Chapitre 21 : vengeance et déchéance
Réponse à Danielle : merci pour ton retour, qui m'a fait sourire. Pas de souci, pour ma part, et je lis aussi d'autres fictions pour me détendre. Merci pour vos compliments, qui m'ont fait très plaisir. À bientôt, et bonne lecture.
Après plus de trois heures d'interrogatoire, ce dernier ne menant nulle part, Regina fut libérée, complètement abattue et apathique. Elle trouva Emma et Henri, qui l'attendaient sur le trottoir en face du poste de police, à la terrasse d'un café. Elle souffla, en comprenant que son enfant n'était pas entré dans le poste, et que la blonde l'avait protégé, malgré tout. Elle vint vers eux, enlaça son garçon, qui pleurait de la revoir enfin, et jeta un regard froid en direction de sa compagne. Elle ne dit rien, incapable de prononcer le moindre mot, sous peine d'entendre sa voix se briser. Elles prirent un taxi dans un silence de mort, et Regina ne cessait d'agripper son bambin, afin de se rassurer un tant soit peu. Emma était particulièrement fébrile, et Henri s'était muré rapidement dans le silence, une fois qu'elle avait pris la décision de rejoindre Regina au poste de police. Elle n'avait pas réussi à comprendre la raison de cette arrestation, et attendait avec impatience de s'entretenir avec la brune, qui semblait défaite.
Regina entra dans le loft et s'assit dans le canapé, en se tordant les mains. Elle ne parvenait pas à regarder Emma dans les yeux, et cette dernière était morte d'inquiétude. Dans la tête de la brune, des milliers de questions, mais surtout des plans pour se sortir de ce bourbier, s'entremêlaient, pour former un maelstrom dangereux. Elle ne voyait en Emma qu'une femme avide de vengeance et de pouvoir, et qui avait tout fait pour la mettre sous sa coupe, afin de l'annihiler définitivement. Son ancienne entreprise, et plus particulièrement le conseil d'administration, serait bien capable d'une telle chose. Elle devait avoir levé un lièvre d'une importance capitale, avec le dossier Storybrook, pour qu'ils se sentent ainsi menacés. La blonde s'assit à son tour, et voulut lui prendre la main, mais la brune la lui reprit aussitôt. Emma ne s'en offusqua pas, malgré le rejet évident de sa compagne.
- Regina, parle-moi. Henri a refusé de me dire quoi que ce soit, dès l'instant où je lui ai expliqué que nous allions voir où tu étais. Que se passe-t-il ? Pourquoi la police est venue t'embarquer ?
La mère de famille ne répondit pas, incapable de calmer son cœur, qui tambourinait tel une machine de guerre sur une citadelle assiégée. Et puis, quelque chose céda en elle. La colère remplaça la peur et le chagrin. Elle leva brutalement la tête, et dévisagea Emma, un rictus mauvais sur le visage.
- Pourquoi ?
- Hein ? Je ne comprends, pas, c'est moi qui t'ai demandé ça…
- Comment oses-tu te jouer de moi de cette manière ? Tu es d'une cruauté sans borne, Emma Swan. Ou devrais-je dire, Emma Charming !
- J'ai changé de nom suite à mon adoption, je ne t'ai pas caché ce fait.
- Tu t'es bien gardé de me dire ton vrai nom ! Et encore plus où tu bossais et à quel poste, en réalité ! Cadre dans une boîte immobilière, c'est si vague ! Je n'ai peut-être pas voulu voir ce qui me crevait les yeux, mais tu m'as menti ! Tu es ignoble !
- Mais enfin, de quoi tu parles ?!
- Tu n'as jamais trouvé bizarre que je ne te dise pas mon nom de famille ?
- Non, je n'ai pas besoin de ce genre d'information. Et puis, nous avons commencé notre relation de façon plutôt non conventionnelle.
- Je m'appelle Regina Mills !
La lueur de compréhension dans les yeux verts fut remarquée par la brune, qui sentit son sang ne faire qu'un tour.
