Chapitre 6 : Drift
Il avait conscience que l'Enterprise était un bâtiment assez important, qu'il ne pouvait pas passer entre les éclairs et qu'évaluer complètement l'étendue des dégâts allait prendre du temps. Depuis son siège de commandement, Jim avait le regard fixé sur les écrans de détection. Selon la carte stellaire, ils pénétraient dans le gros de la nébuleuse. Les nuages de gaz étaient plus denses et il était impossible de savoir sur quoi ils allaient tomber avant d'avoir le nez dessus.
Jim espérait simplement ne pas rencontrer des avant-postes ennemis. Si ça arrivait, ils n'auraient pas moyen de fuir, leurs déflecteurs ne tiendraient pas face à une attaque importante et la dérive du vaisseau le rendait impossible à manœuvrer. Si d'autres orages se manifestaient, leur vaisseau allait subir de lourds dégâts.
Ses tripes étaient serrées par l'angoisse. L'Enterprise ne pouvait pas subir de gros dégâts. La dernière fois que ça s'était passé, il avait réussi par miracle à relancer le réacteur et le vaisseau s'était écrasé sur Terre. Dans la situation actuelle, ils n'avaient déjà plus leurs moteurs. S'ils avaient été proches d'une planète, l'attractivité les aurait fait se crasher. Et s'ils se crashaient… il n'y aurait personne pour venir secourir son équipage. Tout le monde serait inévitablement face à la mort.
L'idée d'être responsable d'un tel massacre lui donnait la nausée. Il savait qu'il devait rester fort, droit, paraître serein pour que son humeur rassure l'équipage. Jim essayait alors de cacher son anxiété en lisant les derniers rapports envoyés sur son PADD. Il voulait saisir l'historique complet de leur trajet. Aucune communication d'interceptée, aucune trace de passage.
Il restait sur le qui-vive jusqu'au changement d'équipe. Ça faisait des heures que l'incident était passé et à contrecœur, Jim quitta le pont principal. Il devait se rendre plus utile et comme ça faisait un moment maintenant qu'il ne recevait plus de rapports des machineries, il décida de s'y rendre, en faisant une étape par l'infirmerie.
Quand il arriva, il tomba sur un personnel épuisé. Christine et Bones étaient à leur bureau, complètement lessivés et au bord de la somnolence. Leurs patients étaient stables et trois étaient sortis d'affaire, tandis qu'un autre ne s'était toujours pas réveillé. Jim fit le tour de leur chevet avant de revenir vers Bones. Christine s'était endormie sur son épaule.
_Je suis désolé, pour ta soirée, dit-il tout bas pour ne réveiller personne.
Le médecin en chef fit une grimace.
_Ce n'est pas ta faute, Jim. Dans quelle situation on est ? Le vaisseau est anormalement calme.
Jim fit la grimace à son tour. Bones avait senti l'absence de vibrations. C'était léger, on ne le percevait plus quand on était à bord et qu'on en avait l'habitude. Mais Bones détestait l'espace et devait faire partie des gens sensibles. Il ne devait pas être le seul. Jim savait qu'il devait tenir l'équipage au courant, un moment ou un autre. Il attendrait le lendemain. Toutefois, il pouvait tenir au courant son ami.
_On est en dérive, le réacteur est coupé. Je vais aller me renseigner auprès de Scotty.
Jim savait que Bones comprendrait la gravité de la situation, même sans avoir de détails. Ce dernier hocha brièvement la tête pour ne pas déranger Christine. Jim indiqua cette dernière d'un signe de tête.
_Tu devrais la ramener pour qu'elle aille dormir. Et y aller aussi. L'équipe de garde est déjà là.
Bones approuva.
_On va faire ça.
Jim lui afficha un faible rictus et se dirigea vers la sortie.
_Je suis désolé, Jim. Que ta reprise se passe de cette façon.
Le Capitaine quitta les lieux. Lui aussi l'était.
Il se rendit du côté de la nacelle défectueuse. Il croisa plusieurs techniciens sur la route et retrouva sur place son ingénieur en chef. Scotty était là, plongé dans la lecture d'une multitude de données. Sa mine était sévère et Jim sentit la bile remonter dans sa gorge.
_Comment ça se présente ?
Scotty lâcha un profond soupir.
_Mal. Très mal, Capitaine. On est dedans jusque-là !
Il indiqua le niveau de son cou. Le blond hocha la tête.
_Détaillez.
Et Scotty se lança à toute vitesse.
_On compte de multiples fuites internes d'électro-plasma, les injecteurs sont foutus, le générateur extérieur a complètement cramé, la chambre de transformation est endommagée et si on ne la répare pas tout de suite, l'antideutérium pourrait tous nous tuer ! Sans compter qu'il y a –
Jim l'arrêta d'un geste de la main.
_Je retire, résumez Scotty.
L'ingénieur fit une autre grimace.
_La nacelle tribord est hors-service. Elle est bousillée depuis la chambre de transformation jusqu'à la transmission du plasma à distorsion et au générateur extérieur. Grosso modo, sans la nacelle, plus de moteur Warp. D'après ce que les relevés indiquent, si nous n'avions pas interrompu le réacteur, nous aurions été exposés à de grosses fuites de radiations et la nacelle aurait probablement implosé.
