Cette histoire fut écrite pour le Secret Santa HunterxHunter à l'attention de Zofra. Merci à Moira-chan, La Pomme Verte, Zofra et Miss Pupitre pour ce moment de partage !
Chère Zofra,
C'est avec grand plaisir que j'ai reçu ta lettre (En vrai, quelle corvée, ce Feit- C'est une blaaaague). J'espère que ce cadeau te plaira.
Turand
Chapitre 1
L'Etoile filante. La ville où il est permis de jeter n'importe quoi. Poubelles, armes, cadavres, bébés. Les habitants récupèrent tout. La décharge engloutit le reste. Chaque déchet lui appartient. Et l'Etoile Filante ne rend jamais rien.
Phinks y pensait alors qu'il sortait avec ses compagnons de ce qui restait de la forteresse de Zazan. Il se demanda comment cette créature en était venue à imaginer régner dans ce lieu où il n'y avait que les montagnes de déchets qui pouvaient prétendre dominer qui que ce soit. Et si quelqu'un pensait pouvoir s'y asseoir, c'était pour mieux s'y enfoncer et disparaître à jamais. Zazan avait cru y échapper mais la Brigade Fantôme était venu le lui rappeler. Personne n'est roi à l'Etoile Filante. Tout est déchet. Telle est la volonté de la décharge. Phinks aurait bien aimé dire que Feitan, Shizuku, Sharnalk, Bonorenof et lui étaient venus au secours du lieu qui les avait vus grandir, mais au fond de lui, il sentait que la vérité était bien différente. C'était plutôt l'Etoile Filante qui les avait conviés. Ils avaient comme répondu à son appel, attirés par une force à laquelle ils ne pouvaient résister.
Phinks avait espéré que Kuroro aussi viendrait mais ce dernier semblait avoir résisté à cette étrange pulsion. Il en était d'ailleurs très frustré. Le chef lui manquait, c'était évident mais cela n'avait rien à voir avec un sentiment amoureux. C'est juste que sans le boss, il se sentait perdu. Il marchait donc devant les autres pour cacher sa déception. Tout à coup, une sonnerie bien connue le sortit de ses pensées. Il se retourna et vit Sharnalk sortir son téléphone de sa poche. A ce moment précis, Phinks fut plein d'espoir.
« C'est le boss ? demanda-t-il.
-Non, c'est Nobunaga, répondit Sharnalk. Il demande si on peut l'aider.
-Oh merde, rien à foutre ! »
Phinks souffla d'exaspération. Comme s'il en avait quelque chose à faire des affaires de Nobunaga. L'aider pour quoi au juste ? Il soupira :
« Ça pue bien cette situation. Bon, il va falloir attendre… Je déteste attendre. »
Attendre… Ils ne faisaient que ça. Ce passage au bercail les avaient à peine occupés en fin de compte. Mais Phinks ne s'apitoya pas longtemps car les rires de Sharnalk et Feitan le sortirent de ses pensées.
« Phinks, t'as vraiment l'air d'une fille amoureuse là, ricana Sharnalk.
-C'est clair qu'il a vraiment un côté très féminin. » ajouta Feitan.
Le sang de Phinks ne fit qu'un tour. L'homme s'empara de rochers et n'hésita pas une seconde à les lancer dans la direction de Feitan et Sharnalk qui fuyaient déjà à toute allure.
« Vous avez dit quoi BANDE DE BÂTARDS ? Répétez un peu pour voir ! JE VAIS VOUS TUER ! »
Les rochers n'attinrent pas leur cible. En soi, ce n'était pas vraiment le but. Le blond regarda ses deux compagnons courir vers le bas de la colline. Il contempla ensuite l'horizon pour se calmer. Son regard fut alors attiré par une silhouette au loin.
« Je vais faire un tour, dit brusquement Phinks.
-Hein, quoi ? Mais tu vas où ? demanda Shizuku.
