Lungarden : Ce n'est pas prêt de s'arranger ces conneries

Robotfan : Oui les cheveux roux lui vont très bien ^^ et ça match tellement avec son caractère à elle !

NA : Je sais que nous vivons une période très difficile mais je puis vous assurer que ce tombe ça fait 2 ans que je le travaille. 2 ans et ne venez pas me dire que la guerre en Ukraine a commencé i ans. Donc tout ce que vous lirez relève de la pure fiction mais également de choses qui se sont passées dans l'Histoire. Pour mes recherches j'ai explorer les deux Grandes Guerres, mais aussi des anecdotes et faits qui se sont passés bien avant. Voilà c'est dit ! C'est une fiction, je ne cherche pas à vendre les bienfaits de la guerre parce qu'il n'y a aucun honneur à dézinguer le voisin d'à côté.

Sur ce bonne lecture !

Tempus Bellum 2

Rien à signaler pour Tom. Les Wutaiens avaient compris que ce bout de terre appartenait désormais à leur bataillon. Cette ronde ne servait à rien du tout. Cela faisait une semaine qu'il faisait les mêmes allers et venus dans le même sens. Il allait finir par devenir chèvre. Toujours aucun signe d'un de ces maudits démons du Leviathan. « Soyez attentif au moindre bruit ou mouvement dans les plaines » que disait le Colonel Barristan.

-Tu parles ils ne viendront pas ici, ils ont d'autres chats à fouetter. Des gars qui savent rester dans l'ombre mon cul oui…

Lui, il avait trop l'œil, il avait des yeux de faucon et les oreilles du renard. Ses pieds s'enfonçaient dans la gadoue mélangée au sang frais qu'avait laissé les cadavres. D'ailleurs ce qui l'amusait en vrai dans sa ronde, c'était de marcher dessus ou de les enjamber en leur donnant des noms. Il venait de marcher pour la énième fois sur la main d'un type qu'il avait nommé Gérard. Les noms wutaiens ? très peu pour lui, c'était trop compliqué à prononcer. Pourquoi se casser la tête à trouver des noms qui ne voulaient rien dire ? Petit Feu, Jolie Orchidée… lourd à porter. La Jolie Orchidée était-elle encore jolie quand elle devenait vieille ?

Il porta à sa main une gorgée d'alcool. C'était immonde, cela ressemblait plutôt à de la pisse de Behemoth. Non pas qu'il avait déjà testé, mais vu le goût dans la bouche, il n'avait pas d'autres comparatifs.

Il allait faire nuit noire, sa ronde s'arrêtait à minuit. Son équipement l'alourdissait trop, ça l'emmerdait de devoir se coltiner tout un attirail alors que ça ne servait à rien. Il n'y avait pas un chat !

Ses yeux balayaient une plaine nocturne, les collines devenaient d'immenses vagues informes, où la lune ne tarderait pas à se lever.

La nuit serait belle ce soir, sans aucun nuage. Une parfaite soirée qui le mettait dans une excellente bonne humeur.

Il ne retint pas un bâillement, et s'étira de tout son long, recommençant une longue et pénible marche, faisant un retour tous les trente mètres. Il plaça son fusil sur son épaule, avant de siffloter joyeusement. Il semblait prendre la place du joyeux homme, faisant quelques pas de danse pour se changer les idées. Son arme de service pivotait et tournoyait dans sa main comme un parapluie et chantonnait avec entrain, à tue-tête…

Je chante sur des cadavres,

Tu chantes sur des cadavres

Tadaddidaidiaidddididida

Et je suis tout content

De chanter, chanter sur des cadavres

Ses bottes lourdes et poisseuses remplaçaient les claquettes, la gadoue s'ajoutait à cette joyeuse mélodie de « sproch-sproch » rythmé par les paroles macabres et glauques de Tom.

Il fit de grandes enjambées, fanfaronnant, souriant, alors que ses pieds écrasaient les corps sous lui dans un horrible craquement d'os. Ce n'était pas comme s'ils allaient se réveiller, et le son était devenu habituel en cette période de guerre.

