Bonjour à tous, je réponds ici à guest : merci beaucoup pour ton commentaire, je vais essayer d'éradiquer les petites coquilles. Il est vrai qu'à la vitesse où j'écris, certaines fautes parviennent à m'échapper. Merci encore et à bientôt.

Chapitre 3 : affliction

Lorsque Regina partit pour son travail, ce matin-là, elle ne s'attendait pas à être aussi bouleversée par quelques mots. Elle rentra dans l'appartement de la blonde, et fut aussitôt submergée par une odeur désagréable. Elle posa son regard tout autour d'elle et fut épouvantée en découvrant des taches brunes sur le sol. Elle ne put s'empêcher d'ouvrir chaque pièce et de la vérifier, ce qui se résumait à la chambre, la salle de bain et les toilettes. Elle ne trouva pas trace d'âme qui vive, ni de corps en décomposition, ce qui la rassura passablement. Elle revint dans la cuisine, et se pencha vers les traces de gouttelettes sombres. Elle frissonna, avant de se reprendre. Elle se redressa et se saisit du carnet. Peut-être Emma aurait-elle écrit la raison de ce bazar. Elle l'ouvrit et se rua sur la dernière page manuscrite. Elle dut relire plusieurs fois les trois derniers messages de sa patronne pour comprendre un tant soit peu la situation. Elle souffla et s'assit, accusant tout de même le choc. Au moins, la propriétaire n'était pas une tueuse en série. Enfin, selon ces messages, tout du moins. Son ancien travail pouvait s'avérer stressant, mais jamais elle n'avait eu peur de découvrir un cadavre. Elle reprit ses esprits et commença par lessiver le sol, incapable de soutenir la vision du sang plus longtemps. Elle s'inquiéta pour Emma, qui devait être blessée. Toute une série de questions lui traversa les pensées, ramenant des angoisses passées. Et si la femme gisait, blessée, seule, quelque part ? Ou si elle avait été séquestrée ? Ou bien si elle avait fait une rencontre qui avait mal tourné ? Elle secoua la tête, totalement chamboulée. Mais pourquoi s'inquiéter pour une inconnue ? Elle revint à sa besogne, tentant de stopper ses idées folles.

Une fois le sol récuré et vierge de toute trace suspecte, elle revint vers le carnet et vit un morceau de papier tomber par terre. Elle le ramassa et vit qu'il s'agissait d'un billet de cinquante dollars. Ses yeux s'arrondir et elle voulut le remettre en place, mais elle se souvint de sa lecture précédente et y revint pour être certaine que cet argent lui était bien destiné. Elle plia consciencieusement le billet et le mit dans sa poche. C'était sa récompense pour potentiellement cacher un meurtre. Ce n'était pas cher payé, au final. Cette pensée la fit sourire. Au moins, son travail dans ce loft lui changeait les idées. Elle se mit en quête du linge de maison et trouva le carton dans la chambre. Elle l'ouvrit, telle une fillette le matin de Noël. Elle tourna la tête vers le salon, songeant que la propriétaire des lieux n'avait probablement pas encore dormi dans un lit douillet. Elle en fut peinée, et déballa l'intégralité des parures sur le matelas, afin de choisir celle qui lui plaisait le plus. Autant se faire plaisir, puisque faire un lit au carré n'était pas sa tasse de thé.

Elle déplia une parure bleue, qu'elle jugea fade et qu'elle mit de côté. Voyant qu'il y en avait plusieurs jeux, elle se permit d'ouvrir l'armoire, afin de les ranger à l'intérieur, à l'abri de la poussière. Elle l'y déposa et retrouva son carton, faisant le même sort à deux autres parures. Enfin, au fond, une housse de couette violette attira son attention. Elle sourit et la posa sur le matelas, avec le reste de la parure. Satisfaite, elle ne mit guère de temps à finir sa tâche, et à refermer les fenêtres. Il lui restait quelques minutes, qu'elle mit à profit en se saisissant du carnet.

