Chapitre 17 : repartir sur une nouvelle base
Réponse au premier Guest : Merci de ton retour. Je n'ai matériellement pas le temps de publier plus d'un chapitre par semaine, puisque je n'ai aucune avance. Et cela reste un rythme soutenu pour une fiction. Bonne continuation.
Réponse au deuxième Guest : Merci de ton retour. Emma apprend de ses erreurs, et tente de ne pas replonger dans l'alcool, afin de mériter Regina et Henri. Quant à dialoguer davantage, tu trouveras certainement la réponse dans ce nouveau chapitre. Merci encore et bonne lecture.
Emma ne fut guère présente à l'appartement durant les deux jours suivants. Regina commença son nouveau travail, et son patron fut rapidement satisfait de sa récente employée. Il lui fit signer un contrat, s'étalant sur trois jours par semaine. La brune aurait ardemment souhaité partager cette bonne nouvelle avec sa colocataire, mais son absence quasi permanente rendait la communication difficile. Le week-end se profilait, et Regina savait qu'Emma ne pourrait plus se cacher derrière ses rendez-vous professionnels encore bien longtemps. Le vendredi soir arriva et les deux femmes se retrouvèrent, avec le bambin qui ne tenait plus en place. Il avait attendu plusieurs jours afin de pouvoir enfin passer du temps à trois. Il bondit dans les bras de la blonde, lorsqu'elle passa le seuil de son logis ce soir-là.
- Emma ! Tu m'as manquée !
- Toi aussi, gamin. Ça va ? À l'école ?
- Moui. Tu sais, j'ai fait une bêtise, mais maman m'a dit que les autres avaient menti. Et que tu t'inquiétais pour moi.
La blonde jeta un coup d'œil interrogateur à la mère, qui baissa la tête, incapable de soutenir les prunelles émeraudes.
- Bien sûr que je m'inquiète ! Allez, file, je crois qu'il faut que je parle avec ta maman.
L'enfant ne fit pas de difficultés, et partit s'amuser avec ses jouets. Emma s'approcha de Regina, qui n'en menait pas large.
- Tu viens ?
- Je te suis.
Le silence était aussi épais qu'une bûche, mais la femme d'affaires ne comptait pas le laisser prendre toute la place. Elle devait percer l'abcès, pour leur bien à tous les trois.
- Regina, je sais que tu comptes partir fissa, au moindre doute ou problème… Tu m'abandonneras… Pour le bien d'Henri. Je t'ai entendu. Et ça m'a fait mal. Même si je peux comprendre ton point de vue… Enfin, je crois. Parle-moi, je t'en conjure. Je peux te laisser l'appartement durant le week-end, si tu as besoin d'être seule avec lui. J'ai l'impression de tourner en rond… D'être la seule qui m'implique dans notre relation. D'ailleurs, je commence à avoir des doutes sur la nature même de cette relation… Pardon, je ne veux pas te froisser, mais… J'ai besoin que tu me dises ce qu'il en est. Si je me fais un film, ou si tu tiens un tant soit peu à moi. S'il te plaît…
La brune resta de marbre, mettant Emma mal à l'aise. Puis, elle se glissa jusqu'à elle et l'enlaça, posant sa tête sur son épaule. Elle lui murmura alors les mots à l'oreille, afin de ne pas avoir à la regarder droit dans les yeux.
- Henri passe avant tout le reste, avant toi aussi. Je sais, c'est terrible à dire, alors que tu nous as offert un abri confortable. Pardonne-moi, Emma. Je tiens à toi, je ne te mens pas. Mais…
- Mais je ne vaux pas assez pour que tu aies suffisamment confiance en moi et t'appuyer sur ma présence à tes côtés. J'ai parfaitement compris. Je vais faire mon sac et aller à l'hôtel. Restez ici autant que vous le désirez.
- Non ! Non ! Tu ne m'as pas laissé finir…
Le visage fermé d'Emma fit légèrement frémir la brune, qui pouvait presque palper la colère qui émanait d'elle. Elle savait qu'elle marchait sur des œufs, et que le moindre faux-pas pourrait s'avérer catastrophique.
- Je… Je ne sais plus faire confiance. Et tu en fais les frais.
- Mais pourquoi ?!
- Parce que… Je ne veux plus que ça se reproduise. J'ai cru être assez forte pour te donner une chance, mais j'ai l'impression cruelle de lutter contre moi-même.