Excepté… ce qui suivrait et qui mettrait fin à son joli moment de défoulement : une pluie incandescente de flèche plut sur le flanc de la colline. Toute sa gaîté s'envola comme elle était venue et il se mit en garde, le fusil pointé vers ce qui se passait. Il n'entendait rien… il n'y avait rien d'autre que cette pluie de flamme qui ne les touchait même pas. Il n'y avait même pas une silhouette. C'était comme si les projectiles venaient de nulle part, d'un trou de verre sans doute. Quelque chose ne pas naturel, de démoniaque. Etait-ce l'Enfer qui venait à la demande des Wutaiens ? Il eut finalement sa réponse quand une armée de… boule de foin ?! Quelque chose n'allait pas ! Même les autres éclaireurs commençaient à faire demi-tour, prenant leurs jambes à leurs cous pour fuir l'inévitable : les motte de paille prirent soudain feu et même Tom fuit, donnant l'alerte. C'était fuir, ou se retrouver piétiné et brûlé par ces choses tout droit sortis de l'Enfer.

Rien n'arrêtait leurs courses. Tout le camp se réveilla, alerté par ce remue-ménage. Les premières tentes prenaient feu, les barbelés finissaient écrasés par les tonnes et les tonnes de paille de feu. Une vingtaine de balles roulèrent comme une vague infernale, prise d'un feu purificateur ou punitif. Le souffle brûlant s'abattait sur les soldats, sans qu'ils ne purent rien faire contre. Dans la débandade, la fumée remplit l'air et l'étouffa dans une grande fumée opaque qui cacha la lune en pleine montée et les étoiles.

Le Feu toucha la réservé d'explosif qui vola en éclat dans un feu d'artifice incroyable et effroyable pour hommes à proximité. Ce qui était autrefois un territoire étroitement surveillé, n'était plus qu'un champ de ruine détruit par un moyen que la Shinra aurait jugé primitif. Certes, mais d'une grande efficacité.

Du haut de la motte, les Wutaiens regardaient leur œuvre. Karen était en première ligne, admirant son plan être mis à l'exécution.

Karen ne pouvait pas risquer la vie de ses hommes en franchissant tête baissée les défenses ennemies. Ce sentier couvert de fougères et de bambous, étaient le chemin le plus rapide pour parvenir à la Sororité. Les lieux étaient témoins d'un chaos destructeur. Le vent était remplacé par un large nuage de suie et de cendre, qui apportaient à leurs oreilles les hurlements de douleurs des soldats adverses. Une brume se levait rendant la longue nuit, ténébreuse et noire. Un moment propice pour eux de se déployer et d'offrir le coup de grâce. Les bêtes étaient agitées, elles aussi étaient sur le qui-vive, attentives au moindre bruit, moindre mouvement. Ce n'était que le début du chemin et l'ambiance lourde, infestant la mort et l'insécurité planait comme une sombre menace, un voile lugubre, formé par les fantômes et les cadavres fraîchement accueillis dans les limbes de l'horreur. Si on tendait bien l'oreille, on pouvait entendre leurs douloureuses agonies, remontées de plaintes et de pleurs, condamnés à soupirer leurs misères.

La légion formait une ligne au bord de la pente. Karen fit un petit détour auprès de ses troupes :

-Les tireurs en première et arrière-ligne. Tirez à vue et restez tous groupés. Nous allons passer en force, ne ménagez pas les montures. Archers vous serez en tête, arbalétriers, vous finirez les cibles. Lâchez les Foulander.

Dans des cages prévues à garder les bêtes de guerre, les créatures à corps de lion et à la tête de chien, couronnés par leurs cornes, grognaient et s'attaquaient à leurs cages. L'expression de la pure bestialité brillait dans leurs yeux, prêts à bondir sur tout ce qui bougeaient. Ils poussaient des stridents, leurs griffes toutes sorties faites pour éventrer vif une proie. Ils arboraient les couleurs du Wutai à leur poitrail. C'étaient des monstres élevés pour le combat et entraînés à prendre en chasse les ennemis. Leurs couleurs de feu ternies par l'obscurité, les rendait quasi-invisible. Quand les cages s'ouvrirent, ils attendirent l'ordre de foncer. L'odeur du sang avait un effet aphrodisiaque sur eux. Ils étaient cinq en tout. Ils n'avaient pas été nourris depuis une semaine. Ils avaient désormais bien faim. Une soif qui serait étanchée. Soudain, les Chocobos partirent au pas. Karen cogna son sabre contre celui de son voisin, et les autres l'imitèrent en chœur. Un concert d'acier naquit des ténèbres, terrible, solennel, résonnant comme les tambours de guerre d'un pays en colère avec le seul souhait de repousser l'envahisseur. La terre remua sous leurs pieds. La charge réveilla la plaine d'un sommeil morne.

