Réponse à Guest : Bonjour, je te remercie pour ton commentaire. J'essaie de varier les plaisirs, en vous emmenant dans les méandres de leur relation. Apparemment, personne n'aime Robin. Il va bientôt partir en psychanalyse, le pauvre, à force d'être ainsi rudoyé par tout le monde… La relation avec Ruby fait également couler beaucoup d'encre, en plus de la mienne. C'est agréable de voir que ces personnages sont assez poussés pour que le lectorat ait des opinions sur chacun. La relation entre Emma et Regina va devenir plus dense très bientôt. Et je suis tout à fait consciente que cet adjectif ne veut rien dire de particulier, en l'occurrence. Il faut bien ménager le suspense ! Merci encore et à bientôt.
Chapitre 12 : s'épanouir
Emma avait eu la bonne idée d'inviter Regina et son fils au zoo le week-end suivant, en prétextant ne jamais y avoir mis les pieds. Ce qui était parfaitement véridique pour ce parc animalier en particulier. Regina avait blêmi devant le prix de l'entrée, et Emma avait alors tendu trois billets prépayés au guichetier. Un petit sourire timide sur les lèvres, elle avait seulement haussé les épaules, faisant comprendre à la belle brune que le sujet était clos, et qu'elle ne devait pas être embarrassée pour si peu. Le trio avait progressé lentement, au rythme des cris de joie d'Henri, qui s'extasiait devant chaque animal présenté. Au bout de deux heures de marche, le garçonnet voulut observer le nourrissage des singes, et ils s'assirent dans les gradins qui permettaient d'assister à ce spectacle éducatif. Henri n'en perdait pas une miette et trépignait sur son assise. Emma et Regina, quant à elles, suivaient l'interaction de loin. Elles s'observaient, et parfois, lorsque leurs regards se croisaient, elles se souriaient, avant de détourner la tête, comme prises sur le fait. Emma mourait d'envie de poser sa main sur celle de Regina, mais la proximité de l'enfant l'en empêchait. La brune avait été très clair sur le sujet. Henri serait préservé, quoi qu'il arrive. Aussi rongeait-elle son frein, attendant le moment propice, afin d'oser un geste un peu plus tendre.
La pause méridienne se profila et Emma les entraîna vers une buvette, qui vendait également des hot-dogs. Henri était aux anges, et Regina ne put le réprimander, pour sa gourmandise non dissimulée. Elle paya leur déjeuner, même si elle dut insister, et désigna une table de pique-nique, sous les arbres. Ils s'installèrent et l'enfant mangea goulûment son repas. Les deux femmes mangèrent tranquillement, s'amusant des pitreries du bambin, qui ne tarissait pas d'éloges sur les animaux qu'ils avaient déjà rencontrés. Il demanda la permission pour aller jouer sur la balançoire, à quelques mètres de là, et Regina opina du chef, lui rappelant de ne pas s'éloigner. Emma sourit.
- Détendez-vous, il ne va pas s'enfuir.
- Je le sais bien, mais c'est plus fort que moi.
- Nous n'avons même pas pris de dessert…
- J'ai vu qu'il fixait le marchand de glaces, un peu plus loin. Je crois que nous avons un vainqueur…
- Figurez-vous que cela me convient tout à fait.
- Vous adorez les sucreries.
- Entre autre. Je me méfie seulement des pommes, elles peuvent s'avérer empoisonnées…
- Emma… Ne racontez pas ce genre de choses, lorsqu'il est près de vous, ou il va le croire…
- Promis. Et vous, Regina, qu'appréciez-vous ?
- Je ne suis pas difficile. Mais je préfère les choses peu sucrées.
- Vous faites attention à votre ligne ?
- Un peu. Mais je mange rarement un dessert, de toute façon.
