Chapitre 13 : une proposition séduisante

Emma se rendit au travail le lundi matin, et fit face au conseil d'administration, afin de demander des crédits supplémentaires pour un projet dans le centre-ville. Elle observa attentivement les membres et les jaugea, sans parvenir à savoir qui faisait partie de la cabale organisée par le vice-président. Elle revint à son bureau et déposa son dossier, qu'elle avait défendu avec brio, malgré un petit temps de flottement, instigué par quelques revanchards du conseil. Elle prit son téléphone, et laissa un message à Regina, préférant battre le fer tant qu'il était encore chaud.

« Bonjour Regina, je repense à cette merveilleuse soirée, et j'aimerais vous revoir. Néanmoins, je dois m'absenter quelques jours, pour des repérages. J'aurais une proposition à vous soumettre. Pourrions-nous déjeuner ensemble demain ? Bonne journée, Emma ».

Elle se cala dans son siège, priant pour ne pas se voir opposer un refus catégorique. Elle savait que sa demande serait osée, mais elle voulait absolument partager ces moments avec la brune. Elle avait un besoin viscéral d'être en contact avec elle, et de se rapprocher d'elle et d'Henri. Un sourire resta accroché à ses lèvres, et elle se remit au boulot, l'esprit léger.

Regina lut le message sibyllin de la blonde sur sa pause déjeuner. Elle se demanda ce que la femme d'affaires avait à lui proposer. Elle eut beau se triturer les méninges, elle ne put anticiper la demande mystérieuse. Elle rangea son téléphone, Ashley débarquant sur le même banc, afin de manger sa gamelle.

- Oh, tu as encore caché ton téléphone, on dirait…

- Mais non.

- Mais si.

- Peut-être. Peu importe.

- Tu as finalement trouvé quelqu'un ? Ce n'est pas un secret d'État, et puis, j'adore les belles histoires. Fais-moi rêver un peu.

- Il n'y a rien de spécial à en dire.

- Tu ne sourirais pas ainsi si tel était réellement le cas.

- Tu sais que tu peux te montrer agaçante, parfois ?

- Ce n'est pas un problème. Allez, crache le morceau !

- Oui, c'est vrai, j'ai rencontré quelqu'un et j'en suis contente.

- Ce n'est pas une voiture d'occasion. Tu dois être autre chose que contente, tout de même.

- Je crois que je suis heureuse.

- Ben voilà, c'était pas compliqué à admettre, si ?

- Pour moi, ce n'est pas une évidence, voilà tout. J'ai fini de manger, je vais retourner chez Net&clean pour prendre du détergent.

- Attends, je t'accompagne !

Elles rentrèrent sur leur lieu de travail, toujours en grande discussion, sans prêter attention au monde qui les entourait.

- Et tu comptes me décrire la personne qui fait battre ton cœur ? Ou tu vas me laisser dans l'expectative ? Tu sais, il y en a qui vive par procuration…

- Ashley, je ne dirai rien de plus, c'est récent, et je ne souhaite pas ébruiter ma vie privée, qui porte fort bien son nom.

- Rabat-joie !

- Commère !

Elles rirent sous cape et prirent ce dont elles avaient besoin, avant de repartir chacune de leur côté. Robin avait entendu la dernière partie de leur conversation, et s'enferma dans son bureau, passant un coup de fil. Une fois qu'il eut raccroché, un sourire mesquin traversa son visage.

- J'espère que le cadeau te plaira, ma chère Regina…

Le lendemain, Regina attendait la blonde à son loft, afin de déjeuner ensemble et d'écouter cette fameuse proposition. Lorsqu'elle entendit la serrure, elle se précipita dans l'entrée, pressée de voir à nouveau la femme qui éveillait ses sens. Elle patienta, laissant la blonde passer la porte, pour lui prendre la main, et recevoir un baiser. Emma l'entraîna à sa suite, tout en portant un sachet de l'autre main, avec leur repas.

- Bonjour Regina. Je ne m'attendais pas à un tel accueil. Mais j'adore !

- Bonjour Emma. Je me languissais un peu de votre présence. J'espère ne pas avoir été trop entreprenante.

- Non, et c'est très agréable d'être ainsi accueillie, à bras ouverts, chez soi.

Le ventre de la blonde grogna, la faisant hausser les sourcils.

- Il semblerait que je meurs de faim. Suivez-moi au salon et dégustons ce risotto. Vous m'en direz des nouvelles.

- Avec plaisir. Mais j'ai ma gamelle…

- Elle peut se conserver jusqu'à demain ?

- Oui.

