tuyaux à Pavel pour qu'il puisse battre Ikaru. Vous avez des conseils à lui apporter ?

Chekov ajouta :

_Il faut absolument que je le batte, il m'a lancé un défi devant Elloria !

Elloria, la dénobulan du service électrique que Chekov essayait de courtiser. Spock réfléchit à leur demande.

_Je propose le mouvement de Narùl ainsi que le roque terrien. Ma dernière suggestion serait de lui présenter la fourchette à quatre dents.

Jim fit une grimace.

_Zut, je suis nul pour la fourchette. J'vous laisse faire ?

Spock décida d'accepter en hochant la tête. Jim lui céda sa place en se décalant sur le côté, emportant son bol de céréales. Le vulcain ne put retenir un commentaire.

_Je ne suis pas sûr que ce bol fasse partie d'une alimentation adaptée pour le soir.

Jim lui adressa un clin d'œil alors que Chekov remettait l'échiquier en place.

_Bones n'a rien vu d'anormal sur mon bilan de santé, laissez-moi en profiter !

Spock tourna la tête vers l'échiquier. Sa proximité avec Jim et l'enthousiasme de ce dernier ne facilitait pas sa concentration.

_Je maintiens qu'une alimentation plus équilibrée serait plus adaptée pour votre santé.

Jim se pencha vers lui, lui donnant un léger coup de coude.

_J'attends vos suggestions avec impatience Monsieur Spock.

Spock ne put s'empêcher de tourner la tête vers Jim. Son regard bleu était pétillant et son sourire… Il était fixé sur son sourire.

_Comment procède-t-on pour la fourchette ?demanda Chekov alors qu'il venait de terminer de remettre les pièces.

Le vulcain reporta alors son attention sur le novice, essayant d'ignorer la présence de son capitaine.

_Tout d'abord, c'est situationnel. Je vous laisse ouvrir.

La partie commença, sous le regard intéressé de Jim.

Spock lui enseigna plusieurs façons différentes de mettre en place la technique et de la jouer. Il sentait qu'au fur et à mesure de la démonstration, Jim portait son attention peu à peu sur lui. Spock sentait son regard peser sur lui et il n'en était plus aussi insensible qu'avant. Cet état de fait le dérangeait. Il aurait souhaité que l'attention de Jim se porte ailleurs. Il fut rapidement exaucé.

Quand Jim fit un signe lointain de la main, Spock porta immédiatement son attention vers la porte. Il reconnut sans peine le cadet Caleb, qui invitait visiblement le capitaine à le rejoindre. Jim se leva en souriant, emportant son bol avec lui.

_Vous êtes entre de bonnes mains Chekov, je ne pense pas pouvoir vous aider plus. Je vous souhaite une bonne soirée Messieurs.

Chekov, concentré, adressa un sourire au capitaine.

_Bonne soirée Capitaine ! Merci beaucoup !

Jim passa derrière Spock. Il exerça une courte pression sur son épaule et laissa glisser sa main.

_Avec plaisir, Chekov. Commander.

Spock était inconsciemment centré sur cette sensation chaude laissée par la main de Jim.

_Capitaine.

Il suivit du regard Jim partir, saluer Caleb en souriant et ils s'en allèrent dans le couloir. Ce que Spock ressentit en cet instant lui fit regretter d'avoir voulu fuir l'attention de son capitaine.


Kirk se concentra sur son reflet pour raser son cou. Spock. Il avait suffi qu'il le voie moins d'une heure pour penser à lui toute la nuit, et là encore. Non, il pensait à lui depuis cette fusion mentale. Visiblement, aucun d'eux n'assumait ce qu'il s'était passé. Le vulcain l'esquivait et Jim devait se l'avouer, il se faisait violence pour ne pas aller à sa rencontre. Parce qu'il avait eu peur que les choses soient tendues entre eux.