La brune se tendit instinctivement, puisqu'elle venait de se trahir, sans même y penser. Seul Henri en mangeait, en réalité, car un repas complet coûtait cher, pour deux personnes. Et elle ne pouvait pas se permettre de payer cela tous les jours, loin de là. Elle haussa les épaules, et porta son regard sur la nature qui les entourait. Emma comprit malgré tout le sous-entendu, et baissa le regard. Qu'il était triste de voir une personne se serrer la ceinture, au profit de son enfant, faute d'argent pour manger à sa faim. C'était bien naturel, mais cet état de fait lui ravaudait le cœur. Elle détourna également le regard, ne voulant pas la prendre en pitié. Regina était une femme forte et fière, et ce genre de chose ne passerait pas. Emma reprit la conversation, sur un ton plus badin.
- Je crois savoir qu'il y a un spectacle de perroquet, cet après-midi. Ça tenterait Henri ?
- Bien sûr. Et je vais en entendre parler toute la semaine. Au bas mot.
Emma hocha la tête, vérifiant l'heure à laquelle le trio devait se rendre à la volière. Puis elle suivit les yeux de son acolyte du jour, et découvrit Henri en train de faire le zouave sur la balançoire. Regina était prête à bondir, pour éviter qu'il ne se blesse, mais Emma la devança et vint près du bambin.
- Henri, ta mère va faire une syncope si tu tombes. Et ça nous embêterait tous les deux. Tu ne crois pas ?
Le petit hocha la tête et se rassit convenablement sur le jeu.
- Oui, surtout qu'on a plein d'animaux à voir ! Ce serait dommage…
- Bien dit ! Sois sage, et tu auras le droit à une glace.
- Une glace ?! Vrai ?
- Promis, mais laisse-moi un peu discuter avec ta maman, d'accord ?
- Si j'ai une glace, bien sûr !
Devant la voracité du bambin, Emma s'esclaffa, et revint près de la brune.
- Je ne sais pas ce que vous lui avez raconté, mais il semble aux anges.
- C'est un secret entre nous.
- Et je n'ai pas le droit d'être tenu au courant ?
- Nope !
- Vous êtes de vrais gamins !
- Parlez pour lui ! Pour ma part, j'espère que vous ne me voyez pas ainsi.
Le doux regard qui se posa sur Regina la fit se détendre instantanément.
- Peu de chances que ce soit le cas, en effet.
Le rire cristallin de la blonde surprit Regina, qui cacha mal son propre enchantement. Cette journée lui faisait un bien fou, et la présence de la femme à ses côtés rendait tout plus lumineux.
- Merci pour cette journée, Emma.
- De rien, je m'amuse comme une folle. Je suis heureuse de passer du temps avec vous deux. Ça me fait du bien.
- Je crois que nous pouvons dire aisément la même chose, grâce à vous.
Emma jeta un coup d'œil à Henri, qui se balançait toujours tranquillement, face au soleil. Elle reporta son attention sur la brune et se décida à sauter le pas. Sa main frôla son bras, avant de se poser délicatement sur ses doigts. La brune ne fit pas semblant de se reculer, et apprécia le geste à sa juste valeur. Cette dernière pivota sa main et entrelaça leurs doigts, faisant naître de doux papillons dans le ventre de la blonde. Elles restèrent ainsi un long moment, le temps comme suspendu, avant d'être interrompues par Henri, qui voulait manger son dessert. Il vit les mains liées des deux femmes, mais ne fit pas de commentaire. Sa mère devint nerveuse, et lâcha Emma, qui sortit définitivement de sa rêverie. Cette dernière resta malgré tout sur un petit nuage, et proposa de faire un arrêt au marchand de glaces, avant de continuer la visite. L'après-midi passa agréablement, mais le charme était rompu. Aussi, alors que le soleil commençait sa course descendante, Le trio se sépara, sans un autre geste de la part de l'une ou l'autre femme.
Une certaine routine se créa, pendant quelques semaines. Regina faisait le ménage chez Emma et de temps en temps, elles parvenaient à déjeuner ensemble, mais peu de sorties le week-end émaillaient leur relation, de quelque nature qu'elle soit. Emma en conçut du dépit, car Regina ne faisait rien pour améliorer leur rapprochement. Aussi, un soir où elle se sentait seule, elle vit Ruby quitter l'étage du bureau. Elle prit son sac et son manteau et la rattrapa au niveau de l'ascenseur. Elle se dandinait légèrement, mal à l'aise, mais la solitude l'étreignait trop ce soir-là pour ne pas essayer de se rabibocher avec la brune.
