Chapitre 33 : intolérable attente

Pendant toute la matinée, les recherches pour retrouver Belle s'étaient révélées infructueuses. Aladin tenait le couple au courant, mais l'abattement se faisait sentir, tant du côté des Charming, que de Regina et Emma. Ces dernières avaient réfléchi à la meilleure façon de faire tomber le conseil d'administration, mais se heurtait toujours à un mur. En effet, comment faire sortir le loup du bois ? Et progressivement, une certitude prit place dans leurs esprits, elles ne parviendraient à rien, sans tout d'abord s'approcher de Killian Jones. Cette idée donnait de véritables sueurs froides à Emma, qui ne savait plus sur quel pied danser. Elle fuyait le regard de sa compagne, et son pied gauche ne cessait de sauter sur place, signe de sa nervosité galopante. Les scenarii les plus dingues tournaient dans son cerveau, qui allait bientôt finir par imploser. Regina souffla, de dépit, comprenant que les bienfaits du week-end au ranch étaient en train de partir en fumée. Elle s'approcha de la blonde, et posa délicatement sa main sur son épaule.

- On devrait peut-être voir tes parents, malgré tout. Et puis, Henri sera content de nous retrouver… On pourra aider.

- Je ne vois pas de quelle manière nous pourrions être d'une utilité quelconque. J'ai peur, Regina. Je me dis que Belle va subir le même sort que Ruby, et mourir seule, dans d'atroces souffrances, au coin d'une ruelle déserte et sordide.

- Emma, ne dis pas ça, ça porte malheur…

- Que puis-je dire d'autre ?

Devant la mine renfrognée de la femme d'affaires, la brune se leva promptement, et attrapa son sac à main.

- Je dois faire des courses. Tu m'accompagnes ? Je me sentirais plus en sécurité.

- Des courses ? Tu es sérieuse ?

- Il faut bien manger !

- Je n'ai pas très faim…

- C'est pour la faim à venir.

- C'est un dicton ?

- Emma, s'il te plaît, ne m'oblige pas à te supplier.

- Très bien, j'arrive. Mais je trouve ça déplacé et grotesque.

- Peu importe. Il faut que nous bougions, afin de penser à autre chose. Nous finirions folles à lier, si nous restions ici à nous morfondre.

Elles sortirent, la boule au ventre, faire quelques emplettes à la supérette du quartier, mais le cœur n'y était pas.

Chez les Charming, la tension était à son comble. Mary-Margareth voulait appeler la police, mais la disparition était encore trop récente pour être prise au sérieux. Son mari coordonnait les hommes, qui cherchaient Belle dans tous les coins de la ville, sans succès. Après une journée complète de recherches infructueuses, il appela sa fille, afin de lui avouer que toutes ses tentatives avaient échoué. Il était énervé, contre sa propre impuissance, ce qui ne lui arrivait quasiment jamais. Son poing heurta son bureau, et il grinça des dents. Son dernier homme de main était revenu bredouille. Il fallait se rendre à l'évidence, Belle avait été kidnappée par cette bande de lâches. Il revint dans le salon, où l'attendait sa femme, en compagnie d'Aladin, le visage sombre, et Henri, qui jouait avec son jeu de construction. Cette image de bonheur ordinaire lui tira un sourire, mais il dut rapidement revenir à la réalité. Il secoua la tête, en signe de négation, en direction des adultes, quant aux recherches pour retrouver Belle. Il prit sa femme dans ses bras, et déposa un baiser sur le haut de son crâne.

- Je crois que nous avons épuisé toutes nos possibilités. Demain, j'irai voir la police, et je leur expliquerai la situation. Nous avons des amis au sein du bureau du procureur. Ils m'écouteront.

- Mais ça ne la fera pas revenir, tu le sais très bien.

- Impossible de savoir où elle se trouve. Elle a disparu des radars. J'enrage.

- Reste calme, je t'en prie. J'espère qu'elle va bien.

- Comment peux-tu croire qu'elle soit encore vivante ? Tu sais ce qui est arrivé à l'amie et collègue d'Emma. Je ne me fais guère d'illusions.