- Je ne comprends pas. Sois plus simple, c'est important, pour nous, pour Henri et toi.
- Je préfère te laisser partir et t'abandonner en premier, plutôt que ce soit toi qui me brises définitivement !
- Mais enfin, jamais je n'ai dit que j'allais t'abandonner, bien au contraire !
- Parce qu'ils le font tous… Et je ne peux plus encaisser ça.
- Qui ? Qui a fait ça ? Pas moi, c'est certain !
Emma avait empoigné les bras de la brune et la pressait, ne contenant que difficilement sa rancœur. Elle payait pour les autres, et ça, elle ne pouvait l'accepter sans broncher.
- Regina !
Les yeux embués de la brune la fixèrent impitoyablement. Elle trembla, et quelques sanglots passèrent la barrière de ses lèvres, sous le coup de l'émotion.
- Daniel !
Emma desserra son étreinte et la fit s'asseoir sur le lit. Elle lui prit la main, et l'enjoignit de continuer. Il fallait que Regina exorcise ses démons.
- Qui est Daniel ?
- Le père d'Henri. Nous étions fiancés. Nous nous sommes rencontrés et ça a été un coup de foudre immédiat. Nous ne vivions que l'un pour l'autre. Tout allait bien. Et puis, des années plus tard, je suis tombée enceinte. Nous savions que concevoir serait difficile, car je suis presque stérile. Et il…
Regina se mit à se balancer d'avant en arrière, en gémissant, comme si la blessure était fraîche. Emma frotta son dos, et la brune se redressa brutalement, lui écrasant les doigts, en prenant sa main, pour se donner du courage.
- Quand il a su, plutôt que de bondir de joie, il a grimacé ! J'ai cru à une blague, mais en réalité, il s'accommodait fort bien de notre vie à deux. Il ne voulait pas d'enfant, alors une femme stérile, c'était parfait pour lui. Mais je ne voulais pas avorter ! J'ai toujours voulu un enfant ! Alors il m'a demandé de choisir. Et je l'ai fait ! J'ai choisi mon bébé, plutôt que mon grand amour ! Le lendemain, il est parti, et je n'ai plus jamais eu de nouvelles ! Il m'a abandonnée, enceinte de trois mois, sans possibilité de le joindre. Ma grossesse a été difficile, j'ai failli perdre mon bébé deux fois. J'étais terrorisée et seule. Je ne pouvais compter que sur moi-même. J'en ai bavé, mais j'ai réussi ! Depuis ce jour, je me suis jurée de tout donner à mon fils, et de ne plus jamais me reposer sur quelqu'un ! Et toi, tu… Tu mets à mal tout ça ! Tu fais fondre ma carapace, qui nous a protégée depuis de nombreuses années ! Tu vas causer ma perte, notre perte ! Je ne sais plus faire confiance. J'ai envie d'être à tes côtés, et en même temps, tu me terrifies ! Comment est-ce possible ?! Comment puis-je t'aimer et te craindre, simultanément ?! Dis-moi ! Comment ?!
Emma était bouche bée. Elle n'avait pas envisagé une telle solitude forcée. Elle resta sans rien dire, sous le regard suppliant de la brune. Elle comprenait enfin la raison des atermoiements continus de Regina. Elle la prit dans ses bras, les mots devenant inutiles. Après plusieurs minutes, Emma prit le menton de la brune entre ses doigts et l'obligea à relever la tête.
- Je ne crois pas trouver les mots qui puissent te réconforter, tout de suite. Mais sache une chose : je ne me défilerai pas. Tu veux quelqu'un qui reste à tes côtés, qui aime l'idée d'avoir une famille, et qui te protégera quoi qu'il arrive ? Je pose ma candidature. Je ne suis pas Daniel. Moi, c'est Emma. Tu m'entends ?
Regina la fixa, puis hocha doucement la tête. Elle sourit timidement, se libérant d'un poids immense.
- Tu sais, Emma, j'ai d'autres secrets, et j'ai peur que lorsque tu les découvriras, tu t'enfuis à l'autre bout du monde.
- Chaque chose en son temps. Et puis, ma vie est ici, maintenant. Surtout depuis que je vous connais, Henri et toi.
- Tu m'en veux ?