- Alors ce sera risotto ce midi, il est encore tout chaud.

Regina ne se le fit pas dire deux fois et dégusta sa part, appréciant le geste de sa comparse. Puis, une fois leur repas terminé, Emma se tourna vers la brune.

- Bon, je vais essayer de ne pas vous faire peur, parce que je sais combien le changement n'est pas votre point fort.

- Et vous ne souhaitez pas m'affoler, avec de telles paroles ?

- Pardon, je m'y prends mal. Je me jette à l'eau, ce sera plus simple. Et ça m'évitera de m'enferrer.

Le petit rire rauque qui accompagna cette phrase la fit sourire à son tour.

- J'essaie de vous mettre à l'aise, Regina. Et ça a l'air de fonctionner quand c'est à mes dépens. Je prends note. Donc, pour en revenir à nos moutons, je dois m'absenter quelques jours, et j'aimerais que vous m'accompagniez, avec Henri, bien sûr.

- Il est peut-être un peu tôt dans notre… Relation, pour programmer ce genre de week-end, non ?

- Oui. C'est pour ça que je coupe la poire en deux. Je vous embauche.

- Vous me proposez du travail ? Je ne vous suis pas.

- Venez avec moi, je vous paie pour votre travail en tant que femme de ménage, dans la maison que j'ai louée. Je sais que vous faites des miracles, et j'adore ça. Vous désirez faire plaisir à Henri, et cela mettra du beurre dans les épinards, mais une fois le travail effectué, vous pourrez profiter de ce laps de temps, avec votre fils. Et moi, un peu aussi ? Peut-être ?

Regina la fixa un instant, réfléchissant à toute vitesse. Un boulot payé, elle ne pouvait pas cracher dessus. Elle savait qu'Emma cherchait à l'aider, mais aussi à partager un peu de temps ensemble. Puis, lui vint subitement une révélation.

- Emma, ce n'est pas en ville, c'est ça ?

- Non en effet, c'est une petite ville, à quelques heures de voiture d'ici. Il s'agit de la bourgade de Storybrook.

Regina écarquilla les yeux, mais se contint de s'exclamer, tant sa surprise était grande. C'était soit un réel coup du sort, soit il y avait anguille sous roche. Elle se racla la gorge, curieuse.

- Storybrook ? Et vous voulez qu'on y aille tous les trois ? Si je comprends bien, vous nous kidnappez pour un week-end. Je n'ai pas de voiture, qui plus est. Il me sera difficile de m'échapper.

- J'espère ne pas vous faire peur, avec cette proposition. Le but n'est pas de vous embêter, et je comprendrais si vous décidiez de décliner mon offre. Mais puisque je dois m'y rendre pour le travail, autant joindre l'utile à l'agréable. La maison est grande, le ménage sera grossièrement fait par la propriétaire du gîte, vous pourrez prendre deux chambre, une pour vous, une pour Henri. Vous serez libres de faire ce que bon vous semble. Pour ma part, j'aurais quelques petites recherches à faire, je disparaîtrai donc une partie du temps. Je louerai une voiture pour m'y rendre, donc, vous n'avez pas de souci à vous faire. Au pire, vous pourrez repartir avec, si cela est trop insupportable pour vous.

- Et comment pourriez-vous rentrer alors ?

- Un taxi, ou une location de voiture, peu importe, ce n'est pas un souci. Je veux que vous soyez à l'aise, et si cela passe par la possibilité de me fuir, alors je prends le risque.

- Et je n'aurais rien à débourser, pour la location du gîte ?

- Tout est déjà payé.

Emma tenta de taire le rictus joyeux qui menaçait de tout gâcher. Regina avait envie d'y aller, ça se voyait comme le nez au milieu de la figure.

- Regina, réfléchissez-y, et donnez-moi votre réponse demain soir. Discutez-en avec Henri. Je ne vous mets pas le couteau sous la gorge.

- Vous me proposez un week-end, payé, et à vos frais, à mon fils et moi-même. C'est tout vu. J'accepte votre proposition, en espérant ne pas passer pour une croqueuse de diamant.

Emma explosa de rire. Elle se tint les côtes, tant sa crise de fou rire l'étreignit.

- Aucune chance que vous ayez l'air de ce genre de femme ! C'est plutôt moi qui fais un caprice, et qui veut profiter de vous. De votre présence, je veux dire ! Bref…

- Merci, Emma. Nous viendrons. Ça fera du bien à Henri de voir autre chose que l'école et le parc du quartier.

- Alors, c'est une affaire qui roule !

- Tout à fait, miss Swan.