« Madame Swan, j'ai suivi vos instructions. Votre lit est prêt pour une nuit confortable, votre dos m'en dira des nouvelles. Quant à la tache de sang, j'espère ne pas être complice d'un meurtre scabreux. R »

Elle relut sa prose et s'apprêta à refermer le carnet, lorsque son regard fut attiré par un gribouillis. Elle approcha la rature de son visage et parvint à lire le mot « affectueusement ». Elle faillit en laisser tomber ses bras et ce qu'elle tenait. Cette femme était véritablement très étrange. Et elle s'était ravisée quant à l'utilisation de ce mot, qui paraissait fort saugrenu dans le présent cas. Elle réfléchit, se demandant si elle devait elle aussi faire un effort, mais en repensant à sa vie passée, jamais elle n'aurait voulu installer une relation, quelle qu'elle soit, avec sa femme de ménage. Aussi reposa-t-elle le carnet, presque à contrecœur, et soupira en refermant la porte. Elle revint chez elle, des questions en suspens et une curiosité insatiable lui tenaillant les tripes. Elle jeta un coup d'œil à l'heure. Son fils ne tarderait pas à revenir de l'école. Aussi se mit-elle en branle pour lui préparer un goûter digne de ce nom. Ses horaires, bien souvent trop souples, étaient à la fois une bénédiction et un crève-cœur. En effet, elle était davantage présente dans la vie de son enfant et s'en réjouissait, mais elle parvenait difficilement à s'en sortir financièrement. Elle avait enfin pris la décision fatidique, concernant ses bijoux. Elle commencerait à les vendre la semaine prochaine.

Lorsque l'enfant passa le seuil de la porte, elle ne vit qu'une ombre se diriger vers la chambre. Elle tenta de l'arrêter, mais il se dégagea bien vite de l'étreinte maternelle. Elle se sentit meurtrie, mais essaya à nouveau de communiquer avec lui.

- Henri ! Ouvre la porte, s'il te plaît ! Que s'est-il passé ? Henri !

- Je vais bien !

- C'est faux, je peux l'entendre dans ta voix. Tu seras privé de dessert si tu n'ouvres pas cette porte, Henri Mills !

- M'en fiche. Ça ne changera pas vraiment des nouvelles habitudes… Le dessert, c'est souvent un luxe, maintenant…

Regina en resta bouche bée. Jamais elle n'aurait pensé que son fils pâtisse à ce point de sa déchéance. Elle tomba en arrière sur le canapé, ses jambes butant dedans, alors qu'elle reculait, sous la violence de l'attaque. Des larmes apparurent aux coins de ses yeux chocolat, lui coupant la respiration. Comment avait-elle pu échouer sur tous les plans de sa vie ? Elle désirait serrer son enfant contre elle, et le bercer. Elle devait faire des efforts, pour le protéger. Elle toqua à sa porte.

- Henri, je suis désolée. Je ne voyais pas combien tu souffrais. Je vais me rattraper, je te le promets.

La porte s'ouvrit brutalement, laissant apparaître le petit brun, complètement en rage. Sa mère hoqueta en voyant son visage.

- Et tu crois que ça va suffire, maman ? Ils m'ont tabassé aujourd'hui, parce que ma mère est la bonniche des autres ! Heureusement qu'ils ne savent pas pour notre ancienne vie ! Sinon, ils m'auraient salement amoché ! Mais toi, tu ne vois rien, parce que tu es trop pingre pour voir plus loin que tes trois dollars en poche !

- Henri ! Je suis ta mère ! Tu n'as pas à me parler sur ce ton !

- Je suis ton fils, tu dois me protéger !

Le visage de Regina tomba, devant tant de reproches et de colère. Elle voulut le prendre dans ses bras, mais il la repoussa.

- Et puis j'ai faim ! Je peux pas manger à la cantine, ils n'ont pas accepté ton chèque, il est en bois ! Je me suis tapé la honte devant toute la classe !

Regina fondit en larmes. Elle prit sa tête entre ses mains et se brisa net sous les assauts verbaux de son fils. Il ne daigna pas la réconforter, et s'enferma définitivement dans sa chambre en claquant la porte. Sa résilience avait atteint ses limites. La brune se releva, une demi-heure plus tard, totalement groggy. Tel un automate, elle se dirigea vers sa boîte à bijoux, et en prit la moitié. Elle sortit sans faire de bruit et s'en alla brader ses derniers biens.

Henri sortit de sa chambre bien plus tard, alors que sa mère était encore absente.

- Maman ?