Et elles l'étaient. Pour lui. Dès qu'il avait vu Spock, il avait ressenti cette terrible envie de le toucher. Or Spock était vulcain. Il avait une sensibilité télépathique tactile et ce genre de contact était à abolir. Jim se maudit. Il n'avait pas pu s'empêcher de le toucher. Maintenant qu'il avait conscience de ce besoin, il était totalement dérouté. Il ne savait pas quoi en penser. Il n'avait jamais ressenti ce besoin envers Bones ou d'autres de ses amis. Ça ne pouvait quand même pas…

Sa main ripa sur la ligne de sa mâchoire.

_Le con !jura-t-il par réflexe.

Jim se rinça immédiatement le visage, faisant tomber les quelques gouttes de sang dans son lavabo. Il ne se coupait jamais au rasoir. Ou très rarement. Ça lui apprendra à se raser à l'ancienne alors que la technologie thermique était plus sécurisée.

Il reprit sa démarche et termina de se préparer. Aujourd'hui, il avait beaucoup à faire. Son programme était terminé. Il n'avait plus qu'à faire quelques simulations puis il pouvait le transférer sur une puce isolinéaire, la mettre en place et il n'avait plus qu'à attendre de recevoir un autre message anonyme.

Jim n'avait pas oublié cette histoire. Il avait continué de recevoir ces messages anonymes tous les jours. Ces messages qui lui reprochaient la mort de tant de personnes qui avaient fait partie de leur équipage. Dans la mémoire de Jim, les visages étaient inoubliables. Il savait parfaitement ce que la capture de Khan leur avait coûté.

Il sortit de ses quartiers et se dirigea immédiatement dans la bibliothèque. A la console, il lança la première série de simulations de son code, pré-enregistré dans la console. Ça prendrait des heures à être vérifié. Il aurait pu quitter les lieux pour faire autre chose, mais Jim avait tendance à se méfier désormais.

Engloutissant plusieurs tasses de café durant toute la matinée, il travailla sur son PADD, suivant de près les données enregistrées sur la nébuleuse et reprenant tous les comptes rendus des différents ponts du vaisseau. Il consulta les multiples demandes de congés. Kirk avait prévu de donner une permission à l'équipage. Pour ça, il fallait qu'il décide sur quelle base ils allaient séjourner.

Jim utilisa une autre console de la bibliothèque pour projeter la carte stellaire. Il savait parfaitement où se situait l'Enterprise, et dans quelle direction ils allaient. A la sortie de la nébuleuse, ils seraient proches d'encore quelques planètes, mais ils seraient en dehors de la Fédération. Il devait privilégier les bases en bordure de leur domaine.

Il y avait Tamia IV, qui était la planète la plus proche, mais ils étaient seulement en bonne entente avec eux et Jim n'était pas sûr de pouvoir faire un ravitaillement complet. Il envisagea la station Meralt, qui était certainement disposée à les accueillir, mais Jim n'était pas certain de pouvoir y faire une vérification mécanique approfondie. Il se renseigna sur la station, pour finalement rejeter l'idée.

Il consulta un à un les choix qui s'offraient à lui. Plongé de ses recherches, Jim ne vit pas le temps passer, oubliant même jusqu'à manger ou vérifier sa simulation. Dans ses choix, il avait retenu Kea IV, une planète proche de la frontière de l'Empire romulien et elle était également une planète riche et évoluée. Son deuxième choix se portait sur la planète Filandria, moins abondante en nourriture mais qui était très développée au niveau technologique. De plus, leurs liens amicaux avec le peuple de cette planète ne faisaient que croître, leur demander de l'assistance pourrait renforcer leurs contacts avec la Fédération. Et puis, pour effectuer des remplacements mécaniques, ça serait l'idéal.

Jim envoya en message privé la liste des endroits qu'il avait présélectionnés à Spock afin d'avoir son avis. Dès que le vulcain le lui aurait rendu, Jim en informerait tout l'équipage. Ça détendrait l'atmosphère et ça réduirait les quelques tensions. Ainsi prévenus à l'avance, tout le monde allait pouvoir prévenir ses proches et les revoir avant une longue période.

