Mot de l'auteur : Merci ! Merci *fais la danse des mercis* pour tous vos gentils commentaires qui me mettent du baume au cœur et me rassure sur le fait que je n'écris pas un truc trop ennuyeux !
Je vais aussi profiter de ce petit aparté pour rappeler qui sait quoi dans l'histoire, au cas où :

Ceux qui savent que Evangeline est l'enfant de Harry et Drago :

-Harry
-Drago
-Les gryffondors au grand complet (mis au courant par Harry)
-Blaise et Pansy (mis au courant par Drago)
-Le professeur McGonagall et le professeur Rogue
-Molly et Arthur Weasley (mis au courant par Harry)
-Andromeda Tonks (mis au courant par Harry)
-Lucius et Narcissa Malefoy, ainsi que la branche Malefoy française (même si je ne l'ai pas explicité, au courant grâce à leurs tapisseries familiale)

Ceux qui savent que Harry et Drago vont se marier :

-Harry (mis au courant par Narcissa)
-Narcissa et Lucius Malefoy (les instigateurs, enfin, surtout Narcissa *tend une bouteille de gin à Lucius*)
-Hermione, Ron, Neville, Dean et Seamus ( Hermione l'a deviné puis a prévenu les autres)
-Ginny (mis au courant par Harry)
-Molly et Arthur Weasley (mis au courant par Ron)
-Andromeda Tonks (mis au courant par Harry)

(et c'est tout ! Drago ne sait donc rien de ce mariage !)

Chapitre 14 : Sifflements en provenance des cachots

Très concentré, Drago grattait de sa plume le parchemin face à lui, le remplissant de sa belle écriture toute en boucle. De temps en temps il retournait à son livre d'Arithmancie, lisait quelques lignes, puis continuait sa dissertation.

La même ambiance studieuse régnait autour de lui, faite de bruits de pages tournées et de plumes trempées dans l'encre. C'était pourtant un samedi soir, mais les serpentards n'avaient plus le cœur à faire la fête. Et ce même dans l'intimité de leur maison. A présent seul importait leur réussite scolaire, seule elle les sauverait en partie de leur déchéance.

Et encore… A cause de l'horrible marque tâchant son bras, Drago ne pourrait jamais prétendre à un poste au Ministère ou à toute autre organisme officiel. En fait, on lui interdisait toute activité pouvant lui apporter une importance ou une quelconque influence dans la politique sorcière. Autrement dit, tout ce pourquoi il avait été formé et promis.

Evidemment il était furieux, mais le problème était qu'il n'arrivait pas à savoir qui méritait exactement sa rage. Son père qui lui avait promis tout un tas de choses depuis sa naissance et qui avait tout sabordé en suivant un psychopathe ? Le Ministère à l'origine de la sentence ? Sauf qu'il ne pourrait jamais en vouloir à son père et que le Ministère s'était montré étrangement clément.

Pour être honnête, il n'avait pas parié une seconde sur leur libération. Au contraire, il se voyait déjà rejoindre Gregory à Azkaban.

Du coup, il se sentait surtout résigné. Et c'était ce qui résumait sa vie en ce moment : « résignation ». Quel horrible mot…

Il fut coupé de ses habituelles pensées moroses lorsque Pansy débarqua en trombe dans la salle, bousculant sans même le regarder Théodore Nott (mais personne ne faisait attention à Nott de toute façon), avant de se planter au milieu de la pièce, les joues écarlates d'excitation :

-GRANDE NOUVELLE ! Annonça-t-elle comme une prédicatrice s'apprêtant à annoncer la venue d'un sauveur.

Sauf que le Sauveur était déjà là, mais qu'il ne les sauverait pas, eux.

-Sérieusement, cette fille est bonne à finir rédactrice dans un torchon people, râla Blaise parce que son éclat de voix lui avait fait faire une grosse tâche sur son devoir de potions.

-Vous savez tous qu'il s'est passé quelque chose au déjeuner ! Continua la jeune femme.

Drago et Blaise se jetèrent un regard amusé. Ça, pour avoir vu, ils avaient vu. Un Ronald Weasley livide et rugissant… De silence. Cela avait été à la fois hilarant et frustrant, parce qu'ils auraient bien aimé connaitre la teneur de la dispute. Et la tête de Granger ! Complétement bloquée pendant plusieurs minutes ! Drago s'était fait une belle banque d'image mémorielle de ce moment, juste pour pouvoir se les ressortir quand la belette ou la miss-je-sais-tout le feraient chier !

-…Eh bien j'ai, non pas une, non pas DEUX ! Mais TROIS bonnes nouvelles à vous annoncer !

