Chapitre rating M.
Chapitre 15 : transcendance
Réponse à Guest : Merci de ton retour. J'ai choisi de faire endosser le rôle de femme de ménage à Regina, afin de rendre l'histoire plus poignante. Une déchéance sociale peut vite arriver, et j'ai trouvé intéressant de le montrer, à travers une femme forte perdant le contrôle de sa vie. Il s'agit d'un parti pris littéraire que j'assume. Bonne continuation.
Elles étaient toujours enlacées, dans la chambre d'Emma, faisant progressivement tomber leur amure sentimentale respective. Elles se dévoraient, se pressaient l'une contre l'autre, se jaugeaient. Aucune des deux n'était prête à faire le premier pas. Celui qui aurait pu leur permettre de laisser libre cours à leurs désirs, et à un abandon salvateur. Puis la brune se jeta à l'eau. Elle avait déjà presque tout perdu, sa dignité, son travail, sa fortune, sa maison et sa voiture. Il ne lui restait que son fils et peut-être Emma, pour le meilleur et pour le pire. Elle savait la blonde fragile, sujette à ses propres turpitudes, mais également affamée de tendresse, de compréhension et d'amour. Elles étaient toutes les deux en pleine reconstruction, et leur relation était peut-être ce baume nécessaire à leur survie. Regina se rapprocha encore, serrant convulsivement Emma, et lui chuchota les mots tant attendus.
- Je ne veux pas perdre de temps en tergiversations inutiles. Je te veux, Emma, et j'ai envie de terminer ce week-end en beauté.
- Tes désirs sont des ordres, Regina.
La réponse détruisit les dernières barrières de la blonde, qui embrassa son cou, sa mâchoire et le haut de sa poitrine, sans aucune retenue. Elle effleura son corps, par-dessus le pyjama, et patienta jusqu'à obtenir son assentiment pour aller plus loin, malgré son impatience. Elle se contint, attendant encore et encore, que Regina en fasse de même, mais rien ne se produisit. Elle avait beau se montrer d'une tendresse extrême et d'un respect attentif, Regina ne donnait aucune nouvelle impulsion de son côté. Elle arrêta ses baisers et ses caresses, et observa sa partenaire.
- Tu te forces…
- Non ! Je te jure que non.
- Tu n'es pas avec moi, là… J'ai l'impression de te brusquer.
La blonde, sans rien ajouter, se défit de l'étreinte câline et revint de son côté du lit. Elle était malheureuse, mais ne pouvait continuer ainsi. Elle se sentait presque sale, de savourer ce moment, alors que la mère de famille semblait déconnectée de la réalité.
- Emma, reviens, je t'en prie.
- Non, je préfère ne pas profiter de cette nuit, si c'est pour te voir triste demain matin, ou pire, en colère. Je sais quand ce n'est pas le bon moment, et je peux comprendre, ne t'inquiète pas.
- Au contraire, je m'inquiète. Je t'assure que…
- Inutile, Regina, j'ai compris.
Le couperet tomba, pour chacune des deux femmes. Le ton d'Emma était catégorique, et ne laissait pas la place à l'hésitation. Elle préférait choisir de mettre un terme à leur corps à corps naissant, plutôt que de se sentir idiote et manipulatrice, au détriment de la superbe brune qui lui mettait les nerfs à vif. Elle se tourna légèrement vers le mur, essayant de ne pas pleurer, sachant combien cela pouvait être égoïste de sa part. Mais après s'être autant livrée, être boudée de la sorte lui faisait mal. Regina, quant à elle, ne savait pas comment faire pour exprimer ses sentiments. Elle savait qu'à un moment ou à un autre, le sexe serait incontournable, mais elle avait toujours peur. Elle se voyait déjà perdre Emma, soit en cédant à son désir, soit en la repoussant, et ça tournait en boucle dans sa tête, l'empêchant de profiter de l'instant présent. Et finalement, sa libido ne fit définitivement pas le poids, face à ses émotions exacerbées. Elle porta sa main vers le bras d'Emma, pour la faire se retourner, mais ne termina pas son geste. Finalement, la blonde était la plus sérieuse des deux, et la plus délicate. Ce qui était peu surprenant, au vu de la déchirure de sa vie. Elle faisait réellement attention à Regina, et à son bien-être, en s'oubliant, bien souvent. Elle soupira, fort, sans même s'en rendre compte. Elle ne parvenait pas à s'ouvrir et c'est celle qui lui offrait ce merveilleux week-end qui en pâtissait. Elle rageait contre elle-même, et son incapacité à se détendre, à faire la part des choses, et à aimer, tout simplement. Elle finit par se tourner de son côté également, le cœur lourd.
