FF_15556437_596637962 Glossaire Khazalid

Krontukald : Chronique du Second Âge

Kazak Grungraz : Les Forges de la Guerre

INDEX

Table des matières

INDEX 2

Généalogie du Peuple Nain 3

Cartographie 4

Fresque des personnages 7

Prologue : Um Dolgronaz Rinkaki - les Axiomatiques 9

Chapitre 1 : Mhornar Thagi – Draskar l'assassin 15

Chapitre 2 : Erekaz Strollen -Aterrement 38

Chapitre 3 : Urbar Gor – l'armée de Kohl 57

Chapitre 4 : Rhun – l'Art de la Magie 83

Chapitre 5 : Siège 84

Chapitre 6 : Gorak Grungraz 85

Chapitre 7 : Escarmouches 86

Chapitre 8 : Découverts 87

Chapitre 9 : Double bataille 88

Épilogue : les rencontres de Magrim 89

Glossaire Khazalid 90

Généalogie du Peuple Nain

-Duka (la première née) – l'aîné – l'enfant chérie du Primordial Rual

| Créa les quatre seconds nées – les puînés

- Dolgrim le Gardien des Secrets – qui resta de pierre

- Draskar le Dernier Recours – qui resta d'obsidienne

- Bolka la Dame d'Or – la maison des Mères

- Orifra – ouvrière des gemmes (père Grondinar) – mariée à Kilond

- Noratia – celle qui tisse le Mithral (père Tarak) – mariée à Bazguk

- Volgit la Matriarche – la lignée des Matriarches

- Gilaed – la flamme du foyer (père Angrad) -mariée à Aradin

- Nurabela – l'alliée sûre (père Kohl) – mariée à Thorval

- Glorideth – la gardienne de ce qui brille (père Trud) – mariée à Helkraal

- Bida – le souffle de la colère (père Magrim) – mariée à Belurt

- Harlydd – dévouée à la vengeance (père Drangdvit) – mariée à Falthaï

Puis les sept troisièmes nées – les cadets

- Angrad le Seigneur du Feu – la lignée des seigneurs des profondeurs

- Bazguk – chevaucheur de lave (mère Volgit) – marié à Noratia

- Magrim le Seigneur des Airs – la lignée des seigneurs des cimes

- Thorval – noble messager (mère Volgit) – marié à Nurabela

- Grondinar le Bâtisseur – la lignée des architectes

- Helkraal – divine forteresse (mère Bolka) – marié à Glorideth

- Kohl le Gardien des Serments – la lignée des gouverneurs des grands Halls

- Kilond – puissant ami (mère Volgit) – marié à Orifra

- Tarak le Forgeron – la lignée des maîtres fondeurs

- Aradin – sang de la forge (mère Bolka) – marié à Gilaed

- Trud le Porteur de Défis – la lignée des gardiens des portes

- Falthaï – force broyant (mère Volgit) – marié à Harlydd

- Drangdvit le Vengeur – la lignée des gardiens des rancunes

- Belurt – premier berserker (mère Volgit) – marié à Bida

CartographieFresque des personnages

Primordiaux

Ulmo : gouverneur de toutes Eaux, une des quatre puissance qui façonna le monde, Primordial qui peut conférer l'immortalité

Rual : gouverneur de toutes Roches, une des quatre puissance qui façonna le monde, Primordial qui engendra les nains

Ajax : gouverneur de toutes Flammes, une des quatre puissance qui façonna le monde, Primordial qui conféra ses pouvoirs à Angrad

Celene : gouverneur de tous Cieux, une des quatre puissance qui façonna le monde, Primordial qui a lié Magrim aux gryphons.

Nains

Angrad : Karugromthi, patriarche et Seigneur du Feu

Kohl : Karugromthi, patriarche et gardien des serments

Volgit : Karugromthi, reine

Bolka : Karugromthi, grande prêtresse

Draskar : Karugromthi, immortel, assassin, maître des ombres

Grondinar : Karugromthi, patriarche bâtisseur

Drangdvit : Karugromthi, patriarche vengeurs

Kilond : Gromtrommi – prince, fils de Kohl

Gulnyr : Gromtrommi - acier, guerrier proche de Kohl, membre de la précédente expédition

Hodrik : Throngrink - acier, éclaireur, membre de la précédente expédition

Kramir : Throngrink - étain, combattent des tunnels , membre de la précédente expédition

Kvinn Damnir : Throngrinn - acier, Kvinnkazhunki

Garagrim : Gromtrommi – acier, vétéran et commandant

Svava Tresse d'Acier : Gromgrini – étain, maîtresse de siège

Uther Main de Granit : Gromtrommi – acier, général

Dolgr Gruntidrengi : Throngrink – acier, tueur sous serment, tueur de

Maître Kallon : Throngrink – étain, archiviste, spécialiste d'Urbar Gor

Sifna, Ungrim et Oldor : Altgrini et Altrommi - chevaucheurs, éclaireurs de l'armée et spécialistes de Gori Zorn

Faratinr, Rorek et Nyrn : Throngrinn et Throngrink – Gottalrink de Dolgr

Axiomatiques – peuples d'au delà des Neuf Plans

Quintus-Nubia : axiomatique régénérateur d'Esprits-Dieux

Lhkasha-Aphosax-Custodes : Esprit-Dieu protecteur du goulot d'Aphosax 4

Giganthropes

Gog : premier Ogre-Mage, première calamité de Dol Urk, peu être de ce monde

Zurtur Lame-Noir : Zharr Gronti, ancien capitaine du Botaan, repentit

Maître exécuteur Varron : Mhornar Gronti, ancien élève et maître de Draskar

Prologue : Um Dolgronaz Rinkaki - les Axiomatiques

Par delà la Barrière…

De nombreux dégâts étaient à déplorer après l'issue de l'incident trente quatre survenu au goulot menant au plan solitaire d'Aphosax quatre.

Quintus-Nubia travaillait sans relâche depuis maintenant quarante cycles afin de réparer les dégâts, mais surtout ranimer l'esprit-dieu Lhkasha-Aphosax-Custodes. Il fallait qu'il reprenne sa sacro-sainte tâche au plus vite : veiller à la séparation des plans. Quintus-Nubia, et les autres axiomatiques détachés par l'Axiome-Agrégat, avaient priés continuellement depuis leur arrivé. Suivant les prières-procédures dictés par l'Axiome-Necesse-Extruo, les ritualistes avaient procédé à la purification du corps de l'esprit-dieu. Mettant à la disposition de Lhkasha-Aphosax-Custodes plusieurs membres fraîchement sortit de la Necesse-Officina, Quintus-Nubia s'extasiait devant la puissance de l'esprit-dieu. À peine conscient, celui-ci commençait déjà sa transe régénératrice, attirant à lui les membres qui remplaceraient bientôt ceux qu'il avait perdu au combat.

Les esprits-divinités, amenés par Quintus-Nubia et les autres axiomatiques, avaient déjà pris place dans le verrou-forteresse-planaire, afin de prendre la relève de ceux qui avaient rejoins les cristaux de la Loi. Les anciens esprits-divinités protégeant la place avaient défendus les pylônes de l'Ordre, au prix de leur existence matériel. Leur essence avait rejoint la Loi, et ils reviendraient peut-être habiter une nouvelle enveloppe matériel si l'Axiome-Necesse-Extruo faisait en sorte que ce soit.

Avec rapidité et aisance, les esprits-divinités, progéniture de la Loi, avaient purgé le verrou-forteresse-planaire des derniers rejetons du chaos qui hantaient la place. Ils avaient été maintenus en échec par l'esprit-dieu, malgré sa transe mortuaire. Lhkasha-Aphosax-Custodes avait empêcher le Protéen de dénaturer le verrou.

Pourtant, le verrou-forteresse-planaire était dans un état de délabrement avancé, et nécessiterait une bonne centaine de cycle de travaux pour le restaurer. Comme aucun des pylônes de l'Ordre n'avait été abattu, Quintus-Nubia et les autres axiomatiques pourraient en tirer l'énergie nécessaire à la réalisation de cette tâche. Évidement, tout ceci ne pourrait être entrepris qu'après le réveil de l'esprit-dieu.

Dès que la conscience de Lhkasha-Aphosax-Custodes émergerait de sa transe régénératrice, il se reconnecterait aux pylônes et élèverait le bouclier néguentropique. Stabilisant par là même l'amas planaire, l'esprit-dieu empêcherait les fluctuations d'énergies, harmonisant le goulot sur la trame astral.

Dès lors, protégé des atteintes déstabilisatrices du Protéen, ou des machinations des Anciens-Exilés, les axiomatiques pourraient effectuer les restaurations ainsi que les adaptations nécessaires au verrou-forteresse-planaire. L'esprit-dieu communiquerait les nouvelles transgressions utilisés par les agents du Chaos à l'Axiome-Agrégat qui cogiterait ses données. Au travers de la Loi, l'Axiome-Agrégat trouverait de nouvelles formules afin d'empêcher les transgressions, les transmettant à l'Axiome-Necesse-Extruo et à l'Axiome-Civitas-Extruo. Ces derniers expérimenteraient des solutions techniques afin que les enveloppes matériels des esprits-divinités, ainsi que les constructions de l'Axiome, puissent résister aux assauts incessant du Chaos. Le nouveau dogme-système ne tarderait pas à être enseignés aux axiomatiques, et Quintus-Nubia espérait que les pylônes de l'Ordre l'imprégnerait bientôt de ce divin savoir.

Les dégâts, désintégrations et perversions, subséquentes à l'incident trente quatre, étaient insupportables, profondes, et bien trop étendus. Quintus-Nubia, lors de sa dernière singularisation, avait pratiqué l'extension de l'Axiome dans le verrou-forteresse-planaire du goulot d'Aphosax quatre. Au service de l'Axiome-Civitas-Extruo, ce zélé serviteur avait participé à la célébration-cristallisation d'un cinquième pylône de l'Ordre, puis à l'accroissement dimensionnelle du verrou-forteresse-planaire. De nouvelles salles de scrutations avaient été invoquées, ainsi que de chambres de prières, des places d'armes et d'autres aménagements réservés aux esprits-divinités. Une Astral-Officina avait même était installée, prouvant que l'Axiome-Agrégat apportait de plus en plus d'importance à cet zone reculé de l'archipel planaire quatre.

Le concile, qui entraîna la précédente singularisation de Quintus-Nubia, avait été particulièrement long, tant le multi-esprit-axiomatique de L'Axiome-Agrégat avait dû compiler de données. Finalement, l'interprétation de la révélation issu de ce synode avait conduit Quintus-Nubia à étendre la présence planaire de l'Axiome au goulot d'Aphosax quatre.

Puis les rejetons du Chaos avaient assaillit le verrou-forteresse-planaire, pour la trente quatrième fois depuis que Lhkasha-Aphosax-Custodes en avait la garde. Jamais encore, l'esprit-dieu n'avait dû se plonger dans une transe mortuaire. Si les cinq pylônes avaient ainsi été épargnés, le reste de la construction planaire avait souffert des affres du Chaos. De nombreuses prières-procédures devraient être entreprises afin de purger le système de l'entropie induite par les machinations du Protéen…

Quintus-Nubia rougit d'avoir laissé son esprit dériver si loin. L'esprit-dieu n'avait franchit que sept de douze strates le séparant de la conscience. Il fallait que tous s'activent à appliquer les prières-procédures, afin d'aider Lhkasha-Aphosax-Custodes à franchir les cinq dernières étapes de sa réhabilitation.

Concentrant son corps matériel de poussières ionisés, le zélé serviteur fit naître les excroissances physiques imposés par le dogme-système pour réaliser les prières-procédures appropriés.

Quintus-Nubia connaissait bien les caractéristiques structurelles du corps matériel de Lhkasha-Aphosax-Custodes, ainsi que les spécifications d'incarnations de l'esprit-dieu. Depuis les vingt deux derniers incidents, le zélé serviteur avait été singularisé de l'Axiome-Agrégat, mit à disposition de l'Axiome-Necesse-Extruo afin de servir le gardien du goulot d'Aphosax Quatre.

À ce stade, Lhkasha-Aphosax-Custodes avait choisit ses nouveaux membres. Quintus-Nubia ne fut pas surpris pas les choix de l'esprit-dieu. Contrairement à ses semblables, le gardien d'Aphosax quatre préférait les épées bâtardes de disruption. Tranchant aussi bien la matière que les liens astraux sous-jacent, elles étaient ses armes de prédilection. Par contre, le choix d'une lance de synchronisation planaire troubla le zélé serviteurs. Quelles créatures avaient donc assaillit l'esprit-dieu, pour qu'il juge nécessaire de s'équiper d'un tel instrument. À n'en pas douter, la sagesse de Lhkasha-Aphosax-Custodes était infiniment supérieur à celle de Quintus-Nubia, et sûrement plus grande que celle de l'Axiome-Agrégat, tant les esprits-dieux communiaient avec la Loi.

Le gardien d'Aphosax quatre avait reconnecté tous ces membres physiques, plaçant de facto sa réhabilitation en stade huit. Pourtant, il semblait toujours bloqué à la septième strate. Quintus-Nubia suspecta qu'un blocage ralentissait l'éveil de l'esprit-dieu. Inspectant la sainte-nomenclature, mise à jour par le zélé serviteur quand Lhkasha-Aphosax-Custodes avait choisi ses nouveaux membres, ce dernier entrepris une vérification systématique de toutes les correspondances, ou écarts avec le dogme-système.

Cette tâche fastidieuse prendrait des cycles à Quintus-Nubia, mais les ajustements qu'il avait opéré auprès du sacro-saint gardien du goulot, depuis les derniers incidents, l'avait rapproché de ce dernier. L'axiomatique espérait ainsi être touché par la grâce d'une vision, envoyé par l'esprit-dieu, afin de devenir l'instrument de sa volonté. En attendant, le zélé serviteur vérifia que les nouveaux membres de Lhkasha-Aphosax-Custodes avaient atteint les harmoniques spécifiés.

C'est alors qu'il harmonisait les niveaux d'énergie dans le pouce tenant la lance de phase, que Quintus-Nubia fût touché par la grâce. Des visions vinrent s'imposer dans son esprit. Quoique pleine de bienveillance, elles frappèrent durement le zélé serviteur. En effet, elles débordaient d'entropie. Pourtant, un bref instant après avoir été troublé, Quintus-Nubia fut parcourut d'allégresse. Si les visions de tant de quantum déséquilibrés l'avait d'abord mortifié, ils étaient purgés sous l'effet de prières-procédures, ramenant l'équilibre et la neutralité.

L'esprit-dieu envoyait des commandements à son zélé serviteur, afin qu'il devienne son instrument, et ainsi le débarrasser de toute entropie chaotique. Porté par son dévouement, Quintus-Nubia fragmenta son corps afin de pénétrer de ce sancto-sanctorum : le corps de l'esprit-dieu. Les visions continuaient de le submerger, transcendant son esprit par des savoirs incompréhensible à un simple axiomatique, mais que recelaient la toute puissance de la Loi.

