Chapitre 23 : changement de trajectoire
Réponse à guest : Merci aux deux guests de leur retour. Plus particulièrement, pour répondre à l'un d'eux, le sort s'acharne sur elles, en effet. Mais plus les obstacles sont nombreux, plus la relation devient forte (ou pas, suspense !). Merci beaucoup pour tes compliments, qui me font très plaisir. À bientôt et bonne lecture.
Emma avait un plan en tête. Ou plutôt une ébauche de plan, et maintenant, elle tergiversait quant à la suite des évènements. Elle pouvait faire pression sur Ruby, afin qu'elle cherche plus en profondeur ces fameux listings, ou bien essayer de retrouver Regina, même si elle savait pertinemment bien que ce n'était peut-être pas ce que désirait la brune. D'ailleurs, Emma lui en voulait toujours de l'avoir aussi mal traitée, et de lui avoir renié toute forme de sensibilité, alors que Regina explosait de rage et de colère. La blessure restait profonde, et combattait ardemment ses sentiments amoureux. Car elle devait se l'avouer, elle aimait la mère de famille, et savait que si elle parvenait à enfin faire la lumière sur cette affaire de Storybrook, mais que sa compagne ne revenait pas, elle partirait définitivement. Elle ne savait pas où, mais jamais elle ne resterait dans ce pays. Peut-être repartir en Écosse ? Elle soupira, tentant de peser le pour et le contre. Sa soirée passa ainsi, entre espoir et mélancolie.
Le lendemain matin, le portier vint frapper à sa porte. Elle lui ouvrit et ce dernier lui donna un pli, en haussant les épaules.
- Bonjour, madame Swan, je présume que c'est pour votre compagne…
- Bonjour. Merci, je vais le prendre.
- Bonne journée.
Elle le salua d'un bref mouvement de tête et fixa l'enveloppe qu'elle tenait entre les mains. Voilà qui était saugrenu. Qui aurait pu avoir l'idée d'envoyer du courrier à Regina ici ? Puis un détail retint son attention. L'en-tête de l'enveloppe était au nom d'un célèbre cabinet d'avocats de la ville. Elle fronça des sourcils, mais ne décacheta pas le courrier. Au moins, dorénavant, elle savait ce qu'elle devrait faire : retrouver Regina. Car elle avait le pressentiment que le contenu de la missive ne ferait sûrement pas plaisir à la brune. Elle réfléchit alors à la meilleure façon de la retrouver. Elle pouvait toujours demander à son employeur Net&clean, mais cela risquerait d'être préjudiciable à Regina, si elle racontait qu'elle ne l'avait pas vu et qu'elle n'avait donc pas honoré son contrat de travail. Elle pouvait aussi se renseigner auprès du boucher, mais ce dernier semblait distant avec elle, comme s'il lui reprochait quelque chose. Dans les deux cas, Emma n'était nullement certaine du résultat. Elle ne connaissait guère d'amis à la mère de famille, à part peut-être sa collègue, Ashley ? Là encore, elle ne savait pas comment la joindre. Qui d'autre serait susceptible de l'aider ? Elle pensa fugacement à Granny, mais écarta cette hypothèse. La vieille femme n'était pas vraiment tendre, et Regina n'habitait plus là-bas. Emma ne parvenait pas à trouver la clé du mystère, la mettant de plus en plus sur des charbons ardents.
Pendant ce temps, Ruby s'était glissée dans un bar glauque du nord de la ville, sur l'injonction d'un homme qu'elle exécrait. Mais parfois, nécessité faisait loi. Alors qu'elle tentait de l'apercevoir au milieu des clients qui fumaient encore un cigare, malgré l'interdiction sévissant dans tout le pays, elle sentit une main se poser sur ses fesses. Elle se retourna et vit un homme assez âgé, un sourire libidineux aux lèvres, lui faisant un clin d'œil. Elle le repoussa en lui claquant la main, et s'énerva.
- Je ne suis pas une employée ! Mais une cliente ! Vieux pervers…
- Hey, ma jolie, tu devrais mieux t'habiller, si tu ne veux pas être prise pour une pute.
Il la nargua et s'en alla en direction d'un salon privé, où il était certain de trouver ce qu'il était venu chercher. Ruby souffla et se dirigea vers le bar. Elle ne patienta guère longtemps, avant d'entendre une voix dans son dos, qu'elle reconnut immédiatement.