-Je fais un tour, je te dis, répondit l'homme un peu exaspéré. Faites-moi signe si le boss appelle. »
Sans prêter attention aux protestations de la jeune fille qui portait toujours sa tunique d'ailleurs, le blond descendit rapidement la colline sur laquelle ses compagnons se trouvaient, mais sans se diriger vers Sharnalk et Feitan. Il prit un sentier adjacent qui s'enfonçait dans une petite gorge. Il s'éloigna ainsi de la cité bien que l'Etoile Filante n'était pas à proprement parlé une ville. C'était plutôt un territoire morcelé sans limites bien définies. Il y avait bien évidemment un rassemblement principal autour des monticules de déchets les plus imposants. C'était là d'ailleurs que vivaient la plupart des habitants, dans des bidonvilles insalubres à la stabilité douteuse mais qui offraient néanmoins un peu de confort, un semblant d'ordre social et une certaine sécurité. Cependant, l'Etoile Filante ne se résumait pas à ça. La décharge s'étendait à perte de vue dans un désert aride et il y avait bien d'autres regroupements, peut-être un peu plus modestes mais tout aussi autonomes. Il y avait également des parties où les déchets étaient moins présents et où à la place des montagnes d'ordures surgissaient des rochers sombres et coupants. Phinks perdit ainsi de vue les bidonvilles pour se diriger vers ces endroits plus sauvages. Il savait parfaitement où il allait. Il connaissait bien ces lieux. Il avait y vécu, en tout cas les premières années. Ces parties-là avaient un certain charme par rapport au reste mais Phinks avait appris à ses dépens qu'elles étaient cependant plus dangereuses.
A bien y réfléchir, le blond ne se souvenait pas de son arrivée à l'Etoile Filante. Il était à peu près certain de ne pas y être né mais il n'avait pas de souvenirs d'une période précédant sa vie dans cet endroit. Il n'était pas le seul d'ailleurs. Pour les habitants de l'Etoile Filante, il n'y avait toujours eu que l'Etoile Filante. C'était peut-être une caractéristique du lieu ou plutôt une amnésie salvatrice. Dans le fond, qui voulait réellement savoir pourquoi on l'avait jeté ici ? Phinks avait commencé sa vie dans cette décharge en connaissant son nom et son âge. Il savait aussi lire et écrire, ce qui était cohérent avec le fait qu'il se souvenait avoir huit ans. Il avait eu aussi la sensation qu'il ne devait pas s'éloigner du lieu où il avait atterri, un peu comme si on reviendrait plus tard le chercher. Il était donc resté là un certain temps.
Phinks passa à côté d'un fossé et fut certain qu'il s'agissait de celui où il avait passé ses premières nuits. Ce souvenir était plutôt désagréable car si les jours à l'Etoile Filante étaient chauds et secs, les nuits étaient en revanche glaciales. Il s'était donc construit un abri. Avec détermination, il avait rassemblé les matériaux les plus solides et avait bâti une petite hutte à l'abri des rochers. Cependant, après le froid vinrent les animaux sauvages, un des nombreux désavantages de vivre loin des bidonvilles. Phinks reconnut sans peine une paroi rocheuse où il s'était agrippé pour échapper à un fauve. Par la suite, il avait donc fait du feu pour éloigner les prédateurs et s'était fabriqué une arme pour les affronter. Il avait ainsi pu survivre trois ans. Chaque jour qui passait, il avait un peu moins peur, apprivoisant petit à petit son environnement et ne fuyant jamais devant un conflit de territoire avec un animal ou même un être humain. Il pensait pouvoir rester là longtemps, du moins jusqu'à ce que quelqu'un vienne.
