Chapitre 26 : tel est pris qui croyait prendre

Le lendemain matin, à quelques dizaines de mètres du loft, Auguste patientait, un café à la main, afin de rencontrer son futur « grand amour ». Il était tendu, ne sachant pas quel accueil lui serait réservé, après avoir malencontreusement renversé sa boisson chaude sur une femme, qui de toute évidence, semblait assez à cheval sur les conventions. Tout le plan reposait sur ce moment si particulier. La moindre maladresse, et Emma, ainsi que Ruby, lui tomberaient dessus à bride abattue. Ayant vu de loin à quoi ressemblait Marianne, il guettait l'arrivée de la brune, qui était réglée comme une pendule. Il vit une chevelure ébène à travers la vitre de l'échoppe, et se prépara au choc. Il se mit debout, et fut à l'affût du moment propice pour éclabousser sa malheureuse victime. Marianne s'approcha du comptoir et commanda son café aromatisé à la vanille, avant de se décaler et de taper du pied, démontrant déjà son impatience. Auguste inspira profondément et trébucha devant elle, laissant son café noir faire un looping aérien de toute beauté, puis s'écraser lamentablement sur la robe beige de Marianne. Lui-même finit sa course à terre, l'air penaud et extrêmement désolé.

- Oh mon dieu, je suis navré, vraiment ! Je vous paie le pressing, cela va sans dire !

- Mais vous ne pouvez pas faire attention ?! Espèce de crétin !

- Pardon, je me confonds en excuses. Je vous offre votre boisson également ! Je suis si maladroit, avec ces nouvelles chaussures… Elles ont tendance à glisser.

Marianne le dévisagea, un instant interdite, avant de baisser le regard sur une paire de mocassins en daim marron, du plus bel effet. Elle releva le menton et sourit, devant la mine déconfite et adorable de l'homme empoté.

- Je vous pardonne pour cette fois-ci. Mais vous allez payer le teinturier !

- Bien évidemment ! Cela va sans dire ! Puis-je vous proposer une viennoiserie avec votre café ? À mes frais, bien entendu.

- Oh, seriez-vous un gentleman ?

- J'essaie, à tout le moins, de ne pas être un gougnafier.

- Pour l'instant, c'est moitié-moitié.

- Vous êtes dure, mais je l'ai amplement mérité.

- Ne soyez pas aussi certain de votre victoire, monsieur ?

- Je ne me suis pas encore présenté. Décidément, je manque à tous mes devoirs… Je m'appelle Auguste, enchanté.

- Marianne, de même. Enfin, je crois.

Auguste lui désigna une table, afin qu'ils puissent s'asseoir et faire plus ample connaissance. Marianne entama les hostilités.

- Je ne vous reconnais pas. Vous êtes nouveau dans le quartier ?

- Je ne m'abreuve pas ici en règle général, mais j'avais du temps pour flâner ce matin, et lorsque j'ai vu cette enseigne, j'ai été curieux de goûter leur nectar.

- Hé bien, quel… Heureux hasard ?

- En effet ! Je ne pensais pas rencontrer une aussi jolie femme en ce beau matin ensoleillé. Veuillez m'excuser, c'est fort cavalier et impoli de ma part.

- Mais très agréable.

Il lui sourit, ravi que son stratagème fonctionne sur la jeune femme. Ils restèrent à papoter une bonne demi-heure, avant que Marianne ne se lève, devant se rendre à son cours de yoga.

- J'espère que l'on se reverra, Marianne.

- Je prends un café ici tous les matins.

- C'est noté. Je vous souhaite une excellente journée.

- Merci, à vous aussi.

Elle s'en alla, non sans se retourner et lancer une œillade peu discrète à Auguste. Ce dernier s'exclama pour lui-même, soulagé.

- Première phase de la mission : réussie !

Il fila à son tour, afin d'ouvrir son bar, avec un peu de retard, pour une fois.