- Je ne vais pas te dire que je n'ai pas eu envie de t'arracher les yeux, parce que ce serait faux. J'ai eu peur, moi aussi. Grâce à toi, je me sens bien, en paix, et plus équilibrée. Vous avoir ici me fait plaisir. Mais je ne veux pas vivre dans le passé, ou dans un hypothétique futur, où tu me laisserais derrière vous. Donc voilà ce que je te propose : on retourne dans le salon, on dîne tous les trois, on s'endort devant un film, et ce soir, je réintègre mon lit. Serais-tu d'accord avec ce programme ?
Les yeux de chien battu d'Emma firent soupirer de malice la mère de famille, qui opina simplement. Cette dernière entrelaça leurs doigts, et observa cette fusion.
- Je ne veux pas te perdre. Tu es probablement ma dernière chance d'être heureuse.
- Et toi la mienne. Maintenant que nous sommes d'accord sur ce point, allons passer du temps avec le gamin, qui doit se demander ce que nous fabriquons.
- Merci.
Emma comprit l'allusion, et s'abstint de répondre, profitant de la soirée familiale qui se profilait.
Après un repas calme et une soirée film, où Henri s'empaffa rapidement, Regina et Emma se mirent au lit, une certaine gêne dans leurs mouvements. Emma voulut prendre Regina dans ses bras pour dormir, mais la brune avait esquissé le même geste, les faisant se percuter légèrement. Emma préféra alors demander la permission.
- Tu veux te blottir dans mes bras, ou l'inverse ?
- Les deux sont tentants… Mais pour une fois, c'est moi qui vais te protéger. Tu m'as écoutée, et ça m'a fait un bien fou. Je vais essayer de ne pas penser à élever ma muraille, dès qu'une difficulté se présente. Je ne veux plus que tu te sentes si seule et en dehors de notre famille. Parce qu'à chaque fois que je me livre, tu acceptes la situation. Que ce soit ma pauvreté, mon insécurité, mon passé, ma méchanceté à ton égard…
- Tu n'es pas méchante.
- Emma, j'ai été cruelle, je m'en rends bien compte. Ne sois pas complaisante à mon égard, il faut que je regarde les choses en face.
- Je me moque bien des contingences matérielles. Seules les personnes comptent.
Regina la prit dans ses bras, et la ramena contre son corps. Elles étaient l'une comme l'autre, affamées de tendresse, et elles ne voulaient pas s'en priver plus longtemps. Emma se laissa faire, trop heureuse de ce dénouement. Elle n'espérait plus rien à ce stade, mais elle continuait malgré tout à faire des efforts. Et cela s'était avéré payant. Elle se lova contre sa moitié, et s'endormit, épuisée émotionnellement par les derniers jours de tension avec la brune. Cette dernière profita de la chaleur de son corps et attendit, avant de rejoindre les bras de Morphée. Elle était soulagée de constater que le sexe n'était pas toujours de rigueur avec la belle blonde. Elle ne voulait pas une relation bâtie sur une entente principalement charnelle.
Le réveil fut tardif pour les deux femmes. Après des nuits agitées, elles purent enfin goûter à un repos bien mérité. Emma se réveilla la première, bouillante. Elle n'avait plus l'habitude d'être ainsi serrée contre un autre corps, mais elle se garda bien de bouger. La sensation était si agréable. Elle se retourna doucement, afin de faire face à la belle brune. Avec un petit sourire en coin, elle ne put résister à l'envie de chasser une mèche de cheveux en soufflant dessus. Cela chatouilla la femme endormie, qui retroussa le nez, avant d'enfoncer son visage dans l'oreiller, désirant continuer cette nuit délectable. Le souffle revint à la charge, suivi par un rire fluet. Regina ouvrit péniblement les yeux, pour tomber sur une Emma rieuse et enjouée.
- Bonjour, madame la marmotte. Bien dormi ?
- Emma… Tu m'as réveillée…
- Je plaide coupable.
- J'aime beaucoup ton réveil. Tout en espièglerie. Tu es une enfant parfois…
- Une sale gosse, tu peux le dire ! Mais j'avais envie de profiter de ta présence. Ça faisait si longtemps que je n'avais pas aussi bien dormi. Mais… Tu me donnes chaud.
- Emma… C'est à double sens, cette phrase, n'est-ce pas ?
