Chapitre 36 : le chat et la souris

Emma et Regina s'étaient figées en voyant le gyrophare venir à leur rencontre. La blonde voulut même se mettre debout, afin de partir immédiatement, mais son genou se rappela à son bon souvenir. Il se déroba et la laissa pantelante. La voiture s'immobilisa à quelques mètres d'elles et de la bande des clients du bar, ne provoquant guère d'émois parmi ces derniers. Certains ricanèrent, d'autres allèrent voir le shériff qui sortait de son véhicule.

- Alors, shériff Humbert, on se balade ?

- Messieurs, une agression a été portée à mon attention, se déroulant dans les parages. Vous n'auriez pas vu quelque chose, par hasard ?

- Non, rien qui ne mérite votre attention.

L'homme les observa, blasé, et vit le trio de femmes, ce qui lui fit relever les sourcils.

- Et vous, mesdames ? Tout va bien ?

- Euh, oui, merci.

Un hululement provenant de la mer fit sursauter le shériff, qui dégaina son arme.

- C'était quoi, ça ?

Les pêcheurs prirent la parole à tour de rôle.

- Sûrement un mérou.

- Ou une sirène.

- Ou un poivrot.

Le shériff perdit patience.

- Taisez-vous !

Il porta son regard vers l'océan, et écarquilla les yeux.

- Mais… Il y a un homme saucissonné sur un brise-lame… Qu'avez-vous fait, encore ?

- Rien. Il a voulu faire du mal à ces dames, alors, on lui a appris les bonnes manières. Faudrait pas le descendre de là trop vite, il a pas encore compris.

Le shériff comprit la menace sous-jacente, et rengaina, tout en se passant une main sur le visage. Il dévisagea les habitants et répondit calmement aux pêcheurs.

- Très bien, je le laisse là pour le moment, mais ces dames m'accompagnent au poste, afin que je sache de quoi il en retourne. De toute façon, la marée descend, il ne craint pas grand-chose.

Il regarda le trio, alors que les clients du bar s'égayaient dans la nature, ou retournaient plus probablement à leurs verres d'alcool.

- Si vous voulez bien me suivre.

- Vous nous arrêtez ?

- Non. À moins que vous ne me confessiez un homicide.

Le couple devint blême, mais Belle vint soulager les deux femmes, ne connaissant pas leur antécédent avec Killian.

- Graham, cesse de faire l'idiot pour impressionner la galerie… Nous te suivons, à condition qu'il y ait du café ! Et un médecin…

- Un médecin ?

- Emma est blessée. Elle a besoin de soin.

La blonde voulut protester, mais ne sut pas vraiment quoi dire. Aussi préféra-t-elle se taire, plutôt que de s'enfoncer en racontant une bêtise.

- Ok, un médecin et du café. Ça doit pouvoir se trouver.

Regina soutint sa compagne, qui marchait difficilement, et grimaçait sans cesse. Elles montèrent dans la voiture, et le shériff les conduisit au poste de police.

Une fois parvenus à destination, Emma fut installée dans le canapé de la salle de repos, en attendant le médecin, pendant que Belle et Regina expliquaient la situation au shériff. Belle avait pris les choses en main, au grand soulagement de Regina. Elle semblait bien connaître l'homme, qui s'avérait plutôt doux et attentif avec elle.

- Emma a été attaquée par l'homme que tu as vu attaché au brise-lame.

- Comment ça s'est déroulé ? Pourquoi une telle agression ?

- Je suis allée vers les quais, pour me promener, après une soirée au bar, avec les filles. Elles sont venues me rendre visite, puisqu'elles habitent loin, on passe quelques jours ensemble. Mais ce taré la rouait de coups ! Je savais que je ne pouvais rien faire, mais j'ai eu l'idée d'appeler les gars qui étaient au pub.

- Et moi, je compte pour du beurre ?

- Désolée, Graham, je n'y ai pas pensé, et ils étaient tout près. Ça augmentait les chances de survie d'Emma. J'ai eu si peur, tu sais.

Regina était bluffée par les mensonges de Belle, qui les débitait sans broncher, très à l'aise dans son rôle d'amie éplorée, qui pensait que la blonde allait passer de vie à trépas. Elle sourit intérieurement. Les gens pouvaient parfois se montrer surprenant. Néanmoins, le shériff parut se renfrogner.

