Chapitre 14 : chaleur humaine

Réponse à Guest (le premier) : Bonjour et merci de ton retour. L'enquête en duo n'est pas à l'ordre du jour, désolée. Chacune suit son propre chemin, permettant d'avoir deux points de vue sur l'enquête. La confiance entre les deux femmes reste un point crucial de leur relation, qui balbutie encore. Merci encore et à bientôt .

Réponse à Guest (le deuxième) : Merci de ton retour. Un beau séjour en famille sans encombre ? Non, ce n'est guère possible, sinon, ce serait trop simple. Tu devrais comprendre à la lecture de ce chapitre, toute l'ambiguïté de leur relation. Mais je sais me montrer gentille avec mes personnages. Parfois. Bonne lecture et merci encore !

Regina et Henri passèrent plus d'une heure à la bibliothèque, avant de repartir vers la villa, les bras chargés de bandes dessinées. Henri avait raflé tout ce qui pouvait lui passer sous la main, et qu'il n'avait pas déjà lu. Belle avait ri en voyant l'expression dépitée de la mère de famille. Elle l'avait rassurée, et enjoint à déposer les livres dans la boîte devant la médiathèque, si cette dernière était fermée. Henri se lança dans la lecture méthodique du premier livre, un large sourire sur le visage. Regina vérifia qu'il fût confortablement installé dans sa chambre, à côté de la fenêtre, et lui proposa un chocolat chaud, qu'il s'empressa d'accepter. Elle redescendit et se perdit dans ses pensées, et réfléchit à la déconfiture de la blonde, ce midi encore. Le son strident du micro-ondes la sortit de sa torpeur, et elle déposa la tasse sur la petite table, jouxtant le coin lecture d'Henri. Elle lui ébouriffa les cheveux, et il la fixa, mécontent.

- Maman ! Ma coiffure ! Et puis je lis !

- Pardon, j'en avais envie. Ton chocolat est prêt, je te laisse tranquille. Je suis au salon, si tu me cherches.

Une fois descendue, elle chercha une occupation, mais fut obnubilée par la pendule. L'heure du goûter était passée depuis longtemps, lorsque la porte d'entrée s'ouvrit enfin, sur la blonde, qui semblait entre deux eaux. Elle tituba presque jusqu'à la console, et s'appuya lourdement dessus. Regina fronça les sourcils, et se leva, afin d'aider sa comparse.

- Emma ? Vous ne vous sentez pas bien ?

- Si, si, ça va. Je vais aller m'allonger un peu, ça va passer…

La blonde bouscula presque la mère de famille, qui sentit l'odeur d'alcool l'envelopper. Elle retroussa le nez, et la laissa passer, ahurie par sa découverte. Elle ne pipa mot, et Emma monta lourdement l'escalier, avant de se prendre un pied dans une marche et de s'étaler par terre, en gémissant. La brune se porta à son secours, et la prit par un bras, afin de finir de gravir la volée de marches. Elle la traîna jusqu'à sa chambre, et l'installa sur le lit. Elle fixa la blonde, qui s'empaffait déjà. Pourquoi diable s'était-elle saoulée ? Regina possédait déjà la réponse, mais son esprit tentait de rejeter la faute ailleurs, sans trouver de coupable idéal. Elle resta quelques secondes à contempler la belle femme, qui s'était déjà assoupie. Elle lui retira ses chaussures et la couvrit avec la couette, avant de partir en fermant la porte de sa chambre. Le week-end détente prenait une drôle de tournure, qu'elle n'appréciait guère. Elle se repositionna sur le canapé, esseulée et triste. Finalement, peu de choses changeaient. Elle restait une garce sans cœur, même sans ses beaux apparats. Elle avait blessé Emma, qui s'était une fois encore réfugiée dans l'alcool. Elle se détestait toujours plus. Elle entreprit de faire à dîner, afin de s'occuper l'esprit. Elle prépara une tarte aux légumes et fromage de chèvre, en y ajoutant quelques lardons pour faire bonne mesure. L'entrain n'y était pas, et elle ne cessait de regarder vers l'étage, où son fils l'ignorait, plongé dans un autre monde, et où la femme qu'elle appréciait cuvait son vin. Elle enfourna sa préparation et soupira lourdement. Elle prit le bloc-note et gribouilla rapidement un mot, avant de programmer le four, afin que la cuisson s'arrête à temps. Elle prit seulement son manteau et sortit en catimini, fatiguée de se battre contre des fantômes. Elle marcha longuement dans le sable, ses pas la portant jusqu'au quartier des docks, à nouveau. C'est la première fois qu'elle voyait cet endroit de jour. Sa petite escapade de la nuit dernière lui laissait un goût amer. Elle reprit quelques photos, juste au cas où, et continua encore sa promenade, qui la mena à l'orée de la forêt, de l'autre côté de la ville. Elle avait complètement perdu la notion du temps, et s'enfonça dans les sous-bois, afin de profiter de l'arôme de verdure qui embaumait l'atmosphère.