Alors que la maisonnée dormait, plus ou moins profondément, un bruit à la fenêtre réveilla en sursaut Emma, qui avait le sommeil léger, lorsqu'elle ne buvait pas. Elle se surprit à vérifier si tout allait bien pour Regina, avant de sortir précautionneusement du lit, et de se rendre à la cuisine, afin de se préparer une tisane. Elle n'aimait guère être ainsi réveillée, et avait toujours d'énormes difficultés à retrouver le sommeil. Elle s'installa dans le canapé, et laissa son esprit divaguer dans le ciel noir. Elle distingua quelques étoiles, mais ne savait pas reconnaître les constellations. Elle se contenta donc de profiter de ce spectacle, sans cesser de penser à une chose : devait-elle remonter et se recoucher dans son lit ? Ou laisser la brune dormir en paix, sans risquer de la réveiller inopportunément ? Elle but sa boisson chaude, et resta là, sans vraiment prendre de décision. Elle ne savait plus où elle en était. Regina la battait froid, souvent. Et ces quelques paroles apaisantes, ces derniers jours, ne suffisaient plus à lui prouver qu'elle pouvait continuer cette relation. Quel intérêt si c'était à sens unique ? Elle commença à frissonner, son pyjama offrant une maigre protection contre le froid de la nuit, qui s'était installé dans le salon. Elle chercha un plaid, afin de se rouler en boule dedans, et resta là, à grelotter malgré tout.
Regina sentit un vide à ses côtés, et chercha la blonde, sans succès. Elle se retourna complètement et laissa son regard parcourir la chambre, avant de se rendre à l'évidence : Emma n'était plus là. Elle se leva, et descendit, une pointe d'inquiétude au fond du cœur. Emma n'avait pas osé s'enivrer à nouveau ? Ou partir en catimini ? Elle s'aperçut bien vite que ses inquiétudes étaient infondées. Elle trouva la femme d'affaires étendue dans le canapé, frigorifiée. Elle l'observa quelques minutes, et secoua la tête. Emma avait préféré se réfugier ici, seule, plutôt que de l'affronter ? Elle en conçut du dépit, mais c'était entièrement de sa faute. Aussi, fit-elle le tour du sofa, et s'agenouilla-t-elle devant le corps calme. Elle remit en place une mèche derrière une oreille, avant de s'apercevoir combien cela était vain. La chevelure indisciplinée revenait devant le visage tant apprécié. Elle pressa un baiser sur sa joue, et la réveilla doucement.
- Emma… Tu vas prendre froid… Remonte avec moi. S'il te plaît.
Sa comparse leva une paupière, avant de gémir, empâtée dans son sommeil. Elle ne fit pas de difficulté et prit la main tendue, avant de se lever, toute engourdie. Elle se colla au corps chaud, en montant l'escalier, et resta cramponnée à la brune, qui ne s'écarta point. Elles s'écroulèrent ensemble dans le lit, fatiguée et tâtonnant dans la pénombre environnante. Emma réceptionna Regina dans ses bras, et ne sut quoi faire par la suite. Elle ne bougea plus, le souffle coupé, et resta figée, dans l'anticipation d'une rebuffade. Elle voulut se décaler, mais contre toute attente, un baiser timide s'empara de ses lèvres, et des mains délicates caressèrent le haut de sa poitrine. Elle ne répondit pas, trop abasourdie par la réaction soudaine de Regina. Elle sentait ses barrières tomber sous les assauts doux, mais fermes. Elle ne put s'empêcher d'enlacer davantage le corps de la mère de famille, et de lui rendre enfin son baiser. Son corps commença à bouger seul, sans son autorisation, par son désir ardent de contact charnel, avec la femme qui faisait clairement battre son cœur. La blonde souhaitait lui demander si elle était certaine de son choix, si elle ne se jetait pas dans une bataille, afin de ne pas perdre la guerre. Mais aucun son ne franchit ses lèvres, et elle la fixa, sans pouvoir mettre un frein à ce début d'ébat. Elle se laissa aller, la brune ne s'arrêtant pas en si bon chemin. Le silence régnait dans la pièce, les gestes étaient parfois maladroits, mais toujours tendres.