- Et c'est qui, ce gusse ? Vous le connaissez ? Il faudra que je pense à le détacher bientôt, d'ailleurs…

Belle eut une seconde de silence, ce qui mit la puce à l'oreille de l'officier. Il la fixa, la mettant mal à l'aise, avant qu'elle ne se ressaisisse.

- Je ne sais pas, je ne le connais pas. Sûrement un homme malintentionné.

- Hum. Si tu le dis.

Il se tourna vers Regina.

- Et vous-mêmes ? Connaissez-vous cet individu ?

- Euh, non, je ne sais pas qui il est. Mais vous savez, parfois, certaines personnes réagissent mal en voyant un couple de femmes…

- Oh, vous… Enfin, je veux dire, avec Emma, si je ne m'abuse, vous êtes en couple.

La brune prit un air amusé, devant la gêne du shériff.

- Oui, en effet. Nous essayons d'être discrètes, pour ne pas nous exposer à ce genre de velléité idiote.

- Bien sûr, je comprends.

Regina glissait des coups d'œil vers sa compagne, inquiète de son état. Elle se leva et lança quelques mots.

- Excusez-moi, mais je dois m'assurer qu'elle n'aille pas trop mal. Je suis soucieuse, elle ne fait plus de bruit.

- Je vous en prie.

Elle rejoignit Emma, qui était assez pâle.

- Chérie, tu as mal ?

- Oui, je dois bien l'admettre… Mon genou me lance, et respirer est un calvaire.

- J'espère que tes côtes vont bien…

- Tu n'es pas la seule…

Un homme fit irruption dans le poste, une sacoche à la main.

- Bonsoir, où est la patiente ?

- Sur le canapé, dans la pièce de repos.

Il fut près de la blonde en quelques enjambées.

- Bonjour, je suis le docteur Hopper. Comment vous sentez-vous ?

- Pas très bien.

- Que s'est-il passé ?

- J'ai été attaquée… J'ai mal aux côtes et au genou.

Le médecin ausculta le thorax, ne décelant rien de grave.

- Quelques contusions, mais rien de cassé, heureusement. Vous seriez dans un état bien pire, de toute façon. Passons à ce genou.

Il palpa l'articulation, et reposa la jambe, pensif.

- Bon, la bonne nouvelle, c'est que je ne sens rien de cassé. Mais les ligaments ont peut-être été touchés. Un scanner nous en dira plus. Je vous emmène.

- Euh, non, pas besoin, docteur…

Il regarda Regina, qui leva les yeux au ciel. Elle fixa Emma droit dans les yeux.

- Exécution ! Je t'accompagne ! Tu n'es pas croyable…

La femme d'affaires n'eut d'autre choix que de suivre le duo, qui la surveillait comme le lait sur le feu, pour son propre bien. En repassant dans la salle du poste, le médecin héla le shériff.

- Graham, si tu n'y vois pas d'inconvénient, j'emmène madame faire un scanner pour son genou. Je te la rends après.

- Très bien.

Ce dernier se tourna ver s la brune.

- Et vous l'accompagnez, je présume ?

- Vous présumez bien.

Ils partirent en direction de l'hôpital du coin, laissant Belle et le shériff ensemble. Ils se contemplèrent, laissant passer un moment de flottement, puis Graham s'ébroua.

- Bon, je vais détacher l'asticot, et le coller en cellule, puis me renseigner sur lui. Je te raccompagne chez toi ?

- Oui, merci, je ne suis pas très rassurée.

- Avec moi, tu ne crains rien.

Il déposa Belle devant sa porte, et s'assura qu'elle soit bien rentrée chez elle avant de repartir vers les quais. Il poussa un long soupir, se morigénant de n'avoir pas été plus loquace en la présence de la jeune femme, qui lui plaisait indéniablement.

Emma passa rapidement un scanner, qui confirma le diagnostic du docteur Hopper. Rien n'était cassé, mais son ligament avait pris un vilain coup, même s'il avait tenu bon. Le médecin revint la voir un quart d'heure plus tard.

- Bon, madame Swan, rien d'alarmant, mais vous êtes quitte pour une attelle, et des séances de kinésithérapie.

Le couple fut soulagé du diagnostic. Emma bombarda l'homme de questions.

- Je peux marcher ?