Emma se réveilla en fin d'après-midi, avec un horrible mal de crâne. Le whisky tapait fort, par ici… Le quatrième verre avait été de trop, sans aucun doute. Elle se rendit dans la salle de bain, et se brossa les dents, avant de se rafraîchir. Elle sortit et entendit un bruit sourd dans la chambre du bambin. Elle toqua et ce dernier vint lui ouvrir.

- Emma ? Tu es rentrée ?

- Euh oui, je me suis reposée, j'étais fatiguée. Tu sais où est Regina ?

- Elle m'a dit qu'elle était au salon. Et puis, je commence à avoir faim.

- Descendons. On pourra en profiter pour prendre le goûter.

- Ouais !

Henri passa en trombe dans l'escalier, et la blonde le suivit, une boule au ventre. Au moins, avec la présence du gamin, Regina ne pourrait pas lui faire de remontrances trop sévères. Le petit revint en courant dans le salon, après avoir fait un saut dans la cuisine, regardant chaque recoin avec attention.

- Bah, elle est où, maman ?

- Comment ça ?

- Je ne la trouve nulle part.

Emma vérifia à son tour le rez-de-chaussée, et revint même en vitesse à l'étage pour s'assurer que la chambre de la brune était vide. Elle entendit Henri l'appeler.

- Emma ! Je sais !

- Elle est où ?

- En balade !

- Hein ?

Elle redescendit et prit le bloc-note des mains de l'enfant. L'écriture si caractéristique de la brune les informait lapidairement de son absence.

- Qu'est-ce qu'on fait, Emma ?

- On va l'attendre bien sagement. Elle a dû avoir envie de se vider la tête, et de profiter de la plage.

Un coup d'œil dehors la fit frissonner. La nuit allait bientôt tomber, et le vent s'était levé, avec un petit grain de pluie peu agréable.

- Mais elle va être trempée.

- Bon, je te propose de goûter ensemble, ça devrait la faire venir. Et si elle n'est pas là dans une heure, j'appelle le shériff de la ville.

- Tu ne l'appelles pas directement ?

- Regarde, gamin, elle a laissé son sac et ses affaires.

L'enfant ne parut guère convaincu, mais la suivit et se délecta malgré tout d'une tartine de confiture et de son sempiternel chocolat chaud. La blonde grignota un biscuit sans entrain, surveillant le ciel par la fenêtre. Elle huma alors l'air et se fit la réflexion que l'odeur qui embaumait l'air n'avait rien à voir avec le chocolat. Elle observa la pièce, mais ne vit rien qui puisse ressembler à un début d'explication. Puis elle se tourna vers le four, et mit sa main devant. De la chaleur émanait encore de l'instrument. Elle l'ouvrit et découvrit la tarte, qu'elle sortit avec des maniques. Elle la déposa sur la table, et Henri reconnut l'œuvre de sa mère.

- Maman, c'est la reine des tartes !

- Euh, ne dis pas ce genre de choses, ça peut être mal interprété.

Le garçonnet leva un sourcil, geste calqué sur celui de sa mère, et ne comprit pas l'allusion. Puis il toucha le plat directement, sous le regard horrifié de la blonde.

- C'est tiède… Donc ça fait un moment que c'est cuit.

Emma fronça les sourcils et en fit de même et ne put que plussoyer à la chose. Elle était gagnée par l'inquiétude, le temps ne s'améliorant pas dehors.

- Elle est où maman ?

- Je ne sais pas, Henri, mais j'espère qu'elle ne va pas tarder à rentrer.

Ils firent une partie de petits chevaux, sur un musique douce. Henri jetait de plus en plus souvent un coup d'œil dehors, et Emma pouvait voir l'angoisse prendre vie sur son visage. Elle était complètement dépassée, et ne se voyait pas appeler la police pour une balade un peu longue. Les agents allaient lui rire au nez…

Regina se rendit compte tardivement qu'elle s'était enfoncée loin dans la forêt et la fraîcheur des sous-bois avait laissé la place à une bise sournoise. Elle fit demi-tour, mais eut bien des difficultés à retrouver son chemin. Elle s'épuisa à tenter de s'orienter, et ne dut son salut qu'à un bûcheron qui passait par là. Il lui indiqua un chemin balisé jusqu'à Storybrook, et elle courut presque dans les rues de la ville pour revenir à la villa, le plus vite possible. Elle pensait à son fils, qui devait être mort d'inquiétude. Lorsqu'elle vit les lumières de leur demeure, elle ralentit enfin, et souffla, les jambes flageolantes. Elle entra et fut accueillie par les cris de joie d'Henri, qui avait cru qu'elle était tombée dans un ravin, ou qu'elle l'avait oublié avec la blonde. Il s'écarta néanmoins bien vite de sa mère.