-C'est le jour des promos ou quoi ? Badina Blaise en appliquant son buvard sur son travail pour tenter de le sauver.

-Tais-toi Blaise, tu ruines mon effet ! Claqua Pansy avant de se perdre dans un silence de suspens visant à tous les exaspérer.

-Allez, crache ton morceau, grogna Harper qui n'avait aucune patience.

Le brun juste âgé d'un an de moins qu'eux et partageant donc désormais leurs cours était installé à côté de Blaise. A la droite de Drago se trouvait l'un des nouveaux élèves de première année, un garçon aux courts cheveux châtains répondant au nom de Gabriel Sommertime.

Pansy semblait n'attendre que ce genre de réaction, trépignant comme si les mots voulaient sortir tous seuls de sa bouche.

-WEASLEY MALE A ROMPU AVEC GRANGER !

Drago haussa des sourcils alors que quelques exclamations saluaient la nouvelle. Quoi le couple tellement évident que ça en devenait ennuyeux avait éclaté ? Who, ça devait faire désordre chez les rouge et or, et plus particulièrement dans le trio d'or. Revenant à sa rédaction, il se demanda alors qui soutenait Potter, ou s'il se retrouvait déchiré entre les deux.

-MAIS CE N'EST PAS TOUT ! Parce que ce qui vient est encore plus EXCEPTIONNEL !

Blaise roula des yeux, clairement moqueur de la conduite de leur amie. Il est vrai que Pansy pouvait se conduire parfois sans la moindre tenue. Néanmoins, alors qu'il n'écoutait ces « fabuleuses » nouvelles que d'une oreille, il fut littéralement estomaqué par ce qui suivit.

-… POTTER A ROMPU AVEC WEASLEY FEMELLE !

Sa plume s'arrêta à mi-parcours, suintant de grosses gouttes d'encre dont il ne se préoccupait absolument pas. Il releva doucement la tête vers Blaise qui le fixait, les yeux grands ouverts et pleins d'interrogations à son égard.

-Pas un mot, le prévint-il d'un sifflement menaçant.

-Mais…

-Chut !

Ça paraissait impossible. Potter et l'irritante belette femelle formaient à eux deux un couple légendaire dans leur niaiserie et tout le monde les voyait déjà mariés, trois enfants et un gros chien. Quoique leur… le bé… Evangeline avait légèrement changé la donne.

D'ailleurs, c'était peut-être la raison de leur rupture… Et si c'était le cas, il se sentait d'un coup prêt à essayer d'approcher cette gamine rien que pour la remercier !

… En espérant qu'elle ne lui bavera pas dessus.

-Tu es sûre de toi ? Faisait Blaise à Pansy pendant qu'il était à moitié perdu dans ses pensées.

Bien que les gloussements de deux gourdes de cinquième année, Ella Wilkins et Heather Thatcham, qui semblaient faire des plans sur la comète au sujet du nouveau célibat du Survivant, le ramena vite à la réalité.

-Tu douterais de mes sources ?! S'indigna la brune.

-Est-ce que tu sais AU MOINS pourquoi ils ont rompu ? S'enquit Astoria Greengrass.

-Apparemment, pour les deux couples, il s'agirait d'une histoire de mariage, mais personne ne sait précisément.

-Et tu n'avais pas une troisième nouvelle à nous annoncer ? Lui rappela Milicent en venant s'asseoir près d'elle.

-Ah, oui, merci Millie ! Au moins une qui suit !

La jeune femme lança un sourire plein de suffisance à Daphnée et Astoria qui prirent un air blasé à souhait. Milicent était tellement influençable…

-On peut supposer que c'est à cause de ces deux ruptures… Que notre survivant national et sa belette de meilleur ami se sont disputés et sont désormais en froid ! Vous vous en rendez compte ? Le trio d'or a explosé ! Enfin… presque vu que Granger reste aux côté de Potter, mais ça nous laisse la voie libre ! Nous pouvons dès à présent reprendre de l'influence au sein des classes… Nous n'aurons plus à nous cacher dans les coins sombres et à faire comme si nous n'existions pas !

Drago se redressa à nouveau, observant avec un certain mépris les regards brillants des serpentards présents. Ils étaient tous des idiots à rêver d'une époque révolue où le seul fait d'être né dans une famille de sang-pur leur valait le respect. Lui, il avait finalement compris qu'il n'y avait rien de digne à être juste né au bon endroit.

Il ne voulait pas se raccrocher aux apparences.