- Oui, mais ne forcez pas, et ne faites pas un marathon. Pas de folie, pas de sport, et beaucoup de repos.

- C'est noté, merci docteur.

Il salua le couple et se retira, les laissant enfin seules. Elles se tinrent dans les bras l'une de l'autre, et purent repartir au chalet une heure plus tard, une fois les papiers signés, ainsi que l'autorisation de sortie. Elles s'écroulèrent dans le lit, Regina aidant sa moitié à se déshabiller. Elles s'endormirent rapidement, la soirée ayant été riche en émotions.

Le lendemain, après un coup de fil à Belle, elles décidèrent de recommencer leur opération clandestine de la veille. Si la police se mêlait de cette affaire, elles n'auraient bientôt plus accès à la maison de Killian. Leroy pouvait parler, et ce serait la fin d'une possibilité de mettre le conseil d'administration à terre, si des documents compromettants existaient bel et bien. Elles restèrent chez elles toute la journée, Emma se reposant, affaiblie par la douleur et les médicaments. Regina était aux petits soins pour sa moitié, et avait téléphoné aux Charming, afin de les mettre au courant des dernières nouveautés, puis elle avait longuement parlé avec son fils, qui lui manquait, même si elle le savait en sécurité. En fin de soirée, alors que la nuit régnait en maîtresse absolue sur la petite bourgade qui s'endormait, trois silhouettes se détachèrent dans l'obscurité. Le trio de femmes était revenu près de la maison de Killian, bien décidé à ouvrir cette cave dans le fond du jardin. Regina passa en premier, maintenant qu'Emma tenait quasiment debout, sans s'épuiser. Elle les siffla, et les deux femmes rejoignirent la mère de famille. Seule Emma savait crocheter une serrure, ayant appris ça aux côtés de son frère de cœur, Aladin .

- C'est à toi de jouer, Emma.

Elle prit un petit outil et s'employa à commettre son menu larcin. Au bout d'une vingtaine de seconde, alors qu'elle était très concentrée sur son objectif, un bruit distinctif se fit entendre.

- Bingo !

Emma s'écarta, laissant ses deux complices entrouvrir la porte, et s'assurer qu'aucun danger ne les guettait une fois dedans. Elles pénétrèrent alors dans la cave, refermant la porte derrière elles. Elles descendirent le long d'un escalier lugubre, avant de débouler dans une salle baignant dans l'obscurité. Armée de sa lampe torche, Belle fit le tour avec le faisceau lumineux et distingua un interrupteur. Elle appuya dessus et la lumière baigna la pièce d'une douce chaleur.

- Wouah, il ne faisait pas les choses à moitié !

Regina ne put s'empêcher de s'exclamer une phrase, avant de voir le visage d'Emma s'assombrir.

- Une vraie garçonnière ! Un salon dédié à la boisson et aux cigares, à en juger par l'odeur ambiante.

- C'est plutôt élégant. Je ne m'attendais pas à une telle chose de sa part.

Emma clopina jusqu'au fond de la pièce.

- Venez voir, il y a une porte.

Elle ne les attendit pas et l'ouvrit.

- Un bureau !

Elle s'engouffra dans la pièce, et ouvrit aussitôt les tiroirs, en proie à une vive curiosité, et un fol espoir. Regina se mit également à chercher frénétiquement, tandis que Belle faisait le guet, par mesure de sécurité. Emma râla de plus en plus, ne trouvant que de vieilles factures et des bouteilles de rhum disséminées çà et là. Regina n'en menait guère plus large, et se décourageait également.

- Ce n'est pas possible, tout ça pour ça ! Il n'y a rien, ici !

- Emma, calme-toi, pense à ta jambe.

La blonde abattit son poing sur le bureau, qui produisit un bruit creux. Les trois femmes s'observèrent, avant d'examiner le meuble, sous toutes les coutures.

- Je n'ai pourtant pas rêvé ! Il doit y avoir un tiroir secret ! Ce serait bien son genre.

- Là !

Regina venait d'enclencher un bouton situé dans le décor d'un tiroir. Aussitôt, un autre tiroir, dissimulé par le premier, s'ouvrit. Emma attrapa les papiers qu'il contenait, et se mit à trembler.

- Oh mon dieu, ce sont des contrats entre la société immobilière et Killian… Prouvant que l'argent a été versé pour retaper les bâtiments sur les quais, dont la fameuse conserverie !