- Ne fais pas comme si tu ne savais pas ! Menteuse ! Tu as voulu finir le boulot du conseil d'administration, c'est ça ? Tu as obtenu une prime ou c'était dans ton contrat ? Mais quel genre de femme es-tu donc pour m'enfoncer aussi bas ? Tu sais tout ce que j'ai perdu, dans cette histoire ? Et tu continues à jouer aux innocentes victimes ?! Tu es vraiment une belle salope ! J'espère que ça t'a plu de me baiser !
- Mais c'est faux ! Je ne savais pas qui tu étais ! Jamais je n'aurais fait une telle horreur ! Je t'aime ! Il faut que tu me croies !
- Non, tu ne m'aimes pas. Et pour ma part, je te hais. J'espère que tu vas crever, seule, sans enfant. Parce que tu n'auras jamais Henri ! Jamais ! Et tu ne mérites pas d'avoir une famille. Pour ça, il ne faut pas être mariée à son boulot !
Emma pâlit sous les injures et la sentence, les larmes creusant de profonds sillons sur ses joues.
Regina, loin d'être calmée après avoir déversé son fiel, contempla son œuvre et sentit qu'elle regagnait en contrôle. La situation faisait revenir son ancienne personnalité, celle qui écrasait tout le monde, puisqu'elle était la patronne. Elle s'approcha d'Emma, qui semblait la supplier d'arrêter.
- Alors, qu'est-ce que ça fait, de perdre à son propre jeu débile ? Tu croyais que j'allais sagement m'aplatir et encaisser sans broncher ? Je ne vais pas crever, j'ai des responsabilités, et je me battrai pour Henri. Toi, tu n'as rien, tu n'es personne !
Elle poussa le vice jusqu'à sortir la bouteille de whisky de la blonde et l'agita sous son nez.
- Une petite soif, peut-être ? Tu dois siroter fort, pour oublier toutes les saloperies que tu fais ? Réduire une mère de famille à néant et s'emparer de toutes ses possessions ? Hein ?! Mon boulot, mon statut, mon fils aussi ? Après tout, pourquoi pas ? Et en plus, je te sers de bonniche ! L'humiliation est complète, félicitations, miss Swan ! Tiens, bois donc un verre, tu l'as bien mérité ! C'est cadeau !
De rage, elle jeta la bouteille en direction d'Emma, qui l'évita de justesse. Jamais cette dernière n'avait vu un tel déchaînement de violence et d'insultes à son encontre. Elle voulut la réconforter, ou tout au moins l'apaiser, mais elle se heurta à un mur.
Dans un dernier geste vengeur, Regina s'empara de leur carnet de correspondance, qui trônait encore sur la table, témoin discret de leurs premiers émois. Elle l'ouvrit et déchira plusieurs pages d'un coup, les jetant par terre et les écrasant de son pied. Elle jubilait de voir le chagrin et la tristesse s'emparer de son ennemie. La blonde se baissa pour ramasser les précieuses pages, qui lui avaient probablement sauvé la vie. Elle les serra contre sa poitrine, meurtrie, et hurlant sur Regina, afin qu'elle arrête son jeu de massacre. La femme d'affaires voulut reprendre le carnet des mains de sa compagne, mais elle fut rudoyée, et Regina la repoussa violemment. Elle tomba sur le canapé, et mit ses bras devant son visage, dans un geste défensif. Emma avait peur de celle qu'elle aimait. C'était un déchirement de voir les deux femmes interagir en ce moment. Et aucune ne vit Henri, les yeux stupéfiés et horrifiés, les fixer, ses petites mains sur ses oreilles, afin d'étouffer, vainement, leurs cris. Regina s'en aperçut, son enfant ayant bougé de sa cachette, et elle se stoppa immédiatement. Elle regarda son fils puis sa compagne, et recula, comprenant son erreur.