- Dans le salon VIP, d'ici cinq minutes. Ne vous faites pas remarquer, j'ai horreur de ça !
- C'est noté.
Elle attendit le temps indiqué et se faufila, telle une ombre, jusqu'au petit salon, dont la discrétion n'était plus à prouver. Elle s'assit sur une banquette et fixa l'homme face à elle.
- Ma chère Ruby, cela faisait bien longtemps qu'on ne s'était pas parlé, en privé.
- Pour ne rien vous cacher, ça ne m'a pas vraiment manqué.
- Bref, je ne vous paie pas pour votre politesse inexistante, mais pour vos informations. Je vous écoute.
- Le dossier Storybrook, ça vous parle ?
- Continuez, je vous en prie.
- Bien. Je pense que la patronne de la société cherche par tous les moyens à obtenir des informations sur ce dossier.
- Oh, vraiment ? Emma Charming ne serait pas qu'une adorable idiote blonde ? Elle fait saliver pas mal d'hommes, au sein de l'entreprise, et il est vrai que je ne m'en suis peut-être pas assez méfié.
Ruby retroussa la lèvre supérieure, devant un tel manque de tac, puis elle se rappela où elle était. Elle n'aurait pas dû être aussi surprise de la réaction de ce crétin condescendant.
- Elle n'a rien trouvé de tangible, elle n'a que des soupçons. Il suffirait de l'aiguiller sur une voie de garage, et toute sa petite enquête tombera à l'eau.
- Vous semblez tenir à cette bécasse. Sachez choisir vos… Amis avec discernement.
- S'agirait-il d'une menace, monsieur le vice-président ?
- Un simple conseil. Et cessez de m'appeler ainsi, c'est ridicule. Vous n'avez rien d'autre ? Je ne vous cache pas que votre trouvaille croustillante est un peu périmée. Cette greluche ne me fait nullement peur. C'est une jolie femme, mis qui n'a toujours pas compris les tenants et les aboutissants de sa propre entreprise. Comme on dit, elle est bonne à baiser, et ça s'arrête là. Mais vous avez toutes vos chances, Ruby, elle apprécie les femmes. Bonne soirée. Tenez, un billet de cinquante dollars, afin de vous amuser avec une charmante demoiselle de ce bar à hôtesse.
Il lui jeta l'argent au visage, et rit de sa bonne blague. Elle ramassa néanmoins le billet, trop heureuse de pouvoir passer un peu de bon temps avec une femme agréable, plutôt qu'avec ce porc plein aux as. D'ailleurs, comment savait-il qu'Emma aimait les femmes ? La blonde n'étalait pas sa vie privée et n'en parlait même jamais. Elle devait être suivie. Ou bien il avait un informateur, autre que Ruby elle-même. Elle trembla à cette pensée. Cet homme était impitoyable et avait toujours plusieurs coups d'avance sur tout le monde. Elle héla une hôtesse, puis elle passa un moment avec elle, afin de penser à autre chose qu'à cet homme répugnant.
Le vice-président ressortit du bar, enorgueilli d'être toujours le meilleur au jeu du chat et de la souris. Ainsi, Ruby avait été mise dans la confidence par cette blondasse. Il devait louvoyer avec finesse, afin de ne pas laisser des miettes derrière lui, qui pourraient se transformer en indices pour l'équipe de bras cassés qui poursuivait sa chimère. Son opération était trop bien huilée pour s'écrouler maintenant. Il était hors de question qu'il abandonne la poule aux œufs d'or, à cause d'une poupée Barbie un peu trop curieuse. D'ailleurs, la curiosité était un vilain défaut, qu'il fallait absolument tuer dans l'œuf. Un sourire sadique naquit sur son visage. Il venait d'avoir une idée lumineuse. Et il connaissait la personne idéale pour ce boulot, quelque peu ingrat, mais si divertissant. Il repartit au volant de sa berline noire, en sifflant. Décidément, il commençait à vraiment s'amuser, maintenant qu'il avait la certitude qu'un adversaire était entré dans la danse avec lui.