- Tu es trempée, maman ! Tu vas attraper froid !

- Oui, je sais, mon chéri. Pardon d'être partie aussi longtemps, je me suis perdue… Je vais aller prendre une douche bien chaude, et après on dînera.

Le gamin la laissa s'en aller, tandis qu'Emma restait là les bras ballants, se sentant parfaitement inutile. Elle esquissa un pas dans sa direction, avant de s'arrêter, devant le regard perdu qui lui fit face. Elle se mordit la joue et baissa la tête, incapable de soutenir le regard noir qui semblait l'accabler. Le silence reprit ses droits et la blonde mit quelques secondes avant de réaliser que sa comparse était sortie de la pièce. Elle se tourna vers le bambin, qui ne savait quoi faire de ses dix doigts, du fait de l'ambiance pesante qui s'était installée.

- Allez, viens Henri. Mettons le couvert, et dressons la table.

Il obéit sagement, sans se faire prier.

Ils patientèrent, le temps que Regina se réchauffe et descende, habillée d'un pantalon et d'un sweat large. Emma ne put s'empêcher de remarquer la tenue particulièrement décontractée de la mère de famille.

- Cela change de vous voir ainsi vêtue.

- Et qu'est-ce que cela signifie, miss Swan ?

- Euh, que cela vous va très bien.

- Merci. Je meurs de faim.

- Asseyez-vous, tout est prêt.

Regina ne souhaitait visiblement pas parler de ce qui s'était passé plus tôt dans la journée. Emma respecta son souhait, mais n'était guère à son aise depuis. Henri réclama un dessin animé, que sa mère lui accorda sans lutter, et Emma suivit le mouvement, se sentant de trop au sein de cette cellule familiale fort bien rodée. Une fois le film terminé, Henri monta se coucher, voulant finir la bande dessinée entamée juste avant de descendre avec la blonde. Regina le suivit et le borda, avant de l'embrasser sur le front et de lui souhaiter bonne nuit. Une fois la porte de la chambre de son fils refermée, elle resta là, ne sachant quoi faire. Descendre signifiait retrouver la femme d'affaires, et avoir une conversation peu agréable dans la foulée. Mais décider d'aller se coucher, c'était blesser encore davantage Emma. Et elle ne pouvait s'y résoudre. Aussi prit-elle la volée de marches lentement, la gorge serrée.

En bas, Emma n'avait pas bougé et restait le regard dans le vague, à fixer un point loin derrière la baie vitrée, alors qu'il faisait nuit noire. Elle s'assit sans bruit sur le canapé, et la blonde ne la remarqua pas. Le visage d'Emma exprima une tristesse mélancolique. Elle était perdue manifestement dans ses souvenirs, et Regina ne voulut pas la sortir de sa torpeur. Enfin une larme coula sur la joue de la blonde, brisant un peu plus le cœur de la brune. Elle se permit une main sur le bras de son hôte, qui reporta son attention sur elle, et qui la remercia silencieusement, avant de lui parler franchement.

- Pardon, Regina. J'ai encore merdé. Je suis vraiment désolée, j'ai été en dessous de tout, avec vous.

- Pourquoi avoir bu, jusqu'à ne plus tenir sur vos jambes ?

- Pourquoi être partie seule, durant des heures ?

- Touché.

- Je crois que notre passé ne nous laissera pas de sitôt en paix. Je peux me tromper, bien entendu, mais mon petit doigt me dit que je ne dois pas être loin du compte.

- Emma… C'est… En partie vrai. Lorsque je vous ai vue dans cet état, j'ai cru revenir des mois en arrière. Comme si tout le chemin que nous avons accompli ensemble ne comptait pas. Comme si je n'étais pas assez importante, pour que vous fassiez encore davantage d'efforts, plutôt que de retomber dans vos travers.

- Je vous assure que ça n'a rien à voir. Je ne vais pas nier que vos paroles m'ont blessée, mais je pensais que nous avions dépassé ce stade. Je ne suis pas que votre employeur. Je ne veux pas acheter votre cœur, votre temps, ou pire, votre corps.