Elles se levèrent et Regina lui tendit la main, solennellement. Emma lui empoigna, et la tira à elle, sans la brusquer. Elle caressa sa joue, son autre main se refermant derrière son dos. Elle posa ses lèvres sur celles de la brune, qui fut enchantée de cette fin de repas. Elle tombait peut-être dans un piège, mais elle devait se rendre à Storybrook. Elle pourrait découvrir des informations cruciales, qui permettraient de faire avancer l'enquête, puisque la police ne semblait pas lever le petit doigt pour faire avancer l'enquête.

Le vendredi en fin d'après-midi, Henri attendait sa mère, qui bouclait son sac. Emma voulait partir dès ce soir-là, afin de profiter de deux jours complets sur place. Trois heures de route les attendaient, et ils arriveraient dans la soirée. Elles avaient convenu que Regina ferait le ménage le samedi matin, pendant qu'Emma irait faire ses repérages, et travaillerait loin de la maison. Une berline luxueuse s'arrêta devant l'immeuble de la brune, et Henri bondit, empoignant son sac et hurlant à sa mère de se dépêcher.

- Henri, tiens-toi bien. Ne fais pas de bêtises, car je ne veux pas payer pour des objets de valeurs en miettes. Sois poli, mon chéri.

- Je sais ! Sa voiture est super belle et classe, viens voir !

Regina jeta un coup d'œil par la fenêtre et vit Emma descendre de sa voiture. Elles se trouvèrent du regard et la blonde la salua d'un petit signe de la main.

- Henri, fais-la monter, le temps que je termine de préparer ma trousse de toilettes.

- Tout de suite !

Il ouvrit la porte et fit de grands signes à Emma, afin qu'elle les rejoigne. Une fois le seuil franchi, elle fut accaparée par le bambin, qui la mitrailla de questions sur leur destination et le programme du week-end. Elle répondit tant bien que mal, et rit des blagues du petit. Regina émergea de la salle de bain, et salua gauchement la blonde, qui sourit de plus belle en la voyant.

- Regina, avez-vous besoin d'aide ?

- Non, c'est bon, j'ai fini. Nous sommes prêts à partir.

- Alors, en voiture, tout le monde !

Emma empoigna le sac du garçon, qui s'élançait dehors, afin de rallier le bolide. Emma patienta et lorsque le gamin fut dans la voiture, elle se permit un rapide baiser sur la joue.

- Un vrai bonjour, je préfère, si vous n'y voyez pas d'inconvénient.

- Aucun, Emma. Au contraire.

Elles fermèrent l'appartement à clé et prirent place dans l'automobile. Emma s'engagea rapidement dans la circulation, tandis que Regina surveillait son rejeton, depuis le rétroviseur. Il s'extasiait de tout, et babillait allègrement, ne laissant que peu de place pour une conversation entre elles. Au bout de presque deux heures, Henri montra des signes de fatigue et s'empaffa sur son siège, sous le regard aimant de sa mère.

- J'ai bien cru qu'il tiendrait tout le voyage, mais finalement, la journée et la fatigue ont eu raison de lui.

- Il est encore jeune, ce n'est guère étonnant. Ça va, vous êtes confortablement installée ?

- Oui, cette voiture est spacieuse. Je ne savais pas que vous conduisiez, d'ailleurs.

- J'en loue à l'occasion, en cas de besoin, mais je préfère marcher, en règle générale. Et puis, il fallait une voiture confortable, pour un trajet de plusieurs heures.

- J'ai prévu une collation, en arrivant. Henri ne va jamais pouvoir dormir le ventre vide.

- C'est fort aimable, car il se pourrait que j'avais oublié ce repas…

- Vous avez déjà tout préparé, vous ne pouvez pas tout faire. Vous pouvez vous reposer sur moi, également.

- Je le sais. Nous serons arrivés à destination dans moins d'une heure. Vous pouvez vous reposer, ça ne me dérange pas.

- Et risquer un accident, parce que vous vous êtes endormie ? Non merci. C'est plus agréable de discuter ensemble, vous ne trouvez pas ?

- Oui. Merci. Que projetez-vous de faire, à partir de samedi midi ?

- Oh, hé bien, une fois le ménage terminé, Henri et moi déjeunerons sur place, puis nous irons nous balader en ville.

- Puis-je me joindre à vous pour le déjeuner ?

- Bien sûr. Je ne connais pas votre emploi du temps, alors, je ne savais pas trop si vous comptiez rester un peu avec nous.

- Je ferai des recherches et des repérages samedi matin, mais je devrais être au gîte vers treize heures. J'irai faire quelques photos en début d'après-midi. Et peut-être pourrons-nous passer un peu de temps ensemble ?