- Tu en doutes ?
- Pas vraiment.
Regina l'embrassa alors, lui prouvant qu'elle avait parfaitement saisi l'allusion. La blonde répondit immédiatement à son baiser et la fit basculer sur elle. Ainsi, la brune gardait le contrôle de la situation, et Emma avait bien compris qu'il lui fallait garder la tête froide et avancer au rythme de sa partenaire, afin d'avoir une chance de construire un avenir ensemble. Ce minuscule sacrifice n'en était pas vraiment un, et elle s'y employa grandement. Elle passa les mains sous le haut de pyjama et lui caressa le dos, scrutant la moindre réaction de la mère de famille. Cette dernière posa ses mains sur la poitrine de la blonde, se relevant légèrement.
- Attends, je… Je ne sais pas si on doit recommencer tout de suite. Je ne suis pas ce genre de femme.
- Ce genre de femme ? On ne va pas revenir là-dessus, rassure-moi.
- Je suis encore un peu mal à l'aise avec le fait de travailler pour toi et coucher avec toi.
- Si tu me demandes de choisir, je te vire…
- Emma !
- Je plaisante, je sais que tu as besoin de ce travail.
- Hé bien, j'en ai trouvé un autre, mais je n'ai pas trouvé le temps de te l'annoncer.
- Vraiment ? Mais c'est une bonne nouvelle. Donc je peux te virer.
Devant l'air blasé de Regina, Emma ricana.
- Hey, je ne suis pas sérieuse, tu le sais, n'est-ce pas ?
La brune dévisagea sa partenaire, dubitative. Elle s'apprêtait à parler, lorsque la porte de la chambre s'ouvrit à la volée, dévoilant Henri, déjà bien réveillé.
- Hey, maman, j'ai faim !
Elles se figèrent, pensant simultanément à la même chose : heureusement que la brune avait tout stoppé peu de temps avant. Le gamin les regarda, penaud.
- Euh, pardon, je… Euh…
- Henri, on frappe avant d'entrer.
Regina se décala, et l'enfant vint vers elle, ce qui surprit Emma.
- Vous vous faites des câlins ?
- Oui, mon chéri.
- Je dérange ?
- Non, nous allions nous lever.
- Mais…
- Tu ne déranges jamais. Mais il faut frapper. Tu sais qu'Emma dort avec moi.
Il opina du chef, et regarda la blonde.
- Tu vas être gentille avec maman ?
- Bien sûr, gamin.
Henri parut se satisfaire de la réponse, et attendit que sa mère disparaisse de son champ de vision, pour se pencher vers la femme d'affaires.
- Tu aimes maman, hein ? Tu vas pas profiter d'elle ?
- Non, gamin.
Alors qu'il se tournait pour partir manger, elle souffla une réponse pour elle-même.
- C'est même tout le contraire.
Il se retourna au dernier moment, un sourire aux lèvres. Il fit un clin d'œil à Emma, qui comprit qu'elle avait été entendue.
La journée passa rapidement, le trio ayant décidé de se balader dans le grand parc du centre-ville durant l'après-midi. Henri demanda une glace, qu'il obtint sans difficulté. Elles profitèrent de la sortie, et Emma se permit de lui prendre la main. Après un regard surpris, Regina en fit de même, oubliant le monde autour d'elles. Emma acheta un ballon à Henri et s'amusa avec lui, après que Regina eut râlé pour la forme.
- Ne le pourris pas…
- Je m'amuse avec lui. C'est mon jouet aussi !
- Mon dieu, deux gosses… Comment en suis-je arrivée là ?
Emma la prit dans ses bras et la souleva dans les airs, faisant rire aux éclats le bambin.
- Tu as un peu lâché prise ! Et tu découvres combien cela peut-être agréable.
- Ne me lâche pas ! Par pitié !
- Aucun risque. Je ne te laisserai pas tomber. Aie confiance.
Dans ces deux dernières phrases résidait une promesse lourde de sens, et chacune en avait parfaitement conscience, face à l'intensité de leurs regards.
L'après-midi se finissait tranquillement, et ils rentrèrent, fatigués, mais heureux. Alors que le trio s'apprêtait à passer la porte de leur logement, il croisa une femme dans le couloir de leur immeuble. Henri n'en fit pas cas et il laissa les femmes entre elles, sur le palier. Emma, d'un naturel sociable, s'avança vers l'inconnue.