Au bout de presque dix minutes, Emma prit enfin conscience que Regina continuait, malgré ses paroles, prononcées quelques heures plus tôt. Elle comprit que la brune faisait un effort, afin de ne pas perdre ce début de relation naissante entre elles. Elle la fit rouler sur le côté, et la déshabilla lentement, la fixant, afin de ne pas commettre un nouvel impair. La pénombre laissait une grande place à l'interprétation des soupirs et gémissements ténus qui s'échappaient de leurs bouches. Emma débarrassa Regina de son haut de pyjama, le tirant par-dessus sa tête, et laissa ses doigts parcourir la poitrine offerte. Elle se baissa et l'embrassa, jouant avec, sentant son propre corps se détendre enfin. Elle n'avait qu'une seule ambition : faire fondre Regina, et lui prouver qu'elle pouvait avoir confiance en elle, et en ses sentiments. Elle la câlina un long moment, la cajolant sans cesse, et se redressa pour crocheter ses doigts de chaque côté de l'élastique de son pantalon. N'obtenant aucune réponse, elle le fit descendre, et fut surprise de ne pas trouver de culotte dessous. Elle regarda la brune, qui sourit timidement, et retira enfin complètement le vêtement. Elle l'admira sans complexe, dans la pénombre. Elle sentait un corps entretenu, et les quelques rides et preuves du temps qui passe, magnifiait l'ensemble de cette œuvre d'art. Elle se permit enfin quelques mots, afin de s'assurer que sa partenaire comprenait sa délectation.
- Tu es sublime. Comment peut-on te résister ?
- Prouve-le-moi, Emma.
La blonde reprit ses attentions, sans se préoccuper de son propre désir, qui lui hurlait de prendre possession de cette femme magnifique. Elle prit son temps, faisant courir sa langue sur ses seins, son ventre, le haut de ses cuisses, et revint déposer des baisers dans son cou. La brune écarta les jambes davantage, lui signifiant qu'elle en attendait bien plus de sa part. Emma laissa sa main tracer un sillon jusqu'à son entrejambe, et ses doigts s'insinuèrent en elle, la faisant se cambrer. Le va-et-vient était volontairement lent, doux, et transmettait toute la tendresse dont la blonde était capable. Elle dévisageait la mère de famille, afin d'être certaine que seul le plaisir la poussait dans ses ultimes retranchements. Elle voulait la protéger, la chérir, et lui faire oublier, l'espace d'un moment dans ses bras, que ce monde pouvait se montrer cruel et violent. Mais pas elle. Elle avait toujours été d'une grande douceur, même passionnée. Elle avait toujours fait passer l'envie des autres avant la sienne, et ne semblait pas vouloir changer de trajectoire, surtout avec Regina. Elle savait que cette dernière lui cachait de nombreuses blessures, elle fit donc en sorte que cette première fois n'en devienne pas une de plus. Son pouce massa délicatement son clitoris, pendant que sa bouche s'attardait sur un téton durci. Regina crispa ses doigts autour du drap, et laissa un long gémissement s'échapper. Elle se détendit, et Emma arrêta ses mouvements, jusqu'à se retirer, afin de ne pas la gêner. Elle revint sur son corps, en tirant la couette sur elles. Emma laissa sa tête dans son cou, et se colla à son flanc. Elle était bien, une main sur le ventre adoré, la protégeant, et le souffle apaisé. Regina ne prononça pas un mot, laissant la blonde se coller à elle, et se tourna enfin pour l'étreindre, comblée.