Regina rentrait exténuée du travail à la boucherie tous les soirs. Son accident l'avait laissé sans force, et son bras cassé la gênait terriblement au quotidien. Reprendre les transports en commun n'était pas chose facile, dans son état physique, qui frisait l'écroulement. Elle forçait son corps à avancer coûte que coûte, afin de subvenir aux besoins de sa famille et de laisser tranquille Granny, qui fatiguait aussi de leur présence bruyante. Ses habitudes avaient été chamboulées et la vieille femme n'appréciait guère cela sur le long terme. Regina se démenait entre son boulot de vendeuse et son fils, et elle s'échinait en prime à aider leur logeuse dans ses tâches quotidiennes, afin d'alléger le poids de leur présence si envahissante. La mère de famille sentait qu'elle allait devoir très bientôt devoir trouver un nouveau toit, la patience de Granny arrivant à son terme. Pendant ce temps, Henri semblait ailleurs, mais aucune des deux femmes ne s'en rendit compte. Le gamin était persuadé d'avoir entraperçu Emma, près de la grille de son école. Il réfléchissait à l'impression fantomatique de la femme qui les avait accueillis, autrefois. Il savait, pour avoir entendu sa mère parler à Granny, que le couple était séparé, même si la brune avait fui sans rien dire à sa compagne. Cela mettait Henri en colère, car il appréciait énormément Emma, qui s'était toujours occupée d'eux et leur avait prodigué tout son amour. Il estimait que sa mère avait commis une erreur en la laissant en chemin et guettait sans arrêt la chevelure dorée au milieu de la foule des parents.
Deux jours plus tard, il la vit à nouveau. Elle était moins bien cachée que d'habitude, et il courut vers elle, afin de l'alpaguer. Ce petit manège ne pouvait pas durer plus longtemps, il savait que quelque chose se tramait. Il dévala le bout de trottoir et agrippa brutalement la veste en cuir rouge d'Emma. Il n'y avait qu'elle pour porter ce blouson aussi bien. Il releva les yeux vers le visage doux de la femme d'affaires, qui mit un genou à terre, afin d'être à sa hauteur.
- Hey, gamin, tu m'as reconnue ?
- Oui, mais je n'étais pas certain que ce soit toi la première fois. Je me suis dit que j'avais peut-être rêvé.
- Tu n'as pas la berlue, rassure-toi. Mais… As-tu dit à ta maman que je fouinais dans le coin ?
- Non, elle est… Occupée. Elle a pas trop le temps de me parler en ce moment.
- Henri, que se passe-t-il ?
- Je sais pas trop, mais maman est fatiguée. Je sais pas si elle va tenir le coup.
- Henri…
Emma avait l'air désolé d'apprendre une telle nouvelle. Puis un éclair lumineux traversa ses yeux, et elle sourit.
- Tu veux qu'on aille prendre le goûter tous les deux ?
- Oui ! Ce serait trop bien !
- Allez, on y va, champion.
Ils s'attablèrent à la terrasse d'un café non loin de là. Une fois la commande prise par la serveuse, Emma relança la conversation. Elle savait qu'elle devait aller droit au but. Cette rencontre était trop importante pour en gaspiller la moindre minute.
- Henri, comment va ta mère ?
- Pas bien, mais elle fait semblant. Je sais que c'est du flan, parce que parfois, je l'entends gémir, tard le soir, quand elle croit que je dors. On habite chez Granny, mais on dort ensemble sur son canapé. C'est horrible… Y a pas assez de place pour nous deux et je sais que maman attend que je m'endorme, pour se lever et aller sur le fauteuil, afin que je me repose à mon aise. Mais elle, personne prend soin d'elle depuis que tu n'es plus là. Elle n'arrête pas de travailler…
- Mais, pourquoi… Elle n'a pas d'amis… Et comment peut-elle faire des ménages avec un plâtre ?
- Ben non, elle s'est fait virer… Elle travaille tous les jours à la boucherie maintenant. Mais c'est pas pratique. Et puis, elle doit reprendre le métro, parce que c'est beaucoup plus loin qu'avant. C'était tout près du loft, mais pas de chez Granny.
- Mais enfin, ce n'est pas légal…
- Mais maman, elle peut pas se défendre, parce que les flics lui font des misères ! Je les déteste !
- Calme-toi, Henri, je vais tirer cette affaire au clair. Mais avant tout, ta maman doit déménager. Elle doit revenir vivre à l'appartement. Parce que je vous attends, désespérément. Tu sais, même après ce qu'il s'est passé, je l'aime toujours.
- Même après les horreurs qu'elle a dites sur toi ? C'est pas un mensonge ? Tu l'aimes vraiment ?
