La suite avec le point de vue de Feitan. ^^

Coucou Zofra, J'espère que tu aimeras ce deuxième chapitre.


Chapitre 2

Le soleil était encore haut quand les membres de la Brigade Fantôme sortirent de la forteresse de Zazan. Feitan, épuisé par son combat contre la créature, marchait au milieu de ses compagnons. Ses yeux se posèrent sur les bidonvilles de l'Etoile Filante qu'il apercevait au loin, et il se demanda qui avait aussi peu de respect pour sa personne pour avoir comme ambition de régner sur cette décharge. Il prit le temps de souffler un peu. Il sentait son Nen parcourir son bras gauche pour en entamer la guérison. La blessure n'était pas si grave. Il s'en remettrait rapidement. Il n'était pas non plus gêné par le fait d'avoir perdu son haut car il faisait assez chaud. De plus, il était à moitié prêt pour ce qu'il avait en tête. Son regard était en effet à présent attiré par le dos de Phinks sur sa gauche. Le blond avait retiré sa tenue pour la céder à Shizuku qui avait quasiment fini à moitié nue et portait à présent juste un débardeur qui mettait ses épaules très en valeur.

Feitan se dit qu'il était épuisé… Mais pas tant que ça. Il fallait plutôt qu'il décompresse. C'était souvent ce dont il avait besoin après un évènement intense. C'était d'ailleurs ce qu'il avait fait en rejoignant Hisoka dans sa chambre d'hôtel juste après le raid sur la Mafia à York Shin City et avant de revenir avec lui au repère de la Brigade. Il écarta néanmoins ce souvenir de ses pensées car en ce moment même il était question de Phinks. Il faudrait qu'il trouve un moment pour être seul avec son partenaire. Ce serait probablement possible s'ils passaient le reste de la journée à l'Etoile Filante. Son ancien repère était très certainement toujours inhabité. Une sonnerie le tira de sa réflexion. Sharnalk qui était devant lui, sortit son téléphone.

« C'est le boss ? demanda Phinks.

-Non, c'est Nobunaga, répondit Sharnalk. Il demande si on peut l'aider.

-Oh merde, rien à foutre ! »

Phinks souffla d'exaspération et Feitan ne put également s'empêcher de se sentir irrité, mais pour des raisons différentes. Il se fichait bien lui aussi des affaires de Nobunaga et était évidemment contrarié par l'absence de Kuroro mais il n'aimait pas le fait que ça occupe autant de place de l'esprit de son partenaire. Ce dernier soupira :

« Ça pue bien cette situation. Bon, il va falloir attendre… Je déteste attendre. »

Phinks avait raison. Ils attendaient depuis longtemps le retour de leur chef. D'un autre côté, ce n'était si urgent et Feitan s'agaça davantage de l'attention que le blond prêtait au chef de la Brigade Fantôme. Dans sa vision périphérique, il remarqua le sourire de Sharnalk.

« Phinks, t'as vraiment l'air d'une fille amoureuse là, ricana le jeune homme.

-C'est clair qu'il a vraiment un côté très féminin… », ajouta Feitan qui n'avait pas pu s'empêcher de rebondir sur cette remarque pour se défouler un peu.

Comme on pouvait s'y attendre, Phinks démarra au quart de tour. L'homme s'empara de rochers et n'hésita pas une seconde à les lancer dans leur direction en hurlant :

« Vous avez dit quoi BANDE DE BÂTARDS ? Répétez un peu pour voir ! JE VAIS VOUS TUER ! »

Feitan fuit avec Sharnalk et dévala la colline où s'était posté la petite bande. Les rochers n'attinrent pas leur cible mais tous deux doutaient que ce soit vraiment le but.

« Il pourrait quand faire attention ! On vient de se battre quand même. », dit Sharnalk alors qu'il ralentissait en arrivant en bas de la pente.

