Chapitre 16 : précipitation

Réponse au premier Guest : Merci de ton retour. Cette fiction pourrait faire penser à certains films pseudo-romantiques, néanmoins, je ne réserve pas le même sort à nos héroïnes. À bientôt.

Réponse au deuxième Guest : Merci de ton retour. Mais je ne vois aucun rapport avec l'histoire…

Je tiens à rappeler qu'il est beaucoup plus facile de répondre aux reviews des guests, lorsqu'ils sont identifiés sur le site. Et que si les trolls font partie des contes de fée, nous sommes dans la réalité. Ils ne sont donc pas les bienvenus ici. À bon entendeur…

Bonne lecture à tous.

X X X

Regina ravala ses sanglots avec difficultés. Elle se calma au bout de longues minutes, mais la réalité la rattrapa malgré tout. Elle devait faire un choix. Elle avait jusqu'à la fin de cette journée fatidique pour décider de sa trajectoire de vie : s'aplatir, ou se rebeller. Accepter son supplice, et boire le calice jusqu'à la lie, ou tenter une nouvelle aventure, qui pouvait s'avérer à double tranchant. Elle se défit de l'étreinte d'Emma, et planta ses billes chocolat dans les prunelles émeraudes.

- Emma, tu te rends compte que si j'accepte, je remets ma vie entre tes mains ?

- Oui, et crois-moi, j'en suis bien consciente. Je serai présente, quoi qu'il arrive.

- Ne me fais pas de promesses que tu ne pourras peut-être pas tenir.

- Regina, tu ne cesses de me repousser, afin de te protéger de je ne sais quoi. Je prends également un risque. Si tu me quittes, parce que tu t'aperçois finalement que je ne suis pas ton idéal, tu dois bien comprendre que je risque de replonger dans mes travers. Bien sûr, ce n'est pas aussi grave que toi, je n'ai pas d'enfant à charge, mais ça pourrait me tuer, à force.

La belle brune ne cilla pas. Elle se contenta de prendre sa main et de la serrer. Elle entraînait Emma dans son bourbier, et elle ne parvenait pas à s'en vouloir. Était-ce le signe qu'elle avait déjà trop enduré et qu'elle lâchait prise pour tout ? Elle se ressaisit et secoua la tête.

- Très bien. Alors, faisons un essai. Je vais envoyer balader mon patron, ce qui signifie perdre, pour l'instant, plus de la moitié de mon salaire. Je viendrai demain soir avec Henri, afin de passer le reste de la semaine ensemble. Je ne veux plus jamais être rabaissée à tel point que la mort paraît être une alternative plaisante. Si tout va bien, je pourrais voir venir, et trouver un autre boulot…

Regina pensa au reste de ses bijoux, qu'elle pouvait vendre en dernier recours. Elle jeta un regard à sa sauveuse. Ce n'était ni un chevalier en armure, ni un colosse indestructible, bien au contraire. Mais parfois, une personne capable de comprendre nos souffrances et difficultés suffisait amplement à redonner un tant soit peu confiance en la vie. Mais tout était si précipité. Leur histoire partait dans n'importe quelle direction, ne respectait aucun point crucial des rendez-vous amoureux, ce qui leur aurait permis de mieux se connaître, plutôt que de tout hâter, avec de multiples zones d'ombre. Regina se tourna vers Emma, le visage neutre, mais la voix pourtant ferme.

- Je pars dire à Robin que je décline sa proposition. Merci pour tout. Je vais essayer de m'adoucir, car je ne veux pas te blesser. Ce n'est pas contre toi, mais… Je me dois d'être responsable, de ne pas me faire d'illusions. C'est de ma lucidité dont dépend notre survie. Je n'ai nullement le droit à l'erreur. Pas avec Henri.

- Donc, nous sommes d'accord.

- Oui.

Regina tendit sa main à Emma, qui la prit, afin de sceller leur accord. C'était tout à la fois : une promesse et un nouveau contrat, liant dorénavant leurs vies.

Regina repartit peu de temps après, afin de rendre sa réponse. Elle s'arma de courage, ne revenant pas de son audace. Mais à force de trop encaisser, elle voulait rendre les coups, et ne plus se laisser marcher sur les pieds. Elle savait que c'était probablement une erreur, mais une bêtise salvatrice pour son âme. Elle toqua à la porte de Robin.