- Non, ce n'est pas un mensonge. Je ne te cache pas que ça a été difficile à entendre, mais maintenant je connais la vérité. Et il est hors de question que je regarde la femme que j'aime se détruire à petit feu, à cause d'un homme jaloux et vénal. Mais chaque chose en son temps. Ta maman travaille à la boucherie ? Je vais y aller.
- Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée… Elle est très fâchée contre toi.
- Je saurais me faire pardonner. Ou sinon… Hum, disons que je n'ai pas le droit d'échouer. Et qu'il est grand temps de remettre les pendules à l'heure, à certaines personnes. Finis ton goûter, Henri. Je te ramène et je jure de faire tourner le monde à sa juste mesure. Pour que ni ta maman, ni toi, n'ayez encore à souffrir.
- Et si tu n'y arrives pas ?
- Autant ne pas continuer…
Henri ne comprit pas la signification des derniers mots de la blonde, mais il voyait qu'elle était sincèrement touchée et cela le rassurait. Il avait enfin trouvé une alliée.
Plus tard, une fois rentrée, Emma prit une feuille et se mit à lister les choses à faire, afin de ne rien oublier. Elle venait de faire ses adieux à la morale et la gentillesse. Puisque le monde semblait s'être ligué contre Regina, elle mettrait tout son pouvoir et son argent à en faire de même. Elle ferait payer cher tous ceux qui avaient osé s'en prendre à la mère de famille. Son regard changea, et devint subitement dur. Oui, la vengeance était une réponse parfaitement adéquate au destin. Tout d'abord, parler à Regina et la convaincre qu'elle n'était pas son ennemie. Puis faire ravaler sa fierté mal placée au patron de Net&clean, pour avoir renvoyé la mère de famille, alors qu'elle était blessée, et avoir profité de son état de faiblesse et de sa peur de la police. Mettre à jour le dossier Storybrook et envoyer les responsables de ce fiasco financier sous les verrous. Et enfin et surtout, reconquérir son grand amour. Emma sourit un instant avant de s'exclamer, pour elle-même.
- Rude journée en perspective !
Elle reposa son stylo, et fredonna une comptine, en esquissant d'obscurs plans dans son esprit. Mais le plus important, c'était de parler à Regina, et c'est ce qu'elle ferait dès le lendemain matin. Elle se coucha, imaginant trente-six façons d'aborder la brune. Elle s'endormit comme une masse, incapable de se fixer sur une tentative précise.
Le lendemain, elle se réveilla aux aurores, et fut prête bien avant l'heure d'ouverture de la petite boucherie. Elle se posta à l'angle de la rue et se fit la curieuse impression d'être une harceleuse de rue. Elle guetta la sortie de métro, sachant que la brune sortirait forcément par là. Et elle la vit. Toujours aussi belle, mais les traits un peu plus creusés, par la fatigue ou le choc subi lors de l'accident. Elle semblait soucieuse, et ne prêtait nulle attention au monde qui l'entourait. Emma réagit sans vraiment y penser, heureuse de la revoir, malgré les immondices que la brune lui avaient déversé en pleine face, juste avant d'être renversée. Elle lui tapota l'épaule et sourit timidement à Regina, qui devint blême en la voyant. Cette dernière ouvrit la bouche, et sa voix monta dans les aigus.
- Comment oses-tu ?!
- Bonjour, Regina, je veux juste parler…
- Je n'ai rien à te dire ! Tu es… Un monstre !
- Non ! Attends, par pitié !
- Tu tiens réellement à faire un esclandre dans la rue ?
- Je m'en fiche. Il faut qu'on parle.
- Non ! Jamais de la vie !
- Regina !
La mère de famille accéléra le pas et rentra en trombe dans le magasin, le boucher la saluant au passage. Il la dévisagea et fixa Emma, qui entrait à sa suite. Regina se retourna et hurla.
- Laisse-moi tranquille ! Je te hais !
- Arrête ! Tu dis n'importe quoi ! Je ne savais rien ! Mais ensemble, on peut tout changer. Laisse-moi une chance de te le prouver. Juste une !
- Dégage, Emma !
Le boucher s'interposa entre elles, et prit le bras de la blonde, en la serrant, afin de la mettre à la porte de son établissement. Il ouvrit le battant et la tira d'un coup sec. Elle s'écroula sur le trottoir, sous les yeux médusés des passants. Le boucher la toisa et la menaça.
