Bonjour à tous. Un petit mot en aparté pour vous remercier de vos commentaires, particulièrement passionnés, envers cette fiction. Cette récompense me fait vraiment plaisir, et cela mérite d'être dit. Sur ce, je vous souhaite une agréable lecture.
Réponse à guest Byfe13 : merci beaucoup de ton retour. La relation entre la mère et le fils n'est pas complètement apaisée, mais chacun souffre de la situation, à sa manière. Et Henri n'avait guère d'autre défouloir que Regina. Ce qui ne l'excuse en rien. Elle a été profondément blessée par ses paroles. L'alcoolisme d'Emma, qui prend le pas sur sa vie professionnelle et sociale, est une parade désespérée pour combattre sa solitude. Mais sûrement pas la bonne voie, et Ruby n'aide clairement pas. Quant à l'amélioration… Chaque chose en son temps. Merci beaucoup pour ton commentaire et à bientôt.
Chapitre 8 : prendre soin
Après un week-end terne, la pluie ne cessant de tomber, Regina était habitée par une certaine appréhension. Elle devait se rendre chez Emma aujourd'hui. Et elle ne savait pas si la blonde lui pardonnerait son entourloupe hospitalière. Elle était particulièrement fébrile, alors qu'elle entrait dans l'appartement. La première chose qui la frappa, ce fut l'absence de bouteille et de verre sur la table basse. Elle s'enquit de leur présence dans l'évier, mais là encore, il n'y avait que le vide. Elle en fut agréablement surprise. Elle tourna la tête vers le carnet, qui trônait sur la table, avec un post-it collé sur sa couverture, qui disait « Lisez-moi ». Un léger sourire parvint enfin à se frayer un chemin sur le visage de la brune, qui préféra travailler et s'octroyer ensuite quelques minutes de détente, en lisant le message qui lui était destiné. Enfin la blonde lui avait répondu. Elle était heureuse. Puis, alors qu'elle faisait le lit, des interrogations sinistres s'engouffrèrent dans son esprit torturé, et ce n'est qu'une heure plus tard, une fois sa blouse enlevée, qu'elle se jeta sur le carnet, sa curiosité à son paroxysme. Elle lut le mot, goulûment, son corps se détendant au fur et à mesure de sa lecture. Jusqu'à cette proposition, qui la laissa tiraillée. Elle souffla, tenta de peser le pour et le contre. Si jamais la rencontre se passait mal ? Ou si cette parenthèse venait aux oreilles de son patron ? Et si la propriétaire des lieux se lassait de sa personnalité et de sa présence ? Elle avait beaucoup à perdre. Pour y gagner quoi ? Elle se creusa les méninges, mais peu de choses lui vinrent à l'esprit. La voir, c'était prendre le risque de lui avouer qu'elle était pauvre, une moins que rien aujourd'hui. Mais aussi qu'elle avait des démêlées avec la justice, ou l'hôpital. Que son fils pouvait lui être enlevé. Elle étouffa un sanglot. Malgré tout, elle avait envie de pénétrer dans la vie de cette femme. Il n'y a pas si longtemps, elle était son égale, voir davantage. Et aujourd'hui, elle récurait ses toilettes et pliait ses culottes. Elle faillit froisser la page du carnet, tant la rage la submergea d'un coup, brutalement et complètement. Elle se consumait littéralement. Et l'enquête n'avançait pas d'un pouce. Elle pouvait sentir les oiseaux de proie dans son dos, prêts à fondre sur elle, pour finir de briser sa vie. Aussi, c'est la mort dans l'âme qu'elle écrivit quelques mots.
« Madame, merci pour votre réponse bienveillante. Je pensais vous avoir déçu. Ma décision de ne pas me rendre à l'hôpital n'est pas un caprice, mais un enchaînement de faits, qui m'ont empêché d'y aller. Je vais très bien, néanmoins. Votre invitation est certes peu protocolaire, je vous l'accorde. Et même si je suis curieuse de vous connaître, je ne peux que la décliner. J'admets que la simple idée de ne plus pouvoir vous écrire, comme je suis en train de le faire, à cause d'une rencontre incongrue, me ferait regretter cette douce routine qui s'est mise en place. J'apprécie énormément votre geste, à sa juste valeur et vous en remercie chaleureusement. J'espère ne pas vous avoir froissée. Bien à vous, R. »
Elle posa son stylo, et souffla un grand coup. Elle se sentait à la fois libérée et triste. Elle vit alors l'heure à sa montre, et se précipita dehors. Elle était déjà en retard pour son prochain ménage.
