Chapitre 29 : de mal en pis
Emma était à son bureau depuis plus d'une heure, lorsqu'elle en sortit pour boire un café. Elle s'arrêta à la machine de l'étage, sa secrétaire étant occupée ailleurs. Elle écoutait distraitement les bruits de couloirs, et comprit que les employés étaient fort mécontents de la direction prise par la direction de l'entreprise. Les opérations immobilières étaient de plus en plus opaques, et tendaient à s'enrichir au détriment de l'architecture et du patrimoine environnant. Elle s'éclipsa, ressassant ces paroles, tentant de trouver une meilleure façon de gérer cette société, qui lui tenait à coeur. Mais elle se heurtait systématiquement à un mur : le conseil d'administration. Elle soupira et fut tentée d'appeler Ruby, pour lui demander son avis, mais elle s'abstint au dernier moment. Inutile de l'impliquer dans ce nid de guêpes.
Ruby passa la soirée avec Tiana, autour d'un dîner aux chandelles. Elles s'embrassèrent en sortant du restaurant, puis Tiana partit vers son appartement, ayant un rendez-vous tôt le lendemain matin. Ruby ne se pressa pas et rentra tranquillement chez elle, en contemplant les étoiles. La brune lui faisait du bien et apportait un peu de stabilité à sa vie. Elle était beaucoup plus apaisée qu'auparavant. Elle songea à toutes ces années où elle s'était battue pour devenir quelqu'un. Elle secoua la tête. Au final, tout cela n'avait été qu'un marché de dupes. Elle ne vit pas l'ombre qui suivait ses pérégrinations dans les rues de la grande ville. Elle arriva enfin chez elle, mais n'eut pas le temps de fermer la porte de son appartement, qu'elle était violemment poussée à l'intérieur. Le nain lui fit face, un sourire sadique aux lèvres. Ruby reconnut immédiatement l'homme qui avait persécuté Emma et menacé de mort un enfant. Son sang ne fit qu'un tour, et elle se précipita sur lui, afin de lui coller une droite bien méritée. Elle ne vit qu'au dernier moment le tazer dans la main de Leroy. Le choc fut si violent qu'elle sentit ses dents claquées brutalement entre elles. Elle s'écroula, parcourue de vives douleurs, incapable de formuler un mot cohérent.
- Bien, je savais que tu étais une sanguine, mais il faut respecter ses aînés, espèce de traînée…
Ruby lui décocha un regard plein de rage et de haine, mais ne parvint néanmoins pas à bouger le petit doigt.
- Difficile de causer, après une telle décharge, hein, beauté ? Je dois simplement te rappeler à l'ordre, alors soit sage, et je ne t'amoche pas trop, d'accord ? Enfin moins que ta copine, la blonde. Elle, je ne l'ai pas loupé ! Dommage, j'aurais pu finir le travail… Mais bon, il fallait qu'elle reste en vie.
La brune parvint à grogner, marquant son dégoût et sa fureur. Il s'approcha d'elle et rigola en la voyant ainsi à sa merci.
- La louve solitaire n'est plus qu'un chiot sans crocs ni griffes ! La bonne blague ! Tu crois me faire peur ? Je vais t'apprendre les bonnes manières, Ruby ! Le patron a dit que je pouvais me défouler sur toi, pour que tu saches rester à ta place, la prochaine fois ! Alors, je ne vais pas me gêner.
Et il commença son travail.
Une demi-heure plus tard, Leroy s'essuyait les mains, satisfait de son œuvre. Il regarda le corps athlétique, baignant dans son sang. Il lui prit les cheveux et tira sa tête en arrière.
- Bien. La leçon a été entendue, je présume, hein ?
La femme ne répondit rien, énervant un peu plus le nain. Il la frappa à nouveau, afin d'obtenir une réponse.