Il se passa une main dans les cheveux. Il allait encore une fois passer sa permission en compagnie de Bones. Deux célibataires, sans famille vraiment proche, noyant leur solitude dans l'alcool. Peut-être que Jim devrait plutôt inciter son ami à aborder Christine. En douceur. L'occasion d'être en dehors du cadre du travail pourrait favoriser leur rapprochement, et donner plus de chances à Bones.

Et lui… et bien, il profiterait de l'occasion pour joindre Sam et sa mère. Ils étaient tous partis sur la colonie de Deneva. Sam y travaillait en tant qu'officier scientifique avec sa femme Aurelan. Winona, leur mère, était venue leur rendre visite et prendre des nouvelles de ses trois petits-fils. Jim soupira. Ça faisait des lustres qu'il n'avait pas vu ses neveux. Sam lui avait dit que son aîné, William, avait réussi avec succès ses examens d'entrée à l'Académie de Starfleet. Il irait en Californie dans quelques mois.

Jim regrettait de louper sa cérémonie d'admission. En fait, il regrettait d'être passé à côté de beaucoup de choses dans sa vie. C'était le chemin qu'il avait choisi et d'un côté, il ne regrettait pas. S'il devait refaire les mêmes choix, il les referait. Tous sans exception. Tous... même toucher la main de Spock.

Il chassa la cascade d'images de Spock qui envahissait son esprit. Il était son premier officier. Son commandant en second. Un vulcain.

_Tu m'as l'air bien soucieux.

Jim sursauta sur son fauteuil.

_Bordel ! Bones !

Le médecin s'installa sur une chaise à côté de lui.

_T'as mangé ce midi ?

Jim se ressaisit, récupérant son PADD et jetant un coup d'œil à la console. La simulation était terminée, probablement depuis un moment. Il lança la copie du code sur la puce isolinéaire.

_Non, pas encore. Je termine ça et j'y vais, je commence à avoir faim.

Bones jeta un coup d'œil sur l'écran et fronça les sourcils.

_Je me doute que tu dois avoir faim. Il est 20h00.

Jim ferma les yeux et se pinça l'arête du nez.

_Je n'ai pas vu le temps passer. Tu ne vas quand même pas me prolonger mon arrêt ?

Le médecin fit une grimace.

_Non, Jim. Tu reprends demain. C'est quoi tout ça ? Tu t'es remis à coder ?

Bones balaya d'un geste de la main l'écran. Jim se sentit comme pris sur le fait. Il hésita plusieurs secondes entre mentir, ou raconter la vérité à Bones. Il regarda autour d'eux, s'assurant qu'ils soient bien seuls dans la pièce. Il parla sur un ton plus bas :

_Je t'en parlerais en privé, d'accord ?

Le brun fronça les sourcils.

_Ok. On passe d'abord au mess, et ensuite tu me racontes tout ça.

Jim hocha la tête.

_Je termine la copie, et on y va. Au fait, comment ça se passe avec Christine ?

Bones regarda autour d'eux, vérifiant qu'ils soient seuls. Il se pencha en avant et lâcha tout bas :

_Toi, t'as le chic pour mettre les gens dans l'embarras.

Jim lâcha un grand sourire, et Bones se lança.


Bones fronça les sourcils, puis grimaça. Il changea au moins deux fois d'expression, passant de la surprise à la contrariété, puis à la colère. Il faisait défiler les messages anonymes de Jim sur le PADD et les lisait minutieusement. Ça lui prit un moment pour lire absolument tout, mais quand il eut terminé, Jim pouvait voir la profonde colère qu'il ressentait. C'était rare, d'observer ça chez son meilleur ami.

_Dis-moi que tu as déposé une plainte. Que tu as signalé tout ça.

Le ton dur du médecin ne lui allait pas. Jim détourna la tête avant de répondre.

_Tu es le premier à qui j'en parle. Je ne veux pas que cette affaire s'ébruite, alors non, je n'ai rien signalé de tout ça.

Bones relâcha le PADD.

_Bon Dieu Jim ! Le premier message a été envoyé y'a plus de deux semaines ! Tu ne t'es pas dit que ça avait un impact sur ton humeur ? Ton comportement ?! Tu aurais dû venir m'en parler avant !