Jim sentit son estomac se contracter. Il serra les dents avant de reprendre :
_Monsieur Scott, nous sommes probablement en territoire ennemi. Il faut qu'on dégage. Pouvons-nous, compte-tenu de la situation, effectuer les réparations nécessaires pour sortir de cette fichue nébuleuse ?
Scotty regarda à nouveau les données en faisant une nouvelle grimace.
_Je peux probablement bricoler quelques trucs, mais certaines interventions vont être risquées, et ça ne tiendra pas très longtemps. Juste assez pour nous ramener sur une base proche.
Jim hocha la tête.
_C'est tout ce que je demande. Qu'on puisse au moins sortir de là pour se faire secourir sans mettre en danger d'autres vaisseaux de la Fédération. (Il marqua une pause, réfléchissant). Quel genre d'interventions risquées ?
Scotty se gratta l'arrière de l'oreille. Un tic nerveux qu'il avait assez souvent.
_Je vous ai parlé du générateur extérieur ? Il est endommagé. Le moyen le plus rapide et le plus sûr de le réparer, c'est de sortir. Les DOT ne pourront pas assurer les réparations nécessaires, il faut que ça soit quelqu'un.
Jim secoua immédiatement la tête.
_C'est hors de question. Complètement hors de question. Je ne laisserai jamais quelqu'un sortir du vaisseau. Vous avez une idée du danger que ça représente avec ces orages imprévisibles et les débris alentours ?! Nous n'avons plus de déflecteurs !
Scotty se gratta à nouveau l'oreille.
_Je sais bien Capitaine, mais on aura du mal à sortir d'ici si on ne passe pas en vitesse supraluminique.
Jim serra les poings et les dents. Il n'aimait pas cette idée. Il la détestait.
_Combien de temps les générateurs de survie vont pouvoir compenser ?
L'ingénieur tapota sur son écran.
_Un mois. Heureusement pour nous, ils sont intacts. Notre priorité d'intervention s'effectuera sur les fuites et après ça, on pourra intervenir tout en ayant relancé le réacteur. Il nous suffira simplement de couper manuellement l'alimentation des zones d'intervention.
Jim hocha la tête.
_Le temps joue contre nous, Scotty. Si nous sommes en territoire ennemi, chaque minute compte. Je vous envoie tout le renfort possible.
Il hocha la tête.
_J'organise les équipes de réparations.
Jim, quant à lui, se dirigea à la première borne de communication interne pour s'adresser directement à tout l'équipage.
Il passa une annonce courte, malgré l'avancée de l'heure. Il demanda à toutes les personnes compétentes ou ayant un minimum de connaissances en ingénierie de se rendre aux machineries. Ensuite, il rejoignit Scotty, qui répartissait déjà les tâches. Jim se joignit au groupe. Il voulait se rendre utile, il avait quelques notions d'ingénierie électromagnétique et savait à peu près comment fonctionnait le système de conduction d'électro-plasma. Il pouvait aider. Il voulait aider. Il en avait besoin.
Il se porta volontaire pour faire partie de la première équipe d'intervention. Les réparations devaient s'effectuer en continu et il était important d'instaurer plusieurs roulements. Il fut envoyé sous la coupe d'ingénieurs beaucoup plus compétents que lui pour vérifier les fuites de la chambre de fusion de deutérium et d'antideutérium. Concentré sur sa tâche, il en oublia presque la situation angoissante dans laquelle ils étaient. Presque.
Leurs scruteurs avaient été endommagés durant l'orage. Les clichés qui avaient été enregistrés comportaient des défauts et Spock avait dû traiter les images pour en obtenir des nettes. Ça avait pris du temps, mais lorsqu'il avait enfin pu avoir les images, il s'était plongé dans sa tâche.
Le travail dans lequel il s'était lancé lui pris plusieurs heures. Il avait su identifier sans peine de quels vaisseaux il s'agissait, mais l'enjeu était de déterminer leur nombre et quels étaient leurs types : chasseurs, cargos, éclaireurs,… Il avait exclu les vaisseaux de guerre d'emblée à cause de la taille des débris.
Ce que Spock découvrit était inquiétant, il devait l'avouer. Les débris étaient majoritairement rassemblés et le plus gros des pièces était proche. Ce qui indiquait que les débris avaient peu dérivé, et donc qu'au moins un vaisseau avait été détruit récemment. D'autres pièces montraient l'usure de l'âge et la petite quantité indiquait également que le vaisseau concerné avait été détruit il y a longtemps. Les pièces s'étaient trouvées là après l'orage. Spock était convaincu qu'avec un plus petit vaisseau, un seul éclair aurait suffi à provoquer cette finalité.
Il procéda à deux vérifications avant d'être certain de ses conclusions. Quand ce fût le cas, il se rendit compte qu'il avait passé toute la nuit à travailler sur ce projet et qu'il n'avait pris aucune nouvelle de leur situation. Il consulta immédiatement son PADD pour se mettre à jour. Les équipes de maintenance s'étaient déjà relayées deux fois, la deuxième ronde venait de commencer. Il n'avait aucune note de son Capitaine depuis le début de la nuit.