Le soir même, lorsque Emma revint de son travail, en ayant réussi à éviter Ruby, qui voulait encore sortir en boîte, le carnet trônait sur la table, prêt à l'accueillir. Elle sourit, le caressa du bout du doigt, et s'en saisit délicatement. Elle avait patienté toute la journée pour ce moment. Elle désirait ardemment lire une réponse positive, et son cœur en battait la chamade. Cela n'avait aucune logique, juste une envie, un besoin. Elle se laissa tomber sur le canapé, et ouvrit la dernière page manuscrite, telle une adolescente énamourée. Elle se moqua d'elle-même et de son impatience. Mais elle n'allait pas bouder son plaisir. Elle lut le mot, et progressivement, son sourire s'effaça. Elle ouvrit la bouche, et poussa un gémissement rauque.
- Non… Pourquoi ne pas vouloir accepter mon offre ?
Emma regarda autour d'elle, déboussolée. Elle avait mis tant d'espoir dans cette proposition. Et finalement, tout cela n'avait servi à rien. Puis elle se remémora les passages de R dans son loft. Un lit qui n'avait jamais été fait, du whisky qui traînait toujours sur la table basse, et visiblement entamé, une agression, et un manque d'assiduité de la blonde pour répondre à R, récemment. Même Emma dut admettre que cela faisait beaucoup de choses à digérer pour R.
- Mais quelle cruche je fais… Comment pourrait-elle avoir envie de déjeuner avec moi ? Je ne lui ai pas montré mon côté le plus reluisant… Mais peut-être que si je m'améliore… Qu'elle voit que je ne suis pas qu'une écervelée… Concentre-toi, Emma, bon sang !
Elle tenta de lister mentalement des choses à améliorer dans son quotidien, mais fit face à une tâche ardue. Elle griffonna sur un bout de papier quelques mots, mais se sentit épuisée et contrariée. Après tout, pourquoi fournir de tels efforts pour une femme de ménage, qui n'avait clairement pas envie de la connaître davantage ? Elle chiffonna la feuille et en fit une boule, qu'elle envoya valdinguer de l'autre côté de la pièce. Elle n'avait pas songé une seule seconde que R dédaigne ainsi son invitation. Certes, elle avait beaucoup de choses à se faire pardonner, mais elle ne pensait pas recevoir une telle fin de non-recevoir. De rage, elle partit chercher sa bouteille de pure malt, et s'en servit une bonne rasade, qu'elle but cul-sec. La brûlure lui fit un bien fou. Après tout, elle se moquait bien du reste, puisque la seule personne qu'elle pensait équilibrée et humaine l'avait rembarré. Elle se traîna jusqu'à son lit, sans lâcher sa précieuse bouteille, et se fit un devoir de la finir. Elle dormit fort mal cette nuit-là, son estomac se montrant particulièrement retors envers elle, lui faisant payer d'avoir ingurgité une telle quantité d'alcool fort, en si peu de temps. Elle essaya de se remémorer son dernier vrai repas, mais se fit la réflexion que cela faisait bien presque deux jours qu'elle n'avait pas mangé correctement, ayant été très prise par son travail et ses nuits agitées. Son corps lui faisait chèrement payer ses excès, et elle s'évanouit, tard dans la nuit. Elle n'entendit pas son réveil, ni le cliquetis de sa serrure, le lendemain matin.