Jim serra les dents.

_Je ne l'ai pas fait avant parce que je savais que tu allais me sermonner et je n'avais clairement pas besoin de ça.

Bones reçut la pique et se recula. Jim fit de même. Le silence s'installa entre eux, avant que Bones ne demande :

_Tu comptes le démasquer avec ton code ?

Jim se radoucit en répondant :

_Oui. Celui qui fait ça contourne le système de communication du vaisseau. Je compte le détourner à mon tour en insérant ma puce dans un terminal de communication. Ça me prendra moins de temps que de vérifier chacun des relais.

Le docteur soupira.

_Et qu'est-ce que tu feras une fois que tu connaîtras son nom ?

Le blond baissa les yeux sur ses mains.

_J'en sais rien. Je verrais à ce moment-là.

Bones soupira à nouveau.

_Tu te mets dans un sacré merdier, Jim. Tiens moi quand même au courant sur cette histoire, d'accord ?

Jim hocha la tête.

_Ouai. Je vais aller mettre la puce en place. J'aurais ma réponse assez vite.

Bones se leva.

_Je t'accompagne.

Jim se leva à son tour, récupérant la puce optique isolinéaire posée sur la table.

_Tu ne devais pas rejoindre Christine en salle de repos ?

Le concerné répondit d'un grondement en sortant.

_Si, je vais y aller.

Jim sourit en tapotant son dos.

_Allez, Len, ça ira. Ce n'est pas parce que tu n'as pas dragué depuis des années que tu vas te foirer. Christine est adorable.

_La ferme, morveux.

Jim ne put s'empêcher de rire alors qu'ils montaient dans le turbolift.

_Au fait, t'en as parlé à Spock ?

Le blond sentit un frisson lui parcourir le dos.

_Pourquoi tu veux que j'en parle à Spock ?! Qu'est-ce que tu as avec Spock ?!

Bones écarquilla les sourcils.

_Du calme, mon vieux. Je parle de Spock parce que c'est ton commandant en second ! C'est plutôt toi, qu'est-ce que tu as avec Spock ? Je t'envoie discuter avec lui et vous vous fuyez comme la peste plasmique !

Jim grogna en sortant du turbolift. Il plaça la puce optique isolinéaire dans une console qu'il avait déjà repérée avant et fit les connexions. Bones s'appuya dos au mur pour l'observer.

_Rien, répondit Jim un peu fermement.

Il ferma le couvercle de la console et repartit à nouveau vers le turbolift. Il pouvait sentir le regard de Bones sur lui, cherchant à le percer à jour. De tout ce que Bones pouvait s'imaginer, il ne pouvait qu'être à des années-lumière de ce Jim s'imaginait quand il pensait à Spock. Ils s'engagèrent dans le couloir.

_Il s'est passé quelque chose que j'ai loupé ?demanda finalement le médecin.

_Rien du tout.

Et il n'y avait rien. C'est ce qu'il se disait sur le trajet pour se rendre au mess.

Jusqu'à ce que le son parvienne à leurs oreilles. Jim n'avait entendu Uhura chanter qu'une seule fois, alors qu'elle s'était crue seule. Cette fois-ci, elle chantait, accompagnée d'un autre son musical. Bones adressa un regard interrogateur à son ami et ils s'approchèrent de la porte du mess. Plusieurs membres étaient rassemblés autour d'Uhura et de Spock, qui l'accompagnait avec son luth.

Jim avait vu Spock jouer à de nombreuses reprises. Plusieurs fois, Spock avait joué en sa compagnie. Des moments que Jim avait vraiment appréciés. Spock avait un talent artistique qu'il dévoilait peu souvent et le fait qu'il partage cette partie de lui avec d'autres personnes… il avait comme une boule au ventre.