- Si jamais vous remettez les pieds ici, j'appelle les flics ! Je ne lèverai pas la main sur une femme, mais foutez-lui la paix ! Elle ne veut plus de vous, vous ne comprenez pas que vous aggravez votre cas ?
- C'est vous qui ne comprenez pas. J'ai besoin d'elle, autant qu'elle a besoin de moi. Je ne suis pas son ennemie.
Emma tenta de capter le regard de Regina à travers la devanture en verre, mais elle se heurta à son patron, qui l'attrapa et la remit sur ses jambes, avant de la faire reculer de force.
- Stoppez ça, ou ça va mal finir. Elle est libre maintenant, vous lui avez fait du mal, vous devriez avoir honte !
- Ce n'est pas moi qui lui ai fait quoi que ce soit. Regina !
- J'appelle les flics !
Emma se tourna vers l'artisan et recula encore, sous la vision du visage rubicond, qui voulait la dévorer toute crue, tant il paraissait en colère. La blonde bouscula quelques passants, avant de s'arrêter contre une voiture garée sur la rue. Elle se figea, attendant un coup qui ne vint pas. Regina, voyant la scène, sortit, afin d'arrêter son patron, croyant elle aussi, qu'il allait frapper son ancienne compagne. Elle ne voulait pas qu'il ait des ennuis par sa faute. Emma crut qu'elle revenait sur sa décision et s'avança vers la brune, qui la repoussa sans ménagement. La blonde s'écrasa contre le véhicule, et poussa un cri de douleur. Son bras avait heurté brutalement la tôle métallique, et son poignet était tordu. Elle le remua légèrement, devant une Regina figée.
- Hey, non, c'est rien, regarde, il bouge toujours, pas de souci ! S'il te plaît, il faut qu'on parle.
- Non. Tu m'as menti, tu vas recommencer. Tu m'as déjà tout pris. Ça suffit.
- Regina…
Le boucher la regarda comme si elle n'était rien et prit son employée par le bras, afin de la protéger et la mena jusqu'à l'arrière-boutique. Il la calma, et Emma repartit, se tenant le bras. Un peu plus loin, un homme au rictus odieux n'avait rien raté de la scène, et y voyait une belle opportunité. Il prit son téléphone portable, et rappela le dernier numéro.
- Patron ? La blonde, elle vient de se faire jeter en public, elle a pas l'air bien. Si je la coince dans un endroit désert, elle pourrait avoir la peur de sa vie et devenir… Obéissante.
- Excellente idée. Vous avez carte blanche.
- D'accord, patron.
Il remit le téléphone à sa place et suivit la blonde, qui zigzaguait entre les passants, hagarde. Elle faillit percuter une mère avec sa poussette, et s'excusa platement. Elle était perdue, et continua d'avancer, dans un épais brouillard. Elle ne vit pas l'homme la suivre, ni la direction qu'elle prenait.
Emma se retrouva au bout de trente minutes dans un quartier qu'elle ne reconnaissait absolument pas. Elle voulut revenir sur ses pas, mais se perdit encore davantage. Elle soupira et voulut appeler un taxi, mais une main sortit de nulle part l'attrapa et serra son poignet blessé. Elle fut traînée dans une ruelle à l'écart à une vitesse fulgurante, et jetée à terre, pour la seconde fois de la journée. Elle voulut se relever, mais reçut une gifle qui la laissa hébétée, avec la lèvre fendue.
- Bien, maintenant que tu sais ce qui va t'arriver si tu la ramènes de trop, ma jolie, on va discuter tous les deux. Enfin tu m'écoutes, et tu fais ce que je te demande. Comme ça, je ne t'abîme pas plus. D'accord ?
Face au silence de la blonde, l'homme lui administra une nouvelle gifle. Elle couina, et porta la main à sa joue.
- Je répète pour la dernière fois : D'accord ?
- Oui…
- Bien, brave fille.
Emma recula contre le mur, se sentant faible et impuissante face à l'homme. Elle le fixa un instant, et s'aperçut qu'il n'était vraiment pas grand. Elle voulut se relever pour fuir, mais il la frappa violemment au menton, et sa tête cogna contre le mur en brique derrière elle. Elle s'effondra, à moitié comateuse, et le nain lui rit au nez.
- Bah alors, princesse, on a un coup de mou ?
- Laissez-moi tranquille, je ne vous connais pas.