- Bonsoir Ruby, comment vas-tu ?
- Bien, merci. À ce qu'il paraît, je dois te présenter mes excuses. C'est un ordre d'Auguste. Donc voilà, je suis désolée.
- Euh… Merci ? Ça ne me paraît pas très franc, mais je m'en contenterai.
- Trop d'honneur, votre Grâce.
- Ruby… Moi aussi, je m'excuse. J'ai vraiment été en dessous de tout, avec toi.
La jeune femme observa sa patronne, qui semblait sincère. Après un léger temps d'hésitation, elle lui fit une proposition.
- Très bien, alors que dirais-tu de passer voir Auguste ce soir ? Il se languit de toi, tu sais. Même si tu lui fais des infidélités.
- D'accord. Ça va me changer les idées.
- Aussi facilement ? Des problèmes avec R ?
- Pas vraiment.
Emma souffla un rire sans joie.
- Plutôt une absence…
Ruby ne rajouta rien, voyant l'état de mélancolie avancé d'Emma. Elles marchèrent jusqu'au pub, échangeant des banalités, mais sans rien amorcer de personnel. En poussant la porte, Emma retrouva cette ambiance bon enfant et légèrement feutrée. Elle fit un signe à Auguste, qui leur indiqua leur table dédiée. Elles se débarrassèrent de leurs manteaux et Ruby la toisa légèrement. Elle souffla et se contenta d'une simple remarque.
- Tu as l'air fatiguée, Emma. Des problèmes ?
- Non. Pas plus que d'habitude.
- Tu sais, si tu comptes tirer une tête de six pieds de long, je préfère rester seule…
- Pardon, tu as raison, je dois me reprendre.
- Raconte-moi ce qui ne va pas. Je suis une oreille attentive, parfois.
- Je n'en doute pas. Disons simplement que je mettais beaucoup d'espoir dans une relation, et que je n'avance à tien. Ça me fatigue.
- Ton fameux R ?
- Oui. Soit je me débrouille pour faire avancer les choses, soit j'abandonne. Mais avec cette dernière option, je sais que je m'en mordrai les doigts.
- Donc, il faut trouver une astuce pour le voir davantage ? Pourquoi ne vient-il pas pour une soirée en amoureux ?
- R a un enfant à charge.
- Ah, ça réduit le champ des possibles, en effet ! Et qu'avez-vous déjà fait ?
- Visite d'un zoo, promenade au parc, déjeuners.
- C'est tout ? C'est un eunuque ?
- Très drôle… Non, simplement quelqu'un qui a souffert et qui se protège.
- Emma, ce n'est plus de la protection, là, c'est carrément du sabotage !
- Je n'en sais rien. Tu as une idée de sortie ? Ou quoi que ce soit d'autre ? Et rien qui implique une fête débridée, hein…
- Tu me lances un défi, Blondie ? Je le relève ! Alors, que pourrais-tu faire avec ton apollon pantouflard ? Vous avez tenté le restaurant ?
- Pas trop son truc.
- Un musée ? C'est rasoir, mais ça devrait te plaire. Il faut aussi que tu penses un peu à toi.
- J'ai peur de me prendre un refus, sur ce coup.
- La patinoire ?
- j'ignore si R pratique ce sport.
- Tu ne m'aides pas… Oh, je sais ! Une soirée ciné avec des Disney pour son gosse ! Ça, c'est inratable ! Et une fois que le gamin est au pays des rêves, dîner aux chandelles, ambiance tamisée, et romantique, et tout le tintouin !
Emma sourit en imaginant la stupéfaction de Regina devant une telle surprise. Elle rêvassa pendant une bonne minute, sous le regard taquin de Ruby.
- Tu sais quoi, Emma ? Ça fait du bien de te retrouver.
- Pareillement. J'apprécie ce genre de soirée avec toi. Sans excès, mais particulièrement agréable.