Emma tenta une dernière fois de la retenir, mais c'était déjà trop tard, leur relation venait de partir en fumée, déchirée par un destin cruel. La brune sortit de l'appartement, telle une furie apeurée, et se précipita dans les escaliers. Emma ne put que lui courir après, ressentant le besoin de la protéger, malgré tout. Elle avait un mauvais pressentiment, comme si elle savait que si elle ne la rattrapait pas, elle ne pourrait plus jamais la toucher, ou bien lui parler. Regina était rapide, malgré la forme physique d'Emma. Elles déboulèrent toutes les deux dans le hall de l'immeuble et la brune parvint à s'engouffrer dans l'entrebâillement de la porte d'entrée, qui se refermait derrière un visiteur. La blonde dut la rouvrir, mais ne fut pas assez rapide. Et son cauchemar se réalisa : elle vit la moto doubler une voiture gênante, et ne remarquer Regina qu'au tout dernier moment, qui traversait la rue, sans faire attention à ce qui l'entourait. Le choc fut violent, la femme d'affaires hurla le prénom de celle qu'elle aimait, alors que le corps de Regina s'élevait dans les airs, et atterrissait quelques mètres plus loin, dans un bruit sourd et insupportable. Le cœur d'Emma s'arrêta de battre, face au corps gisant par terre. Le motard était tombé également et avait été stoppé par le trottoir. Elle entendit simplement quelques mots, quelqu'un qui demandait à la cantonade d'appeler les secours, avant de faire une crise de panique. Elle se plaqua contre le mur de l'immeuble, et hyperventila, incapable d'approcher ou même d'aider qui que ce soit.
Une ambulance arriva rapidement sur les lieux de l'accident, et s'empara du corps sans réaction de la mère de famille. Emma fut aidée par des soignants, mais ne fut pas autorisée à monter dans le véhicule de secours, qui transportait un être cher. Une autre ambulance emporta le motard, qui semblait sévèrement touché également. Henri, qui n'avait rien vu de la scène dans la rue, était inconsolable. Emma ne cessait de répéter en boucle que tout irait bien, mais elle était court-circuitée, et ne voyait rien de ce qui l'entourait. Elle ne parvenait pas à appréhender les circonstances qui avaient amené à cette catastrophe sans nom. Comment une telle coïncidence était-elle possible ? Elle enroula ses bras autour de l'enfant, qui ne la repoussa pas, mais qui ne la consola pas pour autant. Elle était dépourvue de toute volonté, la scène précédant l'accident tournant en boucle dans son cerveau. Elle laissa filer un gémissement, et monta avec Henri, au loft, pour se reposer dans un endroit au calme. Ses jambes la portaient à peine, et elle avait grand besoin de respirer, sans aucun témoin aux alentours. Henri partit en trombe dans sa chambre, délaissant la blonde, qui ne réussit pas à lui en vouloir. Il devait être si déboussolé, après avoir entendu de telles avanies.
Emma resta prostrée durant plus de deux heures, et ce fut le bambin, les joues ruisselant de larmes, qui la sortit de sa torpeur.
- Emma ? C'est vrai ce que maman a dit ?
Elle se contenta de redresser la tête vers lui, laissant son regard divaguant sans but précis. Il la toucha à l'épaule, afin qu'elle l'écoute, et elle soupira lourdement.
- Non. Enfin, oui. Mais je ne savais pas. Je te le jure, je ne savais pas qui elle était en réalité. Jamais, jamais, je n'aurais…
- Maman a souvent été blessée, et tu as été méchante…
La blonde explosa en pleurs, incapable de se contrôler. L'enfant protégeait sa mère coûte que coûte, ce qui était bien normal, vu la situation. Mais jamais elle n'aurait pensé en être la victime. Elle voulut le prendre dans ses bras, mais, à l'instar de sa mère, il se déroba de l'étreinte, attendant une réponse un peu plus persuasive. Elle hoqueta, cherchant désespérément à contenir sa douleur, et lui parla, la tête basse.
- Henri, je n'ai jamais essayé de la manipuler, ou de la blesser. J'ignorais tout de son ancienne vie. De votre ancienne vie. Elle ne m'a jamais dit son nom de famille, et je comprends pourquoi aujourd'hui. J'ai bien vu qu'elle était gênée, la seule fois où je lui ai demandé, pour le bail de l'appartement. Mais je ne me suis pas permise de la pousser à me révéler quoi que ce soit.