Les Soldats qui avaient pris possession de la région, regardaient ce spectacle, soudainement pris d'un malaise face à la puissance de cet orchestre infernal. Certains reculaient, d'autres chargeaient en catastrophe leurs armes, ou celles qui étaient encore intactes. Le feu les aveuglait, ils croyaient voir une armée fantôme et des spectres rejoindre les rangs du corps ennemi, qui approchaient des ruines des barbelés. Puis, le chœur accéléra son rythme… les bêtes étaient lâchées dans une course frénétique pour faire des soldat leurs premiers repas.

Tom trembla. Il visa maladroitement, le cœur encore rempli de surprise et d'horreur. Ce qu'il vit dans son viseur, fut la mâchoire ouverte d'un Foulander, avant de sentir sa chair se faire arracher par les coups de dents des monstres. Il poussa ses derniers hurlements, avant de regretter son départ pour la guerre. D'autres le rejoindrait dans ce tableau macabre et sanglant que mettaient au point l'armée de Karen. Sitôt arrivés à leurs niveaux, les lames tranchèrent, les Chocobos piétinèrent, ce qui n'avait pas carbonisé, finit en pièces par des sorts de foudre et de glace. Le tonnerre gronda, le givre s'installa. Et la Flamme Dansant sur les Tertres de ses Ennemis, tira à l'aide de ses meilleurs archers sur le reste en cavale. La forêt fumait pendant leurs passages, les boules incandescentes avaient créé un incendie destructeur, qui prit de court l'arrière-ligne embusquée dans les grandes feuilles. Une aubaine pour le bataillon de l'Oiseau Vermillon, d'en finir. Le territoire ne serait pas conquis, certes, mais cela créerait une brèche dans les défenses et permettrait à un regroupement allié de prendre d'assaut la zone. Cet avant-poste perdu coûterait cher à la Shinra.

La mort se répandait comme une traînée de poudre. Le sol fut repeint du sang des hommes, criblés de flèches et de carreaux. La charge des Chocobos était réussie. Au matin, les renforts venus en retard découvrirent un champ de cendres où les corbeaux se repaissaient des cadavres fraîchement cuits.

ooo

Le paysage changeait peu à peu, alors qu'ils approchaient des zones de front principales : l'odeur de la chair calcinée, les vestiges des instruments de guerres et les nombreux corps gisant parmi les cratères d'obus de bombes ou autre, faisaient un repas de choix pour les corbeaux et autres charognards. Sur une étendue de 30 kilomètres, les villages dévastés étaient vides de vie : les rares structures encore debout fumaient comme des braises ardentes, signe que le combat était récent…

Le plus inquiétant fut de n'entendre que le silence morbide… aucun signe de vie humaine aux alentours. Seule la Mort régnait sur ce No Man's Land. Karen descendit de son Chocobo et s'approcha d'un pas précipité vers une pagode quasi-rongée par les flammes. Une immense fumée noire en sortait comme le ferait un nuage de cendre hors d'un volcan en activité. Certains hommes s'approchèrent, à l'intérieur, des corps entassés les sur les autres, à moitié brûlés pour certains, d'autres complètement ; si bien qu'il n'en restait que des os. Les restes ressemblaient à des silhouette difformes tordues comme le seraient les vieilles souches d'arbre moisi. L'odeur qui s'en dégageait eut raison des quelques hommes qui n'avait pas déjà hurler de chagrin et de lamentation en voyant un tel forfait. Karen avait du mal à rester de marbre face à un spectacle aussi macabre. Ses lèvres tremblaient de rage dans ses yeux brillaient la pure indignation. A côté de l'édifice, les arbres dépourvus de leurs feuillages ajoutaient une pointe de plus à ce tableau ignoble. Les monstres qui étaient passés par ici les avaient décorés de vestiges humains : des corps éventrés, d'autres pendus, des jeunes femmes ayant servie de jouets de plaisir avant d'être empalées et suspendues là…

Elle ferma un instant des yeux et soupira avant de baisser la tête. Certains commençaient à prier pour ces pauvres âmes innocentes. Karen les imita, le cœur lourd et blessé par tant de barbarie. Elle les haïssait… ces pourritures de la Shinra !