- Je lève mon verre à notre soirée de retrouvailles, alors ! Auguste avait raison, j'aurais pas dû faire un truc pareil, c'était bête. Mais je crois que j'étais un peu jalouse.
- Un peu ?
- Oui, bon, bah ça va. Inutile d'en rajouter une couche !
Elles rirent de leur situation, et Emma se concentra sur sa prochaine mission. Elle voulait tellement avoir une réelle chance avec Regina. Elle finit son seul verre de vin blanc de la soirée, et profita du concert improvisé par un duo local. Elle repartait sur de nouvelles bases, et elle comptait bien mettre son plan à exécution.
Emma laissa un message sur le téléphone de Regina, afin de l'inviter le samedi soir suivant, avec Henri, pour une soirée film et pizza. Elle croisa les doigts et envoya l'invitation, en priant pour que la mère de famille ne prétexte pas n'importe quoi pour s'y soustraire. Aussi lorsque la réponse lui parvint, et positive qui plus est, elle sauta presque de joie au plafond. Elle téléchargea une vingtaine de films, incapable d'effectuer un choix cohérent, puis commanda plusieurs pizzas, à différentes saveurs. Elle disposa le tout sur la table basse, avec de l'eau gazeuse, et du jus de fruit pour Henri. Elle réservait un gâteau au frais, pour clôturer cette soirée, qu'elle espérait magnifique. La sonnette retentit à l'heure convenue, et Emma ouvrit à sa femme de ménage. Cette dernière était élégamment vêtue d'une robe, et Henri portait une chemise, avec un grand sourire ornant son visage.
- Bonsoir Emma ! Tiens, c'est pour toi !
Le petit tendit un dessin, représentant une forêt et au milieu une clairière. Les couleurs chatoyantes étaient disposées de telle façon, que l'on aurait dit que les arbres bougeaient.
- Regarde, les arbres sont verts, comme tes yeux !
- En effet, merci beaucoup, mon grand, je vais le placer sur le réfrigérateur. Qu'en penses-tu ?
- Excellente idée ! Merci Emma !
Le bambin la suivit dans la cuisine et s'extasia sur l'agencement du loft. Regina se tenait légèrement en retrait, et laissait son fils découvrir son lieu de travail. Emma lui fit faire une visite rapide, et ils s'installèrent sur le canapé. Regina semblait ravie d'être présente ce soir, même si elle restait assez effacée. Emma fit défiler la liste de films susceptibles de les intéresser, et Henri arrêta son choix sur Nemo. La brune leva les yeux au ciel, elle devait l'avoir visionné une bonne dizaine de fois déjà.
- Bien, Henri, Regina, servez-vous en pizza. Il y a des assiettes ici, avec des serviettes, et il y a tous les goûts possibles : végétarienne, reine, ou un peu épicée, avec plein de viande !
- C'est trop bien, Emma ! Merci beaucoup !
La blonde lança le film et ils engloutirent les trois pizzas s'en ciller, après les avoir partagées.
Le premier film était passé rapidement, aussi la blonde avait prévu le coup, et embraya directement avec le roi lion, dont le bambin raffolait. Il chantonnait les refrains, et elles le suivirent en chœur. Lorsque le film se termina, Emma vit Henri dodeliner de la tête et presque s'effondrer sur le canapé. Regina sourit tendrement.
- Trop d'émotions pour la journée, il est cuit.
- Ça m'en a tout l'air.
- Il va devoir se réveiller, pourtant. Nous allons rentrer.
Emma dévoila alors son plan pour la soirée, afin qu'elle ne tourne pas court.
- Regina, si vous me le permettez, je peux installer Henri dans ma chambre, et nous pouvons profiter un peu d'être toutes les deux pour papoter. Je vous ferai appeler un taxi pour rentrer, ne vous inquiétez pas.
La brune hésita quelques secondes, mais la tentation était trop délicieuse, pour ne pas y succomber.
- Très bien, mais pas longtemps. Je vais l'emmener dormir.
- Inutile, je m'en charge.