Ils s'arrêtèrent en même temps et s'apprêtèrent à remonter pour revenir près des autres. À sa grande surprise, Feitan vit Phinks s'éloigner du groupe et s'enfoncer dans un sentier qui disparaissait dans le relief du désert. Mais qu'est-ce qui lui prenait à celui-là ? Feitan s'empressa de rejoindre le reste des membres malgré la fatigue et interpella Shizuku qui ne lui laissa pas le temps de poser sa question :

« Il a dit qu'il allait faire un tour, déclara-t-elle.

-Mais où ça ?

-Je ne sais pas. Il a aussi dit de lui faire signe si le Chef appelait. »

Le Chef. Il n'avait vraiment que ce mot-là à la bouche. Ça commençait franchement à énerver Feitan. En plus, comme il avait gagné face à Zazan, le Chef, c'était lui désormais. Il était peut-être temps de le lui faire savoir.

« C'est n'importe quoi… Je vais le ramener, dit-il tout en se dirigeant vers le sentier que Phinks avait pris.

-Mais vous allez pas tous partir quand même ! » s'écria Shizuku.

Feitan ne répondit pas et laissa derrière lui ses compagnons qui n'osèrent pas vraiment le retenir. Le chemin semblait s'enfoncer dans une gorge. Feitan avait perdu son partenaire de vue mais sentait encore sa présence et sut qu'il le suivrait facilement, même s'il n'avait ni l'énergie, ni de grandes enjambées pour le rattraper directement. Il descendit donc tranquillement le sentier, tout en se demandant ce que Phinks pouvait bien vouloir faire en s'aventurant ainsi dans la nature de l'Etoile Filante. Les territoires loin des bidonvilles étaient les plus hostiles. Ils étaient peuplés d'animaux sauvages et de marginaux que les habitants qualifiaient de brutaux et barbares, ce qui ne présageait rien de bons quand on savait que la nation de l'Etoile Filante était loin d'être un modèle de société. Mais cela faisait bien longtemps que Feitan ne les craignait plus. De toute façon, il ne les avait jamais rencontrés. Il avait atterri dans les bidonvilles avec Phinks sans les croiser et pour ce qui s'était passé avant… C'était compliqué. Il mit de côté ses souvenirs et se concentra sur sa route.

Feitan passa à côté d'un fossé profond et puis d'une parois rocheuse. Il finir par sortir de la gorge et à son grand étonnement aperçut Phinks en contrebas. Il pensait que le blond avait pris plus d'avance. Il constata cependant que son partenaire avait cessé de marcher et il ne put s'empêcher de s'arrêter lui aussi pour l'observer. L'homme était de dos, debout, les mains dans les poches, devant un tas de déchets un peu isolé par rapport aux autres monticules. Il y avait une forme rectangulaire et claire devant lui que Feitan mit plusieurs minutes à décrypter et supposa qu'il s'agissait probablement d'une voiture, à moitié recouverte par la petite butte de détritus. Il savait que s'il le voulait, il pourrait dévaler la pente, rejoindre son partenaire rapidement et peut-être même lui proposer de prendre de lui ce qu'il voulait de lui sur le capot du véhicule. Cependant, Feitan avait la sensation que ce n'était pas la chose à faire. Il y avait dans cette scène quelque chose qui le troublait profondément. Cela provenait de l'Aura de Phinks. Elle était étrange. Faible, un peu sombre, peut-être triste.

« Mais qu'est-ce que tu fiches ? Reste pas planté là… », murmura Feitan.

Un peu comme si Phinks l'avait entendu, celui-ci se remit en route et Feitan fit de même. Cependant, il ne fit pas en sorte de le rattraper. Il devinait que son partenaire ne se promenait pas au hasard et il voulait savoir où il allait. Il laissa donc une grande distance entre eux. Après un peu de marche, il passa à côté du lieu où Phinks était resté prostré et constata qu'il avait vu juste. C'était bien une voiture.