En silence, elle regagna sa monture et s'assit sur elle, avant de fixer sa compagnie :

-Nous devons rejoindre la Sororité. Aucune aide ne viendra et ces personnes seront mortes pour le plaisir de la Shinra. Ne leur offrons pas cette opportunité de détruire le cœur de notre pays… le Wutai est notre père à tous. Battez-vous pour lui !

Malgré le silence, elle voyait des regards décidés. Remotiver les troupes était le plus important pour surpasser ces choses et transformer le chagrin en rage pour les épreuves à venir. La compagnie reprit son chemin, plus déterminée que jamais à faire payer la Shinra ces atrocités et ramener la paix dans ce pays. La journée commençait à décliner. Aucune torche ne fut allumée pour ne pas attirer l'attention. Seule la lune éclairait leurs pas. Quand les bêtes eurent besoin de repos, ils firent une petite halte, pour reprendre quelques forces. Aucun bivouac ni tente ne fut levée. Ils étaient en territoire ennemi et avait rencontré des résistances à la croisée des chemins. Karen relisait sans cesse le message de sa Sœur. L'angoisse montait en elle.

Elle allait arriver trop tard…

ooo

Le sanctuaire de la Sororité n'était plus bien loin ; mais ce que la jeune femme voyait sur son passage ne lui plaisait pas… des champs asséchés où de la fumée jaillissait des petits bûchers créés par endroit. Elle espérait se tromper : les Sœurs avaient pu utiliser la technique des Terres Brûlées pour affamer leurs opposants et leur permettre de gagner du temps. Toujours était-il qu'elles attendaient des renforts et que ces derniers viendraient très bientôt. La jeune femme poussa les montures au dernier centième kilomètre. Un nouveau No Man's Land se dépeignait sur un territoire marécageux et difficile d'accès. Là était le seul et unique avantage de la Sororité : c'était une cité érigée dans les marais.

Les architectes avaient opté pour un grand rectangle, donc trois des angles touchaient les bords du Yang Zing. De style architectural plutôt classique avec les couleurs rouges et les toits des bâtiments remontés comme un chapeau conique, le mur d'enceinte était fait de pierre noire. Il faudrait remarquer que tout l'édifice, même à l'intérieur de l'école, avait été façonné avec cette même roche volcanique particulière. Ce qui lui donnait aux premiers abords, une apparence lugubre et sinistre. Peut-être pour se fondre dans le paysage et la brume pourrait-on se dire… peut-être. La première pierre érigée remontait à des temps que même la Sororité ignorait. Les Sœurs disaient que la bâtisse était déjà là avant leur arrivée. Elle comportait plusieurs tourelles de guet, toujours surveillées. Au nombre de quatre, elles étaient accompagnées par d'autres, plus petites, qui gardaient les embouchures du fleuve. Ces mêmes axes pénétraient à l'intérieur de l'école par des canaux et des égouts larges, offrant ainsi des quartiers non pas terrestres, mais palustres. Chacun de ces cours d'eau menait à une section de l'école, que l'on pouvait franchir par bateau ou traverser grâce aux ponts. La première, la plus large, était la cour où les élèves se réunissaient pour rejoindre le Temple du Léviathan, principal et grand palais qui accueillait toute visiteuse. Il tenait dans un grand carré, chacune des arêtes de la figure géométrique était reliée à un pont de bois, toujours dans le style classique.

Des trois côtés du bâtiment, il y avait trois départements : celui de gauche menait aux aires d'entraînement, elles-mêmes coupées en de multiples sections. En face, donc derrière le Temple, un massif escalier comportant une centaine de marches permettaient d'accéder aux niveaux supérieurs. A droite, c'était l'armurerie, où étaient conservées de multiples armes et armures, des temps reculés comme contemporains.

Au niveau supérieur, c'était le premier étage. Un ingénieux système d'irrigation permettait de faire pousser dans des petites rizières, des ressources nécessaires aux élèves et faire l'élevage de poissons en tout genre et des crustacés, de part et d'autre d'une longue et étroite allée en dalle noire. A partir de cet étage, il y avait un autre mur d'enceinte. Plus petit, certes, mais tout aussi gardé par des tourelles, elles aussi encerclées d'eau. Si bien que des gueules de Léviathan sculptées à même la roche rejetaient l'eau par-dessus les douves qui encerclaient le Temple.