Emma prit l'enfant délicatement dans ses bras, avant de disparaître dans sa chambre. Elle le mit au lit et le borda, en s'assurant qu'une lumière restait allumée, afin qu'il ne soit pas effrayé, s'il se réveillait seul. Elle revint auprès de la mère, et lui prépara un thé. Elle s'assit avec deux tasses fumantes, et lui en tendit une.
- C'est un amour, votre petit garçon.
- Vous ne l'avez jamais vu en train de pinailler sur ses légumes, ou devoir faire quelques corvées ménagères avec moi. Vous réviseriez peut-être votre jugement.
- En effet, je n'ai pas assisté à ce genre de spectacle.
- Et ça n'en est pas un. Bref, sinon, c'est un bon garçon, il fait ce qu'il peut pour m'aider, bien souvent.
- C'est l'essentiel. Voulez-vous du sucre dans le thé ?
- Non merci.
Un silence étrange retomba entre elles. Elles semblaient incapables d'amorcer une conversation correcte ce soir. Était-ce l'ambiance tamisée ? Ou l'anticipation de ce qui pourrait se passer, ici, bien à l'abri du monde extérieur ? Elles burent leurs boissons chaudes et Regina posa sa tasse, se tournant vers son hôte.
- Emma, je sais que la situation est insolite ce soir. Mais j'ai besoin de vous connaître davantage, pour avancer.
- Que désirez-vous savoir ?
- Par exemple, la photo de votre fond d'écran ?
- Je vous en parlerai un jour, c'est promis. Mais pas ce soir. J'ai besoin que notre relation soit plus… Profonde pour vous dévoiler cette partie de ma vie.
- Pourquoi ai-je l'impression que l'on tourne en rond ?
- Je peux vous conter autre chose. J'ai beaucoup voyagé, pour mon boulot. J'ai passé plusieurs années en Afrique du Sud, et à Londres.
- Et que faisiez-vous là-bas ?
- Principalement de la gestion d'entreprise. Ce n'est pas le boulot le plus passionnant du monde, mais j'ai pu profiter de la vie, à côté de cela. J'ai pratiqué la photographie, en loisir, bien entendu, et j'ai fait de belles rencontres.
- Vous me faites saliver. J'admets avoir fait peu de voyages, au final, j'étais bien occupée.
- Vous ne me direz pas ce que vous avez fait avant de devenir femme de ménage ?
Regina la regarda, suspicieuse. Elle laissa la blonde continuer cette conversation, qu'elle commençait à trouver déplaisante.
- Ne vous méprenez pas, je ne dis pas cela pour vous mettre en difficulté. Mais je ne suis pas complètement stupide, je vois bien que vous avez eu une autre vie professionnelle, avant celle-ci.
- C'est du passé, et je ne tiens pas à y repenser.
- Pardon. Décidément, je ne parviens pas à vous détendre ce soir…
- Disons qu'il y a des sujets compliqués pour chacune de nous.
- Vous pensez que notre relation a des chances d'évoluer ? J'adore vous savoir à côté de moi, mais cette distance entre nous, aussi bien physique qu'émotionnelle, me dérange. Je sais ce que je veux, Regina. Je ne joue pas avec vous. Ça fait trois semaines qu'il ne se passe rien entre nous. Me serais-je fait des idées ? Aurais-je mal compris ? Souhaitez-vous une relation purement amicale, seulement ?
- Je ne sais pas, Emma. En ce moment, je ne vois pas comment quelque chose pourrait se dérouler sans accroc dans ma vie. Et ça me terrifie.
- Essayez d'imaginer, alors.
Regina la dévisagea, sans la voir. Elle voulait croire qu'un autre avenir existait. Elle lui sourit, et Emma s'approcha d'elle. Elle posa la main sur sa cuisse, chastement, et baissa sa voix.
- Regina, je tiens à vous, à Henri. J'ai attendu un signe de votre part, mais je pense que si je ne fais rien ce soir, je vais vous perdre. Et ça m'est intolérable. Regina ?