- Alors pourquoi vous être infligé cela ?

- Parce que je voulais certaines informations, et dans ce trou perdu, apparemment, il faut prouver que l'on a une bonne descente pour obtenir la confiance des gens. Et une chose en entraînant une autre, mon esprit s'est engourdi, et ça m'a permis de faire face à vos propos. C'est puéril, je le sais, mais sur le coup, ça m'a fait du bien.

- Pourquoi ne pas vous faire aider ? Pour votre addiction ?

- Je ne suis pas… Alcoolique. J'ai la bouteille facile, mais ça ne signifie pas que je sois tombée si bas !

- Je ne voulais pas vous froisser, veuillez m'excuser.

- Et vous, alors, vous partez sans prévenir, en me laissant votre enfant, alors que je suis dans les vapes ? C'est un peu léger, non ?

- Miss Swan ! Peut-être… Je devais juste prendre l'air, être seule, sans avoir l'impression que ce n'était pas choisi. C'est une sensation assez terrible. Être mise de côté par ceux qui vous entourent, et finalement, faire partie du décor, et ne plus apparaître comme un individu digne d'intérêt.

- Jamais je n'ai fait ça.

- Ce n'est pas quelque chose que l'on contrôle, mais je le ressens malgré tout.

- Regina… Je ne sais quoi vous répondre. J'ai toujours peur, avec vous. Il n'y a rien à faire.

- Alors, nous nous arrêtons ici ?

Emma faillit sangloter tout fort, sans retenue, en entendant des paroles aussi effroyables. Elle savait que Regina était en train de baisser les bras, et qu'elle devait dire quelque chose qui les sorte de cette ornière. Alors, elle ne réfléchit plus, et sortit son téléphone portable. Elle le déverrouilla et lui montra la photo du nounours, avec l'Écosse en fond d'écran.

- Je crois qu'il est plus que temps que je vous parle de mon passé. Parce qu'il y a une chose dont je suis absolument certaine. Je ne veux pas vous perdre.

- Vous n'êtes pas…

- Nous savons toutes les deux que c'est nécessaire.

Emma lui sourit, et replongea dans ses souvenirs, sans rechigner.

Regina savait le moment crucial pour elles. Elle s'assit en s'enfonçant dans le canapé, et écouta attentivement la femme qui allait se mettre à nu devant elle.

- Avant de prendre mon poste ici, je vivais à Londres. J'avais un bon boulot, un appartement en plein cœur de la capitale, et un compagnon, avec qui j'avais beaucoup de projets. Une vie rêvée, en somme. Nous étions en couple depuis des années, et nous avons essayé d'avoir un enfant. Nous avons vraiment essayé. Mais, rien ne se produisait. Et puis, un jour, mon test est devenu positif. J'ai acheté ce nounours, pour lui annoncer ma grossesse. J'étais folle de joie, et quand je lui ai dit la bonne nouvelle, il m'a prise dans ses bras et m'a embrassé. Mais il s'est avéré que le test était biaisé, et en réalité, je n'étais pas enceinte. Un faux positif. La douche froide. Notre relation a tenu le choc, je ne sais pas trop comment. On a encore tenté, mais rien. Et puis, un après-midi, je suis rentrée plus tôt. Et il était dans notre lit, avec une femme qui n'avait visiblement aucun scrupules.

Emma ferma les poings et poussa un grognement guttural. Elle reprit son récit, qui devenait de plus en plus difficile pour la blonde.

- Je les ai entendus… Elle… Elle lui a dit qu'elle était enceinte, qu'il n'avait pas besoin de rester avec une femme qui ne parvenait même pas à lui faire un gosse, alors qu'elle, elle pouvait lui offrir une famille, et que c'était déjà en route. Elle lui a demandé de choisir entre elle et moi. Et il a choisi. Elle. Le bébé. Sa dernière phrase a été si dure, si méchante. Il lui a dit simplement que je ne serais jamais un frein à son bonheur, et qu'il avait déjà trouvé mieux. Que je n'étais qu'une moitié de femme, incapable de lui donner une descendance. Qu'il n'y avait plus de plaisir entre nous, que toute notre vie intime était médicale, pour ainsi dire. Je suis partie sur la pointe des pieds. Je ne l'ai jamais revu, j'en suis incapable. Je crois que c'est une question de survie. J'ai déménagé en Écosse, à côté d'une distillerie. J'ai sympathisé avec les gérants et ils m'ont initiée au whisky. Je crois que j'ai un peu trop bien retenu la leçon… Un jour où j'ai failli me foutre en l'air, enfermée dans ma solitude forcée, j'ai pris en photo cet ourson, qui aurait dû changer ma vie, avec l'Écosse, l'endroit qui m'a vue renaître. Le passé et le présent. Mais aucun avenir. Avant de débarquer ici, et de vous rencontrer.

