Chapitre 20 : échec et mat
Bonjour à tous. Je me permets un petit mot pour pousser un coup de gueule, vis-à-vis des guests qui se croient tout permis et insultent les auteurs… La grande classe. Je ne répondrai plus aux reviews des guests, et elles seront d'ailleurs effacées systématiquement, si j'estime qu'elles sont déplacées. Tous les guests ne sont pas en cause, bien entendu. Mais le troll qui n'a que ça à faire de ses journées n'aura jamais le dernier mot.
Je tiens aussi à remercier ceux et celles qui me suivent depuis le début, notamment Supersolanealovesemma, Sammii16, Byfe13, Mitzouli, Swanqueen61, juju62 et bien d'autres, et qui m'encouragent.
Sur ces derniers mots, je vous souhaite une bonne lecture.
Les jours filèrent, sans qu'aucune avancée majeure ne vienne perturber leur quotidien. Leur routine les rassurait et les tuait également, sans leur laisser le moindre répit. Henri se montrait de plus en plus anxieux, et avait demandé à rester dormir chez son ami Neal le vendredi soir, afin de s'extraire de cette ambiance pesante. Les deux femmes se retrouvèrent alors en tête-à-tête, sans trop savoir quoi faire de leur moment de détente à deux. Regina s'agita en cuisine, sans réussir à se décider sur une recette précise. Emma sentit sa fébrilité grimper en flèche, et se posta à côté de sa compagne, afin de la calmer.
- Hey, inutile de cuisiner, je n'ai pas très faim.
- Tu ne veux rien manger ?
- Ce n'est pas nécessaire. J'aimerais simplement que l'on se pose et qu'on se câline devant un film.
- Il faudrait aussi… Que l'on parle, tu ne crois pas ?
- Oui, certainement.
La blonde déglutit bruyamment, sentant une boule remonter de son ventre à sa gorge, et menacer de la faire vomir. Elle lui sourit tant bien que mal, mais préféra baisser le regard, afin de ne pas paniquer. Elle sentait Regina sur la réserve, et savait que cette conversation ne serait pas agréable. La brune la tira de ses pensées.
- Ou bien, je nous fais un plateau de fromages, quelques fruits, et on regarde un film. Tu as raison, j'ai envie de calme et de sérénité ce soir.
- Avec plaisir. Le tout accompagné d'une citronnade ?
- Tu prends goût au citron, dirait-on.
- C'est un bon dérivatif.
Le rictus entendu de la mère de famille fit comprendre à la blonde qu'elle approuvait cette façon de voir les choses. Elles s'installèrent et se laissèrent aller dans les bras de l'autre, ne désirant pas casser la dynamique de cette soirée. Après le film, Regina retint Emma par la main.
- Attends, j'ai une question idiote : as-tu remarqué qu'une voiture grise était souvent garée en bas de l'immeuble et qu'il y avait quelqu'un dedans, depuis quelques jours ?
- Non, mais je ne remarque jamais rien, une fois dehors. Et tu crois qu'il y a un potentiel danger ?
- Je l'ignore, mais après avoir giflé Marianne, j'ai un pressentiment. Comme si ce dérapage allait nous poursuivre longtemps.
Emma fronça des yeux, et se dirigea vers la baie vitrée, qui donnait sur la rue. Le loft était situé à un étage élevé, néanmoins, elle parvenait sans difficulté à distinguer les voitures en contrebas.
- Tu parles de cette voiture, là ?
Regina se leva et observa l'automobile pointée du doigt par sa compagne.
- Je ne pourrais pas en jurer, vu d'ici, mais ça y ressemble.
- Je descends. Je veux en avoir le cœur net.
- Non ! Il fait nuit, et si c'était un maniaque ? Et si tu te faisais attaquer ? Reste là, je t'en prie…
- Alors, descends avec moi. Comme ça, on s'épaulera mutuellement.
La brune n'en menait pas large, mais elle suivit Emma jusqu'au rez-de-chaussée. Le portier était aux abonnés absents, ce qui n'empêcha nullement la femme d'affaires d'aller vérifier si une personne patientait dans la voiture. Mais alors qu'elle braquait son regard dans la direction indiquée par sa compagne, qui reconnut le modèle, la voiture partit en trombe, dans un nuage de poussière.
- Bon, une chose est sûre, nous l'avons fait fuir. Donc, nous sommes soit suivies, soit en danger.