Alors qu'elle se préparait pour sa journée, Regina fourragea dans son sac, dans l'espoir de retrouver son téléphone portable. Elle se maudissait d'avoir perdu son seul moyen de communication, et n'avait nullement les moyens de s'acheter à nouveau ce genre de gadget. Elle refit mentalement sa journée de la veille, espérant comprendre où elle avait pu égarer l'appareil. Puis, une idée jaillit de son esprit. Alors qu'elle travaillait chez Emma, elle l'avait posé sur la commode dans la chambre, car il était tombé de sa poche, lorsqu'elle faisait le lit. Elle se claqua le front, devant une telle bévue. Elle avait besoin de son téléphone, puisque si son entreprise voulait la joindre, elle n'avait que ce biais pour le faire. Elle regarda sa montre. Elle avait encore presque deux heures devant elle. Elle pouvait donc faire un saut chez la blonde, afin de reprendre son bien, subrepticement. Elle se faufila dans les artères bondées du métro, et sortit sa clé, une fois sur le pas de la porte d'Emma. Elle toqua, afin de ne pas réitérer sa précédente mésaventure. Elle n'était pas censée travailler chez elle, aujourd'hui. De ce fait, une précaution supplémentaire ne semblait pas superflue. Elle entra rapidement et referma derrière elle. En jetant un coup d'œil à l'appartement, elle eut la curieuse impression de ne pas être à sa place, et de violer l'intimité de la propriétaire des lieux. Elle se racla la gorge.
- Madame Swan ? Bonjour, c'est votre femme de ménage, R. J'ai oublié mon téléphone portable hier, et je dois le récupérer. Madame Swan, vous êtes là ?
Un silence de cathédrale lui répondit. Elle soupira, soulagée d'être seule dans l'appartement. Elle se reprit et se rendit dans la chambre, afin de récupérer son bien. Alors qu'elle pénétrait dans la pièce plongée dans l'obscurité, un bruit attira son attention. Un gémissement rauque résonna une nouvelle fois, alors qu'elle s'était figée, par la peur d'être découverte et traitée de voleuse. Après tout, son excuse pouvait s'avérer tout à fait bidon aux yeux de la blonde et elle serait embarquée par la police. Elle se permit alors de prendre la parole, afin d'éviter tout malentendu.
- Madame Swan, pardon, je ne voulais pas vous ennuyer. Je récupère mon téléphone, et je m'en vais. Je suis sincèrement désolée de m'être introduit chez vous. Mais je vous croyais au travail. Madame Swan ?
Le souffle lourd et saccadé émanant du lit fit comprendre à Regina que la maîtresse des lieux dormait encore. Elle saisit alors sa chance pour fuir l'endroit, mais un nouveau gémissement la retint. Elle fronça des sourcils. Son fils respirait de façon identique, lorsqu'il était malade. Elle se permit d'approcher et de tirer une des tentures, laissant le ciel gris faire une timide percée dans la chambre. Elle vit alors la femme en nage, le visage grimaçant et ses membres bouger par spasmes.
- Mon dieu, madame Swan ! Emma !
Elle se précipita à son chevet, et mit sa main sur son front.
- Vous êtes brûlante ! Réveillez-vous ! Madame Swan, il faut vous réveiller !
Regina la secoua par le bras légèrement, mais cela n'eut aucun effet. La femme à ses côtés semblait souffrir et ne parvenait pas à se dépêtrer de son cauchemar. Regina se rendit dans la salle de bain attenante, et prit un gant qu'elle humidifia. Elle le porta sur le front et le visage de la blonde, qui se calma un peu, suite à ce rafraîchissement bienvenu. Regina resta là, à la contempler, durant quelques minutes, ne sachant pas quoi faire de plus. Puis, deux billes vertes se fixèrent sur elle. Elle retint son souffle. Si la blonde ne la reconnaissait pas, des cris retentiraient très bientôt. Mais ce fut tout autre chose qui se produisit.
- R ?
- Madame Swan, je suis désolée, je me suis permise de…
- Ne partez pas… S'il vous plaît…
Regina se tut, incapable de réfléchir correctement. La femme qui gisait dans le lit, semblait brisée, et sur le point d'arrêter de se battre, ne serait-ce que pour respirer.
- Je ne vais nulle part. Voulez-vous quelque chose ? Un autre gant humide ? Un verre d'eau ?
Emma laissa son regard traîner jusqu'à la bouteille de whisky vide, qui était à moitié cachée par la couette. Elle voulut rire, mais seul un gargouillement étouffé sortit de sa bouche. Regina suivit son regard, et se sentit navrée pour la blonde. Elle prit alors la bouteille, et se leva. Emma paniqua et tenta de se redresser.