Mais avoir du cran ne rend pas fort. Phinks l'avait compris quand un soir, quatre hommes l'avaient tiré de force hors de son abri, frappé au sol et jeté sur le capot glacial et rouillé d'une voiture abandonnée. C'était peut-être celle à côté de laquelle il passait à présent. Le blond s'arrêta pour observer un moment le véhicule gris à moitié recouvert par un monticule de détritus mais ne parvint pas à se faire une idée. Il aurait dû s'approcher davantage pour vérifier. A l'époque, il n'avait pas prêté attention au modèle et encore moins à la couleur. Cependant, il se souvenait encore très clairement de la rugosité de la peinture sur sa joue, de l'odeur métallique dans ses narines et des sillons de la carrosserie marquant ses poignets alors qu'on le maintenait fermement sur le ventre. Le reste était flou. Le rire des hommes avait d'un coup semblé s'éloigner, comme s'il avait baissé le son de sa propre vie. Sa mémoire ne se racontait plus. Tout lui venait par saccade. Ne plus résister, ne plus crier, attendre, abandonner son corps, accepter la douleur, laisser l'esprit s'en aller, se convaincre que ce n'est pas soi et prier pour que ça finisse vite. C'était un autre problème de vivre hors de la ville. L'ordre social n'existait pas. Tout était permis. Phinks alluma une cigarette pour masquer définitivement l'odeur de la rouille et décida finalement de continuer son chemin sans s'attarder davantage sur cette voiture.
Après une demi-heure de marche, Phinks finit par atteindre l'endroit qu'il avait aperçu depuis la colline. C'était un arbre gigantesque, solitaire, perdu au milieu de la plaine désertique de l'Etoile Filante, coincé entre deux rochers où s'enfonçaient ses racines. Le seul arbre du désert, bien qu'il s'agisse plutôt d'un énorme fossile. L'arbre devait en effet être mort depuis très longtemps au point que son tronc semblait être en pierre. Après toutes ces années, il était toujours là. Phinks se revoyait encore descendre péniblement entre les racines pour y trouver refuge, à peine quelques heures après l'incident sur le capot de la voiture. Il était resté là deux jours, recroquevillé, le corps douloureux, couverts de contusions, hématomes et d'autres blessures plus honteuses, l'esprit dans le néant, réalisant ce qu'il était et avait toujours été : un déchet. Un déchet parmi les autres déchets, écrasé par de plus gros déchets. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, l'Etoile filante portait bien son nom. Car une étoile filante n'était en aucun cas une étoile. Juste de la poussière d'astéroïde qui finit dans l'incinérateur de l'atmosphère, avant même d'avoir pu toucher le sol. Il en serait de même ici où tous seraient réduits en cendres sous ce soleil maudit avant même d'avoir pu rêver du ciel. Phinks avait enfin compris. On l'avait jeté ici et personne ne viendrait. Alors à quoi bon ? À quoi bon être là, en vie, abandonné, sans aucune utilité pour personne ? Phinks gravit les rochers et s'assit au pied du tronc pour allumer une autre cigarette. Il était à présent bien trop massif pour se glisser entre les racines tortueuses du grand arbre de pierre, trouver son chemin dans les galeries sinueuses et éventuellement rejoindre cette petite cavité qu'il avait considéré un temps comme sa dernière demeure. Il appuya sa tête contre l'écorce froide et ferma les yeux pour se remémorer plus facilement le petit espace sombre qui lui permettait néanmoins de voir un morceau de ciel. Il aurait dû mourir là mais ce n'est pas ce qui s'était produit.