- Jamais je n'aurais cru que vous ayez vécu de telles épreuves, Emma. J'en suis désolée.

Emma la regarda droit dans les yeux et vit ce qu'elle redoutait tant d'y voir, de la pitié. Elle détourna le regard, mais Regina comprit immédiatement le problème. Elle lui prit le menton et l'obligea à ancrer ses prunelles émeraudes dans les siennes.

- Emma, ne vous détournez pas de moi. Je comprends beaucoup de choses, maintenant. Vous avez semé des indices, et ils commencent enfin à s'emboîter. Je ne vous juge pas, je serais bien mal placée. Merci de m'avoir raconté votre histoire. En tout cas, une partie importante. Je n'aurais jamais dû vous dire que nous pourrions cesser notre relation. S'il vous plaît, croyez-moi.

- J'essaie, Regina. Mais comprenez aussi combien je peux être terrifiée de vous perdre, alors que je suis enfin entrée dans votre vie. Si vous me laissez sur le côté, je serai de nouveau bien seule.

- J'ai l'impression de me raccrocher aux branches, mais sachez, Emma, que je ne souhaite pas stopper notre relation. J'étais un peu en colère, et vous en avez fait les frais.

Le silence retomba, puissant. Emma n'osait plus bouger, après de telles révélations, et Regina ne savait pas si elle pouvait la consoler, sans passer pour une écervelée finie. Emma se tourna alors, en quête de chaleur humaine. Se livrer de la sorte l'avait totalement vidée, et elle se sentait faible. Elle avait besoin d'un simple câlin, d'une preuve qu'elle n'avait pas rêvé leur attirance, leurs marques de tendresse, que tout n'était pas perdu. Regina lui ouvrit ses bras, et elle s'y faufila, quémandeuse de la moindre attention, qui aurait pu alléger son âme. Elles restèrent blotties durant de longues minutes, avant qu'Emma ne se redresse et plante son regard dans le sien. Doucement, sa main vint se poser sur la joue de la brune, et elle lui murmura à l'oreille.

- Rien n'est terminé entre nous, n'est-ce pas ?

- Bien sûr que non, Emma. Je suis là, et je resterai présente pour vous.

Emma s'approcha encore, et Regina suivit le mouvement. Leurs lèvres scellèrent cet accord entre elles. Aucun mot n'avait plus d'importance, elles se prouvaient que la présence de l'autre suffisait amplement à apaiser leurs cœurs. Emma stoppa le baiser, et fit un caprice. Elle savait que la brune aurait des difficultés à refuser sa proposition, encore une fois, mais elle ne voulait pas finir seule entre ses draps froids.

- J'aimerais m'endormir à vos côtés. Je sais que c'est déloyal de vous demander ça maintenant, mais… Je suis fatiguée de faire semblant. J'ai envie de vous savoir à mes côtés. Et rassurez-vous, je ne tenterai rien, je ne suis pas stupide.

Regina fut interloquée par la demande. Elle tenta de se persuader que cela ne portait pas à conséquences, mais la surprise se lut sur son visage. Emma se tassa sur elle-même, comprenant qu'elle avait probablement été trop loin. Elle fut prise d'un léger tremblement, à l'idée de se faire refuser ce privilège. Parler de ce qui avait bouleversé sa vie, il y a un an de cela, avait rouvert des cicatrices profondes. La brune lui prit la main et se leva, sans rien dire.

- Allons nous coucher. Il se fait tard, et j'ai beaucoup trop marché aujourd'hui, mes jambes me supplient de les étendre.

La blonde sourit bêtement, comprenant ce que cette phrase signifiait. Elle la suivit, et chacune se prépara pour dormir. Emma se glissa sous sa couette, rejointe par Regina, qui prit place à ses côtés. Cette dernière se tourna et prit la main d'Emma, qui ne pouvait rêver tant de délicatesse à son égard. Une larme traîtresse dévala sa joue.

- Pourquoi pleurer ?

- C'est une larme de joie. Je suis idiote. Pardon.

- Pas du tout. Je comprends. Un trop-plein émotionnel.

- Entièrement de votre faute.

- Ne me provoquez pas, miss Swan.

- Je dois vous avouer un truc. J'adore quand vous m'appelez ainsi. C'est classe et en même temps, vous êtes la seule à le faire.

- J'en prends bonne note. Miss Swan.