- Je suis désolée ! Je n'aurais pas dû… Mais je suis si faible aujourd'hui… Avant, je n'aurais pas…
Regina ne répondit rien. Elle lui sourit tristement et s'en alla, afin de jeter cette preuve si dépravante pour la blonde. Elle revint dans la chambre, avec un verre d'eau et un cachet pour le mal de tête.
- Buvez, ça va vous faire du bien.
- Merci.
Emma voulut prendre le verre, mais le fit chuter sur elle. Elle cria légèrement, et se laissa retomber dans les oreillers.
- Merde…
- Je vais vous chercher une serviette.
Emma rougit, en se regardant rapidement. Son débardeur blanc était maintenant transparent, à cause de l'eau. R n'avait pas dû en perdre une miette, et elle avait préféré fuir ce spectacle consternant.
- Et… Merde…
Regina lui tendit la serviette et resta plantée là, sans savoir quoi faire. Elle reprit la parole, afin de se donner une contenance.
- Je vais peut-être vous laisser. Vous avez besoin de repos.
- Attendez ! Je dois savoir… Pourquoi ne pas vouloir déjeuner avec moi ? Dites-le-moi, je veux comprendre. Qu'importe la raison…
La brune ne s'était absolument pas attendue à cette question. Sa mâchoire tomba légèrement, avant qu'elle ne se crispe toute entière.
- C'est compliqué…
Emma voulut se lever, afin de parler ouvertement avec R et profiter de l'avoir enfin en face à face, mais elle tomba aussitôt par terre, ses jambes l'abandonnant. Regina l'aida à se remettre au lit, et prit son téléphone.
- Je vais appeler une ambulance, vous souffrez, vous avez besoin d'aide.
- Inutile… Et vous êtes mal placé pour me dire quoi faire.
- Vous ne tenez pas debout, et vous souffrez de vertiges. C'est autrement plus grave qu'une coupure et une bosse.
Regina tenta d'allumer son téléphone, mais l'écran demeura noir. Elle souffla, et vit celui de la blonde, qui traînait dans le lit.
- Vous permettez ?
Emma, trop vaseuse pour être rapide, réagit à retardement.
- Non ! Rendez-moi mon portable !
Elle battit l'air de ses bras, et s'affala sur la couette, paniquée. Regina avait eu le temps de voir l'écran d'accueil, et ne comprit pas le mouvement d'humeur de la femme, pour cette simple photo. Elle le lui tendit, incertaine.
- Pardon, je ne voulais pas vous froisser ou vous brusquer. Je ne l'ai pas ouvert.
- Vous avez vu le cliché…
- Euh, oui. Mais je ne l'ai qu'entraperçu.
Le regard émeraude se posa sur Regina, et lui vrilla le cœur. Des larmes perlaient au coin des yeux. Regina en fut profondément troublée. Elle tendit la main vers Emma, et la posa sur son épaule, en soutien.
- Je suis désolée. Voulez-vous que j'appelle une personne, qui puisse prendre soin de vous ? Vous semblez…
- Il n'y a personne. Et mes parents sont loin d'ici. Il n'y a que vous pour prendre soin de moi… Je suis pathétique…
La brune fut touchée par la marque de confiance et sa fragilité à fleur de peau. Elle s'assit au bord du lit. Sa main descendit le long du bras de la blonde et prit la sienne. Un léger sourire s'installa sur le visage de la malade.
- Vous restez un peu ?
Cette question fut un électrochoc pour Regina, qui regarda sa montre.
- Je ne peux pas rester longtemps, il faut que je retourne travailler. Je ne peux pas me permettre de rater une journée…
La frimousse, qui s'était enfin un peu illuminée, retomba aussitôt, la déception se lisant sur chaque trait du fin visage. Alors qu'elle s'enfonçait dans ses limbes, une idée germa dans son esprit enténébré.