Spock et Uhura formaient un sacré duo. Il n'y avait pas à dire, ils s'accompagnaient l'un et l'autre à merveille. A les voir aussi accordés, sur la même longueur d'onde, Jim se demanda pourquoi ils avaient rompu. Ils allaient bien ensemble. Spock semblait être bien. Le visage penché sur son luth, Spock jouait une mélodie douce et joyeuse. Jim pouvait sentir l'apaisement qu'il pouvait ressentir.

Spock était beau à tomber. Et il était son commandant en second. Et il était vulcain. Et quoi qu'il soit en train de penser, il devait arrêter. Ça ne pouvait pas se faire. Ce qu'il était en train de s'imaginer… Il devait arrêter. Il baissa la tête, avant de se retirer de l'encadrement de la porte et laisser Bones passer. Leurs regards se croisèrent.

_ « Rien du tout », hein ?

Jim se força à sourire.

_Profites de la soirée, Bones.

Il fila dans les couloirs, pressé de ne plus entendre cette mélodie.

Ses pas ne le guidèrent pas à ses quartiers. Il se retrouva dans le hall du pont 10, face à l'immense baie vitrée. La dernière fois qu'il s'était retrouvé là, ça les avait conduits à partager quelque chose. Quelque chose d'intime. Et s'en était resté là. Il se sentait con, de rester fixé sur ça. Ça n'était rien, ça ne signifiait rien. Et pourtant, chaque sensation restait imprimée dans sa tête.

Il soupira, s'approchant de la vitre. Dehors, les éclairs percutaient sans relâche les déflecteurs. Ils semblaient puissants, mais leurs boucliers absorbaient le choc. Jim se disait qu'avec la lumière qu'ils déclenchaient en percutant le champ énergétique, les éclairs devaient être puissants. Son cœur se serra. Il avait un mauvais pressentiment.

Il fit demi-tour. Jim serait plus rassuré s'il vérifiait les données de leurs scruteurs. Il remonta le couloir quand il sentit des vibrations sous ses pieds, plus fortes que celles habituelles. Jim pressa le pas à l'instant même où le vaisseau tangua. Une fois. Puis deux.

La secousse plus violente le projeta contre la paroi. Devant lui, deux enseignes des communications avaient été projetées aussi. Jim les aida à se relever, puis courut à travers le couloir pour rejoindre le turbolift. Les secousses ne cessèrent pas, et l'alerte jaune fut déclenchée, illuminant tous les ponts de l'Enterprise. Jim se maudit de ne pas avoir pris son communicateur sur lui.

Il entra dans le turbolift et entendit dans les haut-parleurs :

« A tous les membres d'équipage, ici le Commander Spock. Notre vaisseau subit de fortes secousses car nous traversons un violent orage magnétique- »

Il déboula hors du couloir et courut rejoindre le turbolift allant sur le pont principal. Le vaisseau eut une violente secousse et Jim fut projeté contre la paroi. Les lumières s'éteignirent un instant, tandis qu'il se faisait balancer d'un bout à l'autre dans la petite pièce étroite. Il s'accrocha pour tenter d'atteindre le panneau de commande et de redémarrer le turbolift. Il essaya d'atteindre les câbles et les puces mais tout se remit en route et les portes s'ouvrirent enfin sur la passerelle.

Une véritable panique. Ça n'avait rien à voir avec la dernière fois. Les alarmes sonnaient de partout, les consoles étaient en surcharge, les rapports affichaient les dysfonctionnements sur le vaisseau et Scotty hurlait dans l'intercom que la distorsion était HS.

Jim s'avança jusqu'au fauteuil, fixant son regard sur l'écran vitré. Derrière, il pouvait voir les puissants éclairs frapper les déflecteurs avec violence et voir les débris de métal rebondir. Le métal. Jim sentit son sang se glacer dans ses veines quand il vit tous les débris de vaisseaux. Il baissa la tête vers le remplaçant de Sulu.

_Darnell, affichez la vue extérieure panoramique !

Le pilote ne leva même pas la tête.

_A vos ordres, Capitaine !

Et les débris furent plus nets sur l'écran. Des centaines de débris de vaisseaux. Et ça ne venait pas du leur.

_Chekov ! Calculez les manœuvres d'évitement !aboya-t-il.