- Et tu l'aimes toujours ?
- Bien sûr ! Mais je ne crois pas que ce soit réciproque, maintenant qu'elle me connaît réellement. Nous vivions sur notre petit nuage, imperméables à ce qui nous entourait. J'avais oublié combien le destin peut être cruel, parfois.
- Va falloir lui expliquer. Dis, on peut aller à l'hôpital ?
- Oui, on y va, Henri ! Je n'avais pas réfléchi, tu dois être mort d'inquiétude ! Pardon, je suis lamentable, comme nounou…
- Un peu. Tu manques d'entraînement sur certains points. Bon, on y va ? Je veux voir maman.
Emma s'ébroua et ils partirent ensemble à l'hôpital, où avait été emmenée Regina.
La blonde héla un taxi et s'engouffra dedans, l'enfant sur les talons. Ils parvinrent à destination une bonne demi-heure plus tard, Henri totalement crispé par la peur de perdre sa mère. Emma n'avait pas eu le cœur de lui expliquer ce qu'il s'était produit, et avait simplement dit que la brune avait eu un accident, sans s'étendre davantage. Ils entrèrent dans le grand bâtiment et Emma patienta à l'accueil. Une infirmière débordée vint à sa rencontre.
- Bonjour, que puis-je faire pour vous ?
- Nous venons voir une patiente. Regina Mills.
- Vous êtes de la famille ?
Emma ne prit qu'une seconde pour réfléchir.
- Oui, je suis sa femme, et voici notre fils.
- Très bien, attendez ici, je vais me renseigner.
Ils s'installèrent en salle d'attente, sur des chaises en plastique peu confortables, craignant pour la santé de la mère de famille. Henri commença à ronger ses ongles, et la femme d'affaires essaya de l'en dissuader.
- Henri, tu sais, ta mère détesterait te voir faire un truc pareil.
- T'es pas ma mère.
Cette nouvelle rebuffade affola le cœur déjà mal en point d'Emma, mais qui n'en montra rien.
- En effet, mais elle ne veut que ton bien, et moi aussi.
Il souffla et se leva, incapable de tenir en place. Lorsqu'un homme en blouse blanche demanda à la cantonade la famille Mills, Emma se leva, tel un ressort, et Henri accourut auprès des deux adultes.
- Madame ? Je cherche les proches de Regina Mills.
- C'est nous. Henri et moi.
Le garçon releva les yeux vers le médecin, et fronça des sourcils. Puis, le bambin s'adressa à lui, sans fard.
- Docteur Whale ! Elle va comment maman ?
- Hum, Henri, si je ne m'abuse. Et vous êtes ?
- Emma Swan. Je suis la… Femme de Regina.
- Sa femme ? Vraiment ? Hé bien, je ne m'y attendais absolument pas. Admettons.
Henri s'impatienta, tirant sur la manche de la blouse médicale.
- Alors ?
- Du calme. Regina est toujours inconsciente, elle a de multiples lacérations, et un bras cassé. j'attends son réveil, pour m'assurer qu'il n'y ait pas de séquelles neurologiques. Elle a eu beaucoup de chance. Aucun organe interne ne semble avoir été touché. Il paraît qu'elle a fait une chute assez impressionnante.
- Elle a été projetée sur plusieurs mètres, en effet.
Henri les fixait, stupéfait de la vérité. Le médecin sembla peser le pour et le contre, puis il les invita à le suivre.
- Soyez clame, elle a besoin de repos, mais elle pourrait sortir très bientôt, si ses résultats sont bons.
- Très bien.
Ils entrèrent dans la chambre de Regina, dans un silence de cathédrale. Henri fit quelques pas, avant de voir le visage éraflé de sa mère. Il voulut le caresser, mais le médecin le dissuada de finir son geste.
- Laisse-la se reposer, il ne faudrait pas infecter ses plaies.