Il continua sa route mais après un quart d'heure, Feitan réalisa que les lieux lui était familier. Il regarda plus attentivement la direction vers laquelle se dirigeait son camarade et comprit instantanément où il était. Il se figea. Pourquoi avait-il eu cette stupide idée de suivre Phinks ? Il se sentit suffoquer. Il ne pouvait plus avancer. C'était par ce chemin qu'il était arrivé à l'Etoile Filante. Sa mémoire qui ne voulait plus se taire lui imposait à présent un terrible voyage. Il se souvenait d'un lieu chaud, très chaud même. Il revoyait de encore des ombres danser sur des murs en pierre et les yeux dans l'obscurité, il entendait les ricanements et les rires, il sentait encore l'odeur de la cendre. Mais ce n'était pas tout. Ce lieu terrifiant était un lieu où on le torturait. Cependant, les tortures en question était tellement atroces que leur réalité ne pouvait qu'être mise en doute. Pourtant, Feitan était certain d'avoir subi toutes ces choses, d'avoir été écorché, découpé, mis en pièce et même brûlé. Il pouvait encore ressentir la lame qui incisait le haut de son crâne et le dessous de ses pieds ainsi que la douleur au moment où on tirait sur sa peau pour l'arracher. Il savait que son agonie avait duré des heures et qu'ensuite tout avait recommencé, encore et encore. Mais ce n'était pas possible. S'il avait réellement vécu ne serait-ce qu'une fraction de ces souvenirs terribles, il ne serait pas là aujourd'hui pour y penser. Comment pouvait-on marcher et savoir ce que ça faisait d'avoir les tendons coupés ? Comment pouvait-on voir tout en pouvant prétendre que ses yeux avait été arrachés ? Comment pouvait-on connaître la sensation d'être exsanguiné ? Ecartelé ? Egorgé ? Brûlé vif ? Et tout ça tout en était vivant ?

Feitan se rappelait également par brides la façon dont tout cela avait fini mais c'était tout aussi fantastique. Il se voyait courir à travers le flammes, escalader une paroi, se faufiler dans une faille très étroite, lutter, crier et puis enfin la lumière, l'extérieur et finalement la libération, comme sorti de terre, évadé d'un gouffre sans fin. Il serait incapable de dire où était la crevasse par laquelle il était sorti. Les seules choses dont il était sûr était qu'il avait couru sur le sentier sur lequel il se trouvait à présent. Il savait qu'on ne le laisserait pas partir comme ça. Il entendait encore la voix de cette chose indescriptible qui était à sa poursuite, l'appelant par son nom.

Feitan finit par retrouver son calme et se dirigea vers l'endroit où il s'était réfugié plusieurs années auparavant et où son partenaire avait décidé de se rendre. Il finit par l'atteindre après une longue marche. C'était un très grand arbre qui avait poussé entre deux rochers. Il avait grandi seul dans ce lieu hostile et tout aussi seul, il y était mort. C'était l'unique arbre connu de l'Etoile Filante. Son écorce ressemblait aujourd'hui à de la pierre et il restait encore un réseau complexe de racines qui s'étendait sous toute la hauteur des rochers. Feitan se rappelait s'être faufilé dans ce nid épais et avoir espéré disparaître. Il constata que son partenaire s'était déjà installé au pied de l'arbre, qu'il avait probablement atteint sans difficulté en quelques grandes enjambées. Sous le soleil de plomb, avec son énergie au plus bas et 30 cm en moins, Feitan sut immédiatement que ce serait un peu plus difficile pour lui. Néanmoins, il s'y résigna car rejoindre le blond était devenu indispensable : il avait définitivement besoin de se changer les idées.

«Ça a intérêt à en valoir la peine… », marmonna-t-il.