- Je veux rester positive. Si une demande de rançon est proposée, nous pouvons payer. Il y a encore de l'espoir.

- Ces hommes ont déjà de l'argent, ce n'est pas cela qui les motive. Mais plutôt faire disparaître les preuves et les personnes, afin de ne pas être inquiétés.

- Mon dieu… Faites qu'il ne lui arrive rien de fâcheux.

David serra un peu plus fort son épouse, et lança un regard désolé à Aladin, qui baissa la tête. Henri, dans son coin, n'avait pas perdu une miette de la conversation et avait peur pour Belle, qui s'était montrée si gentille avec lui, et lui avait fait découvrir plein de livres. Il ravala ses larmes, en silence. Il avait envie d'être dans les bras de sa mère, mais pressentait que ce ne serait pas pour tout de suite. Il manipula distraitement ses cubes de construction, attendant la suite des évènements avec une certaine fébrilité.

Alors que chacun peinait à aller se coucher, de peur qu'un malheur ne survienne durant leur sommeil, qui serait forcément agité, toute la famille resta assez tard à veiller. Même Henri était toujours dans le salon, un livre à la main, préférant la compagnie des adultes, même s'ils étaient dans un état d'inquiétude avancé, plutôt que la solitude des quatre murs de sa chambre, dans la maison des Charming. Le couple de femmes avait pris des nouvelles une demi-heure auparavant, mais sans grand espoir, quant à l'avenir de la bibliothécaire. Aussi, lorsque Belle passa le seuil de la porte, tous firent des yeux ronds comme des soucoupes. Mary-Margareth se leva d'un bond du canapé, profondément choquée.

- Belle ?! Mais enfin… Comment est-ce possible ?!

- Euh… Je… Pardon, si je vous ai donné du souci.

- Du souci ?! Mais nous étions tous morts d'inquiétude ! On pensait que vous aviez été kidnappée, voire pire ! Mais où diable étiez-vous donc ?!

- Je… Je m'étais réfugiée à la bibliothèque centrale, puis, voyant que je ne parvenais pas à m'éclaircir les idées, je suis allée au musée des beaux-arts. Je crois que je suis restée devant le même tableau durant plus de trois heures… J'ai réfléchi à tout ça. Et je crois que j'ai compris ce qu'il fallait que je fasse.

- Mais de quoi parlez-vous ?

- L'histoire ne fait que commencer, et je veux aider votre fille et sa compagne. Elles méritent tellement mieux que ce merdier sans nom.

- Donc, vous êtes allez au musée et à la médiathèque, afin de faire le vide et réfléchir. Vous ne pouviez pas nous prévenir ? Merde ! On s'est fait un sang d'encre ! Vous êtes complètement irresponsable, ma parole ! David avait littéralement explosé en vol, après avoir passé la journée à la chercher pour rien. Il avait mobilisé beaucoup de monde, alors que Belle n'était nullement en danger, simplement en pleine introspection.

- Je ne savais pas, je n'y ai pas réfléchi… Je m'excuse, vraiment… Je suis idiote, mais j'ai tellement l'habitude de tout faire par moi-même, sans que personne n'a quoi que ce soit à y redire.

- Vous êtes sous notre protection. Il ne s'agit pas de partir en goguette, alors que la menace est plus présente que jamais ! Pensez aux autres !

- Je ne recommencerai pas une telle erreur. Veuillez m'excuser.

Belle commençait à se raidir, face à David. Certes, elle n'avait pas fait attention à sa propre sécurité, ou à l'inquiétude des personnes qui la protégeaient. Mais elle ne pouvait pas non plus se faire réprimander telle une enfant. Elle soupira, et se rendit à la cuisine, afin de se préparer une boisson chaude. Aladin l'y accompagna, de peur de la voir s'évanouir à nouveau dans la nature.

- Tu sais, ce n'est pas méchant. Tu leur as fichu une sacrée frousse, rien de plus.

- Je le sais, et je ne leur en veux suffisamment. Je monte me coucher, je suis fatiguée.

