Chapitre 19 : sortie de route

Réponse à Guest : Merci de ton retour. Néanmoins, je ne vois pas ce que vient faire dans ce commentaire la date d'anniversaire de l'actrice ou son cadeau. Merci de ne pas troller. Ceci est mon dernier avertissement. Après, je bloque les commentaires. Bonne journée.

Bonne lecture à tous.

Henri rentrait de l'école, tout seul comme un grand, lorsqu'il prit l'ascenseur avec la voisine d'Emma. Celle-ci lui sourit amicalement, avant d'entamer une conversation badine.

- Bonjour, Henri, comment vas-tu ?

- Bonjour, bien, j'ai obtenu un A à l'école !

- Dans quelle matière ?

- En histoire ! J'adore ça, avec les chevaliers, et les dragons…

- Ils apprennent ça maintenant ?

- Euh, non, mais c'est plus intéressant ! Avec des dragons.

- Bien évidemment. Et tes… Mamans ?

- Emma n'est pas ma maman, mais l'amoureuse de ma mère.

- Tu es très mâture pour ton âge.

- J'aime bien Emma, elle est cool et rigolote. Et elle adore le sport !

- Tu joues au foot, je crois ?

- Oui, et on joue ensemble. Maman, elle préfère cuisiner.

- Chacune son domaine de compétence !

Elle lui ébouriffa les cheveux, ce qui l'agaça quelque peu. Elle reprit la parole.

- Et ta maman, elle fait quoi d'autre ?

- Elle travaille comme vendeuse. Et puis, elle fait des ménages. C'est marrant d'ailleurs, car elle faisait déjà ça chez Emma, mais elle continue même aujourd'hui.

- Je ne comprends pas ce que tu veux dire, Henri.

- Bah oui, maman et Emma, elles se sont connues comme ça. Maman faisait le ménage chez Emma, mais elle continue à le faire. Alors qu'on vit chez elle, maintenant.

- Mais Emma, ça ne la dérange pas de payer pour quelque chose qu'elle pourrait avoir gratuitement dorénavant ? C'est bizarre, non ? On ne paie pas la personne qu'on aime…

Le garçon se contenta d'hausser les épaules nonchalamment, ne comprenant pas où la brune voulait en venir. Il sentait qu'il avait peut-être trop parlé, mais il ne voyait pas le mal dans cette situation. Il était heureux, et c'est tout ce qui comptait à ses yeux. L'ascenseur parvint enfin à destination, et le gamin s'échappa rapidement de cette boîte en fer, afin de rentrer chez lui, afin de ne plus ressentir le regard réprobateur dans son dos. Il s'aperçut, avant de refermer la porte, que Marianne en profitait pour jeter un coup d'œil dans le loft. Il marmonna un bonsoir rapide, avant de presque lui claquer la porte au nez. Il ne l'appréciait guère, elle était fort intrusive, pour une voisine. Il fit ses devoirs et oublia cette conversation gênante. Lorsque la porte s'ouvrit sur sa mère, il bondit vers elle, ravi de retrouver le giron maternel.

La soirée était déjà bien entamée, lorsque la blonde rentra chez elle, et s'échoua sur le sofa, fourbue. Regina vint à ses côtés, pendant que le bambin allumait la télévision, lové à leurs pieds. La mère de famille nota les cernes qui ornaient le visage de sa comparse.

- Emma ? Ça va ?

- Je suis morte… Une réunion de quatre heures, tout ça pour dire que j'avais raison… Ils veulent ma peau !

- Je t'ai laissé une assiette au réfrigérateur. Veux-tu que je te l'apporte ?

La femme d'affaires tourna mollement la tête vers la cuisine, puis elle secoua négativement la tête.

- Non, ils m'ont coupé l'appétit. Par contre, un truc sucré…

- Comme un muffin, par exemple ?

Henri releva immédiatement la tête.

- Et pour moi aussi ?

Les deux regards mouillés de chiots eurent raison de Regina, qui leur fournit leurs sucreries.

- Henri, tu n'as pas intérêt à finir énervé et faire un caprice pour ne pas te coucher ! Tu as école demain.

- Oui, maman.

Il mordit dans le gâteau, et gémit de plaisir, suivit par un écho provenant du canapé. La brune sourit à la complicité entre les deux ventres sur pattes. La blonde partit rapidement dormir, et fut suivie par Regina, qui la sentait fébrile.

