Bonjour à tous, pardon pour le retard, mais il est parfois difficile de trouver du temps pour écrire. Bon dimanche et bonne lecture.

Chapitre 22 : calmer le jeu

Réponse à guest Danielle et Sophie : Merci beaucoup, les frangines, pour vos encouragements. Ça me fait plaisir. À bientôt.

Emma était dans le coma depuis plus de trente-six heures. Aladin passait par tous les stades d'inquiétude, jusqu'à appeler les parents adoptifs de la blonde, afin qu'ils soient au courant de son état de santé préoccupant. Le couple Charming débarqua à l'hôpital avec moult questions, et Aladin souffla un peu, épaulé par l'optimisme de Mary-Margareth, la mère d'Emma, qu'il considérait comme une tante aimante et toujours bienveillante. La chambre s'était soudainement remplie de vie, là où auparavant, la mort rôdait, tel un oiseau de proie. Il ne pipa mot concernant l'existence de Regina, mais reconnut que la blonde souffrait d'une lourde addiction à l'alcool, qu'elle tentait de cacher à tout prix. Elle avait largement dépassé le stade de la mise en danger, pour basculer dans l'autodestruction pure et simple. La femme d'affaires se réveilla enfin, au soulagement de tous, mais n'expliqua nullement son geste. Ses parents voulurent s'installer au loft, mais Emma, soutenue par Aladin, leur proposa plutôt l'hôtel, et que son frère reste à ses côtés, pour éviter toute rechute, qui pourrait s'avérer fatale, cette fois-ci. Le trajet fut long pour la blonde, qui avait perdu beaucoup de forces dans cette malencontreuse aventure. Aussi, les adieux de la journée furent brefs, et Aladin aida sa sœur à monter chez elle. Alors qu'ils patientaient tous les deux au pied de l'ascenseur, Marianne sortit par les escaliers, afin de se promener. Elle fut surprise de les voir ici, et voulut connaître la raison de tout ce remue-ménage. Alors que l'homme allait se montrer fort peu cordial envers elle, Emma l'arrêta, une main sur le bras.

- Marianne, je présume que je devrais vous remercier.

- Pour un motif en particulier ? Je suis un peu perdue…

- Regina est partie, grâce à votre harcèlement. Vous devriez être heureuse et tranquille…

- Oh. Hé bien, ne vous mettez pas Martel en tête, Emma. Vous savez ce qu'on dit : un de perdu, dix de retrouvés !

- Vous êtes abjecte. J'espère ne plus jamais vous croiser, ou je vous le ferai payer.

- Allons, vous avez un statut, un boulot, une vie agréable. Vous ne voudriez pas que tout cela s'écroule pour une amourette d'été. Si j'ose dire.

Aladin serra Emma dans ses bras, afin qu'elle ne puisse pas voler dans les plumes de cette femme ignominieuse. L'ascenseur sonna enfin et il les fit s'engouffrer dedans, afin de fuir le monde extérieur. Emma respirait difficilement et semblait au bord de l'évanouissement.

- Hey, elle ne peut rien faire. Sinon, je la fais disparaître, promis !

- Ne fais pas de promesses que tu ne peux pas tenir.

Ils pénétrèrent dans l'appartement d'Emma, qui était curieusement silencieux et vide. Cela fit un pincement au cœur de la femme, tandis que son frère l'asseyait sur le canapé.

- Bon, ta mère a fait livrer des vivres, afin de te sustenter. Et je ne suis pas assez fou pour ne pas lui obéir. Donc, ce soir, c'est soupe, jambon et pâtes. Ordre de la patronne !

- Tu me fais quoi, là ? Tu tentes de te montrer drôle ?

- Peut-être… Mais je doute que ça fonctionne, vu ta tête…

- Bien vu, Sherlock ! Je suis fatiguée, tu ne pourrais pas me laisser tranquille, tout simplement ?

- Pour que tu recommences tes conneries ? Sans façon.

Emma soupira lourdement. Son frère était une vraie tête de mule. Un peu comme elle, finalement. Et elle le remercia intérieurement de veiller ainsi sur elle.