Pourtant, un instant, la crainte retint le zélé serviteur. Et si ces visions n'étaient que manipulation du Protéen ? Ce pourrait-il que de malicieuses visions ne le frappent afin qu'il empêche le réveil de l'esprit-dieu, ou pire, qu'il y propage le déséquilibre blasphématoire ?

Si les visions continuaient de submerger Quintus-Nubia, l'axiomatique fit une pause. Savant tel un zélote sur le dogme-système, et instruit de la sainte-nomenclature comme seul un fidèle dédié peu l'être, Quintus-Nubia rapprocha les visions de ses connaissances. Tout doute disparût bientôt, tandis que les visions s'agençaient pour se superposer aux sciences de la Loi. L'esprit-dieu, comprenant les réticences de son instruments à appliquer des prières-procédures peut-être extérieurs au credo, rassurait son zélé serviteur.

Transporté d'allégresse, Quintus-Nubia se laissa porter par les visions envoyées par Lhkasha-Aphosax-Custodes, corrigeant quanta par quanta les défauts d'harmoniques, purgeant ainsi le corps de l'esprit-dieu de l'entropie chaotique qui le hantait.

Il fallut seize cycles à Quintus-Nubia pour bannir l'entropie du corps de Lhkasha-Aphosax-Custodes. Comme débarrassé d'une ultime infection, l'esprit-dieu atteignit la huitième strate instantanément, puis les dernières étapes de l'instance-réveille s'enchaînèrent.

Neuvième strate, l'esprit-dieu raffermit ses liens avec les pylônes. Ces derniers s'harmonisèrent sur le gardien sacrée. Un déferlement d'énergie canalisée vint recharger le corps de Lhkasha-Aphosax-Custodes.

Dixième strate, le divin gardien du goulot d'Aphosax quatre régénéra le bouclier néguentropique. Depuis un point situé au cœur de l'esprit-dieu, une sphère grandissante vint balayer le verrou-forteresse-planaire puis l'éther interplanaire. Tous purent sentir la vague purificatrice déferler jusqu'aux limites du goulot, restaurant l'Ordre, appliquant le dogme-système suivant le très saint credo de la Loi. Quintus-Nubia sentit les insidieuses atteintes du Chaos le quitter. Les déséquilibres qui l'avaient touchés, tandis qu'il purifiait l'esprit-dieu, et qui s'étaient infiltré en lui, jusque dans ses quantum, disparurent.

Onzième strate, le corps de l'esprit-dieu se mut enfin, réinvestit de la toute puissance de Lhkasha-Aphosax-Custodes. Les anneaux d'alliages métallique à la base de son corps reprirent leur lévitation. Ils se séparèrent alors que l'énergie circulait de nouveau en eux et entre eux. Les six bras du tronc spectrale tournèrent en tout sens, selon un rituel-test bien connus de Quintus-Nubia. Le divin gardien vérifiait son intégrité structurelle, sa motricité et son contrôle. Cette phase fut plus longue que d'habitude, sûrement afin que la lance de phase soit correctement calibré. Enfin, Quintus-Nubia put de nouveau goûter à la félicité du contact avec l'esprit-dieu, car ce dernier mit à jour la sainte-nomenclature dans l'esprit de son zélé serviteur.

Douzième strate, enfin, Lhkasha-Aphosax-Custodes s'éveilla complètement.

« Je salut la méthodique progéniture de la Loi, lança le divin gardiendans les esprits axiomatiques assemblés autour de lui. Vous avez agit avec zèle, ordre et intelligence. Grâce à vous, le Loi opère de nouveau dans cette section du multivers, et les plans resteront séparés. »

Les axiomatiques se prosternèrent devant le divin gardien, qui pouvait à présent poursuivre sa tâche sacrée pour les cycles à venir. Déjà, Lhkasha-Aphosax-Custodes avait établis un lien avec les autres esprits-divinités, car tous s'agençaient avec ordre et discipline pour protéger efficacement le verrou-forteresse-planaire.

L'instant suivant, les axiomatiques envoyés par l'Axiome-Civitas-Extruo se lancèrent dans les réparations de la place, et Quintus-Nubia et ses acolytes se préparèrent à traverser le portail interplanaire, afin de rejoindre l'Axiome-Agrégat.

Une injonction les retint.

Se retournant vers l'esprit-dieu, le zélé serviteur s'inclinât respectueusement en attendant ses incrustions.

« Dignes résultant de l'Axiome, je dois vous confier une lourde tâche. Vos esprits doivent devenir le vaisseau qui conduira mes expériences jusqu'à l'Axiome-Agrégat. Je ne puis plus compter sur les communications astrales, de peur de ce qui pourrait les intercepter, les décoder et peut-être même les corrompre. Je vous prie de bien vouloir faire place dans vos espaces cognitifs, afin de protéger et livrer ces précieuses informations. »

Évidement, tous les axiomatiques présent acceptèrent cette requête-commandement. Quintus-Nubia aussi, mais avec beaucoup de peine, sachant qu'il devrait sacrifier une partie de sa mémoire pour effectuer cette tâche. Le choix fut rapide, et le zélé serviteur effaça tout ce qui n'était pas en rapport avec le très saint Lhkasha-Aphosax-Custodes.

Dès que chacun eu libéré l'espace cognitif nécessaire pour recevoir les visions de l'esprit-dieu, ce dernier commença à décharger en eux son expérience de l'incident trente quatre.

Tous hurlèrent de terreur. Certains sombrèrent même temporairement dans la démence.

Quintus-Nubia avait tenté de préparer son esprit à ces visions, sachant que l'incident avait infecté jusqu'aux quantum du divin gardien. Pourtant, rien n'aurait pu le préparer à la dévastation cosmique que l'un des Anciens-Exilés avait fait déferler sur le goulot planaire, aux abominations qu'Il avait fait naître puis lâchées sur les esprits-divinités, ni aux palimpsestes déformés de lois bafouées que le Dieu Abomination avait utilisé pour corrompre Lhkasha-Aphosax-Custodes.

C'est commandé par les injonctions de l'esprit-dieu que Quintus-Nubia traversa le portail, submergé par des terreurs blasphématoires, à jamais marqué par le Chaos...

Chapitre 1 : Mhornar Thagi – Draskar l'assassin

Le Botaan, entre le plan matériel, le plan éthéré et celui des ombres

L'antre de la bête.

Onzième jour du premier mois d'Ulmo

Vingt deux heures après la clôture du conseil

Il est dit dans les chroniques du Premier Âge que les deux immortels, Dolgrim et Draskar, profondément occupés à œuvrer pour le peuple de Duka à une échelle cosmique, ne se soucieraient que peu des affaires des mortels. Pourtant, il arriva, au cours des Âges, qu'ils viennent à s'en soucier. De mémoire de nain, ce ne fût que pour écarter de grands troubles du Chemin Doré.

Histoire du peuple de Duka à l'attention des jeunes nains.

Depuis le plan des ombres, Draskar observait le Botaan.

Les brumes s'étaient assagit après l'apothéose chaotique de la précédente conjonction. Pourtant, l'assassin percevait des formes qui rôdaient en limite de son champ de vision. Draskar ne s'en alarma pas, étant lui même une de ces formes. Il n'avait eu, jusqu'à présent, qu'à esquiver les dangers habituelles du plan des ombres.

Ses ombres, par contre, avaient été particulièrement active : elles avaient compris que Draskar se mettait en chasse et qu'une nouvelle victime viendrait bientôt les rejoindre. L'assassin les avait vite fait taire, les replongeant dans l'oubli, pour un temps du moins.

Aussi sûrement que les ombres mouvantes recelaient les bribes des futurs en construction, elles laissaient aussi ressurgir les échos du passée.

Voilà bien longtemps que Draskar s'était accommodé des résurgences de ses nombreuses victimes. Certaines, plus persistantes que d'autres, ou plus obstinées, venaient le tourmenter, essayant de l'attirer dans les limbes. Le maître des ombres, rôdant dans les contrées ténébreuses depuis déjà un millénaire, avait appris a éviter leurs pièges, user de leurs savoirs puis les réduire au silence.

Si ces échos venaient l'importuner, ils n'étaient pas non plus légions. Draskar n'avait pas plus d'un millier de meurtres à son actif, usant de son pouvoir de mort avec parcimonie. Malheureusement, la grande majorités des victimes de l'assassin étaient des esprits forts, des êtres d'exceptions de leur vivant, et leurs ombres restaient vivace, des siècles durant.

L'un des plus grand assassin que Draskar ai affronté, puis tué, se montrait bien plus coriace que les autres. Le maître des châtiments Varron, le plus grand exécuteur qu'ai jamais fait naître la race des géants des ombres, persistait à échapper aux techniques de Draskar, se manifestant à loisir. Maître Varron avait un temps enseigné au nain d'obsidienne, alors que l'exécuteur quittait le service des puissants seigneurs de ce plan ténébreux, pour de parfaire son art morbide. Draskar savait, à l'époque, que maître Varron chercherait à le tuer, et qu'ils se lanceraient bientôt dans une danse macabre et un jeu de cache cache funeste. C'était inévitable, car c'était de cette manière que Draskar et Varron avait hissé leur art du meurtre, aiguisant leurs techniques à chaque victime.

Draskar avait gagné, mais Varron ne s'avouait pas vaincu. Même au-delà de la mort, à travers son échos hantant Draskar, l'exécuteur continuait de vivre. Il devait avoir percé quelques secrets métaphysiques, pour pouvoir ainsi défier les limbes et l'inéluctable oublie engloutissant toute conscience. Devenu maître de sa propre disparition, le maître exécuteur Varron survivait à travers Draskar.

Le géant des ombres était l'un des esprits les plus rusés que le nain d'obsidienne ai jamais rencontré : raison pour laquelle la résurgence du maître exécuteur se manifestait à loisir. Pourtant, Varron ne cherchait pas à tourmenter Draskar. Le nain d'obsidienne était désormais le vaisseau transportant l'écho de l'exécuteur, et se dernier ne souhaitait pas le saborder. Ainsi, Draskar n'était jamais véritablement seul, les ricanements moqueur de maître Varron résonnant toujours depuis une ombre en limite de son champ de vision.

« Tu pars sur la piste d'un gros poisson, mon talentueux apprentis… Mais cette fois, es-tu sûr d'être le prédateur ? ou la proie, ha ha ha ha ha …

- Ni l'un, ni l'autre répondit le nain d'obsidienne à cet ancien adversaire et mentor. Nous sommes toujours les deux. C'est toi qui me l'as apprit. Le chasseur ne se garde pas de ses propres traces, et cela lui coûte la vie.

- Mes leçons ont porté leurs fruits, je vois… Je suis assez curieux de connaître ton plan, Gog vit dans une forteresse au, mille, et un, périlles … Ha, Ha, HA, Ha …

- Observer et se taire gronda Draskar, cherchant à repousser la résurgence de l'exécuteur dans les méandres du plan des ombres.

- Excellente réponse, mon très cher élève, observons donc ... »

Varron fini par se taire, disparaissant, pour un temps du moins, dans les méandres du passé de Draskar. Enfin débarrassé de l'inopportune résurgence du maître, l'assassin pût continuer à scruter les brumes solidifiées du Botaan.

Depuis les pentes vaporeuses de Karak Naar, Le maître des ombres observait les formes mouvantes, devenues au combien trop certaine : le miroir de la maudite cité des ogres-mages. Draskar tentait d'y discerner un avenir funeste, un changement récent ou une résurgence déplacée. À ses pieds, s'étendait le sinistre col d'Ogri Kadrin, la passe aux ogres, le pont détestable reliant Dol Urk et Dol Vongal.

Au nord du col aux ogres : la fange stagnait. Depuis les pentes de Karak Naar et jusqu'à la Tarim, le miroir des ombres ondulait au grès des vapeurs s'élevant d'un charnier centenaire. Les ombres avaient été marquée par les barbaries perpétrés en ces lieux, l'imprimant dans sa facette du plan des ombres. Draskar savaient qu'il était dangereux de s'aventurer dans cette forêt clairsemée, parsemée des ombres des cadavres dévorées, corps torturées cherchant à se venger sur quiconque errerait dans leurs bois.

À l'ouest : les bas fond, le marché aux esclaves et la fosse, balafraient le miroir des ombres. Il était marqué des terribles évènements qui avaient ensanglanté ces lieux du plan matériel. Les bas-fonds, peuplés par les pires soudards écumant Dol Urk et Dol Vongal depuis le Premier Âge, étaient le théâtre de sanglantes altercations, de meurtres démonstratifs et de vendettas implacables. Les ombres avaient finies par être imprimées des sordides activités de ces sinistres occupants, singeant leurs funestes occupations sur quiconque tentait de les traverser.

Le marché aux esclaves était plus calme, quoique secoué des larmoiements sempiternelles des pauvres âmes ayant rejoint les limbes, coincées dans les cages suspendus et les parcs à bestiaux.

Plus au sud-est, la fosse plongeait, dévalant le bord de la falaise sud d'Ogri Kadrin, frontière naturelle entre le col aux ogres et le bois aux trolls. Draskar pris un long temps afin de scruter le miroir de ce lieu maudit. La fosse était plongé dans sa sinistre tranquillité. Ce lieu, sur le plan matériel, était l'abjecte trou dans lequel la populace mal famée du Botaan précipitait toutes sortes de créatures. Cadavres encombrants, esclaves invendables, condamnés à mort, rivaux empoisonnées, tous finissaient jeté dans de gouffre macabre. La plupart des suppliciés s'empalaient sur l'une des nombreuses piques, fichées dans les parois du gouffre. Suspendu, souffrant le martyr, ils mouraient à petit feu, torturés par les enchantements des ogres-mages.

L'agonie des malheureux pouvait durer plusieurs semaines, avant que la mort, miséricordieuse, ne vienne mettre fin à leurs tourments. Alors, les restes de ces morts finissait par tomber dans les profondeurs du gouffre. Là, les trolls venaient se repaître de ces chaires pourrissantes, dévorant cadavres et convives dans des banquets frénétiques. Draskar avait souvent observé ces festins ignobles depuis les ombres, notant les agissement des sorcières du bois aux trolls : elles bénissaient ces ripailles impies de leurs magies dévorantes.

La fosse était toujours d'une grande tranquillité, car son ombre digérait le futurs des malheureux, se repaissant de leur passée. Toujours attentif, Draskar ne vit aucunes modifications notables depuis son dernier passage. La fosse était toujours en sommeil. L'éveille de l'esprit terrible qu'y faisait germer les sorcières trolls, ne serait pas pour cette Âge. Draskar redoutait la monstruosité ténébreuse en gestation dans ce lieu sinistre, craignant qu'elle ne se mette un jour en travers du Chemin Doré du peuple de Duka.

Mille et un périlles étaient en devenir, et Draskar les surveillait tous depuis le plan des ombres. Tout immortel qu'il était, seul les quatre Primordiaux avaient le potentat de faire advenir avec certitude certains des futurs possible, ou bien des les bannir dans les limbes.

Extirpant ses sens de la fosse, Draskar s'intéressa à la demeure des sorcières dévorantes.