- Bonjour, je suis Emma Swan, j'habite ici.
- Enchantée, je suis votre voisine, mais nous n'avons pas eu l'occasion de nous croiser encore. Je m'appelle Marianne.
Cette dernière tourna un regard curieux vers la belle brune, qui se sentit aussitôt nerveuse.
- Nous nous connaissons ? J'ai l'impression de vous avoir déjà vu.
- Je ne crois pas. Je m'appelle Regina, et je…
Elle ne savait pas quoi dire. Devait-elle induire qu'elle vivait ici ? Ou bien qu'elle était en couple avec la blonde ? Les questions tournaient à une vitesse folle dans sa tête, et Emma, après s'en être rendu compte, vint à sa rescousse.
- Regina est ma compagne, et elle a emménagé depuis peu ici, avec son fils, Henri.
- Oh, alors, nous nous sommes croisées dans l'immeuble.
- Peut-être.
Devant l'air dubitatif de la brune, la nouvelle venue fit un sourire creux, avant de tourner les talons.
- Je vous dis à bientôt, je suis attendue. Bonne soirée, mesdames.
- Merci à vous aussi.
Lorsque Marianne eut disparu dans son appartement, elles rentrèrent, Emma allant s'enquérir de la soif de l'enfant, pendant que Regina était perdue dans ses pensées. Elle aussi avait l'impression de connaître cette femme, mais elle ne l'avait jamais vu ici. Elle eut beau se triturer les méninges, elle ne parvint à aucune solution viable. De lassitude, elle laissa tomber ce questionnement, et accueillit avec gratitude la citronnade que proposa la blonde. Henri repartit dans sa chambre, et Regina en profita pour parler avec Emma.
- Merci pour tout à l'heure.
- De quoi me parles-tu ?
- Du fait que tu m'as présentée comme ta compagne. Comme si nous étions… Une famille.
- C'est ce que je pense. J'espère ne pas t'avoir gênée ?
- Non, bien au contraire, ce fut très agréable.
- Ravie que tu en sois heureuse. C'est tout ce que je demande. Une place auprès de vous.
Regina s'approcha et l'embrassa chastement. Emma lui faisait vivre des montagnes russes émotionnelles, et elle n'y survivrait pas, si elle continuait sur sa lancée. La blonde l'enlaça, et le moment s'étira, hors du temps. Seul un bruit les extirpa des bras l'une de l'autre. Elles regardèrent alors le bambin, qui, prit sur le fait, rougissait quelque peu.
- Euh, bah… Je voulais garder une trace, parce que je trouve ça trop génial et euh… J'ai fait une bêtise ?
Emma rigola, avant de sonder sa compagne des yeux. Celle-ci était crispée, mais semblait se réfréner, pour ne pas avoir une réaction blessante.
- Henri, on ne prend pas les gens en photo à leur insu.
- C'est pour avoir une photo de ma famille.
À l'entente de ces mots, Regina se raidit, et ne répondit rien, sentant le regard presque implorant de la femme d'affaires. Elle était prise entre deux feux, et ne savait plus comment réagir. Soit elle riait de la facétie de son enfant, entérinant par la même occasion leur couple et leur vie de famille. Cette solution mettrait tout le monde d'accord, mais il lui serait alors particulièrement difficile de faire machine arrière et de se sortir d'une relation encore bancale. Soit elle niait qu'Emma avait pris une telle place dans leur vie, et elle risquait de la perdre, purement et simplement. Et bizarrement, cette possibilité lui fit mal au cœur. Elle préférait s'enchaîner à cette femme, qui ne connaissait presque rien de son passé, par sa faute, dut-elle avouer, plutôt que de retrouver un lit froid et une solitude amère. Aussi, elle prit sur elle et rit, demandant à voir la fameuse photo, qu'elle envoya à Emma, qui n'attendait que le verdict de la mère de famille. L'ambiance détendue se prolongea jusqu'à ce que l'enfant partit se coucher, laissant les deux femmes en tête-à-tête. Emma prit la main de Regina, et ne put s'empêcher de la sonder.
- Hey, ça va ? Je sens que ça n'a pas été simple pour toi de réagir ainsi face à la photo de nous deux, prise par Henri.