Nerveusement, il frotta sa marque qui le lançait d'une de ces fameuses « douleurs fantôme ». Le Dr Flint le lui avait dit : c'était juste dans sa tête, mais comme tous les autres, il était tellement habitué à ce qu'elle lui fasse mal que cela semblait anormal de ne pas souffrir.

-Vous avez tous de la cervelle de veracrasses dans le crâne ma parole ! Intervint Blaise en se levant, ses yeux sombre lançant des éclairs. Est-ce que vous avez tous oublié ce qui s'est passé au début de l'année ? Vous voulez qu'on en revienne à ça ? Je sais que ça vous défrise, mais c'est uniquement grâce à Potter et Granger que nous avons échappé à un lynchage en règle !

Pansy renifla, mécontente d'être ainsi rabrouée. Surtout si c'était pour leur rappeler une telle humiliation. Les choses ne s'étaient pas exactement passées comme le souhaitaient les serpentards en revenant à l'école. Ils voulaient que tout redevienne comme avant, malheureusement, les autres maisons n'avaient pas oublié ce qu'il s'était passé l'année dernière. Pour eux , les serpentards avaient collaborés au régime de terreur avec joie et enthousiasme, ce qui était vraiment digne de leurs esprits étroits parce que Blaise avait juste passé la pire année de son existence. Il savait que c'était aussi le cas de Drago, de Daphnée et de sa petite sœur, ainsi que pour de nombreux autres élèves. Il avait aussi trouvé une fois Milicent en pleurs, ce qui était un spectacle assez pathétique pour souhaiter ne plus jamais revoir ça.

Tout le monde n'était pas fait pour être bourreau et tueur. Eux ils ne l'étaient clairement pas.

OK, aucun élève serpentard n'avait participé à la résistance et à la défense de Poudlard, mais tout le monde n'était pas fait pour être des héros NON PLUS.

Est-ce qu'ils avaient pour autant mérités de se faire huer… parfaitement : HUER, lors de la cérémonie de début d'année par les autres maisons réunies ? Est-ce qu'ils avaient mérités le silence pesant dont avait été gratifié les deux seuls élèves qui avaient été répartis chez les Verts et Argent ? Puis leurs sourires moqueurs devant ce constat pitoyable ?

Weasley avait particulièrement perdu la boule en apercevant Drago. Il était prêt à foncer sur lui la baguette brandie si Potter et Granger ne l'avaient pas retenu.

C'était donc défaits et pleins d'amertumes qu'ils avaient retrouvé leur salle commune, et même tous les mots de réconfort du professeur Rogue n'avaient pas suffi à leur remonter le moral. Ils s'étaient trainés comme des rats durant les premières semaines, évitant les autres élèves, se contentant dans un mutisme résolu. Ne pas faire de vague, se faire oublier.

Jusqu'à ce que Drago et Potter reprennent leurs petits jeux habituels. Blaise savait ce qui avait été le déclencheur, ce qui avait fait craquer le blond, mais pour les autres, malgré la marque des ténèbres et sa grande implication aux côtés des Mangemorts, c'était un acte de courage qui avait replacé l'héritier Malefoy à la tête de leur maison.

Et depuis, grâce à une absence totale de rancune de la part de Potter et Granger, ils avaient repris leur place, leurs petites disputes et les Serpentards avaient récupérés un peu de leur dignité. Qu'allait-il se passer maintenant que le trio d'or était divisé ?

-Il a raison Pansy, commenta alors calmement Drago en se remettant à écrire comme si ça clôturait l'affaire.

Et effectivement la sorcière n'avait pas assez de poids pour le contredire, ainsi les autres élèves retournèrent à leurs activités, un peu douchés. La brune décida pour sa part d'aller bouder dans son dortoir et Blaise se rassit devant l'héritier Malefoy qui faisait tourner sa plume entre ses doigts, ayant apparemment la plus grande difficulté à revenir à son travail.

-Tu sais, commença son ami d'une voix faussement nonchalante, tu as le droit d'être content, personne ne te reprochera rien.

Le blond cessa tout mouvement avant de le regarder d'un air inexpressif et de ranger brusquement ses affaires.

-Drago !

Il lui échappait une fois encore et Blaise dût se précipiter derrière lui pour arriver à lui attraper le bras à deux pas de sa chambre personnelle.

-DRAGO ! Bon sang ! Quand vas-tu arrêter de tuer chacune de tes émotions ?! Tu sais quand c'était la dernière fois que tu as esquissé un sourire? Tu-sais-qui a disparu ! C'est terminé ! Tout est terminé !

Le jeune homme fit céder sa poigne avant de le pousser dans un renfoncement proche.