Emma avait contacté les avocats de la famille Charming, afin de démêler cette histoire de blessure au dos du motard, et contrecarrer sa demande de dommages-intérêts, qui en découlait. Depuis quelques jours, sa compagne était sur des charbons ardents, et changeait systématiquement de conversation, lorsque le sujet était abordé. Son angoisse montait crescendo, et devoir s'appuyer sur la blonde et sa petite armée juridique ne plaisait guère à la mère de famille, qui était habituée à tout gérer par elle-même. Elle passait ses nerfs sur le ménage, et le loft reluisait comme un sou neuf. Elle restait un certain temps à la boucherie tous les soirs, s'évertuant à tout nettoyer, et s'épuisait partout où elle trouvait une activité à se mettre sous la dent. Emma soupira en pensant à la vaisselle dans l'évier, qu'elle avait eu interdiction de rincer, seulement. Elle vit Regina épousseter les coussins du canapé, avec son bras dans le plâtre, lorsqu'elle rentra du travail.

- Mais… Tu vas finir par te blesser davantage encore ! Regina, écoute-moi un peu.

- Je vais bien. Je vais aller préparer le repas.

- Il y a suffisamment de restes pour tenir un siège… Calme-toi, ça n'envenimera pas la situation, si tu prends un peu de repos.

- Je vais devenir folle, Emma. Il faut que je m'occupe. N'importe quoi.

- Regina…

Face à la brune tendue en face d'elle, Emma prit le parti de lui raconter les avancées du plan contre Marianne. Au moins, cela pouvait peut-être la faire sourire.

- Tu sais, Auguste, notre Don Juan, s'en tire pas trop mal. Il a failli arriver en retard lors de la deuxième matinée, mais il s'est rattrapé de justesse. Et il dit que ses frais de café ayant explosés, il veut un remboursement rubis sur l'ongle, pour cette horreur insipide, dixit ses propres termes. Apparemment, il n'apprécie guère le breuvage servi dans ce café de hippies sur le retour.

Regina la dévisagea, ne sachant pas trop quoi répondre. Emma s'en rendit compte, et la rassura.

- Hey, je plaisante ! Pardon, j'aurais dû réfléchir, avant de parler. Mais c'est drôle, non ?

- Si tu le dis.

La blonde soupira bruyamment, afin de montrer sa lassitude du moment. Elle se dirigea vers leur chambre, afin de passer un coup de fil au cabinet d'avocats surpayés de sa famille.

- Bonjour, Emma Charming. Je souhaite parler au patron.

- Tout de suite, madame.

Elle patienta à peine dix secondes, avant d'avoir le chef des opérations au téléphone.

- Madame Charming, l'enquête avance à grands pas, comme promis.

- Mais encore ? Je veux des faits concrets.

- Bien entendu. Le motard en question a bien été admis aux urgences, mais n'y est pas resté plus de trois heures. Il a été protégé par son équipement, son médecin est assez catégorique là-dessus. Il a eu des ecchymoses, mais rien de bien méchant. Par contre, nous avons exhumé un vieux dossier, où il était déjà le plaignant.

- Vraiment ?

- Après quelques recherches, il est apparu que ce monsieur est un coutumier du fait. Il a déjà intenté quatre procès, ces cinq dernières années, pour des faits similaires.

- Un escroc…

- Disons un homme qui ne connaît pas les scrupules.

- Est-il possible de démontrer qu'il a menti ?

- Assez facilement. Il n'est pas très bien conseillé… Nous avons déniché une photo de lui dans une salle de musculation hier, en train de s'entraîner sur une machine… Il allait parfaitement bien, au point de soulever plus de soixante kilos de fonte.

- Transmettez donc cela à son avocat. Et je veux une réponse dans la foulée. Pas dans deux jours.

- J'y veillerai personnellement, madame Charming.

- Très bien. J'attends de vos nouvelles.

- Bonne soirée, et donnez mes salutations à vos parents.

- Je n'y manquerai pas.

Elle raccrocha, un sourire assombri aux lèvres. Elle ne voulait pas parler de la bonne nouvelle à Regina, sans être parfaitement certaine que cette dernière ne risquait plus rien. Il n'y avait rien de pire qu'une fausse joie.