- Tu commences à me connaître un peu trop bien… J'ai eu peur, Emma. Mais je me suis aperçue que j'avais encore bien plus peur de perdre ce que j'ai aujourd'hui. Comment parviens-tu à t'insinuer dans ma vie et à t'y faire une place si particulière ?
- Je t'aime. Tout simplement.
- Tu ne me connais pas réellement.
- Je sais. Vas-tu me briser les ailes pour autant ?
- Je ne veux pas le faire. Mais la vie nous met parfois au pied du mur.
- Alors profitons du présent. Je me moque du passé. Et l'avenir, nous pouvons l'écrire ensemble, si tu le souhaites.
- J'espère que ce ne sera pas un brouillon…
- Nous sommes sur la même longueur d'onde. Je suis fatiguée, tu viens te coucher ?
- J'arrive dans une minute.
Emma se faufila dans leur chambre, pendant que Regina bordait son enfant, lui déposant un baiser sur le front.
Lorsque la brune se rendit dans la chambre, elle trouva la femme endormie. Elle sourit, se sentant en sécurité. Emma ne lui demandait jamais rien. Elle restait à ses côtés, en appui, silencieuse. Elle ne quémandait pas son attention, et semblait faire l'impasse sur le sexe. Elle resta là, à observer la blonde. Elle était d'humeur câline, ce soir, mais visiblement, Emma était trop épuisée. Elle avait couru après le ballon avec Henri, ce qui expliquait son état. En réalité, elle ne dormait pas, mais ne voulait pas que Regina se fasse des idées sur son désir envers elle. Elle avait donc opté pour une solution, certes lâche, mais apaisante pour la mère de famille. Cette dernière ne fut nullement dupe de la manœuvre, mais préféra lui laisser croire que le subterfuge avait fonctionné. Elle se pencha sur le visage de sa compagne et y déposa un baiser.
- Merci pour tout. Douce nuit.
Elle se tourna et s'allongea pour goûter un repos bien mérité, elle aussi. Lorsqu'elle sentit les bras de la blonde l'entourer, elle comprit qu'elle avait vu juste, et s'endormit rapidement.
Le dimanche fut pluvieux, et le trio resta à l'appartement, alternant jeux de société et films. Dans la soirée, Emma sortit pour porter les poubelles en bas, pendant que Regina cuisinait. Alors qu'elle remontait vers le rez-de-chaussée de l'immeuble, Marianne déboula à son tour dans la pièce exiguë.
- Oh, bonjour, comment allez-vous ?
- Bien, merci. Et vous-même ?
- Très bien également. Pardonnez ma curiosité, mais que fait votre compagne dans la vie ? Je suis certaine de la connaître.
- Elle est femme de ménage.
- Ah ? Et vous êtes aussi dans ce domaine d'activité ?
Emma sourit devant l'ingérence de sa voisine. Elle préféra répondre pour couper court à tout ragot ultérieur.
- Pas du tout. Je bosse dans l'immobilier.
- Vous devez avoir un bon poste, car ce n'est pas avec un salaire de femme de ménage que l'on peut payer le loyer, ici.
Emma en resta bouche bée. Cette femme venait-elle d'insinuer que Regina était pauvre ?
- En effet. Mais ma compagne contribue au ménage également, néanmoins.
- Bien entendu, je ne voulais pas vous froisser.
- Bien sûr.
Un courant d'air froid se dégagea de la pièce, à l'instar de leur entente, qui commençait à mettre la blonde mal à l'aise. Elle fit un pas de côté, afin de s'extraire de cette conversation surréaliste, mais Marianne la retint.
- Et comment avez-vous rencontré votre compagne ?
- Euh, hé bien… Elle travaillait pour moi…
- Oh, un Pretty woman au féminin ? Comme c'est charmant.
- Elle n'est pas prostituée… Sur ce, bonne journée !
Emma lui passa devant, sans lui laisser l'opportunité de répondre. Cette voisine tapait déjà sur les nerfs de la femme d'affaires, au bout de deux entrevues rapides. Elle sentait qu'elle n'était guère une grande supportrice de leur couple. Peu importait pour Emma, mais elle se tiendrait sur ses gardes, juste au cas où.
Lorsqu'elle revint dans leur foyer, Regina la regarda, dubitative.
- Tu t'es perdue ? Tu ne sais peut-être pas où se trouve le local des poubelles… Je peux te le montrer, si tu le souhaites.
