Chapitre 27 : menaces

Réponse à guest Danielle : Merci beaucoup et bonne lecture.

Depuis qu'Emma avait compris que sa nomination n'était ni le fruit du hasard, ni liée à ses compétences professionnelles, elle broyait du noir, et retournait au travail en traînant des pieds. Son attitude adolescente agaçait progressivement Regina, qui tentait de porter cette nouvelle famille recomposée à bout de bras. La blonde s'enfermait de plus en plus souvent dans son bureau, ne laissant que sa secrétaire et Ruby approcher. Elle veillait à ne jamais croiser le vice-président, afin de ne pas avoir un geste déplacé ou une parole qui aurait pu la trahir. Elle oscillait entre appréhension et colère, ne sachant pas se positionner vis-à-vis de cet homme cynique et malhonnête. Alors qu'elle vérifiait quelques chiffres avec Ruby, sa secrétaire vint l'avertir que le vice-président la cherchait. Elle avait réussi à le repousser, pour le moment, mais qu'il serait néanmoins présent cet après-midi et qu'il forcerait probablement le passage, cette fois-ci, sa patience étant particulièrement limitée. Elle pâlit, mais fit face en se forçant à sourire.

- Très bien, c'est noté.

Emma se retourna vers Ruby, qui comprit que quelque chose clochait.

- T'as vu un fantôme ?

- Non, mais je ne fais pas confiance à cet homme, et je me pose beaucoup de questions…

- Lesquelles ?

- Peu importe, je ne veux pas te mêler à ça.

- D'accord… Tu es bien mystérieuse, Emma.

- Désolée, j'essaie de réfléchir, mais mon cerveau connaît un dysfonctionnement.

- Une erreur 404 ?

- Très drôle !

- Faut bien que je te remonte le moral, un peu ! Bon allez, je file, où mon chef va encore se demander où je suis passée…

- Avec la patronne ?

- Tu sais, ça va jaser, à force.

La brune s'éclipsa, en faisant un clin d'œil suggestif à la femme d'affaires, qui rigola bêtement. Une fois seule, elle remit de l'ordre dans ses idées et se prépara à affronter le diable en personne.

Alors que l'après-midi avançait, Auguste regardait avec une certaine anxiété la porte de son bar. Il attendait avec impatience Ruby et Emma. La première devait arriver avant la blonde, et il lui tardait de leur parler de leur plan avorté. La brune passa enfin la porte et s'affala à sa place attitrée.

- Barman ! Un gin ! Et une bière ! J'en peux plus de cette journée…

- C'est en route, Ruby ! Et Emma ?

- Elle sera là, dès que le vice-président aura passé ses nerfs sur elle…

- Sympa.

- Ouais, des histoires de patrons, quoi. Je ne suis pas dans la confidence.

- Et tu es jalouse ?

- Non. Si ! Bien sûr que si ! Mais je ne pouvais pas m'incruster…

- Oui, ça se serait vu, à un moment donné, une grande brune enthousiaste et vindicative.

- Hey ! Ils viennent, ces verres ? Le service laisse à désirer, dans ce boui-boui…

- Que tu es cruelle…

- L'homme est un loup pour l'homme, non ?

Elle se fendit d'un large sourire, alors que ses boissons se matérialisaient devant ses yeux. Après plus d'une heure à se lamenter sur son sort, Ruby vit Emma apparaître dans l'embrasure de la porte du bar, livide.

- Hey, chef ! Par ici !

La blonde se déplaçait lentement, et se tenait parfois aux chaises pour arriver à bon port.

- Bah dis donc, il t'a viré, toi aussi ? Comme l'ancienne patronne ?

- Non. Tout va bien, je suis juste un peu fatiguée.

Ruby ne fut pas dupe, mais son amie ne semblait pas vouloir en parler, et elle respectait un minimum son intimité professionnelle, pour ne pas la forcer à en discuter.

La soirée commençait à détendre la blonde, lorsque Tiana débarqua sans prévenir. Ruby l'embrassa à pleine bouche, sans gêne, devant une Emma quelque peu éberluée. Auguste vint vers elle en ricanant.

- Y a des hôtels pour ça… C'est un lieu convenable ici, il ne se passe rien dans les toilettes du bar.

- Que tu crois, mon pauvre…

- Ruby, qu'est-ce que tu as fait, encore ?

- Tu veux un dessin ?

- Je vais racheter de la javel, pour les autres clients.

Cela eut le mérite de décontracter les quatre protagonistes. Ruby se pencha vers la femme d'affaires, afin de s'assurer que la présence de Tiana ne posait aucun problème.