Spock rédigea son rapport et l'entra directement dans la base de données de l'Enterprise. Maintenant qu'il était sorti de son travail et que sa concentration avait diminuée, il repensait à Jim. Inconsciemment, il baissa les yeux sur sa main. Cette main qui avait caressé celle de Jim. La sensation lui paraissait si lointaine et pourtant, il pouvait encore sentir la douceur de sa peau ancrée dans sa mémoire.
Jim cherchait inconsciemment son contact, Spock le savait. C'était une réaction que lui-même s'était préparé à ressentir, mais il n'aurait pas cru que ce serait également le cas de Jim. Il s'était préparé à garder ses distances, le temps que son katra et son corps se soient habitués au changement et que sa frustration s'atténue. Mais à chaque fois qu'il se trouvait face à Jim, son envie de le toucher était encore plus forte que ça lui était dur de lutter. Parfois, le geste était si naturel, si inconscient, qu'il ne s'en rendait compte que trop tard.
Sur le long terme, cette situation s'envenimerait et serait invivable, pour lui comme pour Jim. Spock ne s'était pas douté que le lien se serait renforcé si vite. Il pensait qu'il lui faudrait côtoyer Jim plus longtemps pour que la situation prenne cette tournure. Si seulement les sentiments de Jim avaient été tout autre…
Cette pensée fit surgir sa colère et sa jalousie. Cet aspect si primitif de sa part vulcaine le dégoutait, mais il lui était difficile de lutter contre alors qu'il prenait conscience que le lien qu'il partageait avec son t'hy'la se renforçait. Il devait pourtant s'y résoudre. Jim et lui ne pouvaient pas entretenir une relation plus qu'amicale.
Spock avait conscience du problème, qui évoluait rapidement. Il se mettait à penser que Nyota avait raison, il devrait en parler à Jim. Peut-être. Mais il n'avait aucune idée de la façon dont Jim réagirait face à ça, il était trop imprévisible.
Il prit une grande inspiration. Il devait de toute manière lui parler de sa découverte, avant d'informer l'équipage de leur situation. Il tenta de joindre Jim sur son communicateur personnel quand il se rappela avoir vu son nom dans la liste des équipes de maintenance. Spock connaissait assez bien son Capitaine pour être certain de l'y trouver encore. Le temps que les deux équipes fassent un point sur les tâches en cours, il arriverait à temps pour intercepter Kirk.
Quelques minutes après avoir quitté son laboratoire, Spock était sur le pont principal des machineries. Les équipes s'étaient déjà divisées. Il repéra dans son sillon Scott échanger avec Lawton, l'experte en conduction plasmique. N'apercevant pas Jim, il se dirigea vers eux.
_Je cherche le Capitaine. Savez-vous où il se trouve ?
Scott secoua négativement la tête. Ce fut la blonde qui lui répondit :
_Il se trouve près de la chambre de transformation, je lui ai parlé il y a tout juste quelques minutes.
Spock la remercia et se tourna vers Scott.
_Vous devriez aller vous reposer.
L'ingénieur afficha un sourire.
_Comptez là-dessus Commander, je suis sur les rotules !
Spock hocha la tête et se dirigea vers l'endroit indiqué.
Il fit une vingtaine de mètres avant d'apercevoir Jim. Assis en haut des escaliers, sa tête était basculée contre la rambarde. Spock monta le rejoindre sans chercher à l'appeler. Jim ne répondrait pas. Pas avec un tel état de fatigue.
Il arriva à sa hauteur. Ses vêtements étaient sales et brûlés par endroits. La suie avait noirci son visage et son polo, qui de toute manière, était une nouvelle fois fichu. Son visage semblait paisible. Jim semblait paisible quand il dormait et pourtant, Spock sentait son angoisse. Il posa délicatement sa main sur son bras pour le réveiller.
_Capitaine.
Jim se réveilla violemment et Spock se recula par réflexe. L'espace d'un instant, la peur fut visible dans ses yeux. Ça ranima la colère de Spock.
_Mince, j'ai dormi combien de temps ?!
Spock se recentra sur la situation, tout en cherchant à taire ses émotions.
_Depuis seulement quelques minutes. Vous feriez mieux de regagner vos quartiers.
Jim hocha la tête et se releva.
_Oui, je vais faire ça. Maintenant que la relève est là…
Ils descendirent les marches. Spock ne put s'empêcher de faire une remarque.
_Il s'agit de la deuxième équipe de relève. Vous auriez pu déjà repartir.
Ils regagnèrent le turbolift.
_Vous savez très bien que je ne l'aurais pas fait.
Spock ne pouvait pas le contredire. Il était certain de le trouver là. Ils montèrent dans la cabine.
_Qui dirige ?demanda Jim.
_Le Lieutenant Sulu vient de prendre les commandes, le temps que nous allions nous reposer.