Feitan fulmina mais entama sa pénible ascension. Sa petite taille était un peu un handicap dans cette situation mais elle avait été bien utile pour pénétrer entre les racines. Tout en escaladant les rochers, il se revoyait s'enfoncer désespérément dans les chemins tortueux de l'arbre, persuadé que son poursuivant finirait par le rattraper mais voulant lutter jusqu'au bout. Feitan jeta un œil vers Phinks qui semblait fumer les yeux fermés. C'était dans ces racines qu'il l'avait rencontré, caché dans une des cavités. Perdu et terrifié, il ne savait pas à quoi il pensait en restant auprès de ce garçon blond et peu réactif qu'il avait trouvé allongé dans la pénombre. Il avait peut-être eu besoin que quelqu'un soit là quand l'inévitable arriverait, que quelqu'un le voit, que quelqu'un sache qu'il existe afin de s'assurer lui-même que tout cela était réel. Feitan se souvenait que la chose démoniaque l'avait appelé et qu'il s'était bouché les oreilles pour ne plus l'entendre mais malgré cela, il n'avait pas manqué le cri de rage qu'elle avait poussé en réalisant qu'elle l'avait perdu. Il n'avait jamais su pourquoi elle n'avait pas pu le trouver et il ne le saurait peut-être jamais.

Après ça et accompagné de Phinks, il avait pu rejoindre les bidonvilles de l'Etoile Filante où il avait entamé une vie en ne connaissant que son nom, même pas son âge. Il avait heureusement trouvé des personnes parlant la même langue que lui et avait rapidement pu développer ce pourquoi il semblait être ici : la souffrance, plus précisément celle infligée aux autres. Étant donné ce qu'il pensait avoir vécu, il savait naturellement ce qui faisait le plus mal et excellait encore aujourd'hui dans ce domaine.

« Mais qu'est-ce que tu fous là ? », pensa Feitan en arrivant enfin à la hauteur de Phinks

Il s'approcha de son partenaire qui avait toujours les yeux fermés et saisit sa cigarette pour la jeter. Le fait que Phinks fumait ne le dérangeait mais dans cette situation, il voulait que son partenaire ne fasse qu'une seule chose. Heureusement, il n'eut pas à attendre bien longtemps : Phinks ouvrit les yeux et lui sourit de façon un peu provocante. Il semblait qu'ils étaient au moins sur la même longueur d'onde, à défaut de ne pas s'être accordés sur le lieu pour faire ça. Le blond l'invita à venir plus prêt et l'enlaça. Feitan sentit ses mains caresser ses dos et remonter doucement et puis ses lèvres embrasser son torse. Il n'eut pas le temps de se plaindre de ce démarrage bien trop doux car Phinks l'attira contre lui et le fit asseoir à cheval sur lui, tout en embrassant son cou. C'était déjà mieux mais loin d'être suffisant. Feitan voulait qu'il le prenne maintenant. Cependant, il savait que ce n'était pas le genre de son partenaire et il décida qu'il ne ferait rien pour le pousser à aller plus vite. C'était bien le seul dont il tolérait une certaine lenteur. En vérité, il ne passait jamais plus d'une heure avec quelqu'un, même avec Kuroro qui était pourtant son chef et avec il partageait sa chaleur à chaque réunion de la Brigade. Hisoka semblait d'ailleurs avoir été vexé qu'il le presse pour s'occuper de lui et qu'il reparte tout aussi vite. Mais Feitan n'avait pas besoin de plus. Combler ce genre de désirs était comme prendre une douche. Pas besoin d'en faire toute une cérémonie. Il voulait, il prenait, il partait.