Elle s'effondra de sommeil peu de temps après, et émergea des limbes plusieurs heures plus tard, alors que la nuit était déjà tombée. Aladin lui mit une assiette pleine devant le nez, afin qu'elle mange enfin correctement. Elle voulut la repousser, mais il ne lui laissa guère le choix, et elle picora doucement dedans. Ils discutèrent de tout et de rien, jusqu'à ce qu'il mette les pieds dans le plat.

- Bon, on ne va pas tourner autour du pot pendant des années, Emma. On se connaît depuis trop longtemps pour ça. Donc, pourquoi as-tu essayé de te foutre en l'air ?

- Je n'ai pas voulu me suicider. Je voulais simplement oublier, et… Ne plus rien ressentir.

- J'espère au moins que ça a fonctionné…

- Un peu, je dois bien l'admettre. Mais ça n'a marché qu'un temps. Alors, j'ai augmenté les doses et on sait tous les deux comment ça s'est terminé.

- Mal, andouille…

- Je ne puis te contredire.

- Et concernant Regina, tu comptes m'en parler, ou c'est top secret ?

- Je n'en ai pas envie. Désolée, je sais que tu attends des explications, mais je ne crois pas être en mesure de te les fournir. C'est trop tôt pour moi.

- Je respecte ton choix, mais tu me parleras, promis ?

- Promis, vieux frère.

- Tu veux parler du dossier qui a mis le feu aux poudres ?

- Il va bien falloir. Entre ce que tu as trouvé et ce que j'ai recoupé, nous devrions y voir plus clair.

- En effet. Mais peut-être demain matin ? Parce que certains, contrairement à d'autre, n'ont pas piqué un énorme roupillon.

- Ce que tu peux être mesquin… Tu m'offriras un pain au chocolat en échange, avec mon café demain.

- Marché conclu ! À demain, Blondie, et fais gaffe à toi. Je prends le canapé, je le connais bien.

- Bonne nuit Aladin.

Ils s'endormirent tous les deux rapidement, avant d'entamer un travail fondamental le lendemain matin.

Alors qu'Emma dévorait sa viennoiserie, Aladin sortit son ordinateur, et tapota rapidement quelques lignes de codes, avant de sourire.

- Bien, alors je récapitule, et tu m'expliques après ce que tu as trouvé.

- Je t'écoute.

- Pour commencer, Storybrook est une petite ville portuaire du Maine, où ta société immobilière a investi assez massivement. Ces investissements portent notamment sur un bâtiment, au niveau des quais, la conserverie, afin de relancer l'économie locale. Jusque-là, pas de souci, tout roule sur le papier. Mais ça se complique après. Le dossier informatique est crypté, et requiert une autorisation spéciale, pour y avoir accès. J'ai craqué certains documents, mais le plus gros du travail reste à faire. Quant à l'origine du financement de ces investissements, c'est pire que fort Knox ! Or, pour une autorisation informatique aussi élevée, je ne vois que le directeur, donc toi, ou bien… Le conseil d'administration, tenu d'une main de fer par le vice-président. Pour l'instant, je n'ai pas réussi à passer son pare-feu, mais je ne désespère pas. C'est un défi personnel, maintenant !

- Du calme, on dirait un adolescent bourré d'hormones…

- Tu m'insultes, là.

- Tout à fait.

- Sois constructive, Swan !

- Bon, à mon tour, tu ne vas plus rien m'apprendre de nouveau. Le dossier papier n'a jamais existé, ou bien a été brûlé, détruit, volé… Peu importe. Toujours est-il que je ne trouve aucune trace de ce satané dossier aux archives de la boîte. Et bien sûr, le vice-président ne l'a pas rangé dans les archives informatiques, comme je le lui avais suggéré… Donc, il n'y a plus de trace de Storybrook, mis à part la sauvegarde que j'avais faite sur clé USB, et la tienne. Lorsque je me suis rendue sur les lieux, pour notre week-end, j'ai pu parler aux habitants, qui m'ont tous dit la même chose : la conserverie n'existe plus, rasée après une tempête. La ville périclite de toutes parts, et est presque moribonde. Seul le bar du coin fait salle comble, les habitants n'ayant plus de travail depuis déjà pas mal de temps.

- Donc, tu as pu voir que tout cela était du flan.