Il y eut un temps de silence. Jim ne reprit la parole que lorsqu'ils sortirent du turbolift.
_J'en conclue que si vous êtes là, c'est que vous savez qui étaient les types dehors.
Spock hocha la tête.
_Il s'agit de vaisseaux rémiens et romuliens. L'épave romulienne semblait être un vaisseau de transport, modèle ancien. Il y a au minimum deux autres épaves d'éclaireurs rémiens, plus récents.
Jim resta impassible.
_Plus récent de combien de temps ?
_Il est difficile d'estimer leur date à partir de clichés, qui plus est après leur destruction.
Son capitaine se passa une main dans les cheveux.
_Spock, si vous n'avez pas la donnée précise, je veux une estimation. Ou une fourchette, si vous préférez. Je veux un ordre d'idée.
Son intonation était dure. Jim composa son code d'entrée et Spock le suivit naturellement à l'intérieur.
_Ces vaisseaux ne montrent pas d'usure du temps. J'estime leur date de création à 2 ans maximum.
Jim soupira alors qu'il se servait de l'eau. Il lui proposa d'un geste à boire également et Spock déclina l'offre d'un signe de la tête. Jim engloutit d'un coup son verre. Spock reconnaissait là un trait de son anxiété. Jim prit une grande inspiration avant de lui faire face.
_Centrons-nous sur les réparations à effectuer. On fera un communiqué demain à l'équipage pour leur parler de la situation. Je veux qu'ils puissent être au courant.
Spock hocha la tête.
_Bien Capitaine.
Le vulcain se tourna vers la porte pour faire demi-tour. Il sentait l'angoisse de Jim. Ça lui serrait le cœur, mais il ne pouvait pas rester. Il ne devait pas rester. Il se tourna instinctivement vers Jim. Leurs regards se croisèrent. Un temps de flottement se passa. Un temps durant lequel Spock pesait inutilement le pour et le contre de rester. Il ne devait pas y penser. Il ne devait pas se prêter à ce genre de fantasmes. Il brisa l'échange de regards.
_Bonne nuit, Capitaine.
Jim détourna la tête.
_Bonne nuit, Commander.
Spock se força à ne pas regarder Jim alors qu'il pouvait sentir sa peine. Il quitta les quartiers de son supérieur à contrecœur et conscient d'une chose : l'attractivité entre eux était plus forte qu'il ne l'avait estimé.
Jim ne dormit que quelques heures. Après la nuit qu'il venait de passer, bien qu'elle fût épuisante, son angoisse l'avait maintenu en alerte. Ça et… et cette situation avec Spock. Jim avait été à deux doigts de se ridiculiser face à son second. Il avait été à deux doigts de lui demander de rester. Rester pour quoi ? Comment il aurait pu justifier ça ?
Il essaya de penser à autre chose. Il se rendit sur le pont supérieur, où Sulu semblait maîtriser la situation.
_Capitaine sur le pont, dit le pilote.
Jim lui indiqua d'un geste de la main à se rassoir.
_Vous n'êtes pas en repos, Capitaine ?demanda-t-il.
L'intéressé avait le regard fixé dehors. Quelques débris de vaisseaux étaient visibles, mais l'extérieur semblait calme.
_Si, mais j'ai à faire. Scotty a besoin de monde. Quand Chekov et Astan prendront leur quart, envoyez-les en bas. Leurs compétences seront grandement utiles.
Sulu hocha la tête.
_A vos ordres.
Jim avait consulté les deux rapports que Sulu avait faits. Il n'y avait rien eu de particulier. Il consulta l'heure. Il était encore assez tôt, trop tôt pour faire un communiqué général. Depuis son PADD, il envoya un message à la fois à Sulu et à Spock.
_J'ai préparé un message général que je vous ai transmis. Quand Spock prendra son quart, dîtes lui de le diffuser.
Jim tapota l'épaule de Sulu, se décidant à partir.
_Merci Sulu. Gardez l'œil ouvert. Prenez-soin de ma belle le temps qu'on la répare.
L'asiatique lui adressa un sourire.
_Je veillerai sur le vaisseau, Capitaine. Vous vous rendez directement aux Machineries ?
Jim hocha la tête, puis il quitta le pont supérieur.
Il déposa son PADD dans ses quartiers et retira son polo de Capitaine. Au même titre que les autres, il irait aider aux Machineries, et il faisait beaucoup trop chaud là-bas. Il ne prit avec lui que son communicateur et s'enfila une barre protéinée sur la route, histoire d'avoir quelque chose dans l'estomac.
Quand Jim arriva, Adélaïde Lawton était toujours en train de coordonner les équipes en remplaçant Scotty. Il se présenta à la blonde.
_Ada, comment je peux aider ?
La blonde releva la tête des consoles de contrôle du réacteur. La dernière fois que Jim s'était trouvé à les utiliser, c'était quand Khan avait torpillé l'Enterprise. Il se tint inconsciemment à distance alors qu'elle se tournait vers lui, l'air sévère.