Auguste continua son manège toute la semaine, se rendant chaque matin dans le bouge hippie, comme il avait affectueusement surnommé le café à la mode. Il ne buvait jamais le sien, et le donnait généreusement aux multiples plantes qui décoraient l'endroit. D'ailleurs, il put remarquer, au bout du sixième jour, que l'une d'elle commençait déjà à montrer des signes de faiblesse. Il secoua la tête de dépit, mais changea bien vite d'attitude, lorsqu'il reconnut Marianne.

- Bonjour ! Je vous ai pris votre café favori, j'espère que vous ne me trouvez pas trop entreprenant ?

- Je dois dire que vous êtes tenace, mais que c'est plutôt plaisant. Et si rare, surtout !

Le brun se fendit d'un large sourire et lui tendit sa boisson chaude.

- Merci beaucoup.

- Marianne, J'aimerais vous proposer une sortie, autre que ce café. J'ai vu qu'une nouvelle collection était installée au musée d'art moderne, et je souhaiterais vous y inviter.

- Galant, en plus de cela, et avec du goût. Mais vous êtes peut-être bien un tueur en série…

- J'ai remisé mon scalpel, je vous rassure tout de suite.

- Grand fou ! J'accepte ! Mais je viendrai avec un bouclier, au cas où. Et peut-être un arc et quelques flèches, afin de pimenter notre sortie.

- J'ai hâte de voir ça ! Je dois écourter notre rencontre aujourd'hui, mais je serai là sans faute demain.

- Pas moi, j'ai mon club de couture le dimanche matin.

- Oh, alors, nous nous reverrons lundi ?

- Sauf si vous désirez me revoir dans l'après-midi, au musée.

- Excellente idée ! On se retrouve devant le musée, à quinze heures ?

- J'y serai. Bonne journée, Auguste.

- Excellente journée à vous, Marianne.

Il déguerpit le plus rapidement possible. Au moins, demain matin, il pourrait dormir, sans devoir se lever pour cette immonde boisson vendue à un prix exorbitant. Marianne semblait vivre de ses rentes, mais restait un mystère. Elle était une assez jolie femme, mais son ton mielleux et ses manières lui pesaient méchamment sur le système nerveux. Il fit le tour du pâté d'immeubles et se rendit chez le couple de femmes, souhaitant savoir quoi faire pour la suite des évènements.

Lorsque la sonnette retentit, Henri fut le plus rapide à se rapprocher de l'entrée, et fronça les sourcils en voyant un homme au pas de la porte.

- C'est qui ?

- C'est Auguste. Je suis un ami d'Emma.

- Je ne vous connais pas.

- Tu dois être Henri ? Emma m'a dit que tu étais un bon footballeur.

La blonde en profita pour débarquer dans le dos du bambin et lui ébouriffer les cheveux, chose qu'il détestait.

- Emma !

- Henri.

Elle ouvrit la porte.

- Auguste. Tu ne m'avais pas dit que tu passerais ici.

- Euh, non, je suis désolé, mais j'ai besoin de conseils. Et ce sont vos bêtises qui m'ont mis dans cette situation.

- Entre, je sens qu'on va rire.

- Je te suis.

Regina entra dans le salon, et dévisagea le nouveau venu, un sourcil arqué.

- Bonjour.

- Bonjour, vous devez être Regina ? Je m'appelle Auguste.

- L'ami d'Emma qui fait le sale boulot pour nous… Je suis sincèrement désolée pour vous, de vous avoir embarqué là-dedans.

- Je dois dire que je m'amuse. Un peu. Mais j'ai aussi hâte d'y mettre un terme.

- Je vous comprends. Désirez-vous une tasse de café ?

- Ce ne serait pas de refus. J'ai dû goûter celui du troquet en bas, et mes papilles tentent toujours de s'en remettre.

Regina sourit à la malice de cet homme charmant. La blonde le tapa gentiment.

- Hey, ne fais du gringue à ma compagne, saleté !

- Jamais de la vie. Je suis poli et charmant. Et je ne suis pas fou, Ruby et toi me tomberiez dessus, avant même que j'ai pu essayer de fuir.

- Pauvre chou. Et donc, tu voulais rencontrer Regina ?

- Oui, aussi. Mais surtout, je voulais savoir quoi faire pour me dépatouiller de Marianne demain.

- Demain ?