- Comment peux-tu prendre les choses aussi bien ? Et aussi calmement ?
- Parfois, dans mon boulot, les gens utilisent l'intimidation comme procédé de négociation.
- Pardon ? Tu bosses dans la mafia ?!
- Euh non… Pas encore.
Emma lui sourit, faisant secouer la tête de la brune, qui la remercia intérieurement d'alléger l'atmosphère. Mais elle n'oublia pas pour autant cette nouvelle menace, qui la fit frémir. La blonde lui prit la main et elles remontèrent, incertaine de la suite à donner à ce fait nouveau. Emma proposa tout de même une solution, à tout hasard.
- On pourrait aller voir les flics…
- Pour quoi faire ? On a vu une voiture partir alors que nous descendions. Pas de numéro d'immatriculation, pas de description du chauffeur, rien. Ils vont nous rire au nez.
- Je sais, mais je tentais, au cas où…
- C'est gentil d'essayer de calmer mes craintes, mais je pense que pour ce soir, nous devrions aller nous coucher. Il n'y a rien que nous puissions faire de plus.
- Tu as raison.
Elles dormirent peu, craignant chacune qu'une part de leur passé ne vienne égratigner leur présent.
Le lendemain matin, Henri passa un coup de fil à sa mère, pour l'informer qu'il était invité à déjeuner et à passer l'après-midi sur le terrain de foot, avec Neal et une partie de l'équipe. Elle n'eut pas le cœur de l'en priver, tant il semblait excité par l'idée d'être avec ses amis. Elle lui accorda sa journée, et promis de passer le chercher en fin de journée, chez Ne al. En raccrochant, elle se tourna vers Emma, qui avait entendu toute la conversation.
- On dirait bien qu'aujourd'hui, c'est juste entre toi et moi, Regina.
- On dirait bien… Emma…
- Regina…
Elles se fixèrent, et rirent nerveusement. Elles avaient envie de parler, et Emma comprit que c'était à elle de faire le premier pas.
- Que dirais-tu de faire une balade en forêt, pour nous changer de tout ce bitume ?
- Proposition intéressante. Compterais-tu m'enterrer sous un bosquet ?
- Non, j'emporte ma pelle uniquement pour les grandes occasions.
- Alors, je te suis.
Une heure plus tard, elles roulaient vers la forêt de pins qui bordaient la ville. Elles avaient pris un taxi, malgré les protestations de Regina, qui trouvait le prix exorbitant. La blonde avait simplement haussé les épaules, et sourit devant l'air boudeur de sa compagne. Une fois sur place, elle demanda au taxi de venir les chercher deux heures plus tard. Celui-ci opina, devant le billet tendu par la femme d'affaires, scellant ainsi leur accord verbal.
Elles marchaient depuis une bonne dizaine de minutes, lorsque Regina prit la main d'Emma, qui ouvrait la voie. Celle-ci la chercha du regard, et la trouva légèrement angoissée.
- Rassure-moi, tu es déjà partie faire une promenade en forêt ?
- Oui, bien sûr, mais c'était il y a fort longtemps.
- D'où ton regard de biche terrorisée ?
- Je ne suis pas terrorisée par trois branches et deux lapereaux !
- Bien, madame !
Emma la tira à elle pour l'embrasser passionnément, ce qui déstabilisa la belle brune. Elle se décala et la fixa, sachant que le moment était idéal pour lui parler d'un sujet qui lui tenait particulièrement à cœur.
- Je dois être honnête avec toi, et t'avouer quelque chose qui me concerne.
La peur traversa les prunelles chocolat en une fraction de seconde, obligeant Emma à la serrer dans ses bras, afin qu'elle ne prenne pas la fuite.
- Hey, ce n'est pas une mauvaise chose, juste un fait, que j'aimerais partager avec toi, afin que tu comprennes mieux certaines de mes craintes.
- Je t'écoute.
- Je suis une enfant adoptée.
- Pardon ?!
- J'ai été adoptée, lorsque j'avais huit ans. J'ai eu beaucoup de chance, car le couple qui m'a pris sous son aile était bienveillant, et m'a donné tout son amour. J'ai cependant une peur de l'abandon assez intrusive, dans ma vie, du fait de ma jeunesse, ballottée entre les familles d'accueil et les orphelinats. C'est aussi pour ça que j'ai toujours rêvé d'avoir une famille, et que mon passé récent m'a fait tant de mal. J'essaie de te dire que je ne me raccroche pas désespérément à toi, parce que tu as un fils, mais parce que tu me combles de bonheur, et tu parviens à réaliser mes rêves. Je ne veux pas te mettre la pression ou quoi que ce soit, mais j'avais besoin de te le dire. Tu es ma fin heureuse, je le pense sincèrement.