- Ouep. Tu sais, ça pourrait être une ville assez sympa, si elle était administrée par une personne compétente et intègre, qui parvienne à ramener des subventions et des entreprises sur son territoire. C'est bien dommage. Surtout que certains habitants y croient encore. Je me souviens de cette bibliothécaire, Belle. Ça me crève le cœur de savoir que cette ville est vouée à l'abandon et à la décrépitude, à cause des magouilles de l'autre abruti de vice-président.

- Hé bien, tu te lâches, on dirait que tu vas le bouffer…

- Trop vieille carne pour être mangeable, l'animal !

- Bon, nous nous éloignons du sujet. Quoi d'autre ?

- Regina pourrait m'en dire davantage, notamment les véritables raisons de son licenciement, mais ça me paraît peu probable qu'elle veuille me parler ou même me revoir… J'ai vraiment merdé…

- Hey, tu m'expliques ?

- Regina est l'ancienne patronne de ma boîte. Celle que j'ai remplacée.

- Oh punaise… Et connaissant son caractère, elle a dû être particulièrement vindicative.

- Tu as tout bon…

- Mais enfin, comment as-tu fait pour ne pas t'en rendre compte ?

- Le passé ne m'intéresse guère, et elle avait son jardin secret. Qui s'apparente davantage à la forêt amazonienne, je te l'accorde. Et puis, elle était femme de ménage, bon sang ! Comment aurais-je pu imaginer un seul instant qu'elle avait un passé identique au mien ? C'est ahurissant !

- Je comprends mieux. Pourquoi faut-il toujours que tu fasses compliqué ?

- Parce que faire simple, c'est chiant ?

- N'importe quoi… Donc, si Regina a été virée, et si on part du principe qu'elle est innocente, qui avait intérêt à l'écarter de la direction de l'entreprise ?

- Le vice-président et le conseil d'administration…

- Emma, c'est du lourd, tout ça. Ça nous dépasse complètement…

- Je veux savoir ! Je veux connaître la raison qui a brisé la femme que j'aime et qui a failli me tuer !

- Emma…

- Je ne veux pas de ta pitié, par contre.

- Très bien. Donc, pour résumé, tu comptes t'attaquer à ceux qui ont déjà eu la peau de ton prédécesseur ? C'est brillant comme idée… Mais nous n'avons pas encore toutes les pièces du puzzle. Pourquoi monter cette arnaque ? Comment ont-ils eu accès à certaines informations ? Pourquoi Storybrook ? Et j'ai l'impression qu'il manque des sommes importantes, dans cette histoire. Qu'en est-il réellement ? Emma, on met le doigt dans un engrenage très dangereux, tu en es bien consciente ? Et Regina, tu n'as pas peur de la mettre en danger ? Ils pourraient se retourner contre elle, et elle a un enfant. Je pense que c'est pour cette raison qu'elle est partie, sans se défendre, et sans rien dire. Ce que je vois s'imbriquer est une conspiration, et ça me fait peur.

- Tu vois des petits hommes verts et des soucoupes volantes ? Arrêtes la fumette, alors !

- Méchante.

- Mais non, je te sauve.

Elle se blottit dans ses bras et se laissa aller, son cerveau tentant de joindre les informations recoupées.

- Il nous manque tant de preuves, de faits concrets, de liens entre toutes ces personnes, et leurs réelles intentions. Pourtant, je sens qu'on touche au but. Il nous faut une autre personne dans la confidence. Et je sais qui.

- Et qui donc ?

- Ruby… Elle est un peu fofolle, certes, mais ça fait des années qu'elle bosse dans l'entreprise, et elle en connaît tous les rouages.

- Est-elle fiable ? Tu ne sais rien sur elle, juste qu'elle picole sec, et tu n'as vraiment pas besoin de ça en ce moment.

- Je préfère l'avoir avec moi que contre moi. Question idiote, mais pourrais-tu tout de même te renseigner rapidement sur elle ? Je sais que tu as accès à de vilains petits logiciels qui cherchent la petite bête… Je peux compter sur toi ?

- Bien sûr, petite sœur.

Ils restèrent là, à s'épauler, et à profiter de l'instant. La blonde avait failli mourir d'un coma éthylique, et savait qu'elle devait plus que jamais se battre contre ses démons, afin d'aider Regina à faire la lumière sur cette affaire, et à lui redonner espoir en la vie.