- Tu gères que Tiana soit là ?

- Oui, je suis contente pour vous deux. Et puis, un autre esprit que les nôtres, ça n'est pas de refus. Parce que je compte bien lui faire payer son petit sourire suffisant, à la Marianne !

- Ouais, je te suis, chef ! Mais tu as une meilleure idée ?

- Disons que j'ai une ébauche de plan, mais que les finitions laissent à désirer. Et cette fois-ci, je compte faire d'une pierre, deux coups.

- Tu m'intrigues, là.

- Elle veut que ce soit plus subtil ? Je vais lui en donner de la subtilité !

- Nous sommes toute ouïe !

- Elle va nous reconnaître tout de suite, et elle se tient sur ses gardes. Mais je ne baisserai jamais les bras. Donc, on va faire un truc plus sérieux. Je fais faire un flyer, ou plutôt une bonne cinquantaine, pour un Speed-dating haut de gamme et j'en inonde le quartier. Marianne recherche le grand amour, nous le savons tous. J'en mettrai un en évidence dans la vitrine de son cher café adoré. Et j'organise moi-même cette soirée, en louant une salle de bar dans le coin, avec des clients triés sur le volet… Ou plutôt des comédiens professionnels. Oui, c'est nettement mieux…

- Tu sais que tu commences à faire peur.

- Je m'en moque. Soit je lui fais payer, soit je pense que je vais devenir dingue, à la voir me narguer tous les jours, et à pourrir la vie de Regina dès que possible.

- C'est bien joli tout ça, mais je ne vois pas en quoi ça résout doublement ton problème.

- Oh, je compte sur un invité de marque. J'ai une invitation très particulière à faire parvenir à une personne qui aura, là aussi, la monnaie de sa pièce. Et encore, ça ne me satisfait qu'à moitié.

- Dis donc, tu ne plaisantes pas, quand tu es fâchée !

- Personne ne touche à ma compagne, sans en subir les conséquences.

Face à cette sentence absolue, le trio se tut, comprenant qu'il s'agissait là d'un sujet extrêmement sensible pour la blonde.

- Bon, je m'occupe de tout, et vous, vous me soutenez ! Ça vous convient ?

- Je ne crois pas que l'on ait vraiment le choix.

Auguste retourna derrière son comptoir, inquiet quant à la suite des évènements. Ruby et Tiana étaient sur le départ, lorsque la brune volcanique se retourna.

- Au fait, ton entrevue avec le vice-président, ça a été ?

- Pas vraiment, mais je m'en accommode.

- D'accord, je n'insiste pas. Bonne soirée, et dépêche-toi de rentrer, tu en as visiblement besoin.

- Je vais suivre ton conseil avisé. Bonne soirée les filles.

Emma partit peu de temps après elle, laissant le barman aux commandes de son bar.

Sur le chemin du retour, à pied, Emma ne cessa de ruminer son entrevue très désagréable avec le vice-président. Elle sentit ses larmes affluer, alors que la rage battait à ses tempes. Une boule d'angoisse pure lui restait dans la gorge, et elle se sentit perdre pied. Elle secoua la tête violemment, afin de chasser ses pensées, mais rien n'y fit, et elle revit en boucle ces quelques minutes particulièrement mortifiantes. Lorsque l'homme pénétra dans son bureau, il lui sourit obséquieusement, et sortit un petit cylindre de sa poche, qu'il posa directement sur son bureau, sans rien dire. Puis il l'enclencha et une lumière verte apparue à son extrémité. Emma ne put s'empêcher de s'interroger.

- Mais qu'est-ce que c'est que ce truc ?

- Un dispositif ingénieux, afin de ne pas être écouté, ou enregistré. Un peu d'intimité, ça ne peut pas faire de mal, n'est-ce pas ?

Emma s'était instantanément tendue, persuadée que ce qui allait suivre n'allait pas lui faire plaisir.

- Madame Charming, vous prenez d'énormes libertés avec votre fonction. Dois-je vous rappeler ce qu'il s'est produit avec Madame Mills ?

- Inutile.

- Bien. Donc, mettons tout de suite les choses au clair : vous arrêtez votre petit manège. Cessez de fouiller, tel un rat, dans des affaires qui ne vous concernent en rien.

- Vous êtes mouillé jusqu'au cou dans des belles magouilles.