- Emma ? Tu es certaine que tout va bien ?

- Non… Mais je lutte.

- Que veux-tu dire ?

Les yeux de la blonde se perdirent dans le vague, et elle lâcha enfin ce qui la turlupinait.

- J'ai soif…

- Je peux t'apporter un verre d'eau.

- Pas ça…

- Oh, euh. Je vois.

- Je préfère me coucher, et ne pas être tentée, en restant dans le salon.

- Dans mes bras ?

- Ce serait pour le mieux. Désolée de t'infliger cela. La journée a été rude et longue.

- Ça ne se guérit pas du jour au lendemain. Je suis là pour te soutenir, dans la mesure du possible.

- Merci beaucoup, ça compte pour moi. Beaucoup.

Regina revint avec un verre d'eau citronnée.

- Tiens, ça va te couper la soif. Enfin, ça marche sur certaines personnes.

Emma but cul sec le verre et se changea, enfilant son pyjama, et fit ses ablutions.

- Dis donc, ça décape ton truc…

- C'est fait pour. Allez, viens te coucher.

- Henri ?

- Il a obtenu l'autorisation de lire un peu plus tard, et de ne pas faire de bruit. Il est aux anges.

- Tu es parfaite.

- Si tu le dis.

Elles se couchèrent, la blonde retrouvant l'étreinte câline de sa compagne. Elle ne bougea plus, et attendit patiemment que le sommeil la fauche, plutôt que ses démons liquides.

Le lendemain, elle se leva tôt, et partit rapidement travailler, afin de ne pas finir tardivement, comme la veille. Regina avait ses ménages dans le quartier, puis dans leur appartement, elle pouvait donc se lever un peu plus tard. Lorsque la femme d'affaires mit un pied hors de son loft, la porte de sa voisine s'ouvrit et cette dernière apparut, faisant un bout de chemin avec elle.

- Bonjour Emma, ça fait plaisir de vous voir.

- Bonjour Marianne. Comment allez-vous ?

- Bien, merci. Vous êtes seule aujourd'hui ?

- Ma compagne commence plus tard, elle se repose.

- Oui, bien sûr, cela doit être exténuant de faire des ménages.

- En effet.

- Et elle travaille encore ici ? C'est assez… Comment dirais-je ? Étonnant ?

Emma entra dans l'ascenseur, sans pouvoir en ressortir, et fut coincée avec Marianne, qui lui tapait déjà sur les nerfs, de bon matin. Elle était à deux doigts de l'envoyer balader. Elle appuyait frénétiquement sur le bouton menant au rez-de-chaussée, sans aucun succès. Elle soupira lourdement, et se tourna vers sa voisine, qui frôlait l'ingérence.

- Elle travaille encore chez moi, oui, c'est un pacte entre nous, qui ne vous concerne point. Je vous prierai de respecter notre vie privée.

- Avouez que c'est assez surprenant. Ça ressemble à une arnaque, si je puis me permettre.

- Ne vous mêlez pas de notre vie.

Cette dernière phrase avait été prononcée avec hargne et sur un ton plus bas que d'habitude, laissant clairement entendre la menace dans la voix. L'ascenseur atteignit enfin son but, et la blonde se dépêcha de sortir de cette boîte de conserve étouffante. Elle ne jeta pas un regard en arrière, et eut la désagréable surprise de voir Marianne trottiner pour être à sa hauteur.

- Attendez, Emma ! Je m'inquiète pour vous, voilà tout ! Elle en veut certainement à votre argent ! Enfin, c'est une femme de ménage, elle vit à vos crochets, et vous ne vous protégez pas ! C'est de l'inconscience !

- C'est moi qui lui ai proposé de venir habiter ici ! Pas elle ! Elle n'est pas comme ça ! Ne redites jamais une telle chose, elle est parfaite ! C'est une femme admirable ! Je ne vous souhaite pas une bonne journée !

Elle repartit telle une furie, s'engouffrant dans le métro, afin d'échapper à cette matrone mal éduquée. Elle déboula dans son bureau, où l'attendait sa secrétaire, qui déposait un tas de dossiers sur le meuble.

- Bonjour, madame Charming, je venais pour…

- Bonjour, je vois que vous venez en douce pour me faire crouler sous les dossiers… Trop aimable.