Au sud : les camps Vongal et le bois aux trolls s'étendaient parmi les ombres torturées et racornies. De vastes étendues de forêts couraient au pied d'Ogri Kadrin, jusqu'au bras sud de la Tarim. Seul les flots vengeurs du fleuve impétueux avaient pu stopper la progression du bois maudit. Animé d'une sauvage magie des bosquets, faune et flore avaient pris des proportions angoissantes, et des formes préoccupantes. Les sorcières devaient être les instigatrices de cette malédiction, à moins qu'un sombre pouvoir, similaire aux bosquets, ne se cache sous les frondaisons des arbres pourrissant. Dolgrim, lui, supputait que les trolls, et leur culte primitif à deux des six ombres, avaient pervertit la magie des bosquets en une nouvelle forme de pouvoir, échappant au contrôle des Tréants.

Mais les deux immortels, fidèles aux décisions du peuple de leur mère, ne prévoyaient pas d'interférer avec les sinistres habitants du bois aux trolls. Il s'agissait ici d'un problème lié aux bosquets, aussi n'avait-il aucune juridiction. Le miroir du bois, saturé de vapeurs animés presque consciente, interdisait tous passage à Draskar, à moins d'en passer par les armes. Peuplé de sombres pensées, échappées de la conscience d'une des six ombres, le miroir du bois était jalousement gardé de toute intrusion.

Plus à l'est, sous Ogri Kadrin et par delà l'un des bras de la Tarim, les camps de Vongal étaient pareils à eux-même. L'inquiétante présence des hordes bestiales et des ogres-mages avait laissé son empreinte. Sur ces contreforts, parsemés de sinistres bastions habités de terribles anthropophages, la marque du Botaan avait clairement infusé dans les ombres. La goutte de la magie de sang et la masse de la barbarie suppurait de tous les échos et de toutes les résurgences émis depuis ce plateau abhorré. Draskar n'aurait pourtant aucun mal à s'y déplacer, satisfait de dissiper quelques ombres de cette contrée si malsaine.

À l'est d'Ogri Kadrin, en remontant vers les sommets : la haute ville des ogres-mages mangeait les pentes de Karak Naar. Ce miroir était celui qu'il redoutait le plus de tout ceux déjà énumérés.

La fosse ne baignait pas autant dans le sang que cette sinistre cité.

La fange n'était pas autant chargé de charniers amoncelés au fil des siècles que ces tortueuses ruelles.

Le marché au esclave ne résonnait pas autant des cris des esclaves sacrifiés à la magie de sang que ces demeures funestes.

Les bas-fonds n'étaient pas autant témoins de sinistres complots, meurtres, et rituels monstrueux, ni plus marqués que par les rivalités diaboliques auxquelles se livraient les ogres-mages.

Les ombres de la cité des ogres-mages étaient fidèle à elle-même, n'augurant rien de plus horrible que le quotidien de ce lieu maudit.

Finalement, Draskar s'intéressa aux lieux les plus néfastes, les plus dangereux et à l'avenir le plus funeste du Botaan.

Au centre du col : le Smurglyn macérait les immondices d'Ogri Kadrin. Ce marais putride inondait le col depuis la fange jusqu'aux falaises sud, se déversant au gré des saisons dans le bras Sud de la Tarim, infectant ces eaux.

Jadis lac de montagne, alimentés par les torrents et l'eau pure des profondeurs, il avait été corrompu par les monstres habitant Ogri Kadrin. Petit à petit, au fil des siècles, les eaux cristallines turquoises et émeraudes avaient été empoissonnées par les déchets qu'y jetait les soudards, souillées par les restes que les anthropophages y abandonnait et corrompu par la magie de sang qui y ruisselait depuis les hauteurs est d'Ogri Kadrin.

Les crues de printemps et les fontes de glaciers ne suffisaient plus à nettoyer les eaux salies d'Ogri Kadrin. Ainsi était née le Smurglyn, d'abord nauséabond, puis grouillant, et à présent acide. Seul quelques berges et méandres permettaient aux vermines de toutes sortes de grouiller dans cette mélasse putride. Mais en s'éloignant des rives, l'acide, et peut-être d'autres choses, dévorait la vie et toute forme de matière, digérant ce qui rejoignait le marais sordide du Botaan.

Les ombres étaient terribles ici, car le miroir laissait entrevoir les avenirs terribles qui surgiraient d'Ogri Kadrin. Nombreuses aussi, étaient les résurgences torturées, balbutiantes ou déchiquetées, qui s'échappait du miroir du Smurglyn. Au contraire de la fosse, le marais n'était pas un œuf a éclore, mais une blessure du passé, dont l'ichor infesterait les Âges à venir.

Enfin, plus à l'est encore que la haute ville, l'horrible temple de Gog surveillait Ogri Kadrin. La demeure de la pire calamité du Botaan surplombait la cité des ogres-mages, comme si le premier d'entre eux, alchimiste du sang noir et détenteur du chaudron, imposait par là sa suprématie sur ses créatures.

Une haine intense, doublé d'un effroi profond, traversèrent Draskar tandis qu'il scrutait le temple, attentif aux nombreux changements qui le chamboulaient.

Si l'amas grossier de roches avait naguère une netteté plus marqué dans le miroir des ombres, des nouvelles vapeurs l'entouraient, le masquant complètement à présent. L'assassin, qui avait bien étudié les vents éthérés qui avaient parcourut le plan des ombres pendant la dernière conjonction, savait en reconnaître les paternes chaotiques.

Les vents du chaos tournaient autour de la demeure de Gog. Se nourrissant de son passée, ils occultaient son avenir. Ainsi, ce lieu était maintenant soumis au caprice de ces vents éthérés, et très certainement aussi au destin du funeste présage...

Si Draskar était venu au Botaan pour tuer Gog, il lui apparaissait maintenant qu'il devait aussi enquêter sur l'étranger, et son lien possible avec l'œuf du chaos.

« Traque deux victimes, et tu n'en tuera aucune des deux se moqua Varron avant de laisser son rire narquois se fondre dans les méandres. »

Draskar savait tout cela.

Tandis qu'il chercherait à tuer Gog, il ne pourrait souffrir aucunes distraction, même si l'étranger devait se présenter. Cette diversion pourrait lui coûter la vie. À moins que l'étranger soit un puissant sorcier comme le récit des tengu et de Lame-Noire le réprouvé semblait l'indiquer. Face à un seul d'entre eux, le maître des ombres pourrait triompher, mais il doutait de pouvoir faire face à ces deux adversaires simultanément.

« Observer, maîtriser le terrain énuméra Draskar pour lui même, ainsi que pour Varron, afin qu'il ne se matérialise pas. Anticiper toutes les embûches. Repérer tout les pièges. Connaître tous les acteurs, maîtriser leurs actions, s'assurer de leur destins. Ne rien laisser au hasard. Tout savoir de la cible, exploiter ses faiblesses, la démunir de ses forces. Prévoir tous les angles d'attaques, anticiper toutes les parades, piéger toutes les fuites. Ne jamais pousser son avantage, esquiver toutes contre-attaques, ajourner au moindre doute. Toujours planifier sa retraite, maîtriser sa évasion.

- Ton mantra ne me sauva pas de tes griffes, mon talentueux apprenti, hi, hi, hi ...

- Tu ne le maîtrisait pas comme je le maîtrisais.

- L'orgueilleux finit toujours la gorge tranché hé, hé, hé, hé

- Un jour sûrement, mais les limbes devront attendre. »

Sachant quels périlles le guettait dans le plan des ombres, et ne souhaitant pas les laisser révéler sa présence, Draskar dénoua la matrice qui le ramena dans la plan matériel.

Voilà vingt deux heures, bientôt vingt trois, que Draskar avait prononcé sa sentence de mort sur Gog. Dès la fin du conseil, il avait plongé dans les ombres, les traversant jusqu'aux limites de Karak Naar, là ou Ogri Kadrin coupe la montagne. Le maître des ombres avait parcourut le quart du disque émergé en une vingtaine d'heures.

La nuit était reparue, et avec elle les astres nocturnes Lhunong et Lhuntuk, les yeux d'Ulmo. Ils avaient régénéré ses matrices. Il en était ainsi des pouvoirs du nain d'obsidienne, soumis au rythme du Primordial, inféodé par le pacte scellant son immortalité. Draskar ne savait quels arrangements liaient son adelphe Dolgrim et Ulmo, mais d'une manière ou d'une autre, le Gardien des Mystères avait du payer le prix.

Draskar, et supposément Dolgrim aussi, ne devait se mettre en travers des desseins du Primordial Rink de toutes Eaux. Le nain d'obsidienne ne pouvait se rendre sur le plan élémentaire de l'eau, ni sur ceux positif et négatif des Neuf Plans. Sur le plan matériel, il était bannis des profondeurs de la sphère immergé. Même si Ulmo n'y régnait pas sans partage, le Primordial en avait écarté Draskar, afin qu'il ne puisse prendre le partie de Rual ou quiconque contre Lui. De plus, comme l'assassin semait la mort, Ulmo lui interdisait d'user des secrets de l'immortalité pour ramener quiconque des limbes. Ultime bravade à Rual, cet adelphe de Duka ne verrait pas ses matrices régénérées par les alignements du Primordial des roches, mais par les yeux du Primordial des eaux. En contrepartie, Ulmo se désintéressait de Draskar et lui conférait l'immortalité. Le maître des ombres craignit le courroux de Rual, suite à l'accord passé avec Ulmo, mais les desseins des Primordiaux sont indicibles aux mortels et aux immortels…

C'est donc ressourcé par la venue de la nuit et le froid de la saison d'Ulmo que Draskar se fondit dans les ombres mouvantes des bas fonds.

Dévalant sans bruit les pentes de Karak Naar, le maître des ombres se rapprocha d'une des portes qui perçaient la palissade entourant le bourg mal famé. Deux sentinelles, des trolls doués de nyctalopie, secondés d'inquiétant molosses alertes, observaient les alentours. Les bêtes humaient l'air, cherchant toute proie qui pourrait approcher.

Professionnels, les trolls guetteurs avaient installé des fosses à feux à trente pas aux alentours de la porte ainsi que plusieurs torchères dans leur dos. La disposition des feux, le positionnement des sentinelles et le grand nombre de molosse condamnait toute approche furtive. Un troisième troll, caché dans la tour de guet surplombant la porte, immobile dans l'obscurité et prêt à sonner le cor d'alerte, complétait le dispositif.

Draskar le traversa sans effort.

Un millénaire de pratique l'avait élevé a sommet de son art funeste. Sans tuer aucune de ces créatures, afin que leur absence ne déclenche aucune alarme, Draskar déjoua l'attention de la garde. Les molosses ne purent sentir son odeur, masqué qu'elle était par celles des feux. L'assassin avait veillé à la couvrir suffisamment, avec mesure, en se rapprochant des fosses embrasées.

Ayant ainsi endormi la vigilance des molosses, le maître des ombres se déplaçait prestement, avec aisance, entre les ombres projeté. Surveillant les trois sentinelles, il veilla à toujours évoluer en lisière de leur champ de vision, ne leur apparaissant que comme un reflet périphérique de leur vision nocturne. En quelques instant, l'assassin avait passé la garde et arpentait les bas-fonds du Botaan.

Les gardes continuaient leur surveillance, sondant les ténèbres recouvrant Karak Naar. Draskar resta un instant dissimulé entre les Elgraz effondrés des bas-fonds, à quelques pas de la porte, pour s'assurer que les guetteurs ne sonnent pas l'alarme. Jamais les assassins, spadassins ou exécuteurs ne devaient pêcher par orgueil, et il fallait constamment assurer ses arrières. Si le maître des ombres était devenu le meilleur infiltrateur des Neuf Plans, il n'était pas sans faille.

Plusieurs des meilleurs tueurs de la secte des langues bifides avaient succombé sous les lames de Draskar et Varron, à l'époque et ces derniers chassaient de concerts, payant leur arrogance de leur vie. Depuis ce jour, le nain d'obsidienne ne cessa de regarder par dessus son épaule, afin de ne pas commettre les même erreurs que ses victimes.

S'étant assuré que son intrusion n'avait pas été signalé, le nain d'obsidienne se faufila entre les Elgraz entassés des bas-fonds du Botaan.

Draskar avait souvent arpenté cet amoncellement de bâtisses sordides, à moitié effondré. Comme d'autres lieux mal famé du plan matériel, c'était dans ces endroits que se déroulait Kazak Mhornar, et ceux depuis de nombreux siècles. Il était dans la nature du vivant de souhaiter la mort d'autrui. De nombreuses offres de services funestes s'alignaient face à une demande croissante, notamment dans les jeunes cités ou les aristocrates en tout genre se livraient à de sordides luttes d'influences.

Au fil du temps, alors que des cités fondaient des empires et que les frictions se multipliaient, les services funéraires anticipés se structurèrent. Organisations criminelles, sectes d'assassins, compagnies de spadassins à louer, loges hermétiques peu recommandables et exécuteurs dévoués s'étaient multipliés à travers les Neuf Plans. Une guerre des ombres, larvée, tantôt en coulisse - tantôt au grand jour, s'était installée entre tous ces acteurs. Draskar avait profité de Kazak Mhornar pour parfaire sa maîtrise de son art meurtrier, visitant pour cela les lieux les plus glauques et les moins recommandables des Neuf Plans.

Le nain d'obsidienne avait arpenté les caves visqueuses de Samothrace, nagé jusqu'aux tours immergées de Copaïs, erré dans les bazars parallèles de Massaliote et vadrouillé dans Vorsnag la gelé. Il y avait traqué et tué les plus habiles spadassins, les pires hermétiques et les nombreux adeptes des cultes de la mort fleurissant partout dans les terres émergées. Ses pas l'avaient aussi mené dans terres barbares de Dol Thingaz, Dol Vongal et Dol Urk.

Les peuples civilisés n'étaient pas les seuls à vouloir distribuer la mort par intermédiaire d'un tiers. Même au milieu des hordes barbares, des Vongal et autres hardes, pourtant pourvu en guerriers, Kazak Mhornar faisait rage. Les meurs impitoyables de ces contrées ne laissaient que peut de moyen aux faibles pour se défendre, ou se venger.

Une caste plutôt raffinée, au contraire de leurs clients, avait émergé sur ces terres barbares, se ramifiant malgré les distances. Les morts violentes étant monnaies courantes dans ces étendues sauvages, c'est pourquoi ils se dissociaient par leur signature. Souvent sans la moindre goûte de sang, et dans des circonstances paisible troublé par de terribles souffrances, leurs victimes trouvaient la mort sans coups portées.

Les cibles de cette caste mourraient de manièrent très diverses, communément en souffrant d'abominables douleurs et dont le résultat était immonde en générale. Certains étaient retrouvé dans un vomis sanglant qui leur avaient envahit les poumons. D'autres s'affaiblissaient à cause de quelques maux jusqu'à dépérir complètement, avant de tomber diminué entre les mains de leurs anciens suppliciés. Quelques uns tombaient tout simplement, convulsant frénétiquement au sol tandis que des spasmes funestes leurs ôtaient la vie.

Ces morts n'étaient pas celles de guerriers. La plupart des habitants de ces terres bestiales redoutaient de tels morts infamantes, les condamnant pour la vie d'après à n'être que des moins que rien.