-Tu as raison, c'est terminé, et toute cette histoire m'a appris une seule chose : ne pas me faire de faux espoirs ! Répliqua-t-il avec lenteur, les yeux remplis d'orages contenus. PLUS. JAMAIS.

Il le toisa quelques secondes pour être sûr que le message s'imprime avant de disparaitre dans sa chambre, claquant violemment la porte derrière lui.

-O-o-O-o-O-o-O-

On disait que la nuit portait conseil, pourtant l'obscurité n'avait jamais rien raconté à Drago. Se tournant sans cesse dans ses draps, le sommeil lui échappait. Son inconscient, ce traitre, lui imposait des images, des idées, tantôt extrêmement noires, en provenance directe de ses souvenirs ou bien encore de ses peurs, tantôt ridiculement optimiste, ne servant qu'à le décevoir.

Et il y avait cette requête de sa mère, incompréhensible : se rapprocher de l'enfant.

Il aurait tellement voulu ne pas en entendre parler ! Il aurait tellement voulu qu'elle n'existe pas d'abord ! Un dieu devait forcement lui en vouloir en le liant de façon si définitive avec Potter.

Exaspéré, il se jeta hors de son lit, attrapant sa baguette pour s'éclairer. Il n'était pas encore tout à fait habitué à elle et avait toujours un moment de flottaison lorsqu'il touchait le pommeau à la sculpture différente. Sa nouvelle baguette était en bois de noisetier, avec une fois encore un crin de licorne. Il avait presque foudroyé Ollivander du regard lorsque ce dernier lui avait dit que celle-ci se révélerait extrêmement fidèle et qu'il ne risquait pas de la voir être utilisée par quelqu'un d'autre.

Il enfila rapidement une robe de chambre et des pantoufles avant de quitter le dortoir réservé au préfet en chef pour toquer à celui qui lui faisait face. Il attendit un petit moment dans le couloir glacial qui séparait le passage secret et la salle commune avant que le professeur Rogue ne lui ouvre.

-Malefoy ? Pourquoi venez-vous me déranger à une heure pareille ?

-Je suis désolé, mais je ne suis pas là pour parler à mon professeur, mais à mon parrain…

Le grand brun le dévisagea, les yeux légèrement plissés, puis lui fit signe d'entrer dans ses appartements. D'un mouvement de baguette il ralluma un feu dans la cheminée et deux grosses buches lévitèrent jusqu'à elle.

-Alors, qu'est ce qui préoccupe mon filleul au point de risquer mes foudres et mon caractère exécrable quand je suis tiré du lit à deux heures du matin ? Demanda le sorcier en se carrant dans un grand fauteuil qui faisait face à l'âtre.

Drago resta debout et raide, se contentant d'approcher pour se trouver à son tour dans la lumière changeante des flammes. Il s'abima pendant quelques secondes dans la contemplation de l'âtre avant de se lancer :

-Mère veut que je me lie avec… L'enfant.

Severus haussa un sourcil en constatant qu'il n'était même pas capable d'admettre une quelconque proximité oralement. En partant de cela, ce que désirait Narcissa allait se révéler compliqué… D'autant plus que…

-Et se rapprocher de « l'enfant » implique de vous approcher de Potter puisque c'est lui qui s'en occupe.

Drago hocha doucement de la tête.

-Je ne sais pas comment faire… Je ne sais pas comment me comporter… Comment faire pour être un « père » ?

-Et vous me posez la question ?! Aurais-je des bébés cachés dans mes manches ?! Lâcha Severus, déconcerté.

-Mais vous êtes mon parrain ! Vous vous êtes occupé de moi quand j'étais petit… Un peu ?

-Salazar tout puissant ! Si je suis seulement parrain c'est justement pour ne pas avoir à assumer la charge d'un enfant ! J'en ai suffisamment durant l'année scolaire qui font n'importe quoi. Ajouté à cela vous et Potter, et j'ai plus que largement ma dose. C'est une question à poser à votre père.

-Certainement pas… Malgré tout le respect que je lui dois, si je dois devenir un père, ce ne sera surement pas sur son modèle.

-Allons, vous n'avez pas été un enfant malheureux que je sache… Railla la maitre des potions.

Comparé à sa propre enfance, c'était risible. Drago avait été chéri et gâté comme peu de petits garçons avaient pu l'être.

-Peut-être pas durant mon enfance, mais les illusions dont il m'a bercé ont fait de moi un adulte malheureux. Et je ne souhaite ça à personne…

-Vous ne souhaitez pas ça à votre fille, le reprit le brun.