A partir de ce rempart, il y avait des escaliers descendants. Au nombre de quatre, car c'était aussi une forme carrée, chacun conduisait à d'autres établissements. Arrangées comme des travées, en-dessous des marches coulaient des branches du fleuve. Ce n'était pas haut, il devait y avoir une dizaine de marche sans plus. Toutefois, cela permettait d'observer un paysage boisé et marécageux. Un seul de ces départements était joignable à pied : les dortoirs. Pour le reste, il fallait prendre des petites pirogues et longer les fortifications du premier et du deuxième étage pour atteindre les seuls lopins de terre sec de ces marais pour mélanger cantines et cuisine. Les élèves et les autres Sœurs amenaient les repas sur les navires et s'installaient soit sur la berge, soit restaient dans leurs barques, avant de s'en retourner aux entraînements et aux autres activités.

A l'intérieur de la cour fortifiée, l'allée faisait une dizaine de mètres. Elle chemin menait à un carrefour divisé en trois. A gauche, une grande fumée s'échappait constamment. C'était la grande forge. Certaines Sœurs avaient décidé de travailler l'art du feu et confectionnaient pour l'école des armes spécialement conçues pour les filles. Celles travaillées par les hommes étaient trop lourdes et encombrantes. Arquebuses, sabres, hallebardes, éventails, saïs, arcs, lances… l'ennemi avait raison de craindre cette institution faite pour servir le pays et la patrie.

Tout droit, un nouvel édifice, plus modeste que le premier. C'était là que se réunissaient les Grandes Sœurs, les matriarches de l'école. Là, qu'elles organisaient tous leurs conseils et donnaient leurs ordres à leurs subalternes, en période de guerre comme en temps de paix. A droite, il y avait une cour, très éloigné de tous les autres. C'était les jardins, là où les Sœurs prenaient plaisir à se poser et à étudier dans le silence et la paix. Un somptueux éden avec des bassins remplis de carpes koï, plantés d'iris et de bambous. Les bonsaïs étaient si nombreux et si bien arrangés, que se croirait dans une petite forêt de champignons verts. Les grands érables rougeoyaient à l'automne. Des lys et des ibiscus trouvaient leurs places auprès des bancs. Les orchidées toujours en fleurs grimpaient sur les arcades et couronnaient les allées de leurs beautés et couleurs. Le parfum des fleurs emplissait l'air comme jamais. Le printemps était la saison la plus belle, quand tout ce monde se réveillait d'un sommeil hivernal et laissait la nature reprendre vie. Le chant des oiseaux, le vol des papillons, la venue des grues et d'autres petites créatures majestueuses qualifiaient souvent ce paradis comme le joyau du Wutai dans toute sa grande tradition.

Comme dit précédemment, l'école comportait un deuxième étage. C'était la Grande Bibliothèque. Le seul accès était de passer par le palais des Grandes Sœurs. Bien sûr, il y avait des heures d'accès pour y aller. Toutefois, c'était un libre accès, tant que les manuscrits ne quittaient pas la Tour. En effet, pour protéger les ouvrages précieux sur l'histoire du Wutai comme sa création, son savoir médicinal, la chronologie des dynasties, des manuscrits aussi vieux que l'humanité elle-même, des œuvres d'art uniques, de l'hygrométrie importante, le bâtiment était très haut, il devait faire une trentaine de mètres. C'était une pagode élevée en hauteur, formée de dix étages. Son architecture, toujours classique, ressemblait au temple érigé dans la Cour Impériale de Godo. Toujours en pierre noire, elle avait au sommet, un grand feu et une cloche qui sonnait toutes les heures et comportait son code. Une résonnance, une heure de la journée. Deux, un visiteur allié, trois, un envahisseur ennemi, quatre… la mort d'une Sœur. Quand la cloche ne sonnait nulle-part et que le feu était éteint, cela signifiait que la Sororité était inhabitée. D'ailleurs, cette construction était si haute, que c'était le seul moyen de trouver la Sororité en période de brume et de crue.

Le système de défense reposait sur la nature. Le temple était érigé sur une motte qui pouvait être totalement immergée, faisant de ce bout de terre une île imprenable. Les Sœurs utilisaient des canaux et des valves pour acheminer l'eau de la Rivière Yang Zing, grand fleuve qui coulait aux abords du Temple. Les marécages truffaient de monstres étranges comme dangereux. Un épais voile de brume pouvait se lever soudainement et le méthane abondant l'endroit pouvait rendre inflammable les eaux et surprendre l'ennemi. Le seul moyen d'accéder à l'école était de franchir le pont, construit au-dessus des douves et pouvait être rentrer à l'intérieur de la bâtisse, au moyen d'un système complexe d'engrenage. En cas de Siège, les Sœurs disposait d'une importante galerie souterraine aquatique, qui pouvait servir à évacuer les trésors et les reliques de la Sororité, comme faire sortir des Sœurs pour détruire l'ennemi à l'extérieur. C'était une véritable cité aquatique qui utilisait l'élément de l'eau comme d'une arme mais aussi de ressources, en temps de guerre comme en temps de paix.