- Attendez, je vais appeler votre patron, et lui dire que c'est moi qui vous ai dit de venir faire des heures supplémentaires. Laissez-moi faire cela, je vous en conjure. Je vous paierai vos heures ici, naturellement. J'ai besoin d'aide, mais rien qui ne mérite de prendre une place à l'hôpital. Je sais que c'est peu courant de vous demander ce genre de choses, et que cela sort de vos attributions, mais… Vous êtes la seule personne qui vous souciez de moi. Et je ne peux pas me l'expliquer, mais j'ai… Confiance en vous.
- Mais pour quelle raison ? On ne se connaît pas.
- Ce n'est pas faute d'essayer, mais vous êtes difficile à cerner et à voir.
- J'ai une vie… Complexe. Et je dois me protéger.
- Je ne représente pas une menace, je vous assure. Je voudrais mieux vous appréhender, c'est tout. Pas d'entourloupe.
Regina l'observa durant d'interminables secondes, et prit une décision irréfléchie.
- Très bien, je reste. Mais pouvez-vous appeler monsieur Hood ?
- Je le fais devant vous.
Emma déverrouilla son téléphone et appela Net&clean. La standardiste décrocha.
- Net&clean, bonjour !
- Bonjour, c'est Emma Swan, à nouveau. Pourriez-vous me passer votre patron ? C'est urgent.
- Euh oui, je vais voir.
Après une minute de silence, durant laquelle les deux femmes se fixèrent, gênées, la voix grave retentit dans le combiné.
- Bonjour Madame Swan, que se passe-t-il ? Si c'est au sujet de votre femme de ménage, sachez que je peux la remplacer.
Regina s'était tendue en entendant la voix, et crispée devant la proposition blessante.
- Absolument pas, je vous l'interdis ! C'est elle ou personne. Je voulais vous prévenir que j'ai fait appel à ses services au pied levé, et que je dois vous l'emprunter pour la journée. Je paie toutes ses heures, et au double du prix, pour le dérangement occasionné.
- Mais… C'est très généreux de votre part. Elle est déjà chez vous ? Elle travaille ?
- Oui, elle est à l'appartement, et elle a commencé il y a déjà un moment. Je m'excuse pour ses autres clients, mais je n'ai confiance qu'en ses compétences. J'espère que vous comprenez…
- Bien sûr. Le client est roi. Ou reine en l'occurrence. Je vais changer son planning et m'arranger. Bonne journée, madame Swan.
- Merci, à vous aussi, monsieur Hood.
Emma raccrocha et se contenta de sourire faiblement.
- Vous voilà coincée ici pour la journée avec moi… J'ai l'impression de vous avoir forcé la main, je suis désolée.
- Vous vous excusez beaucoup… Je ne suis pas à cheval sur certaines choses, j'ai simplement besoin de travailler.
- Je comprends. Merci, alors. Merci de rester. Vous devez me prendre pour une folle…
- Un peu. Mais ce n'est pas désagréable. Disons que ça change.
- Pour ne rien vous cacher, je ne me sens pas très bien…
- Pour ne rien vous cacher, ça se voit…
- Je ne sais pas si je dois vous être redevable, finalement.
- Rallongez-vous, je vais vous apporter un autre verre d'eau. Essayez de le boire, celui-là.
La petite pointe d'humour détendit immédiatement l'atmosphère. La réponse fusa tout haut.
- Ou sinon, j'aurais le droit à un bavoir ?
- Exactement !
Regina s'affaira en cuisine, et prit soin d'ouvrir le réfrigérateur, afin de s'assurer qu'elle pourrait mitonner un petit plat à la malade. Celui-ci s'avéra désespérément désert. Elle soupira, et revint dans la chambre. La blonde grelottait sous la couette.
- Vous avez froid ?
- Je devrais surtout me changer. Mon débardeur est trempé. Quelle nouille je fais.
- Je peux vous en donner un autre. Quel tiroir ?
- Celui du milieu.
Regina obéit et en prit un autre, noir. Elle le lui tendit et ajouta, malicieuse.
- Comme ça, si vous bavez, il n'y aura pas de preuve.
Emma rougit, telle une fillette. Regina ne put que se défendre maladroitement.
- Je n'ai rien vu, je vous assure. Euh, je vais me retourner, le temps que vous l'enfiliez.