Regina, depuis quelques jours, naviguait entre deux eaux, incapable de prendre une décision quant à son avenir. Elle se sentait épuisée, vidée, salie et à bout de forces. La dépression était à nouveau aux portes de son subconscient. Elle ne savait plus comment lutter contre cette torpeur lancinante, et quittait difficilement le canapé de Granny. La vieille femme s'était montrée accueillante, mais lançait parfois de petites piques à la brune, afin de la faire sortir de son état mélancolique. Son plâtre l'empêchait d'accomplir certains gestes simples du quotidien. Elle commençait à s'effrayer des conséquences de toute cette histoire. Emma était devenue un adversaire, elle ne pouvait plus travailler, alors qu'elle en avait tant besoin, et elle n'avait même plus de logement. Tout allait de mal en pis. Au bout cinq jours, elle avait rendu complètement folle son ancienne logeuse, qui bougonnait du matin au soir, traînant le pied pour aller exécuter ses corvées. Regina, de plus en plus nerveuse, chercha son téléphone et le fixa pendant un bon moment avant de soupirer et de composer le numéro de Net&clean. Elle devait s'assurer que son patron la reprendrait, après son arrêt forcé. Et qu'Emma n'avait pas tout fait foirer, ou, pire, l'avait totalement discrédité auprès de Robin. Elle attendit que la standardiste décrocha enfin le combiné, pour demander à parler à son patron. Elle sentit cette dernière légèrement crispée au ton de sa voix, mais elle s'exécuta néanmoins, de mauvaise grâce.

- Regina ? Je crois entendre une revenante.

- Monsieur Hood, je sais que je tombe mal, mais j'aurais voulu m'entretenir avec vous, quant à mon retour parmi votre équipe.

- J'avoue que vous me posez un sacré problème, très chère. Vous ne cessez de désorganiser tout le service, il faut toujours planifier les agendas en fonction de vos déboires, qui sont fort nombreux, vous en conviendrez. Maintenant, je dois composer avec une équipe réduite, harassée, et en manque flagrant de motivation. Un mois d'absence, n'espérez pas obtenir des vacances après ça ! D'ailleurs, je ne veux plus vous revoir. Je vous avais pris sous mon aile, mais voilà tout les remerciements que j'ai ! Je suis fatigué de soutenir un poids mort. Vous êtes virée ! Vous m'entendez ? Virée ! J'en ai ras-le-bol de me mettre en quatre pour vous, puisque ça ne me rapporte rien, à part des ennuis !

- Mais enfin, je suis une employée loyale, et j'ai fait mes preuves. J'ai eu un accident, j'ai failli mourir ! Ne me mettez pas à la porte, j'ai besoin de ce boulot !

- Et moi, j'ai besoin de personnel fiable, pas d'une mère de famille désespérée !

- Que voulez-vous ? Vous dites que je ne vous rapporte rien, mais peut-être que je peux vous être utile autrement ? Je ne sais pas, en répondant au téléphone ? Par pitié, laissez-moi une dernière chance, je ne vous décevrai pas.

- Ma décision est prise. Qui plus est, vous n'êtes guère agréable. Dois-je vous rappeler que vous avez décliner ma proposition de rendez-vous, de façon fort peu avenante ?

Regina resta un moment sans voix, mais son esprit tournait à plein régime. Elle ne pouvait pas être mise à la porte d'un nouveau boulot. Financièrement, elle était aux abois. Et l'aide providentielle de Granny ne durerait pas. Aussi s'entendit-elle souffler ces quelques mots, si difficile à prononcer.

- J'accepte votre rendez-vous. Je suis certaine que nous passerons un agréable moment. Je vous l'assure.

- Trop tard, Regina. J'ai été magnanime avec vous, et vous n'avez pas su attraper la perche que je vous tendais. Vous ne pouvez que vous en prendre à vous-même. Donc, si vous n'avez plus rien à me demander, j'ai autre chose à faire que d'écouter vos pleurnicheries. Des femmes qui veulent un travail comme celui que je propose, il y en a des dizaines. L'océan est rempli de poissons. Bonne chance pour l'avenir, je ne suis pas chien, tout de même.