- Entrez !

- Bonjour monsieur Hood.

- Regina, vous venez me dire que vous acceptez mon offre généreuse ?

- Je viens vous dire que je la décline, et que par conséquent, je ne travaillerai plus que deux jours par semaine, puisqu'aucun nouveau client ne s'est manifesté pour que je puisse faire davantage d'heures.

- Pardon ?

- Je me répète : c'est non. Je n'intégrerai pas votre équipe, mais je continuerai bien entendu sur les deux autres jours de la semaine, à travailler pour les particuliers, qui m'accordent encore leur confiance.

- Vous ne serez payée qu'en fonction du travail fait.

- J'avais parfaitement compris la chose.

- Vous jouez gros, Regina. Très gros. Auriez-vous trouvé un pigeon pour vous permettre une telle liberté ?

- Non.

- Oh, allons, pas à moi. D'ailleurs, je devrais peut-être dire tourterelle…

- Ma vie privée porte bien son nom.

- Ne soyez pas ingrate avec moi.

- Vous n'avez aucun motif sérieux pour me renvoyer.

- Je pourrais en trouver. Et vous n'iriez pas voir la police. Donc, à la fin, c'est moi qui gagne.

- Je trouverai un autre travail.

- Vous êtes grillée absolument partout. Et je peux aussi vous présenter comme persona non gratta dans le milieu du ménage. Comment pourriez-vous vous en sortir ? Pensez-y donc.

- C'est tout vu.

- Quel caractère. Pas étonnant, quand on sait qui vous étiez.

- C'est de l'histoire ancienne. Aujourd'hui, je ne suis qu'une femme qui cherche à joindre les deux bouts, tout en élevant correctement son fils. Rien de plus.

- Sans votre fils, vous ramperiez à mes pieds.

- Sans lui, je serai déjà partie loin.

- Pas avec la police qui vous surveille comme le lait sur le feu.

Regina se tendit et Robin savoura sa victoire.

- Donc, vous déclinez mon offre de travail, mais rien ne prouve que vous ne reviendrez pas à de meilleures dispositions, plus tard. Sur ce, je ne vous retiens pas. Bonne journée, chère employée.

- De même.

Elle s'en fut rapidement, les jambes en coton et le cœur battant la chamade, complètement électrisée. Elle venait de l'envoyer paître, et cette conviction la porta le restant de la journée.

Le soir, elle prit soin de faire un bon petit plat, sous l'œil d'Henri, qui comprit instinctivement qu'il se tramait quelque chose.

- Maman, tu as un truc à me dire ?

- Mon fils, si intelligent.

- Mouais. Et ?

Regina s'assit en face de lui, et se racla la gorge.

- J'ai perdu des clients, au travail, et je ne peux travailler que deux jours par semaine. Donc il ne m'est plus possible de payer le loyer. Emma a gracieusement proposé de nous héberger, le temps que je trouve une solution.

- C'est vrai ? On va vivre chez Emma ?!

- Oui, mais c'est provisoire, mon chéri.

- Mais c'est trop cool !

- Euh, je ne m'attendais pas à ce que tu sois si enthousiaste. Mais tu vas devoir faire ton sac, pour quelques jours. Nous allons tout d'abord voir si ça fonctionne, notre cohabitation.

- Oh, jusqu'au week-end ?

- Tout à fait, Henri.

- C'est une super surprise ! Emma est gentille et elle a un appartement immense !

Une inquiétude traversa son visage enfantin.

- Mais y a pas de chambre pour moi…

- On va trouver une solution, ne t'inquiète pas. Je te protégerai toujours, et si tu as le moindre problème, tu viens m'en parler. D'accord ?

- Oui, c'est promis. Mais c'est un peu comme des vacances !

- Pas tout à fait… Mais je préfère que tu voies ça ainsi. Disons que c'est une expérience.

Le dîner fut plein de questions, et de cris de joie. Henri y voyait bien autre chose, qu'une simple expérience. Il savait qu'il aurait les deux femmes pour lui, et que ça ressemblerait à une famille. Il n'en demandait pas tant, et était donc plus que ravi de la tournure des évènements.

Le lendemain soir, Henri et Regina se présentèrent devant la porte du loft de la blonde, qui leur ouvrit, un grand sourire aux lèvres.

- Bienvenue dans votre humble demeure !