Cette caste, autant traqué que redouté, se faisait appeler 'les empoisonneurs'. Aussi bien versé dans l'initiation, l'alchimie et les maléfices que dans la connaissances des plantes, des bêtes et des pierres, ils avaient acquis une sinistre réputation, à présent répandue partout sur le globe.

Draskar les surveillaient de prêt.

Contrairement à la plupart des cultes de la mort, des cercles hermétiques lugubre ou des compagnies de spadassins à louer, les empoisonneurs participaient peu à Kazak Mhornar. Au contraire des pratiques en cours dans les terres civilisés, les membres de cette caste ne se livraient que peu aux rivalités internes qui alimentaient autrement sempiternellement la guerre de l'ombre. Une certaine solidarités liait ses membres, et un système de parrainage et de partage de savoir se montaient depuis plusieurs dizaines d'années. Le nain d'obsidiennes, intrigué par cette cohésion exogène à tous les groupes de pourvoyeur de mort qu'il avait rencontré jusqu'à lors, espionnait les empoisonneurs sans intervenir.

La caste se découpaient en deux branches principales : les Elgi de Dol Thingaz et les Troll du Botaan. Si les premiers formaient un menace lointaine, les trolls et les sorcières avaient inquiété Draskar. L'assassin redoutait que Gog ne vienne à le tenir sous sa coupe, rajoutant à son influence déjà trop étendu les services de discrets semeurs de mort. Heureusement, la caste des empoisonneurs se tenait aussi loin que possible des puissances tyranniques, profitant du chaos régnant au Botaan pour agir au nez et à la barbe des ogres-mages.

Draskar s'était très souvent rendu au Botaan durant le Second Âge. Nombreuses étaient les menaces pullulant dans cette fosse abjecte qu'était devenu Ogri Kadrin. L'avantage qu'y trouvait le nain d'obsidienne, c'était que ce regroupait dans un seul lieu géographique tous les complots, les vendetta et les plans sinistres ourdis par les moins recommandables des Zanazi des Neuf Plans.

Se faufilant entre les Elgraz à moitié effondrés des bas-fonds du Botaan, Draskar usa de matrice afin de percevoir les pensées des sinistres habitants alentours. Bien peu pouvait résister à sa puissante magie, et il n'avait sentit la présence d'aucuns autre puissant lanceurs de sort dans les parages.

Un flots de pensées superficiels l'assaillir, tandis qu'il parcourait les bas-fonds du Botaan. La plupart des bribes que saisissait Draskar étaient pulsion violentes, sinistres désirs inassouvis, idées malsaines et sombres complots. Le nain d'obsidienne se concentra sur les manigances traversant les esprits de la populace des bas-fond. Comprendre les intrigues tissées dans ces tavernes, loin des oreilles des maîtres ogres-mages, permettait à Draskar de saisir l'état général de l'équilibre des forces actuellement en vigueur.

Nombreux étaient les groupes de giganthropes en tout genre complotant quelques machinations à l'encontre de leurs semblables. Géants de feu, Ogre vétérans, Trolls chasseurs de tête et autres soudards se faufilaient jusqu'à de sordides lieux de réunions secrètes. La quantité invraisemblable de machinations discutées, même pour cette fange chaotique, montrait bien l'état de grande instabilité dans laquelle se trouvait le Botaan actuellement. L'afflux récent de nombreux mercenaires et soudards, venus de Dol Urk et Dol Vongal, fournissait de nouveaux effectifs pour mettre à exécution les divers plans ourdis dans ces réunions. Draskar parcourut le quartier mal famé, dissimulé dans les ombres mouvantes, espionnant les cabales les unes après les autres.

Beaucoup de mercenaires à la détestable réputation cherchait quelques recrues pour de lucratives entreprises. Vol, extorsion et autre rackettes étaient à l'ordre du jour. Draskar tiqua en découvrant que bon nombre des cibles discutés se trouvait à l'intérieur même du Botaan.

Un groupe de Troll se proposait par exemple de voler d'importantes reliques au culte du Smurglyn, afin d'en tirer rançon.

Un géant des océans, très connu des cercles esclavagistes des terres émergés, prévoyait une vaste opération de raid dans le marché aux esclaves. Prévoyant de fuir par la Tarim, grâce aux pouvoirs qu'il avait arraché à Ulmo, il planifiait de suivre les frontières de Goria avec son butins. Gageant que les géants de feu seraient en pleine guerre civil suite à la mort de Mokvag, les esclaves volés ne seraient pas difficile à revendre, à prix d'or, auprès des différentes factions.

Plusieurs ex-capitaines du Botaan, victime des agissements erratiques de Gog ou bien disgracié par la secte des ogres-mages, montaient des opérations vengeresses contre leurs anciens maîtres. Souhaitant obtenir réparation d'affronts subits ou de soldes non payées, nombres de ces habilles soudards se proposaient, avec d'autres conspirateurs, d'obtenir réparation par le fer et le sang. Bien sûr, ils seraient persona non grata au Botaan pour quelques temps, mais les cohortes cyclopes fourniraient, du moins l'espéraient-ils, emplois et protection.

Draskar s'arrêta un instant pour en apprendre plus sur l'armée Grunti. Écoutant les paroles des conspirateurs autant que leurs pensées, le nain d'obsidienne appris que même les mercenaires installés au Botaan ignoraient la localisation exacte des cohortes. Cela ne rassura pas l'assassin, mais n'étant pas ici pour s'occuper de la tâche confié à Magrim, il passa a un autre groupe.

Les investigations de Draskar finirent par payer leurs fruits. Alors qu'il se rapprochait de la fange, serpentant entre les nombreuses palissades maintenant les hordes cannibales à distance des bas-fonds, le nain d'obsidienne découvrit un groupe de vétérans de Migdhal Khatûl.

Une dizaine de monstres étaient rassemblés dans une large cahute en ruine, maladroitement fermé par des toiles de jutes et des tas de bois pourris. L'endroit ne payait pas de mine, mais une grande concentration d'araignées géantes, tissant des toiles tout autour de l'endroit, le rendait suspect. Se rapprochant sans donner l'alarme aux sentinelles octopodes, ni aux quelques trolls des marais dissimulés dans la végétation racornis, Draskar espionna la sinistre assemblée.

Une sorcière troll, recouverte de colifichets et membres momifiés, préparait une mixture avec des restes de quelques créatures magiques. Elle se tenait au centre d'un groupe de vétérans du Botaan. Si Draskar ne pu capter aucune pensée émanant de la sorcière, il pu lire dans les autres participants, tout en épiant leur conversation.

Un géant à l'ascendance douteuse, certainement un demi sang de plusieurs races de Grunti, parlait avec intensité de la bataille de Migdhal Khatûl. Un chef barbare ogre lui coupait la parole de temps à autre, secondé par deux ettins vétérans. Des chasseurs de têtes trolls complétaient cette assemblé bigarrée mais déterminée. Ces terribles monstres n'étaient pas du même Vongal, comme le montraient leurs différentes marques et scarifications tribales. Une large troupe était ici représenté, mu par un même courroux.

Gog avait ordonné aux Vongal rassemblés dans la cahute en ruine de détruire Migdhal Khatûl, ainsi que d'en exterminer les habitants. Si l'armée naine arrivé en renfort avait fait fuir les soudards de l'ogre-mage, ils avaient tout de même remplis leur mission et attendaient les récompenses promises.

Au lieu de cela, Gog avait démobilisé les Vongal sans rien leur offrir. Plusieurs mercenaires fraîchement arrivés avaient été engagés pour protéger la haute ville et le temple, afin de prévenir toutes représailles.

Excédés par le comportement de Gog, et surmontant la crainte qu'il leur inspirait, cette sinistre assemblé de chefs se proposait de se venger de leur maître tyrannique. En chargeant depuis les hauteurs de Karak Naar, derrière le temple de Gog, ils pensaient le prendre d'assaut. Leur cible n'était pas l'ogre-mage, mais l'étrange personnage qu'il avait ramené avec lui lors d'une chasse, juste avait de mettre les Vongal en marche.

Comme Gog ne faisait pas profiter à ses chefs de horde les largesse de sa magie, ils voulaient lui arracher son dernier trophée, et l'offrir aux sorcières du bois aux trolls, en échange d'une récompense.

La conversation était suffisamment entamé pour montrer que la machination était déjà en route. Les chasseurs de têtes avaient positionné nombres de leurs meilleurs guetteurs autour du temple. Tour à tour, tandis que la conversation s'orientait sur les faits et gestes de l'ogre-mage, Draskar sonda l'esprit des trois rôdeurs trolls. S'étant relayé pour ne pas voir s'échapper leur proie, ils n'avaient pas vu Gog ressortir depuis six jours. Il était entré dans sa retraite avec l'étranger juste après la débâcle de Migdhal Khatûl. Depuis, aucun rituel n'avait été organisé, et l'étranger n'était pas ressortit du temple. Gog sortait très rarement, lui aussi, et toujours pour de brèves visites dans la haute ville, jusqu'à ce qu'il se cloître dans son repaire. Une grande quantité de sacs, provenant de ce quartier, étaient acheminés jusqu'au temple. Ils étaient inspectés par les cinq soudards de Gog, ses âmes damnées, des géants de feu ayant goûté aux pouvoirs du sang noir.

Les conspirateurs, prenant la retraite de l'ogre-mage pour un aveux de faiblesse, se proposaient de l'abattre pour l'offrir à la fosse, après avoir piller le temple. Braillant, montrant les muscles en hurlant, les chefs se donnaient du courage pour assaillir le temple : Gog restant tout de même un monstruosité terrifiante.

Le maître des ombres décida de quitter les conspirateurs. Leur opération pourrait servir de couverture à l'assassin, mais il lui fallait leur damer le pion afin que ni Gog, ni l'étranger ne puissent s'enfuir. Bien sûr, Draskar aurait pu s'occuper de la troupe massé dans la cahute, ce qui aurait rajouté au chaos ambiant. Mais le chaos était son ennemi. Interférant avec son mantra, il rendait incertain la course de plusieurs acteurs. Assassiner autant de chef attirerait aussi l'attention des puissants du Botaan. Un évènement de cette ampleur provoquerait de nombreuses réactions, et Draskar n'avait pas besoin d'une diversion de cette taille.

Laissant les conspirateurs à leurs préparations, Draskar traversa la fange avec rapidité et discrétion. Si ce lieu était risqué dans le plan des ombres, sur le plan matériel il n'était que peuplé de barbares cannibales fou furieux. L'assassin les esquiva sans difficulté, traversant le bois marécageux et pestilentielle en moins d'une heure.

Arrivé sur les contreforts de Karak Naar, Draskar usa de ses matrices pour traverser par les ombres les abords de la haute ville. Contrairement à la fange, cette endroit était bien plus dangereux sur le plan matériel. Au fil des années, et maintenant des siècles, Gog avait essaimé le sang noir, multipliant le nombre des ogres-mages. Draskar avait souvent épié les rituels abjectes leur donnant naissance, dans le temple de Gog, ou dans la haute ville. Dolgrim ne s'y risquait pas, préférant user de sortilèges afin de les observer à distance. Jusqu'à présent, ni le maître des secrets ni le maître des ombres n'avait sut décrypter la magie morbide du sang noir.

Les ogres-mages résultaient de l'union grotesque et écœurante de deux créatures dans le corps d'un ogre. Très sanglant, le rituel consistait en la décapitation de l'ogre qui servirait de corps.

Les deux candidats à l'ascension dans le rang des ogres-mages étaient ensuite amenés parmi les ritualistes. De nombreux ogres-mages participaient à la cérémonie, tant comme officiant que pour l'importance politique que cet événement avait au sein de leur secte. La tête de l'ogre décapité était tranché en deux, et les candidats devaient chacun en dévorer une moitié. En dehors de la symbolique d'un tel geste, Draskar estimait que ce cannibalisme permettait aux candidats de se lier à leur futur corps.

Une fois que les candidats avaient fini cette première partie du rituel, les officiants ogres-mages se lançait dans une boucherie sauvage. Sans ordres ni coordination, ils frappaient les candidats désarmés afin de leur arracher les chairs, désossant vivant les deux malheureux. Seul les têtes des candidats étaient épargné.

Cette partie de la cérémonie pouvait facilement partir en pugilat généralisé. Parfois, le rituel était interrompu car les officiants réglaient leur compte, dévorant par la même les malheureux blessés. Gog assurait ici aussi une partie de son pouvoir sur les ogres-mages. N'ayant pas un pouvoir absolut sur le Botaan, il ne choisissait pas toujours les candidats, et pouvait même avoir des rivaux parmi ses troupes. Certains rituels étaient interrompus à desseins, soit pour empêcher la naissance d'un ogre-mage dangereux pour la position de Gog, soit pour rétablir son autorité sur les officiants ou pour des raisons plus obscures encore.

Les candidats, choisis par les ogres-mages, avaient nécessairement des parrains. Ceux-ci, s'ils réussissaient à être officiant durant le rituel, profitez souvent du désossement pour renforcer leur poulain. Si chacun des candidats étaient voué à mourir durant cette phase de la cérémonie, les parrains essayaient de leur faire manger autant de chairs que possible arraché à l'autre candidat, afin de les renforcer pour la phase suivante.

Commençait alors les sombres incantations et l'alchimie abjecte du sang noir.

Les restes des deux candidats ainsi que le corps de l'ogre étaient proprement découpé par Gog. Tout ces morceaux étaient jetés dans son maudit chaudron. Cette artefact malfaisant avait servi à faire naître nombre de monstruosités, et jamais Draskar n'avais réussi à le détruire, malgré ses nombreuses tentatives. Haut de dix coudées, il était large de trente au diamètre le plus fort et une ouverture de quinze s'ouvrait en son sommet. Dépourvut de pied, six poignées permettaient à des esclaves giganthrope, des Grunti assujettit à la volonté de Gog, de le transporter. Ne pouvant pas le détruire, trop lourd pour être volé, Draskar avait tenté de le soustraire aux ogres-mages en l'emportant sur d'autres plans. Il avait échoué, découvrant par la même les caractéristiques planaires de l'artefact.

La cérémonie se poursuivait par de nombreux sortilèges inconnus de Draskar, déversés par les officiants dans le chaudron maudit. Le nain d'obsidienne, pas plus que son adelphe Dolgrim, n'en avait encore percé les secrets. Pendant une à deux heures, les officiants se relayaient auprès du chaudron afin d'y déverser leur atroce magie de sang. Des esclaves étaient amené en grands nombres, ainsi que les malheureux qui avaient déplus aux ogres-mages. Ces pauvres bougres étaient égorgés au dessus du chaudron maudit, et sa magie funeste attirait à lui jusqu'à la dernière goûte de sang des suppliciés. Les corps étaient ensuite jetés en pâture aux officiants, qui se délectaient de leurs chairs, tandis que Gog touillait l'horrible mixture.

Venait alors le temps de la 'naissance'. Gog, usant d'une magie puissante et inconnue, fusionnait les restes des trois corps, transformait les fluides des sacrifiés en sang noire, qui à son tour nourrissait le corps du 'nouveau-née'. Dans un ultime instant défiant les lois naturelles et la mécanique planaire, Gog ramenait à la vie les candidats dans leur nouveau corps.