- Je ne sais toujours rien de vous, au final.

- Je sais entretenir une part de mystère.

- Subtile façon de détourner le sujet.

- Chaque chose en son temps. Emma… Vous pouvez venir dans mes bras. Ce soir, je crois que nous avons toutes les deux besoin de panser nos plaies et d'avoir de la tendresse, l'une envers l'autre.

La blonde se contorsionna légèrement, et atterrit dans l'étreinte de la brune, qui referma ses bras sur son corps, assez frêle, finalement. Emma posa sa tête dans le creux du cou qui lui était offert, et respira le parfum doux et entêtant, qui s'immisçait déjà dans ses narines.

- Je suis bien, là.

- Moi aussi, Emma, moi aussi.

Les paroles devinrent inutiles, et elles s'endormirent, ainsi enlacées et enfin apaisées.

Le lendemain matin, Henri fut le premier à se réveiller. Il ne décela aucun bruit dans la maison et se décida à aller voir sa mère, afin d'obtenir un câlin, puis son petit-déjeuner. Quelle ne fut pas sa surprise, lorsqu'il découvrit le lit fait, et l'absence de la brune. Il partit en quête de sa mère et descendit l'escalier à pas de loups. Le vide de la cuisine et l'absence d'odeurs de café et de tartines lui déplut fortement. Il grommela et fit le tour du rez-de-chaussée, avant de regarder vers l'étage. Il tergiversa, avant de s'élancer, et toqua doucement à la porte de la chambre d'Emma. Personne ne lui répondit, et une légère panique s'empara de lui. Elles ne l'auraient tout de même pas laissé là, sans rien dire ? Il tourna la poignée et coula un œil à l'intérieur de la pièce. Il ne distingua que des ombres, puis, il vit la masse dans le lit. Emma était encore en train de roupiller. Puis, alors qu'il s'apprêtait à refermer la porte, il s'en abstint. Il ouvrit davantage la porte et observa attentivement le lit. Il reconnut la chevelure noire de sa mère et resta figé. Il ne pouvait pas croire ce qu'il voyait. Sa mère enlaçait la blonde, étroitement. Il écarquilla les yeux, et s'approcha d'elles, ne sachant quoi faire. Il effleura le bras de sa mère, mais n'obtint aucun résultat. Il les observa, et vit le léger sourire sur chacun de leur visage. Il réfléchit alors, voulant comprendre ce que cela signifiait. Puis, il se contenta de hausser les épaules, si sa mère était heureuse, après tant de mois à se démener pour eux deux, pourquoi pas ? Emma leva une paupière, et vit le gamin. Elle se figea, de peur qu'il l'invective. Henri lui répondit par un baiser volant, que la blonde prit au vol. puis il fit le tour du lit et se tint près d'elle.

- Dis, Emma, tu ne fais pas de mal à maman, hein ?

- Non, mon grand. C'est elle qui m'a consolée hier soir.

- Elle fait souvent ça avec moi. Tu sais, elle fait la forte, mais en vrai, c'est pas le cas. Et si tu profites d'elle, je te taperai.

- Jamais, Henri. Sinon, j'accepterai tes coups, je les aurai mérités.

Elle vit l'enfant se dandiner sur place.

- Tu as faim ?

Il baissa la tête, mais balbutia une réponse.

- Je peux venir avec vous ?

- Euh, oui, bien sûr.

La blonde ne s'attendait absolument pas à cette demande, mais en fut charmée. Elle lui ouvrit la couette, et il se blottit contre elle. Regina se réveilla, en sentant le matelas bouger. Elle ouvrit les yeux et vit Emma à côté de son fils, et elle se releva vivement, de peur que son enfant ne comprenne pas la situation. Emma la rassura et posa sa main sur sa joue.

- Il a tout compris. Ne t'inquiète pas. Il l'accepte. Enfin, je crois. Mais il m'a menacée, en bonne et due forme. J'ai intérêt à me tenir à carreaux…

Regina la fixa, mi-surprise, mi- alarmée, avant de voir la main de son fils enlacer l'abdomen de la blonde. Elle soupira, et souffla un rire. Henri s'était déjà rendormi. Elle se tortilla et vint poser un baiser sur le front d'Emma, qui trouva ce réveil bien doux.

- Tu sais, je vais m'y habituer. C'est très tentant, de se réveiller ainsi et…

Regina avait froncé les sourcils. Emma tenta de faire machine arrière, mais la brune fut plus rapide.

- Tu veux une famille déjà prête à l'emploi, ou tu me veux, moi, et donc par extension mon fils ?