- Je ne m'attendais absolument pas à ça. Je te voyais comme une enfant pourrie gâtée, parfois… Je suis une sotte, pardon.
- Mais j'ai été pourrie gâtée, tu as parfaitement raison ! Mes parents adoptifs m'ont choyée, mais aussi transmis de vraies valeurs. Tu es mon idéal, Regina, pour toutes ces raisons.
- J'ai peur de te décevoir, maintenant. Tu me mets sur un piédestal, et je ne le mérite pas.
- Cesse de te dévaloriser. Je sais que tu refuses de m'en parler pour le moment, et je le conçois très bien, mais tu as vécu une véritable épreuve, pour te voir à travers un prisme si déformé. Je ne cherche pas à t'extirper les vers du nez, je sais laisser du temps et de l'espace. C'est essentiel, pour que l'autre se reconstruise dans la confiance.
- C'est très sage, pour une gamine !
La blonde fit des yeux ronds, et vit sa comparse exploser de rire.
- Pardon, je ne pouvais pas m'en empêcher. Je suis plus âgée que toi, mais je ne te perçois absolument pas comme une enfant. Je crois que c'était une tentative avortée de faire de l'humour. J'ai encore beaucoup à apprendre en ce domaine. L'instant paraissait si grave. Je suis désolée.
- Ne t'excuses pas, c'était juste un peu déroutant.
Cela eut le mérite de laisser planer un silence salvateur entre elles. Elles reprirent leur marche, main dans la main, le cœur un peu plus léger.
La journée s'étira, puis Regina se présenta chez les parents de Neal, afin de récupérer son fils. Deux boules d'énergie l'accueillirent, et Henri lui fit un câlin appuyé. Elle le lui rendit volontiers, et salua la mère de Neal, avant de repartir vers le loft. Il ne cessa de babiller sur le trajet, heureux de cette parenthèse amicale. Il raconta ses aventures, avec les copains du club de foot aux deux femmes, et mangea comme un ogre, durant le dîner. Cette journée lui avait ouvert l'appétit, et il sentait que l'ambiance s'était détendue au sein de leur foyer. Il voulut regarder un film d'animation, dont ses amis lui avaient parlé, mais il tomba de fatigue avant même la fin du générique de début, attendrissant le couple, qui rit sous cape de le voir si vivant, et retrouvant une partie de son innocence. Regina lui caressait le cuir chevelu, perdue dans la contemplation de son enfant bienheureux. Elle le porta dans son lit, et lui chantonna une berceuse, sous l'œil bienveillant de sa compagne, qui était sous le charme de cette scène émouvante. Elles se couchèrent, enfin apaisées, au moins pour un moment.
Trois jours plus tard, alors qu'Emma rentrait d'une longue journée de travail et qu'elle traversait le parc, non loin de son appartement, elle croisa Marianne, qui ne la remarqua pas, accompagnée d'un homme grisonnant. Elle ne fit guère de cas de ce couple mal assorti, et s'arrêta à un kiosque un peu plus loin, afin de s'acheter une boisson fraîche. Elle la sirota sur un banc, profitant du soleil couchant, avant de rentrer. Regina l'avait prévenue qu'une réunion entre les parents et les professeurs avait lieu dans l'école d'Henri, et qu'ils arriveraient tard ce soir. La femme d'affaires savourait donc ce moment de tranquillité, avant de rejoindre sa nouvelle famille. Alors qu'elle contemplait les arbres autour d'elle, elle aperçut à nouveau sa voisine non loin d'elle, qui restait assise sur un banc. Elle soupira, ne voulant sous aucun prétexte la croiser et l'entendre dire à nouveau des horreurs sur sa compagne. Elle se remit en mouvement, afin de sortir du parc, sans être vue. Lorsqu'elle passa le grand portail, son regard fut happé par la voiture grise, qui était garée quelques mètres plus loin. Elle reconnut le conducteur, l'homme qui accompagnait Marianne. Mais surtout, ce fut le modèle de l'automobile qui la frappa. Exactement celui qui suivait Regina partout depuis une semaine. Elle resta sur le trottoir, coite, et dut fournir un effort pour sortir de sa torpeur. Elle se mit à réfléchir, et n'appréciait pas les conséquences qu'elle tirait de ses élucubrations. Elle nota rapidement le numéro de plaque d'immatriculation, et appela son frère Aladin. Il répondit aussitôt.