Regina, quant à elle, tenait un petit calepin. Elle le feuilleta, et son sourire s'élargit.

- Et voici son livre de compte. Pas si idiot que ça, l'animal !

Leur butin en poche, elles se regardèrent et décidèrent de remonter à la surface. Elles devaient à tout prix mettre ces documents en sécurité.

Pendant ce temps-là, dans l'après-midi, le shériff avait réussi, tant bien que mal, à récupérer le nain, qui claquait des dents et hurlait sa fureur. Il le déposa ensuite en cellule, avant de retourner vaquer à ses occupations.

- Hey ! Le flic ! Je veux porter plainte !

- Pour quel motif ?

- Tentative de meurtre !

- Sur qui ?

- Mais moi, pardi !

- Vous êtes vivant, que je sache. Et s'ils avaient voulu votre mort, vous ne seriez plus là pour en parler.

- Espèce de pourriture… Tous des vendus ! Vous ne protégez plus les honnêtes citoyens ?!

- Hum, j'ai la déposition de plusieurs personnes, en qui j'ai toute confiance, prouvant que vous agressiez une femme, qui plus est à terre. Je présume que c'était à votre taille ?

- C'est une insulte, ça ! Je veux porter plainte contre vous aussi !

- Non. Je n'ai pas que ça à faire.

Graham lui tourna le dos, et le nain en profita pour réfléchir à toute vitesse. Il devait dévoiler une partie de son jeu, afin de voir les trois donzelles être un minimum inquiétées.

- Attendez ! Je me fais du souci pour mon ami, il n'a pas donné signe de vie depuis trois jours !

- Qui donc ?

- Vous le connaissez, c'est Killian Jones !

- Ah ? Votre ami ? Cette fripouille ?

- Je pense qu'elles ont fait un truc pas net. Il a été tué par ces connasses, j'en suis certain !

- Vous avez des preuves, bien entendu.

- Non, mais si vous remuiez votre cul, plutôt que de manger des beignets et siroter votre foutu café, vous devriez en trouver, elles ont pas l'air très futé !

- Et puis quoi encore ? Vous essayez de passer pour la victime, alors que vous êtes le bourreau dans cette histoire ? Quelle honte.

- Demandez au maire s'il a pas vu Killian !

Le shériff fronça des sourcils, et sortit un instant. Il prit son téléphone, par acquit de conscience, et téléphona au premier magistrat de la ville, afin d'en avoir le cœur net. Après ça, il pourrait le boucler pour agression caractérisée. Cinq minutes plus tard, il revint vers Leroy, et le toisa.

- En effet, il était bien à Storybrook il y trois jours. Je vais aller fouiller sa maison, afin d'être sûr que tout va bien pour lui.

Il sortit et se rendit chez Killian, où il fit chou blanc. Personne n'habitait là. Néanmoins, il vit des silhouettes s'éloigner dans le jardin de derrière.

- Mais c'est quoi ce bordel ?! Halte, police !

Les formes se stoppèrent net et se mirent à courir, dont une semblait clopiner. Le gabarit indiquait clairement des femmes. Il ne parvint pas à les rattraper, les silhouettes disparaissant dans le sous-bois. Il revint au poste, soucieux. Il se tramait quelque chose dans sa ville, et il ne comprenait pas la raison de ce charivari.

Le couple se retrouva chez Belle, essoufflées. Elles sortirent les documents et la bibliothécaire s'empressa de les mettre sous son matelas. La cachette n'était pas la meilleure au monde, mais pour le moment, elle n'avait pas d'autre idée. Elle revint dans le salon, où Emma était sur le point de défaillir, tant la douleur la submergeait. Elle ragea entre ses dents.

- Mais merde… Pourquoi il était là, ce crétin de shériff ?!

- Leroy a dû parler…

- En effet, je ne vois que cette possibilité. Il n'avait aucune raison de fureter dans le coin, sinon.

- Si je tenais ce nabot… Il mérite de crever !

- Emma !

Belle semblait offusquée des paroles crues de la blonde, qui n'en fit pas cas. Au contraire, elle lui expliqua sa position.

- Il a tué une de mes amies. Et il est toujours en liberté. C'est un assassin, et il adore blesser et torturer les gens pour son bon plaisir. Il est à la solde du conseil d'administration. Il faut s'en méfier comme de la peste.