- Oui…
- Brave fille. Je ne t'ai rien cassé, remercie-moi. Tu as simplement reçu une bonne rossée, comme un bon chien devenu désobéissant. Le patron a été clair : tu étais un déchet, et il t'a sorti de la rue, afin que tu deviennes ses yeux et son ombre, au sein de la société. Il avait besoin d'un espion qui n'hésiterait pas à cafter les vilains petits secrets des dirigeants de la boîte. Tu as parfaitement joué ton rôle avec Regina Mills, et plutôt pas mal avec Emma Charming. Mais on dirait que tu t'es entichée d'elle. Alors, maintenant, tu redeviens une bonne petite salope, et tu fais des rapports hebdomadaires au patron, sans exception, et sans faute. Tu n'auras pas de seconde chance, grognasse. Sinon, la prochaine fois que tu me vois débarquer, c'est pour m'occuper de ton joli petit lot. Comment elle s'appelle déjà ? Ah oui, Tiana ! Elle, elle n'est personne pour le patron, donc je lui ferai la totale, sous tes yeux, bien sûr. Vous voulez peut-être un enfant ? Ce sera le moment où jamais !
Il partit dans un grand éclat de rire, et se tint le ventre, tant il se trouva irrésistible. Ruby vit rouge, et parvint enfin à se relever. Elle ne réfléchit plus, et gifla le nain, qui resta abasourdi quelques instants.
- Alors ça, connasse, t'aurais jamais dû…
Il lui décocha son poing en pleine mâchoire, l'envoyant valdinguer à l'autre bout de la pièce. Il s'approcha d'elle, alors qu'elle était encore sonnée, et la bourra à nouveau de coups. Elle parvint malgré tout à se relever, et à le repousser.
- Tu fais moins le malin, maintenant que je suis plus haute que toi, hein, le nain de jardin ?! Espèce de crevure, je vais te faire la peau !
- Tu parles beaucoup pour une gonzesse. Mais je vois pas pourquoi je t'amocherai pas plus, maintenant que tu as fait ta grande dame. Et en partant d'ici, j'irai directement chez ta morue !
À ces paroles, Ruby lui envoya un coup de pied dans le ventre, qu'il détourna habilement au denier moment. Il lui prit le pied et le lui retourna brutalement. Le craquement de la cheville résonna dans tout le salon, et Ruby hurla, en s'écroulant. Leroy avait à nouveau le dessus et n'allait certainement pas s'en priver. Elle trouva la force de lui cracher au visage, dans un dernier élan de courage. Il lui sourit, lécha la salive et sortit un couteau de sa poche.
- Espèce de truie… Je vais te saigner…
La brune écarquilla les yeux d'horreur, en voyant la lame, mais ne put rien faire, tant le coup fut porté rapidement. La lame s'enfonça dans son ventre, et il l'ouvrit sur plus de quinze centimètres. Elle eut le réflexe de se tenir les boyaux, avant de cracher du sang et de se recroqueviller, transpercée par une douleur atroce. Leroy lui sourit et essuya le couteau sur le pantalon de la jeune femme.
- C'est marrant ça, on dirait qu'il s'est passé la même chose que dans l'histoire de Mère-Grand et le loup. Tu finis exactement de la même façon. Avoue que c'est plutôt coquasse ! Bon, tu m'as fatigué avec tes conneries, il va falloir que je fasse un brin de toilette et le ménage, pour effacer mes empreintes. Je te laisse là, tu as l'air bien, dans ton coin. Un long gémissement lui répondit, mais il ne s'attarda pas dessus. Il nettoya méthodiquement ses traces, et regarda le spectacle, une fois le ménage terminé.
- Voilà, c'est plus propre que lorsque je suis entré ! Bon alors, j'appelle les secours, ou…
Il ne finit pas sa phrase, ne percevant aucun son provenir du corps à terre. Il s'en approcha, mais ne trouva pas de pouls. Il vérifia, et en conclut que Ruby avait trépassé. Il observa le corps une minute, puis détourna le regard, avant de s'arrêter devant la porte d'entrée. Il se retourna, et lança une dernière phrase au cadavre.
- Je vais laisser ta chérie tranquille. Maintenant, je n'ai plus aucun intérêt à l'emmerder. Tu vois, tu as été utile, finalement. Allez, à un de des quatre, en enfer, probablement.