- Très bien. Je leur transmets le message. Tout le monde est épuisé, je pense que nous allons suivre le même chemin que toi.

La maisonnée partit se coucher, une partie des habitants en colère, face au comportement de Belle, tandis que d'autres se posaient beaucoup de questions. Néanmoins, personne ne pensa à appeler le couple, afin de le rassurer quant à l'état de santé de Belle.

Ainsi, au loft, Emma se rongeait les ongles, alors que Regina tentait de lui faire boire un peu de soupe chaude. La blonde refusait d'avaler quoi que ce soit, se sentant coupable pour le sort, qu'elle imaginait tragique, de Belle. Regina la força quasiment à avaler quelques cuillerées de breuvage, avant de la voir se mettre debout et de faire les cents pas. Elle lui donna le tournis, et la mère de famille, à bout de nerfs, voulut se mettre en travers de sa route.

- Emma, stop ! Je suis harassée, j'ai les nerfs à fleur de peau, et tu ne m'aides pas. Il faut que tu te calmes.

- Pardon, je ne voulais pas t'embêter. Je ronge mon frein. Je voudrais débouler dans le bureau du vice-président et le bourrer de coups. Et peut-être le pendre haut et court. Ça me paraît être un plan constructif.

- Emma… Cesse de dire des bêtises. Tu finirais en prison, et je me retrouverai seule, à nouveau, avec mon fils. Par pitié, tu as une famille, maintenant. Alors, je t'en conjure, ne fais rien que tu ne regrettes par la suite. Je tiens à toi.

- Je suis en dessous de tout… Va te coucher, tu en as besoin, c'est à peine si tu tiens debout. Je vais te rejoindre.

- Ne tarde pas, j'ai besoin de tes bras autour de moi.

- Promis.

La brune partit se mettre au lit, fort abattue. Emma continua de marcher sans but, à travers le loft. La peur qu'elle ressentait avait fait remonter à la surface bien des mauvais souvenirs, notamment son passage à tabac par le nain. Sa soif grimpa d'un coup sec, à mesure que son anxiété l'étreignit. Elle ne parvenait plus à faire face à son addiction, et seule Regina lui avait permis de ne pas couler. Elle ne voulait plus rien ressentir, et savait que l'alcool lui permettait de parvenir à cet état d'engourdissement salutaire à son esprit. Elle se fit violence et partit se coucher près de sa compagne, tremblant légèrement, tant son envie était puissante. Regina s'en aperçut et en conçut du dépit, mais fit comme si de rien n'était. Elle était trop triste pour y faire face.

En plein milieu de la nuit, Regina se retourna et trouva la place d'Emma vide et glaciale. Elle paniqua, se remémorant la fugue d'Emma, avant d'entendre du bruit provenant du salon. Elle se leva du lit, à contrecœur, et trouva sa compagne en train de fixer un verre vide. Le sang de Regina ne fit qu'un tour, croyant qu'elle était parvenue à trouver une bouteille d'alcool, mais la réalité était toute autre. La blonde mettait son courage à l'épreuve, en essayant de repousser la tentation. La brune sentit ses larmes dévaler ses joues, face à la détresse de la femme en face d'elle. Elle s'avança dans la pièce, en murmurant.

- Emma, non… Ne fais pas ça.

- Regina ? J'essaie de tenir bon, mais ça ravive tellement de souvenirs. Et ce ne sont pas les plus heureux de ma vie, loin de là. Je ne vais pas y arriver. J'ai essayé de boire ce verre vide, bordel ! Mais qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez moi ?

La mère de famille sentit la colère l'envahir, et l'injustice de la situation lui sauta aux yeux. Aussi décida-t-elle d'une chose, qui pouvait s'avérer à double tranchant.

- Lève-toi, Emma. On part.

La femme d'affaires releva brutalement la tête.

- Quoi ? Mais enfin, il est une heure du matin !

- Oui, je suis au courant.

- Mais enfin, ça n'a pas de sens.

- Crois-moi, je sais ce que je fais. Dépêche-toi.