- Emma…
- Hum ?
- Je ne pensais pas que j'en avais autant envie…
- Tu te mets tellement de barrières… Pourtant, je ne suis pas ton ennemie.
Le rire rauque monta dans la chambre, laissant les deux femmes sur un petit nuage.
- Je le sais. Je suis ma propre ennemie. Mais promets-moi. Tu ne vas pas me laisser seule, une fois rentrée ? Ce n'est pas que ça, n'est-ce pas ? Je ne suis pas que…
- Non, tu ne seras jamais un coup d'un soir. Tu es la femme d'une vie, j'en suis persuadée.
- Tu n'as pas peur des mots… Je serai peut-être celle qui t'abandonnera…
Emma écarquilla les yeux. Regina venait-elle de lui avouer que ça pourrait être elle, le coup d'un soir ? Elle pâlit, se sentant trahie, face à revirement de situation. Elle tenta de faire fi de cette remarque étrange, et mit cela sur le compte des émotions de la soirée.
- On devrait dormir, nous nous levons dans moins de trois heures.
- Mais, et toi ? Tu vas être frustrée…
- Ne t'inquiète pas, t'avoir fait l'amour me suffit amplement. Et puis, je suis fatiguée.
Regina la serra dans ses bras, comprenant qu'il y avait un problème sous-jacent. Elle voulut la câliner, mais Emma se blottit contre elle, afin de couper court à tout nouvel ébat. Elle avait une telle peur de l'abandon, que les paroles de Regina avaient douché sa libido. Elle pressa un baiser sur ses lèvres, et ne bougea plus, priant le sommeil de la cueillir rapidement. Bien sûr, ce ne fut pas le cas, son esprit tourmenté la faisant souffrir, imaginant le pire, une fois tous rentrés. Regina, de son côté, se fustigeait de son franc-parler, mais elle savait que si la police découvrait son escapade, elle risquait gros. Elle avait pris soin de ne pas laisser de traces de son passage, en espérant que cela soit suffisant pour ne pas être inquiétée, une fois chez elle.
Le lendemain matin, aux aurores, Regina sortit du lit, à l'instar de la blonde, et réveilla son fils, qui grogna de mécontentement.
- Encore cinq minutes…
- Lève-toi, Henri, nous devons partir tôt, afin de ne pas être en retard. Emma te prépare un chocolat chaud.
- J'arrive…
L'enfant mit de la mauvaise volonté, mais obéit tout de même, face au regard noir de sa mère. Il passa devant elle, et ne vit pas l'expression triste qui figea subrepticement son visage. Elle se reprit, et descendit à son tour. Une tasse de café fumante l'attendait, tandis que la blonde s'occupait du bambin. Elle but sa boisson d'une traite, et monta rapidement, pour prendre une douche et se préparer. Alors qu'elle entrait dans la cabine de douche attenante à sa chambre, elle sentit deux mains enlacer son abdomen. Elle faillit hurler, avant de sentir des baisers dans son coup.
- Emma ?! Mais tu es folle, j'ai failli avoir une attaque !
- Je me suis permise d'entrer… Parce que je voudrais profiter de nos derniers instants ici.
- En faisant l'amour sous la douche ?
- Non, j'avais juste envie de sentir ta peau. Et te toucher. Pas forcément plus. Mais…
Emma observa la brune, qui ne faisait pas un geste pour accompagner son souhait.
- Tu n'apprécies visiblement pas de partager ton intimité. Je te laisse, pardon. C'était sur un coup de tête, je n'ai pas réfléchi.
Elle sortit de la douche, penaude. Il était parfois bien difficile de cerner la mère de famille. Elle prit une serviette et s'enroula dedans, avant de rejoindre sa propre chambre, déconfite et aussi un peu frustrée. Elle fit rapidement ses ablutions, et enfourna rageusement ses affaires dans sa valise. Elle la porta jusqu'au coffre de la voiture, et Henri attendait patiemment au salon que les deux femmes furent prêtes.