Devant l'air horrifié de la pauvre femme, Emma soupira à nouveau et se calma rapidement.

- Pardon, la journée a définitivement mal commencé. Je m'excuse, je n'aurais pas dû passer mes nerfs sur vous.

- Euh, je… Merci ? Je vous apporte votre café !

- Avec grand plaisir, je vais en avoir besoin.

La journée s'étira désespérément en longueur, et Emma envoya un message à Aladin, afin de lui faire part de ses dernières trouvailles. Elle avait laissé pendant trop longtemps ses recherches de côté.

Marianne avait été particulièrement offusquée par la fin de non-recevoir de la blonde. Jamais personne n'avait osé lui parler ainsi. Elle qui s'inquiétait pour cette femme, charmante d'ordinaire, elle n'en revenait pas d'être traitée de la sorte. Elle rumina longuement cette humiliation, et prit une décision. Elle avait déjà connu la dégradation de son ancien quartier, et elle savait combien cela l'avait touché. Elle ne voulait pas à nouveau devoir déménager, elle se sentait bien ici. Elle peinait à payer le loyer, mais jamais, pour rien au monde, elle ne l'aurait avoué. Aussi, trouver une femme de ménage, juste sous son nez, était comme une ultime provocation du destin. En rentrant chez elle, elle tourna machinalement la tête vers le loft de la famille, lui provoquant par la même occasion un spasme nerveux. Elle ne pouvait tolérer qu'une parvenue soit sa voisine. Il s'agissait probablement d'une voleuse, ou pire. Non, elle ne pouvait pas laisser faire une telle chose sous son toit. Peu importait si la blonde était aveugle, parce qu'elle éprouvait des sentiments. D'ailleurs, leur couple était-il réel ? Qui pourrait autoriser la personne aimée à faire le ménage, et en le payant ? C'était une blague ? Leur relation ne semblait vraiment pas saine. Et il y avait un enfant au milieu de tout ce bazar. Elle se devait d'agir. Pour le bien de tous. Elle sut ce qui lui restait dorénavant à faire.

Regina, quelques jours plus tard, cuisinait un plat, écoutant de la musique. Elle avait fait un choix, aujourd'hui. Elle avait rendu les clés de son appartement, et un déménageur était venu récupérer ses quelques possessions, afin de les transporter dans le loft. Elle avait vendu son canapé, mais la bibliothèque trônait fièrement contre le mur du salon, là où, il y avait encore quelques mois, elle avait suggéré à Emma d'habiller ce mur nu. Finalement, c'était la sienne qui avait trouvé toute sa place dans ce cocon. La chambre d'Henri, qui ne voulait plus de ses anciennes affaires, avait également été vendue. Il ne lui restait que peu de choses, mais l'essentiel, et à ses yeux, cela suffisait amplement. Elle était heureuse. Elle ignorait si c'était réellement acceptable, mais elle avait appris à se contenter de peu. La porte s'ouvrit sur la blonde, qui souriait de toutes ses dents. Elle dévisagea les lieux.

- Wouah, ta bibliothèque est magnifique ici ! J'ai bien fait de ne rien acheter pour combler le vide !

Regina se retourna et opina du chef, contente qu'elle ne dût point se battre pour obtenir un espace où mettre ses biens. Elle n'avait nullement les moyens de louer un garde-meubles. Emma déposa ses affaires, et vint l'enlacer.

- Tu m'as manquée aujourd'hui. J'ai besoin d'un câlin.

- Rude journée ?

- Un peu. Ruby, la comptable, m'a pourchassée, pour les bilans trimestriels…

- La pauvre… Tu as découvert de nouvelles cachettes ?

- Oui ! Le local à archives de notre étage !

- Tu es une gosse, parfois.

- Et la sale gosse a un cadeau pour toi !

- Vraiment ? Mais tu nous as offert un toit, c'est déjà tellement, à mes yeux.

- Ce n'est pas grand-chose. Ferme les yeux !

La brune obéit, et patienta, sentant que quelque chose faisait du vent devant son visage.

- Tu peux les ouvrir !

Regina partit dans un grand rire. Un porte-clé pendait au bout de sa chaîne, avec tout le trousseau de la blonde.

- Regarde, j'ai pris une couronne pour moi, et un cygne pour toi.