Seul l'écho lui répondit. Il vit la boîte à bijoux ouverte et à moitié vide. Il comprit ce que sa mère avait fait et il ressentit une légère culpabilité. Néanmoins, il ne s'éternisa pas dessus, son ventre criant famine. Il ouvrit le placard alimentaire, et ne trouva aucun paquet de gâteaux. Il pesta, toujours un peu en colère contre sa mère, et vit un paquet de pâtes. Il sourit, sa chance venait enfin de tourner. Il le prit et chercha une casserole, avant de la remplir d'eau et de la mettre à bouillir sur la gazinière. Il avait vu sa mère le faire des dizaines de fois, ça ne devait pas être bien compliqué. Il attendit patiemment que l'eau se mette à bouillir, avant de verser les pâtes dans le récipient. Il patienta encore, se sentant fier de lui. Il était autonome, et n'avait pas besoin qu'on lui fasse la charité. Lorsque le temps indiqué fut atteint, il éteignit le gaz et prit le manche de la casserole. Mais elle était trop lourde pour ses bras d'enfant, et il la lâcha, répandant son contenu brûlant sur ses vêtements. Il hurla et balança le reste à travers la cuisine, avant de percuter le bureau avec sa tête, et de sombrer dans les limbes.

Le cri d'un enfant fit tressaillir Granny, qui se tourna machinalement vers sa porte. Il n'y avait qu'un seul gamin dans sa résidence, c'était le fils Mills, qui ne faisait jamais d'histoires. Elle vit l'heure et se décida à aller sonner à la porte de la petite famille. Elle voyait la mère se démener pour joindre les deux bouts, et l'enfant était poli et studieux. N'obtenant aucune réponse, elle faillit faire demi-tour, mais un détail retint son attention. Elle baissa les yeux et vit de l'eau passer sous le pas de la porte. Elle pesta. Si jamais il y avait un dégât des eaux, ce serait pour sa pomme, et elle ne voulait pas mettre un centime dans ce bâtiment trop vieux pour mériter une quelconque réparation. Elle toqua à nouveau et appuya sur la poignée, qui ne lui offrit aucune résistance. Elle constata alors qu'il ne s'agissait que d'une casserole d'eau, coincée derrière la porte. Un gémissement se fit entendre. Elle entra et vit Henri inconscient, du sang s'échappant d'une vilaine entaille au front, et ses habits trempés. Elle resta quelques secondes interdite et s'empara de son téléphone. Elle appela les secours, restant près du bambin, qui ne bougeait plus.

- Mon dieu, Henri, où est ta mère ?

Ne recevant aucune réponse, elle se releva et vérifia les autres pièces, mais trouva l'appartement vide. Elle secoua la tête, devant l'irresponsabilité de la brune, qu'elle pensait plus réfléchie que cela. Les sirènes se firent rapidement entendre, et Granny soupira de soulagement. Elle passa le dos de son doigt sur le visage du petit, qui exprimait une grande douleur.

- Tiens bon, petit, le médecin va te soigner. Et je vais moi-même botter les fesses de ton incapable de mère ! Parole de grand-mère !

Elle sortit du logement, pour faire signe aux ambulanciers. Ceux-ci se précipitèrent et prodiguèrent les premiers soins à l'enfant. Un des deux hommes vint dire deux mots à la vieille femme.

- Il souffre d'un traumatisme crânien, et de brûlures. On le transporte d'urgence à l'hôpital. Vous nous accompagnez, madame ?

- Je ne suis que leur logeuse, pas sa mère… Mais ça m'embête de le laisser tout seul…

- Dépêchez-vous de vous décider, son état est préoccupant. Il ne répond pas aux stimuli. On doit partir.

La vieille femme soupira, mais se laissa guider par son cœur et monta dans l'ambulance. Elle n'allait pas laisser le bambin seul, et sûrement apeuré à son réveil. L'hôpital se profila quelques minutes plus tard, et elle dut patienter en salle d'attente, alors que le petit brun était pris en charge par le service pédiatrique. Elle sortit son téléphone et appela Regina, qui lui avait fourni son numéro, en cas d'urgence. Elle tomba directement sur le répondeur de la brune.

- Madame Mills, je suis avec Henri, à l'hôpital. Il a eu un accident. Dépêchez-vous, s'il vous plaît.

Elle mit fin au message et attendit, soit le médecin, soit un signe de vie de sa locataire.