Après deux jours d'apathie complète alternée avec un sommeil sans rêve, un bruit sourd l'avait réveillé. Encore épuisé, il n'avait même pas pris la peine de se mettre en position de défense. Il avait simplement ouvert les yeux et avait directement été confronté à un garçon pâle et tétanisé. Il avait rapidement réalisé qu'il n'était à la cause de sa terreur. C'était plutôt la voix de femme qu'on entendait à l'extérieur de l'arbre et qui criait dans une langue que Phinks ne comprenait pas. Il devinait cependant qu'elle devait être en train d'appeler quelqu'un et l'identité de cette personne ne faisait évidemment aucun doute. Le garçon lui fit signe de ne pas faire de bruit, ce qui n'était de toute façon pas dans ses intentions étant donné son état. Sans même se redresser, il avait observé le jeune intrus se détendant quand la voix féminine s'éloignait et semblant suffoquer quand elle approchait. Le garçon aux cheveux noirs avait même fini par se cacher derrière lui, se bouchant les oreilles pour ne plus entendre l'appel incessant. Phinks l'avait senti trembler contre son dos alors que lui de son côté se laissait porter par la voix. Cette femme pouvait venir et prendre ce qu'elle voulait, il n'en avait que faire. Finalement, elle s'était tue. Le silence avait demeuré de longues minutes. On n'avait même plus entendu le bruit du vent et des insectes. Et puis soudain, un hurlement. Inhumain. Comme si un gouffre s'était ouvert et que toute la rage du monde s'en échappait. Ce n'était pas un simple danger. C'était plus que ça. C'était la mort, le mal absolu, le début de l'Enfer et la fin de toutes choses. Tout ça à la fois. Phinks s'était senti mourir. Il avait cru tomber dans un abysse. Avec le recul, il devait s'agir d'une attaque de Nen et sans ses prédispositions au Renforcement, il n'y aurait sûrement pas survécu. Il ne pourrait dire combien de temps le hurlement avait duré. Il savait seulement que lorsque ce fut fini, il était au fond de sa cachette, serré dans un coin avec ce garçon qui semblait avoir ramené un morceau de ténèbres avec lui.
Des bruits de pas troublèrent le souvenir. Phinks savait qu'il n'était plus vraiment seul depuis un moment. Celui qui s'approchait ne faisait d'ailleurs aucun effort pour se dissimuler. Il sentit une main subtiliser la cigarette qui brûlait au bout de ses doigts pour très certainement la jeter au loin. Phinks ouvrit les yeux et sans surprise, il fut confronté à Feitan dont le regard disait clairement « Mais qu'est-ce que tu fous ? ». Son bras gauche semblait rétabli mais il n'avait pas trouvé de haut pour se couvrir. L'homme lui répondit par un sourire qu'il voulait un peu provoquant et invita son partenaire à s'avancer plus près entre ses jambes. Le blond passa ensuite ses bras autour de son corps comme il avait pu le faire sous cet arbre alors que dans les profondeurs de la nuit, ils avaient tous deux craint que la femme ou plutôt la créature ne revienne et les trouve. Néanmoins, cette étreinte avait bien changé. Phinks caressa le dos nu de son compagnon et puis remonta ses mains jusqu'à ses omoplates. Il embrassa après le torse qui était à hauteur de son visage et finit par tirer Feitan davantage contre lui, lui suggérant ainsi de s'asseoir à cheval sur son bassin. Dès que le visage de son partenaire fut à la hauteur du sien, le blond s'empara intensément de sa bouche et puis la quitta pour poser ses lèvres sur son cou. Il était fatigué mais pas assez pour ça et son camarade ne semblait pas être opposé à l'idée. Phinks aurait bien défait le haut de son pantalon et fait glisser celui de Feitan mais il essaya de ne pas trop se presser. Il voulait faire durer ce moment, prendre le temps de se sentir sa peau, respirer son odeur et surtout rendre Feitan impatient. Il saisit ses fesses pour presser son bassin contre son ventre, sentant avec satisfaction que son partenaire n'était pas indifférent.