- Oh, je ne savais pas…

- Maintenant, tu sais. Et il est ici pour finir le boulot, on dirait.

- Bon, que fait-on alors ? On met au courant Graham ? Nous pourrions ainsi obtenir sa protection.

Regina fit la grimace.

- Je ne suis pas une des plus convaincues par la police. Disons que j'ai eu quelques démêlées avec la justice, et que je ne tiens pas spécialement à remettre le couvert.

- Ok, ça nous réduit le champ des possibles.

- Dites, ça vous ennuie si on continue cette charmante discussion demain ? Parce que j'ai mal et je suis claquée…

- Tu as raison, Emma, on va rentrer au chalet. Belle, je te confie les documents, je viendrai les reprendre demain, et on filera chez nous pour faire éclater le scandale.

- Oh, déjà ? Très bien. Ça me fait une aventure à raconter, pour une fois. Je ne serai pas la triste petite bibliothécaire, dans son trou paumé, pour une fois.

- Tu n'es pas triste, et les autres ne savent pas t'apprécier à ta juste valeur. Allez, on file. À demain, Belle.

- Bonne nuit, les filles.

Elles se séparèrent, sans voir la voiture de police qui était garée à l'angle de la rue.

- Je vous tiens…

Graham les suivit à pied jusqu'au chalet, et les laissa entrer. Il se faufila jusqu'à la fenêtre, et jeta un coup d'œil à l'intérieur. Il ne vit personne. Il fronça les sourcils, et fit le tour. Ce qu'il vit alors le laissa pantois.

Regina avait dévêtu Emma, et elles plongèrent doucement dans la baignoire, qui se remplissait progressivement d'eau bien chaude. Les volutes de chaleur commençaient à monter vers le plafond. Elles étaient nues, et Graham ne put s'empêcher de jouer les voyeurs, tant le spectacle le laissa bouche bée. Les deux femmes étaient d'une telle délicatesse entre elles, que ça donnait envie de connaître et partager leur bonheur. La brune faisait attention à sa compagne blessée, qui se reposait totalement sur elle. Regina la caressait avec une éponge de bain, et il vit la blonde fermer les yeux sous la douceur des gestes. Il rougit violemment, lorsqu'il comprit que le massage devenait plus intime, et les baisers plus ardents. La blonde sourit, et se laissa porter, jusqu'à ce qu'il entende un gémissement sonore. Il s'éloigna brutalement de la fenêtre, comprenant qu'il avait été le témoin d'une relation charnelle entre les deux femmes. Il retourna au poste de police, et passa devant le nain sans dire un mot. Il s'enferma dans son bureau, et n'en ressortit qu'au petit matin, peu reposé, et l'esprit tourmenté par ce qu'il avait vu cette nuit.

Emma et Regina, quant à elles, se réveillèrent tard, la première refusant de se lever. Elle était bien au chaud, et la douleur s'était atténuée durant son sommeil. Elle profita de l'instant présent, avant de s'extirper de ce cocon bienheureux. Elle finit par céder à l'appel des croissants, qui embaumaient l'atmosphère du chalet. Après une douche rapide, elle prit place auprès de la brune, qui profitait de son café noir. Cette dernière tourna la tête et déposa un baiser sur la chevelure dorée.

- Hey, tu as dormi comme un bébé. Comment te sens-tu ce matin ?

- Difficile à dire. Reposée, mais j'ai comme la désagréable impression d'avoir été percutée par un camion.

- C'est presque cela, en effet.

Emma lui tira la langue, prouvant qu'elle était assez en forme pour recommencer ses gamineries. Une fois que le repas fut terminé, elles se dirigèrent vers l'habitation de Belle, qui les attendait.

- Bonjour, vous tombez à pic !

- Tu as l'air méfiante et troublée, Belle…

- Débarrassez-moi de ces documents… Je deviens littéralement dingue, ici, avec ces fichus trucs ! J'ai l'impression que le ciel va me tomber sur la tête.

Le couple rit de bon cœur, face à la mine renfrognée de la jeune femme. Regina prit le paquet de feuilles, ainsi que le carnet de comptes, et serra la bibliothécaire dans ses bras.