- Moi, non. Mais mon patron a un message pour toi. Tu arrêtes de fouiner, et tu oublies Storybrook. Sinon, la prochaine fois, je te ferai tellement mal que tu ne sauras même plus qui tu es. Pigé ?
- Storybrook ? C'est ce connard de vice-président qui vous envoie ?!
- Mais tu ne comprends rien à rien, une vraie blonde ! Tu oublies tout ça, ou je te pète les bras, les jambes, le nez, et les quenottes, connasse ! Tu captes mieux, là ?!
- Non, je refuse… Je me moque bien de ce que vous allez me faire. Je m'en fiche.
- Tu dis ça parce que j'ai encore rien fait…
- M'en fiche.
- Oh, je vois, tu préfères que je fasse ça à la pouffiasse qui t'a éconduite, peut-être ? T'as l'air de tenir à elle.
- Regina ? Non !
- Regina, hein ? Je vais la trouver, cette mégère, et lui faire sa fête. Elle aimera les hommes, après ça !
Emma vit rouge, et donna un coup de pied dans le tibia de son agresseur. Celui-ci recula légèrement et grogna.
- Tu vois, ça, t'aurais jamais dû… Maintenant, faut que je te dresse, pour t'apprendre les bonnes manières.
Il ferma son poing et frappa plusieurs fois la blonde, qui tenta de se protéger un minimum. Elle n'y parvint pas et sentit son arcade sourcilière s'ouvrir, laissant échapper un flot de sang. Il la bourra de coups de pied dans le ventre, et elle vomit son repas, du sang s'échappant également de sa bouche. Elle était en train de perdre connaissance. Elle avait mal, mais ne ressentait que le vide causé par Regina. Elle l'avait bien mérité, cette correction. Elle attendit que les limbes se referment sur elle, et les accueillit avec joie.
En fin de journée, Emma revint à elle. Elle avait froid, et son corps n'était plus qu'une immense douleur. Elle avait un goût âcre dans la bouche, et un œil refusait catégoriquement de s'ouvrir. Elle chercha son sac à main, qu'elle trouva près d'une poubelle, et prit son téléphone. Au moins, l'homme de main ne lui avait pas dérobé le contenu de ses affaires. Elle allait appeler Aladin, mais elle se souvint qu'il était reparti à Londres. Ruby pourrait prendre peur et la lâcher au pire moment, alors qu'elle avait besoin d'elle. Elle n'avait personne sur qui compter, et elle ne pouvait pas décemment mettre ses parents en danger. Elle sut ce qu'elle devait faire. Elle se releva, avec bien des difficultés, et prit le métro le plus proche. Elle en sortit groggy, mais aussi honteuse, alors que les passagers n'avaient cessé de la dévisager durant tout le trajet. Elle sortit à l'air libre, et tituba vers son domicile. Elle voulait rentrer, prendre une douche et ne pas ressortir avant des jours. Mais elle n'avait pas remarqué le chemin emprunté. Elle passa devant la boucherie, se tenant à la vitrine, afin de ne pas tomber. Regina crut qu'un sans domicile fixe s'amusait à salir la vitre, mais elle reconnut la crinière blonde, avant de voir le sang s'étaler sur le verre. Elle hoqueta de stupeur, et se précipita dehors.
- Emma !
La blonde ne se retourna pas, elle n'entendait plus rien. Elle peinait à mettre un pied devant l'autre, afin de se terrer enfin chez elle. La brune se rapprocha et s'abstint au dernier moment de la toucher. Elle oscillait entre une réelle inquiétude et son éternelle colère sous-jacente. Emma continua son chemin, imperméable au monde alentour. Elle trébucha, et ne dut son salut qu'à la mère de famille, qui la soutint du mieux qu'elle put.
- Oh mon dieu, dans quel état tu es…
- Hein ?
Emma ne voyait plus rien, elle sentait ses jambes se dérober. Dans un dernier sursaut, elle murmura quelques mots.
- Regina ? Ne dis rien aux flics, et pas l'hôpital. Juste chez moi. S'il te plaît. Je veux juste me reposer…
Emma s'effondra contre le mur de l'immeuble voisin, sous l'œil épouvanté de la brune. Cette dernière hurla le nom de son patron, qui apparut immédiatement sur le trottoir.
- Aidez-moi, elle a été agressée !
- J'appelle une ambulance !
- Non, dans l'arrière-boutique, je vous en prie !
Il leva un sourcil broussailleux, avant d'obéir à son employée paniquée. Il ne comprenait plus rien, mais vit le sang qui maculait la blonde.