Etait-ce suffisant contre les machines de guerre de la Shinra ? Rien qu'à voir l'était dans lequel était mis le bois sacré, Karen porta sa main à sa bouche, comme pour vomir toute ses angoisses. Les arbres étaient déracinés, les berges retournées, toute une harmonie détruite, réduite en charpie par des véhicules blindés. Voici ce que devenait la nature sous le pied de la Shinra et de la Mako : une chose informe et disgracieuse, piétinée et laissée à l'état de mort. Sans perdre un instant, elle lança sa monture à pleine course et pénétra dans les ruines de la forêt, devenue sourde aux appels de ses hommes. Son cœur pesait lourd dans sa poitrine, tout comme ses entrailles, tordues par la peur et le chagrin tout juste naissant. Des larmes coulaient déjà de ses joues, alors qu'elle forçait la bête à accélérer.

Les marais ne ressemblaient plus à rien, l'odeur du cambouis, de l'huile, mélangé à celle de la combustion remplissait ses narines et lui donnait des nausées. La brume avait disparu, alors qu'elle était toujours présente. Le passage des monstres de métal avaient fait disparaître ce voile protecteur. C'était la première fois qu'elle voyait ces bois dépourvus de ce mystère, elle voyait tout… et ne voyait rien en même temps. Les lieux eux-mêmes étaient muets, pas un oiseau, pas un cri, pas une seule créature, seul son Chocobo écrasait la terre humide et modelée par des roues immenses des tanks et des fourgons de l'ennemi. Des feux produits par la remontée du méthane n'avaient pas suffi pour repousser les forces de la Shinra. Certaines carcasses de voitures étaient visibles, ces rares vestiges pris dans un nid inflammable et qui avaient explosé au contact de l'essence avec le feu. La chair brûlée et la ferraille n'étaient des senteurs habituelles dans la région. Les braises et la pluie de cendres qui tombait sur son chemin, offrait un paysage hivernal ignoble et surnaturel. Les éclats des bombes et des obus déformaient d'avantage les lieux.

Au loin, elle vit les remparts, ou plutôt ce qui l'en restait, qui encerclaient l'école. Des amas de pierre en désordre, alors que le pont devant elle n'était pas rentrée à l'intérieur de la forteresse. L'eau coulait encore contre-bas. La peur laissa place à l'amertume, alors qu'elle pénétrait à l'intérieur de l'école. Le Temple du Léviathan était une ruine. Une large brume faite de fumée noire rendait l'endroit encore plus sinistre qu'il ne l'était avant.

Elle ne reconnaissait plus rien. Machinalement, elle descendit du Chocobo, épuisé par cette course effrénée. Elle fit un pas, puis deux, tétanisée et horrifiée par un tel massacre. Des corps gisaient partout. Que ce fussent ceux des hommes de la Shinra que des Sœurs, la Sororité était devenue un véritable cimetière morbide, où les charognards se repaissaient des corps frais. Dans ces hauts murs, pour ceux qui tenaient encore, elle marchait parmi les fantômes des siens. Elle était réduite à l'état de spectre errant.

Ses forces l'abandonnaient, alors que ses pas étaient lourds. Entre tous ces cadavres, elle discernait différents âges sur les visages morts des jeunes femmes. La plupart n'étaient que des adolescentes, à peine entraînées. D'autres étaient des adultes aguerries.

Ses larmes redoublaient, sa peine était trop lourde. Presque tous les bâtiments avaient brûlé et les machines de guerres, tantôt détruite, tantôt rongées par les flammes, laissées là à l'abandon, témoignait du coup terrible portée au Wutai. Les Sœurs avaient dû utiliser leurs plus puissantes Materias pour se protéger et gagner du temps. Elle crut voir à travers la fumée, le cadavre d'un Esper, écrasé sur le flanc du rempart. Les impacts de feu, de glace, de foudre et les crevasses créées par les sorts terrestres, métamorphosaient la cour intérieure, la rendant méconnaissable.