- Très drôle. Figure-toi que je suis tombée sur Marianne.
- Et vous avez papoté ?
- Oui. Enfin, j'ai plutôt vécu un interrogatoire dans les règles. Je ne suis pas certaine de l'apprécier.
- C'est ta voisine, pas une copine. Tu n'es pas obligée de la côtoyer.
- Elle s'est montrée curieuse. Un peu trop à mon goût.
- C'est-à-dire ?
- Elle a posé beaucoup de questions sur nous et sur toi. Elle te prend pour Pretty woman…
- Pardon ?!
- Le fait que tu bosses pour moi a peut-être glissé dans la conversation.
- Ah. Et, ça l'a choqué ?
- On dirait, oui. Elle semble tenir aux apparences et au train de vie.
- Franchement, Emma, je ne fais pas cas de ce genre de choses. Et je ne parle pas aux voisins. Je ne m'occupe pas de la vie des gens.
- Je le sais bien, et j'apprécie beaucoup ta façon de penser. Oublions-la ! Que nous prépares-tu de bon ?
- Sauté de veau et poivrons.
- Je vais prendre des kilos, si tu me gâtes ainsi.
- Ce sont des légumes et un peu de viande. Merci de l'avoir acheté, au fait.
- Avec plaisir, je voyais bien qu'Henri bavait devant.
- Je n'ai pas les moyens d'en acheter tous les jours.
- Dorénavant, vous mangerez correctement. Inutile de se serrer la ceinture sur la nourriture.
La blonde l'enlaça par-derrière et déposa des baisers dans son cou. Regina rit de ses facéties, se sentant entourée et sécurisée. Elles ne se quittèrent que pour appeler le jeune garçon, afin de dîner.
Durant trois jours, Regina eut la désagréable sensation d'être épiée. À chaque fois qu'elle se retournait, personne ne semblait l'observer. Elle travaillait à la boucherie, et rentrait chez la blonde le soir, ou faisait des ménages. Le quotidien commençait à être bien huilé, mais un pressentiment l'empêchait d'en profiter pleinement. Elle garda son impression pour elle, ne voulant pas inquiéter sa compagne inutilement. Elle donna le change, en espérant se tromper. Alors qu'elle montait dans l'ascenseur, un soir, en rentrant du travail, Marianne la héla afin de le retenir. Elle monta dedans in extremis.
- Merci d'avoir retenu les portes.
- Je vous en prie.
- Vous vous plaisez ici ?
- Ici ?
- Dans l'immeuble ?
- Oui. Il est agréable à vivre et bien agencé.
- Vous viviez en ville auparavant ?
- Je ne vois pas en quoi cela vous concerne.
- Pardon, je m'égare. Je me posais la question.
Regina appuya sur le bouton d'arrêt d'urgence, excédée par les sous-entendus de la voisine d'Emma.
- Vous avez un problème avec moi ?
- Que faites-vous ?
- Je tire les choses au clair.
- Je m'inquiète du voisinage, c'est tout !
- Votre condescendance vous honore. Mais je vous demanderais de nous laisser tranquilles.
- Vous essayez de profiter d'elle, n'est-ce pas ? Vous en avez après son argent ?
- Je ne vous permets pas. Je ne suis pas vénale. Et vous ne me connaissez pas. Nous nous aimons. Le reste ne vous regarde pas.
Sur ces paroles, qu'elle savait politiquement correctes, afin de ne pas donner le bâton pour se faire battre, elle appuya rageusement sur le bouton de l'ascenseur, afin de le faire repartir. Respirer le même air que cette femme mettait ses nerfs à rude épreuve. Elle sortit telle une furie outragée, et claqua la porte de leur appartement derrière elle, montrant son mécontentement à Marianne. Elle avait l'habitude d'être humiliée depuis des mois, mais ce fut la fois de trop. Elle poussa un cri de frustration, et tapa du poing sur la table, s'abîmant les jointures. Elle respira profondément pour se calmer, et fit un brin de ménage, afin de s'apaiser. Qu'importe ce que racontait cette voisine, elle avait le droit d'être là, et d'être aimée par Emma. Elle aurait voulu que la blonde soit présente, afin de se blottir contre elle. Elle le fit une heure plus tard, et tenta d'oublier cette querelle inintéressante.