- Merci…
Emma se contorsionna rapidement, pour se changer. Elle se sentit de suite beaucoup mieux. Elle fut surprise de voir Regina se retourner et lui chiper son haut mouillé.
- Je vais le mettre à sécher.
- Merci, vous êtes une perle.
- Vous êtes trop bonne.
Regina écarquilla les yeux devant l'énormité qu'elle venait de prononcer.
- Pardon ! C'était complètement déplacé !
Emma éclata de rire.
- Mais qu'est-ce que c'était drôle ! Je n'avais pas ri ainsi depuis une éternité ! Ça fait du bien de parler avec une personne normale.
- Normale ? Je ne suis pas certaine de rentrer dans cette catégorie.
- Croyez-moi, vous y êtes. Merci pour tout.
- Dois-je vous rappeler que vous me payez pour ce travail ?
- Mais vous restez humaine et à l'écoute. Je peux ressentir votre bienveillance à mon égard. Et ça n'a pas de prix.
Ce fut au tour de la brune de s'empourprer. Elle se tint droite, et se contenta de hocher la tête.
- Je vais préparer à manger, vous en avez besoin. Mais je n'ai rien vu dans votre réfrigérateur.
- Oh, oui… Il est aussi bien achalander que Gobi.
- Je plussoie.
- Vous pouvez passer commande à l'épicerie à deux rues de là. Ils viennent me livrer lorsque je n'ai pas le temps de faire les courses. Leur carte est sur le pêle-mêle dans l'entrée. Dites-leur de mettre ça sur ma note.
- Très bien. Une soupe de légumes, et une panna cota, cela vous conviendrait-il ?
- Absolument. En espérant ne pas les vomir.
- Je vais vous mettre une cuvette au pied du lit. Pour éviter un incident. Je connais la personne en charge du ménage, et elle n'est pas très enthousiasmée par l'idée de nettoyer ce genre de fluide.
- Comment pouvez-vous rendre cette phrase aussi intéressante ?
La brune haussa un sourcil. Emma ricana et se laissa porter par ses oreillers. Cette petite joute l'avait déjà éreinté. Elle se rendormit très rapidement, au soulagement de la femme de ménage, qui put vaquer à ses occupations. Il était plus de treize heures, lorsque Regina réveilla doucement Emma.
- Madame Swan, réveillez-vous, votre soupe est prête.
Après un gémissement inarticulé, une masse blonde émergea du lit douillet.
- Ne m'appelez pas comme ça, on dirait que vous vous adressez à ma mère. Je l'adore, mais nous n'avons pas le même âge, tout de même.
- Emma ?
- Parfait. Et j'ai faim. Je n'ai pas véritablement mangé depuis… Des jours.
- Je vous apporte un bol et une cuillère.
Ces gestes si domestiques mirent du baume au cœur de la malade. Après avoir avalé sa soupe et son dessert, elle refit une sieste, qui fut écourtée par son téléphone. Elle avait oublié de prévenir son bureau, une fois de plus. Elle s'en excusa et fit décaler son rendez-vous, étant souffrante. Elle s'amusa en raccrochant, en pensant que systématiquement, R était présente lorsque cela se produisait. Elle oubliait tout au contact de la douce brune. Pourtant, elle sentait la force et l'autorité sous le masque affable. La brune revint la débarrasser, et la vit regarder tristement son fond d'écran. Pour la première fois de sa vie, elle se fit curieuse, au point de déstabiliser son interlocutrice.
- Pourquoi cette photo vous met dans un tel état ?
- Je sais que ça peut paraître stupide, mais ça me rappelle quelqu'un et surtout quelque chose que je n'ai pu qu'effleurer. Un rêve trop loin.
- Emma… C'est… Un ourson en peluche. Je ne sais pas si je dois vous poser la question, mais…
- Non, je n'ai perdu mon enfant, si c'est cela qui vous taraude.
Le léger soupir de soulagement n'échappa nullement à la convalescente. Elle lui caressa la main, sans même s'en rendre compte.
- C'est une histoire triste et pourtant banale, mais elle n'a pas lieu d'être racontée ici et maintenant. Seule une personne en qui je pourrais avoir une totale confiance pourra l'entendre. Ou une amie très chère. Ou plus.