Karen sentait que son cœur allait lâcher devant cette désolation. Elle entrait dans l'ancien Temple, avec le maigre espoir de découvrir des survivantes. Ses chances étaient quasi nulles. S'il restait encore quelque chose de ces ruines, elle prierait le Léviathan… pour toutes les âmes de ses paires et maudiraient celles de ces démons. Elle lâcha un sanglot quand elle vit que l'édifice avait été dépouillée de toute sa beauté. Mise à nue comme une femme que l'on venait de violer, le sanctuaire était retourné sans-dessus dessous, les statues détruites, profanées, le sang qui n'avait jamais été coulé dans ce lieu sacré repeignait le plancher pour la première fois. L'autel, renversé et les tableaux brûlés sans pitié, accablèrent la jeune femme. D'une voix étranglée, elle appela les lieux :

-Quelqu'un… ? Y … y a-t-il quelqu'un… ?

-… karen… ?

Ce fut là qu'elle vit une de ses Soeurs, qui avait une planche de bois plantée au côté. Elle gisait à demi allongée, entres les gravas. Une main serrait le reste de son éventail-dague et l'autre tombait lamentablement au sol. Elle respirait fort, voyait à moitié à cause du sang qui recouvrait son visage. Sa cuirasse était perforée. Par chance, les soldats n'avaient pas profité d'elle. La rouquine ne perdit pas de temps et courut vers elle, avant d'appliquer les premiers soins :

-Vuong Chan… tiens bon… tiens bon… dis-moi s'il te plaît… dis-moi que d'autres ont survécu...

-Ils sont venus… en grand nombre… encerclé les douves… pris la rive Ouest… les recrues… pour les plus jeunes, nous les avons empoisonnées, avant de tenir avec les plus âgées. Karen… notre savoir… tu dois aller au Conseil… c'était le dernier bastion à tenir… ils m'ont laissé là, pour porter le message de la Shinra…

Elle toussait du sang et Karen pansa les blessures avec une Materia Soin au Rang Maître. La magie fit effet et la jeune femme regarda sa camarade reprendre des couleurs, la respiration toujours laborieuse, cependant.

-Ecoute… j'ai ramené une centaine d'homme ici… va les retrouver… ils vont te soigner. Je vais voir si je ne trouve pas d'autres blessées comme toi… tant que les Sœurs vivent…

-C'est trop tard… la Sororité est morte, Karen… le feu est éteint à la Tour… les cloches ne sonnent plus…

-Et la Bibliothèque ?

-Je ne sais pas…

-Ménage-toi… je vais voir par moi-même…

La guerrière aux cheveux bruns se tint le flanc, avant de marcher, soutenue par le mur du Temple. Karen partit de son côté, la gorge serrée. D'autres avaient pu avoir la même chance… elle ne perdit pas de temps et se lança à leurs recherches. Alors qu'elle traversait le pont pour passer à la forteresse intérieure, elle porta son regard par-dessus le pont et vit avec satisfaction des hommes de la Shinra flotter par dizaine. Elle monta les escaliers, à moitié détruits par les explosions et les bombes. Les sorts terrestres avaient déformé les marches, creusant des tranchées profondes. L'eau qui autrefois coulait dans des canaux prévus à leur effet, fuitaient disgracieusement, et des fragments du mur d'enceinte s'étaient effondrées sur les gueules des Léviathans, ainsi que sur les marches. Au sommet du premier étage, Karen crut sentir ses jambes se dérober. Les cultures et les bassins étaient détruits… il ne restait plus rien et les réserves de nourriture, avaient dû être emportées par les soldats ennemis. Qu'en était-il des jardins ? Avaient-ils subi le même sort ? La beauté de tout une nation, construite avec soin et temps, aujourd'hui anéantie sous les coups de canons de l'envahisseur, était pour Karen une perte considérable. C'était une partie de sa vie qui venait de disparaître sous ses yeux.

A l'intérieur de ces ruines, les souvenirs s'effaçaient dans le chaos. L'ombre portée par les fumées, plongeait cette terre dans un hiver glacial. La neige n'était faite que de cendres. Posée tel quel sur les corps inanimés des combattantes. Ses pas, brisaient le silence incapable de prononcer le moindre mot, le moindre son. Sa gorge devenait sèche, alors qu'elle essayait de prononcer un nom, un appel.