- On part bientôt ?
- Dès que ta mère a fini sa toilette.
- Et… Y a pas de problème entre vous ?
- Non, Henri.
- Parce que vous étiez bizarres, ce matin.
- Ah ? Tout va bien. Pas d'inquiétude, mon grand.
Le mensonge éhonté de la blonde ne fit pas long feu, mais Regina leur offrit une diversion bienvenue. Emma se porta à sa hauteur, afin de prendre sa valise et la ranger aux côtés de la sienne. La brune la remercia d'un signe de tête et prit place dans la voiture, avec son fils. La femme d'affaires jeta un dernier coup d'œil à la maison, et la ferma à clé. Puis elle s'assit derrière le volant et partit de Storybrook, le cœur étrange et confus.
Emma déposa l'enfant à l'école, directement. Le trio n'avait pas le temps de retourner à l'appartement de la petite famille, après avoir été pris dans des bouchons interminables. Lorsqu'elles furent seulement toutes les deux, l'ambiance changea, et la blonde tenta de s'excuser encore une fois pour son comportement de ce matin.
- Regina, j'espère que tu ne m'en veux pas trop pour ce matin.
- C'est déjà oublié, Emma.
- Je te dépose au travail ?
La passagère vérifia l'heure et grimaça.
- Oui, s'il te plaît. Je ne voudrais pas être en retard, mon patron n'est guère tolérant sur la question.
- Très bien.
Elle s'inséra dans la circulation, et le silence reprit ses droits, imposant et difficilement supportable. Elle se gara à une dizaine de mètres de l'entrée de Net&clean, et Regina se tourna vers la conductrice, une fois sa ceinture retirée.
- Emma, je sens qu'il y a un malaise entre nous… Et ça me fait de la peine.
- Euh… Non, ça va…
- Tu mens.
Elle ne savait comment se dépêtrer de la situation. Les paroles de Regina, après avoir fait l'amour, et sa rebuffade de ce matin, avaient durement touché la blonde, qui ne voulait néanmoins pas se montrer trop quémandeuse d'attentions. Elle avait l'impression d'avoir fait un pas en avant et trois en arrière. Elle soupira, et posa sa main sur son bras.
- Emma, je suis désolée, si mon comportement peut te dérouter. J'essaie de m'adapter à toi, à nous, mais des années de solitude ont laissé des traces. Et je vois bien que j'ai commis une erreur. Pardonne-moi.
- Toujours…
Regina ne rajouta rien, sentant la détresse de sa partenaire, mais l'horloge la poussa à écourter la conversation. Elle lui sourit, se sentant idiote, et lui déposa un baiser à la commissure des lèvres.
- Je te rappellerai bientôt, Emma. C'est promis.
- D'accord. Bonne journée, Regina. Merci pour ce week-end.
- C'est plutôt à moi de te remercier.
Elle s'enfuit presque comme une voleuse, et entra rapidement dans son entreprise. Elle était perdue, et nauséeuse, à force de se torturer l'esprit. Robin pénétra à son tour dans la pièce, et héla la brune.
- Regina, bonjour ! J'espère que vous avez passé un bon week-end. Suivez-moi, j'ai une excellente nouvelle à vous annoncer !
La brune suivit le mouvement, peu assurée par les propos de son patron, qui savait se montrer un peu trop entreprenant à son encontre. Elle s'assit face à lui, lorsqu'il lui proposa le fauteuil. Il se plaça face à elle, maître en son domaine, et exposa son idée, observant attentivement la brune.
- Regina, votre travail est très apprécié. Aussi, je me suis dit qu'il était peut-être temps de vous faire monter en compétences.
Elle en fut positivement surprise, et lui sourit, attendant impatiemment la suite.