_Trouvez-vous un fer à souder 7.7 pour trellium-D, on a des conduits d'électro-plasma dont les réparations ne tiennent pas. Allez voir Yoren, pour le matériel et rejoignez Kéra sur la plateforme d'entretien 4. Elle vous donnera des consignes précises.
Jim ne put s'empêcher de sourire face à son autorité ferme.
_A vos ordres, Lieutenant.
La jeune femme lui adressa un sourire et Jim s'exécuta, suivant ses ordres à la lettre. Quand il arriva sur la plateforme d'entretien, il se prit un mur d'air chaud.
_Bon sang ! D'où vient cette chaleur ?!
Jim venait de rejoindre quatre ingénieurs. Ou du moins, des gens venus donner un coup de main. Kéra montra sa tête, retirant son masque de protection alors que son visage était noirci par la suie.
_La chambre à fusion fonctionne à nouveau, mais pas le système de refroidissement. On a dû tout couper à nouveau, mais la chaleur est toujours présente. Que faites-vous là, Capitaine ?
La bajoran était sincèrement surprise. Jim lui montra son matériel, qu'il brancha.
_Je suis inutile sur le pont supérieur pour le moment. Je ne prétends pas avoir de bonnes connaissances en ingénierie, mais je suis plutôt doué de mes mains. Je suis sous vos ordres.
Kéra lui adressa un sourire.
_Si j'avais su que ce jour viendrait ! On renforce tout le conduit principal. Vous pouvez reprendre à côté de Shura.
Jim hocha la tête et prit place à côté de l'africaine, une enseigne ingénieure. Il pourrait être conseillé sur ses manœuvres. Il s'équipa du matériel de protection et commença sa tâche.
Jim ne vit pas le temps passer. S'il avait dû donner un ordre d'idée, il n'aurait pas pu répondre. Tout ce qu'il sut, c'est que son communicateur sonna plusieurs fois alors qu'il travaillait sur les conduits de leur section. Sulu l'appela une fois pour l'avertir du relais de poste sur le pont supérieur, Bones l'appela deux fois, une fois pour lui faire un compte-rendu et la deuxième fois pour lui remonter les bretelles, et le dernier appel, fut Spock. Pour demander où il était. Comme si Spock avait la réelle nécessité de l'appeler pour avoir l'information.
Alors qu'il s'était attendu à recevoir la visite de Spock après l'appel, ce ne fut pas le cas. Ou alors, le temps lui parut bien long. Son équipe eut le temps de terminer le renforcement des conduits et de changer de section avant d'avoir la visite du Commander. Jim avait même fini par l'oublier. Quand il sentit une main se poser sur sa cheville alors qu'il se trouvait sous les conduits, il sursauta en retenant un cri de surprise.
_Bordel !
Il savait que c'était Spock. Il le sut à l'instant où il l'avait touché. Il s'extirpa des conduits pour se redresser et retira son masque et ses lunettes de protection.
_Vous m'avez surpris, Spock !
Il dût hausser la voix à cause du bruit.
_Navré Capitaine, vous n'avez pas entendu mes premiers appels.
Spock aussi haussait la voix. Jim lui indiqua d'un geste de s'éloigner du bruit pour qu'ils puissent s'entendre sans hurler.
_Vous avez fait l'annonce ?demanda-t-il d'emblée.
Spock secoua négativement la tête.
_Je venais vous en parler. Je pense qu'il serait plus adapté que vous fassiez la communication.
Jim se gratta la nuque. Elle était trempée à cause de la chaleur. En fait, il était en sueur et noir à cause de la chaleur et de la soudure.
_Je trouvais plus judicieux que ça soit vous. Vous avez un meilleur self-control que moi. Je ne veux pas que mon angoisse atteigne l'équipage.
Malgré le bruit autour d'eux, ils se tenaient à distance. Même en tendant le bras, Jim ne pouvait pas le toucher sans bouger. Non pas qu'il en ait l'envie.
_Vous êtes le Capitaine. L'équipage sera plus rassuré de vous entendre, j'en suis convaincu.
Jim regarda Spock dans les yeux. Sa certitude lui fit du bien. Jim hocha la tête.
_Très bien.
Il passa devant le vulcain et descendit pour rejoindre le pont principal d'ingénierie et rejoindre une borne de communication.
_Qu'est-il arrivé à votre haut d'uniforme ?
Spock indiqua d'un signe de tête le haut noir de Jim qui dévoilait ses bras nus jusqu'aux épaules.
_J'ai déchiré les manches. On meurt de chaud ici.
Jim arriva à la borne. Il joignit le pont principal.
_Sulu, c'est Kirk. Ouvrez l'intercom général, je vais faire passer un mot.
_A vos ordres, Capitaine. Intercom ouvert.
Jim jeta un coup d'œil à Spock avant de prendre une inspiration et de commencer :
_Votre attention à tous, ici le Capitaine Kirk. Depuis quelques jours, nous subissons la violente traversée d'orages magnétiques. La nuit précédente, nous avons eu affaire à de puissants éclairs qui ont endommagé l'Enterprise. Afin d'effectuer les réparations nécessaires, nous avons été contraints de stopper les machines. Nous dérivons vers le cœur de la Nébuleuse. Si notre situation n'est pas critique et que nous sommes hors de danger, je rappelle toutefois que nous ne sommes plus dans une zone contrôlée par la Fédération. Restez en alerte. Kirk, terminé.