Il fit une révérence grotesque, avant de sortir sans bruit. Lorsqu'il fut sur le trottoir, il se promena dans les rues, en sifflotant, son travail l'ayant passablement fatigué, mais heureux d'avoir pu se défouler sur cette femme qu'il détestait tant.
Le lendemain, Ruby fut déclarée absente, mais personne n'y prêta attention, la jeune femme ayant parfois des retours de cuites peu agréables. Elle était donc simplement considérée comme souffrante. Emma était en déplacement chez un client, et rentra trop tard pour s'en préoccuper. Ce n'est que le lendemain qu'elle reçut un appel de Tiana, qui semblait inquiète.
- Salut Emma, tu as des nouvelles de Ruby ? Silence radio depuis hier, c'est plutôt rare de sa part.
- Salut Tiana. Attends, je vais vérifier à son bureau.
Emma se déplaça jusqu'au service comptabilité, et Prof lui indiqua que la brune était absente depuis la veille. La blonde fronça les sourcils et donna rendez-vous à son interlocutrice devant l'appartement de sa collègue sur la pause méridienne.
Les deux femmes se rejoignirent à l'adresse de la comptable, et gravirent les marches ensemble. Tiana sortit une clé, et l'inséra dans la serrure.
- Elle me l'a donné, pour les urgences.
- Et c'en est une, je suis témoin. Si jamais elle cuve son vin, elle va m'entendre…
Elles pénétrèrent dans la grande pièce de vie, mais il faisait sombre, les rideaux étant tirés. Emma s'en agaça et traversa la pièce, afin de les ouvrir. Elle buta contre quelque chose et râla. Puis elle baissa le regard et vit le corps de son amie, qui se dessinait sur le sol. Elle ne hurla pas. Elle ne put rien dire d'ailleurs. Tiana la rejoignit, et ce fut son cri qui sortit la blonde de sa transe. Elle vit la serveuse prendre le corps de Ruby et l'amener contre le sien, lui disant des mots doux. Emma se contenta d'ouvrir un rideau, et vit le sang qui maculait la pièce, la faisant changer de couleur. Elle sentit une boule remonter son œsophage, et partit vomir dans les toilettes, juste à temps. Elle reprit son souffle au-dessus du miroir, avant de s'apercevoir que du sang était également présent sur le lavabo de la salle de bain. Elle s'en écarta vivement, comme piquée par une guêpe. Elle revint sur ses pas, horrifiée, pour trouver les deux femmes dans la même position. Elle n'ajouta rien, et ses larmes dévalèrent alors seulement son visage. Après un moment qui lui parut une éternité, elle prit son téléphone et appela la police, qui débarqua dix minutes plus tard. Elle fut entendue, ainsi que Tiana, dans la foulée, et emmenées à l'hôpital, en état de choc. Elle en ressortie trois heures plus tard, partageant un taxi avec la brune, qui s'arrêta au bar d'Auguste. Tiana tenait à lui annoncer la nouvelle elle-même. Il était un très bon ami de Ruby, et il ne devait pas l'apprendre de la bouche d'un policier, ou pire, des journaux. Emma la laissa faire, et se tint juste derrière elle, afin de soutenir ses amis dans ce moment difficile. Il dût s'asseoir, pour encaisser la nouvelle, face aux regards tristes et compatissants des deux femmes. Tiana était si forte. Elle venait de perdre la femme dont elle était éprise, mais parvenait tout de même à réconforter le meilleur ami de cette dernière. Ils tombèrent finalement dans les bras les uns des autres. Le moment était au recueillement, et à l'entraide. Puis vinrent les questions d'Auguste, ainsi que de Tiana. Ruby avait été tuée d'une façon barbare et cruelle, et Emma avait peur de connaître l'identité du meurtrier. Cette horreur avait eu lieu juste après qu'elle se soit ouverte à la brune au sujet de la cartouche reçue par Henri. Elle avait des doutes sérieux, quant à l'implication de Leroy dans ce meurtre. Mais elle préféra taire ses craintes, afin de ne pas ajouter au calvaire de ses amis. Et peut-être aussi, pour se protéger. Car si le nain était derrière ce massacre, elle en était responsable. Elle avait menée Ruby droit dans la gueule du loup, et elle n'y avait pas survécu. Emma partit tôt, prétextant rentrer, afin de mettre au courant Regina de la mort de leur comparse. Cependant, elle prit la direction du parc, non loin de chez elle, et resta assise sur un banc pendant plus d'une heure, à ressasser ses idées noires. Plus elle réfléchissait à ce qu'il s'était produit, plus elle acquit la certitude que tout était de sa faute, et que le dossier Storybrook tenait là sa dernière victime en date. Un vent d'air frais la fit frissonner, et elle sortit du parc, triste et honteuse. Elle rentra en direction du loft, la boule au ventre.