- Merci, Emma.

- Salut, Emma ! C'est trop cool !

Le trio s'avança dans le salon, et Henri vit qu'un paravent avait été installé, avec des étagères pleines de livres. Derrière cette tour d'ivoire, impossible de savoir ce qui était caché. Il s'approcha, curieux, et découvrit une chambre, avec un lit en hauteur, et un coin bureau en dessous. Des peluches et un tapis de jeux complétaient l'ensemble.

- Waouh… C'est ma chambre ?

- Oui, si cela te convient, c'est ton antre !

- J'adore, on dirait un château !

- Installe-toi tranquillement, Henri. Tu nous diras si c'est trop bruyant, puisque ta chambre fait partie du salon.

- Pas grave. C'est l'aventure !

Emma ricana face à l'enthousiasme du gamin, alors que Regina approuvait l'agencement de la chambre. Elles se dirigèrent ensuite dans la chambre de la blonde, et la mère de famille y déposa son sac.

- Regina, si ça te gêne, j'irai dormir dans le canapé, ça ne me dérange pas. Je ne veux pas que tu croies que c'est une obligation de dormir ensemble. Et puis, si Henri a envie de te rejoindre durant la nuit, ce ne sera pas bizarre pour lui.

- Tu ferais ça ?

- Bien évidemment.

- Merci, tu es la personne la plus prévenante de mon entourage. Mais tu peux rester là, tu as réussi à créer un monde magique pour mon fils, et ça n'a pas de prix. Je ne vais pas te chasser de chez toi.

- Hey, je veux que vous soyez à l'aise, et que cet appartement soit un cocon pour vous deux.

- C'est le cas. Ton loft est un refuge. Merci encore. Vraiment.

- Bon, c'est pas tout ça, mais tu ne vas pas passer ton temps à me remercier. C'est normal. Je vais préparer le repas. Purée et jambon ?

- Parfait. Je peux t'aider ? Ce serait la moindre des choses.

- Les patates sont presque cuites, mais si tu y tiens, tu peux les écraser.

- C'est trop d'honneur, miss Swan.

- Je sais.

Elles se sourirent, et rejoignirent Henri, qui ne tarissait pas d'éloge sur son coin repos. Une fois à table, Emma resta quelques instants à observer le manège familial qui se déroulait devant ses yeux conquis.

- Henri, tiens-toi bien. Et ne parle pas en mangeant !

- Oui, je sais.

- Il y a de la glace en dessert, si ça vous tente.

- Ouais ! Trop bon !

- Seulement si tu manges toute ton assiette.

L'enfant piocha allègrement dans sa purée et enfourna une grosse fourchetée, prouvant son désir gourmand. Cela fit rire Emma et soupirer Regina.

- Cesse de faire l'idiot, Henri.

Le petit se contenta d'opiner du chef, avant de jeter son dévolu sur son repas. Emma posa sa main sur celle de la mère, et lui souffla des mots apaisants. Le dîner se déroula sans accroc, dans la bonne humeur. La blonde était subjuguée par la fresque qui s'offrait à elle : une vie de famille, tant espérée. Lorsque vint l'heure de se coucher, le bambin ne fit aucune difficulté, impatient de s'allonger dans son nouvel environnement. Emma vint lui souhaiter bonne nuit, avant que sa mère ne le borde correctement et s'assure de son bien-être.

- Henri, comment te sens-tu, ici ?

- Comme un coq en pâte !

- C'est l'excitation de la découverte…

- Peut-être, mais ça change de notre minuscule appartement. Ça me rappelle avant…

Le regard de Regina se fit nostalgique, avant qu'elle ne s'ébroue, afin de cacher son malaise. Elle déposa un baiser sur son front et s'en alla rapidement, éteignant la lumière.

En arrivant dans la chambre, elle ne vit personne, mais perçut le bruit de l'eau, dans la salle de bain adjacente. Elle s'assit sur le lit, prenant le temps de réfléchir à tous les évènements qui s'étaient récemment déroulés. Sa vie basculait à une vitesse vertigineuse vers un inconnu angoissant. Elle était parvenue à esquiver l'humiliation, mais à quel prix ? Un emménagement express chez une femme qui avait clairement des sentiments naissants pour elle. Mais qu'en était-il de son côté ? Elle était perdue, mais savait pertinemment bien qu'elle n'avait nullement le choix, tant ses possibilités de vie étaient réduites. Elle devait absolument trouver un emploi d'appoint. Le travail ne lui avait jamais fait peur, et qu'importe sa situation, elle relèverait toujours ses manches, afin de pourvoir aux besoins de son fils, et le rendre heureux. Lorsqu'Emma sortit de la douche, elle prit place à côté de Regina, toujours plongée dans ses pensées.