Regina rentra à l'appartement, dans un état second. Elle tenait précieusement son sac à main, avec une coquette somme à l'intérieur. Ils pouvaient voir venir pendant au moins cinq ou six mois. Elle avait un poids en moins sur les épaules, même si elle avait sacrifié une partie des derniers vestiges de sa vie d'antan. En passant la porte, elle vit le bazar chez elle et aucune trace de son fils. La panique la sortit de sa torpeur, et elle faillit s'arracher les cheveux. Elle trouva la casserole vide, avec les pâtes à terre, et son cœur rata un battement. Elle hurla le prénom de son enfant, mais seul le silence terrifiant lui répondit. Un voisin passa devant sa porte et l'informa brièvement de la situation.

- Inutile de hurler, une ambulance est passée le prendre, avec Granny. Il avait pas l'air bien, le gamin.

- Granny ?

- Bah ouais, vous devriez peut-être l'appeler ?

Regina fondit sur son téléphone et vit qu'elle avait un message. Elle pianota frénétiquement sur son clavier, afin d'en prendre connaissance. Après avoir entendu la voix de sa logeuse, elle sortit en trombe de son appartement, et appela un taxi, ne disposant pas d'un autre moyen de locomotion rapide. Elle lui donna un billet et entra aux urgences, demandant après son fils. Une infirmière lui indiqua le service pédiatrique et elle s'y précipita. Elle vit Granny dans la salle d'attente, qui semblait quelque peu chamboulée. Lorsque la vieille femme aperçut la brune, elle se leva et vint à sa rencontre.

- Regina, enfin ! Mais où étiez-vous passée, bordel ? Ça fait un bout de temps que j'essaie de vous joindre.

- Où est Henri ?

- Les médecins le soignent encore, il allait pas bien le pauvre petit…

- Comment ça ? Qu'est-il arrivé ?

- Je ne sais pas… J'ai entendu hurler, et j'ai compris que c'était Henri. Quand je suis entrée, il était par terre, la tête en sang et ses vêtements étaient trempés. Il y avait une casserole à côté, il a dû la renverser sur lui. Je n'ai pas de nouvelles, depuis qu'il a passé ces portes.

- Oh mon dieu… C'est ma faute, il avait faim… Je suis si stupide…

- Vous n'avez pas assuré sur ce coup-là en effet.

- Je me passe de vos commentaires. Il faut que je le voie.

- Vous attendrez le toubib, moi, je m'en vais.

Regina retint malgré tout la femme revêche par le bras.

- Merci, Granny… Je suis désolée.

- Vous êtes de bons locataires, et je vois bien que vous faites des efforts. Mais il ne faut pas laisser un enfant seul, surtout à cet âge-là. Ce qui vient de se produire était inéluctable. Mais vous n'êtes pas une mauvaise mère pour autant, sachez-le.

Regina s'assit sur un siège, terrassée par les dires de sa propriétaire. Elle ne savait plus du tout où elle en était. Son fils était hospitalisé, ses finances ne connaissaient une bouffée d'oxygène, que par un sacrifice, et elle ne pouvait s'appuyer sur personne. Sans parler de l'enquête en cours, qui restait une épée de Damoclès au-dessus de sa tête. Elle sanglota, et attendit fébrilement le médecin, morte d'inquiétude.

Un homme en blouse blanche fit son apparition une heure plus tard, et chercha une personne du regard. Ne trouvant pas son bonheur, il appela à la cantonade.

- Les parents du petit Henri Mills ?

Regina se leva et se présenta.

- Je suis sa mère, Regina Mills. Comment va-t-il ?

- Hé bien, venez avec moi, jusqu'à son chevet.

- Docteur, s'il vous plaît…

- Le pire a été évité. Et on peut dire qu'il a la tête dure !

La boutade ne fit rire personne, et l'homme se racla la gorge, gêné. Ils s'arrêtèrent devant une chambre, où plusieurs lits étaient visibles.

- Madame Mills, Henri a eu de la chance, il n'a pas de traumatisme crânien, mais il a une belle balafre de dix centimètres de long, qui part du haut de son front jusqu'à son cuir chevelu. Il est brûlé au premier degré sur l'abdomen, et au second degré sur les cuisses. Mais il est jeune, il n'aura pas de séquelles. Néanmoins, les prochaines semaines seront douloureuses, je ne vous le cache pas. Mais ça aurait pu être pire.

Regina s'apprêtait à tourner les talons, pour voir son fils, lorsque le médecin la retint.

- Une dernière chose, madame Mills. Je suis obligé d'appeler les services sociaux…

- Pardon ?