Il coupa l'intercom et soupira. Jim s'était trouvé peu rassurant dans son discours. Il aurait dû lire ce qu'il avait préparé par écrit, mais il n'y avait pas pensé. Il soupira à nouveau.
_Heureusement qu'on leur a annoncé avant tout ça qu'on ferait une halte sur Filandria. Ça ne fera pas de mal à l'équipage, et l'Enterprise pourra se refaire une santé.
Spock ne répondit rien. Jim n'était pas dérangé par ses silences, il avait l'habitude du monologue.
_Les communications sont opérationnelles ?
Le vulcain hocha la tête.
_Parfaitement, Capitaine.
Jim hocha la tête.
_Je contacterai le poste de la Fédération sur Filandria pour les informer de notre situation. Ils pourront préparer ce dont on a besoin.
Spock l'approuva d'un signe de tête. Jim se rendit à nouveau vers son poste.
_Avez-vous fait une pause ?
Jim ouvrit la bouche, avant de la refermer. Il allait répondre qu'il avait pris deux cafés, mais ce n'était pas le genre de pause dont parlait Spock.
_Non. Mais je ne peux pas abandonner mon poste comme ça.
Il était légèrement sur la défensive.
_Votre poste, c'est celui de Capitaine.
Les paroles de Spock eurent l'effet d'une gifle. Parce que c'était la vérité. Jim devrait être sur le pont principal, et Spock, compte-tenu de ses qualités en ingénierie, devrait se trouver à sa place. Il pouvait aider à la gestion des réparations. Jim serra les dents.
_Soyez à disposition pour les réparations ici dans une demi-heure. Trouvez une solution pour le générateur extérieur qui ne nécessite pas d'intervention extérieure.
_A vos ordres.
Spock quitta la salle. Jim retourna aux conduites.
Honteux, il se fit remplacer et regagna ses quartiers, les paroles de Spock résonnant dans sa tête. Il n'agissait pas comme un capitaine. Spock endossait ce rôle. Depuis un moment, il le soulageait plus que nécessaire. Jim était un poids en trop dans ce fauteuil. Spock était bien plus à la hauteur de cette tâche que lui, et il avait l'expérience et les connaissances supplémentaires.
Jim prit une douche pour se nettoyer de toute la crasse accumulée. L'heure indiquait qu'il était au beau milieu de l'après-midi et son estomac lui rappela qu'il n'était plus sur Tarsus IV. Il passa au mess des officiers et se répliqua un repas consistant, qu'il mangea en consultant son PADD. Il savait qu'à ce moment-là, Spock s'était déjà rendu aux Machineries pour aider.
Il en profita pour envoyer un message à Scotty pour qu'il lui fasse une liste complète du matériel dont ils auraient besoin pour effectuer les réparations et changements de pièces sur Filandria. Il lut ensuite attentivement le rapport de Spock sur les débris de vaisseaux et son expertise sur ces derniers. Ça n'était pas des vaisseaux de guerre. Du moins, les éclaireurs possédaient une force de frappe, mais elle ne ferait pas le poids face aux déflecteurs de l'Enterprise. Jim espérait que sans nouvelles de leurs éclaireurs, les rémiens ne tenteraient pas de venir.
Il consulta ensuite les rapports de l'équipe de Chekov, qui s'était rassemblée avec d'autres de leurs navigateurs pour croiser les données récoltées sur la Nébuleuse et ainsi leur calculer une trajectoire plus sûre une fois que le vaisseau aurait remis son réacteur en route. D'après Chekov, leur lenteur aidait aux calculs et leur permettait de mieux situer les foyers orageux. De toute sa vie, Jim n'aurait jamais cru que les évènements orageux spatiaux, supposés impossibles, lui causeraient autant de problèmes. Entre Nero et cette histoire…
Jim termina son repas et retourna à ses quartiers. Il devait prévenir en premier lieu Starfleet de ce qui leur était arrivé, puis ensuite contacter leur base de réparation et tenir son journal de bord à jour. Après ça, il aurait tout un tas de demandes administratives à gérer. Il ne pouvait pas laisser Spock effectuer ce genre de tâche, même si ce dernier en avait les compétences. Il était le Capitaine, il devait assumer.
Il contacta en premier lieu l'Amiral McLaren, le responsable de la Starfleet Command à San Francisco. Jim avait été présenté à lui lors de sa promotion de Contre-Amiral, par Pike. Tous les deux avaient servi ensemble lors de la guerre contre l'Empire Klingon. Si Jim s'entendait bien avec quelques têtes du haut commandement de Starfleet, c'était bien grâce à Pike, qui avait toujours cru en lui. Il savait que son impulsivité et son caractère téméraire donnait une mauvaise image de lui, mais Jim n'allait pas changer pour les beaux yeux des autres amiraux. Ce n'était pas dans son caractère de lécher les bottes.