Le gamin laissa ses bras retomber le long de son corps, et se contenta de s'asseoir près d'elle. Le docteur Whale prit Emma par le bras, et l'enjoignit de la suivre dans le couloir.
- Madame, j'ai une question à poser, et ce n'est guère le moment, je vous l'accorde, mais… Qui va payer pour les frais d'hospitalisation ? Parce que je sais que ce n'est pas Regina qui va pouvoir faire face à cette dépense imprévue… Déjà, la dernière fois, elle semblait affolée de la somme demandée pour les soins de son fils.
- Inutile de tourner autour du pot, c'est moi qui paie. Absolument tout. Je vous prie de ne rien lui demander du tout. Toutes les factures doivent m'être destinées, me suis-je bien fait comprendre ?
- C'est limpide. Et vous êtes mariées depuis longtemps ?
- Non, peu de temps.
- Vous ne portez pas d'alliances, ni l'une ni l'autre…
La blonde se tourna vers lui et haussa le ton, incapable de se contenir davantage.
- Peu m'importe vos préjugés, je ne suis guère d'humeur à recevoir une quelconque leçon, aujourd'hui. Faites simplement le nécessaire, et elle se rétablira enfin. C'est tout ce qui compte.
- Fort bien. Vous avez titillé ma curiosité, madame Swan.
- Grand bien vous en fasse !
Elle lui tourna les talons, et le planta dans le couloir, afin de rejoindre la famille Mills.
Regina fut hospitalisée durant trois jours, ne se réveillant que pour mieux se rendormir. Son corps avait subi un choc rude, mais la mère de famille était pugnace, et elle ne voulut pas rester plus longtemps, imaginant déjà la note de frais à payer. Emma gardait ses distances, emmenant Henri voir sa mère tous les jours, mais elle-même restant dans l'embrasure de la porte, avec un petit signe de main, en guise de salut. Elle ne recevait aucune réponse de Regina, qui prenait un malin plaisir à la snober. Cette dernière était particulièrement agacée par l'attitude de la blonde, qui semblait faire amende honorable, sans raison. Elle ne décolérait pas de la trahison de la femme d'affaires, qui, à ses yeux, lui avait purement et simplement volé sa vie. Elle savait également qu'elle ne pourrait pas reprendre ses deux emplois de sitôt, avec un bras dans le plâtre. Tout son corps criait de douleurs, mais elle s'en fichait bien. Elle était obnubilée par l'argent que cela allait lui coûter, et retrouver son fils, qu'elle devait sortir des griffes d'Emma. Son cerveau était sur le point d'exploser, tant les questions tourbillonnaient en elle. Le week-end à Storybrook était-il une moquerie supplémentaire ? Pourquoi avoir voulu l'embaucher elle et personne d'autre pour effectuer le ménage du loft, telle une ultime humiliation ? Et pourquoi la vouloir dans son lit, comme un trophée bafoué ? Regina sentit la rage sourdre sous sa peau. Elle grinçait des dents, incapable de se contrôler. Lorsqu'elle comprit que le docteur Whale était son médecin, elle faillit en faire une attaque de panique. Il allait forcément faire un nouveau signalement à la mégère des services sociaux. Mais étonnamment, il s'était adouci, et la traitait avec déférence. Elle trouva cela fort suspect, mais s'abstint de tout commentaire, de peur de casser la belle dynamique instaurée entre eux deux. Pas une seule seconde, elle n'eut l'idée d'y voir la patte d'Emma derrière ce subi retournement de veste.
Alors qu'elle s'apprêtait à sortir, Emma et Henri se tenaient tous les deux dans le hall de l'hôpital, patientant pour l'emmener loin de ce marasme. La brune se stoppa en les voyant tous les deux, ses cauchemars s'entrechoquant. Elle devait payer sa note de frais et repartir avec la femme qui avait réussi à la briser une nouvelle fois. Rien ne lui serait donc épargné dans cette chienne de vie. Elle s'offusqua presque de la présence d'Emma, avant de reporter son attention sur la comptable qui était descendue pour le règlement des frais. Lorsque cette dernière lui remit un papier de sortie, avec la mention « payé » écrite sur l'en-tête, elle faillit tourner de l'œil. Elle lança un regard torve à Emma, qui se contenta de sourire timidement. Regina était troublée et perdue. Pourquoi la blonde s'acharnait-elle à la soutenir ? Quel plan diabolique avait-elle donc en tête ? Elle arracha presque des mains de la femme derrière le comptoir la feuille de sortie, accompagnée de l'ordonnance pour ses soins. Puis, elle se dirigea vers le duo, son visage grimaçant d'incompréhension. Henri s'approcha et lui prit la main, ne sachant s'il pouvait l'enlacer.