- Je l'ai invitée au musée et on a rendez-vous demain après-midi.

- Oh, mais tu es un vrai tombeur de mégère, ma parole !

- Emma…

Auguste et Regina avaient poussé l'exclamation en même temps, amusant tout le monde.

- Cela mérite au moins une part de gâteau. Non, pas pour toi, Emma.

- Mais… Euh… Vous êtes méchants.

- Et toi puérile. Asseyez-vous, je reviens.

Auguste opina du chef, et obéit bien sagement. La brune était charismatique, malgré sa fatigue apparente. Elle revint avec une belle part de tarte aux pommes, tandis qu'Emma portait un plateau de boissons chaudes. Henri, sur ses talons, restait dans le giron des deux femmes, et s'assit tout à côté de sa mère, cherchant à savoir si cet homme était un potentiel danger. Lorsque le brun faillit s'étouffer avec sa tarte, alors qu'il avait goulûment dévoré une grosse bouchée, Henri se détendit et anima même une partie de la conversation. Puis il fut convié à se rendre dans sa chambre, afin de laisser parler les adultes entre eux. Il ne rechigna pas, gagnant même une nouvelle part de sa tarte préférée. Une fois seuls, Emma entama l'interrogatoire.

- Alors ? On sort en amoureux ?

- Emma, t'es une vraie gamine, je n'aurais jamais cru ça de ta part.

- Je me détends un peu à tes dépens, voilà tout. Inutile de me regarder comme ça. Bon, c'est quoi le problème, Auguste ?

- Ben demain, on va au musée d'art moderne… Ce qui ne m'amuse pas du tout. Mais, si jamais elle décide de m'embrasser, je fais quoi ? Je la rembarre, j'accepte, alors que je n'en ai aucune envie ?

- Non, inutile de l'embrasser. Dis-lui que tu as un bouton d'herpès, je ne sais pas, moi, trouve un truc qui soit crédible.

- D'accord… La honte, ton excuse… J'aurais mieux fait de ne pas demander… Et je peux la larguer dans combien de temps ? Parce que ça commence à m'agacer, cette histoire.

- Nous ne voulons pas vous ennuyer, avec cela. Si vous estimez que demain, vous pouvez lui donner une bonne leçon, tout en conservant votre dignité, n'hésitez pas. Et faites attention à vous.

- Merci Regina, on voit qui est l'adulte responsable, au sein de votre couple.

- Vous osez vous liguer tous les deux contre moi… C'est moche.

Regina posa sa main sur celle de la blonde, et lui chipa un baiser rapide.

- Ne fais pas ta mauvaise tête, je saurais me faire pardonner.

- Regina, pas devant Auguste !

Elle leva les yeux au ciel, face à tant d'idioties, tandis qu'Auguste partait dans un franc fou rire. Il prit congé du couple et leur souhaita une excellente soirée, avec un clin d'œil appuyé à Emma, qui lui tira la langue. Regina vint à ses côtés.

- Je ne t'avais pas vu si détendue depuis un long moment.

- Il me fait penser à Aladin.

- Je comprends mieux.

Elles vaquèrent à leurs occupations, jouant avec Henri et profitant du week-end ensemble.

Auguste, le lendemain, n'en menait pas large. Il transpirait déjà et se trémoussait presque dans la rue, mal à l'aise avec le plan qui risquait de le transformer en sagouin fini. Il piaffait, attendant la brune, tel un condamné à mort sur son échafaud. Il l'aperçut et lui fit un grand geste, afin qu'elle puisse le voir dans la foule. Elle s'approcha et passa son bras autour du sien, surprenant le barman.

- Bonjour Auguste, quelle magnifique journée, n'est-ce pas ?

- Bonjour Marianne, absolument. Et elle promet maintenant d'être exquise.

Il la fit avancer jusqu'au guichet du musée, où il acheta deux tickets. Il lui en tendit un, de plus en plus crispé par l'attitude de koala de la jeune femme. Ils flânèrent ainsi une bonne partie de l'après-midi dans les couloirs du musée, avant qu'Auguste ne lui propose une pause bien méritée, autour d'un verre. Alors qu'ils s'attablaient à une table d'un troquet de plein air, au sein des jardins du bâtiment, Marianne le dévisagea bizarrement. Il le remarqua et s'en enquit.