La question était très sérieuse, Regina semblait tendue, attendant la réponse, qui tardait à arriver. Emma prit le temps de la réflexion, elle ne voulait en aucun cas lui mentir.

- C'est toi, qui a su réveiller mon cœur, qui m'a redonné envie de me lever et d'être meilleure que l'épave que je devenais. J'ai toujours rêvé d'une famille, mais pas à n'importe quel prix. Que tu aies un fils adorable est un cadeau, mais jamais je ne prendrai cela pour de l'acquis. C'est toi que j'ai choisie.

Elle trembla, attendant nerveusement le verdict de la brune, qui ne cillait pas. Cette dernière l'embrassa, sans autre forme de cérémonie, avant de murmurer à son oreille.

- Bonne réponse, miss Swan.

Le soupir de soulagement d'Emma dut s'entendre à trois kilomètres à la ronde. Le trio resta ainsi durant presque trente minutes, avant que le ventre de l'enfant ne se mette à grogner, ce qui le réveilla.

- Bonjour, on va manger ?

- Bonjour Henri, on y va. Tu… Tu as peut-être des questions ? Puisque j'ai dormi avec Emma.

- Non, c'est bon. J'ai déjà réglé le problème avec elle.

Un regard de connivence passa entre la blonde et le gamin, laissant la brune muette. Ces deux-là étaient copains comme cochons… Elle secoua la tête et sortit du lit, leur volant la couette, les obligeant à se lever à leur tour, tout en l'agonisant de doux noms d'oiseaux.

La matinée passa rapidement, entre rire et balade, avant de les voir finalement s'installer au restaurant de la ville. Emma les invita, et Regina n'y vit aucune objection, tant son fils était heureux de la tournure des évènements. Ils commandèrent tous un hamburger avec des frites, et une glace en dessert. Un café pour les deux femmes termina ce repas familial. Ils rentrèrent à la villa, et Emma proposa un jeu de société à Henri, qui déclina, afin de terminer sa lecture et rapporter les livres ce soir. Une fois le petit disparu dans sa chambre, elles se retrouvèrent seules, et restèrent l'une à côté de l'autre, sur le sofa.

- Merci encore pour ce week-end, Emma. Je n'aurais pas espéré pouvoir offrir cela à Henri.

- Avec plaisir. Même si ça a failli capoter, à cause de moi.

- Mon mauvais caractère n'y est pas étranger non plus.

- Pas faux.

- Hey !

- Avouez que vous possédez un fort caractère, et que vous ne vous en laissez pas conter.

- Miss Swan…

- Hum ?

- Sincèrement, je préférais ce matin, lorsque l'on se tutoyait…

La surprise sur le visage de la blonde dut être comique, car Regina explosa de rire, sans aucune barrière. Elle se laissa enfin aller, et cela mit du baume au cœur de la blonde.

- Bien sûr. Donc je peux t'embrasser ?

La lueur joueuse et étincelante dans les prunelles émeraudes d'Emma fit s'emballer le rythme cardiaque, déjà bien éprouvé de la mère de famille. Cette dernière se pencha et prit avec avidité les lèvres roses offertes. Elles profitèrent de l'instant, et se séparèrent, en se regardant avec envie. Emma se contenta de caresser sa joue, avec une telle tendresse que Regina posa la sienne dessus, et la câlina, en fermant les yeux. Ce geste relevait d'une grande intimité entre elles, se renouvelant leur confiance mutuelle en l'autre.

- Tu me plais beaucoup trop, pour ne pas causer ma perte, Regina.

- Oh, Emma, c'est si téléphoné, comme expression. Nous avons passé l'âge des romances de midinettes.

Emma laissa passer un moment, avant de se lancer, très malicieusement.

- Donc, tu préfères que je sois plus directe, et que je passe outre le romantisme ? À ta guise. J'ai envie de toi.

Regina se mit à rire doucement.

- En effet, c'est nettement plus cash. L'envie est partagée, mais… Henri est en haut, et …

- Regina, je sais me tenir ! Mais je voulais que tu le saches. Grâce à toi, ma nuit a été magique. Merci.

- Pareillement.

L'après-midi s'écoula ainsi, sur de tendres confessions, et Henri réapparut de son antre, agitant ses bandes dessinées.

- J'ai tout fini ! On peut aller les rendre ?

- Oui, on y va. Mets ton manteau, il fait froid.

Emma se leva et demanda précipitamment, de peur que l'illusion de perfection ne s'effondre.