- Hey, tu sais, à force de froncer les sourcils, tu vas avoir des rides.

- J'en ai déjà.

- Elles se voient peu, tu es une veinarde.

- Mais elles existent. Je le sens.

- Moi aussi j'en ai, mais ce n'est pas très grave.

- Tant qu'on ne ressemble pas à un vieux tronc d'arbre centenaire…

La blonde s'esclaffa, ce qui eût le mérite de dérider Regina.

- Tu es très drôle, quand tu le veux bien.

- Pas vraiment.

La brune reprit sa contemplation, plongeant sa comparse dans un abysse de questions. Elle lui tapota la cuisse.

- La salle de bain est à toi.

- Oui, merci, j'y vais.

La brune resta un moment dans la pièce, avant de ressortir, et de trouver le lit désert. Elle chercha la propriétaire des lieux, et la trouva dans la cuisine, deux tasses en mains.

- Une tisane ? Pour t'aider à dormir.

- C'est gentil. Henri ?

- Il dort comme un bienheureux. Pas de souci.

Emma n'esquissa pas un geste. Elle attendait que Regina choisisse de la garder ou pas dans son lit. Elle ne voulait rien brusquer, comme durant ce week-end, où elle s'était sentie si mal dans les bras de la mère de famille. Regina comprit et sembla peser le pour et le contre. Puis elle lui prit la main, et elles se couchèrent, sans se toucher, buvant leurs boissons chaudes. Emma lui déposa un baiser sur la joue, avant d'éteindre sa lumière, et de se réfugier sous la couette. Il n'y avait rien à ajouter, seulement profiter de la présence de l'autre, tout en lui laissant l'espace nécessaire à son bien-être. Regina s'endormit, soucieuse quant à son avenir, mais tranquillisée par le comportement de sa nouvelle colocataire temporaire.

Le lendemain matin, Emma se leva tôt, ayant une réunion avec un client à l'autre bout de la ville. Regina se leva concomitamment, afin de préparer le petit-déjeuner de la maisonnée et s'assurer que son fils serait à l'heure à l'école. Elle devait travailler chez des particuliers aujourd'hui, et ne se fit guère prier pour partir travailler. Elle ne voulait surtout pas donner à son patron la moindre chance de la mettre définitivement à la porte. La journée fut harassante, mais elle put se tenir droite et la tête haute. Parfois, ces petites victoires suffisaient à donner une impulsion nécessaire, permettant de croire qu'il existait encore des jours de bonheur. Alors qu'elle passait devant l'étal d'un boucher, à deux rues du loft, elle vit une pancarte sur la devanture. Elle s'arrêta et la relut plusieurs fois, avant de franchir le seuil de la boutique, le cœur battant à tout rompre.

- Bonjour, ma p'tite dame, que puis-je faire pour vous ?

- Bonjour, j'ai vu votre pancarte, et…

- Vous êtes intéressée par le boulot ?!

- Oui, en effet.

- C'est bien la première fois que ça arrive… Et euh, vous avez des qualifications ?

- Je n'ai jamais travaillé en boucherie, mais j'apprends vite, et je ne ménage pas mes efforts.

- Vous êtes au chômage ?

- Je suis… Femme de ménage. Mais je ne fais assez d'heures pour vivre décemment. Donc, si je peux compléter ma semaine de travail, je me dois de foncer.

- J'aime bien votre façon de voir les choses ! Être vendeuse, c'est pas bien compliqué. Vous savez compter ? En fait, il s'agit de tenir la caisse, et je m'occupe de couper la viande. Mais les gens sont parfois dégoûtés par ce métier. Vous servirez les clients en entrées, ou en plats cuisinés. Tout ce qui est déjà fractionné, en gros. Mais si vous travaillez déjà, ça risque de poser problème…

- Je ne travaille que deux jours par semaine ! Je suis libre le reste du temps.