Robin raccrocha, sans laissa le temps à son ancienne employée de répondre. Elle resta ainsi, le téléphone à l'oreille, incapable de bouger. Son esprit ne parvenait pas à comprendre comment elle avait pu commettre une telle erreur. Et elle le payait chèrement. Un sanglot s'échappa de sa gorge, mais ses yeux restaient désespérément secs. Elle ne pleurait plus pour elle, seulement pour son fils, aujourd'hui. Granny passa devant elle et vit son visage, blême et sans vie. Elle s'assit à ses côtés, et lui frotta énergiquement le dos, afin de la faire revenir à la réalité.

- Regina, que se passe-t-il ? Vous avez eu une mauvaise nouvelle ? Ce n'est pas Henri, tout de même ?

- Non ! C'est… Mon travail. Je l'ai encore perdu. Il n'a rien voulu entendre… Comment vais-je faire pour élever Henri avec un salaire de vendeuse en boucherie à mi-temps ? Je ne vais pas y parvenir. Il va être malheureux. Et tout est de ma faute…

Granny contempla le spectacle, navrée. Elle voulut dire des paroles réconfortantes, mais la brune n'écoutait plus. Aussi inspira-t-elle un grand coup et prit son courage à deux mains. Ou plutôt à une main, et gifla sa colocataire brisée. Elle se regardèrent dans les yeux, la mère de famille exprimant sa stupeur et sa surprise, et la vieille logeuse son dédain et son épuisement.

- Il vous fallait un électrochoc.

- Mais enfin, pourquoi ?

- Vous sembliez sur le point de vous jeter sous un train. Je n'ai plus guère de patience, à mon âge.

- Vous êtes sans cœur…

- Ne poussez pas le bouchon trop loin, Regina. Vous êtes peut-être dans la panade, mais tant que vous respirez, vous pouvez remédier à cet état de fait.

- Qui va vouloir m'employer ? Moi ? Franchement, même une entreprise de ménage ne veut pas de mes services, alors quoi ? Je ne peux décemment pas faire la manche. Enfin, si je n'ai pas le choix…

- Allez voir le boucher ! Il a besoin d'une vendeuse à plein temps, non ? Appelez-le ! Je suis certaine qu'il sera heureux de vous sortir de là !

Granny se releva péniblement, ses articulations la faisant souffrir. Elle sortit dans la cour, afin de laisser la brune réfléchir à la suite de ses pérégrinations. Cette dernière souffla un bon coup, et prit sa veste. Elle devait parler en tête-à-tête à son dernier employeur. Elle ne pouvait pas se retrouver sans travail en ce moment charnière de sa vie. Après être enfin sortie du métro, elle se dirigea vers la petite boucherie et poussa la porte. Son sang ne fit qu'un tour, lorsqu'elle aperçut une toute jeune fille derrière le comptoir. Elle avait aussi été remplacée ici ! Elle sentit des larmes de rage et de frustration monter, lorsqu'elle fut hélée par son patron.

- Regina ! Quelle surprise !

- Bonjour, je venais prendre mon service…

- Mais enfin, votre amie m'a appelé pour me prévenir que vous étiez souffrante et que je devrais me passer de vous pendant un mois… Peut-être que j'ai mal compris ?

- Non, mais ça va nettement mieux. Plus de peur que de mal, et mon plâtre ne m'empêche pas de servir les clients. J'ai vraiment besoin de travailler. S'il vous plaît, ne m'obligez pas à vous supplier…

- Mais jamais de la vie ! Votre boulot est assuré ici.

Regina coula un coup d'œil peu avenant vers la gamine qui regardait ses ongles d'un air pénétré. Le boucher suivit son regard et explosa de rire. Il se tint le ventre, tant la blague sembla hilarante.

- Je vois ! Je vous présente ma nièce Alma. Elle est ici davantage de force que de gré… Mais j'ai paré au plus pressé.

- Ah… Euh, oui, certes. Désolée pour le sous-entendu…

- Pas de souci. Mais vous êtes certaine de pouvoir travailler ?

- Absolument ! Dans la seconde, même.