Son cheminement l'avait finalement conduit à la supérette, plutôt que vers chez elle. Elle s'en voulait déjà, mais ne parvenait pas à calmer sa soif, qui devait être absolument étanchée. Elle était terrorisée. Elle tentait de faire taire ses peurs, mais elle ne voyait plus comment s'y prendre. Autant tout noyer, et ne plus rien ressentir, au final. Après tout, si elle devait perdre les Mills, cela leur permettrait peut-être de s'en sortir vivants. Et elle pourrait enfin mettre un point final au dossier Storybrook, quitte à y laisser sa peau. Cela lui paraissait de plus en plus comme une idée des plus alléchantes. Alors, elle acheta sciemment trois bouteilles d'alcools forts, et revint à l'appartement. Elle en vida la moitié d'une sur le chemin du retour, afin de se donner du courage, ou pour atténuer la douleur à venir. Les deux, très certainement. Regina la vit entrer, tenant ses précieuses bouteilles en mains. Son sang ne fit qu'un tour, et elle envoya Henri dans leur chambre, afin d'avoir une conversation houleuse avec la blonde.
- Emma, qu'est-ce que tu fabriques ?! Tu as bu, avant de venir, en plus ? Tu es inconsciente ! Rentrer ainsi, alors que mon fils est ici. Mais qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez toi ?!
- Rien… Je… J'ai une mauvaise nouvelle…
- Et tu noies ton chagrin dans l'alcool ? Elle est un peu facile, celle-là ! Merde, je pensais que tu avais compris que cela me répugnait !
- Oui, je le sais parfaitement bien.
- Alors pourquoi ?
- Ruby est morte.
- Pardon ?
- Ruby. Est. Morte. Éventrée, battue, baignant dans son propre sang, les boyaux sur son tapis ! Tu veux un dessin ?!
- Mais enfin, c'est impossible. Comment peux-tu dire une chose pareille ? Ça ne va pas, de dire des horreurs, afin de pouvoir avoir une raison de boire ! Tu en es rendue là ? Dire des conneries pour boire tout ton soûl?
- Je ne dis pas de bêtises… Comment peux-tu affirmer une chose comme celle-ci ? Je sais que je suis tombée bien bas, mais pas à ce point-là. Enfin, je ne crois pas encore.
- Ruby a été tuée ?!
- Oui, c'est ce que je viens de te dire. Tu m'écoutes ?
- Ne retourne pas la situation ! Tu ne pouvais pas rentrer, afin qu'on en parle, tout simplement ?
- Je pense que c'est Leroy qui a fait ça, et que c'est de ma faute.
- Quoi ?
Lorsque le nom du nain fut prononcé, la brune perdit toute couleur sur son beau visage. Elle observa sa compagne, incrédule, et balbutia quelques sons incompréhensibles. Emma, voyant ses difficultés à reprendre pied, entama de plus amples explications. Une fois qu'elle eût terminée, la femme d'affaires garda le silence, laissant le temps à la mère de famille d'appréhender les choses.
- Elle serait morte, parce qu'elle aurait tenté un truc, après avoir appris pour Henri ? Mais pourquoi ?