- Hum, hé bien, je ne peux guère faire la fine bouche, et ça m'aiderait beaucoup, de me décharger d'une partie du travail. Quand pouvez-vous faire un essai ?

- Euh, demain ?

- Parfait ! Rendez-vous ici à huit heures ! Madame ?

- Regina Mills.

- Entendu. Bonne soirée et à demain. En espérant que vous serez présente.

- Je n'ai aucun intérêt à vous faire faux-bond. Bonne soirée également.

Elle revint à l'appartement sur un petit nuage. Cela avait été si simple. Pourquoi n'y avait-elle pas songé auparavant ? Elle était inconnue des boutiques du quartier, ainsi que ses déboires judiciaires. Elle entreprit de préparer le dîner, avant de s'apercevoir que le réfrigérateur était vide. Elle comprit alors la raison de la purée et jambon d'Emma et ricana. Mais elle avait des bouches à nourrir, aussi sortit-elle faire quelques courses. Elle para au plus pressé et fit des pâtes aux courgettes et poivrons. Elle dégota les épices de la blonde et en fit un plat coloré. Lorsqu'elle vit l'heure, elle patienta nerveusement. Son fils n'était toujours pas rentré, et elle espérait qu'il ne se soit pas perdu en chemin. Elle aurait dû aller le chercher. Elle se fustigea pour son inconséquence.

Emma rentra une demi-heure plus tard, alors qu'Henri était toujours aux abonnés absents. Regina bondit du canapé et prit sa veste.

- Henri n'est pas rentré, il y a un problème.

- Pas de message ?

- Il n'a pas de téléphone.

- Et l'école ?

- Tu crois qu'à cette heure-ci ?

- Appelle, tu verras bien.

Regina composa le numéro et fut mise en relation avec la directrice. Cette dernière lui expliqua que son fils avait été puni, après avoir été impliqué dans une bagarre.

- Et pourquoi n'ai-je pas été prévenue ?

- Il est resté en colle durant une heure, avec un mot dans son carnet de liaison. Il est donc déjà reparti chez lui. Il n'avait aucune blessure, et la bagarre a été vite stoppée par les surveillants. Il s'en tire avec un blâme et un mot à faire signer, ainsi qu'une série de colles le soir après les cours, durant une semaine. Je ne vous retiens pas plus, bonne soirée.

Et la femme raccrocha, laissant Regina bouche-bée. Que s'était-il passé, pour que son fils, d'ordinaire si obéissant, en vienne aux mains avec un camarade de classe ? Elle se laissa choir dans le canapé, sous l'œil anxieux de la blonde. Cette dernière vint passer un bras autour de ses épaules, en un geste à la fois protecteur et compatissant.

- Henri va tout nous expliquer en rentrant, il ne devrait plus tarder. Il est intelligent, il sait qu'il sera écouté et compris.

- Mais pourquoi tout part en sucette, subitement ? Je ne comprends pas…

- Ce n'est pas ta faute…

- Je suis responsable de son éducation ! Bien sûr que si ! Si tu avais un enfant, tu…

Regina vit le visage d'Emma se tordre dans une grimace douloureuse, avant de sentir le corps de la blonde s'éloigner d'elle.

- Pardon, Regina, je n'aurais pas dû m'en mêler. Ça ne se reproduira plus.

Et elle partit dans la chambre, en fermant la porte derrière elle.

- Et merde… C'est de pire en pire…

Alors qu'elle s'apitoyait sur son sort, Regina entendit la porte d'entrée se refermer doucement. Son fils resta sur le seuil, penaud. Elle s'approcha doucement et l'enlaça, sans rien lui dire. Elle voulait qu'il sache combien il était aimé, et que jamais, elle ne le rejetterait. Il sanglota contre elle et ils restèrent ainsi de longues minutes, avant que la brune ne s'agenouille à sa hauteur.

- Henri, mon chaton, ne pleure plus. Tu mets tes affaires en place, et tu viens me dire ce qu'il s'est produit, pour que tu en sois arrivé aux mains.

Il se contenta d'un simple hochement la tête, avant de revenir une minute plus tard. Regina l'attendait sur le sofa. Il se colla à elle, la tête baissée. Une position que Regina ne connaissait que trop bien depuis quelques mois.

- Dis-moi tout, s'il te plaît.

- J'ai été bête.

- Comment cela ?