-C'est ce que j'ai dit…

-Non, si vous voulez commencer par quelque part, cessez d'être aussi vague dans vos appellations, appelez un chat un chat, nous parlons de votre fille, de votre bébé ou d'Evangeline, peu importe. Puisqu'on vous a plus appris à prendre qu'à donner, si vous avez du mal à accepter d'être sien, dites-vous d'abord qu'elle est votre.

-« Mienne », vous dites ?

-Parfaitement, et donc vous avez tout à fait le droit de la réclamer à Potter. Ensuite… Ma foi, cela dépendra de vous. Et par pitié, secouez-vous un peu, Mr Malefoy ! Rien ne vous oblige à plonger dans le pathos ! Vous ne savez pas ce que c'est d'être un « adulte malheureux », vous n'êtes même pas encore un adulte ! Et si vous continuez sur cette voie, vous serez incapable de voir que vous avez la chance de pouvoir écrire votre propre destin. Pas celui que Lucius avait tracé pour vous, mais celui que vous forgerez de vos propres mains et ça commence en ce moment même, avec Evangeline.

Drago détourna le regard. Il voulait tellement y croire, mais à chaque fois qu'il sentait une étincelle d'espoir naître en lui, elle était aussitôt soufflée par le souffle glacial de la désillusion. Espérer était trop douloureux, il était bien plus facile de cacher tous les souhaits qui naissaient au fil des jours au fond d'une boite et de la fermer à double tour.

C'était ce que lui avait appris sa tante : à cacher tout ce qui n'était pas souhaitable dans des boites, à les verrouiller et à jeter la clef afin de ne jamais être tenté par l'envie ou le besoin de les ouvrir. Et c'était probablement ce qui l'avait sauvé l'année dernière, quand chaque jour il s'asseyait à cette table et sentait la pression de l'esprit du Seigneur des Ténèbres sur lui.

Sa faculté à aimer était quelque part dans l'un de ces coffres, il savait lequel, parce qu'il était trop étroit pour tout contenir, qu'il menaçait toujours d'exploser et qu'il pulsait d'une énergie vive, sauvage et impérieuse. Mais il ne pouvait pas l'ouvrir, même pour… sa fille.

-… C'est perdu d'avance, lâcha-t-il avec un petit sourire d'autodérision.

-Non, l'arrêta Severus et il lui jeta une œillade intriguée.

-Parce qu'il ne s'agit pas que de vous, Potter fait partie de l'équation et avec lui, si les choses ne sont jamais simple, elles ne sont aussi jamais perdues d'avance.

-Ouah, c'est assez étrange de vous entendre dire ça…

L'homme eut un sourire en coin et Drago ne put s'empêcher de le lui rendre, s'apercevant à ce moment les bienfaits qu'avait eu la chute du Seigneur des Ténèbres sur lui. S'ils avaient l'air tous plus cassés et abimés par la guerre, Severus Rogue, au contraire, semblait avoir réparé la plus grande partie de ses fêlures.

Il en était à la fois heureux pour lui et irrité.

Et concernant Evangeline, il n'avait aucune illusion : comme d'habitude il ferait de son mieux… Et comme d'habitude il échouerait.

C'était le triste résumé de son existence.

-O-o-O-o-O-o-O-

Harry n'était pas tout à fait préparé à faire face à Malefoy après… Après quoi ? La curieuse révélation venue du plus profond de son inconscient qui le plaçait comme un… Un quoi ? Un espèce d'obsessionnel ?

« A moi »…

Bref, il cacha comme il pût qu'il était en train de s'étouffer dans son jus de citrouille lorsque le blond se planta à côté de lui. Par Godric et Salazar réunis ! Drago Malefoy se trouvait à côté de la table des gryffondor, chose impensable jusqu'ici. C'était comme pour leur salle commune, un pacte tacite, chaque table se trouvant aux opposés de la salle, il n'y avait pas de raison pour qu'ils trainent en territoire ennemi.

En plus le brun ne pût s'empêcher de le détailler, divagant de ses longues jambes en partie cachées par les pans de sa robe, à l'étroitesse de ses hanches, à ses épaules bien marquée et ce cou d'albâtre élégant. Zut, ce type avait un de ces ports de cou, et une silhouette de mannequin, c'était proprement injuste… Il eut le malheur de remonter vers son visage, jusqu'à ses yeux qui se plissèrent d'une expression à cheval entre la colère et l'incompréhension et Harry détourna vite le regard, se sentant rougir.

Pouvait-on se noyer dans un verre de jus de citrouille ? Il envisageait de plus en plus cette alternative parce que, diable, il venait de MATER Malefoy ! Et ce dernier l'avait remarqué !