_L'alerte passe au niveau rouge !avertit Spock dans le fauteuil.

_Accrochez-vous !cria Darnell.

Toutes les ceintures s'activèrent. Jim ne pouvait pas rejoindre de siège. Il s'agrippa à l'arrière du fauteuil de commandement alors que Spock s'apprêtait à lui céder sa place. Jim appuya fermement sur son épaule et appuya sur la commande pour activer la ceinture.

S'ils ne trouvaient pas vite une solution, Jim ordonnerait l'évacuation du vaisseau. En plus petites navettes, ils auraient plus de chances d'éviter l'orage. Et il perdrait son bâtiment. Il risquerait de perdre des hommes. C'était un risque, mais il ferait tout pour l'éviter. Tout ce qu'il pouvait. Il ne croyait pas aux scénarios voués à l'échec.

Dire qu'il était inquiet était un euphémisme. Et il ne pouvait rien faire d'autre que d'attendre que ça passe. Il était inutile et cela le frustrait au plus haut point. Il serra les mains, sans trop savoir si c'était pour se tenir debout durant les secousses ou parce qu'il était à bout de nerfs.

Ce fut la main de Spock, sur son bras, qui lui fit desserrer sa prise sur son épaule, probablement trop ferme. L'attente parut interminable. Ils voyaient les débris heurter les déflecteurs, rebondir au loin pour en heurter d'autres. Puis les secousses s'atténuèrent peu à peu et Jim relâcha sa prise. Enfin, après plusieurs minutes d'un calme complet, Darnell adressa un signe aux deux hommes. Jim se pencha sur Spock, se décalant pour atteindre le bouton de communication.

_Passerelle à machineries, Scotty, faites-moi un rapport des dégâts.

« C'est la cata Capitaine ! Une de nos nacelles est endommagée et le moteur Warp présente des dysfonctionnements. On est sans défense. »

_Que pouvons-nous faire pour vous aider ?

« Je sais que c'est risqué alors qu'on est en bordure de la zone neutre mais… Faut stopper les machines. Il faut qu'on dérive… »

Il y eut un long silence. Tout le monde était en train de peser le pour et le contre. Le vaisseau resterait fonctionnel pendant un certain temps en mode dormant. Il se tourna vers Spock, qui réfléchissait aussi. Leurs regards se croisèrent.

_Vous pensez que pendant ce temps on ne risque pas de se prendre ces foutus orages ?

_Pour le moment, nous sommes en sécurité. Mettre les réacteurs en mode dormant nous laisserait vulnérables, mais accélèrerait les réparations à faire.

Jim réfléchissait, devant reconnaître que si parfois les réponses de Spock pouvaient paraître transparentes à cause de son objectivité, elles avaient le mérite d'exposer clairement l'essentiel. C'était ce qu'il aimait dans les informations de son commandant en second, et qui permettait de ne pas influencer son choix. Il reprit la communication avec Scotty.

_Admettons que nous suivions votre idée, on pourra les relancer en cas d'attaque ?

« Oui, mais si les réparations ne sont pas finies, on n'ira pas très loin. »

_Combien de temps pour réparer ?

« Des heures, des jours. Je ne peux pas vous donner une fourchette précise tant qu'on ne sera pas allés voir sur place. »

Jim releva la tête et réfléchit. Plusieurs jours, c'était long. D'autres vaisseaux s'étaient pris dans l'orage mais ils n'avaient aucun moyen de savoir depuis combien de temps et s'ils appartenaient à la Fédération, aux romuliens ou à une autre race ennemie. Mais sans la distorsion, l'Enterprise ne pourrait peut-être pas quitter la nébuleuse. Il soupira.

_Vous avez mon feu vert. Faites-ça au plus vite Scotty, on est loin d'être en zone alliée.

« Bien Capitaine. Basculement de l'énergie dans 3. 2. 1. »

Les lumières fluctuèrent à peine quand le réseau d'alimentation bascula sur le système de survie. Jim se redressa et se tourna vers Uhura :

_Surveillez les communications et vous autres les radars, on ne sait pas depuis combien de temps ces vaisseaux sont là, il est possible que d'autres les cherchent. Spock, interrompez l'alerte.