- Cela me semble être un emploi du temps correct.

- Parfait. Nous pourrons nous rejoindre en milieu d'après-midi, dans ce cas.

- Peut-être à la bibliothèque ? Henri a regardé une brochure de l'office du tourisme et a vu une médiathèque. Il adore lire, donc il souhaite absolument y faire un tour.

- Vendu !

- Au fait, depuis que vous m'avez proposé ce week-end, vous parlez de repérages et de photos. Mais quel est le but de tout cela ?

Emma fut légèrement prise de court. Il est vrai qu'elle n'avait pas dit ce qu'elle faisait à Regina précisément, mais ne souhaitait pas s'étendre sur sa vie professionnelle pour autant.

- Mon entreprise souhaite acquérir de nouveaux bâtiments et terrains, afin de relancer l'économie locale axée sur la pêche, principalement. C'est un peu du mécénat d'entreprise, mais nous préférons prendre des entreprises locales. Et Storybrook est assez typique des bourgades du Maine, où les personnes aisées souhaitent se ressourcer, avec un minimum d'authenticité autour d'elle. Cela permettrait de mener à bien la construction d'un hôtel de luxe, d'un ensemble de balnéothérapie, ce genre de choses. Bref, ainsi, ma société crée de l'emploi et empoche les dividendes au passage.

- C'est gagnant-gagnant. Encore faut-il que le marché soit porteur. Et Storybrook semble minuscule…

- C'est pour ça que je vais voir de quoi il en retourne précisément.

- Très bien. Vous travaillez dans quel domaine ?

- Gestion d'entreprise, achat et vente de biens.

- C'est vaste…

- Je touche à tout. Mais j'admets que parler boulot n'est pas ce que je préfère, lorsque je suis en bonne compagnie.

- Je comprends, inutile de vous mettre une charge de travail supplémentaire, en y pensant tout le temps.

- Exactement. Nous arrivons bientôt, on dirait.

Regina jeta un coup d'œil au GPS, qui indiquait que leur maison se trouvait dans une voie adjacente à la grande rue où la voiture ralentissait. Elle guida Emma jusqu'à leur demeure et souffla un coup en la voyant. Il s'agissait d'une villa de bord de mer, peinte en blanc, avec des pointes de bleu clair. La blonde se gara dans l'entrée et fit craquer son cou, afin de se dégourdir, après une si longue conduite.

- Nous voilà chez nous !

- C'est magnifique !

- J'espère que c'est confortable, surtout. Mes cervicales sont en train de me torturer…

- Serait-ce une demande déguisée pour un massage ?

Le regard pétillant de la blonde se posa sur Regina, qui semblait attendre une réponse. Elle baissa sa voix, et lui répondit sans détour.

- Puisque vous me le proposez, je ne puis qu'accepter cette proposition.

- Miss Swan…

- Merci beaucoup !

La femme d'affaires parvint à s'extraire du véhicule, avant d'entendre l'objection que la brune s'apprêtait à formuler. Elle prit son téléphone, et trouva le code de la boîte, où étaient enfermées les clés. Elle déverrouilla la porte et entra, s'assurant que la lumière fonctionnait et que l'alarme était débranchée. Elle redescendit à la voiture, et trouva la mère de famille, qui réveillait doucement son enfant. Elle sortit les sacs du coffre et les monta, déposant son fardeau dans l'entrée. Puis elle revint jusqu'à la brune, qui avait pris son fils dans ses bras.

- Le réveil est difficile, semble-t-il. Mais la faim devrait remédier à cet état de fait. N'est-ce pas mon chéri ?

- Manger ?

- Oui, nous passerons à table d'ici trente minutes. Veux-tu découvrir ta chambre ?

Henri leva soudainement les paupières, totalement éveillé.

- Oui ! C'est moi qui choisis ?

Emma rigola devant l'enthousiasme non feint de l'enfant.

- Oui, tu peux choisir ta chambre, mon grand.

Le gamin se trémoussa deux secondes, avant de partir comme une fusée vers la maison. Regina soupira et se tourna vers la blonde.

- Voilà qui devrait l'occuper le temps de tout préparer pour le dîner.

- Rentrons. La nuit va tomber, et je ne voudrais pas que vous attrapiez froid.

Regina sourit à l'attention délicate et pénétra dans leur nid douillet. Elles firent le tour du rez-de-chaussée, puis la brune déposa les denrées dans la cuisine, avant de s'atteler à la tâche. Emma monta les affaires au premier étage, les chambres se situant en haut. Henri avait fait le tour du propriétaire et avait jeté son dévolu sur la chambre avec une belle vue sur la mer. Elle n'était pas grande, mais confortablement meublée.