Drago se racla la gorge, cherchant sans doute à attirer à nouveau son attention et cette fois-ci, résigné à devoir faire face à son destin, il assura sa prise sur le porte bébé porté en travers de son torse et passa une jambe au-dessus du banc pour se placer à califourchon et leur faire face.

Leur, oui, car bien sûr le serpentard ne se déplaçait jamais seul. Ce matin il se trouvait avec Zabini, et, ce qui arracha un rictus de dégout à Harry, Parkinson. S'il n'en avait rien à faire du black, Harry ne pouvait s'empêcher d'éprouver de l'animosité et une espèce de répulsion vis-à-vis de la jeune femme. A chaque fois qu'il la voyait, il entendait comme en écho sa voix résonnant dans la grande salle, le fameux jour :

« Mais il est là ! Potter est là ! Que quelqu'un l'attrape ! »

Et il se fichait comme d'une guigne qu'elle ait pu être terrifiée ou autre, pour lui ce n'était qu'une sale trouillarde égoïste qui ne s'était jamais mouillée et qui était capable de sacrifier sans remords un être vivant du moment que ça garantissait sa propre survie.

A ses yeux, elle faisait même insulte aux serpentards.

-Eh bien Malefoy ? Tu t'es perdu en chemin ?

-Si c'était le cas j'en aurais vite été informé en voyant le nid d'oiseau qui te sert de cheveux ou bien cette horrible abondance de roux… Bien qu'ils semblent bien loin de toi ce matin ? Aurais-tu finalement compris que trainer avec eux ne t'apporterais que leurs puces et leurs tiques ?

Trainant son regard sur la table presque vide des Gryffondor, il croisa le regard purement glacial de Ginny Weasley qui, à peine quelques sièges plus loin, fixait leur entrevue en serrant si fort son verre qu'on ne pouvait que se féliciter qu'il soit en métal.

Son grand frère, quant à lui, le regardait avec un savant mélange de dégout et de fureur.

-Tu ferais mieux de dégager Malefoy… Cracha-t-il.

Drago haussa des sourcils, s'avouant ne pas s'attendre à une réaction aussi vive de la part des Weasley, et surtout au manque total de répartie de la part de Potter qui semblait pourtant en mourir d'envie, fixant Granger assise devant lui, la mâchoire crispée.

-Comme je ne suis pas là pour toi Weasley, mais pour ton copain le balafré, je vais faire comme si je n'avais rien entendu… Attends… Mais d'après ce que j'ai entendu, ce n'est plus ton copain… ! Donc ce que je fais ne te regarde pas… Mais je me demande bien ce que va devenir la famille Weasley maintenant qu'elle n'a plus son Sauveur pour la mettre en avant ? Parce qu'au fond, tu le sais, non ? Que tu n'es qu'un piètre lot de consolation ?

Ron se jeta sur ses pieds, ses deux mains posées fermement sur la table et le corps penché dans sa direction, ses cheveux roux agités par un vent invisible alors qu'il retenait avec difficulté sa propre magie.

-Tu vas voir Malefoy, une fois que je serais Auror… Je traquerais toute la vermine rampante laissée par Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom et je peux t'assurer que tu seras, toi et ta famille, TOUJOURS, dans mon viseur…

-MALEFOY ! Coupa brusquement Harry en évitant de regarder Ron, ou même Ginny, ou même trop son vis-à-vis. Qu'est-ce que tu me veux, qu'on en finisse ?

Toute cette tension était insupportable, entre ses efforts pour ne pas défendre sa famille de cœur et cette impression de se faire aussi menacer par son ancien meilleur ami, il allait craquer avant même d'arriver aux fiançailles et n'aurait plus qu'à se laisser détruire par le Mauvais Œil qui à terme pourrait lui faire tomber le Calamar Géant sur la tête.

-Hem… Eh bien…

Woh ! Oh ! Malefoy qui cherche ses mots ? Sérieusement ? Harry s'attendait presque au pire, reculant légèrement sur son banc.

Le blond se racla à nouveau la gorge avant de montrer son soi-disant meilleur ami derrière lui :

-Comme tu le sais, Blaise est le parrain de… de m… d'Evangeline. Il aimerait la voir. Il a le DROIT de la voir.

Harry le considéra quelques secondes en battant des cils. Nonobstant le fait qu'ils avaient une discussion à peu près civile, le blond semblait si mal à l'aise qu'il avait envie d'éclater de rire. Tout cela était complétement irréel et ridicule et tout ce qui pouvait passer dans sa tête était des « Sérieux ? » à répétition.