Devant elle, le palais des Grandes Sœurs tenait toujours, preuve d'un mince espoir qui vivait toujours dans son cœur. L'édifice semblait avoir été épargné, les murs portaient peu de traces d'impact. Les Grandes Sœurs avaient pu se défendre, elles avaient peut-être eu une chance de s'en tirer, pas comme les plus jeunes recrues.

Elle jeta un œil sur la Tour, silencieuse, dépourvue de son feu éternel. C'était étrange de la voir ainsi, plongée dans les ténèbres, la morte-flamme reflétait l'âme d'un pays aux portes de la mort, mais qui tenait toujours, haute et fière.

L'odeur de la chair brûlée n'avait pas porté jusqu'ici. La mine dure, elle pénétra dans un lieu qu'elle avait rarement arpenté, uniquement pour rejoindre la bibliothèque. Sabre en main, elle entra et observa les lieux avec prudence. Elle était étonnée de ne voir personne, aucun cadavre juché sur le sol. Le premier niveau avait peut-être été mieux tenu… pourtant, la mort traînait en ces lieux. Elle tendit l'oreille, le plancher grinçait. Une course effrénée, un arrêt. Karen respira un bon coup, avant d'entendre un cliquetis. Elle se baissa au moment même où elle entendit le coup de feu qui aurait pu lui coûter la vie. La balle perdue s'encastra dans le mur et l'odeur se remplit du parfum de la poudre à canon. La détonation suivie de cet indice olfactif, signifiait que la personne avait usé d'une arquebuse. Soudain, elle entendit une voix vociférer :

-Baka ! Tu as failli tirer sur Karen, Xiang Ying !

-Gomene… daijogu, Karen-chan ?

-Je vais bien… merci…

Redressée, elle courue vers leur direction et serra Xiang Ying et Minh Tâm.

-Tu arrives en retard, Karen, reprocha Minh Tâm, tes Sœurs se sont battues et ont versé leur sang et tu n'arrives que maintenant ?

-Minh Tâm, ne sois pas si dure… elle a fait une grande traversée pour venir ici et la zone est étroitement surveillée…

-Pardon… c'est vrai, je n'arrive que trop tard… d'autres ont-elles pu avoir la même chance ?

-Peut-être, peut-être pas. Nous sommes embusquées ici depuis hier, nous en avons abattu des hommes.

-Vuong Chan, tu l'as vu quelque part ? Nous avons été séparées lors d'une offensive qui a eu lieu à l'Est. Elle est arrivée ici avant moi…

-Elle est vivante, je l'ai évacué il y a quelques minutes. Elle a rejoint une légion que j'ai amené ici, en soutien.

-Ne perdons pas de temps, Karen, Xiang Ying, vous allez fermer les écluses et colmater la brèche que ces démons ont fait sur la rive sud du rempart.

-Là-bas ce sont les dortoirs…

-Que nous n'avons pu évacuer à temps, je le regrette sincèrement. Au travail, les Sœurs. Je vais me rendre à ta légion et voir ce que tes hommes savent faire. Si vous retrouvez des survivantes, soignez-les sur place. Pour les plus atteintes, abrégez leurs souffrances. Exécution.

Les deux amies partirent de leurs côtés. Karen grimaça au ton autoritaire et accusateur de la maître d'arme de l'Ecole. Xiang Ying réconforta son amie :

-Elle est exécrable depuis le début du siège, ne t'en fait pas.

-Il y a de quoi… je n'ai reçu le message que la veille… je me sens coupable, c'est affreux…

-Au moins tu es venue… la Shinra a coupé toutes les voies de communication dans la région. On a tenté la Tortue Noire, rien, Le Dragon Azur, rien, Le Tigre Blanc, c'est pire nous n'avons plus aucune nouvelle d'eux depuis une semaine…

-Ils sont en grande difficulté… l'Oiseau Vermillon a été déployé au Sud pour protéger la forteresse qui achemine tout l'armement de notre patrie.

-Mais… tu m'étonnes que tu sois épuisée, nom d'un Bagrisk… tu veux quelque chose ?

-Pas la peine, nous avons des provisions avec nous. Ecoute, je veux que tu me racontes en détail ce qui s'est passé ici et comment tu as pu être séparée de Vuong Chan, alors que vos deux bataillons maintenaient une forte position à l'Est.

-Tu ne perds pas la Grande Tour toi… bon, d'accord je vais tout t'expliquer…