Il devait maintenant aller voir à l'infirmerie, il ne voulait pas apprendre par l'intercom ce qu'il en était de ses hommes. La coque n'avait pas eu de brèche, mais les secousses avaient été violentes et longues. Il avait eu de la chance de ne pas s'être blessé une deuxième fois.

Il entra dans le turbolift en essayant de se ressaisir. C'était des choses qui allaient lui arriver probablement plus souvent qu'il ne le pensait durant leur mission quinquennale. Il devait s'y faire. Il replaça le boitier de commande du turbolift et ne vit pas Spock arriver dans son dos. De toute manière, il s'en serait douté. Les portes se refermèrent et ils furent seuls.

Jim n'osa pas regarder Spock. Parce que s'il le faisait, il ne savait pas comment il allait réagir. Il se passa nerveusement une main dans les cheveux, appréhendant le moment où Bones lui donnerait son compte-rendu des blessés. Les secousses avaient été plus violentes et les dégâts plus importants. Si jamais le moteur Warp ne redémarrait pas…

La main de Spock se posa sur son épaule. Jim fut tellement surpris qu'il sursauta, faisant fuir la main de Spock. Sans même réfléchir, Jim la rattrapa. Il avait besoin du contact de Spock, de sentir son soutien. Il serra sa main, pensant profiter des quelques secondes avant que le vulcain ne s'éloigne. Mais il sentit une autre pression s'exercer sur ses doigts et il leva la tête par réflexe vers Spock.

Son cœur s'accéléra quand il croisa le visage de Spock. Ce dernier regardait leurs mains, son pouce caressant avec légèreté celui de Jim. Le blond sentit une vague de chaleur le saisir. Spock leva subitement les yeux vers Jim et quoiqu'il ait pu capter comme émotion, l'instant se brisa quand le turbolift s'arrêta. Ils se lâchèrent spontanément et sortirent comme s'il ne s'était jamais rien passé.

Toujours dans le silence, ils se dirigèrent vers l'infirmerie, où plusieurs personnes affluaient au fur et à mesure qu'ils s'en approchaient. Jim aida une enseigne scientifique à marcher et Spock passa devant pour voir s'il y avait des endroits où asseoir les blessés. Il y avait des dizaines de personnes à vue d'œil, mais impossible de déterminer la gravité des blessures. Bones, Christine et d'autres membres du personnel médical bougeaient de tous les côtés et le chef de l'équipe peinait à organiser les entrées. Lorsqu'il les aperçut, il se fraya un chemin vers eux.

_Jim, Spock ! C'était quoi ce bordel ?!

_La nébuleuse se trouve être plus dangereuse à traverser que prévu. Le topo ?

_Pour l'instant j'ai quatre blessés dans un état critique, ils étaient proches de la nacelle défectueuse et se sont pris un violent choc. Pour le reste, quelques fractures, parfois assez moches. Je te tiendrais au courant.

_Je repasserais plus tard.

A la sortie de l'infirmerie, Kirk s'arrêta dans le couloir, réfléchissant à toute allure à la suite. Il se tourna vers Spock, ses responsabilités de Capitaine se rappelant à lui.

_Les débris. Je veux une analyse complète des images qu'on a. Je veux savoir à qui étaient ces vaisseaux et ce qu'il s'est passé. C'est votre priorité numéro 1.

_A vos ordres.

Spock s'éloigna alors que Jim repartait à l'opposé, retournant sur le pont principal. Ils avaient tous les deux une lourde responsabilité qui pesait sur leurs épaules.


Minicicile : Merci à toi ; ravie de voir que tu es toujours là aussi pour lire la suite ! Je n'ai pas terminé encore le chapitre 12 ; et niveau scénario, je dois en arriver au milieu de l'histoire ou du moins, on rentre dans le gros gros vif du sujet. L'histoire actuelle en est à plus 75k en mots ; son écriture suit doucement son cours ;)