- Nous étions amies… Et elle avait l'air si révoltée.
- Emma, c'est grave. Tu l'as dit à la police ?
- Non.
- Mais enfin, il va continuer à tuer ! Nous sommes peut-être les prochains sur sa liste !
- Alors, partez. Vous serez en sécurité, et je vais continuer mon enquête, jusqu'à ce que toute la vérité éclate au grand jour.
Regina resta bouche-bée. Elle refusait de comprendre le sous-entendu. Des larmes roulèrent sans bruit sur ses joues. Et enfin, l'électro-choc arriva.
- Je te l'interdis. Tu n'as pas à décider toute seule de notre avenir. Et surtout, je t'interdis de te sacrifier. Tu m'entends ?! Je t'aime, Emma ! Je sais que je ne te le dis pas assez, et que ces derniers temps, je ne te le montre pas non plus. Mais j'ai peur de te blesser à nouveau. Je m'en veux tellement de t'avoir fait mal, en te faisant l'amour. Et je ne cesse de faire des erreurs, avec toi ! Pourtant, je sais que pour rien au monde, je ne veux te perdre. Alors ton idée à la noix de coco, tu l'oublies, et fissa ! C'est clair ?
- Euh… Oui… Mais enfin, je ne veux pas qu'ils vous arrivent quelque chose… J'ai déjà perdu Ruby, je ne peux plus risquer la vie des personnes que j'aime !
- Alors, il va falloir nous montrer plus fin que les autres. Par contre, tu dois me donner ces bouteilles.
Emma, malgré elle, eut un mouvement de recul. Regina la fixa, patientant devant le geste blessant de sa compagne.
- Je… J'en ai besoin, aujourd'hui. Juste un peu, encore, s'il te plaît…
- Non, tu dois garder les idées claires. Tu ne peux pas avancer avec l'alcool qui te mine.
- Mais ça me permet d'oublier et de faire taire mes démons.
- De quels démons parles-tu, Emma ?
La femme d'affaires se mordit la lèvre, se murant dans un silence gêné. Puis elle commença à rougir, se souvenant visiblement d'un moment honteux.
- Je ne sais pas si tu te souviens, mais je t'ai dit un jour que j'avais connu pire que le fait d'être battue par Leroy…
- Oui, mais tu t'étais arrêtée là.
- L'alcoolisme dont je souffre n'est pas exclusivement dû au fait que je n'ai pas réussi à avoir un enfant, ou que j'ai été trompée et rejetée.
- Emma, de quoi parles-tu exactement ?
- Je… Je ne sais pas si je dois te raconter ça… Tu risquerais d'être dégoûtée…
- Jamais, je te le jure. Mais si ça te tourmente à ce point, libère-toi. Je ne te jugerai pas.
- J'essaie d'oublier la période où j'ai vécu en Écosse. Ça m'a permis de mettre de la distance entre Killian et moi, et de me reconstruire, mais ça m'a détruite également. Je me sentais si seule, il m'avait abandonné, et je ne pouvais pas compter sur quelqu'un, pour m'aider à sortir la tête de l'eau. Je n'avais pas d'amis. Alors, quand je suis sortie au pub du coin, des hommes m'ont tourné autour, et ça m'a fait du bien, de me sentir à nouveau désirée, et regardée comme une femme attirante.
- J'ai peur d'entendre la suite…
- Pardon, je n'aurais pas dû… Je vais partir, tu seras tranquille…
- Non ! Je t'écoute, excuse-moi de t'avoir interrompue.
La blonde fit un effort pour continuer son laïus, et tenter de faire comprendre son passé à son actuelle compagne.