Emma obéit, abasourdie par la demande, et trop confuse pour protester. Dix minutes plus tard, Regina l'entraînait dans les rues du quartier, avant de s'arrêter face à la devanture d'un bar. Emma la regarda avec des yeux surpris, et ânonna sa pensée.

- Dis-moi que c'est une plaisanterie…

- Absolument pas. Si tu as si soif que cela, je t'accompagne. Tu veux te saouler ? Nous le ferons ensemble. Je ne te laisserais pas t'autodétruire davantage. Ou alors, tu m'entraîneras dans ta chute.

- Mais, c'est immonde, ce que tu m'assènes. Je ne veux pas que tu en pâtisses.

- Il fallait y penser avant. Rentre.

- Non, je refuse.

- Hé bien, reste là. Moi, j'ai clairement besoin d'un verre, avec tout ce qui nous arrive.

Emma resta plantée là, indécise. Sa soif ne l'avait nullement quittée, et malgré son courage, elle se laissa guidée par l'ambiance tamisée et la chaleur du lieu. Elle ne pouvait pas résister, pas ce soir, avec l'invitation forcée de sa compagne.

À l'intérieur, la brune était attablée dans un coin, et une demi-douzaine de clients était encore présent. Elle la rejoignit, les yeux baissés, honteuse de son comportement, et surtout de son manque de volonté. Le serveur vint à leur encontre, et demanda ce qu'elles désiraient boire. Regina répondit en premier.

- Un gin tonic. Merci.

- Et vous, madame ?

- Euh… Hé bien… Un whisky ?

- Tout de suite, madame.

Le serveur repartit rapidement, laissant Emma dans l'expectative. Elle se retourna vers Regina.

- Pourquoi ?

- Pourquoi quoi ?

- Pourquoi faire une chose pareille ? Avec mon addiction, c'est dangereux.

- Je sais. Mais profite de ton verre. J'aurais une proposition à te faire après cela.

Emma fronça des sourcils, pressentant le piège qui se refermait déjà sur elle. Elle savait combien sa moitié pouvait être persuasive et sans pitié, lorsqu'elle pensait que son entourage était en danger. Et Emma mettait toute sa nouvelle famille en danger, en étant incapable de résorber sa soif par elle-même. Leur commande fut servie, et la brune attrapa son verre, puis but une longue gorgée, se délectant de l'alcool qui lui brûlait la langue. Elle le reposa, soupira de contentement, et arqua un sourcil en observant le verre encore plein de sa compagne.

- Tu ne bois pas ? Tu n'as plus soif, finalement ?

- Si, mais je ne comprends pas ce revirement…

- Et ça te fait peur ?

- Oui.

- Tu as raison, tu devrais donc en profiter, tant que tu le peux.

Le silence qui s'ensuivit glaça le sang de la blonde, qui prit machinalement son verre et en vida la moitié sans broncher. Elle le reposa, tout en fixant la brune, tentant maladroitement de deviner son prochain coup. Elle tremblait, mais ce n'était plus sa soif qui la contrôlait, mais bien la peur et l'anticipation de la chausse-trappe née dans l'esprit de Regina. Cette dernière observait la salle du bar, sans s'émouvoir le moins du monde des atermoiements de la blonde. Elle termina sa boisson, laissant un petit gémissement passé, alors qu'elle posait le verre définitivement sur la table. Emma l'imita, sans s'en rendre compte, et se racla la gorge.

- Peux-tu me dire si tu en as fini avec cette mascarade ?

- Ce n'est pas une mascarade, ni une mise en scène, Emma. J'ai besoin de toi, mais pas de ton addiction en ce moment. L'instant est trop crucial pour se permettre de perdre tout ce que nous avons, nos espoirs et notre famille, pour ton amour de la bouteille. Viens, lève-toi, je dois te montrer quelque chose.

La femme d'affaires ne répondit rien, se sentant à la fois fautive et humiliée. Elle suivit docilement la mère de famille, et l'air froid de la nuit lui mordit le visage. Elle prit néanmoins la main de la brune, afin de se donner du courage.