Commençait alors la phase final, celle de la lutte acharné pour la survie, car seul un des deux esprits habiterait le corps sortit du chaudron. Immanquablement, lors de l'éveil du 'nouveau-née', les deux têtes parlaient d'une seul et même voix, annonçant qui avait prévalu dans cet ultime cannibalisme psychique.

Le rituel éveillait les pouvoirs du nouvel ogre-mage, ainsi que ses premières magies. Parrainé par un aîné, il le servirait afin de renforcer ses pouvoirs, tout en servant son nouveau maître. Si Gog était le plus puissant d'entre eux, les autres ogres-mages pouvaient aussi faire montre de magie dévastatrices. Habitué aux sortilèges démonstratifs et destructeurs qui asseyait leur position au sommet du Botaan, Draskar leur connaissait aussi des magies plus insidieuses. Le nain d'obsidienne n'était pas surpris d'apprendre que Gog avait trouvé un moyen de dominer par le magie de sang de puissantes créatures comme les manges-pierres. Lui et ses congénères s'évertuaient depuis des siècles à découvrir de tels schémas, et ils en usaient et abusaient sur leurs sbires.

Il était nécessaire que Draskar passe au large d'une cité habitée par de tels créatures, car elles seuls avaient les moyens de le repérer, et pourquoi pas même de le tuer. La haute ville était pourtant le meilleur endroit pour en apprendre plus sur l'étranger et les manigances de Gog, mais le maître des ombres souhaitait avant tout ne pas attirer l'attention, ni alarmer sa proie.

Après tout, il était venu en ce lieu maudit pour tuer Gog…

Contournant très largement la haute ville, Draskar traversa les étendues désolées environnant le Botaan. Cette partie de Karak Naar avait elle aussi subit les outrages des ogres-mages et de leurs sbires. La végétation y était éparse, et la vie animal rare et dangereuse. Seuls les créatures les plus redoutables avaient survécus, et il n'était pas bon se trouver de nuit sur leur territoire. Prédateurs féroces, ces bêtes rampaient hors de leurs repaires la nuit afin de partir en chasse. Les sbires du Botaan étaient leurs proies, ainsi que tout les inconscients s'aventurant dans leur domaine sous les yeux stellaires d'Ulmo.

Draskar connaissait bien ces créatures, car seul leur affinité magique avec les ombres leur avaient permit de survire à leur monstrueux voisinage. Plusieurs chasseurs de tête essayaient d'en dresser et certains réussissaient, au prix fort car bien peu survivaient.

Le nain d'obsidienne, qui avaient espionné le Botaan en détails des siècles durant, savait que Gog laissait toujours des cadavres frais autour de son temple. Il n'espérait apparemment pas dompter ses créatures, mais plutôt les attirer autour de sa demeure. Elles n'approchaient jamais trop près, prévenu de la dangerosité du temple sanglant par quelques instincts mystiques, mais rôdaient aux alentours. L'ogre-mage protégeait son sinistre logis grâce à une garde loyal, de funestes sortilèges et le concours de ces terribles prédateurs.

Si dangereux que fussent ses créatures, le maître des ombres ne les craignait en rien. Les prédateurs survivant de ses contrées étaient en effet liés au plan des ombres. Usant de sa propre affinité et de discrétion, ses sens pouvant percer n'importe quel ténèbres, Draskar évitait les couples partis en chasse ainsi que les tanières de ces créatures. Cherchant à atteindre le temple depuis les sommets est de Karak Naar, il se demanda comment les monstrueux vétérans du Botaan déjouaient les protections de l'ogre-mage. Il ne tarda pas à le découvrir.

Alors qu'il n'était plus qu'à deux cent pas du temple sanglant de Gog le maudit, Draskar perçus des pensées intelligibles. Se concentrant afin d'en percevoir la source, le nain d'obsidienne découvrit une bande hétéroclite de chasseurs bestiaux. Des trolls, des ogres et plusieurs géants des collines et des grottes se tapissaient tout autour du temple. Assez éloigné pour ne pas risquer d'être découvert, ces pisteurs se dissimulaient sous divers abris afin d'espionner les allés et venu.

Draskar se rapprocha afin de pouvoir épier les pensées de ces maraudeurs. Aucun ne craignait les attaques des bêtes obscures, et si des pensées frivoles pouvaient traverser leurs esprits, ils étaient tous très concentrés sur leur surveillance. Le maître des ombres intuita qu'un chasseur de tête et dresseur de bêtes redoutables devaient diriger le groupe. Une fois encore, il ne se trompa pas.

Un Grunti des grottes bouffie et arrogant se terrait sous la roche, à quelques pas derrière son groupe de guetteur. Ses pensées trahissait une intelligence machiavélique bien supérieur à celle de ses congénères dégénérés. Trépignant d'impatience à l'idée de châtier Gog le tyran, se vengeant ainsi des nombreuses brimades et tortures que l'ogre-mage lui avait infligé, il ne tenait plus en place. Seul des pensées aliens, s'immisçant dans son esprit, le retenait. Elles étaient nombreuses et provenaient de plusieurs créatures, indéniablement intelligente quoi que très différentes des espèces que Draskar avaient rencontrés. Froidement, elles rappelaient au Grunti sournois qu'il fallait tisser la toile et laisser la proie s'y empêtrer.

Le nain d'obsidienne s'immobilisa.

Il avait pris ses précautions afin de détourner toutes scrutations, détections ou divinations dont la faune bestiale du Botaan pourrait user afin de le repérer. Cette précaution habituelle, quoi que coûteuse et parfois superflus, se révéla crucial en cet instant. Cherchant à en avoir le cœur net, Draskar libéra une puissante matrice. C'est alors qu'il les vit.

Gigantesques, invisibles, silencieuses comme la mort, elles parcouraient le plateau. Hautes comme trois nains, le corps boursoufflé et poilus soutenu par leurs grandes pattes articulées, elles se déplaçaient avec grâce et aisance au dessus des guetteurs ignorant tout de leur présence. Leur mandibules impaires, flexibles et horribles s'agitaient sur leur tête monstrueuses, parsemés d'une multitude d'yeux.

Les araignées du bois au trolls…

Il n'était pas étonnant que nuls prédateurs, dont l'odorat percevait la subtile odeur de charogne provenant de ces monstruosités, ne s'approchent des maraudeurs.

La masse imposante mais agile d'une de ces monstruosité à neufs pattes passa à quelques pas de Draskar qui, parfaitement immobile, se préparait à relâcher une autre de ses matrice. La bête ne le remarqua pas, et Draskar fût soulagé que ces créatures au sens magique, à l'intelligence bien trop vive et à l'appétit vorace ne l'ai remarquée.

Le maître des ombres, rassuré, reporta son attention sur le dit 'maître des bêtes' Grunti, quoi que dans ce cas, il n'aurait su dire qui était la créature de qui…

L'écœurant géant de grotte rampait hors de son trou pour passer en revu ses guetteurs. Draskar se rendit compte que bien que les maraudeurs fussent plus grand et plus fort que ledit maître des bêtes, tous le redoutait, à cause des liens qui l'unissaient aux profondeurs de la forêt des trolls. Le nain d'obsidienne suivi la revue, sondant les pensées des guetteurs afin de récolter lui aussi leurs rapports.

Voilà six jours que Gog ne se montrait plus hors des murs de son temple. Il était brièvement reparut il y a quatre jour, mais uniquement afin de renforcer la garde de son repaire. Une vingtaine de nouvelles recrues, des ogres et des ettins formés à la guerre, patrouillaient de jour autour de la demeure de Gog. La nuit, seul sa garde personnelle étaient encore sur place, et tous se barricadait à l'intérieur du temple. Personne n'avait plus revu l'étranger depuis qu'il avait pénétré la sombre demeure de l'ogre-mage à son retour de la bataille contre les nains. La plupart de guetteurs pensait que le pauvre bougre avait finit dans le chaudron du tyran du Botaan, avant de visiter son estomac.

Tous ces maraudeurs étaient en surnombre, sachant en plus que le reste de la troupe ne tarderait pas à venir pour participer à l'assaut, mais leurs pensées trahissaient tout de même la peur. Le temple de Gog était un lieu malsain, impressionnant, qui recelait des malédictions terribles.

De toute évidence, Gog tramait quelque chose dans les profondeurs de son temple maudit. Il n'était pas habituel que le premier des ogres-mages vive ainsi en ermite, sans intervenir dans les affaires occupant la haute-ville. Draskar devait descendre dans les profondeurs du temple sanglant, déjouer ses pièges et ses malédictions, afin d'y voir plus clair. Comme les maraudeurs alentours, le maître des ombres était lui aussi circonspect. S'il avait déjà exploré ce lieu maudit, ce n'était jamais à la légère, et dorénavant un obscure bouclier masquait son reflet dans le miroir des ombres. Aucune prescience, aucune divination ne percerait les ombres mouvantes qui ne manquerait pas de l'assaillir lorsqu'il s'aventurerait dans les galeries du temple sanglant.

Délaissant les rapports, somme toute peu détaillé, des espions Grunti et surmontant son appréhension, Draskar libéra un nouveau schéma obscure avant de se porter vers le détestable logis de sa cible.

Gog avait érigé son temple sur un promontoire qui perçait la pente douce des contreforts, surplombant ainsi la ville haute. La basse végétation épineuse, parfois empoisonné par la magie de sang, fleurissait aux alentours du promontoire et dans le lit des rivières sanglantes qui en coulaient. Grotesque, quoi qu'imposante par sa taille démesuré, même pour une construction Gronti, elle exhalait une aura sordide et terrifiante. Draskar sentait que cette aura c'était renforcé, se rappelant l'énigmatique vent obscure qui balayait le reflet du temple maudit par delà le miroir des ombres.

Les abords du promontoire étaient jalonnées de curieuses pierres levées, certaines semées jusque dans les contreforts, suivant des lignes imparfaites. Vestige d'une lointaine croyance préhistorique, elles dataient du premier âge, bien avant l'éveil de Duka. Dolgrim avait cherché à comprendre quel peuple simple avait érigé ces monolithes, mais les peuples barbares de ces contrées n'en avaient gardé nul trace. Pourtant, les deux nains immortels soupçonnaient que ces menhirs étaient liés au six ombres, et à un culte près nanesque voué à ces créatures.

Si les pierres étaient de tailles et poids variés, entre cinq et dix coudées de haut pour la plupart, deux singuliers monolithes tranchaient dans le décors. Éloigné du promontoire d'une centaine de pas, installé là ou les contreforts commençaient à grimper plus abruptement, deux rochers colossaux avaient été levés, comme deux aiguilles étrangères surgissant de la montagne.

Installé l'une à côté de l'autre, ce deux monstres de pierres brutes culminaient à bien trois cent coudées de hauteur, pourtant sans trace de maçonnerie aucune. Chacune devait peser plus de milles tonnes, et Draskar s'étaient longtemps perdu en conjecture quand à la manière dont les peuples simples, encore stupide, avait érigé ces deux mystères cyclopéens. Plus étrange encore était la présence de ces roches exogènes dans la chaîne de Karak Naar.

L'une était d'un basalte boursoufflé, accumulation de boules bizarrement agglomérées, percées par endroit pour faire ressortir des cœurs creux de chlorite. Sa structure était bizarrement difforme, et les masses qui composait cette roche cyclopéenne devaient être tout aussi bizarrement distribué pour qu'elle puisse tenir debout.

La seconde pierre levée, tout aussi imposante, était aussi une énigme. Si Draskar n'était pas aussi expert en minéralogie que ses petits adelphes Grondinar et Tarak, il savait tout de même reconnaître une pierre ponce. Cette surface rugueuse, parsemée de petites alvéoles coupantes et fragiles comme des lames effilées, était caractéristique de ces pierres volcaniques. Mais aucuns de monts de Harag Karag n'avaient jamais craché de tels roches, si bien que Draskar ignorait d'où elle pouvait bien provenir. Tout comme son faux jumeau, ce monolithe titanesque était de formes torturés, biscornues, et sa légèreté apparente devait laisser place à quelques formations métamorphiques plus dense à l'intérieur. Tout comme le basalte boursoufflé, cette supposé pierre ponce était allogène aux roches plutoniques de Karak Naar.

L'acheminement et l'érection de ces deux roches cyclopéennes avaient dû être une tâche longue, fastidieuse, et pour tout dire inimaginable pour des peules stupides ne maîtrisant ni la roue, ni aucuns outils…

Toujours est-il que les deux titans de roches avaient été érigés durant le Premier Âge, et ceux, à un endroit précis. Il n'avait pas été choisi au hasard par ces peuplades simples, à moins que les créatures qu'elles priaient ne le leur ai indiqué. Dolgrim avait découvert que la trame astral était dense en cet endroit, influent sur toutes magies qui pouvait y être perpétrées. Des traces dans le plan des ombres marquaient un lien indubitable entre le reflet de ces deux menhirs immémoriaux et les limbes. Plus que n'importe ou ailleurs, des âmes torturées, arrachées de force à leurs enveloppes matériels, résidaient dans ces deux monolithes. Draskar avait faillit disparaître, alors qu'il enquêtait sur les sombres pouvoirs de ces menhirs dans le plan des ombres. Il s'en tenait maintenant éloigné, sachant que s'il poussait plus loin ses investigations, il échapperait à jamais aux limbes, mais pour un destin plus funeste encore.

Gog avait installé son temple au pieds des deux sinistres monolithes, et ni Dolgrim ni Draskar ne pensait qu'il s'agissait d'une coïncidence. L'ogre-mage en savait sûrement plus que les nains immortels sur cet étrange lieu de culte préhistorique, et sans doute avait-il réussi, par l'intermédiaire de son abjecte magie de sang, à en appréhender les pouvoirs immémoriaux.

À mi chemin entre l'extrémité du promontoire et les deux menhirs titanesques, s'élevait un cairn sur quinze à vingt coudées de hauteur, étendu sur une base circulaire de trente pas de diamètres. L'amoncellement de roches devait être contemporain de l'érection des mégalithes, mais Gog l'avait transformé, et agrandit dans les profondeurs, depuis le millénaire qu'il sévissait sur ces terres.

Sa marque était bien visible, car des piques ornées de crânes parsemaient le cairn, le promontoire et les alentours entre les menhirs éparses. Quelques macabres lueurs pourpres habitaient les orbites vides des trophées de l'ogre-mage. Les crânes dodelinaient lentement sur leurs piques, comme si ces têtes coupées tentaient de rouler sur des épaules à présent absentes. Mais Draskar savaient que cette macabre exhibition de trophées ensorcelés servait à bien plus que seulement terroriser les visiteurs. A présent inféodé aux désirs de leur bourreau, les restes des malheureuses victimes de Gog servait à présent de sentinelles. Veillant leur tortionnaire, ces macabres guetteurs examinaient les environs, sonnant silencieusement l'alerte en cas d'intrusion. Heureusement, le nain d'obsidienne avait appris à flouer ces vigiles muets à l'aide des matrices adaptées.