- J'ai un gros client, qui souhaite recruter une nouvelle équipe. Vous pourriez l'intégrer. Les avantages sont nombreux : meilleur salaire, temps de repos supplémentaire, travail en équipe. Vous n'auriez plus à courir à droite et à gauche, mais vous seriez dans cette société la moitié de la semaine. Trois jours par semaine précisément.
Regina était emballée par cette perspective. Les aspects positifs de ce nouvel employeur la comblaient. Une ombre au tableau, néanmoins, la turlupinait.
- Et mes meilleurs clients ?
- Feriez-vous allusion à madame Swan ?
- Entre autre.
- Hé bien, vous pourriez toujours vous en occuper, les deux autres jours. Qu'en dites-vous ?
- C'est une belle opportunité que vous m'offrez là. Merci d'avoir pensé à moi.
- Je vous en prie, c'est amplement mérité.
- Et quand est-ce que je commence ?
- La semaine prochaine. Qu'en dites-vous ?
- Bien entendu.
Elle se leva et salua Robin, le cœur plus léger. Elle était en train de se raviser sur son jugement quant à sa personne, lorsqu'elle se retourna pour lui poser une question pratique.
- Vous ne m'avez pas dit où se situait cette société.
- Oh, suis-je bête. Il s'agit d'une grosse société immobilière, dans le centre-ville. Vous savez, l'immeuble en verre, qui trône sur la grande avenue ?
La belle brune pâlit d'un coup. Elle voyait très bien où se situait cette bâtisse, puisqu'elle avait dirigé cette société. La coïncidence était trop invraisemblable. Elle déglutit péniblement, et tenta de s'éclaircir la voix.
- Vous savez ? Ce n'est pas possible… Pourquoi faire une chose pareille ?
- Oh, ma chère Regina, vous n'avez pas voulu profiter de mes largesses, alors ne vous étonnez pas de ce retour de bâton. Bien sûr, vous pouvez toujours refuser ce travail, mais je sais que vous ne parvenez plus à joindre les deux bouts. Je vous laisse choisir : la déchéance, ou l'humiliation. Vous vous êtes attaquez à plus puissant que vous. Le vice-président vous salue, d'ailleurs. Il était ravi de savoir que vous reveniez dans votre ancienne entreprise, sans belligérance aucune.
- C'est une blague ? Je vais devoir ramper devant cette bande de porcs ?
- Mesurez vos paroles.
- Je refuse ! Ils m'ont destitué et tout pris ! Et je devrais vider leurs poubelles et jouer à la soubrette devant eux ?! Je ne tomberai pas si bas !
- C'est dommage… Car vous avez déjà été remplacée sur les trois jours de travail, qui seront dédiés à cette société. Donc, je ne peux plus revenir en arrière. Vous devez manger, vous aussi. Et puis, vous avez un enfant. Ne faites pas la fine bouche, si je puis m'exprimer ainsi.
Le rictus hautain et satisfait de Robin lui glaça le sang. Elle ne pourrait pas s'en sortir, cette fois. Elle était acculée, prise au piège de ce maniaque.
- Tout ça parce que j'ai refusé vos avances ?
- Vous ne vous montrez guère coopérative. Et vous semblez croire que vous avez encore les moyens de jouer aux grandes dames. Pas de ça avec moi ! Je vous ai vu tremblante, en petite tenue, et c'est moi qui vous ai sortie des griffes de la police ! Et même pas un remerciement digne de ce nom !
Elle blêmit davantage encore, et hoqueta d'effroi. Elle tergiversa, pesant le pour et le contre. Mais tout son être se révulsa à l'idée d'être ainsi humiliée et rabaissée, comme une moins-que-rien. Elle ne pouvait cependant pas se permettre de perdre encore de l'argent. Aussi, dans un dernier sursaut, elle laissa tomber quelques mots.
- Je dois y réfléchir. Je vous donne ma réponse demain.
- Faites donc.
Elle referma la porte, et étouffa un sanglot. Le retour de bâton n'avait pas été long à se produire. Son week-end s'effaçait déjà, laissant place à la rancœur et au désarroi. Elle resta là, figée et perdue. Ashley la sortit de ses pensées.