Pourtant, Phinks sentit Feitan un peu raide. Il le connaissait depuis trop longtemps pour que ça lui échappe. Tout avait commencé dans cet arbre où ils s'étaient rencontrés, dans cette cavité où ils avaient cru mourir ensemble, l'espace d'un instant et où lui-même avait alors retrouvé la force de vivre. Quand ils en avaient eu le courage, ils étaient sortis de ces racines pour marcher vers les bidonvilles de l'Etoile Filante où ils espéraient échapper aux animaux sauvages, exactions et créatures étranges, mais où bien d'autres épreuves les attendaient. Par la suite, ils n'avaient pas vraiment vécu ensemble, plutôt en parallèle. Phinks s'était rapidement fait à la vie en communauté et avait intégré un gang pour mener des trafics en tout genre, parfois lucratifs, souvent foireux alors que Feitan préférait fréquenter les quelques personnes isolées qui parlaient la même langue que lui et s'impliquer dans des activités plus discrètes. Ce dernier avait ainsi commencé à briller dans son domaine de prédilection, la torture, alors que de son côté, le blond vivait le moment présent sans aucune ambition. Ils ne s'étaient pourtant jamais vraiment quittés, gardant toujours un œil l'un sur l'autre. Phinks n'avait pas comme Feitan participé le jour même à la formation de la Brigade Fantôme car bien trop occupé dans ses affaires criminelles bancales. Cependant, à peine un jour plus tard tard, Kuroro était venu le chercher sans que l'homme ne sache jamais ce qui avait poussé le boss à s'intéresser à un minable comme lui. C'est au sein de la Brigade que Feitan et lui s'étaient rapprochés bien qu'il ne considérait pas qu'ils formaient un couple. Ils se voyaient régulièrement mais sans aucune contrainte. C'était surtout la volonté de Feitan qui avait besoin de son indépendance et dont les relations ne se limitaient pas à un partenaire. Il était cependant taiseux sur ses conquêtes. Phinks le soupçonnait tout de même de fréquenter un Hunter, voir Kuroro à l'occasion et d'avoir eu des contact rapprochés avec Hisoka. De son côté, c'était différent. La situation lui convenait et il n'éprouvait pas le besoin de s'interroger sur la question. Il n'avait rien connu avant Feitan et ne parvenait pas à être en confiance avec quelqu'un d'autre. C'était d'ailleurs pour ça qu'il le connaissait si bien. Il n'avait eu que lui à étudier toutes ses années. Il savait donc tout. Il voyait le plus imperceptible haussement de sourcils, décryptait le moindre marmonnement derrière son foulard, et dans ses bras, Feitan ne pouvait pas crisper un muscle sans qu'il le sente. C'était exactement ce qu'il venait de se produire. Phinks s'interrompit pour l'interroger du regard, mais son partenaire resta de marbre et fit mine de ne pas accorder d'attention sa question silencieuse.
« Hey, qu'est-ce qu'il y a, Feitan ? s'agaça Phinks. C'est quoi le soucis ? »
Feitan fit une moue d'ennui face à son insistance mais daigna néanmoins répondre :
« Pourquoi tu as vu longtemps la voiture ? »
La langue commune n'était pas langue maternelle de Feitan. Après leur rencontre, cela avait d'ailleurs pris un an avant qu'ils puissent avoir un début de vraie conversation. Aujourd'hui, Feitan avait pratiquement tout assimilé mais il lui arrivait de rater certaines nuances comme la différence entre « voir » et « regarder ». Phinks avait cependant bien compris. D'ailleurs peu importe les fautes qu'il faisait, il le comprenait toujours. Son sang se glaça et son pouls s'accéléra. Il ne s'attendait pas à une question aussi directe.
« Pour rien, Feitan, finit-il par répondre pour ne pas rendre son silence plus suspect, je me disais juste… que j'avais dû passer une nuit dedans, il y a très longtemps. Avant qu'on se rencontre… Et donc, je l'ai regardée longtemps. »
Feitan leva un sourcil. Il ne le croyait pas. Et si Phinks avait été n'importe qui d'autres, il n'aurait pas menti bien longtemps entre les mains expertes de son partenaire. Le blond baissa les yeux. Il connaissait bien ce regard inquisiteur. Il n'y échappait pas quand il se levait au milieu de la nuit pour aller fumer à l'extérieur afin de calmer son sommeil troublé. De même, quand il repartait d'une soirée animée sans personne. Il y avait toujours une seconde où l'homme voulait lui expliquer mais la seconde d'après, les mots ne venaient pas, sans qu'il ne sache pourquoi. Phinks étreignit Feitan.
« C'est rien, je te dis, d'accord ? balbutia-t-il
Feitan resta rigide. Phinks le serra un peu plus fort en caressant ses cheveux.