- Alors, mon grand, tu as fait ton choix ?

- Oui, ce sera celle-ci. Tu es d'accord ?

- Bien sûr. Tiens, voici ton sac.

- Merci Emma. C'est le paradis ici.

- Contente que ça te plaise. Je vais choisir ma chambre, avant de descendre aider ta maman. Installe-toi et rejoins-nous par la suite.

- Oui, chef !

Emma rit des facéties du bambin, avant de prendre la chambre au bout du couloir, qui avait une vue imprenable sur la forêt qui jouxtait la demeure. La quiétude qui régnait dans la pièce l'enveloppa de bien-être. Elle s'attarda quelques minutes et se décida à rejoindre la belle brune, essayant de gagner du temps avec elle, en tête-à-tête.

Lorsqu'elle franchit le seuil de la cuisine, une délicieuse odeur lui chatouilla les narines. Elle s'approcha de la casserole, et ferma les yeux de bonheur.

- L'odeur est exquise.

- Ce ne sont que des pâtes aux tomates et aubergines.

- Vous faites des miracles avec trois fois rien.

- Emma, cessez de me faire du gringue à tout bout de champ.

- C'est marrant, ça. Vous parlez comme une grand-mère…

Le regard surpris et légèrement incrédule de la brune se posa sur son interlocutrice.

- Vous êtes tordante.

- Oui, je sais. Allez prendre une chambre, je continue à touiller. Promis, je ne fais pas de bêtises avec le dîner. Henri ne me le pardonnerait pas.

- Il n'y a pas que mon fils qui ne serait guère content…

- Je saurais me faire pardonner…

- J'en prends bonne note.

Regina quitta la pièce sur cette remarque sibylline, qui laissa Emma particulièrement fébrile.

La brune visita les deux chambres qui restaient, et jeta son dévolu sur celle ayant une vue sur la rue. Elle avait une idée et ne pouvait pas se permettre d'être surprise. Elle préféra donc cette chambre, dont la vue aurait pu lui porter préjudice, pour sa future expédition. Elle déposa son sac sur le lit et rangea ses affaires dans la commode, avant de descendre, satisfaite de son choix. L'enfant la dépassa en trombe dans l'escalier et elle n'eut guère le temps que de lever les yeux au ciel, avant de le voir disparaître dans la pièce où elle-même se rendait.

- Henri, mets le couvert, s'il te plaît.

- Oui maman.

Il dégota rapidement les bons ustensiles et s'attela à la tâche qui lui était impartie. Emma siffla d'admiration.

- Il est vraiment bien éduqué.

- Il tente de faire ses preuves devant vous.

- Alors ça fonctionne plutôt pas mal. Je crois que c'est chaud, nous pouvons passer à table.

Regina opina du chef, et voulut prendre la casserole, mais fut arrêtée par la blonde.

- Je vous sers, vous, vous profitez, pour une fois.

La brune l'observa un instant, interdite, et s'assit, souriant pleinement. Il était rare qu'une autre personne prenne la peine de la servir. En fait, cela n'arrivait plus jamais. Elle en ressentit un énorme soulagement. Emma fut généreuse avec leur part, et le dîner se déroula dans la bonne humeur, chacun décrivant sa chambre et le programme du lendemain.

Henri ne tarda pas à filer au lit, voulant profiter un peu de la vue et des étoiles se reflétant sur la mer. Les deux femmes restèrent dans le salon, afin de discuter tranquillement. Regina buvait son thé à petite gorgée, tandis qu'Emma sirotait un chocolat chaud. La mère de famille rompit le silence.

- Il fait frais encore, surtout en bord de mer, mais c'est si agréable de changer de décor.

- En effet. Désirez-vous que je fasse un feu de cheminée ?

- Non, Emma, ne vous donnez pas cette peine. J'admets être assez fatiguée et je pense aller directement me coucher.

- Oh. Oui, bien sûr. Le programme de demain est chargé.

- J'en ai bien peur. Je vous laisse. Bonne nuit, Emma. Et encore merci pour cette fabuleuse opportunité.

- Avec plaisir, Regina. Douce nuit à vous.