- Hey, Regina ! Tu es toute pâle, ça va ?
- Euh, oui, un peu de fatigue…
- Après un week-end ? Tu as fait des folies de ton corps ?
Regina ne répondit pas, et coula un regard vers la sortie. Ashley perçut son malaise, et s'approcha d'elle.
- Pardon, je ne voulais pas te vexer.
- Non, ça ira. Il faut qu'on aille se préparer…
- Oui, mais…
- Nous sommes en retard.
La brune lui passa devant, sans sourciller, clairement ailleurs. La blonde ne chercha pas à en savoir davantage, tant sa collègue semblait fermée et perdue. La journée se passa lentement, et de façon morose. Regina n'ouvrit quasiment plus la bouche, et fit des erreurs de débutante, plusieurs fois, au point d'être rappelée à l'ordre par Cendrillon.
Le soir venu, Regina n'avait toujours pas réussi à prendre une décision. Elle défit les bagages et fit rapidement à manger, sans se donner la peine de toucher au plat. Son fils le remarqua, mais il n'obtint aucune réponse et dut partir se coucher tôt, sa mère l'y enjoignant fermement. Elle ne déplia pas le canapé, et resta prostrée, tel un animal blessé, une bonne partie de la soirée. Elle regarda les derniers bijoux qui restaient dans sa boîte, et sut que cela ne serait jamais suffisant pour vivre dignement. Elle sanglota silencieusement, incapable de prendre une décision qui lui labourait l'âme. Elle avait totalement oublié Emma, qui passa une triste soirée, seule dans son loft. Le lendemain, Regina se rendit machinalement dans l'appartement de la blonde, et entama son ménage. Mais le cœur n'y était pas. Elle s'assit et posa son regard sur le carnet, qui aujourd'hui lui semblait un bien lourd pavé. Tout avait commencé par ce livret insignifiant. Et maintenant, elle devait retourner à l'endroit qui avait connu sa chute. Finalement pas de rédemption pour elle. Elle sursauta, la colère étreignant tout son être. Et pourquoi devrait-elle encore une fois plier devant l'exigence de cet homme ? Elle sortit son portable, et pianota un message rapide pour Emma, lui demandant de venir au loft ce midi. Elle l'attendit, car elle mettait tous ses espoirs dans la prochaine discussion qu'elles auraient ensemble.
Lorsque la porte du loft s'ouvrit sur une Emma inquiète, Regina se leva du canapé et, sans aucune parole, elle l'enlaça. Elle avait besoin d'être rassurée, et Emma avait accouru après son message, pensant que la mère de famille souhaitait mettre fin à leur relation. La blonde resserra ses bras autour du corps, qui frissonna d'appréhension. Elles étaient toutes les deux sur les nerfs, et la peur leur tordait le ventre. Regina rompit l'étreinte et caressa sa joue.
- Merci d'être venue. J'ai… Besoin de toi.
La femme d'affaires soupira si fort que la brune la fixa bizarrement. Elle dut s'en expliquer, quelque peu penaude.
- J'ai cru que tu ne voulais plus de moi…
- Bien au contraire… Je suis parfois maladroite, je ne sais plus exprimer correctement mes sentiments, à part avec Henri. Mais, je suis dans une impasse, et je ne sais pas quoi faire… J'ai l'impression de devenir folle.
- Dis-moi tout. Je t'écoute.
Emma lui prit la main et la mena jusqu'au sofa, prenant soin de ne pas la brusquer et de la laisser respirer.
- J'ai… Un problème. Et je ne sais plus quoi faire. Soit j'écoute ma raison, au risque de m'écrouler, soit j'écoute mon instinct, au risque de finir à la rue… Dis comme ça, le choix devrait être vite fait. Mais je ne parviens pas à franchir le cap.
- Explique-moi, que je puisse t'aider. Je ne veux pas te voir souffrir ainsi, alors si je peux faire quoi que ce soit…
- Je… J'ai perdu mon travail, il y a quelques mois, et je suis devenue femme de ménage. Mon patron m'a proposé de faire partie d'une équipe, d'être mieux rémunérée et d'avoir un poste fixe trois jours par semaine.