« C'est rien. C'est comme la femme qui hurlait. C'est passé, c'est rien. »
Pourquoi fallait-il que Feitan s'intéresse à ça aujourd'hui ? Surtout ici et maintenant ? Phinks n'avait pas envie d'en parler mais l'idée que ça puisse froisser sa relation lui était peu supportable.
« Je pourrais t'expliquer… » répondit Feitan.
Phinks ne saisit pas immédiatement et puis réalisa que son partenaire lui proposait un marché. Il lui racontait le problème de la voiture et en contrepartie, il lui dirait qui était la femme. C'était presque mesquin. Évidemment qu'il mourrait d'envie de savoir ce qui poursuivait Feitan ce jour-là, ne serait-ce que pour s'en occuper définitivement. Le cœur de Phinks battait de plus belle dans sa poitrine mais il ne parvenait pas à déterminer si la cause était son envie de connaître le passé de son partenaire ou sa réticence à révéler certaines parties du sien.
« Non, faut pas. » mumura-t-il.
Non, il ne fallait pas. Phinks ne voulait pas de ce marché. Il ne voulait pas que Feitan se sente obligé de lui dire une chose qu'il préférait taire. Pas comme ça. Le blond intensifia un peu son étreinte, plongeant nez dans le cou de son camarade pour le respirer encore un peu. A son grand soulagement, ce dernier finit par se détendre.
« D'accord. C'est passé. C'est rien. » dit-il.
Juste après, Feitan sembla vouloir prendre l'initiative. Il se dégagea de l'étreinte de Phinks et l'invita à retirer son T-shirt. L'homme interpréta ce brusque revirement comme un soulagement de la part de son partenaire face à son refus du « marché ». Il n'était finalement peut-être pas si prêt que ça à lui révéler ses mystères. Le blond incita alors Feitan à se lever pour profiter à nouveau de la peau de son torse, baissant son visage d'un cran à chaque contact, tout en défaisant le pantalon de son amant. Phinks était soulagé que Feitan n'insiste pas mais il savait qu'à présent il avait intérêt se montrer à la hauteur. Fort heureusement, il savait exactement quelle était la bonne hauteur pour ça. Feitan ne fut certainement pas déçu, à entendre ses gémissements à peine étouffés et il le lui rendit bien en le laissant se vider en lui.
Après leur ébats, Phinks fut surpris que Feitan daigne rester un peu contre lui. Il était plutôt du genre à ne pas s'attarder dès qu'il avait eu ce qu'il voulait. Le blond profita un peu de ce moment inhabituel. Néanmoins, ça ne dura pas. Ils finirent par se rhabiller et se diriger vers l'Etoile Filante où les autres devaient les attendre. Phinks remarqua que Feitan avait subtilisé son T-shirt mais ne lui demanda pas de lui rendre. Il sourit plutôt, interprétant ça comme le prix à payer pour l'avoir fait marcher jusque-là mais se dit qu'il devrait au moins récupérer le reste de sa tenue auprès de Shizuku avant de ne perdre davantage de vêtements.
Ils marchèrent silencieusement. Après avoir gravi une colline, Phinks se retourna pour regarder l'arbre. Ce serait toujours un lieu spécial pour lui car c'est à cet endroit qu'il avait compris la règle la plus importante de l'Etoile Filante et c'était peut-être pour cette raison que Feitan et lui ne parlaient pas de certains sujets : une chose qui est déposé ici est un déchet et ce qu'elle a été n'a plus aucune importance. Il n'est pas nécessaire de s'y attarder. Ce qui est donné à cette décharge est perdu. Ainsi est l'Etoile Filante. La ville où il est permis de jeter n'importe quoi. Poubelle, armes, cadavres, bébés. Mais, il faut aussi veiller à ne pas y laisser par mégarde son innocence ou son humanité. Car les habitants récupèrent tout. La décharge engloutit le reste. Chaque déchet lui appartient.
Et l'Etoile Filante ne rend jamais rien.
Merci de m'avoir lue.
Joyeux Noël Zofra !