- Vous préférez rester ici ce soir, ou repartir directement ? Sinon, on passe une dernière soirée ensemble, et on part à l'aube. Tu ne seras pas en retard à l'école. Et Pareil pour ton travail. Enfin, je propose ça un peu à brûle-pourpoint… Je suis désolée…

- Hé bien… Je ne sais pas trop… Mais c'est tentant. Pour une fois, j'ai envie de profiter un maximum de notre week-end. Il faudra se lever tôt, par contre… T'en crois-tu capable, Henri Mills ?

- Euh… Oui ?

- Réponds en étant sûr de toi…

- Bien évidemment !

- L'affaire est entendue, nous restons !

- Je n'aurais jamais pensé obtenir une réponse positive à mon caprice…

- Il ne faut pas croire que nous soyons sérieux tout le temps, Henri et moi !

- Vous me stupéfiez. Positivement. Allez, on file rendre les livres, et on profite de cette dernière soirée !

Emma était sur un petit nuage. Après un repas léger devant un film, que le gamin avait commenté de long en large, au grand amusement des deux femmes, il ne fit pas de difficulté pour se coucher, la journée ayant été bien remplie. Regina prit soin de programmer son réveil à cinq heures du matin, avant de se tourner vers la baie vitrée, profitant du crépuscule pour se délasser. Emma tapotait sur son téléphone, et une petite musique douce envahit la pièce. Elle se leva et tendit la main vers la brune.

- Puis-je vous inviter à danser, Regina ?

- Avec plaisir.

Cela faisait une éternité que Regina n'avait pas esquissé quelques pas de danse. Elle posa son autre main sur l'épaule d'Emma, cette dernière posa la sienne sur sa hanche. Elles se collèrent l'une à l'autre et se murent lentement, en harmonie. Emma murmura à son oreille.

- Est-ce trop demandé, trop précipité d'oser te dire que j'ai envie de dormir avec toi, à nouveau ?

- Je ne crois pas. C'est une envie partagée.

- Alors montons. Je ne veux pas perdre une minute hors de tes bras.

Regina la suivit sans demander son reste, et elles se changèrent rapidement, afin de se faufiler sous la couette, dans la chambre d'Emma. À nouveau, Emma rechercha les bras de la brune, qui lui offrit une étreinte serrée. Elles se bercèrent mutuellement, perdues dans une tendresse qui leur manquait cruellement. La brune sentit le bout des doigts d'Emma se glisser dans son dos, effleurant sa peau nue. Elle frissonna, mais se tut, appréciant l'attention. La blonde restait sage, elle ne voulait pas rompre le charme de l'instant. Pourtant, elle avait envie de découvrir le corps qui lui tenait chaud, et lui faisait vivre des montagnes russes émotionnelles. Elle s'empêchait de continuer son exploration, malgré le tiraillement qu'elle ressentait. Regina n'en menait pas plus large, elle n'osait pas aller plus loin, de peur d'enclencher une succession d'évènements hors de son contrôle. Chacune se réfrénait, envers et contre tout. Ce manège dura de nombreuses minutes, avant qu'Emma n'ose prononcer la vérité à voix haute.

- C'est dangereux, d'être aussi proches…

- Dangereux ? Tu comptes faire une chose stupide ?

- Stupide ? Non. Je n'espère pas, tout de même ! Mais… C'est une torture, de te sentir près de moi, en réalité. J'ai des pulsions, comme tout le monde. Et tu es loin de n'avoir aucun effet sur ma libido.

Regina ne se raidit pas, pour la première fois. Elle caressa la joue d'Emma, comme pour confirmer ses dires.

- J'en ai autant à ton encontre.

- Mais c'est encore trop tôt ?

- Je ne sais pas quoi te répondre… Je n'ai pas eu de partenaire depuis… Très longtemps. Et ça me terrifie un peu, de recommencer à avoir des relations, même si c'est comme le vélo…

- Mais tu sais être un vrai tue-l'amour ! Je suis douce, si tu as peur d'avoir mal.

- Je m'en doute bien. Ce n'est pas ça… C'est bête, mais… Je ne veux pas que tu m'utilises et finalement, que tu réalises que ça ne te convient pas.

- Mais de quoi tu parles ?

- La vie avec moi, c'est aussi avec Henri. Je ne veux pas être un mouchoir, que tu vas jeter, sitôt utilisé.

- Je sais parfaitement dans quoi je m'engage, Regina. Je ne recherche pas un coup d'un soir, mais une histoire avec toi, et qui, je l'espère, durera longtemps.

Les deux femmes se contemplèrent longuement, pesant le pour et le contre. L'ambiance devenait lourde, dans la chambre, au fur et à mesure que leurs désirs s'entrechoquaient sur leurs consciences. Les prochaines minutes seraient décisives, quant à la suite de leur relation.