- Je ne vous cache pas que c'est un réel soulagement. La petite n'a pas la fibre commerciale… Elle a fait fuir une de mes plus importantes clientes, à cause de son chewing-gum… Elle a interdiction d'en remâcher devant moi, et encore plus ici…

- Je peux la remplacer, et…

- Qu'y a-t-il, Regina ?

- J'ai… J'ai perdu mon autre emploi, et vous m'aviez dit que vous pourriez avoir besoin de moi tous les jours. Si la proposition tient toujours, je l'accepte avec joie !

- Vous avez été virée ?! Mais vous n'êtes pas en état de faire des ménages !

- Disons que ça arrangeait bien mon patron. Bref, pour la proposition ?

- Bien sûr, ça m'enlève une sacrée épine du pied ! Mais avec votre bras… Je m'occupe de servir dans les portions, et vous, vous donnez ce qui est déjà emballé, comme ça, pas de souci. Ça vous convient, Regina ?

- Très bien.

- Bon, je vais dire à la petite qu'elle peut retourner à sa manucure… Vous allez faire une heureuse !

La mère de famille rit légèrement de la boutade, se sentant déjà nettement plus sereine. Bien évidemment, ce n'était pas le boulot de ses rêves, mais il avait le mérite de payer les factures, de la rendre indépendante financièrement et de lui procurer la sensation de ne pas être inutile. Elle patienta dans l'arrière-boutique, le temps que la nièce du patron s'en aille, enfila sa tenue de travail, une blouse qui pouvait presque passer pour un tablier, et se planta derrière la caisse. Le boucher revint vers elle.

- Regina, pour votre nouveau contrat de travail, il sera prêt demain, sans faute. Cela vous convient ? Aujourd'hui, vous m'avez un peu pris de court.

- Oui, pas de problème, je comprends parfaitement bien la situation.

- Parfait alors. Je retourne à ma découpe, et appelez-moi, si jamais vous rencontrez la moindre difficulté ! Pas toujours simple avec un bras dans le plâtre.

Il disparut dans son laboratoire, et la brune fut seule un moment, avec ses pensées. Une fois son nouveau contrat signé, elle pourrait à nouveau chercher un logement digne de ce nom. Son cœur se serra en pensant au loft accueillant d'Emma, mais elle ne parvenait pas à passer au-dessus de sa trahison. Elle repoussa bien loin ses sentiments, et accueillit son premier client de la journée.

Emma était retournée travailler, ne pouvant davantage focaliser l'attention sur sa faiblesse. L'excuse trouvée était une mauvaise grippe, mais elle sentait les regards obliques de certains de ses collègues. Elle s'était enfermée dans son travail, ne ménageant ni ses efforts, ni ses heures. Elle savait qu'elle ne pouvait pas continuer ainsi, sous peine de retomber dans ses travers. Elle était souvent seule à l'appartement, Aladin ayant dû repartir urgemment deux jours auparavant. Sa mère passait tous les soirs, afin de s'assurer qu'elle allait bien, et qu'elle mangeait suffisamment. Sa soif s'était tue, ce qui la tranquillisait beaucoup. Mais un soir, alors que tous les bureaux étaient éteints, elle resta tardivement à bosser sur des projets abandonnés, afin de rapporter de potentiels investissements mésestimés au conseil d'administration. Ses yeux la brûlaient, à force de fixer l'écran, et elle s'apprêtait à partir, lorsqu'elle vit Ruby dans l'encadrement de la porte.

- Salut, patronne.

- Bonsoir Ruby.

- T'as une sale tête…

- Ton tact m'étonnera toujours.

- Ma principale qualité.

- Ne jamais contredire une folle.

- Exactement. Tu veux sortir un peu ce soir ?

- Franchement, je suis crevée, je préfère grignoter un truc rapidement et dormir.

- Je me ferai bien des tapas. Ça te dit ?

- Ta sollicitude est troublante. Pourquoi soudain tant d'attentions ?

- Je suis pas stupide, je vois bien que ça va pas. Et ta grippe, là, t'as pas pu trouver mieux ? Personne n'y croit.

- Hum, mouais, c'était pas terrible, comme excuse, je te le concède.

Emma dévisagea la brunette, et soudain, elle se rappela la conversation avec Aladin, pour trouver une taupe au sein de la société, qui puisse les aider.