- Je ne vois pas où est le problème. Si tu ne peux plus venir ici, je comprendrai, et je viendrai passer mes soirées avec vous deux.
- Le travail se situe dans mon ancienne entreprise.
- Oh, je vois…
- C'est l'humiliation garantie !
- Mais c'est fou d'être tombé pile poil sur ton précédent employeur…
- C'est n'est pas par hasard, Emma…
- Regina, dis-moi la vérité. Je sens que tu me caches quelque chose.
- J'ai repoussé les avances de mon patron, et il me le fait payer, sachant que je suis prise à la gorge, financièrement.
- Tu as des droits, Regina, ne te laisse pas faire !
- Je ne peux pas me payer le luxe d'aller porter plainte !
- Je te soutiendrai, alors…
- Non, je ne peux, ni ne veux. Je n'ai pas le choix, il le sait très bien, et je ne peux rien y faire. Soit je m'exécute, et je me fais traîner dans la boue, quitte à être définitivement brisée, soit je refuse, et je ne peux ni nous loger, ni nous nourrir. Je suis fatiguée de me battre, Emma, si fatiguée…
- Alors, venez chez moi tous les deux. Le loft est grand, et je t'ai…
- Stop, ne le dis pas ! Je ne suis pas stupide, au point de ne pas voir combien tu as pitié de moi. C'est exactement ce que je voulais éviter ! J'ai toujours apprécié que tu me perçoives comme ton égale, et non comme une vulgaire…
- Regina ! Tu es mon égale, ma… Moitié. Je t'en supplie, ne pars pas en courant ! Je ne veux pas te perdre, tout sauf ça. Tu m'as fichue la frousse, cette nuit-là, en me disant que ce serait peut-être toi qui me quitterais. Mais je serai là, pour toi et Henri. Je refuse de voir les personnes que j'aime être mises à la rue, tout ça parce qu'un crétin te tient. Je sais que tu n'as pas assez confiance en moi pour tout me raconter, mais ça viendra peut-être ? Qui sait ? Mais je t'offre de l'aide. On en a tous besoin, à un moment ou à un autre de notre vie.
- Je ne peux pas encore déménager… Et si ça ne fonctionne pas, entre nous ? Je me retrouve à la rue ! Et puis, tu n'as pas de chambre pour Henri, ici. Je ne peux pas tout risquer, pour que ton égo se sente bien.
- Je veux juste t'aider ! Cesse de me repousser, je t'en supplie. Je ne vais pas te regarder t'auto-détruire, sans rien dire ou faire ! On peut aménager un coin pour Henri, la pièce de vie est immense. Ou bien on lui laisse la chambre, peu importe.
- J'emménage directement dans ton lit, également ?
Emma était désemparée. La brune contrecarrait systématiquement toutes ses idées. Elle tenta alors le tout pour le tout, en sachant déjà que c'était une mauvaise idée.
- Je peux aussi te donner de quoi payer le loyer. J'ai de l'argent, et je ne l'utilise pas.
Le visage de Regina marqua une horreur non feinte.
- Tu veux m'entretenir ?! Je ne suis pas une poule de luxe. Et je ne veux pas que tu claques des doigts, pour que je m'allonge, puisque je te serai redevable !
- Jamais de la vie ! Tu t'entends, là ? Pour qui me prends-tu, Regina ? N'ai-je pas déjà prouvé que tu pouvais t'appuyer sur moi ? Je tiens à toi, mais tu deviens blessante… Encore une fois.
Elles se fixèrent, dans l'impasse. Regina vit la douleur sur les traits de la blonde et se morigéna d'en être, une fois de plus, la responsable. Elle explosa alors en sanglots, ses nerfs lâchant sans aucune retenue. Emma s'approcha doucement et la berça. Elle devait protéger la brune, à n'importe quel prix. Et surtout, malgré elle. Les prochains jours seraient probablement difficiles à supporter, mais nécessaires à leur rédemption.