- Mon chéri…
- Maman, tu m'as manquée ! Mais on va rentrer, maintenant.
- Oui, bien sûr.
Le ton de sa voix trahissait ses doutes et sa méfiance, mais elle n'eut guère le choix que de suivre le mouvement. La suite de la journée s'annonçait particulièrement délicate et nerveusement épuisante.
De retour à l'appartement, Regina se sentit gauche, et ne parvint pas à se calmer. Emma la rendait presque hystérique. Pourtant, cette dernière semblait se contenir et ne pas vouloir engager la conversation. Henri prit soin de sa mère, ayant été autorisé à ne pas se rendre à l'école. La blonde avait pris des congés, afin de s'occuper de la mère de famille. Elle s'activait en cuisine, et avait préparé la chambre pour que la patiente soit la plus confortablement installée. La famille Mills disparut pendant une bonne heure dans la pièce isolée, et ne reparut que pour manger. La femme d'affaires était tendue, et comprit bien vite que sa présence était une torture pour Regina.
- Tenez, le repas est prêt.
Henri mangea comme un morfale, alors que sa mère ne toucha pas à son assiette, fixant la blonde bizarrement.
- Pourquoi fais-tu ça pour nous ? Ça n'a pas de sens.
- Je ne veux pas te perdre. Il s'agit d'un concours de circonstances, certes affreux, mais sans volonté de nuire de ma part. J'essaie d'arrondir les angles, afin que tu me croies.
- Il va falloir davantage qu'un plat de pâtes pour me convaincre de la chose. Tu m'as menti, et sciemment ! Comment pourrais-je te croire, ou bien même te pardonner ?
Elle piocha violemment dans son assiette, énervée par la situation et le comportement de sa pseudo-compagne, qui lui mettait les nerfs à vif. Emma soupira, et posa ses couverts. Elle ne bougea plus pendant une longue minute, sa respiration était elle-même quasiment inexistante.
- Très bien, dans ce cas, je pars m'installer à l'hôtel. Je ne veux pas que tu te sentes obligée de quoi que ce soit. C'est mon choix, pour qu'un jour, tu te sentes mieux. J'espère que tout n'est pas irrémédiablement détruit entre nous.
Elle se leva et prit un sac de voyage, dans un coin du salon, préparé avant de partir, et que personne n'avait remarqué auparavant. Elle leur adressa un dernier sourire triste, et referma la porte derrière elle. Regina ne pipa mot et sentit ses épaules se détendre enfin, alors qu'Henri la tirait de sa béatitude.
- Pourquoi tu as dit ça ? Emma s'est bien occupée de moi, elle était inquiète pour toi, tu sais.
- J'ai besoin de faire le point et de me retrouver seule, mon chéri. Et Emma me… Perturbe en ce moment. Je préfère qu'elle ne soit pas là, afin de réfléchir à la situation.
- Mais on va être seuls ! Et puis, tu as un bras cassé, et t'es pas bien, ça se voit. Je vais pas réussir à t'aider comme un adulte, moi…
- Ne t'occupes de rien, Henri. Je peux tout faire seule. Il faut tout d'abord que je prévienne mes patrons, et…
- Emma s'en est déjà occupée. Tu dois juste te reposer et reprendre des forces, et guérir.