Invisible, indétectable, Draskar entrepris de se faufiler entre les crânes sentinelles. Il souhaitait pénétrer le cairn au plus vite, sachant que sa porte serait gardé par au moins deux des créatures qu'il devait absolument abattre avant de tenter quoi que ce soit contre Gog. L'ogre-mage avait fait d'immondes découvertes magiques, et les liens de sang qu'il tissaient avec ses âmes damnés étaient puissant.

Par le passé, Draskar avait vu Gog survivre à un piège mortel, tendu par des ogres-mages qui voulaient le détrôner. Le nain d'obsidienne avait contemplé rageur le tyran du Botaan s'extirper indemne d'un chausse trappe, pourtant garnie de pieux acérés et pleine d'une substance fournis par la caste des empoisonneurs. Un de ses lieutenants par contre, s'effondra sur lui même, et la foule pu constater que son corps, transpercé de par en par en de nombreux endroits, était rongé en profondeur, comme par un ichor acide.

Cette tentative d'assassinat n'eut pas l'effet escompté, car elle renforça le pouvoir de Gog sur les ogres-mages. Les instigateurs furent traqués, capturés, puis servit en festin à leur confrères, qui se délectèrent de leur chair et de leur magie.

Depuis cet épisode, Draskar pris grand soin de passer au crible l'entourage du tyran du Botaan. Gog ne dissémina pas ce savoir maudit, ni plus qu'il ne créa de liens avec de nombreux sbires. Il devait exister un moyen, certainement en usant de magie de sang, pour atteindre l'ogre-mage à travers ses liés. Il les gardait toujours très proche de lui, et ne choisissait que de robustes et féroces lieutenants, à qui il faisait profiter de ses largesses. Ces attentions et passes droits, pour des serviteurs qu'il avait autrement l'habitude de rudoyer, intriguèrent Draskar. L'assassin y lut bientôt une faiblesse, qui pourtant ne pouvait être exploité. Tant que Gog garderait le secret sur ses rituels abominables, dans lesquels il subordonnait la survie de ses sbires à la sienne propre, le maître des ombres ne serait contrer cette magie contre nature.

Gog avait actuellement cinq âmes damnés, cinq enfants d'un de ses précédent lieutenant, qu'il faudrait envoyer dans les limbes avant d'y faire sombrer leur maître monstrueux.

C'étaient des géants de feu, immigré de Goria lorsque la lignée des Sumendi avait bannit toute les autres familles royales. Combattants chevronnés, instructeurs auprès des Vongal de Gog, organisateur de son armée et soutient de son pouvoir, ces cinq terribles Gronti c'étaient gavés des potions impies de leur maître. Draskar savait pouvoir les défaire par surprise, et même en tuer plusieurs sur le coup, mais il ne fallait pas qu'ils se regroupe pour contre-attaquer. Cela rendrait pénible et fastidieux leur abatage, ce qui laisserait bien trop de temps à Gog pour se préparer, ou fuir.

L'ogre-mage avait construit un labyrinthe gigantesque sous le cairn, qui débouchait en de multiples endroits. Il était impossible à Draskar de piéger tous ces tunnels, sachant que Gog y exerçait une influence prépondérante. La seul option envisageable, dans l'état actuel des choses, était de liquider rapidement les cinq âmes damnés du monstre, puis de le débusquer dans son repaire. Les différentes petites protections mystiques et hermétique qui truffaient ledit repaire n'était pas une menace pour Draskar, qui savait les déjouer, et même se rendre invulnérable à leurs effets. Si l'opération devait mal tourner, l'assassin savait par quel tunnel se replier, et se gardait quelques puissantes matrices en réserve s'il lui fallait quitter les lieux en un instant.

Draskar fini par se retrouver devant le passage vers les profondeurs, captant les pensées des plusieurs occupants. Deux des âmes damnées de Gog se trouvaient derrière la lourde dalle de granit obstruant l'entrée du Cairn. Il s'agissait bien d'eux, car Draskar les avaient longuement étudié depuis les ombres, et reconnaissait l'entraînement mental qu'ils avaient subit. Bannissant toutes pensées superficielles, les deux matamores restaient focalisé sur leur mission : protéger le cairn de toutes intrusions.

Le maître des ombres récita son mantra, alors qu'il collait son corps au granit glacé le séparant des ses cibles. Couverte de mousse, recouvrant des dessins préhistoriques, cette dalle barrait l'accès vers la première chambre. Aucun mécanisme ne l'actionnait, comme si les architectes ignares de cette amas rocheux avaient prévus que cette 'porte' ne soit jamais ouverte. L'assassin disposait de plusieurs minutes pour se préparer, malgré les crânes incrustés sur le seuil montant silencieusement la garde.

Sachant que ces sentinelles morbides pouvaient voir mais non entendre, le nain d'obsidienne relâcha un schéma afin de propulser son corps astral hors de son enveloppe charnel. Transitant temporairement vers ce plan, Draskar récita à nouveau son mantra tout en relâchant de nouvelles matrices, afin de se préparer aux combats à venir. Ainsi transporté dans le plan astral, quelques instants suffirent à l'assassin pour se renforcer de puissants sortilèges, les imprimants à même la trame astral. Il réintégra son corps quelques instant après l'avoir quitté, prêt au combat. Invisible, à mi chemin entre le plan matériel et son reflet dans le plan des ombres, l'assassin traversa la dalle de granit. Tout n'était plus que nuances de gris, fumées, et le nain d'obsidienne traversa la lourde dalle de granite comme s'il ne s'agissait que d'un ténébreux miroir d'eau.

« Que le spectacle commence, murmura le rire rauque de l'exécuteur Varron. »

Le regard dur, renforcé par son inflexible volonté, Draskar commença la danse écarlate.

La première chambre n'était ni grande, ni large, ni haute. Les deux lieutenants de Gog se tenaient côte à côte, l'un surveillant la dalle, l'autre se reposant en attendant son tour de garde. Damag le joueur d'épée, le guerrier aux milles victimes, observait fixement le seuil du cairn tandis que Frydd le fou, lanceur de javelot émérite et grand empaleur, somnolait juste derrière lui. Draskar ne laissa aucune chance à Damag pour le repérer, tant il était impossible à un non initié de soupçonner la présence de l'assassin. Il ne laissa pas plus de chances de survie aux deux lieutenants, déchaînant sur eux sa rage froide.

Assénant ses lames jumelles Thagi et Mhornar sur Damag, il lui lacera le flanc, tranchant muscle et os, pour finalement perforer le poumon droit du joueur d'épée. D'un même mouvement circulaire, Draskar plongea ses lames acérés dans le thorax de Frydd. Les deux lames plongèrent dans les chairs du fou, traversant sa poitrine pour percer de part en part ses poumons. Retirant prestement ses lames du lanceur de javelot, continuant ainsi la rotation qu'il avait amorcé avec les premières frappes sur Damag, le maître des ombres retourna Thagi et perça le dos du guerrier aux milles victimes. Sectionnant sa colonne vertébrale en perçant le second poumons, l'assassin laissa sa victime se noyer dans son sang, projetant Mhornar en fin de volte dans la gorge de Frydd.

Déchirés par la puissante volte du nain d'obsidienne et son déluge de coup, les deux géants moururent dans un faible gargouillis, noyés dans leur propre sang. Draskar perdit de précieuses secondes pour s'assurer de la mort des deux lieutenants. Des échos retentirent dans les couloirs souterrains sous le cairn, se mêlant aux autres sons ignobles réverbérés habituellement de ce cul de basse fosse.

Traversant la première chambre, l'assassin esquiva les pièges sur son chemin. Maintenant que deux liens sanglants étaient coupé, Gog allais réagir. L'alarme était déjà lancé, aussi Draskar n'eut aucun scrupule à relâcher une autre de ses matrices. Se remémorant le visage de Bogron vif argent, le gladiateur de Gog, le nain d'obsidienne fit apparaître à la frontière entre le plan matériel et celui des ombre un miroir gigantesque. La silhouette du gladiateur apparût, arpentant un des boyaux du temple maudit. Parfaitement alerte, ce dernier se précipitait vers une destination inconnu du maître des ombres. Dans sa course, il franchit un embranchement qui trahit sa position. Draskar su ou était sa prochaine cible ainsi que son itinéraire et sa destination probable. Traversant les ombres, si vite qu'il pouvait parcourir autant de distance en une heure qu'un Gottal en marche forcé ne le faisait en quinze, l'assassin alla intercepter sa proie.

Toujours invisible, indétectable, renforcé et aux frontières du plan matériel, Draskar fondit sur le pauvre Bogron. Touché en pleine course, Thagi frappa à la gorge, étourdissant l'infortuné gladiateur. Aussitôt, Draskar acheva le malheureux, insérant Mhornar depuis l'œil jusqu'au fond du crâne, transformant le cerveau en bouillit par un mouvement du poignet.

À l'instant ou trépassait le gladiateur, le nain d'obsidienne sentit qu'un œil lointain scrutait la zone. Gog à n'en pas douter. L'assassin sentit ce regard passer sur lui sans le repérer. Mais l'ogre-mage ne serait pas dupe, peu de pourvoyeurs de mort pouvaient ainsi abattre trois de ses cinq sbires en moins de deux minutes.

Draskar ne se laissa pas distraire. Gog assisterait au spectacle, impuissant, alors que ses précieux liens seraient sectionnés les uns après les autres.

Usant de son miroir ténébreux un fois de plus, le maître des ombres invoqua l'image de Wiggen le rageur, une brute roublard masquant sa grande intelligence derrière son comportement barbare. Le nain d'obsidienne n'était pas dupe et savait que l'astucieux guerrier serait préparé à sa venu. L'image se forma dans le miroir, révélant la position de Wiggen. Prudemment, il avançait vers la chambre des rituels, là ou Gog s'adonnait à des cérémonies privées. Plongeant dans les ombres, l'assassin traversa les boyaux à toute vitesse, silencieux comme une ombre.

Aucune des terreux abjectes, pourtant si proche, nichées dans les recoins du reflet de ce temple maudit, ne ralentirent l'assassin. Ainsi focalisé sur les sombres sentiments qui empoisonnaient son cœur depuis deux mille ans, rien ne pouvait l'atteindre. Sa froide détermination l'avait hissé au sommet de son art macabre, et il esquivait ces obstacles futiles. Il ne restait presque plus d'entraves entre lui et le détestable objet de ses recherches incessantes depuis bientôt deux milles années qu'il le traquait. Gog et l'étranger étaient sans nuls doutes les dernières barrières qui le séparaient du funeste présage.

Draskar croisa enfin la route du sinistre Wiggen, et compris immédiatement que se dernier pouvait le voir. Le barbare tenta de masquer sa surprise et de faire comme s'il n'avait rien vu, mais l'assassin compris vite la manœuvre. Si le rusé butor pouvait voir l'invisible, encore faudrait-il que ses yeux puissent percer la plus profonde obscurité. Libérant une matrice, Draskar bannit toute lumière du boyau, soufflant ainsi la torche que Wiggen portait en main. De profondes ténèbres emplirent le tunnel, que bien peu de créatures du plan matériel pouvaient pénétrer.

Les hurlements de frustration du barbare ainsi que sa figure déconfite, montrèrent aux maître des ombres que son adversaire était aveugle dans ces ténèbres.

« Maître, hurla le rusé butor, c'est Draskar l'assassin. »

Wiggen tenta de fuir, en vain. Le nain d'obsidienne rattrapa sa proie comme elle tentait de courir dans l'obscurité. D'un geste rapide et précis, Mhornar atteint le barbare à la tempe. Étourdit mais toujours debout, le rusé barbare se fit poinçonner le cœur par Thagi, alors que Draskar l'inséra d'un coup rapide, précis et violent entre deux côtes. Wiggen mourut sur le coup, et Draskar s'en alla à la recherche de Gog.

Il n'était nul besoin de chercher la position du dernier des lieutenants de l'ogre-mage. Magnar, le bouclier de Gog, était son garde du corps depuis bientôt deux cents ans. Nul doutes qu'il serait exactement à trois pas devant son maître quand l'assassin débusquerait le tyran du Botaan.

Draskar se mit donc en quête de ce vieil ennemi.

Cette fois, le maître des ombres tiqua, car il le trouva exactement ou il s'attendait à le rencontrer, aux pieds de son chaudron maudit, dans la seule chambre qui pouvait le contenir.

Il n'était plus besoin de se rendre invisible, indétectable ou déphasé. Gog, en puissant sorcier qu'il était, savait voir à travers la trame, et ces subterfuges ne serraient d'aucune utilité contre lui.

Trouver si facilement cette proie habituellement insaisissable troubla Draskar. Il devait s'agir d'un piège, d'une étape dans quelques machinations, ou bien les motivations de l'ogre-mage avaient changé.

Toujours, ce dernier avait privilégié la fuite à l'affrontement.

Alors que Draskar pénétrait la chambre au chaudron, il aperçu facilement Gog, qui dominait la pièce assis sur une montagne d'ossement. Son garde du corps, placé devant son maître pour intercepter toutes attaques, était prêt au combat.

Tandis que le maître des ombres avançait précautionneusement dans la pièce, Gog se leva et salua l'assassin. Il était clair qu'il le voyait distinctement, et plusieurs colifichets ornant son coup luisait d'une lueur écœurante.

« Draskar, quel joie que tu te soit joint à nous. Nous allions justement passer à table... »

Chapitre 2 : Erekaz Strollen -Aterrement

Dol Rual, sur les pentes ouest de l'Aiguille du Monde

Vingtième jour du premier mois d'Ulmo

Il est dit que dans les premiers Âges, les nains étaient alors plus proche de la pierre que de la chair. Avec la vieillesse et le respect, venait aussi la minéralité. Car Rual appelais à lui les anciens. Nainfants bénis et progéniture du Primordial de la Terre, les nains retournerait à la Montagne une fois leur vie de chair écoulé. De la roche à la roche, leurs corps devenus de pierres étaient retournés à Rual.

Histoire du peuple de Duka à l'attention des jeunes nains.

La pluie battait les flancs de la Montagne depuis qu'Ulmo avait pris possession des terres émergées. Serré sous plusieurs couches de fourrure, qui ne les protégeaient aucunement de la pluie drue, les nains assemblés avaient pleuré à chaude larmes, leurs visages de pierre laissant les goûtes ruisselantes masquer cette faiblesse.

Jamais cérémonie d'aterrement n'avait regroupé autant de Dawi, d'autant de maisons différentes ni durée aussi longtemps. Voici une semaine que les nains pleuraient leurs morts. La maisonnée de Grondinar représentait la majorité des participants, mais des Grungi de tout horizon avaient rejoint le rite mortuaire dans les derniers jours. Certaines barbes-graviers, qui avaient pourtant quittés Dol Rual depuis des décennies, parcouraient le flanc dénué de Karakak entre les roches. Les larges casques ornés de bougies, si particulier aux mineurs expatriés, déambulaient entre les tombes de leurs anciens Grumgi. Les pierres témoins s'élevaient à la place des corps, car bien peu de défenseurs de Migdhal Khatûl reverraient les contreforts de Dol Rual.