Elles marchèrent d'un bon pas durant plus de quarante minutes, avant de s'arrêter devant un grand édifice. Le cœur d'Emma manqua plusieurs battements, en lisant le panneau sur le devant de la porte. Elle voulut partir, mais Regina la retint d'une main ferme.

- C'est à toi de choisir, Emma. Soit tu entres là-dedans, mais sans filet, et tu risques de perdre beaucoup de choses. Ton boulot, ton statut, et… Moi. Car ça signifie que tu ne parviens pas à rester assez forte pour ta famille. Soit tu repars avec moi, je ne veux plus te voir toucher une goutte d'alcool, sinon, je jure par tous les dieux de l'enfer, que je te ramène ici par la peau des fesses ! Nous n'avons palus le temps d'attendre que tu sois guérie. Alors prends tes responsabilités !

Emma resta pétrifiée, face à cet ultimatum si cruel, mais si honnête, vis-à-vis de leur situation. Emma pensa à Belle, qui était introuvable, probablement en danger, ne sachant pas qu'elle était simplement revenue chez les Charming. Et la preuve sur la clé USB était mince, et ne ferait pas le poids, pour contrecarrer le conseil d'administration et le vice-président. Elle ouvrit la bouche, mais aucun son ne sortit. Elle déglutit, relisant la plaque sur la porte du bâtiment : centre de désintoxication. Soit son addiction devenait publique, en se rendant dans le centre de soins, soit elle parvenait à passer outre son envie irrépressible, afin de mettre à terre ses ennemis. Ne pas avoir la force de faire face à son addiction, autrement qu'en étant enfermée au moins un mois, donnerait du grain à moudre à ses détracteurs, et elle passerait pour une écervelée vengeresse auprès du système judiciaire. Elle perdrait tout crédit. Elle soupira, mais savait quoi faire. Elle prit le visage de sa compagne en coupe et lui répondit, droit dans les yeux, sans faillir.

- Je ne me ferai pas hospitaliser. J'ai trop de choses à faire. Je peux faire face, avec toi, à l'alcool. Ce soir, j'ai bu uniquement parce que j'avais peur de toi. Peur de te voir me quitter. Mais puisque tu me redonnes ta confiance, je ne peux plus te décevoir. Nous allons nous battre, et ils n'auront pas la moindre miette à se mettre sous la dent.

- Bonne réponse, miss Swan. J'espère que tu sais ce qui t'attend, si tu ne tiens pas ta promesse. C'est mon dernier avertissement. La grande bataille se profile, nous devons rester fortes dans la tourmente.

- Et nous le serons.

- Parfait. Retournons nous coucher, j'ai froid et je tombe de fatigue. Ce n'est plus de mon âge, ce genre de choses.

- Te coucher tard, ou menacer les gens ?

- Je crois que tu connais la réponse. Sinon, j'aurais beaucoup plus de rides !

Et Regina partit d'un grand rire, quelque peu machiavélique.

- Tu ne cesseras jamais de m'étonner… Mais c'est pour ça que je t'aime.

Elles repartirent au loft, leur confiance en l'autre renouvelée. Belle ne pouvait pas mourir. Elles allaient se battre, pour toutes les victimes de ces criminels.

En rentrant, Regina et Emma virent que leurs téléphones clignotaient. Un texto leur était destiné : Belle est rentrée saine et sauve. Aladin. Elles se regardèrent, les yeux ronds. Regina s'exclama de surprise, faisant sursauter Emma.

- Je ne m'y attendais pas. Je la croyais perdue corps et bien.

- Heureusement qu'il a pensé à nous prévenir. Tu as vu, c'était il y a quinze minutes…

- Allons dormir, nous avons l'esprit tranquille. Nous appellerons demain tes parents et ton frère.

- Oui, bonne idée.

Elles ne se firent pas prier, et s'écroulèrent dans le lit, ayant juste le temps de se dévêtir. Un sommeil de plomb s'empara d'elles, et elles ne se réveillèrent que tard dans la matinée.