- Hey, salut, ça va ?
- J'aimerais bien, mais j'ai un doute.
- Hein ? Emma ? Que se passe-t-il ? Ta société a eu vent de ton escapade ?
- Non, rien à voir. Mais je pense que Regina est suivie, et je viens de relever le numéro de plaque. Peux-tu récupérer le nom du conducteur ?
- Bien sûr. En sous-marin, comme d'habitude. Pas de trace.
- Merci. J'espère me tromper.
- Nous savons tous les deux que ton instinct est plutôt bon.
- Tu peux me recontacter rapidement ? Je ne veux courir aucun risque.
- Demain sans faute. Bonne soirée Emma. Détends-toi avec ta belle brune, ce soir.
- Dès qu'elle rentre, soirée en famille, tout est prévu. À demain.
Elle raccrocha, les nerfs en vrille. En effet, son instinct lui hurlait qu'il y avait une entourloupe, et que Marianne n'y était pas étrangère. Mais elle ne pouvait l'accuser sans preuve. Elle rentra rapidement, et prépara des hamburgers pour tout le monde. Henri se gava, et chipa même la moitié de celui alloué à sa mère, ce qui fit rire la blonde, qui croqua le sien à pleines dents.
Le lendemain, alors qu'Emma était à son bureau, elle reçut le coup de fil tant attendu. Elle prit son téléphone si vite qu'elle faillit le laisser tomber. Elle le rattrapa in extremis.
- Allô ? Alors ?
- Tu ne vas pas apprécier ce que j'ai à te dire. Tu es seule ?
Emma vit que la porte de son bureau était ouverte, et se leva pour la fermer à clé. Elle ne souhaitait pas que sa conversation s'ébruite. Elle revint s'asseoir, et prit un air décontracté, mais elle bouillait intérieurement.
- Alors… Ton gars, vu la description que tu m'as fait, et en comparant avec sa photo, c'est un détective privé.
- Un fouineur ? Mais pourquoi ?
- Il est spécialisé dans les affaires un peu louche. Il n'est pas vraiment recommandable. C'est d'ailleurs étonnant, vu le portrait que tu m'as dressé de ta voisine. Bref. J'ai appelé un contact, qui m'a dit qu'il était sur une affaire. Il s'agit sûrement de Regina, car il n'a rien raconté d'autre. Emma, j'ai un mauvais pressentiment. Pour quelle raison ta voisine voudrait posséder des informations sur ta compagne ? Et surtout, a-t-elle quelque chose à cacher ?
- Sincèrement, je crois pouvoir répondre à ta première question. Elle ne l'apprécie pas du tout, et c'est réciproque. C'est aussi un euphémisme. On dirait deux chats qui ont vu la même souris. Regina lui a administré une gifle récemment, et ça n'a pas dû lui plaire. Par contre, j'ignore si Regina a un secret honteux. Peut-être, ça expliquerait bien des choses. Mais je refuse de la forcer à me parler. Elle n'est toujours pas prête, et je ne vais pas l'y obliger, sous prétexte que notre voisine est instable psychologiquement.
- Fais gaffe, tu joues avec le feu. Avec Glass, il faut toujours assurer ses arrières. Et tu as beaucoup à perdre, dois-je te le rappeler ?
- Inutile. Concernant Storybrook, je n'arrive à rien. Je suis au point mort… Tout est verrouillé, ici. Et impossible de trouver un collaborateur qui a entendu parler de ce fameux dossier. À part quelques remarques déplacées sur l'ancienne patronne, qui a bien merdé apparemment, je n'avance à rien…
- Sois patiente. Tu devrais peut-être retrouver cette femme, non ?
- Vu la description qu'ils en font tous ici, je n'en ai pas vraiment envie. C'est une garce imbue d'elle-même, castratrice et odieuse. Elle n'aurait eu que ce qu'elle méritait. J'avoue ne pas avoir envie de la rencontrer en ce moment…
- Quelle image glamour !
- Tout à fait. Donc, j'ai suffisamment de choses à gérer pour me passer de son témoignage, qui sera forcément à charge de mon entreprise. Il paraît qu'elle a toujours clamé son innocence.