- Que se passe-t-il, Marianne ? J'ai une tâche sur ma chemise ?

- Non, mais j'aimerais vous embrasser…

- Oh, euh, hé bien…

Devant la gêne non dissimulée d'Auguste, Marianne sourit, avant d'éclater de rire.

- Je me demandais quand la supercherie s'arrêterait. On dirait que c'est maintenant.

- Pardon ?

- Oh, je vous en prie, Auguste. Je ne suis pas stupide. Vous êtes ami avec Emma. Ainsi qu'avec cette femme… La colocataire envahissante, dirons-nous. Dès qu'un homme me tourne autour ainsi, je prends des informations, et je vois s'il est fiable ou pas. Je me suis beaucoup amusée avec vous. Mais votre tête, tout à l'heure, valait son pesant de cacahuètes. Ça me fera un joli souvenir. Maintenant, je vais y aller, et passez le bonjour à mes chères voisines. Si vous comptiez vous jouer de moi, pour mieux me briser le cœur, c'est raté, et magistralement. Soyez plus créatif, la prochaine fois ! Espèce d'imbécile mal dégrossi. Vous n'êtes pas assez intelligent pour jouer dans la même cour que moi.

Et Marianne partit sans se retourner, plantant là Auguste, totalement déboussolé et humilié. Il venait d'être pris à son propre jeu, et il détestait ça. Il devait parler au couple le plus vite possible, flairant qu'elles seraient les prochaines cibles de la brune détestable.

Pendant ce temps, Emma reçut un coup de fil, qu'elle attendait impatiemment.

- Bonjour.

- Bonjour, madame Charming. J'ai eu une réponse de la part de l'avocat du motard.

- Je suis toute ouïe.

- Comme je m'en doutais, l'homme est un véritable coutumier du fait. Suite aux révélations et aux clichés horodatés de son client en pleine séance de sport, l'avocat a été contraint de demander à son client de retirer sa plainte, injustifiée. Naturellement, il ne demande rien, tant que l'on ne porte pas plainte à son encontre, à notre tour.

- Un échange de bons procédés, en résumé ?

- Oui. Vu la situation de madame Mills, je ne saurais que trop abonder dans ce sens, et l'enjoindre à accepter cette proposition, fort avantageuse.

- Mais il recommencera, avec quelqu'un d'autre…

- Disons que ce motard est, comment dire, hors jeu avec les autres cabinets d'avocats de la ville. J'ai subrepticement glissé à tous mes confrères qu'il n'était pas fiable, et qu'une action en justice contre un autre citoyen innocent engendrerait notre ire et notre défense sans condition, pour cette nouvelle victime.

- Parfait ! Je vais en parler à Regina, et je reviens rapidement vers vous.

- Bonne journée, madame Charming.

- Merci, à vous aussi. Et excellent travail.

- Merci.

L'avocat raccrocha, en attendant la réponse. Emma trouva Regina et lui expliqua la situation rapidement, afin qu'elle donne son consentement à l'abandon de toute poursuite, chose qu'elle fit dans la foulée. La blonde rappela son avocat, afin que l'accord soit passé et que toute cette affaire soit derrière elles. Regina s'effondra alors dans le sofa, incapable de soutenir son propre poids, une fois qu'elle eut été débarrassée de cette épée de Damoclès.

- Mon dieu, je ne pensais pas être autant tendue… J'ai l'impression d'avoir couru un marathon, et d'être parvenue à franchir la ligne d'arrivée. Mais à quel prix… Et toi, Emma, tu as dû faire appel aux ressources de ta famille, pour me sortir de là. Et tu m'as dit combien tu détestais y avoir recours.

- Pour toi, tout est possible. Je ne veux pas te voir être détruite pour quelque chose que je peux facilement résoudre, au final. Il a tenté de t'escroquer, ce merdeux. Il a de la chance que tu ne cherches pas à te venger.

- Pour quoi faire ? Je suis lasse de me battre, mais pouvoir gagner, de temps en temps, ça fait beaucoup de bien. Merci Emma.