Les Charming leur téléphonèrent peu avant midi, alors qu'elles émergeaient à peine et qu'elles prenaient un café nécessaire à l'éclaircissement de leurs idées. La conversation fut rapide, tant les parents d'Emma étaient sur la défensive. Belle leur promit de les rappeler un peu plus tard dans la journée. Ce qu'elle fit en milieu d'après-midi, alors que les deux femmes sommeillaient légèrement, dans les bras l'une de l'autre, sur le canapé. Le téléphone de la blonde retentit.

- Bonjour Emma. C'est Belle.

- Bonjour, la fille de l'air. Alors, que s'est-il passé ? Tu es revenue, disait le message d'Aladin, tu es donc partie de ton plein gré ?

- Oui, j'étouffais, je sentais que toute cette histoire était en train de bouleverser ma vie, et que je ne la retrouverai probablement pas de sitôt, vu ce que j'avais fait, en leur plantant un couteau dans le dos.

- Et tu as filé sans rien dire ?

- Je sais, ce n'était pas très intelligent, et je le regrette, mais ça m'a permis de faire le vide dans mon esprit. Et surtout d'y voir plus clair.

- J'espère que ça t'a été profitable…

- Je crois que oui. J'ai passé une bonne partie de la journée à m'apitoyer sur mon sort, puis j'ai retroussé mes manches. Et je crois que j'ai un début de plan, afin de les faire tomber.

- Un début de plan ? Tu nous intéresses vivement.

- Il faudra tout d'abord s'attaquer au maillon faible de la petite bande.

- Killian.

- Exactement, Emma. Et pour cela, il ne faut pas qu'il soit ici, en sécurité, mais…

- J'imagine la réponse : à Storybrook.

- En effet. Il faut le mettre devant le fait accompli. Je ne suis pas parvenue à faire davantage aboutir mon plan.

- Merci, Belle. Nous allons prendre le relais, et nous te recontactons.

- Très bien. D'ici là, je vais rester sage, chez tes parents. À bientôt.

- Merci en tout cas, et prend soin de toi.

Elles raccrochèrent, et Emma se pencha sur Regina.

- Nous devons obliger Killian à venir à Storybrook et le confronter à ses mensonges. On pourrait l'enregistrer ?

- Prête à repartir là où tout a commencé ?

- Auprès de toi, toujours.

Elles échangèrent un tendre baiser. Henri ne tarderait pas à revenir le lendemain, aussi en profitèrent-elles pour se câliner et se reposer. La semaine s'annonçait chargée.

Durant toute la semaine, Emma put sentir le regard perçant du vice-président dans son dos, au travail. Il fureta une bonne partie du temps, mettant les nerfs de la blonde à rude épreuve. Il la rejoignit dans son bureau, un dossier en main.

- Madame Charming, j'aurais quelques petites interrogations sur certaines transactions, qui ont attiré mon attention.

- Vraiment ? Vous épluchez tous les comptes ?

- Les plus importants, oui, bien naturellement.

- Bien évidemment…

Il s'assit sans demander la permission, tel un maître en sa demeure, un sourire carnassier aux lèvres. Il montra le dossier en question, sous l'œil distrait de la directrice, qui jaugeait discrètement son adversaire. Voyant que cela ne menait à rien, il se rembrunit, son petit manège tombant à l'eau. Alors qu'il passait la porte, Emma le salua, de loin.

- Bonne journée, monsieur le vice-président.

- Vous savez, j'ai un nom, madame Charming.

- Hum, certes.

- Dites-le, pour me faire plaisir.

La femme d'affaires dut cacher une grimace de dégoût, et précisa donc son nom.

- Bonne journée, monsieur Pan.

- Vous pouvez m'appeler Malcolm, ou Peter, pour les petits farceurs.

- Au revoir, monsieur Pan.

- Pareillement.

Il disparut dans le couloir, laissant Emma vidée de toute énergie. Cet homme était décidément redoutable. Les prochains jours seraient déterminants, dans leur quête de vérité. Emma serra le poing, jusqu'à sentir ses ongles s'enfoncer dans sa paume. Quel homme arrogant et prétentieux… Il ne perdait rien pour attendre.