Devant le regard apitoyé et larmoyant de son enfant, elle n'eut pas le courage de lui dire de ne pas s'inquiéter. Aussi, une fois le repas terminé, elle le laissa mettre les assiettes sales dans le lave-vaisselle, et veilla à ce qu'il se sente occupé, afin de lui permettre de souffler un peu, et de lui prouver qu'il l'aidait déjà beaucoup. Ils s'endormirent tous les deux dans le grand lit, leurs mains liées, toujours ensemble dans l'adversité.
Lorsqu'elle s'éveilla, elle avait trouvé une solution. Enfin, une moitié de solution, mais c'était toujours mieux que rien, elle devait tenter de mettre son plan à exécution. Elle se leva, difficilement, et ankylosée. Puis elle prépara un petit-déjeuner frugal, avant de s'assurer que son fils dormait encore. Elle prit son téléphone, et composa le numéro par cœur.
- Allô ?
- Granny ? Bonjour, c'est Regina. J'espère que je ne vous dérange pas ?
- Regina ? Ça alors ! Je ne pensais pas vous revoir de nouveau.
- La vie est parfois capricieuse. Mon ancien appartement est-il encore libre ?
- Non, je l'ai reloué il y a au moins trois semaines.
- Oh, mince, voilà qui ne m'arrange pas…
- Regina, que se passe-t-il ?
- Euh, j'ai… Besoin d'un toit. Et je ne connais personne ici. Enfin personne qui ne veuille m'aider.
- Je vois. Ça ne roucoule plus avec votre… Comment dit-on ? Copine ?
- On peut dire ça en effet. J'aimerais me recentrer, pour savoir où j'en suis. Il s'est passé beaucoup de choses, depuis que je suis partie. Et je ne sais plus où j'en suis.
- C'est grave, on dirait. Que me cachez-vous ?
- J'ai eu un accident, et je suis à court d'option.
- Alors, je vous propose mon canapé. Ce n'est pas le grand luxe, mais vous et le petit pourrez venir vous y réfugier.
- Vraiment ? Mais… Nous allons être un poids pour vous.
- Je vous le propose, ne faites pas la fine bouche.
- Merci, Granny, je… Je fais nos sacs et j'arrive dans la journée. Merci, vraiment.
- Je vous attendrai.
Elles raccrochèrent, laissant Regina éberluée. Jamais elle n'aurait cru s'en tirer à si bon compte. Granny n'était pas du genre à faire des cadeaux, mais visiblement, elle s'était prise d'affection pour la famille Mills. La mère de famille remercia le ciel, de sa chance, et partit réveiller son fils, afin de commencer les sacs. Cela leur prit trois heures pour être fin prêt, et partir du loft. Regina laissa le carnet de correspondance persécuté, bien en vu sur la table, à l'attention d'Emma. Puis elle se dirigea vers sa retraite, afin de savoir quoi faire par la suite. Elle n'eut aucun regret, signe que sa relation était terminée. Elle en soupira de dépit malgré tout, repensant à leur routine confortable.
Emma rentra tard, après avoir reçu un étrange message de Regina. Elle ouvrit la porte et comprit instantanément que la mère de famille avait fui son domicile avec son enfant sous le bras. Elle laissa tomber son sac à main par terre, et entendit à peine le cliquettement du pêne de la porte qui s'enclenchait dans son dos. Elle fit enfin quelques pas, et laissa libre cours à son chagrin. Les larmes dévalèrent ses joues, et elle se roula en boule sur son canapé. Après que minuit ait fait son apparition à la pendule du four, elle vit le carnet, trônant sur la table. Son esprit ne fit qu'un tour, et elle se précipita pour s'en saisir. Dedans, il y avait peut-être l'explication tant attendue. Ou bien des méchancetés. Regina n'avait pas été tendre avec elle, juste avant son accident. Elle n'était pas prête d'oublier la folie dans les prunelles chocolat. Néanmoins, elle pouvait presque comprendre l'ire de sa compagne. Et c'était particulièrement difficile à admettre. Fébrilement, elle ouvrit le carnet et se rendit à la dernière page manuscrite. La déception fut si brutale qu'elle le laissa choir. Comment un simple mot pouvait briser autant de vies ? « Adieu », c'est tout ce qu'elle méritait ? Rien de plus ? Elles vivaient ensemble, et Emma prenait soin du bambin aussi. Et au bout du compte, elle avait juste le droit à un mot atroce, sans fioriture, ni chaleur humaine. Elle hurla sa frustration, sa rage, et sa perte. Elle se saisit des verres situés sur l'étagère de la cuisine et les projeta contre le mur. Pratiquement toute sa vaisselle y passa, tasses, assiettes, saladiers et même une théière. Une fois à bout de souffle, elle se pencha en avant, sentant une crise d'angoisse l'étreindre. Elle s'effondra sur le sol, et s'endormit d'épuisement, harassée par l'affliction.