Pour Phinks, c'était différent. Il était la première personne qu'il avait croisé ici et ça avait peut-être toujours compté. C'était le seul à avoir été témoin d'un morceau de son passé. Avec lui, il était certain de ne pas être fou. Ils avaient par la suite grandi chacun de leur côté dans les bidonvilles mais ils s'étaient retrouvés dans la Brigade Fantôme, bien que Feitan avait un peu forcé le destin en poussant Kuroro à l'évaluer. Leur rapprochement s'était fait naturellement et le jeune homme devait bien admettre que c'était la personne qu'il fréquentait le plus souvent sans pour autant que ça devienne régulier. Feitan savait aussi que Phinks ne voyait personne d'autre. Pourtant, il ne l'empêchait pas d'aller se distraire ailleurs. Malgré ça, le blond se contentait de leur relation. Feitan soupçonnait même que son partenaire n'avait connu que lui, étant donné son attitude un peu hésitante la première fois. Et sans savoir pourquoi, ça lui plaisait autant que ça l'intriguait. Phinks… Il le revoyait encore dans la cavité de l'arbre. Ses cheveux blonds et courts, ses yeux noirs. Mais aussi les ecchymoses sur son corps. Feitan ne savait pas pourquoi il y pensait à présent alors que l'homme pressait son bassin contre son ventre. Il ne lui avait jamais demandé ce qui c'était passé. Et puis cette voiture devant laquelle il s'était arrêté... Perdu dans ses pensées, Feitan réalisa soudainement qu'il ne se passait plus rien et que Phinks le regardait étrangement. Merde. Il avait dû se crisper dans ses réflexions et le blond l'avait senti. Ça faisait partie des petites choses un peu embêtantes chez son partenaire. Il arrivait toujours à percevoir quand il n'était pas à fond. Feitan essaya de jouer l'ignorant mais ce fut sans effet.

« Hey, qu'est-ce qu'il y a, Feitan ? s'agaça Phinks. C'est quoi le soucis ? »

Feitan réfléchit. Le soucis ? C'était difficile à dire. Ce n'était pas vraiment quelque chose qu'il avait fait ou dit. C'était plutôt ce que eux ne faisaient pas ou ne se disaient pas. Ce silence à peine comblé par ces moments d'intimité. Ce passé qu'ils laissaient de côté sans se poser de questions. Feitan se décida à demander :

« Pourquoi tu as vu longtemps la voiture ? »

A peine avait-il prononcé cette phrase qu'il voulut la retirer immédiatement. Il savait que ce n'était pas juste. Ce n'était pas « voir » qu'il fallait dire mais un autre mot qui ne lui revenait pas. Après tous ces efforts pour apprendre la langue commune, il détestait faire des fautes. C'était le genre de phrase qui le faisait passer pour un débile alors qu'il parlait quasiment parfaitement.

« Pour rien, Feitan, répondit Phinks qui semblait clairement troublé par la question, je me disais juste… que j'avais dû passer une nuit dedans, il y a très longtemps. Avant qu'on se rencontre… »

Feitan ne le crut pas une seule seconde. Les mains qu'il avait posé sur les épaules du blond se crispèrent, ses ongles prêts à se planter dans la peau pâle de son partenaire. Il n'aurait aucun mal à le faire parler s'il le voulait. Il n'avait qu'à le maîtriser et arracher la peau de son dos centimètre par centimètre jusqu'à ce qu'il avoue. Ce serait tellement facile. Mais il ne pouvait pas. C'était peut-être la seule ombre au tableau dans sa relation avec Phinks et la raison pour laquelle l'exclusivité ne serait jamais à l'ordre du jour : Lui faire du mal, lui faisait mal. Un bain d'acide était largement préférable au fait d'entendre un gémissement de douleur de Phinks. L'idée même de ce qu'il pourrait lui faire en ce moment même le faisait mourir de l'intérieur. Il détendit ses mains immédiatement. Il peinait à expliquer son attitude. Il avait surtout conscience que Phinks, que ce gars, c'était sa faiblesse. Kuroro le lui disait souvent et Feitan ne savait pas vraiment si cette remarque était un reproche ou une simple observation. En tous cas, c'était peut-être pour cela que son chef s'appliquait au mieux à combler ses désirs jusqu'à lui faire perdre pied quand ils se voyaient. Pour qu'il ait moins besoin de Phinks. Mais ça ne passait qu'un temps.

« C'est rien, je te dis, d'accord ? » insista Phinks.

Le blond n'était pas très convaincant. Feitan aurait bien voulu se satisfaire de cette réponse mais resta rigide. Pourtant, il voulait se détendre et reprendre là où ils en étaient. Il aurait tout voulu oublier toutes ces question qu'il se posait et qui venaient de resurgir. Pourquoi avait-il regardé cette voiture ? Pourquoi ne voyait-il que lui ? A quoi pensait-il au milieu de la nuit quand il partait fumer à l'extérieur ? Que s'était-il passé avant qu'ils ne se rencontrent ? Les bras de Phinks l'entourèrent. Feitan sentit sa main passer dans ses cheveux.