- Allez, va pour des tapas. Mais avec de l'eau, hein !

- Tu rouilles si tu veux, moi je vais prendre un jus de canneberge !

- Très bien, à ta guise !

La blonde se leva, et elles partirent ensemble, enfin plus libres de parler, que dans les locaux de leur entreprise.

Attablées dans un restaurant à tapas, elles discutèrent avec légèreté de la dernière tenue, quelque peu excentrique de Prof, le chef de la brunette, qui avait un goût parfois discutable en matière vestimentaire. Elles prirent leur temps, Emma attendant clairement le bon moment, afin de jauger sa collègue. C'était un pari risqué, de lui parler de Storybrook, mais elle ne voyait pas d'autre alternative. Aussi, se lança-t-elle, alors que leurs desserts étaient servis.

- Cette crème brûlée a l'air tout bonnement délicieuse. Emma, tu me passes un peu de ta salade de fruits ?

- Non, sinon, tu vas tout me piquer…

- Pas tout, je te laisse les pommes, ce n'est guère ma tasse de thé.

- D'accord, mais ne prends pas tout le reste.

- Promis !

Après s'être délectée de quelques bouchées fruitées, Ruby laissa sa cuillère en suspens.

- Bon, tu craches le morceau, Blondie ?

- Je me demandais quand tu allais t'en apercevoir.

- Que tu veux me parler d'un truc qui a l'air de te titiller pas mal ? Je t'écoute.

- Si je te dis Storybrook, qu'est-ce que cela t'évoque ?

Ruby la scruta, à la recherche d'une faille quelconque. Mais elle ne vit rien d'autre que de la curiosité.

- Tu me testes, c'est ça ?

- Oui.

La brunette sourit. Ça avait le mérite d'être clair.

- Je dirai que tu cherches les emmerdes.

- Sois plus claire.

- Storybrook, c'est le dossier qui a fait déguerpir la sorcière qui était à ta place auparavant.

- Je suis au courant. Que peux-tu m'en dire ?

- Malversations, investissements douteux, et j'en passe. Des sommes se sont envolées des listings comptables, mais bizarrement, ces mêmes listings se sont envolés eux aussi, certainement pour un monde meilleur, et remplacés par de nouveaux tableaux.

- Ton chef, Prof, est au courant ?

- Je n'en suis pas certaine. Ou sinon, il a reçu des ordres pour se la fermer. Emma, c'est dangereux de s'aventurer par là…

- Je sais, mais la gangrène gagne mon entreprise, et il est hors de question que je laisse faire. Alors je te pose très sérieusement la question : puis-je compter sur toi ? Tu peux réfléchir à tête reposée, et me donner ta réponse ultérieurement. Parce qu'une fois que j'aurais exhumée cette histoire, je ne compte pas m'arrêter avant d'avoir totalement assainie mon entreprise.

- Tu prends des risques. Ça vient du conseil d'administration et de son âme damnée.

- Oui, je m'en doute. Eux seuls ont un tel pouvoir ici, pour faire disparaître des preuves et… Des gens.

- On ne la jamais revu, tu sais. Mills, l'ancienne patronne. Il paraît qu'elle est peut-être en taule.

- Non, je sais ce qu'il en est, de source sûre.

- Je marche alors.

- Pourquoi ?

- Disons que je déteste le vice-président, qui me le rend bien. Et puis, on est amies, non ?

- Oui, nous sommes amies. Merci beaucoup. Tu es la première à m'accorder ta confiance, dans cette équipe.

- Entre femmes, faut se serrer les coudes !

- Tout à fait ! Rentrons. Je suis fourbue, j'ai besoin de dormir.

- Avec plaisir, chef !

Elles partirent rapidement, de nouvelles résolutions en tête. Emma se sentait rassérénée d'avoir trouvé une alliée au sein même de la machine à broyer, dont elle était la chef. Maintenant, il leur fallait un plan. Elle pouvait entendre les rouages de son cerveau fonctionner à plein régime, pour essayer de s'insinuer dans les failles de la machine. Elle ne pouvait pas échouer. Son avenir avec Regina, et son bonheur, en dépendait. En tout cas, elle l'espérait encore.