Regina comprit le message, et ne chercha pas à l'importuner sur ce sujet, qui semblait particulièrement douloureux. Emma se reprit et demanda, sur un ton plus joyeux.
- Au fait, je ne peux pas décemment continuer à vous appeler R… Pourriez-vous me dire votre prénom ? Ce serait tout de même plus pratique.
- Je m'appelle Regina.
- Enchantée, Regina. Fort beau prénom que voilà. Et peu courant.
- Une lubie de ma mère.
- Au fait, ce n'était pas un pari, mais… J'ai gagné.
- Qu'avez-vous gagné ?
- Finalement, vous avez déjeuné avec moi.
- Ce n'est pas ce que j'appelle un déjeuner en tête-à-tête. Je me suis assurée que vous mangiez correctement pour reprendre des forces.
Le sourire malicieux et quelque peu narquois de la belle brune n'échappa point à la blonde.
- Ouch ! Vous venez de terrasser mon amour propre…
- Toutes mes excuses, milady.
- Alors, maintenant que l'on se connaît un peu mieux, il est aussi éventuellement envisageable de manger ensemble un midi ? Vous voyez bien que je ne vais pas vous dévorer !
Regina se troubla, mais aucun argument ne vint contrer ce fascinant raisonnement.
- Très bien, je n'y vois pas d'inconvénient. Même si cela est tout de même étrange.
- Notre différence de statut social vous gêne ?
L'éclair de colère noire qui traversa les prunelles chocolat fit frémir son interlocutrice. Elle cessa de respirer, de peur d'avoir mis le doigt sur un sujet plus que sensible. Elle attendit une réaction plus vive, mais rien n'arriva. À la place, une réponse plate tomba.
- Non. Cela m'importe peu.
Autrement dit, le sujet était clos. Regina lui tourna le dos, et vérifia sa montre.
- Je lance une lessive, que je pourrais étendre avant de partir. Voulez-vous que je fasse autre chose, en attendant ? La vaisselle est propre et rangée. Tout est en ordre. Je peux refaire votre lit, le temps que vous fassiez vos ablutions, éventuellement ?
- Oui, ce ne serait pas de refus. Je devrais pouvoir me lever, maintenant, sans risquer de me taper la honte devant vous.
- Voyez-vous cela.
Emma posa pied à terre et parvint dans la salle de bain attenante. Elle chancela sur la fin du parcours, mais se rattrapa au mur, en essayant de conserver sa dignité. Regina ricana.
- Bien tenté, mais ça ne m'a pas échappé.
- Et si je tombe dans la douche, vous venez me relever ?
- Bien évidemment.
- Vraiment ?
La brune s'arrêta et la fixa. Était-ce réellement une provocation ? Voulait-elle que la brune débarque alors qu'elle était nue ? Elle secoua la tête, et répondit de façon sibylline.
- Je ne voudrais pas tuer la poule aux œufs d'or. Surtout s'il s'agit d'une belle femme. Pourquoi priver le monde d'une telle personne ?
Emma eut le bec cloué. Tout en fermant sa porte, elle murmura près de la femme de ménage.
- Gagné, Regina. Bien joué.
Emma se doucha rapidement, et enfila un ensemble confortable, afin de traîner chez elle. Elle sortit de la pièce embrumée, et fut surprise de trouver la brune assise sur le lit, qui l'attendait.
- Vous aviez peur que je ne glisse et tombe ?
- Je voulais surtout éviter d'être attaquée… Cette pièce vous rend nerveuse.
- Seulement si je ne sais pas qui y pénètre.
- Voilà pourquoi je préfère attendre sagement ici.
Une fois de plus, un silence gênant prit place entre elles. Aucune ne savait comment se comporter ou quelle attitude adoptée. Aussi restèrent-elles les bras ballants. Emma rompit le moment.
- Une tasse de thé ?
- Volontiers.
Les deux femmes se dirigèrent vers la cuisine et Regina commença à prendre les tasses, sous l'œil médusé de la propriétaire des lieux.
- En fait, vous connaissez bien mieux les lieux que moi. C'est navrant.