« C'est rien, dit encore son partenaire, C'est comme la femme qui hurlait. C'est passé, c'est rien.

-Je pourrais t'expliquer… » répondit Feitan.

Il regretta ce qu'il venait de dire mais il n'avait pu s'en empêcher. N'était-ce pas la seule façon de faire parler son partenaire ? Lui proposer la même sincérité de sa part ? Probablement. Mais c'était aussi pour lui la pire idée du monde car ce qu'il avait à raconter n'avait aucun sens.

« Non, faut pas. » murmura Phinks.

Feitan se détendit. C'était la réponse qu'il espérait. Il n'était pas si prêt à franchir le pas.

« D'accord. C'est passé. C'est rien. » dit-il, comme pour se rassurer.

La tension était retombée et Feitan n'eut plus qu'une idée en tête. Il se dégagea de l'étreinte de Phinks et attrapa son T-shirt pour qu'il l'enlève. Il avait assez attendu. Sa peau, il la voulait maintenant. Cependant, avant qu'il ait pu aller plus loin dans son idée, son partenaire l'incita à se lever. Il voulut protester mais comprit rapidement où le blond voulait en venir quand il commença à défaire son pantalon. Oui, d'accord. Tout ce qu'il voulait du moment que le bien-être et la jouissance l'envahissait et balayait toute réflexion désagréable. Feitan ferma les yeux pour profiter de ce moment. Il espérait pouvoir rester calme et concentré mais ne parvint pas à contrôler longtemps sa respiration et se laissa entraîner, saisissant les cheveux blonds de Phinks et retenant comme il pouvait sa complainte de plaisir jusqu'au point de non-retour. Il ne fut pas long à accorder ensuite à son amant la même grâce en le laissant le prendre comme il l'avait prévu avant qu'il ne manque de tout saboter. Feitan finit par s'effondrer épuisé contre sa poitrine et décida de s'attarder un peu, pour une fois. Il repensa au fait qu'il aimait être le seul pour Phinks. Il aimait cette confiance que le blond lui accordait et ne donnait à personne d'autre. Parce qu'il avait fini par comprendre que c'était ça. De la confiance. Son amant n'était à l'aise qu'avec lui. C'était peut-être la seule chose qu'il n'avait pas volé dans sa vie. Et il fallait sûrement être moins curieux pour conserver ça.

Ils finirent par se rhabiller et Feitan s'empara du T-shirt de Phinks. Il considéra que c'était le minimum après une heure de marche dont dix minutes d'escalade. Ils se dirigèrent sans tarder vers les bidonvilles de l'Etoile Filante sans que le jeune homme ne jette un regard en arrière. Il préférait se concentrer sur sa nouvelle destination et laisser de côté ce qu'il s'était produit. Ce silence entre lui et Phinks était peut-être nécessaire. Le passé était passé. Ça ne servait à rien d'aller le chercher. C'était comme les déchets de l'Etoile Filante. Une fois déposés, ils étaient perdus et on avait jamais vu personne fouiller dans les monticules pour retrouver ce dont il s'était débarrassé. C'était peut-être ce qu'avait compris la créature qui le poursuivait alors qu'elle hurlait après lui. Elle avait réalisé qu'elle ne pourrait plus le ramener. Que dans ce lieu, ce qu'on laissait ne revenait pas. Car c'était l'Etoile Filante. La ville où l'on peut jeter n'importe quoi. Poubelles, armes, cadavres, bébés. Même l'Enfer doit se soumettre à cette loi. Car les habitants récupèrent tout. La décharge engloutit le reste. Chaque déchet lui appartient.

L'Etoile filante ne rend jamais rien.

Fin


Merci de l'avoir lue.

Bonne année, Zofra !