- Tu veux que je fasse une recherche sur elle ?
- Non, je n'en ai pas l'utilité, pour l'instant. Merci pour tes informations, je vais en faire bon usage.
- Fais attention à toi, blondasse.
Elle raccrocha, satisfaite des trouvailles de son acolyte.
- Bien. Maintenant, comment vais-je m'y prendre, afin que cette emmerdeuse de voisine cesse son petit manège stupide ?
Elle resta un temps infini à réfléchir à la question, sans trouver de réponse satisfaisante. Elle voulait confronter Marianne, mais pour cela, elle devrait dévoiler son jeu. Et si cette dernière se sentait acculée, elle pourrait s'en prendre à Regina. Ce n'était donc pas envisageable. Elle piaffait d'impatience d'avertir Regina de la menace qui pesait sur sa tête. Mais cette dernière pouvait s'avérer impulsive. Ce n'était donc pas non plus une bonne idée. Elle se prit la tête entre les mains, et gémit lourdement. Comment protéger celle que l'on aime, sans rien lui dévoiler, ni culpabiliser pour cela ? C'était impossible… Elle retarda donc le moment de partir, ne sachant toujours pas quelle stratégie développée dans ce cas de figure. Elle qui avait toujours un temps d'avance sur les autres se retrouvait démunie. Et elle détestait cela.
Alors qu'Emma patientait devant l'ascenseur dans le hall de son immeuble, la providence, ou le destin, se joua d'elle une nouvelle fois. Sa chère voisine vint se poster à ses côtés, afin de rentrer également chez elle. Marianne lui adressa un sourire impeccable, ce qui mit les nerfs de la femme d'affaires à rude épreuve. Elle sentit la colère bouillir en elle, sachant le double jeu de la femme.
- Emma, quelle bonne surprise.
- Marianne.
- Hé bien, j'ai l'impression d'avoir croisé un iceberg…
Emma se mordit la langue, en pénétrant dans la boîte de métal. L'occasion était trop belle pour ne pas être saisie.
- Pour ma part, j'ai croisé une espionne…
- Pardon ?!
- Vous m'avez comprise. Je sais que vous faites suivre ma compagne. Pour quelle raison ? Elle ne représente aucunement une menace pour vous !
- Je ne vois pas de quoi vous voulez parler.
- Ben voyons, on joue les innocentes ? Permettez-moi de vous rafraîchir la mémoire : Glass, le détective privé que vous employez ? Il est connu dans le milieu comme le loup blanc. Et il suit Regina depuis une semaine. Mais je vous ai croisé ensemble. Et je ne crois pas aux coïncidences.
- Vous devez vous trompez. Il s'agit d'une vieille connaissance, rien de plus. Je ne m'intéresse pas à votre femme de ménage.
- C'est ma compagne !
- Hum, à votre guise. Tout dépend de quel point de vue on se place, bien évidemment.
- Vous êtes folle à lier…
- Je vous demanderais d'être polie à mon égard, sinon, je pourrais bien porter plainte contre votre femme de ménage pour coups et blessures. Je suis certaine que vous comprenez que c'est un exemple désastreux pour Henri. Pauvre enfant. Vivre dans de telles conditions…
- Vous n'oseriez pas faire ça… Les services sociaux s'en mêleraient…
- En effet. Donc, je vous souhaite une bonne soirée, Emma. Et j'espère que votre femme de ménage ne sera bientôt plus qu'un vieux souvenir.
Marianne planta là la blonde, qui ne vit même pas les portes se refermer sur elle, et qui revint au rez-de-chaussée, après qu'un autre habitant de l'immeuble ait appelé l'ascenseur en bas. Elle était statufiée. Marianne venait de menacer sa famille sans ciller, mais n'avait rien lâché sur sa connexion avec Glass. Elle était défaite. Elle remonta vers son foyer, mais s'arrêta devant la porte d'entrée. Elle tenta de se recomposer une stature sereine, mais savait qu'elle ne ferait pas illusion longtemps. Elle souffla et entra, laissant Marianne dans l'arrière-plan de ses pensées.