Elles se quittèrent ainsi, et la blonde ne put qu'admettre sa frustration, devant cette soirée écourtée. Elle aurait adoré papoter et cajoler la mère de famille. Mais ce n'était clairement pas de mise ce soir. Elle termina sa boisson, posa la tasse dans l'évier et monta se coucher. Elle mit de l'ordre dans son dossier et le compulsa une dernière fois. Elle glissa une carte de la ville dans son sac et se prépara pour la nuit. Demain, elle devait faire tout un circuit, afin de vérifier l'existence des investissements de sa société, dans la conserverie locale. Elle s'endormit rapidement, la conduite l'ayant épuisée.

Regina, de son côté, patienta une bonne demi-heure dans sa chambre, se préparant à sortir en catimini. Elle s'habilla chaudement et avec des vêtements noirs. Elle prit son téléphone, la liste des bâtiments qu'elle souhaitait voir et partit rapidement de la maison. Elle avait fait des repérages en chemin, et se retrouva dans la grande rue. De là, elle s'orienta facilement vers le quartier des docks, qu'elle trouva au bout de quinze minutes de marche. Elle veillait à ne pas faire de bruit, et restait tapie dans les ombres. Enfin parvenue à destination, elle chercha les hangars que sa société immobilière avait construit et réhabilité, c'est-à-dire la fameuse conserverie. Elle fit trois fois le tour des bâtisses environnantes, avant de se rendre à l'évidence. Ces bâtiments n'existaient pas. Elle courait après une chimère. Elle laissa passer un grognement, avant de rebrousser chemin. Ainsi, Storybrook avait bien été un piège, pour elle. Le conseil d'administration avait clairement quelque chose à cacher, il suffisait de faire le déplacement pour comprendre que les sommes allouées au développement économique de la ville s'étaient volatilisées. Elle finit par se lasser de courir après un mirage, et se décida à retourner dans la villa, où Emma et Henri dormaient paisiblement. Elle revint à pas de loups, frustrée, mais aussi en colère. La police avait bâclé le travail. Il aurait suffi de se rendre sur place pour comprendre que quelque chose clochait. Elle se dévêtit, bouillonnant intérieurement et se glissa dans les draps frais. Elle se passa mentalement toutes les activités qu'elle devait effectuer durant le week-end. C'était l'équivalent pour elle de compter les moutons. Morphée parvint à la faucher tard dans la nuit, et des petits bruits à sa porte l'arrachèrent à ses bras, le lendemain matin.

- Maman ? Tu es réveillée ?

- Bonjour Henri. Tout juste. Tu as faim ?

- Oui. Emma m'a dit de ne pas te réveiller, mais elle est déjà partie…

- Ah ? C'est étrange. J'arrive, mon chéri.

Alors qu'elle descendait l'escalier, habillée de son pyjama, la porte d'entrée se referma et la blonde apparut dans le salon.

- Bonjour Regina. Bien dormi ?

- Assez bien, je dois avouer. Et vous-même ?

- Un vrai loir. Je suis allée chercher des croissants. Et un pain au chocolat.

Elle fit un clin d'œil à Henri, qui lui sauta dessus. Emma rigola avec lui, tentant de sauver les viennoiseries de ce ventre affamé. La blonde souleva le petit et l'emporta dans la cuisine, sous le regard attendri de sa mère. Regina fit couler deux cafés et un chocolat chaud, puis tout le monde s'assit autour de la table, afin de manger tranquillement. Une fois la table débarrassée, Emma se brossa rapidement les dents et partit effectuer ses repérages, laissant la brune donner une seconde jeunesse à leur cocon.

Le ménage fut assez rapidement expédié, et Regina s'aperçut qu'il lui restait une heure avant que le service du cadastre ne ferme. Elle appela son fils, avec en tête de faire un crochet par la bibliothèque. Il en avait reparlé plusieurs fois au cours de la matinée, et elle savait qu'il ne quittera pas l'établissement, même si ce dernier prenait feu. Ils se rendirent donc dans l'antre des livres de Storybrook, où une jolie femme châtain foncé les accueillit chaleureusement.

- Bonjour, je m'appelle Belle et je suis à votre service, pour trouver ce qui vous comblera.

Henri se tourna vers sa mère, des étoiles, plein les yeux.

- Je peux demander tout ce que je veux ?

- Seulement ce que tu pourras lire ce week-end.

Regina salua d'un coup de tête la bibliothécaire, et s'approcha d'elle.

- Bonjour, j'ai une course à faire, je serai vite de retour. Puis-je vous le confier ? Il ne devrait pas vous laisser tranquille, avant d'étancher sa soif livresque.

- Bien sûr, je vais veiller sur lui. C'est plutôt calme ce matin.

- Merci beaucoup.

Regina s'en alla rapidement, son fils ayant déjà oublié son existence. Elle secoua la tête, et sourit, ravie de savoir qu'il adorait toujours autant la lecture.