- J'étais tellement heureux, ici, avec Emma et toi. Ça faisait comme une vraie famille. Alors j'ai dit que j'avais deux parents, comme tout le monde. Mais quand ils ont compris qu'Emma était une femme, ils ont été… Méchants…

- Oh, je vois. Si ça te perturbe, on peut partir tout de suite, je m'arrangerai, ne t'inquiète pas.

- Non ! Ils ont tort ! Emma est géniale, et elle te rend heureuse. Au moins un peu, non ?

- Je… Oui, peut-être. C'est compliqué, Henri. Ce sont des choses d'adultes.

- Mouais. Ben, quand même. C'est pas juste. Je suis bien, moi, là. Pourquoi les autres ne veulent pas comprendre ?

- Les humains sont parfois engoncés dans leurs idées préconçues, mon chéri. Il ne faut pas les écouter. Et ne pas les bousculer, ni les taper. Tu le sais très bien.

- Oui, mais je voulais pas qu'ils continuent.

- Je comprends, mais ce n'est pas correct.

Il releva les yeux vers sa mère, qui se contenta d'un câlin. Elle lui prit le menton d'une main, tout en lui caressant le cuir chevelu de l'autre.

- Je suis mal placée pour donner des leçons, mais je ne veux plus que ça se reproduise, Henri. Nous sommes bien d'accord ?

- Oui. Pardon maman.

- Bon, tu dois avoir faim.

Il haussa les épaules, mais son ventre se rappela à son bon souvenir. Un léger sourire ornèrent leurs visages, avant que Regina ne sorte le plat qu'elle avait préparé. Ce qu'elle ne vit pas, ce fut Emma, tapie dans l'ombre, qui avait assisté à la conversation, s'inquiétant pour le gamin. Et une phrase tournait en boucle dans sa tête : Regina était prête à partir en un claquement de doigts, si le moindre problème surgissait. Elle était anéantie. Elle avait l'impression de se battre seule, contre vents et marées, pour que le duo reste dans sa vie. Elle referma la porte de sa chambre derrière elle, triste et passablement ébranlée.

Regina demanda à son fils d'aller chercher la blonde, afin de manger. Elle ne pouvait décemment pas la laisser de côté, sous son propre toit. Mais Henri revint bredouille. Emma n'avait pas faim. Regina soupira, comprenant que son comportement avait encore une fois provoqué un tollé. Dix minutes plus tard, alors que le dîner baignait dans un silence absolu, la blonde fit une rapide apparition, en tenue de sport. Cela titilla la curiosité de l'enfant, qui fixait ostensiblement Emma.

- Tu vas faire quoi ? Il est tard…

- Je vais courir, pour me vider la tête. Inutile de m'attendre. Bonne soirée.

Elle partit aussitôt, laissant la famille tranquille. De toute façon, elle n'y avait guère sa place, elle l'avait bien compris tout à l'heure. Elle resta une heure et demie dehors, alternant course à pied et marche, déambulant dans les rues, ressassant sans cesse les mots durs de Regina. Qu'était-elle réellement pour la brune ? Une bouée de sauvetage ? Une solution, faute de mieux ? Un second choix, très certainement. Comme toujours, en fait. Les larmes menaçaient de dévaler ses joues, face à ce constat déchirant. Elle ne serait jamais rien d'autre que le second couteau, mais en aucun cas, l'héroïne de sa propre existence. Elle préféra courir dans la pénombre des arbres, la soirée étant déjà bien entamée. Elle se prit le pied dans une racine dissimulée, et elle s'étala de tout son long. Elle ne bougea plus, laissant libre cours à son chagrin. Personne ne vint l'aider, puisqu'elle était dans une partie assez éloignée de la voie principale. La nuit tombait, refermant sur la coureuse son emprise sombre. Emma se redressa, ankylosée, et revint péniblement à l'appartement. Elle trouva la mère et le fils endormis dans son lit, la brune veillant jalousement sur l'enfant, en sûreté dans ses bras. Elle ne fit aucun bruit, pris une douche rapide, et s'en alla sur le sofa, emmitouflée dans un plaid. Le lendemain matin, elle partit si tôt au travail, qu'elle ne croisa personne chez elle. Les quelques jours idylliques que pensait avoir grappillé Emma, se transformaient doucement mais sûrement en bourbier sans fond.