Le rituel sacré de l'aterrement était pratiqué sur ces contreforts, depuis que les premiers nains, issus des coulées de Tarak, mourraient de minéralité. Tandis que les corps redevenaient de pierres, les âmes des Gromtrommi entendaient l'appel de Rual. Le Primordial rappelait à lui les Dawr, afin qu'ils le rejoignent dans la vie d'après, plutôt que de sombrer dans les limbes. Ni Volgit, ni Bolka, ni Duka ne savaient ou partaient les âmes des bienheureux, car la destination du dernier voyage est un secret connu seulement du Primordial.

Plusieurs groupes de vengeurs, pour une fois désarmés, avaient veillé en cercle autour de pierres témoins. Ils avaient ôté leurs casques et leurs lourdes cottes de mailles. Laissant Az, Rikkaz et Zankaz dans les Damnaz Kadar, les Aimen Thagi accompagnaient leurs Kazak Grumgi à l'ombre de Talagak, se recueillant auprès des corps afin que les âmes rejoignent Rual pour le dernier Got, l'Erekaz Strollen pour le Gorak Katalhüyk. Fumant, buvant, pleurant beaucoup même avec le couvert de la pluie, les Kazak Grumgi partageaient une dernière pipe et une ultime chope. Une semaine durant, les guerriers avaient ainsi, selon les rites de leurs maisons, rendu hommage aux défenseurs de Migdhal Khatûl.

Les yeux d'Ajax s'élevaient depuis le bord septentrional du disque émergé, aussi haut qu'Ulmo le permettaient, laissant Talagak imprimer son ombre sur Zagaz Kadra, puis retombaient. Le contrefort était tantôt couvert par l'ombre gigantesque de l'Aiguille du monde, tantôt par le manteau obscur de la nuit. Aucune chaleur ne venait réconforter les nombreux nains venus se recueillir sur les pentes assombris, balayé par le vent mordant et les pluies continues.

Certaines feux brillaient pourtant ça et là, tant la lumière portée par Zonong et Zontuk peinait à percer les lourds nuages que Celene promenait à loisir. Serrés autour des lourdes lanternes de fer forgé, des familles se regroupaient autour de pierres témoins, pleurant un parent disparût. La peine était souvent double à cause de l'absence de corps. Toutes les longueurs de barbes et de tresses, détrempées par la pluie glacée, se serraient autour des pierres témoins, ultimes reliques des défunts. Nombre de ses familles sortaient de Khaz Khazul, déposant selon leurs coutumes des disques de pierres gravés. Ces présents devaient apporter au défunt ce dont il aurait besoin pour l'Erekaz Strollen, une pipe, du tabac, de la bière, du pain de voyage, des bottes, un manteau, un talisman...

La pluie glacé tombait drue sur la montagne, éteignant les feux que quelques officiants tentaient d'allumer. La saison froide était advenu, et avec elle le blanc manteau glacé qu'Ulmo imposait au disque émergé. Pourtant, ultime bravade, Celene faisait tomber la pluie.

Les premières semaines de la saison froide étaient quelquefois témoin des désirs antagonistes des deux Primordiaux. Cependant, ces bravades de Celene, si complet que soit son contrôle sur son royaume, ne pouvaient durer bien longtemps tandis que le froid progressait. Cette saison était à Ulmo et il finissait toujours par avoir le dernier mot. Les pluies deviendraient neiges, et les trombes d'eaux que Celene déchaînait à présent gelait presque sur place au contact du corps froid de Rual.

Plus qu'à n'importe quel période de l'année, les corps seraient bien vite rendu au Primordial de toutes roches. Battus par les vents violent de Celene, noyé dans les dernière pluies de l'année, tous serait bientôt pris dans les glaces pour finir poussière sur le corps de Rual. Mais les pierres témoins resteraient, survivant aux assauts des deux Primordiaux pour des siècles. Ainsi, le massacre de Migdhal Khatûl balafrerait pour longtemps Karakak, marquant Zagaz Kadra par un champ de reliques.

La plupart des dépouilles avaient été engloutit par les sbires assassins du Botaan. Seul le corps du Thane de Migdhal Khatûl, Ulfar Sourcils d'Argent, avait été rapatrié. Nettoyée, recousue, pétrifiée, la dépouille mortel du gouverneur avait été cérémonieusement portée par des survivants du massacre ayant combattus dans Grit Hirnziflin. Figé dans la pierre, un Rink Rikkaz à l'effigie de Grondinar avait été forgé afin que ses mains pétrifiées brandissent l'insigne de sa charge dans la vie d'après. Les Grungi de la maison du patriarche bâtisseur avaient insisté pour transporter leur gouverneur sur un lit de pioches, se relayant tout au long du trajet jusqu'à Dol Rual.

Grondinar, prévenu par sa femme, Dame Bolka, avait annoncé à ses gens la mort de son Throndi. Une fois le choc passé, des larmes discrètes avaient coulé dans tout Khaz Khazul. De nombreux disques de pierres attendaient la dépouille de Sourcils d'Argent quand la procession l'amena au centre de son foyer, sous les arches magnifiques qui soutenaient la cavité gigantesque abritant son ancien foyer. Les armuriers de cette maison avait façonné une armure lamellaire à l'aide des milliers de disques gravées. Ainsi revêtu des pieds à la tête des symboles de sa tâche, son rang, sa coulé, le corps pétrifié du Thane fût emmené sur Zagaz Kadra. Déposé parmi les pierres témoins de ses Throndi, Ulfar Sourcils d'Argent devait mener une dernière fois ses gens.

Regroupé autour de la dépouille de son Kazak Grumgi, Angrad tentait de limiter ses larmes à un flots continu, alors que la fournaise de son corps le protégeait de la moindre goûte d'eau. Contrairement au reste de l'assistance, la pluie ne pouvait masquer sa faiblesse, aussi essayait-il de la contrôler. En vain.

Le Seigneur du Feu souhaitait apparaître aussi digne que possible, afin d'honorer la mémoire du courageux Thane. Ce dernier devait certainement le voir, flottant à cette frontière ténue entre le plan éthéré, le plan matériel, la trame astral et les limbes. Cherchant vainement à refouler les larmes qui lui échappait, Angrad pleurait la mort du valeureux gouverneur de Migdhal Khatûl. Ses larmes roulaient sur ses joues avant que la chaleur ne les dissipes en vapeurs soufrés.

A ces côtés, Kohl se tenait immobile malgré le froid mordant et la pluie qui avait maintenant pénétré chaque couche de fourrure. Son visage, neutre, était battu par le vent. Le Seigneur du Feu n'aurais su dire si son frère, malgré son impassibilité habituelle, ne pleurait pas lui aussi.

Magrim, Tarak et Trud, l'air grave, tenaient bien mieux leur rang. Solennel, sombre, le visage haut et impassible, les trois patriarche témoignaient le respect que des Karugromthi devaient à un Thane mort à leur service.

Grondinar, à genou, enfouissez son visage contre celui, pétrifié, d'Ulfar. Le patriarche pensait sûrement cacher ses larmes en adoptant cette posture. Angrad ne s'imaginait pas à sa place. La douleur l'aurait terrassé et il ne lui aurait pas été possible d'accomplir la cérémonie avec le solennel et la retenu que l'hommage aux morts exigeait. Le patriarche bâtisseur, prostré mais digne, semblait échanger une dernière conversation à voix basse avec son fidèle Throndi. Il lui confiait sûrement quelques secrets de lignée qui pourrait lui être utile dans la vie d'après, ou bien des conseils afin qu'Ulfar tienne sa maison en attendant que lui-même n'entreprenne l'Erekaz Strollen.

Dolgrim et Draskar, comme à l'accoutumé, n'étaient pas venu. Jamais encore les deux immortels n'avaient été vu sur le Zagaz Kadra, quoi que personne ne pouvait en être sûr pour le maître des ombres.

Drangdvit, lui aussi, brillait par son absence. Le patriarche vengeur n'honorait pas les morts de la même manière que ses frères et sœurs. Si ses Aimen Thagi venaient se recueillir sur Zagaz Kadra, un autre rituel plus sombre attendaient certain d'entre eux en redescendant à Khaz Damnaz. Angrad ne savait rien de la cérémonie des vengeurs, car Drangdvit n'y autorisait que les Drengnarazi. Si le grand prêtre aspirait à plus d'hétérodoxie dans le culte des ancêtres, Angrad était dubitatif sur le culte secret de son frère. Il espérait que ce que créait Drangdvit ne l'attirerait pas, lui et ses fidèles, trop loin du Chemin Doré de Duka. Ces pensées le ramenèrent à la cérémonie que Bolka présidait.

La Dame d'Or, grande prêtresse du culte des ancêtres et Volgit, Rinn Dawi, avait organisé une longue cérémonie d'adieux au défenseurs de Migdhal Khatûl. C'était une première, et Bolka avait fait de son mieux pour que la solennité du rituel leur fasse hommage. De grande prières collectives avaient été organisé dans tous les Khaz, et plusieurs Kadari parcourait Zagaz Kadra à toutes heures pour soutenant les familles. Quelques lointains musiciens sur les Talag adjacent au contrefort jouaient des marche funèbres. Le souffle de leurs cors et les martellements de leurs tambours résonnaient autour de Talagak en une plainte continue.

Une semaine avait été laissé aux familles, aux amis et aux compagnons pour faire leur deuil. Dame Bolka, secondé de la reine, avait alors conduit une procession entre les pierres témoins. La grande prêtresse s'était arrêtée sur chacune, enjoignant l'esprit du défunt à se regrouper une dernière fois autour du Thane Ulfar Sourcils d'Argent. Du couché du soleil jusqu'au levé du soleil, la procession avait ainsi déambulé le long de Zagaz Kadra, allumant une lanterne à chaque pierre témoin.

Toutes avaient finalement été déposé autour du corps pétrifié du gouverneur de Migdhal Khatûl. Le soleil se levait tandis que la Dame d'Or déclamait un vibrant hommage, confiant l'âme de tous ces Dawr aux bon soins de Rual, demandant une ultime tâche à Ulfar : veiller comme un berger sur son troupeau.

Qu'il veille à ce que chacun des nains tombés durant la chute de la colonie traverse le chemin escarpé entre les crêtes, loin des limbes, jusqu'au Gorak Katalhüyk.

La cérémonie était donc terminé, mais les Karugromthi témoignaient ensemble, une dernière fois, leur respect aux défenseurs de Migdhal Khatûl. Du matin jusqu'au zénith, ils étaient restés silencieux, immobile autour de la dépouille du Thane, tandis que tout Dol Rual venait lui rendre hommage.

Les soleils redescendaient, la pluie battue par les vents détrempait continuellement les nains frigorifiés et le souffle de Celene éteignit les dernières lanternes. Les Erekaz des défenseurs de Migdhal Khatûl entreprenaient leur dernier Strollen.

Grondinar fini par se relever, alors que Magrim, Tarak et Trud venaient de quitter Zagaz Kadra. Kohl déambulait entre les pierres témoins. Gulnyr, Hodrik et Kramir l'avait rejoint. Les trois vaillants Throndi entouraient leur seigneur, comptant aux nains endeuillé Zagaz Kazak Migdhal Khatûl. Sous la direction de leur patriarche, ces trois survivants exposaient aux familles des victimes les actions d'éclats des disparus. Volgit et Dame Bolka venait de quitter la dépouille d'Ulfar Sourcils d'Argent, ramenant les Kadari et de nombreux fidèles dans la chaleur de Valag Khaz pour une ultime cérémonie sous Karakak.

La pluie battante c'était calmée en une fine pluie aux allures de neige. Le sol de Zagaz Kadra était gelé, et la glace reflétait les lueurs pales lancées par Zonong et Zontuk. Ces lumières rasantes, froide, réverbérées par les glaciers alentours, découpaient l'ombre de Talagak. Les stries parallèles des ombres projetées, dégradés de ténèbres plus ou moins profondes, venaient couper les ombres des pierres témoins. Elles luisaient faiblement, frappées par les lueurs reflétées par les glaciers.

Une pellicule de glace recouvrait le patriarche bâtisseur qui tremblait de tout ses membres. Angrad murmura quelques paroles mystiques, et un souffle de chaleur vint chasser les grelottement de son frère, la glace accumulé sur ses épaules et son dos, puis bientôt l'humidité insidieuse qui l'avait pénétré jusqu'à l'os.

Ce faisant, Angrad dissipa aussi les larmes de son frère, sans pour autant réussir à masquer le sillon qu'elles avaient creusés sur le visage pourtant si flegmatique de Grondinar.

Ils échangèrent un sourire, quoi que celui ci fut plus triste que joyeux.

« J'espérai qu'Ulfar me quitterait dans d'autres circonstances, balbutia le patriarche bâtisseur dans un souffle. Ses vieux os se minéralisaient, et j'avais prévus qu'un conseil de Throngrink le remplace bientôt…

Il était mon premier acier, un amis fidèle. Cinq cent ans durant, il s'occupa de la sûreté de ma maison, de mes enfants, de ma vie. J'avais espérait pouvoir veiller sur ses vieux jours, le gardant près de moi pour lui rendre ce qu'il me donna durant ce demi-siècle passé... »

Seul avec son frère, Angrad regarda le si neutre, si inexpressif Grondinar. Son visage avait perdu cette expression atone, jamais vraiment concerné, pour laisser place à l'expression même du chagrin. Les deux frères étaient isolé à présent, et seul cet état de fait leur permettait d'exprimer leur peine tout en honorant leur rang.

« Je suis désolé, petit frère, bafouillait Angrad. Je n'ai pas pu sauver ton Throndi. J'ai fait tout ce que j'ai pu pour défendre ta cité et tes gens, mais Gog nous les à pris.

- Si ni toi, ni Kohl avait pu les sauver, alors c'est que Rual avait d'autres projets pour eux, murmura Grondinar dans un souffle à peine perceptible... Maudit soit Gog, ses sbires et leurs maraudeurs ! Puisse Draskar crever cette engeance. Au moins ma vengeance est-elle portée par rien de moins que l'assassin. »

Angrad et Grondinar restèrent ainsi immobile, auprès du corps pétrifié du Thane Ulfar Sourcils d'Argent. Le seigneur du feu pu alors raconter longuement, gravement, le déroulé de la bataille au patriarche bâtisseur.

Il raconta comment, alors qu'il visitait la colonie pour la première foi, il constatait que ses nains étaient besogneux. Puis leur retour précipité avant que finalement la bataille débute. Le seigneur du feu essaya, autant que possible, de donner autant de détails sur l'héroïsme des Throndi de Grondinar que possible. Il avait croisé la plupart d'entre eux, soigné une bonne partie et combattus aux côtés de certains.

La pluie, qui avait pourtant faibli quelque temps auparavant, se changeait brusquement en orage grondant. Nuls goûtes ne vinrent pourtant perturber les deux patriarches : Angrad y veillant. Grondinar avait modelé la pierre autour de la dépouille d'Ulfar afin qu'elle soit confortable aux deux Karugromthi. Ainsi installé, laissant en partie leur peine derrière eux, isolé par la fureur de Celene, les Angrad compta longuement à Grondinar l'héroïsme de ses Throndi.