- Et pourquoi donc ce choix ?

- Un cygne, pour mon nom, et une couronne, parce que tu es une reine. Ma reine.

- Ce que tu peux être romantique et cul-cul parfois, Emma. Merci, c'est très gentil.

- Henri ! Viens voir !

Le garçon déboula et vit un paquet cadeau, qu'Emma lui lança.

- Pour toi, gamin !

- Merci !

Il le déballa et obtint lui aussi son porte-clé.

- C'est un livre ?

- Oui, puisque tu adores lire.

- Cool, je vais en prendre soin, merci Emma !

- De rien, c'est normal !

La soirée fut ponctuée de rires, et de bonheur. Une famille qui ne se connaissait pas encore complètement, mais qui voulait tant être réunie.

Deux jours plus tard, Regina sortait du loft, après avoir terminé le ménage, et se fit surprendre par une voix derrière elle.

- Bonjour, Regina.

- Bonjour Marianne…

- Vous semblez vous plaire ici.

- En effet, j'ai définitivement emménagé dans le loft.

- J'ai cru remarquer. J'ai été surprise par la rapidité des déménageurs. Mais apparemment, vous ne possédez que peu de choses. Seriez-vous du genre spartiate ?

- Pas vraiment, non… Disons que j'ai vendu pas mal de meubles.

Regina tenta de s'éclipser, mais sans succès. Elle sut qu'elle ne parviendrait pas à se libérer de cette sangsue, qu'elle n'appréciait guère.

- Il est certain que ça met du beurre dans les épinards…

- Je dois aller travailler, veuillez m'excuser.

- Je vous suis, je dois sortir.

Regina leva les yeux au ciel, tant cette femme pouvait s'avérer crampon.

- Avez-vous mis votre nom sur la boîte aux lettres ?

- Pas encore.

- Vous devriez.

- Ce n'est pas une obligation.

- Je ne saurais même pas si un colis est pour vous ! Je ne connais pas votre nom de famille. C'est fou, ça !

- Mills.

- Oh, d'accord.

Marianne nota l'information qu'elle convoitait tant. Un sourire carnassier prit place sur son visage, qu'elle effaça bien vite. L'usure était une arme redoutable. Marianne reprit la parole, nettement plus tranchante.

- Vous êtes parvenue à votre but, dirait-on…

- Pardon ?

- Hé bien, oui, vous avez la chance d'être entretenue par une femme riche.

La gifle fusa, sans aucune sommation.

- Je ne vous permets pas ! Je commence à être fatiguée de votre harcèlement ! Et vos insinuations sont immondes. Je ne sais pas quel est votre problème, mais cessez de nous importuner !

Regina marcha plus vite, afin de ne plus la voir. Mais elle fut vite rattrapée, Marianne la tirant brutalement par le bras.

- Vous m'avez frappée ! Vous vous croyez tout permis ! Vous vous attaquez même aux femmes, rien ne vous arrête, n'est-ce pas ?

- Ne me touchez pas !

Regina rua pour se soustraire à la poigne de fer. Elle voulut partir, mais ne fut pas assez rapide.

- Vous voulez l'arnaquer ? C'est ça ? Vous êtes une voleuse ? Vous avez trouvé un sacré pigeon, on dirait ! Ça doit être si facile avec un gosse, pour mendier. Elle vous donne l'argent des courses, peut-être ? C'est plus simple avec une femme ? Vous risquez moins de vous faire battre, hein ? Belle opportunité !

- Allez vous faire soigner ! Vous êtes totalement folle !

Le gardien de l'immeuble, qui avait vu toute la scène, se précipita pour les séparer. Il ne voulait pas d'esclandre près de son lieu de travail. Regina en profita pour aller travailler, étant maintenant en retard, à cause de cette intruse. Elle entra dans la boucherie, les larmes aux yeux, et tremblante comme une feuille. Quelle mouche avait bien pu piquer cette femme ? Elles s'étaient parlées trois fois au maximum. Leur relation était certes glacée, mais jamais elle n'avait vu une telle furie. Comme si elle cherchait à protéger son territoire. C'était ridicule. Son patron la vit, et la fit asseoir.

- Mon dieu, Regina, ça va ? Vous êtes dans un état de nerfs pas possible…

- Pardon de me présenter ainsi à vous. Je… Je vais m'arranger, je suis désolée !