La brune tourna la tête dans sa direction et hocha simplement la sienne. Elle comprenait la demande d'Emma et lui donnait l'autorisation d'aller plus loin. La blonde saisit alors délicatement le menton de la brune, et avança ses lèvres vers elle. Elle s'arrêta à un centimètre de son but, laissant une toute dernière chance à son invitée de battre en retraite. Voyant qu'elle restait là, sans partir en courant, un petit sourire naquit sur les lèvres de la chef d'entreprise, et elle scella enfin leurs lèvres. La mère de famille hoqueta un sanglot, faisant perdre pied à la blonde, qui se redressa.
- Pardon ! J'ai pas compris ? J'ai fait quelque chose de mal ?! Parlez-moi, pour l'amour du ciel !
- Continuez… Je n'avais plus ressenti ça depuis si longtemps, que j'ai été submergée. Mais je ne veux pas que ça s'arrête, pas maintenant.
- Merci !
Regina fut surprise par l'élan d'Emma, et se retrouva allonger sous la blonde, qui l'embrassa sans retenue, avec toute la tendresse dont elle était capable. Regina se laissa aller dans l'étreinte réconfortante et douce que lui offrait la femme d'affaires. Ce moment dura un temps incroyablement long, chacune ayant le sentiment d'avoir des années à rattraper. Regina ne se plaignit pas une fois de ressentir le poids de la blonde sur elle. Elle adorait cette sensation de chaleur et de sécurité. Ce fut Emma qui se releva sur un coude, pour l'admirer.
- Je ne vous écrase pas trop ? Ça va ?
- Merveilleusement bien… Vous ne me faites pas mal, bien au contraire.
- J'avoue avoir préparé cette soirée dans cet objectif. Ça fait de moi quelqu'un de calculateur ?
- Vous êtes douée en mathématiques, dans ce cas.
Emma explosa de rire, devant l'incongruité de la réponse. Regina reprit possession de ses lèvres, plus brutalement, et elle gémit devant la fougue de la brune. Une minute plus tard, la brune cessa tout mouvement et tendit l'oreille.
- Mais… Qu'est-ce que vous faites ?
- Je vérifie que votre éclat de rire n'a pas réveillé Henri.
- Attendez, vous m'avez fait taire par ce baiser ?
Devant l'air ahuri de la blonde, Regina s'empourpra légèrement.
- Hé bien, oui…
- Mais c'est horrible ! Je pensais que vous en pinciez pour moi et que vous ne pouviez plus vous retenir !
- Je suis plutôt dans le contrôle de mes actes, miss Swan.
- Et pas moi ?
- Je n'ai rien dit de tel.
- C'était clairement sous-entendu…
- Ôtez-moi d'un doute, vous n'allez pas bouder ?
- Qui sait ?
Regina l'observa attentivement, et vit le léger rictus qu'Emma voulait cacher.
- Vous vous jouez de moi, miss Swan… J'ai cru vous avoir blessée.
- Disons qu'il va peut-être falloir vous faire pardonner, sur ce coup-là.
- Vous m'aguichez, en croyant que je vais tomber dans un piège aussi peu subtil. Emma, ne croyez-vous pas que…
La blonde posa son index sur les lèvres charnues. Elle se contenta de secouer légèrement la tête, en souriant à la femme entêtée qui lui faisait face.
- Regina, je vous taquine. Mais par pitié, taisez-vous, et laissez-vous porter par l'instant. Juste en profiter, tout simplement, et vivre un moment de bonheur, comme tout le monde n'en éprouve pas de tel. S'il vous plaît.
- Apprenez-moi à lâcher prise, alors. Je veux connaître ce genre de vertige, moi aussi. Je pourrais peut-être enfin penser que je suis toujours vivante.
- Vous êtes bien en vie, Regina. Regardez, je sens votre cœur qui bat, et vite. Si fort…
Emma avait posé la main sur le haut de sa poitrine, joignant le geste à la parole. Regina referma sa propre main dessus et laissa une larme rouler sur sa joue. La blonde la balaya du pouce, et se contenta de la regarder droit dans les yeux, sans jamais ciller, et d'être présente. C'était tout ce qu'elles demandaient, l'une comme l'autre. Au bout d'un certain laps de temps, Regina s'ébroua, et se redressa, en respirant un grand coup.