Emma ressembla à un zombie durant deux jours, ne sortant pas le nez dehors, et ne se sustentant que d'alcool. Elle avait liquidé toutes les bouteilles de whisky et de rhum du loft, et avait même entamé celle de Génépi, qu'elle gardait pour les grandes occasions. Elle avait simplement appelé le portier la veille au soir, en lui tendant plusieurs grosses coupures, afin qu'il achète ce dont elle avait besoin. Il revint, embarrassé, avec des bouteilles de vodka, de bourbon et ne reçut qu'un vague merci en retour, avant de voir la porte de l'appartement se refermer sous son nez. Elle ne prit même pas la peine de chercher un verre, d'ailleurs, elle n'était pas certaine d'avoir encore un rescapé de son petit jeu de massacre domestique. Elle déboucha la première bouteille, qu'elle vida méthodiquement en moins de quinze minutes. La deuxième suivie le mouvement, et la troisième fut lapée un peu plus lentement. Elle n'y prenait quasiment aucun plaisir, mais la brûlure la faisait boire toujours plus. Elle voulait avoir mal, se détruire définitivement. Et elle savait très bien comment s'y prendre, pour atteindre son objectif.
Aladin, sans nouvelle de sa pochtronne de sœur, passa à l'improviste, après un vol mouvementé, le ramenant aux États-Unis. Il téléphona une trentaine de fois chez Emma, sans succès, et s'inquiétait réellement. Le dossier Storybrook pouvait s'avérer explosif, et la blonde n'était pas à l'abri d'un mauvais coup. Il frappa à la porte du loft, le portier n'ayant fait aucune difficulté, puisqu'il était sur la liste des invités d'Emma. Il cognait le chambranle depuis deux minutes, lorsque Marianne ouvrit et se tint devant lui, dans le couloir. Elle le jaugea, grogna quelque peu, et lança amèrement.
- C'est pas bientôt fini, ce tapage ?
- Pardon, mais je n'ai pas de nouvelle d'Emma et je suis mort d'inquiétude.
- Hé bien, vu le raffut depuis quelques jours, je dirai qu'elle est chez elle. Mais elle doit cuver comme un ivrogne qu'elle est. Comme sa morue s'est tirée, elle n'en mène pas large, j'ai l'impression. Sur ce, je ne vous souhaite pas une bonne journée !
Elle claqua sa porte, laissant Aladin complètement abasourdi. Comment les choses avaient pu dégénérer à cette vitesse ? Il courut jusqu'au portier, et lui hurla dessus, pour obtenir le trousseau d'urgence de la blonde. Ce dernier accepta, à condition de rentrer aussi, afin d'être certain qu'il n'y ait pas de problème ultérieurement. Il trouva Emma allongée par terre, baignant dans son propre vomi, et sans aucune réaction. Il paniqua et le portier appela les secours. Sa société saurait tout de cet incident, mais le pouls de la femme d'affaires était faible et filant. Aladin lui caressa les cheveux, la suppliant de ne pas partir tout de suite. Elle avait encore bien des choses à faire, une famille à reconquérir, une femme à aimer, des bandits à punir. Non, elle n'avait tout simplement pas le droit d'abandonner la partie. Ses parents ne s'en remettraient jamais. Et lui non plus. Regina culpabiliserait pour le restant de ses jours. Elle devait se réveiller, coûte que coûte.