- Votre enfant aurait pu avoir des séquelles permanentes. C'est peut-être un accident, mais vous n'étiez pas là, d'après ce que j'ai compris. C'est au mieux de la négligence…

- Je n'avais pas le choix, j'ai dû sortir. Je…

- Je ne veux pas le savoir. Et je ne souhaite pas que cela se reproduise. Sur ce, je dois vous laisser. J'ai d'autres patients à visiter.

Et le médecin la laissa dans le couloir, pantelante. Elle reprit difficilement contenance. Elle traversa la chambre, pour s'immobiliser devant le lit, où son fils se reposait. Elle s'assit au bord du matelas, et posa une main sur son avant-bras.

- Mon chéri, pourquoi ne pas m'avoir attendu ? Je suis désolée, j'ai été en dessous de tout…Réveille-toi, je t'en prie.

Le garçon ouvrit les yeux, en entendant la voix de sa mère. Il braqua son regard dans les prunelles chocolat, et murmura faiblement.

- Maman… J'ai fait une bêtise… Suis désolé aussi. Je serai sage, je te le promets. Je ne recommencerai pas.

Il se mit à pleurer, et la brune le berça, rassurer qu'il soit suffisamment vaillant pour comprendre la portée de son acte.

Elle resta à l'hôpital durant plusieurs heures, avant d'obtenir l'autorisation de sortie de son fils. Une infirmière passa la tête dans l'entrebâillement de la porte et lui demanda de bien vouloir l'accompagner pour les papiers. Elle laissa Henri, qui prit son mal en patience, toujours un peu groggy, mais nettement plus alerte, après avoir mangé un repas léger. La brune suivit la femme jusqu'au secrétariat, où le dossier fut rempli. Lorsque la brune sentit un regard confus sur elle, elle releva les yeux, et vit l'infirmière qui se dandinait.

- Madame Mills, votre assurance n'est pas valide pour ce genre d'incident.

- Quoi ?

- Votre assurance actuelle couvre le minimum vital, mais n'offre que peu de garantie. Je vais préparer la facture…

Regina blêmit d'un coup. Elle n'avait pas du tout envisagé ce cas de figure. Elle savait les frais hospitaliers exorbitants, et elle se raccrocha au guichet, lorsqu'elle lut la somme sous ses yeux.

- C'est une plaisanterie ? Mon fils n'est resté que quelques heures ici…

- Peut-être, mais il a reçu des soins en urgence. Je suis navrée, mais il va falloir payer l'hôpital.

Regina soupira. L'infirmière lui montra l'appareil pour insérer une carte de crédit.

- Euh… Je n'ai pas de carte. Mais je peux payer par espèces. Si c'est possible.

- Bien sûr, je vais vous établir un reçu.

- Merci.

Tous les poils de la nuque de Regina se hérissèrent devant l'attitude de la femme en blouse rose, qui la prenait en pitié. Il y a quelques mois encore, elle aurait été servie comme une reine. Aujourd'hui, elle n'était plus personne. Elle pensa que dans son malheur, l'argent qu'elle venait d'acquérir lui serait bien utile et tout de suite. Elle versa la somme due, qu'elle jugea indécente, aujourd'hui, et sortit avec son fils, pour enfin rentrer chez elle. Le petit pouvait marcher, mais restait faible. Il lui faudrait plusieurs jours pour se remettre de sa mésaventure. Elle préféra ne pas penser à ces quelques jours. Elle devait rester à ses côtés, puisqu'il ne pourrait pas se rendre et rester à l'école. Ses soins, qui devaient durer une semaine complète, nécessitait sa présence constante. Cela signifiait qu'elle ne pouvait pas travailler. Et donc, elle ne gagnerait pas d'argent durant une semaine entière. Elle sentit son angoisse monter en flèche, mais préféra revêtir son masque d'impassibilité et border son enfant, qui tombait de sommeil.

- Bonne nuit, mon chéri. Si tu as besoin de quoi que ce soit, je suis là, tu m'appelles et je serai à tes côtés dans la seconde.