Heureusement pour lui, McLaren faisait partie des personnes à qui il n'avait pas besoin de le faire. Il réussit à le joindre sans problèmes et lui exposa sa situation. McLaren lui proposa même d'envoyer l'USS Mistral pour l'aider mais Jim déclina l'offre. Le Mistral se trouvait à l'autre bout de leur Quadrant et il ne voulait pas que la Capitaine Hollis Minara, une arcturienne, ne prenne des risques inutiles en venant à leur secours. L'Enterprise était un vaisseau de type Constitution, sa belle en avait sous la coque. Ils s'en sortiraient.
De son côté, sur Filandria, la base avait aisément de quoi leur fournir tout ce dont ils avaient besoin pour les réparations. Jim avait repéré que dans la liste que Scotty lui avait transmise, l'ingénieur s'était permis de demander de l'aluminium transparent plus épais et donc plus couteux, mais il avait fait comme s'il n'avait rien vu. Il connaissait son ingénieur en chef et il pouvait laisser passer ce genre de manœuvre. Après tout, Scotty était le seul à voir l'Enterprise de la même façon que lui.
Quand Jim eut terminé ses communications, il s'attaqua à la partie administrative. Les procédures étaient longues, ennuyeuses et prise de tête. Il décida donc de faire une pause en allant dîner avec Bones, ça lui changerait les idées. Il se rendit à l'infirmerie et croisa ce dernier en train d'en sortir, équipé de sa trousse de secours. Jim fronça les sourcils en lui emboîtant le pas.
_Un problème ?
Bones soupira.
_J'suis appelé à la zone de réparations, Keenser s'est fait électrocuter. Rien de grave apparemment.
Jim écarquilla les yeux alors qu'ils entraient dans le turbolift.
_Quoi ? Comment c'est possible ?
Bones secoua la tête.
_Je cherche même plus à comprendre. Pourquoi tu voulais me voir ?
_Euh, pour dîner, si ça te branchait.
Le médecin lui frappa le dos.
_Marché conclu ! En privé, t'as des trucs à me raconter.
_Comment ça ?
Les portes du turbolift s'ouvrirent et la réponse de Bones fut noyée dans le bruit. Scotty les attendait et il attrapa la manche du médecin pour l'approcher du petit extraterrestre aux yeux globuleux. Jim resta à l'écart alors que Bones l'examinait.
Inconsciemment, il parcourut la zone du regard. Spock devait être dans le coin. Il était probablement lancé dans les réparations et s'il avait mis la main à la pâte, il se demandait s'il ressortirait avec sa coupe de cheveux impeccable ou emmêlée. Et sans savoir pourquoi, il se rappela la sensation du corps de Spock contre le sien. Lors du premier orage. Jim vendrait cher sa peau pour ressentir ça à nouveau.
Et c'est là qu'il le vit. Spock, au loin, revenant de la chambre de transformation. Ses cheveux étaient légèrement désordonnés, son visage et ses habits étaient noirs de suie. Il était beau à tomber. Il s'imagina introduire sa main dans ses cheveux, essuyer les traces de suie sur son visage en touchant sa peau, effleurant ses lèvres.
_Capitaine ?
Jim sortit de ses pensées, sentant ses joues chauffer alors qu'il avait l'impression d'être pris sur le fait.
_Oui, Scotty ?
Il se força à paraître normal et regarda son ingénieur en chef comme s'il ne s'était rien passé.
_Vous allez bien ? Vous êtes tout rouge.
Si les joues de Jim pouvaient encore plus se colorer, ce fut le cas en cet instant, la chaleur remontant jusqu'à ses oreilles.
_Oui oui, on crève juste de chaud ici.
Scotty se frotta la nuque.
_On a réparé le circuit de refroidissement, mais la température a encore du mal à baisser.
Bones se redressa.
_Ouai, on l'avait senti en entrant. Keenser n'a rien du tout. Il est plus solide qu'un roc. Tant qu'il n'a pas de rhume…
Scotty se pencha vers le concerné :
_T'entends ça p'tit gars ? T'as bien de la chance de t'en être sorti indemne !
Bones secoua la tête et il ressortit, Jim l'accompagnant. Dès qu'ils furent seuls dans les couloirs, Bones reprit :
_Alors, Spock et toi ?
Et Jim sut qu'il était grillé.
Jim n'avait pas quitté sa salade de patates des yeux depuis qu'ils s'étaient installés dans ses quartiers. Il sentait le regard lourd de sens de Bones sur lui.
_Alors, tu vas finir par cracher le morceau ?
Jim soupira.
_Qu'est-ce que tu veux que je te dise ?
Le médecin secoua la tête.
_Je te connais, Jim. J'ai remarqué comment tu regardais Spock.
Il se décida à lever la tête pour regarder Bones.
_Tu t'imagines des choses pour rien. C'est passager.
Bones secoua la tête en souriant. Jim n'aimait pas ce genre de sourire qu'il avait.
_Passager ? Je pense que même toi, tu n'y crois pas. Tu n'arriveras à convaincre personne là-dessus. C'est clair et net qu'il y a un truc entre Spock et toi. Ça n'a rien à voir avec de l'amitié. Ou alors j'dois m'inquiéter et revoir mon statut de meilleur ami !