- Et ne vous dressez pas contre moi. Sinon, hé bien, votre frère Aladin pourrait bien être le premier à en faire les frais. Ce serait dommage que votre espion personnel se retrouve avec des problèmes aux articulations, pour commencer. Ce n'est qu'un exemple, bien entendu.

Un sourire cruel s'élargit sur ses lèvres, laissant Emma muette de stupéfaction.

- Bien, bien, bien. C'est ça le problème, quand on a une famille, madame Charming, il y a tant de monde à protéger, que l'on ne parvient jamais à le faire convenablement. Et au final, il y en a toujours un qui sert d'exemple aux autres.

- Vous êtes abject.

- Je n'ai pas mentionné vote compagne, par respect pour votre statut. Mais ne me poussez pas dans mes retranchements. Ce ne serait guère un bon calcul.

Il sifflota, tout en reprenant son dispositif anti-intrusion. Il la salua d'un signe de tête et sortit, sans plus rien dire, du bureau. La femme d'affaires avait les jambes en coton et un mal de crâne naissant, du fait de la peur qui lui empoisonnait l'esprit. Elle avait été menacée dans les règles de l'art, avec en bonus la promesse d'actes de torture sur ceux auxquels elle tenait. Elle avait failli en pleurer, tant son impuissance était criante. Aladin devait revenir immédiatement dans le giron de ses parents, afin d'obtenir la protection adéquate. Et Regina devrait redoubler de vigilance. Emma trembla pendant de longues minutes, avant de se ressaisir un minimum, pour passer ses nerfs au pub sur Marianne, avec un nouveau plan, nettement plus mesquin et vicieux.

Après une semaine d'hypervigilance, le couple était au bord de l'épuisement. Emma ne dormait presque plus, et Regina ne cessait de vérifier le verrou de la porte d'entrée. Elles se parlaient peu et Henri filait souvent à l'anglaise, tôt le matin, afin d'échapper à l'ambiance morose de l'appartement. Il flânait dans les rues et restait bien souvent seul dans le parc, à lire ou à dessiner, pour passer le temps. Il souhaitait tellement retrouver les deux femmes, telles qu'elles étaient avant toute cette angoisse, qu'il ne comprenait pas vraiment. Après sa journée de cours, plutôt que de rentrer directement au loft, il recommença son manège et s'assit sur un banc, à contempler les pigeons. Il se trouvait là depuis au moins quinze minutes, lorsqu'un homme vint l'aborder. Il ne se méfia pas plus que ça, vu la carrure de l'inconnu. Il était de petite taille, ce qui n'était pas courant, pour l'enfant. L'inconnu lui adressa alors la parole.

- Bonjour petit. Dis-moi, connaîtrais-tu une bonne boucherie dans le coin ?

- Oui, bien sûr, c'est là où travaille ma maman ! C'est à trois rues d'ici.

- Oh, ben ça alors, quelle heureuse coïncidence !

Leroy se réjouit d'être tombé sur le garçonnet, sans faire de bourdes. Il mit la main dans sa poche et en ressortit un objet. Il le tendit à l'enfant.

- Je crois connaître ta maman, ça me dit quelque chose, cette boucherie. Tiens, tu peux lui donner ça de ma part ? Je crois qu'elle la cherche. Dis-lui que c'est de Leroy, elle comprendra immédiatement.

Le nain déposa dans la main du bambin une cartouche de pistolet et partit, en faisant un dernier signe à sa victime. Henri le salua également, mais eût un frisson, lorsqu'il découvrit ce qu'il tenait. Il rappliqua aussitôt à l'appartement, sans demander son reste et attendit patiemment sa mère. Emma rentra en premier et vit tout de suite qu'Henri n'allait pas bien.

- Hey, gamin, que se passe-t-il ? Tu n'as pas l'air dans ton assiette.

Il se tortilla, ne sachant s'il devait d'abord en parler à la blonde, ou bien faire la commission directement à sa mère, qui saurait quoi faire.

- Il faut que je parle à maman. Tu sais quand elle va revenir ?

- Dans une trentaine de minutes, je pense. Henri, tu me caches un truc ?

- Non, mais je veux d'abord voir maman.

- Très bien, je ne te force pas. Tu as fait tes devoirs ?

- Non… Je veux voir maman.

- Tu m'inquiètes, gamin…

Il haussa les épaules et resta assis sur son lit, la tête baissée, buté.

Lorsque Regina passa le seuil de la porte du loft, Henri courut vers elle et l'enlaça fortement. Il se blottit contre son corps et ne bougea plus. Elle était plus que ravie du comportement de son enfant, mais vit le visage d'Emma, et comprit qu'il se passait quelque chose. Elle prit le visage de son fils entre ses mains et ils se fixèrent, droit dans les yeux.