Une fois dans le salon, elle s'écrasa sans grâce sur le sofa, et ne prit pas la peine de le déplier. Elle jeta les pâtes, dernier résidu de l'accident de la soirée, et passa un coup de serpillière pour effacer les derniers vestiges de saleté. Une fois assise à son bureau, elle compta l'argent qui lui restait. Elle serra les billets dans sa main, au point de les chiffonner. Son périple de ce soir n'allait jamais suffire, finalement. Elle coula un œil torve vers la boîte à bijoux. Autant tout emmener, la prochaine fois…

Emma revint enfin chez elle, en fin de journée, et passa le seuil de son loft, une appréhension au fond de l'estomac. Les yeux fermés, elle fut agréablement surprise par une odeur florale et fraîche. Un sourire commença enfin à s'étaler sur son visage fatigué. Elle fit quelques pas à l'intérieur, et ouvrit enfin les yeux. Tout était net, à sa place. La femme de ménage avait fait un travail remarquable. Le sol brillait, l'évier était récuré et même son plaid semblait avoir été retrouvé une seconde jeunesse, bien plié dans un coin du canapé. Elle soupira d'aise, et fut curieuse de voir son lit. Elle trotta jusqu'à sa chambre, et admira son lit, qui semblait parfaitement douillet. Elle fut satisfaite de l'état de son loft, et attrapa son carnet, afin de remercier la fameuse R de son travail impeccable. La parure violette était neuve, pour ainsi dire, puisqu'elle ne la sortait jamais. La voir ainsi installée lui procurait une sensation de nouveauté plutôt agréable. Elle ouvrit le carnet et lut le mot laissé par R. Elle sourit et rit même de la boutade, imaginant un corps caché dans un placard. Cette bouffée d'oxygène lui parut fort courte, R n'ayant inscrit que trois petites phrases. Emma ne savait par quel moyen appâter R, afin qu'elle lui écrive davantage. Elle savait qu'elle y passerait la soirée, ou peut-être la nuit, mais elle trouverait un moyen d'obtenir de plus longs pamphlets. Elle secoua la tête et tenta de se raisonner. R n'avait pas été engagée pour son style littéraire, mais pour ses compétences en hygiène et propreté. Elle ne pouvait néanmoins s'enlever de l'esprit qu'une belle réponse, plus longue de sa part, serait une excellente accroche pour R. la blonde était persuadée qu'il suffisait d'inciter R à discourir davantage par écrit, afin de découvrir sa personnalité, et ainsi satisfaire sa propre curiosité. Elle en était réduite à élaborer un plan machiavélique, pour inciter sa femme de ménage à écrire plus de deux lignes… Il fallait vraiment qu'elle rencontre des gens…

Armée d'un bloc-note, un crayon papier, un verre de vin blanc et de son plaid, Emma s'installa confortablement sur son canapé. Elle souhaitait dormir dans son lit, mais elle préféra travailler un peu avant cela. Sa nouvelle lubie, R, la tint éveillée malgré elle. Elle gribouilla quelques mots, mais ne trouva guère l'inspiration. Elle voulait se montrer subtile et intelligente. Elle jeta un regard de biais vers son verre de vin. Ce n'était peut-être pas la meilleure des solutions pour parvenir à ses fins. Au bout d'une heure et de trois verres de son breuvage, elle n'avait toujours rien écrit de valable. Passablement énervée, elle rejoignit sa chambre, et se vautra dans les draps propres.

- Oh mon dieu, c'est divin… Elle sait comment parler aux femmes…

Emma fut prise d'une crise de fou rire, devant toutes les imbécilités qu'elle parvenait à débiter, l'alcool aidant beaucoup. Elle se retourna sur le dos, et contempla le plafond, les yeux dans le vide. Elle poussa la couette et s'enroula dedans, afin de sombrer dans un sommeil sans rêve. Elle pouvait très bien répondre demain à R, mais pour l'heure, elle n'aspirait qu'à un peu de béatitude, dans un lit préparé spécialement à son intention.

Le lendemain, Emma arriva un peu moins tôt que d'habitude. Elle salua sa secrétaire, qui la suivit dans son sillage. Cette dernière semblait agitée. Elle déposa le café de sa patronne sur le bureau, et lança une remarque à brûle-pourpoint.

- Madame Charming, je sais que ça ne me regarde pas, mais…

Devant le mutisme brutal de son assistante, Emma l'encouragea à continuer.

- Vous pouvez parler librement, dans ce bureau.

- Il est vrai que ça change radicalement de madame Mills…

- Je ne veux rien savoir de celle qui occupait ma place auparavant.

- Oh, oui, pardon. Ce que je voulais dire, c'est que j'ai entendu une conversation vous concernant, et je crois que je vous apprécie, alors… Je préfère vous avertir.