- Merci Emma pour cette délicieuse soirée, mais je pense qu'il est préférable que je m'en aille. Je vais aller chercher Henri.
- Attendez, si vous avez peur que je vous saute dessus, ça n'arrivera pas.
- Je voudrais simplement mémoriser ce magnifique souvenir encore longtemps, et ne pas tout gâcher avec un… Après.
- Regina, jamais je n'irai plus loin ce soir. J'ai adoré ces baisers, vous m'avez fait vivre des montagnes russes. Mais il est vraiment tard.
Emma regarda l'horloge.
- Ou plutôt, il est très tôt. Allez dormir avec Henri, je reste sur le canapé.
- Nous n'allons pas vous mettre hors de votre lit, Emma.
- S'il vous plaît, je serai rassurée, même les taxis sont dangereux maintenant. Je vous en conjure, c'est pour votre sécurité, et mon sommeil.
- Il ne sera pas réparateur sur ce sofa.
- Vous oubliez un peu vite le nombre de fois où vous l'avez retapé !
- Pas faux, mais je me sentirais comme une intruse.
- Vous êtes mon invitée, et Henri sera ravi de vivre cette nouvelle aventure avec un bon petit-déjeuner demain matin.
- Vous m'appâtez avec le ventre de mon fils ?
- Hé bien, ça fonctionne ?
- Oui.
- Alors, oui, et sans vergogne encore !
Regina lui sourit doucement.
- Vous êtes une perle rare, miss Swan. Merci, je vais le rejoindre.
- Vous savez où sont mes vêtements de nuit. Un pyjama est plus agréable qu'une robe moulante. Douce nuit, Regina.
- Et vous ?
- Le mien est dans la salle de bain. Je m'y faufile et je ressors dans cinq minutes, le temps pour vous de vous changer. D'accord ?
- Il semble que vous ayez tout prévu.
- Vous l'avez dit vous-même, je suis plutôt douée en mathématiques !
Regina souffla un rire et pénétra dans la chambre avec la blonde, qui la laissa tranquille. Elle ferma la porte de la salle de bain derrière elle et sentit tout son corps devenir mou, après de telles sensations. Elle se changea rapidement et se brossa les dents, puis se démaquilla, avant de laisser ses produits en évidence pour la belle brune. Elle n'en revenait pas d'avoir fait une telle proposition et encore moins que la mère de famille ait accepté. Mais elle n'allait sûrement pas bouder sa chance. Elle ressortit, et vit son invitée dans son pyjama rayé, un peu embarrassée.
- Merci pour tout, c'est trop. Vous n'avez pas à prendre soin de nous comme ça.
Elle s'approcha alors de la brune et déposa sa main sur sa mâchoire.
- Si, et c'est un plaisir. C'est vous qui ne comprenez pas l'importance que vous revêtez pour moi. La place est libre, et je vous ai laissé une brosse à dents propre et mon nécessaire à démaquillage sur le bord de l'évier. Faites comme chez vous, vous connaissez la maison.
Emma sortit de la pièce, avec un coup d'œil appuyé, qui amusa sa comparse. Cette dernière fit ses ablutions et se coucha à côté de son enfant, qui roupillait toujours comme un bienheureux. Elle ne put s'endormir de suite, tant elle repassa en boucle la soirée et l'attitude de la blonde, si protectrice et rassurante. Elle se mit à rêver à un avenir à trois, et elle s'endormit alors comme une masse, et enfin heureuse.
Le lendemain matin, Henri se réveilla au bruit d'une porte qui se fermait plus loin. Il ouvrit un œil et vit sa mère, allongée à ses côtés. Elle avait l'air paisible, il ne put s'empêcher de la fixer, tant ce spectacle était rare. Puis, il vit la chambre et comprit qu'ils étaient toujours chez Emma. Il se leva sans bruit et partit rejoindre la blonde, qui avait commandé un petit-déjeuner gargantuesque. Il s'approcha, l'air goguenard, et tira la manche du sweat d'Emma.
- Bonjour. C'est pour nous tout ça ?
- Coucou Henri, bien dormi ? Oui, c'est pour tout le monde. Ça te convient ?
- C'est Paname !