Ah et aussi que s'il avait su qu'avoir un bébé tourmenterait autant Malefoy, il lui en aurait fait un bien plus tôt !

C'était de l'IRONIE bien sûr.

Mais finalement, tout ça était assez amusant et un immense sourire mi moqueur, mi sadique, naquit sur ses lèvres.

-Oui, ok, pas de soucis !

Et défaisant une des attaches, il retira une Evangeline un peu groggy du porte bébé pour la coller dans les bras de Malefoy qui recula brusquement d'abord, se cognant contre Pansy, avant d'essayer d'orienter Potter vers Blaise sans grande réussite puisqu'aucun mot intelligible n'arrivait à sortir de sa bouche.

Quel beau spectacle pour toute la Grande Salle…

Résultat, Drago se retrouva avec un bébé à bout de bras sous le regard hautement sarcastique du brun et celui plutôt inquiet de Granger.

-Sa têêêête… Gémissait-elle et effectivement, très rapidement, Potter, Granger et Blaise furent sur lui et il ne comprit pas très bien ce qu'il s'était passé parce qu'il s'empressa de refourguer le bébé à son meilleur ami qui n'hésita pas à le prendre contre lui comme s'il avait fait ça toute sa vie.

Tss, était-il la seule personne sur cette planète à ne pas savoir quoi faire d'un bébé ?

Et pendant ce temps-là, il se faisait passer un sermon monstre par la Miss J'avale Des Livres au petit déjeuner :

-Malefoy, les bébés ont les muscles du cou trop peu développé pour tenir leurs têtes ! Alors quand tu prends Evy' tu dois ABSOLUMENT tenir sa tête !

-« Evy' » ? Nota-t-il seulement, refusant d'écouter des explications provenant d'une sang de bourbe, à fortiori lorsqu'il s'agissait de Granger.

-Diminutif d'Evangeline, je présume ? Proposa Pansy qui était penchée sur la petite malgré le regard assassin d'Harry.

Drago fit la moue :

-Je ne me suis pas cassé la tête à lui trouver un prénom avec un minimum de classe pour qu'il soit réduit à quelque chose d'aussi vulgaire… On dirait le pseudo d'une danseuse de revue !

-Personne ne t'oblige à l'appeler comme ça, grogna Harry.

Drago fusilla du regard le brun qui détourna bizarrement le regard. Le serpentard ne savait pas s'il devait s'en vexer ou s'en féliciter et se tourna vers Blaise qui semblait se retenir difficilement de faire des grimaces au bébé… Eh bien, après tout, ils étaient toujours dans la Grande Salle et même si en ce dimanche matin la plupart des élèves étaient encore au lit, ils devaient former un spectacle passionnant pour la petite minorité encore en train de petit-déjeuner.

-Comment ça se fait que tu saches porter un bébé ? Demanda Drago d'un ton un peu accusateur.

-J'ai 6 infernales cousines mariées en âge d'enfanter, répondit Blaise. Les réunions de familles ressemblent à des nurseries en ce moment.

-Splendide…

Il préféra regarder ailleurs, dégouté que ce soit aussi facile pour certains, attrapant au passage le regard surpris et intéressé de Granger sur son meilleur ami. Un sourire narquois fleurit sur ses lèvres en repensant à leur scepticisme lorsqu'il avait choisi Blaise comme parrain.

Il récupéra ainsi un peu de sa superbe avec plaisir. Il détestait ne pas contrôler la situation.

Malheureusement il ne la contrôla pas longtemps car un liquide orange et poisseux l'aspergea de côté, du haut de ses tempes jusqu'à la taille. Il y eut soudain un silence de mort dans la Grande salle alors qu'il restait figé comme une statue de marbre.

Il pouvait voir de là où il se trouvait Pansy ouvrir la bouche d'un air scandalisé qu'il devina plus pour ses vêtements que pour lui. Avec lenteur, il tourna sa tête et son regard glacial vers la table des gryffondors, là d'où venait l'attaque.

Qui donc avait osé ?

Il eut rapidement sa réponse en découvrant Ginevra Weasley, debout derrière le meuble, son verre encore à la main, et le regard empli d'une rage quasi équivalente à la sienne. Son frère se plaça presque aussitôt derrière elle, comme pour la soutenir, sa baguette sortie et cela fut suffisant pour que Blaise repasse rapidement Evangeline à Granger et se place derrière lui.

Drago lâcha un souffle, halluciné. C'était lui qui venait de recevoir du jus de citrouille et c'était cette minable petite belette qui se comportait comme s'il avait insulté sa vertu !