La blonde vint chercher un baiser, qui lui fut accordé immédiatement. Qu'il était bon de retrouver la brune de meilleure humeur. Alors qu'elles se câlinaient, la sonnette retentit. Emma se leva du canapé et ouvrit la porte d'entrée.

- Marianne ?!

- Bonjour Emma. Je voulais vous donner ceci. C'est mon billet du musée d'art moderne, où je me suis rendue aujourd'hui, avec votre crétin d'espion incompétent. Juste pour vous rappeler que vous n'êtes vraiment pas à la hauteur, et encore moins la femme à votre bras. J'attendais beaucoup mieux de vous. Bref, je ne vous souhaite pas une bonne soirée.

Et Marianne repartit immédiatement, laissant la blonde coite, qui entendit seulement la porte voisine se refermer. Elle se secoua et voulut répondre une parole intelligente, mais elle était dorénavant seule dans le couloir.

- Et merde… Auguste !

Elle revint en trombe dans l'appartement, et appela son complice malchanceux. Il répondit tout aussi vite.

- Emma ? Fais gaffe, elle a tout compris, elle va être revêche, ta voisine !

- Je sais, je viens d'avoir sa visite inamicale. Ça va, toi ?

- Oui, je crois, je suis en chemin vers votre loft.

- Je préfère que tu rentres chez toi, et on débriefe demain soir au bar, avec Ruby. Je vais le dire à Regina, qui a déjà changé de couleur… Merci et à plus. Et encore désolée de t'avoir entraîné dans ce bordel.

- Pas de souci. À demain, Emma, et bon courage !

Ils raccrochèrent et la femme d'affaires dut révéler la vérité à sa compagne, qui grimaça.

- Elle va nous pourrir la vie, encore plus que d'habitude. C'était une mauvaise idée, depuis le début.

- Il faut se montrer plus subtil, voilà tout.

- Tu vas continuer ?!

- Pourquoi pas ? Elle a besoin d'une leçon. Et j'ai compris qu'il fallait la jouer fine avec elle.

- Emma, ça va mal finir…

- Pour elle, oui. Cette femme n'hésite pas à humilier, blesser et traîner dans la boue ! Je ne peux pas lui pardonner de t'avoir fait subir une telle chose !

- Inutile de remuer le couteau dans la plaie…

- Pardon. Mais ça me met tellement en colère.

- Viens avec moi, Emma. J'ai besoin de toi.

La blonde ne se fit pas prier deux fois et enlaça sa compagne soucieuse. Elle jura de ne pas la laisser être davantage en situation de faiblesse, face à cette sorcière vicieuse.

Quelques jours plus tard, Emma s'inquiéta de ne pas avoir de nouvelles d'Aladin. Il lui avait promis d'effectuer des recherches sur Killian, et ce silence soudain l'angoissait. Elle lui laissa un message, tombant directement sur son répondeur. Elle ne voulait pas transmettre son appréhension à sa compagne, qui en avait suffisamment bavé ces dernières semaines. Aussi revint-elle à ses côtés, afin de préparer le dîner en sa compagnie. Alors que tout le monde dormait dans l'appartement, Emma fut réveillée par le bruit de son téléphone, qui vibrait sur son chevet. Elle l'attrapa et sortit rapidement du lit, afin de décrocher. Elle avait eu le temps de lire le nom de l'appelant : Aladin. Elle s'assit dans le canapé.

- Salut, mais t'étais passé où ?

- Emma, dans quel merdier as-tu encore réussi à te fourrer ?

- C'est l'hôpital qui se fout de la charité ?

- Mais écoute-moi, bon sang ! Killian a fait faillite il y a quelques années. Vous étiez encore ensemble. Il était le patron de cette armada à Storybrook, plusieurs navires de pêche, les docks, et le marché local, qui lui permettait d'écouler ses stocks.

- J'ai toujours cru qu'il était dans l'import-export.

- Ben… C'est le cas, mais avec des poissons. Bref, après la tempête, il n'avait pas assez d'argent pour reconstruire tout ça. Il a fait rapidement faillite, en quelques mois. C'était… Vers la fin de votre relation. Ça te rappelle quelque chose ?