- Tu sais que ce genre d'expression est périmée, n'est-ce pas ?
- Oui, mais je trouve ça cool !
- Alors je m'incline. Installe-toi, je te prépare un café ?
- Beurk, non !
- Je plaisantais, gamin. Un chocolat ?
- Oui, merci. Vous avez regardé un film après que je me fus endormi, hier soir ?
- Euh… Non, on a bu un thé et discuté.
- Passionnant…
- Hey ! Mais oui. Tu nous fais passer pour des vieilles biques, c'est pas sympa Henri.
- Mais drôle !
- Non.
- Si.
- Tu ne serais pas du genre têtu ?
- Maman dit souvent ça aussi…
- Elle a raison.
- Je peux avoir un croissant ?
- Goinfre !
- Avec de la confiture ?
- Tiens, la voici.
Cette petite joute verbale amusa fortement les deux grands enfants. Emma s'assit à côté de lui, et lui déposa sa tasse sur la table.
- Tu sais, Henri, ta maman est quelqu'un de génial.
- Oui, mais… Tu vas pas lui faire du mal et lui briser le cœur, hein ?
- Promis, mon grand.
- Je t'aime bien, Emma. T'es pas méchante, toi.
- Il y en a qui le sont avec toi ? Avec Regina ?
Henri se contenta de hausser les épaules. Le sujet n'était pas abordable au petit-déjeuner, semble-t-il.
Regina se réveilla en sentant une bonne odeur de pain grillé. Elle s'ébroua, et reconnut le lit de la blonde, qui l'avait hébergé pour la nuit. Elle s'assit sur le lit et écouta les bribes de conversation qui filtraient jusqu'à elle. Elle fut exaspérée par l'impertinence de son fils, qui profitait clairement de son absence pour faire son intéressant. Mais elle entendit aussi la douceur dans la voix d'Emma et sa patience. Elle les rejoignit, en embrassant le front de son fils, qui dégustait sa viennoiserie, de la gourmandise dans les yeux, et le sourire rieur. Elle se tint à côté d'Emma, ne sachant trop comment se comporter en présence de son fils. Cette dernière lui facilita la tâche et pressa sa main sur son bras, derrière le dos du bambin. Regina en fut charmée. La blonde faisait tout son possible pour qu'elle ne soit jamais en porte-à-faux, lui laissant le temps de s'enhardir et d'apprécier la relation naissante entre elles. Regina s'installa près d'Henri, qui ingurgitait un pain au chocolat, se pourléchant les lèvres. La brune rit de voir son enfant si heureux, et en remercia Emma d'un discret coup d'œil.
Une fois le ventre plein, Henri se dirigea vers le canapé, et alluma la télévision, afin de regarder un dessin animé. Regina fut mortifiée de la nonchalance de son enfant.
- Pardon, Emma, il n'a même pas demandé l'autorisation…
- Je lui l'avais déjà donné en réalité, avant que madame la marmotte n'émerge des bras de Morphée.
- La marmotte vous remercie encore pour ce lit moelleux.
- Le canapé vous fait des misères, chez vous ?
- Malheureusement, oui.
- Vous serez toujours la bienvenue ici, avec Henri.
D'un coup d'œil, Regina vérifia que son fils était happé par l'émission, avant de se rapprocher de la blonde et de l'embrasser tendrement. Elle partit avec le bambin une heure plus tard, laissant Emma sur un petit nuage.
Cette dernière, dans l'après-midi, ressortit le dossier Storybrook. Elle avait eu une idée, qui faisait coup double, durant la nuit. Elle voulait se rendre sur place, afin de vérifier les bâtiments, et les lieux, avant de fouiner au cadastre de la ville. Et elle ne voulait pas s'y rendre seule, Aladin semblait soucieux d'un potentiel danger. Mais si elle menait à bien sa petite investigation, rien ne l'empêchait de pimenter un peu l'enquête. Elle se rendit sur un site de location immobilière, et trouva ce qu'elle cherchait. Un grand sourire sur son visage, elle valida sa commande. Son petit jeu de dupes avec le conseil d'administration pouvait commencer.