Elle se rendit au cadastre, bien décidée à connaître le sort des bâtiments dont sa société était censée avoir payé la reconstruction, notamment. Elle entra dans la mairie, et s'approcha de la secrétaire, qui baillait aux corneilles.

- Bonjour, je souhaite consulter le cadastre de la ville, s'il vous plaît.

- Au fond du couloir à gauche.

Regina se fit la réflexion que ce n'était pas la politesse qui étouffait cette femme. Elle se rendit dans la pièce indiquée, et formula sa demande.

- Bonjour, je souhaiterais avoir accès aux documents cadastraux concernant les bâtiments des docks. D'ailleurs, il me semble qu'il devrait y en avoir d'autres, non ?

Un homme bougon la reluqua sans vergogne.

- Ouais, bah c'est pas tout jeune, par là-bas. Qu'est-ce que vous voulez savoir ?

- Le nom du propriétaire des bâtiments qui existaient sur les docks ?

- Facile, c'est Killian Jones, le patron des pêcheurs. Un gars bizarre, froid, et vicieux.

- Ah ? Et pourquoi y a-t-il si peu de bâtisses sur les docks ?

- Y a eu une tempête y a quelques années, et de gros dégâts. Les hangars ont été rasés, pour des questions de sécurité. Et puis c'est resté comme ça. Vous vouliez savoir autre chose ? Parce que je ferme boutique dans pas longtemps.

- Non, c'est tout ce que je voulais savoir. Mais… Personne n'a voulu racheter cet ensemble immobilier, et reconstruire ? La conserverie, peut-être ?

- Pas à ma connaissance. Bonne journée.

- Vous de même.

Regina fut troublée par les révélations du fonctionnaire fort peu zélé. Elle repartit et s'arrêta sur un banc, près de la médiathèque. Elle réfléchissait et notait sur un carnet les éléments qu'elle avait enfin obtenus. Il lui faudrait faire des recherches sur l'homme mentionné durant la discussion. Elle se reprit, en voyant l'heure et passa chercher son fils, qui fit une moue boudeuse. Ils se hâtèrent de rentrer, afin de déjeuner avec la blonde.

Emma était déjà rentrée et avait dressé la table, tout en répartissant les plats qu'elle avait achetés sur la route, dans un petit restaurant.

- Coucou. C'est prêt !

- Ouais, trop bien, je meurs de faim !

Henri passa à côté de la blonde, et lui claqua la main, en signe de connivence. Regina haussa les sourcils, face à une telle complicité.

- Depuis quand complotez-vous avec mon fils, et le montrez de façon si ostentatoire ?

- Jalouse ?

- Pas du tout. Un peu. Qui sait ?

- Pas de danger, Regina. Je ne vais pas vous voler votre enfant. Il est génial, mais il a déjà une maman, qui est admirable.

- Merci Emma, ça me va droit au cœur.

Ils déjeunèrent tranquillement, Henri monopolisant encore une fois la conversation, énumérant tous les livres qu'il voulait lire ce week-end. Elles se posèrent dans le canapé, un café à la main, face à la baie vitrée, tandis que le bambin faisait des châteaux de sable sur la plage en contrebas.

- Je crois qu'il est parti pour nous construire la maison de ses rêves.

- Il est très créatif. Je préfère ça, plutôt qu'il reste des heures devant des jeux vidéos.

- Vous avez fait un travail remarquable.

Le sourire qu'elles échangèrent changèrent l'ambiance de la pièce. Il s'agissait d'un mélange de respect, de douceur, et de désir contenu. Regina s'enquit de son fils, qui ne leur prêtait aucune attention, et se rapprocha de la blonde, qui attendait une plus grande proximité de sa part. Elle en fut ravie, et posa sa main sur celle de la brune.

- Vous êtes belle à couper le souffle.

- Merci Emma. Mais je ne suis guère attirée par la flatterie.

- C'est une observation. J'avais envie de vous le dire. Votre charme ne me laisse pas indifférente, loin de là. Et merci pour le ménage, ça sent bon, je me sentirais presque comme chez moi.

- Ce ne fut pas très difficile, la maison était déjà propre. Je ne suis pas dupe, vous savez.

- Comment cela ?

- Vous avez prétexté mon sens de la propreté, afin de partir en week-end avec Henri et moi.

- Je plaide coupable. Mais vous n'auriez jamais accepté, si je n'avais pas proposé cela. Et puis, je me languissais de vous. Vous êtes assez… Sauvage. Difficile de vous cerner et de vous dorloter. Vous ne laissez personne entrer dans votre vie.