- Au bout de quelques temps, j'ai cédé aux avances d'un des gars du village. C'était génial, je me sentais renaître. Mais j'ai vite compris qu'il ne s'agissait que de sexe, et rien de plus. Alors je suis retournée au pub, et j'ai enchaîné les hommes du village, sans pouvoir m'arrêter. Je me détestais, et donc je buvais de plus en plus. Je ne pensais plus à Killian, certes, mais je crois pouvoir dire que je ne pensais plus du tout. Ma réputation de fille facile a rapidement fait le tour des environs, et je me noyais littéralement dans l'alcool et le sexe. Alors, parfois, ça me donne envie de boire, lorsque tu me traites comme un jouet, et que tu me fais penser qu'il n'y a pas réellement de sentiments entre nous.
- Oh, Emma… Je ne t'ai jamais utilisé, comme tous ces hommes. Mes sentiments pour toi sont bien réels, et je défie quiconque d'affirmer le contraire.
- Je me sens si sale, depuis. Le moindre doute prend d'énormes proportions, et je ne parviens plus à faire la part des choses. Je ne me supporte plus. J'essaie d'être forte, pour toi et Henri, mais ça ne fonctionne pas. Je suis désolée d'être une loque.
- Ils ont détruit toute trace d'estime de soi, en toi. Ils ont été affligeants. Ils auraient dû comprendre que tu étais fragile, et ne pas profiter de la situation. C'est trop facile, de laisser croire à une femme qu'elle n'est rien d'autre d'un coup agréable, puis de la jeter, lorsqu'on est satisfait…
- J'ai laissé faire… Je suis tout aussi fautive qu'eux.
- Non, ne crois pas ça. Mais je comprends mieux la raison de ton refuge systématique dans l'alcool. Emma, ce soir, je veux prendre soin de toi. Pas sexuellement, mais j'aimerais te montrer que tu peux compter sur moi. Tu as été un pilier lorsque mon fils et moi en avons eu le plus besoin. Laisse-moi devenir le tien.
- Merci. De ne pas me chasser, ou de me montrer que je vaux quelque chose. Tu mériterais bien mieux que moi…
- Tu es tellement plus brisée que ce que je croyais, Emma. Mais ça n'empêche pas mes sentiments pour toi. Crois-moi. Henri t'adore aussi, tu es comme une seconde mère pour lui. Et je promets de ne plus jamais t'utiliser, comme je l'ai fait, pour passer ma frustration. Je crois que nous avons besoin de nous retrouver, Emma, pas de se faire la guerre.
- Tu as sans doute raison.
La soirée fut douce, la brune calmant les doutes et les terreurs de la blonde. Elle comprit qu'elle-même avait tout à prouver à sa compagne. Elles avaient encore bien du chemin à parcourir, mais la discussion avait fait des miracles.
L'enterrement de Ruby eut lieu une semaine plus tard, et de nombreux amis de la brune volcanique firent le déplacement. Le couple rendit un dernier hommage à la jeune femme, et les discours d'Auguste, puis de Tiana furent déchirants, mais ils parvinrent malgré tout à faire rire l'assemblée, avec des anecdotes croustillantes sur la défunte. Finalement, l'enterrement était à son image, tantôt sérieux, tantôt plus léger, et parfois, franchement drôle. Le couple resta un moment avec le barman et la compagne de Ruby, avant de rentrer chez elles. Emma avait mauvaise mine. Elle se tuait à la tâche, et mangeait de moins en moins. L'ambiance, au travail, lui pesait énormément. Elle n'avait plus de soupape de sécurité, et s'épuisait, aussi bien physiquement, que moralement. Regina ne pouvait tolérer plus longtemps cet état de fait, et préféra prendre les devants, avant qu'Emma ne finisse par être à ramasser à la petite cuillère. Elle parla avec son fils d'une idée qui avait germé dans son esprit, et entreprit de la mettre à exécution.
Lorsque la blonde rentra un soir, quelques jours plus tard, elle fut accueillie par le bambin, qui affichait un large sourire.
- Bonsoir, Emma. Je peux prendre ton manteau ?
- Euh, oui, merci Henri.
Elle se dirigea vers le salon, où Regina avait dressé la table, pour un dîner intimiste. Henri fila dans la chambre, acolyte efficace de cette mise en scène.
- Bonsoir Emma. Je t'ai préparé un repas aux chandelles.