- Henri, dis-moi ce qui ne va pas.

- Il y a un monsieur qui m'a donné un truc pour toi.

Il fouilla au fond de sa poche et en sortit la cartouche de balle. Regina blêmit, tandis qu'Emma s'agrippa à la table, afin de ne pas tomber. La mère de famille attrapa l'objet et le fixa, comme s'il était sur le point d'exploser.

- Mon dieu, Henri, qui t'as donné ça ?!

- Il était petit. Il a dit qu'il s'appelait Leroy, je crois. J'ai eu un peu peur. Il est méchant ?

- Oui, il est très méchant, mon cœur ! Si jamais tu le revois, tu hurles pour que l'on vienne te protéger, n'importe qui dans la rue ! Tu m'entends ? Il ne doit jamais t'approcher ! Si seulement je pouvais prévenir les flics… Mais je ne les vois pas m'aider, surtout si c'est en lien avec le dossier Storybrook et mon ancienne entreprise…

Elle serra son enfant contre elle, les larmes prêtes à dévaler son visage fermé. Elle ne vit pas qu'Emma était partie dans leur chambre, essayant de canaliser une crise d'angoisse monstrueuse. Regina resta avec son enfant, qui ne comprenait pas bien la situation, mais qui soupçonnait un danger potentiellement mortel, provenant de cet homme. La brune ne s'aperçut pas immédiatement que sa compagne avait disparu de la pièce, et ne s'en inquiéta réellement qu'à l'heure du dîner. Elle laissa son fils, occupé à rédiger un devoir dans le salon, et s'enquit de sa moitié. Elle trouva Emma prostrée au pied du lit, se balançant d'avant en arrière, le regard dans le vague. Elle se précipita vers elle.

- Emma ! Tout va bien, Henri est sauf, il ne l'a pas touché !

Elle n'obtint aucune réponse. Elle voulut toucher l'épaule de la femme d'affaires, mais se heurta à une terreur pure, dans les beaux yeux émeraude.

- Je suis désolée, j'aurais dû m'enquérir de ce que tu ressentais avant… Et ne pas te laisser ainsi, aussi longtemps. Emma, parle-moi, je t'en supplie…

La blonde resta dans la même position durant encore quelques minutes, avant de reprendre pied avec la réalité. Elle ne prononça pas une parole et se blottit maladroitement dans le giron de la brune. Cette dernière referma ses bras sur le corps qui tremblait légèrement. Elle sentait tout le désarroi de la femme qui cherchait un peu de protection, revivant très certainement son agression en boucle dans sa tête.

- Emma, il faut que tu te lèves, tu ne peux pas rester ainsi. Henri t'attend, il a envie de te voir et de te lire son devoir. S'il te plaît, pour nous, fais un effort, ne laisse pas Leroy gagner, encore une fois.

La femme d'affaires se décala légèrement, une certaine incompréhension dans le regard. Elle ne fit aucun commentaire et se leva doucement, suivant la brune dans le salon. Henri patientait, son cahier dans les mains, et vint vers elle pour lui faire relire sa rédaction. Elle le fit machinalement, mais le cœur n'y était pas. La soirée fut rapidement expédiée, et les deux femmes se couchèrent sans parler, conscientes que chacune se débattait avec ses propres démons.

Au milieu de la nuit, Regina fut tirée de son sommeil par des gémissements et des pleurs. Emma bougeait dans le lit, et ne semblait pas parvenir à s'extirper de son cauchemar. Elle la secoua légèrement, mais rien n'y fit. Elle la prit dans ses bras et la couvrit de baisers et de mots tendres, afin de la sortir de ses ténèbres. La manœuvre fonctionna enfin et les prunelles émeraudes s'ouvrirent, la terreur assombrissant le beau regard clair.

- Regina ?

- Oui, je suis là, tout va bien.

- Leroy n'est pas ici, n'est-ce pas ?

- Non, nous sommes en sécurité.

- Tu me le jures ?

- Emma, nous sommes au loft, tout est fermé à clé, et je suis avec toi.

- J'ai peur de cet homme.

- Moi aussi, mais je refuse qu'il prenne possession de nos vies.

- Je t'aime, tu sais.

- Moi aussi.