- Je me suis permis de fouiller dans les placards, tout à l'heure et j'ai mémorisé la place des ustensiles. Néanmoins, il est vrai que je ne suis pas chez moi, veuillez m'excuser.
- Continuez, au contraire. J'avoue que j'ai encore besoin de m'asseoir.
- À votre convenance.
- Vous êtes toujours si… Polie ?
- Sous-entendez-vous que mon niveau de langage est incongru pour une simple employée de maison ?
- Pas du tout. Mais c'est rare de parler avec une personne possédant votre phrasé.
- Merci.
- Vous êtes un mystère, Regina.
- Il est vrai que je ne me dévoile pas facilement. Ceylan ou russe ?
- Pardon ?
- Votre passeport ?
- Euh…
- Votre thé. Je plaisantais.
- Ceylan. Vous ne cessez de m'étonner.
- C'est un compliment ?
- Exact.
La brune posa les deux tasses et la théière fumante sur la table basse. Elle servit le thé, et s'assit près de la blonde, qui affectionna cette distance réduite entre elles. Elles le burent tranquillement, échangeant des banalités. Le bip de la machine à laver retentit alors.
- Je vais étendre le linge.
- Je ne bouge pas.
- Je n'en doute pas.
Un sourire narquois naquit sur les lèvres pulpeuses. Emma déglutit et laissa son regard s'égarer sur le fessier de la femme de ménage.
- Elle est incroyable.
Dix minutes plus tard, elle revint, et trouva la table basse débarrassée. Elle consulta sa montre, et rassembla ses affaires.
- Si cela vous convient, je vais vous laisser.
- Il est encore tôt. Vous êtes attendue ?
Regina baissa la tête, son visage s'adoucissant.
- Je vais aller chercher mon fils à l'école. Il sera content que je passe, pour une fois.
- Oh, vous êtes maman ?
- Oui. Il s'appelle Henri.
- Vous avez beaucoup de chance.
- Je le sais. Il est ma lumière dans l'obscurité.
Un léger voile passa sur le visage d'ange, se perdant un instant dans les souvenirs. Puis elle revint à la réalité.
- Je ne voudrais pas vous mettre en retard. C'est un veinard. Mais, pourrais-je avoir votre accord, avant de partir, pour déjeuner avec moi après-demain ? C'est votre jour de passage, et j'aimerais beaucoup vous revoir.
- Bien sûr, je vous ai déjà donné mon accord. À bientôt, Emma. Prenez soin de vous.
- Merci, Regina, vous de même. Il me tarde de vous revoir.
Elles se sourirent, jusqu'à ce que la porte se referme, laissant le silence envahir le loft. Emma se laissa tomber dans le canapé. Elle murmura alors le prénom de la belle brune.
- Regina… Quelle magnifique surprise. Et dire que je lui ai donné un coup, j'ai honte… Mais je vais me rattraper.
Elle attrapa le carnet, et commença à écrire.
« Chère Regina, je vous remercie sincèrement de vous être si bien occupée de moi. Je n'avais pas été ainsi choyée depuis bien longtemps. Trop sûrement. Votre prévenance m'a fait revivre aujourd'hui. Et je ne puis que m'extasier devant votre douceur. Je vais m'arrêter là, on dirait une vraie guimauve. Et ce n'est guère seyant. Je nous ferai livrer de quoi nous sustenter. Il y a un traiteur italien au bout de la rue, vous m'en direz des nouvelles. J'espère que vous aimez ce genre de plats. Il n'y a que l'embarras du choix. Vous êtes libre de prendre ce qui vous fait envie, bien entendu. Merci encore pour tout. Vous êtes ma sauveuse. Affectueusement, Emma ».
Elle reposa son stylo, ne voulant pas avoir l'air d'une cruche, portée sur la mièvrerie. Elle sourit, et se resservit un bol de soupe, que la brune avait laissé à sa disposition. Elle était heureuse d'avoir pu partager cette journée avec la brune, qui s'était avérée rassurante, protectrice et entière. Jamais une personne ne lui avait fait un tel effet. Il ne s'agissait pas d'amour, mais d'un réconfort et d'une compréhension de son être. Elle laissa quelques larmes perler, son enchantement la berçant, jusqu'à ce qu'elle s'endorme béatement.