- Il existe une exception.

- Et qui possède cet insigne honneur ?

- Vous êtes toujours aussi drôle ?

- Bien sûr ! Regina, puis-je vous embrasser ?

Une seconde pour vérifier que le petit jouait toujours, et la brune opina du chef. Emma caressa sa nuque et la rapprocha d'elle lentement, pour un baiser amoureux. Elle exprimait tant par ce simple geste. Elle souhaita ardemment que la brune comprenne combien elle avait besoin d'elle, de sa bienveillance, et de son amour, si tant est qu'elle veuille bien le partager avec elle. Emma perdit pied, devant la tendresse échangée, et laissa sa main parcourir le corps de la brune, qui se crispa aussitôt. Elle rompit le baiser, et mit une main sur la poitrine de la blonde, pour la faire reculer.

- Doucement. Je ne suis pas ici pour vous servir de défouloir.

- De défouloir ?

Emma écarquilla les yeux. Elle venait de comprendre le sous-entendu de cette phrase.

- Je ne vous joue pas un mauvais remake de Pretty Woman ! Vous me croyez, n'est-ce pas ? Je ne veux nullement abuser de vous, ou… Enfin… Je ne suis pas comme ça… Je…

La blonde se leva précipitamment, profondément blessée. Elle chercha ses affaires, et lâcha quelques mots, avant de partir à toute vitesse.

- Je suis désolée de vous avoir fait peur ou honte. Je vais prendre quelques clichés, pour le travail, et continuer à bosser. Je ne rentrerai pas de suite. Bon après-midi, Regina.

Elle s'enfuit presque, laissant la brune au bord des larmes. Regina peinait réellement à mettre sa confiance dans une autre personne que son fils. Elle savait que son comportement était stupide, Emma prenait tellement de pincettes avec elle, qu'elle s'oubliait elle-même. Et elle l'avait insulté, en lui susurrant qu'elle ne la désirait que pour son corps et ses pulsions hormonales. Regina avait honte de ses paroles. Elle sanglota, mais se reprit immédiatement, voyant son fils qui l'observait, sans trop comprendre ce qu'il s'était passé. Il revint près d'elle, et elle lui intima de mettre sa veste, afin de retourner à la bibliothèque. Il lui obéit immédiatement, trop heureux de pouvoir à nouveau passer un moment parmi les livres.

Emma avait pris des photos des docks, et elle ne pensait qu'à une seule chose : il manquait des bâtiments. Cette enquête avait au moins l'intérêt de la distraire de la brune quelque temps. Elle se rendit alors au service du cadastre, toujours chamboulée, et trouva porte close.

- Mais quelle idiote… Nous sommes samedi après-midi, la mairie est fermée… Mais quelle cruche !

Elle donna un violent coup de poing contre la porte, et se retourna, ne sachant plus quoi faire. Elle décida alors de se rendre dans la café-restaurant où elle avait préalablement acheté le déjeuner. La sonnette tinta à nouveau et elle s'installa au comptoir. Quelques habitués étaient encore là, ne sachant pas trop quoi faire de leur journée. Elle commanda un café, et se tourna vers un homme entre deux âges, afin de papoter un peu avec lui. Peut-être obtiendrait-elle quelques informations.

- Bonjour, je suis de passage ici, que me conseillez-vous de faire ou visiter ?

- Oh, ben y a pas grand-chose… La plage peut-être ? Et la tour de l'horloge ? Y a rien pour les touristes, ici.

- Et y a-t-il un marché aux poissons ? J'ai entendu parler d'une conserverie.

- Y a plus rien ici. La pêche, c'est terminé !

- Vous n'avez plus de bateaux ?

- Plus de bateaux, plus de hangars, plus d'armateur. Rien.

- Il y avait des hangars avant ?

- Ben oui, ma petite dame. Mais la tempête a tout dévastée, et ils ont été abattus. Trop dangereux. Et puis, les bateaux étaient brisés. Personne n'a mis un sou pour nous redonner une chance. Ça fait bientôt deux ans, maintenant.

- C'est une bien triste histoire.

- Ouais, c'est la vie. Vous m'êtes sympatrique, je vous offre un verre ?

- J'ai déjà un café. Mais merci.

- Soyez pas stupide. Hey, barman, un whisky pour nous deux, on va trinquer !

- Euh, il est peut-être un peu tôt…

- C'est sûrement l'heure quelque part dans le monde.

Elle but ainsi plusieurs verres, lui permettant d'anesthésier la douleur que Regina lui avait infligé. Ne rien ressentir était encore ce qui pouvait lui arriver de mieux.