- Pas vraiment, on sortait moins, il avait beaucoup de rendez-vous professionnel. On vivait difficilement l'attente d'une grossesse providentielle, alors… J'ai peut-être moins fait attention à lui. J'aurais dû…

- Rien du tout ! Ce type a toujours été un connard fini ! Voilà, c'est dit !

- Je savais que tu ne l'appréciais pas, mais à ce point… Enfin, l'histoire t'a donné raison. Mais pourquoi as-tu peur ?

- Emma, il ne peut pas s'agir d'une coïncidence, ta nomination à la tête de cette société, et ton lien avec Killian. On dirait que tout s'emboîte, mais je ne dispose pas encore de la bonne clé pour comprendre cette énigme. Emma, Killian a changé depuis quelque temps. J'ai retrouvé deux plaintes à son encontre, pour coups et blessures, ainsi que de multiples témoignages pour ivresse sur la voie publique. Mais tout est toujours soigneusement effacé ou passé sous silence. Et je ne veux pas que Regina ou toi deveniez une cible à faire taire, à n'importe quel prix.

- Tu ne me rassures guère, frangin…

- J'essaie de te mettre en garde et de te faire réagir, surtout. Je suis certain d'avoir été suivi pendant toute une journée, à Londres. J'ai semé mes poursuivants, mais mon ordinateur a détecté une tentative d'intrusion. Je suis parvenu à la bloquer à temps, mais je ne te cache pas que ça devient dangereux, même pour moi, le roi des voleurs. Je dois te laisser, je bouge sans arrêt. À bientôt, je t'envoie tout ce que j'ai trouvé sur notre serveur crypté. Prenez soin de vous, Emma. Et soyez très prudentes.

- Je vais en faire part à Regina, nous redoublerons de vigilance. Et si tu sens que tu es acculé, par pitié, file chez mes parents ! Leur système de sécurité et leurs chiens de garde sont impressionnants.

- C'est noté, sœurette. À bientôt.

Il raccrocha, laissant Emma continuer à coller le téléphone contre son oreille. Elle peinait à croire que toute sa vie, depuis un an bientôt, était dictée par une bande d'escrocs sans scrupules, et surtout son ancien conjoint, qui l'avait presque détruite. Elle sentit une boule au ventre remonter vers sa gorge, et sa bouche s'assécha. Elle tendit machinalement la main vers le bar, avant de se souvenir que Regina avait fait le ménage et vidé toutes les bouteilles. Elle gémit. Un remontant n'aurait pas été superflu, ce soir. Soudain, la lumière jaillit du plafonnier.

- Emma ? Pourquoi es-tu là ? Ça ne va pas ?

- Je… J'étais avec Aladin, au téléphone. Il a peur. Pour nous. Il a découvert des liens avec Killian et un mystérieux bienfaiteur, capable d'effacer toutes ses traces. Et qui pourrait avoir un tel pouvoir si ce n'est le conseil d'administration ?!

- Il me paraît peu probable que tout le conseil y soit mêlé. Ça démultiplierait les risques, ce serait un mauvais calcul.

- Alors qui ?

- La tête de l'hydre…

- Hein ? Tu veux dire, le vice-président ?

- Oui, avec probablement sa garde rapprochée, au sein du conseil.

- Ses fidèles toutous…

- Ce serait plausible.

- Mais pourquoi ? Dans quel but ?

- Tout ce qui les intéresse, c'est l'argent.

- Mais pourquoi moi ? Pour quelle raison me nommer à la tête de la société, plutôt que toi ?

- Parce que j'étais de plus en plus indépendante du conseil, sûrement. Et ça, c'est intolérable, pour eux. Mais toi, tu as quelque chose que je n'ai pas.

- Quoi ?

- Une famille riche comme Crésus…

Emma hoqueta de terreur. Elle n'avait jamais pensé à cette éventualité. Ses parents seraient des cibles parfaites, en effet. Mais comment espéraient-ils leur soutirer de l'argent ? La blonde secoua la tête, tout cela ne tenait pas debout. Elle ne voyait pas tous les rouages se mettre en place, et les mâchoires de la bête immonde se refermer sur elle et sa famille.