Jim se pencha sur son assiette, réfléchissant. Il était vrai que la relation qu'il avait avec Spock était vraiment particulière, de son point de vue, en tout cas. Il ne savait pas comment Spock voyait les choses.
_C'est juste qu'on se connait bien, je suppose. On a une bonne dynamique.
Bones se prit la tête dans les mains, la secoua et le regarda à nouveau.
_Jim. Tu es le seul à voir ou repérer des émotions chez Spock. Je t'assure. Et lui, il a clairement rien à faire à l'infirmerie à chaque fois que je t'examine ! Bon ok, des fois c'est moi qui lui demande de t'amener, mais il n'a pas besoin de rester. Spock tient à toi, et il est le seul qui soit capable de te raisonner quand je n'y arrive pas. Pourquoi tu crois que je t'envoie vers lui ?
Jim réalisa toutes les manœuvres de Bones, chaque fois qu'il lui conseillait d'aller lui parler, ou qu'il lui envoyait Spock. Il avait cru dur comme fer aux arguments qu'il avait donné.
_Où tu veux en venir, Bones ?
Jim fixa le médecin. Ce dernier ne fut pas du tout intimidé par son regard appuyé.
_Tu as des sentiments pour Spock.
Le regard du gradé devint noir.
_Je suis Capitaine. Spock est le Commander. Je ne peux pas avoir des sentiments pour lui.
Bones fit une grimace.
_Mais tu as des sentiments pour lui.
Jim repensa à toutes ces pensées qu'il avait eues, toutes ces émotions qu'il n'aurait jamais dû ressentir pour son commandant en second et qui n'avaient rien à voir avec de l'amitié. Il était inutile de se voiler la face. Il se prit la tête dans les mains quelques secondes.
_Je peux gérer.
_Et si Spock en décide autrement ? Et s'il s'en rend compte ? Tu sais tout comme moi comment Spock est avec le règlement.
Il n'enfreignait jamais de règles. Enfin, il le couvrait parfois quand il enfreignait la première directive, mais de là à enfreindre ce genre de règles… ça pourrait leur coûter leur carrière. Et s'ils ne pouvaient plus travailler ensemble, Jim ne demanderait jamais à Spock de s'en aller. Il préférait quitter l'Enterprise, même si ça réduisait sa vie en morceaux. Il soupira.
_Dans quelle merde je me suis fourré…
Bones fit une grimace.
_Disons que tu as le chic pour te mettre dans des situations improbables. Comment tu comptes gérer la situation ?
Pour l'instant, ça ne les empêchait pas de travailler ensemble. Tant que ça fonctionnait…
_Tant qu'on reste professionnels au boulot, le reste compte peu. Si vraiment nous n'arrivons pas à faire la part des choses alors là… j'envisagerai les choses d'une autre façon.
Dans la tête de Jim, ça finissait par une démission de poste. Son poste. Il prendrait sur lui, il le pouvait. Il y eut un temps de silence durant lequel ils mangèrent, plongés dans leurs pensées. Bones reprit plus tard :
_Tu as des nouvelles de ton harceleur ?
Jim soupira longuement.
_J'avais oublié cette histoire. Tu sais combien de rapports et de messages je reçois en ce moment ? Des tonnes. Je consulte que les plus urgents.
Bones déboucha la bouteille de whisky qu'il avait amenée et leur servit deux verres.
_Quand ça se calmera, il faudra que tu règles cette histoire rapidement avant qu'elle ne prenne de l'ampleur.
Le blond hocha la tête.
_J'en ai conscience, Bones. Je ferais ça bien, je ne veux qu'un membre de Starfleet voie sa carrière réduite à néant à cause d'une plainte de harcèlement. Je veux tenter le dialogue.
Le brun secoua la tête.
_Tu es quelqu'un de trop gentil, Jim. Tu sais ce qu'on dit : « trop bon »…
_ « Trop con ». Je sais. Je l'ai déjà payé avec Tony.
Jim avala plusieurs gorgées de whisky au souvenir de son projet Hermes qu'il avait eu et qui s'était envolé sous son nez avec son ex. Bones fit de même, probablement au souvenir de cette affreuse période. Il secoua la tête en reposant son verre.
_Comme quoi, même un génie peut se faire avoir facilement.
Jim balança son pied dans le tibia de Bones.
_Hey !
Jim croisa les bras.
_Tu l'as mérité. Et toi, il va falloir que tu passes du temps avec Christine.
_Ouai, je t'aurais bien demandé des conseils, mais t'es un bourreau des cœurs nul en relation durable. Et moi, j'veux faire ça bien avec Christine.
Bones attrapa la bouteille de whisky.
_Eh bien j'en prends toujours pour mon grade quand je discute avec toi !
Jim poussa son verre en avant et Bones servit leurs verres.
_C'est pour t'éviter prendre la grosse tête.
Ils trinquèrent en souriant.
_Merci, Bones.
_A ton service, Jim.