- Non, attendez, si vous avez un problème, vous pouvez m'en parler.

- Ce n'est rien, je vous assure. Je suis désolée pour mon retard…

- Comme vous voulez, mais…

Il appuya sur son avant-bras pour la rassurer, mais la brune hurla. Elle fut aussi stupéfaite que lui par son cri. Elle baissa les yeux, à l'instar du boucher, et vit des ecchymoses se former sur sa peau.

- Elle est folle à lier…

- Regina, qui vous a fait ça ?

- C'est… Ce n'est rien, je peux travailler !

- Vous êtes battue, chez vous ?

- Non ! Jamais Emma ne porterait la main sur moi !

- Emma ? Oh, c'est une femme…

- Oui, en effet.

Face au regard perturbé de son employée, l'homme bomba le torse et lui laissa de l'espace.

- Prenez un peu de temps pour vous remettre d'aplomb, puis je vous attends en boutique. Si jamais la personne qui vous a fait ça passe par là, n'hésitez pas à crier. J'en fais mon affaire. Personne ne lève la main sur une femme.

- Merci, mais vous auriez de gros problèmes, et c'est bien la dernière des choses que je souhaite. Elle n'en vaut pas le coup.

- Je suis là, en cas de besoin.

Après un bref signe de tête, il s'éloigna, laissant Regina découvrir les bleus, où Marianne lui avait enserré le bras. Elle le massa délicatement, avant de remettre un peu de maquillage, afin d'effacer les traces de rage et de pleurs, engendrées plus tôt par leur entrevue explosive.

Le soir, lorsqu'elle rentra à l'appartement, Emma trouva Henri aux côtés de sa mère, qui semblait exténuée et amorphe. Elle s'approcha, sondant l'enfant pour connaître la cause de cet effondrement. Il secoua doucement la tête, et lui laissa la place, préférant s'éclipser, afin que les deux femmes parlent entre elles. Il comprenait qu'il s'était passé quelque chose, mais qu'un enfant n'avait pas à l'entendre. La blonde lui prit la main, et Regina releva enfin ses prunelles chocolat, complètement éteintes.

- Hey, tu ne vas pas bien ?

- Si, ça va.

- S'il te plaît, ne te ferme pas.

- Je vais préparer le dîner.

- Non, attends, ce soir, c'est moi qui cuisine, toi, tu te reposes. D'accord ?

- Il faut que je m'occupe. N'importe quoi.

- Laisse-moi te chouchouter. Tu as l'air d'avoir croisé un fantôme.

La mère de famille resta assise, et se frotta machinalement le bras. Elle se leva et se colla à la femme d'affaires, qui avait le nez dans le réfrigérateur.

- J'ai eu peur, mais mon patron a veillé sur moi.

- Pourquoi as-tu eu peur ?

- Marianne… M'est tombée dessus ce matin. Et elle m'a balancé des horreurs.

- Encore elle ?! Je vais aller lui dire ma façon de penser.

- Non ! Tu ne ferais qu'aggraver les choses ! Inutile de lui donner du grain à moudre.

- Mais enfin, tu ne serais pas dans un état pareil, si elle avait été courtoise…

- Peu importe. De toute façon, je lui ai collé une gifle…

- Oh, tu m'intéresses, là. Ça me démange depuis un moment.

- Ce n'est pas une plaisanterie, Emma. Si elle porte plainte, je vais avoir des ennuis.

- Je connais d'excellents avocats.

- Je… J'ai trop à perdre, maintenant. Toi, notre relation…

- Mais de quoi parles-tu ?

- De mon passé, de tout ce que je ne t'ai pas raconté. Je t'ai caché des choses, Emma.

- Je suis loin de t'avoir tout dit aussi. Il faut du temps pour se connaître et sacrifier une partie de son intimité, pour être en adéquation avec sa moitié.

- Mais à cause d'elle, je risque tout ! Je croyais en avoir terminé avec cette vie, mais non, il a fallu qu'elle remue toute cette… Merde !

- Pourquoi ?