- Encore merci pour tout, Belle. Jamais je n'oublierai ce que tu as fait pour nous.

- C'est normal, j'espère que Storybrook retrouvera sa splendeur et sa quiétude d'antan.

- On peut toujours rêver ! Mais grâce à ça, c'est une véritable possibilité, maintenant.

Elles se séparèrent, laissant Belle retourner à sa vie à Storybrook. Elle avait encore l'espoir de rouvrir la bibliothèque. Elle essaierait tant qu'elle pensait y parvenir.

Le shériff suivit à nouveau le couple, délaissant Belle pour le moment. Il comprit qu'elles étaient sur le départ, en voyant la brune déposer des sacs dans le coffre de leur voiture. Il sortit de son véhicule, et avança droit sur Regina.

- Madame Mills !

La brune se retourna. Elle inspira profondément en voyant le shériff et lui sourit malgré tout.

- Bonjour shériff Humbert. Que puis-je pour vous ?

- Je crois que j'ai encore quelques questions à vous poser. Mais…

- Mais ?

- Je ne sais pas si j'en ai réellement envie.

Devant l'air circonspect de Regina, il tenta de s'expliquer.

- Vous étiez chez Killian Jones, hier soir.

Alors qu'elle ouvrait la bouche pour contrer ses dires, il leva la main.

- Je le sais, je vous ai vu. Inutile de nier. Vous avez récupéré quelque chose, là-bas, n'est-ce pas ?

Après des secondes interminables, elle se contenta de hocher la tête.

- Cette chose est-elle liée à la probable disparition de Killian ?

- Non.

Graham ne fut pas dupe du mensonge de la mère de famille, mais préféra se contenter de cette réponse.

- Dois-je m'inquiéter ?

- Nullement. Nous n'avons pas de mauvaises intentions. Nous voulons seulement rétablir la vérité, et faire condamner ceux qui ont plongé Storybrook dans ce cauchemar sans fin.

Le regard de l'homme se fit plus dur, mais il se contenta de demander une dernière chose.

- Êtes-vous le Bien ou le Mal ?

- Très certainement un mélange des deux. Mais je sais que je veux sauver et ma famille et votre ville.

- Alors partez. Je saurais où vous trouver, de toute manière. Mais je crois que je peux vous faire confiance. Pour le moment.

Elle se contenta d'acquiescer à l'affirmation, et prit congé du shériff, qui fit de même. Emma sortit enfin du chalet, préférant se cacher durant ce pseudo-interrogatoire, afin de ne pas tout faire capoter. Puis elles démarrèrent, Regina au volant, à cause du genou de sa compagne, et elles repartirent chez elles.

À la moitié du chemin, alors qu'elles filaient sur l'autoroute, Emma se tourna vers la conductrice.

- On a eu chaud, ce matin, n'est-ce pas ?

- Oui. Mais le shériff n'est pas idiot, et il sait qu'il se trame quelque chose. Il a préféré parier sur nous, plutôt que sur ceux qui ont trahi sa ville, je pense.

- J'espère que nous parviendrons à faire éclater la vérité.

- Nous n'avons pas le choix. Et je veux voir Pan supplier pour conserver tout ce qu'il a bien mal acquis.

Emma sourit, en phase avec sa compagne. Elle était heureuse de revenir chez elle, et de retrouver Henri et le reste de sa famille.

À Storybrook, Graham s'approcha des barreaux du nain.

- Hey, réveille-toi, la Belle au bois dormant !

- Quoi ? Hein ?

- Je me suis renseigné sur toi. Joli palmarès !

- De quoi tu parles, le flic ?

- Des marshalls vont pas tarder à t'embarquer. Tu es recherché pour actes de barbarie dans plusieurs états.

- Attends, et les folles qui ont tué Killian ?

- Pas de corps, pas de preuves, juste les élucubrations d'un taré, qui a sûrement déjà tué. D'ailleurs, je me pose une question… C'est peut-être toi qui as tué ce pauvre bougre. Car tu es le seul à en parler…

- C'est n'importe quoi !

- Tout cela ne me concerne plus. Profite de tes derniers instants ici, car je doute que les prisons fédérales soient aussi accueillantes.

- Espèce de connards ! Tous les mêmes !

- Adieu, et passe le bonjour aux autres prisonniers !

Graham partit faire une patrouille, le cœur enfin plus léger.