- M'avertir ? De quoi donc ?

- Des rumeurs qui circulent.

- Je déteste les rumeurs… Je n'y porte aucun intérêt.

- Mais elles vous concernent.

- Pardon ?

- Madame Charming, certains de vos collaborateurs ont trouvé que vous sentiez l'alcool, depuis quelques jours… Et cela pourrait vous porter préjudice.

Emma devint blême. Elle tenta de cacher son mal-être, mais n'y parvint qu'à moitié. Aussi préféra-t-elle déblatérer un mensonge, afin de garder une contenance, face à sa secrétaire.

- Oh, oui, j'ai fêté mon emménagement récemment. J'ai peut-être donc pas mal fait la fête. Il faut bien conserver les traditions, n'est-ce pas ?

- Euh, bien sûr, madame…

- Rien d'autre ?

- Non. Je suis désolée, ça ne me regardait pas.

- Il n'y a pas de mal. Vous pouvez disposer.

- Bonne journée, madame.

La secrétaire repartit, penaude. Emma souffla, sentant un étau se resserrer sur sa gorge. Elle était épiée, et elle n'avait pas le droit à l'erreur. Pas après que l'ancienne directrice ait été virée pour blanchiment et autres joyeusetés. Elle souffla de dépit, et se mit à surveiller le personnel. Peu de personnes regardaient dans sa direction. Elle savait qu'elle devait se méfier du conseil d'administration, et du vice-président en particulier. Il avait l'air retors. Elle gagea que la rumeur provenait probablement de son bureau. Ainsi, il gardait un certain contrôle sur elle. Alors qu'elle s'en retournait à son fauteuil, elle se remémora une chose, le nom de la personne la précédant : Mills… Elle mit cela dans un coin de sa tête, et reprit un dossier, quelque peu soucieuse. Elle savait maintenant qu'elle avait mis les pieds dans un nid de vipères.

Regina contacta son employeur tôt dans la matinée, afin de le prévenir de son absence hebdomadaire. Ce dernier fut embarrassé, car il ne pouvait embaucher une autre personne au pied levé, pour remplacer une de ses titulaires. Aussi, maugréa-t-il légèrement, avant de souhaiter prompt rétablissement à Henri, et de raccrocher rapidement. Regina avait tremblé, pensant perdre le seul patron qui voulait bien d'elle. Elle aurait pu le supplier, et se mettre à genoux, pour garder cet emploi sous-rémunéré, mais stable. Le jour où elle retrouverait son statut, elle se jura de mettre à genoux les hommes qui avaient contribué à sa chute. Mais elle pressentait que le chemin serait long pour y parvenir. Aussi mit-elle de côté ses turpitudes, afin de s'assurer de l'état de son fils. Elle entra doucement dans la chambre, et s'assit au bord du lit. Il semblait si paisible, comme si rien de tout ceci n'était réellement arrivé. Une petite grimace traversa le visage enfantin, et elle posa sa main sur le minuscule bras. Aussitôt, les traits du petit se détendirent. Elle se pencha à son oreille.

- Dors, mon bébé, maman veille sur toi.

Elle préféra se lever, afin de préparer un petit-déjeuner digne de ce nom. Sur le seuil de la chambre, elle murmura tendrement.

- Je suis désolée, je t'aime, Henri. Tu es mon seul soleil, dans ce marasme gris. Je jure de protéger ton sourire, quoi qu'il m'en coûte.

Elle sortit, et se mit en tête de cuisiner un plat savoureux. Pendant ce temps, Henri essuya rageusement les larmes qui menaçaient de dévaler ses joues.

- Moi aussi, je t'aime, maman. Mais je ne les laisserai pas te faire du mal à nouveau. Ils paieront, peu importe le temps que ça prendra.

Il souleva sa couette et vit les larges pansements sur son corps. Il trembla de peur, et appela sa mère, qui se précipita pour l'entourer de ses bras. Il était encore un enfant, mais déjà sa résolution était irrévocable. Pour l'instant, il profitait de la chaleur, dans le giron de sa mère. Il ne voulait pas être un poids pour elle. Il comprenait qu'elle avait déjà beaucoup d'ennuis à gérer seule. Ils restèrent ainsi, tous les deux, pendant deux jours, sans voir personne. Et ce furent les meilleurs jours qu'ils vécurent, depuis bien longtemps.