- Tu ne comprends pas, tu as ta petite cage dorée, Emma, mais ce n'est pas le monde des Bisounours, dehors. Tu es une nantie, et je sais ce que ça fait, de vivre dans cette opulence, mais il est si facile de voir son monde entier basculer. Ouvre les yeux ! Quand les gens nous voient, ils pensent que la femme de ménage est sans scrupules, et préfère s'envoyer une blonde, afin d'accéder au statut, et à la richesse. Voilà ce qu'elle pense ! Elle veut que je disparaisse, car je vais forcément te faire du mal !

- Mais tout ça, c'est faux ! Nous sommes ensemble, nous nous aimons ! On déménagera, si les gens sont trop stupides pour nous laisser vivre. Aie confiance en moi.

- Mais ils seront toujours là, les autres, prêts à nous pourfendre à la moindre incartade !

- Calme-toi, Regina, je ne suis pas ton ennemie.

La brune respira un grand coup, en entendant le ton presque suppliant de sa partenaire. Elle se redressa, et vit la détresse dans les grands yeux émeraudes. Elle attrapa le visage tant chéri entre ses mains, et papillonna des baisers dessus, espérant ainsi faire taire ses angoisses.

- Je ne sais pas ce qui m'a pris, Emma. Pardonne-moi, je ne voulais pas te braquer.

- Euh, non, mais ça va, c'est juste… Surprenant, comme revirement de comportement. Je suis perplexe. Mais il vaudrait mieux qu'on parle, tu ne crois pas ?

- Oui, mais pas ce soir, je suis fourbue, et j'ai mal au crâne.

- Très bien. Va t'allonger, je m'occupe de tout.

La mère de famille se traîna jusqu'au lit, où elle échoua, et sombra rapidement dans un lourd sommeil.

Depuis le couloir de l'immeuble, la voisine indélicate n'avait rien perdu de la conversation, ou dispute, qui avait eu lieu derrière la porte du loft. Elle sourit, et saisit l'opportunité qui lui était offerte. La mésentente dans ce couple d'opérette lui donnait un prétexte, pour délivrer Emma de l'emprise de la femme de ménage. Elle rentra chez elle, souhaitant mettre un peu de temps et d'espace entre la journée riche en évènements qu'elle venait de vivre, et son prochain mouvement. Enfin, sa tranquillité d'esprit serait restaurée et son environnement protégé. Cette perspective la mit en joie, et elle sifflota jusque dans son salon, passant en revue chaque chose qui lui permettrait de parvenir à ses fins. Le lendemain matin, elle se leva, se prépara rapidement et fila à la première heure jusqu'à son objectif. Elle avait rendez-vous avec un détective privé, afin de s'assurer des desseins diaboliques de Regina. Elle vit l'homme, qui lisait un journal sur un banc.

- Monsieur Glass, je présume ?

- Madame Marianne ?

- Bonjour.

- Enchanté. Que puis-je faire pour vous ?

- Vous êtes direct. Je veux tout savoir sur une personne.

- Nom ?

- Regina Mills.

L'homme sembla tiquer à ce nom, mais reprit son air impassible immédiatement.

- Une raison particulière ?

- Vous êtes curieux également… Disons qu'elle pourrait préparer un mauvais coup. Et que je protège mes intérêts et ceux de certaines personnes.

- Intéressant. Seriez-vous altruiste ?

Marianne émit un rire de gorge.

- Je ne crois pas. Mais je ne laisserai pas une mégère tout détruire. Avons-nous un accord, monsieur Glass ?

- Tout à fait. Vous avez titillé ma curiosité. Je vous envoie mon contrat par mail, afin de procéder au virement. Souhaitez-vous lire le journal ?

- Non, merci. J'ai à faire. À bientôt.

- Bonne journée, Madame.

Ils se séparèrent, et la brune revint chez elle, satisfaite de son idée brillante. Elle partit quelques jours en balade, afin de changer d'air et d'obtenir des résultats probants de la part du professionnel.

Le couple, durant ce temps, se complaisait dans une routine chaleureuse, reculant toujours plus loin l'heure où il faudrait parler d'elles, et de leurs passés, à nouveau. Regina devenait nerveuse à l'évocation de la moindre illusion sur ses souvenirs, et Emma recommençait à lorgner sur sa bouteille. Tout n'était pas rose au paradis, mais elles parvenaient à maintenir cette chimère en place. Henri voyait qu'un non-dit détériorait lentement l'ambiance au sein de leur foyer. Elles devaient crever l'abcès, avant de s'égarer en route, avec leurs démons pour seule compagnie.