-Weasley, aurais-tu perdu les quelques neurones qui habitaient encore ta petite tête rousse ?

La main de la jeune femme se crispa un peu plus mais elle se contenta juste de continuer de le regarder avec violence. Si le frère et la sœur étaient en ce moment même l'incarnation même du feu, le blond était celui des neiges éternelles, tout plein de mépris pour ces fous qui l'agressaient sans raisons.

Lui aurait eu des raisons de faire souffrir cette garce. Mais il ne lui avait rien fait, il s'était efforcé de l'ignorer, alors pourquoi la regardait-elle à présent ainsi ?

Il sentit soudain de la magie le toucher et sursauta légèrement en reconnaissant le pouvoir caractéristique de Potter. Certains pourraient penser que comme il était à Gryffondor, sa magie semblerait aussi faite de feu, surtout avec la couleur rouge qu'elle prenait quand elle se matérialisait à l'œil nu, mais ce n'était pas le cas. Ça ressemblait plutôt à une bourrasque d'air, assez semblable à celle qui vous frappe sur un balai. Drago avait suffisamment eu d'occasion de la tester, se faisant figer, projeter dans les airs ou bien déchiqueter par celle-ci.

Pendant quelques secondes il craignit que le brun se soit réveillé et rappelé qu'il était censé défendre ses amis miséreux, mais en fait, la bourrasque se contenta de le caresser et le liquide poisseux disparu. Potter lui avait lancé un sort de nettoyage. Décontenancé, et pas tout seul à l'être puisque Pansy et Blaise avaient la bouche pendante, il vit le gryffondor se porter à ses côtés, lançant des regards sévères et douloureux aux deux roux qui leur faisaient face de l'autre côté de la table.

Un langage silencieux semblait s'être lancé, que Potter gagna puisque la fratrie Weasley se détourna pour quitter la Grande Salle, non sans foudroyer une dernière fois du regard Drago.

*Bein dis donc, les relations entre nos deux familles ne sont pas prêtes de s'améliorer…* Songea t'il distraitement.

Pas comme s'il en avait quelque chose à faire.

Là, il avait plutôt affaire à un Potter TRÉS étrange. Il baissa la tête vers lui en espérant que le brun capterait son regard.

-Hum ? Lui lança-t-il ses yeux verts brillants de candeur.

-« Hum ? » ? L'imita t'il. Il n'y a pas quelque chose qui devrait te chiffonner là le balafré ? Sans parler du fait que tu t'es indubitablement trompé de côté, ais-je l'air de quelqu'un qui a besoin qu'on le défende ?

Le brun se rembrunit et évita de nouveau son regard, provoquant comme une pique de douleur dans la poitrine du blond.

-Je n'ai pas le temps de jouer à tes petits jeux Malefoy. J'ai des choses à faire avant d'aller voir ta mère tout à l'heure. Hermione a accepté de garder Evangeline jusqu'à mon retour alors si Blaise veut encore la voir, il n'a qu'à s'adresser à elle.

Il se tourna vers Granger qui hocha la tête et désigna son poignet, comme pour montrer une montre.

-Vas-y Harry, file. Les Gobelins ne sont pas très patients.

-Je sais. A tout' alors.

Et il attrapa un croissant dans une panière avant de prendre congé sans un regard pour les serpentards. Drago suivit sa silhouette sans rien dire, tout aux pensées que le gryffondor avait fait ressurgir en parlant du rendez-vous avec sa mère.

Et puis lui revint brusquement les paroles de son parrain hier soir, ou plutôt très tôt ce matin :

« Potter fait partie de l'équation »

Oui, eh bien, il n'était pas près de retrouver le contrôle de quoique ce soit si le Survivant décidait de continuer à se montrer aussi imprévisible que ce matin !

A suivre…

Et c'est parti, le match Drago/Ginny est lancé. Peut-on considérer que c'est u pour l'instant ? J'espère que vous avez aimé de passer du côté où l'on ne sait pas grand-chose et d'en apprendre un peu plus sur les serpentards et le début de l'année scolaire ?

Bon le chapitre suivant est juste « ultra » long (bon il y a plus long, hein, c'est une affirmation comparée à mes premiers chapitres), en fait mes chapitres s'allongent sans que je le veuille, du coup ça me prend plus de temps pour les rédiger. Du coup, je suis désolé, mais à moins que j'arrive à finir le chapitre 17, je vais écarter un peu plus mes publications.

Chapitre suivant (lundi) : Un thé chez les Malefoy, menace à l'horizon pour l'ancienne et noble famille…