Durant cette soirée, leur voisine comprit qu'Emma ne ferait rien pour se séparer de cette maudite gourgandine. Aussi, elle rassembla le dossier de Glass, et le feuilleta consciencieusement. Un immense sourire naquit sur ses lèvres. Elle n'aurait jamais imaginé qui était réellement cette vulgaire femme de ménage. Une petite célébrité en son domaine, si elle pouvait s'exprimer ainsi. Et elle furetait dans un immeuble de standing, telle une hyène qui ne voulait pas lâcher le morceau. Elle tentait visiblement de compenser sa perte financière et son revers de fortune, par la bonne situation d'Emma. Quant à cette dernière, pourquoi accueillir la brune ? Elle l'avait remplacée, purement et simplement. Mais on aurait pu croire qu'elles n'étaient pas au courant de ce détail. La coïncidence était trop grosse pourtant. Mais la blonde utilisait un nom de famille différent. Après tout, c'était peut-être un plan machiavélique d'Emma ? Non, elle semblait tenir à Regina. Donc, c'était à elle de protéger son monde, afin qu'il n'explose pas sur un scandale honteux. Elle ricana, et programma son réveil. Elle avait un rendez-vous impromptu à ne manquer sous aucun prétexte.
Le lendemain, alors que la famille, habitant à côté d'elle, dormait paisiblement, Marianne descendit au rez-de-chaussée, et héla un taxi. Elle donna l'adresse souhaitée, et se cala confortablement dans son siège. Elle prit le temps de contempler le ciel, et se dit que cette journée serait probablement ensoleillée. Elle descendit une quinzaine de minutes plus tard, et entra dans l'immense bâtiment. Elle demanda à parler à un responsable, en citant le nom de Regina Mills. Aussitôt, un lieutenant de la brigade financière apparut dans son champ de vision, affable.
- Bonjour Madame, puis-je vous inviter à me suivre ? Vous auriez des informations sur une affaire en cours ?
- En effet, et je crains pour la sécurité d'une femme, ma voisine, plus précisément.
- Les actes citoyens sont si rares, de nos jours, je vous en prie.
Il désigna un bureau, et s'installa face à Marianne. Cette dernière expliqua la situation, et posa une question à la fin de sa diatribe.
- Comment peuvent-elles ignorer leur identité respective ? Emma Swan court un grave danger. Regina Mills ne peut que vouloir se venger, pour être une telle sangsue, vivant aux crochets de cette femme crédule.
- Nous allons investiguer, et nous assurer que Madame Mills ne tente rien de stupide. Merci de votre coopération.
- Je vous en prie. Je détesterai ne pas avoir agi et assister à une tragédie.
Elle se retira, et s'autorisa un petit-déjeuner fort peu diététique. Elle rentra, voyant, de son perchoir, une voiture de police passer, avec le lieutenant avec qui elle s'était entretenue auparavant, sur le siège passager. Elle reprit un taxi, qui se dépêcha de la conduire à son domicile.
Une fois sur place, elle sortit en trombe du véhicule, afin d'assister à la scène qui se déroulait sous ses yeux. Regina, revenant probablement de la boulangerie, vu le paquet qu'elle tenait en main, était en train de se faire menotter par des policiers, qui lui intimaient de rester calme. Marianne n'aurait jamais cru que sa petite visite entraîne si rapidement un bouleversement positif. Néanmoins, elle n'avait pas prévu une chose. Henri, qui semblait attendre sa mère dans le hall de l'immeuble, hurlait pour que les hommes de loi la laissent tranquille. Il essayait, avec ses petites mains, de l'attraper, alors que Regina lui criait de rentrer au loft, et d'avertir Emma. La scène avait un je-ne-sais-quoi de déchirant, comme si ce n'était pas la première fois qu'elle se déroulait, pour la mère et le fils. Regina, qui se débattait légèrement, pour parler à son enfant, fut brutalement plaquée au sol, sans ménagement, et embarquée sous les pleurs et les cris de son fils. Ce dernier courut jusqu'aux escaliers et disparut, très certainement pour alerter la blonde de son malheur. Marianne eut un pincement au cœur, face à la douleur du bambin, mais on ne faisait pas d'omelette sans casser des œufs.
Emma fut brusquement réveillée par Henri, qui la secoua tel un prunier.
- Hey, hey, mais qu'est-ce qu'il se passe ?
- Maman ! Ils ont pris maman, encore ! Lève-toi !
- Mais de qui parles-tu ?
- Les policiers !
- Mais enfin, pourquoi ? Où est Regina ?
- Maman n'est plus là, ils l'ont embarquée ! Fais quelque chose !