- Oh, elle a été salement amochée…
- Je sais… Vite, il faut la mettre à l'abri.
Il prit délicatement la femme dans ses bras, qui était plutôt légère. Il rentra rapidement dans sa boutique et la posa sur le fauteuil qu'il avait installé dans la salle de repos, dans l'arrière-boutique.
- Regina…
- Je vais m'occuper d'elle. Et je reviens vous aider. Je suis désolée…
- Ne le soyez pas, mais ce changement brusque de votre part est déroutant… Restez auprès d'elle, soignez-la. Ne vous en faites pas, je gère la boucherie.
- Merci beaucoup.
- Je ne veux pas savoir ce qu'il se passe, mais promettez-moi de faire attention à vous. J'ai un mauvais pressentiment.
Regina fut surprise par les paroles de son patron, d'ordinaire plutôt taiseux. Elle hocha la tête et il partit, leur laissant l'intimité nécessaire. Regina, rendue gourde par son bras plâtré, prit une bassine et lava le sang qui maculait le visage de la blonde. Elle vit les multiples blessures qui l'ornait désormais, et son cœur se pinça. Elle était étourdie par tous les sentiments qui l'assaillaient. Et pourtant, elle soignait celle qui l'avait trahie. Pourquoi faire preuve de compassion envers un tel monstre ? Puis, elle s'assit sur une chaise à côté, et réfléchit. Emma avait été clairement agressée, mais elle avait toujours son sac, et elle avait demandé expressément de ne pas avertir les autorités. Il y avait anguille sous roche. Elle resta au chevet de son ancienne compagne encore une bonne heure, avant de reprendre son poste. La fin de journée arriva et le boucher lui demanda ce qu'elle désirait faire.
- Pouvez-vous m'aider à la raccompagner chez elle ? Je me débrouillerai après.
- Très bien, si c'est ce que vous désirez.
- Merci infiniment.
- Vous êtes quelqu'un de bien. J'espère seulement que vous savez ce que vous faites, avec elle.
- Moi aussi.
Ils partirent tous les trois vers le loft, qui se situait seulement quelques rues plus loin. Jamais le trajet ne parut aussi long à Regina. Elle comprenait qu'elle avait peut-être commis une erreur, et qu'Emma en avait payé le prix. Regina prit les clés de la blonde dans son sac et ouvrit le loft. Le boucher la déposa sur le canapé et rassura Regina. Puis il s'en alla, le cœur lourd, en voyant l'immense gâchis entre les deux femmes. Le destin pouvait se montrer bien cruel.
Regina prévint Granny qu'elle ne pouvait rentrer ce soir, étant chez Emma pour discuter de leur avenir. Elle avait préféré mentir à la vieille femme, afin de ne pas l'affoler et par conséquent, son fils aussi. Elle revint près de la blonde, et entreprit de lui enlever ses vêtements tâchés de sang. Elle fut horrifiée par le spectacle. Son ventre était marbré de coups violacés, et des ecchymoses parsemaient le reste de ses jambes et de ses bras.
- Oh, Emma, mais qui t'as fait une telle chose ?
Elle n'obtint qu'un gémissement en réponse, et posa une couverture sur les épaules de la femme d'affaires. Elle prépara une collation, si jamais la blonde se réveillait, et voulait manger quelque chose de léger. Elle resta là, par la suite, à la surveiller comme le lait sur le feu. Une immense colère se déversait en elle, et Emma n'en était pas la cause. Mais en tentant d'assembler les pièces du puzzle, elle devait s'avouer qu'elle s'était voilée la face. Et Emma ne lui apparaissait plus aussi coupable qu'avant. Ce qui la mettait hors d'elle. Car si elle avait été moins têtue ce matin, et laissé Emma s'expliquer, peut-être que la blonde n'aurait pas été sauvagement attaquée. Elle culpabilisait de la voir ainsi. Elle se pencha alors à son oreille.
- Emma, je suis profondément désolée… Si j'avais su…
- Je t'aime…
Regina releva la tête et dévisagea la blonde, qui était à nouveau inconsciente. Elle sentit des larmes couler sur ses joues, et elle lui prit la main, la berçant contre son cœur. Jamais elle ne s'était sentie aussi impuissante et malheureuse. Elle comprenait enfin son erreur gravissime, et elle bascula elle aussi dans les ténèbres.