Emma se décala sur le côté, afin d'atteindre les lèvres charnues. Regina fut surprise de ce brusque mouvement câlin, mais elle suivit avec plaisir sa compagne. Elles avaient besoin de se retrouver et de partager un moment sensuel ensemble. Cette dernière laissa ses doigts courir dans la crinière blonde, et se colla au corps athlétique. Emma en fit de même et le baiser s'enflamma, alors que Regina basculait Emma sur le dos, afin de la surplomber. Elle lui enleva son haut de pyjama, et caressa ses seins, rendant la respiration de la femme d'affaires rauque. Elle s'attaqua alors au pantalon, qui vola plus loin. Emma voulut la dévêtir aussi, mais la brune ne lui en laissa pas l'occasion.

- J'ai envie de te faire l'amour, Emma, laisse-moi faire. J'ai besoin de prendre le contrôle…

Emma ne répondit pas, mais pouvait déjà deviner les doigts fins tenter de s'immiscer en elle. Elle écarta davantage les jambes, pour lui laisser la place où passer, mais fut surprise en sentant plusieurs doigts la pénétrer sans plus de préliminaires. Elle se tortilla, incommodée par l'intrusion un peu brutale, et trop soudaine. Elle commençait à avoir mal, mais refusa de céder à sa douleur, se concentrant sur son plaisir. Regina accéléra le rythme, ne voyant pas les difficultés de la blonde à suivre le mouvement. Emma ne put soutenir ce changement de vitesse et grimaça de douleur. Elle agrippa la main de la brune, pour la faire se calmer. Cette dernière comprit l'inverse et mit tout le poids de son corps dans la pénétration, faisant hurler Emma. Regina se retira aussitôt, aux aguets, alors que sa partenaire se recroquevillait sur elle-même.

- Emma ? Je t'ai fait mal ?

Un sanglot lui répondit. La brune alluma la lampe de chevet, et fut frappée par la façon dont Emma semblait vouloir se protéger d'elle. Puis elle vit des traces de sang sur le drap, et comprit qu'elle avait blessée la femme qu'elle aimait, dans la précipitation de son désir à faire l'amour à sa compagne.

- Oh mon dieu, Emma… Je suis désolée !

- Je… J'aurais dû t'arrêter avant… J'ai mal…

Regina resta là, les bras ballants, pleurant devant ce spectacle affligeant qu'elle avait provoqué. Emma se leva lourdement, en se tenant le ventre, et s'enferma dans la salle de bain attenante. Elle ressortit dix minutes plus tard, visiblement gênée.

- Je vais dormir sur le canapé… Je préfère être un peu seule.

Regina ne la retint pas. Elle savait qu'elle avait été brusque, et même brutale. Elle voulait oublier cette journée, son enfant menacé de mort, et elle avait trouvé un exutoire dans le sexe. À tel point qu'elle avait blessé sa partenaire dans son intimité. Elle culpabilisait, mais ne parvenait pas à aller la retrouver pour s'excuser encore. Elle était juste fatiguée, et elle désirait dormir. Elle retira le drap souillé, et s'enroula dans la couette. Elle ne dormit pas de la nuit. Emma, de son côté, peinait à s'asseoir et avait une peur bleue de se rendormir, pour retomber dans son cauchemar interminable. Une idée la taraudait, et elle résistait tant bien que mal. Mais elle sentit que sa volonté flanchait. Elle se leva, enfila son manteau et une paire de baskets, afin de se rendre dans la petite épicerie de nuit du quartier. Elle passa le seuil de la boutique, ravagée par la soif. Elle acheta deux bouteilles de whisky, et se rendit dans le petit parc près de chez elles. Elle retira le bouchon de la première bouteille, et trinqua à la santé de Regina. Elle n'avait pas pu se mettre en colère contre elle, mais elle savait que cette nuit, la brune avait voulu la dominer, la faisant passer pour un objet dédié à son bon vouloir. Et ça avait mal fini. Elle ne pourrait plus être touchée pendant des jours, et soupira de déception et d'angoisse. Tout allait de mal en pis, depuis un moment. Elle fixa la bouteille et en but presque la moitié d'une seule goulée. Elle sentit la brûlure au fond de sa gorge et l'accueillit avec joie. Elle eut un sourire triste, en se voyant sur le banc.

- On dirait que je suis devenue une poivrote à moitié dingue… Mais qu'est-ce que je fabrique ici ?

Elle voulut se lever, mais ses jambes ne la portaient plus. Elle eut une conversation silencieuse avec sa bouteille, avant de finalement hausser les épaules et la termina sans autre forme de procès. Deux heures plus tard, elle ronflait sur le banc, deux cadavres de bouteilles gisant à ses pieds.