Emma bondit sur ses pieds, et descendit les escaliers de l'immeuble ventre à terre, pour constater par elle-même qu'il n'y avait plus trace de sa compagne, simplement un sachet de croissants écrabouillés, sur le trottoir. Elle le prit et le regarda étrangement. Puis elle vit les passants, qui la dévisageaient, puisqu'elle était en culotte et débardeur. Elle poussa un juron et aperçut Marianne du coin de l'œil. Son sang se figea, lorsque cette dernière lui fit un clin d'œil et partit dans la direction opposée. Elle voulut la poursuivre, mais Henri se cramponna à elle, telle une bouée de sauvetage.
- Me laisse pas tout seul ! S'il te plaît, Emma ! Pitié !
- Non, bien sûr que non, Henri, je reste avec toi et je vais tirer cette affaire au clair. Tu sais pourquoi les flics l'ont emmené ?
- Parce qu'elle a été virée de son ancien boulot, et ils ont dit qu'elle était une voleuse ! Mais c'est faux !
- D'accord. On remonte, je m'habille et on va au poste de police.
- Ils vont te garder toi aussi !
- Je n'ai rien fait de mal, Henri…
- Maman non plus, et tu vois ce qu'il se passe ! Je veux pas !
- Bon, euh, on remonte, et on voit ce qu'on fait.
L'enfant renifla, mais ne fit pas de difficulté. Il était déjà plus rassuré de savoir qu'au moins une des deux femmes n'irait pas se jeter dans la gueule du loup.
Pendant ce temps, Regina était déjà soumise à un interrogatoire agressif. Elle ne comprenait pas ce qui avait pu mal tourner pour finir dans ce poste de police, à nouveau. Elle avait fait très attention, en allant à Storybrook, elle n'avait pas utilisé la moindre pièce d'identité, et tout payé en liquide. Elle était livide. Et son fils avait encore tout vu. Elle culpabilisait énormément. Le lieutenant lui posait des questions, mais elle ne l'écoutait pas vraiment, trop perdue dans ses pensées.
- Madame Mills !
Elle sursauta et revint enfin à la réalité.
- Pardon ?
- Vous aggravez votre cas ! Que vouliez-vous faire ? La tuer ? Vous venger ? La voler ? Le panel est large !
- Mais de qui parlez-vous ?!
- Emma Charming !
À l'évocation de ce nom, Regina se tendit. Il s'agissait de la femme qui avait pris sa place. Celle qui avait volé sa vie. Son ennemie, toute puissante.
- Je ne la connais pas. Pas personnellement, en tout cas.
- Vous vous foutez de moi ?!
- Non.
- Si. Et je n'aime pas que l'on se paie ma tête !
Devant l'air confus de la brune, il tapa du plat de la main sur la table.
- Vous préférez peut-être Emma Swan ?
Regina tomba des nues. Elle ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit.
- Quoi ?
- Vous couchez avec celle qui vous a remplacée ! Vous voulez la briser ? La tuer ? Dans son sommeil, après vous l'être tapée ? C'est ça ? C'est machiavélique ! Seriez-vous une mante religieuse ? À tout le moins, une cougar, je dirais…
Il s'esclaffa, ses collègues suivant le mouvement. Elle se sentit mal. Il est vrai qu'Emma ne parlait jamais de son travail, qu'elle jugeait ennuyeux. Et pour cause. Elle s'était bien moquée d'elle ! Mais que cherchait la blonde ? Et pourquoi ne pas en parler ? Elle dut se rendre à l'évidence, sa compagne, à qui elle faisait enfin confiance, était en train de l'éradiquer de la surface du globe. Et son fils était avec cette sorcière ! Elle voulut se lever, mais un policier lui tordit le bras pour la faire se rasseoir immédiatement. Elle glapit, et retomba lourdement sur sa chaise. Toute sa vie volait définitivement en éclat. Elle était vaincue, et savait qu'elle ne s'en tirerait pas à si bon compte, que les fois précédentes. Elle n'avait plus nulle part où aller, ni personne sur qui compter. Son fils était entre les mains de son ennemie, et elle n'avait pas d'argent de côté pour se tirer de ce bourbier. Elle sentit une première larme dévaler sa joue, suivie d'un flot ininterrompu. Le policier crut bon de lui mettre encore plus de pression, afin qu'elle avoue le plan qu'elle avait en tête. Mais elle n'était plus vraiment là. Elle avait perdu la partie, et elle n'avait plus aucun pion à jouer. Elle était vaincue, sans reddition possible. Échec et mat.