- Merci ! Je suis crevée, je pensais me coucher tôt.
- Henri a déjà mangé, et nous laisse la pièce pour la soirée. Assois-toi, je t'en prie.
La blonde ne se fit pas prier, et dévisagea Regina, heureuse de ces attentions. Ce genre de moments à deux étaient devenus rares, et elle avait presque oublié que c'était une chose banale pour un couple. Une fois les assiettes pleines, la brune prit la main de sa compagne, et se lança.
- Emma, je vois bien que tu ne vas pas beaucoup mieux, depuis la mort de Ruby. Alors, j'aimerais te redonner le sourire.
Elle glissa une brochure à côté de l'assiette de la femme d'affaires. Cette dernière la prit et la lut. Elle écarquilla les yeux, et observa la brune, incertaine.
- Tu veux qu'on aille faire un week-end dans un ranch ?
- Oui. Ça va nous changer les idées à tous les trois.
- Euh, merci. Mais tu es certaine ? Partir en ce moment pourrait s'avérer dangereux.
- Il ne se passe plus rien depuis un moment. Je crois que nous en avons besoin, aussi bien l'une que l'autre. Qu'en penses-tu ?
- Tu n'as pas tort. Un ranch, donc ?
- Oui. Un ranch, où on peut faire de longues balades, avec un restaurant, des chambres confortables, et il y a même une piscine.
- Tout cela m'a l'air paradisiaque. Je crois que ça nous ferait du bien, en effet.
Elles se sourirent et partagèrent un repas, en toute intimité, comme au début de leur relation. Cette parenthèse apaisante leur faisait un bien fou. Elles profitaient enfin de la présence de l'autre, sans heurts. L'ambiance s'était beaucoup allégée à la maison, et le gamin semblait enfin heureux sous leur toit. Il ne restait plus à attendre dehors, des heures, avant de rentrer. Une douce quiétude embaumait l'air.
Alors que se profilait le week-end prolongé pour la petite famille, Henri, avec l'aide d'Aladin, prépara à son tour une surprise au couple. Il savait qu'elles avaient besoin de se retrouver seules, en tête-à-tête. Aussi décida-t-il de les laisser tranquilles, afin qu'elles puissent être pleinement ensemble. Aladin, qui était hébergé par les Charming, avait proposé au gamin de venir avec eux, afin de profiter de la luxueuse demeure, et de la sécurité mise en place, depuis les menaces à son encontre. Ainsi, Henri était certain d'être en sécurité, et avec des personnes qui avaient envie de le connaître et de le voir. Il se réjouissait de passer du temps avec Aladin, qui faisait office de figure paternelle, ou, à tout le moins, de grand frère. Le bambin écrivit une lettre aux deux femmes, avec quelques mots d'Aladin, et la déposa sur la table, lors du dîner, un soir. Elles la regardèrent sans comprendre, et l'interrogèrent du regard. Il se contenta de hausser les épaules et de s'asseoir, un large sourire aux lèvres. Regina prit la lettre et la décacheta, puis écarquilla les yeux, avant de la passer à sa compagne.
- Henri, mais, tu ne veux pas venir avec nous ?
- Si, mais je pense que vous avez besoin d'être ensemble, rien que toutes les deux. Et puis, avec Aladin, on a prévu plein de choses !
- Tu es sûr et certain de ton choix ?
- Oui, maman. Je vous laisse vous faire des bisous, et moi, je joue avec mon ami !
- Je vois que nous sommes reléguées loin derrière le voleur…
- Il est cool !
- Et pas nous ?
- Euh…
Elles partirent dans un grand éclat de rire, devant l'embarras du gamin.
- Merci beaucoup, mon chéri, mais nous t'aimons, tu le sais, n'est-ce pas ?
- Ouais, ouais, pas de souci.
Emma lui ébouriffa les cheveux, et le fit râler. Le repas et la discussion tournèrent autour de cette nouvelle perspective, afin de se détendre enfin un peu, suite à tous ces évènements traumatisants.