Elle se réveilla avec les premières lueurs de l'aube, un mal de tête lancinant et une odeur désagréable d'alcool rance, qui la prit à la gorge. Elle s'ébroua et repartit vers le loft, afin de se doucher. Elle crût pouvoir rentrer sans signaler sa présence, mais elle trouva Regina assise sur le sofa, morte d'inquiétude.

- Mais où étais-tu passée ? J'ai angoissé toute la nuit !

- Moins fort…

- Henri est sous la douche, il n'entend rien.

- Pour moi…

La brune se rapprocha. Elle la renifla.

- Tu as bu.

- Oui.

- Beaucoup ?

- Deux bouteilles. De whisky.

La gifle fut retentissante. Regina se figea devant son geste. Elle avait frappé sa compagne, sa culpabilité s'étant muée en une colère froide, au fur et à mesure que les heures s'égrenaient, seule à se morfondre dans le salon. Emma hoqueta et porta la main à sa joue rougie par la claque, passablement dessoûlée.

- Tu… Comment as-tu pu faire une chose pareille ? C'est toi qui as été brutale hier soir ! Tu m'as baisé si violemment que j'ai saigné ! Mais qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez toi ?

- Et toi, tu ne trouves rien de mieux à faire que de te vautrer dans l'alcool ? Je croyais que tu avais réussi à dépasser tout ça !

Les deux femmes se regardèrent, incapable de s'excuser. La brune voulut prendre la main de la blonde, mais cette dernière se recula vivement. Des images de Killian, devenu menaçant, se superposaient avec la silhouette de sa compagne actuelle. Elle respira de plus en plus fort, et tomba au sol, l'étau de la crise d'angoisse se resserrant autour de sa poitrine.

- Emma !

Ce fut peut-être un élément salvateur primordial pour leur couple. L'inquiétude et la peur de la perdre secouèrent Regina, qui la prit dans ses bras, la berçant en psalmodiant quelques mots en boucle.

- Ne pars pas, reste avec moi. Je suis désolée. Ne pars pas… Je t'en supplie.

Elle déposa un baiser sur le front en sueur de la femme d'affaires et la protégea contre elle-même, contre le monde entier et contre son amour destructeur. Elles sanglotèrent ensemble, et ne prononcèrent plus un mot. Henri les retrouva dans cette position, et resta en retrait, pressentant leur besoin de se retrouver.

Une fois qu'Emma fut lavée et habillée, elle se rendit à la cuisine, presque gauche, et baissa le regard, lorsque sa compagne l'observa. Regina était mortifiée d'avoir levé la main sur la blonde, sachant tout ce qu'elle avait déjà traversé. Et Emma avait honte de son comportement et de son empressement à noyer ses peurs dans la boisson.

- Je vais te préparer un café, tu en as besoin.

- Merci.

La blonde se tassa dans un coin, incapable de soutenir le regard des Mills. Tout en elle hurlait qu'elle ne méritait pas cette famille, et qu'elle était une ratée, une moins que rien. Regina comprit son embarras, mais resta silencieuse. Elle n'avait plus rien à ajouter, et préférait simplement rester à distance de sa compagne si destructrice envers elle-même. La blonde murmura tout bas.

- Je suis désolée.

- Je le sais. Nous avons toutes les deux dérapé. J'espère qu'il n'y a rien d'irréversible…

- Moi non plus. Je ne t'en veux pas. Et toi, me pardonnes-tu ?

- J'essaie, Emma. Mais tu connais aussi mon aversion pour l'alcoolisme.

La blonde se figea, incrédule. Elle venait de mettre de côté sa dignité, son égo, afin de réparer leur relation

abîmée, et Regina bafouait ses sentiments, pour un seul dérapage.

- Tu veux que je fasse une cure ?

- Tu en as envie ?

- Non.

- Alors, je n'en vois pas l'intérêt.

Le silence retomba, lourd. La femme d'affaires se leva, sans avoir touché à son café, et prit son manteau, puis son sac, avant de leur souhaiter une bonne journée. Elle était déçue, aussi bien d'elle-même que de la brune. Décidément, le chemin à parcourir serait encore long, avant d'être en parfaite harmonie. Pour le moment, elle avait besoin de parler à quelqu'un, et Ruby serait bientôt à son poste. Elle décida de l'attendre, fatiguée de devoir lutter contre tout. Elle devait faire une pause, et s'ouvrir à son amie des derniers rebondissements de sa vie. Ou ce qu'il en restait.