Dans son petit bureau de Valag Khaz, cette fois fermé aux inopportuns pour assurer l'intimité, Bolka scrutait la conversation d'Angrad et Grondinar. Seul Volgit, sa sœur, l'avait suivi. Après tout, il s'agissait ici d'affaires privées : leurs unions matrimoniales. Les deux sœurs observaient donc ces époux endeuillés.

« Je ne savais pas Grondinar si touché par la perte de son Thane, commença Volgit pensivement.

- Lui qui pourtant ne se laisse toucher par rien au monde, répondit Bolka peiné. »

La Dame d'Or était plus que peiné de constater les bouleversements dans la physionomie de son mari. Elle savait qu'elle et lui avait consentit à un mariage d'intérêt, une union d'État et non d'amour. Ils ne se fréquentaient d'ailleurs pas en dehors des occasions protocolaires, des conseils des anciens ou toute autre circonstance convenable. Cela lui aurait d'ailleurs était difficile, tant Grondinar était réellement indifférent à tout ce qui ne touchait ni ses travaux, ni sa propriété.

Lui étant supérieur selon le Gnollengrom, Bolka était pour lui une supérieur, qu'il traitait d'ailleurs avec tout les égards du à son rang. Grondinar n'oubliait jamais leur différence de statut, y compris durant les rares moments d'intimités qu'ils avaient du partagé pour faire naître une des sept lignée.

Le patriarche bâtisseur c'était toujours conformé aux désirs de Bolka, les recevant comme des ordres. Pourtant, il n'avait jamais accepté de brise les règles de bienséance. Leurs unions charnelles avaient toujours été précédées d'épisodes protocolaires. Grondinar, visiblement dégoûté par l'acte sexuel, l'avait toujours effectué en respectant scrupuleusement les instructions de Bolka, sans aucun zèle, et avec une pudeur difficile à conjuguer avec la nécessaire intimité des chairs de la femelle et du mâle. Le patriarche bâtisseur faisait son devoirs, contrait et forcé.

La Dame d'Or avait beaucoup étudier le cycle du nainfantement, afin de ne pas contraindre Grondinar plus que nécessaire.

Son autre mari, Tarak, était bien moins pudibonds, mais son narcissisme maladif l'avait empêché d'être un amant convenable pour expérimenter le nainfantement. C'est en temps que médecin sage naine que Bolka avait développer ses connaissances sur la chose, à son plus grand regret.

La Dame d'or n'entretenait pas de relation suivi avec aucun de ses deux maris, à la différence de Volgit qui voyait chacun des siens très souvent. Angrad était bien sûr étranger à cela, car Volgit l'avait écarté depuis plusieurs siècles. Bolka avait beaucoup jalousé sa sœur, espérant pouvoir se rapprocher secrètement d'Angrad. Puis la Reine avait ouvert son cœur à la Grande Prêtresse, lui assurant qu'elle seul pourrait soigner les blessures de l'esprit du Seigneur du Feu.

Depuis ce jour, les deux sœurs avaient tissées des liens plus profond et plus fort.

« Penses-tu que Grondinar se remettra de la perte d'Ulfar ? »

Volgit avait posé cette question de sa voix blanche, toujours très mesuré. Bolka savait que derrière ce ton se tenait toujours un reproche, une critique ou une désapprobation quelconque.

« Kazad Zhufbar lui fera oublier tout cela. Il élèvera sûrement une statut à la gloire de Sourcils d'Argent, afin que tous puisse contempler son génie. »

Bolka avait été plus amère qu'elle ne l'eusse voulut. Grondinar était véritablement bouleversé, et cela lui faisait mal. Elle avait fait de son mieux pour susciter quelques sentiments à ce mari, mais il avait toujours été indifférent. La Dame d'Or supportait mieux la légèreté désinvolte avec laquelle Tarak la traitait. Si les nombreuses maîtresses que le patriarche forgeron entretenait avait fait enrager Bolka, au moins échangeait-elle quelque chose avec Tarak. Une animosité querelleuse, née de ce mariage arrangé, régissait les relations ombrageuses des deux époux. Au moins y avait-il quelque chose entre eux.

Grondinar était inaccessible, blasé, impersonnel, aussi n'y avait-il même pas de relation entre les époux. Le voir ainsi percé à jour, submergé par le chagrin et tout à fait désemparé la rendait triste et jalouse.

Volgit ne sembla tenir aucunement rigueur des propos acerbes de Bolka. Soufflant légèrement, comme pour souligner le vrai de l'affirmation de sa sœur, elle reprit.

« J'avoue que Grondinar ne me soucis que peu. Son chagrin ne l'éloignera pas de sa Tâche, et bientôt, il sera à l'ouvrage. Nous autres, enfants de Duka, avons un héritage à laisser à ceux qui viendront après. Ceci doit primer, y compris sur nos existences mortelles, et nos sentiments.

- Je sais, murmura Bolka, envahit d'une tristesse grandissante.

- Aussi suis-je plus inquiet pour Angrad, et pour toi. Je sais qu'aucun de tes mariages n'est heureux. J'ai la chance de partager l'amour avec Kohl, la passion avec Magrim, la fierté avec Trud et la vindicte avec Drangdvit. Je sais Angrad en perdition et ma grande sœur bien aimé délaissé par deux idiots égoïstes. »

Volgit fit une pause que Bolka jugea théâtrale, sachant bien quel sujet la reine allait entamer, pour l'avoir mainte foi abordé avec la dame d'or.

« Il te courtise, maladroitement certes, peut-être même à son esprit défendant, mais il te fait bel et bien la cour. Tu connais ma position sur le sujet. Je suis reine et tu est grande prêtresse. Si je ne puis rompre mon mariage avec Angrad pour l'instant, à cause des répercussions que cela pourrait avoir, rien ne t'empêche de te laisser courtiser. Ne le faite pas à la vue de tous. Angrad se sens de toutes façons suffisamment coupable pour ne rien entreprendre de manière trop directe. Tu es grande prêtresse et lui grand prêtre ! Inventez des cérémonies pour vous retrouver seul tous les deux…

- Comme tu ne peux bafouer ton autorité par un divorce, je ne peux instituer de fausse cérémonie alors que je bâtit le culte des ancêtres, reprocha Bolka. Chacun de acte est fondateur. Nous ne pouvons agir avec la même désinvolture que les patriarche. »

Volgit soupira, laissant échapper un sourire, comme pour se rendre aux arguments de Bolka.

« Alors peut-être faut-il que je prononce ce divorce. Les souverains sont susceptible de se tromper. Après tout, reconnaître cette erreur pourrait être bénéfique à ceux qui viendront après. Et notre peuple n'aurait pas trop à y redire sachant que je marierait la grande prêtresse au grand prêtre. La sacralité de cet union pourrait représenté notre attachement à la chair, détaché de la pierre, afin de promouvoir le nainfantement.

- Et risquer d'assombrir notre Chemin Dorée ? Il y a eu sept mariage pour engendrer sept lignées. Ainsi fut fait, ainsi est tracé notre destinée. Je ne suis pas sûr de partager l'attention qu'Angrad me porte. Fusse le cas, comment pourrais-je accepter de délier les fils de la trame de notre tapisserie ? Tu sais comme moi ce qui nous attends si nous ne tenons pas le cap : le chaos. Notre sensibilité est un sacrifice bien faible pour assurer la droiture de notre peuple à venir. Je ne le permettrais pas et toi non plus. Tu es la Reine, et un moment de faiblesse, fut-il à mon égard, ne peu être toléré. Encore une foi, oubli cette histoire stupide de divorce. »

Volgit pris un air faussement résigné, comme si elle se rendait aux arguments de la grande prêtresse. C'était presque un jeu entre elle à présent. Bolka était, de loin, la plus sage des deux sœurs. La reine était suffisamment inflexible pour maintenir la direction qu'elle s'efforçait de donner au destin des Dawi. Pourtant, la Dame d'Or soupçonnait que la Wyr Kvinn Volgit pourrait être tenté et faire un écart, dès qu'il était question de sa sœur. Entre l'amour qu'elles se portaient, la position de Volgit la cadette et les déboires amoureux de la grande prêtresse, Bolka savait être le point faible de sa petite sœur bien aimée.

« Je sais l'importance que nous revêtons pour ceux qui viendrons après nous, mais nous aurons rejoints Rual au Gorak Katalhüyk depuis longtemps. Ce Chemin Dorée, qui est le destin des Dawi, ce sera à eux de le forger.

- Raison de plus pour ne pas verser en sensiblerie. »

Bolka avait mis un point final à cette conversation. Jamais, en dehors de leur tête à tête, Volgit ne montrait la moindre trace de doute ou d'indécision. Tout cela était réservé à leurs entretiens privé. Toutes deux mesurait la Tâche démentielle qu'elles avaient à accomplir, forger par le premier règne et la base du culte la prospérité du peuple Nain. Chacune de leurs décisions graveraient la jurisprudence des Âges à venir. Un divorce d'avec un des Patriarche redéfinirait la structure des neufs lignées, tout autant que ça légitimité. Une remise en question de l'ordre social déstabiliserait le peuple nain, le plongeant dans l'anarchie.

Cette idée était intolérable.

Heureusement, Volgit revint à leur sujet d'inquiétude initiale, enterrant leur précédente conversation, avant que l'aplomb de Bolka ne vienne à se fissurer.

« Si Grondinar peut-être consolé par le travail, j'ai peur que cela ne soit pas le cas d'Angrad. Il risque de se renfermer dans son Khaz, peut-être même loin de ses gens, à ruminer je ne sais quel projet inadéquate avec sa Tâche. Il faut le recentrer sur ses obligations, et l'amener à une vie plus sociale à Dol Rual. Je comptes sur toi, grande sœur.

- Ce ne sera pas un problème, dit Bolka tout sourire. La saison d'Ulmo est bien calme pour les or et les étains, aussi est-ce la parfaite saison pour le culte. Entre les célébrations, les mariages et les conciliations, les Kadari ont fort à faire dans les neuf Khaz. Rajoute à cela l'importance décisive des mystiques et hermétiques qui nous impose de les faire croître en nombre et puissance, les affaires lancé par Angrad avec le culte de Mères Géantes ou ses devoirs de Patriarche… Notre cher petit frère n'est pas prêt de goûter à l'oisiveté.

- Sauf s'il tente d'y échapper une fois encore. Volgit avait repris sa voix blanche, désapprobatrice. Je risque de devoir passer la majeure partie de la saison d'Ulmo hors de Dol Rual. Si ma poigne et mon autorité n'as sut garder Angrad à sa Tâche, je compte sur ta persuasion et ta pugnacité. Et aussi les doux sentiments qu'il ressent à ton égard.

- Ce ne sera pas nécessaire, murmura Bolka troublé. J'ai déjà mis Bazguk dans la confidence et le piège est tendue. Il doit amener son père à la forge mystique pour une découverte importante. Certains de ses élèves désœuvrés, Kadari et Brangoraki, l'attendront sur mon ordre afin qu'il reprenne ses enseignements. Je n'ai pas l'habitude de commander à mes époux, mais au vu des circonstances, je n'ai eu aucun scrupule. D'ailleurs, ils ne sont pas dans la confidence. Ils ont juste ordre pour Tarak, de remettre Angrad à la page sur la forge mystique pour Grondinar, transférer la mise en œuvre de travaux magmatiques directement au Seigneur du Feu. Ainsi, Angrad va être rapidement réinstallé dans la routine de Dol Rual, sans que nous ayons l'air de tout orchestrer par derrière.

- Chose que nous devons faire, sinon nos époux auraient déjà lancer la construction de trois nouvelles cités, déclarer la guerre à tout Dol Urk, Dol Vongal et Dol Thingaz, tout en baignant notre peuple dans ordres et contre-ordres. »

Volgit avait ponctué chacune de ses dernières déclaration d'une sourire sardonique, quoique teinté par l'attachement qu'elle portait à quatre de ses époux. Elle et Bolka finir leur entretiens par des sujets plus légers, qui ne décideraient que de l'avenir d'une centaine de nains chacun.

La Dame d'Or se laissa entraîné dans ces sujets, afin de maintenir son esprit éloigné d'Angrad. Elle n'était pas indifférente à la cour maladroite et discrète qu'il lui tenait, mais refusait d'y prêter trop attention. Elle n'était pas sur de la nature des sentiments qu'elle éprouvait pour le mari de sa sœur.

Volgit ouvrit la porte du bureau de Bolka, ce qui sortit instantanément la grande prêtresse de ses réflexions. Sa petite sœur était redevenu la reine de glace. Ses traits c'étaient durcis, son expression figé en un rictus sévère et exigeant. Bolka fit de son mieux pour afficher un visage agréable, rassurant et hautain, comme il convenant à la seconde personnalité du royaume. Il était temps de passer au sujet suivant : Lame Noir et le plénipotentiaire de Stygia. La journée serait consacré à cet émissaire.

En un instant, avec une grâce et une fluidité née de l'habitude, Bolka endossa son rôle de grande prêtresse. Gravement, elle suivi la reine Volgit jusqu'à la fontaine de Vie, centre de Valag Khaz. La reine de glace s'assit sur son trône de transport, puis fut hissé haut par des consorts de Rualundi tandis qu'une dizaine de ces terribles guerrières formaient un cordon autour des deux Puînées. Bolka, plus sobrement, grimpa dans une chaise à porteur placé derrière le trône. Elle aussi fut hissé, puis, cadencé par trois musiciens jouant une marche, le convoi se dirigea vers l'enclave Stygienne de Kazad Agril Varn.

Angrad avait raccompagné son frère Grondinar jusqu'à la porte de son Khaz, n'osant y entrer. Il avait prétexter que sa Tâche l'appelait, et pour cela, il n'avait pas mentit. Si la peine avait assiéger son esprit, le Seigneur du Feu n'en restait pas moins lucide. Tout ces combats à venir ferais couler le sang, et Angrad craignait fort que le massacre de Migdhal Khatûl ne soit que le commencement d'une longue danse sanglante. L'escalade de la violence serait inéluctable, mais le patriarche initié espérait qu'elle puisse être freiné. Sur ce point, Drangdvit ne pourrait être raisonné, mais ce n'était pas ce frère qu'Angrad allait visiter. Il avait reçu ordre de la reine d'amener Kohl, à présent Drangthrongrink, auprès de ses troupes à Urbar Gor. Ce faisant, le patriarche initié comptait bien discuter avec son le gardien des serments. La mise à sac d'Urbar Gor n'était sûrement pas dans ses intentions, mais Kohl restait tout de même un guerrier. Angrad voulait s'assurer des intentions de son frère tout en plaidant pour une désescalade du conflit.

N'ayant pas une minute à perdre, le Seigneur du Feu avait usé de puissants schémas afin de rejoindre Kohl dans sa citadelle de Baraz Khaz. Il le trouva penché sur les dalles d'Urbar Gor, tandis qu'un archiviste lui faisait la lecture. Aussi impressionnante que soit l'apparition d'Angrad au milieu des bibliothécaires et des copistes, il n'attira pas l'attention et les louanges qu'il recevait habituellement. Chacun resta concentré sur sa tâche, certain relevant les moustaches de leurs ouvrages pour regarder, agacé et perplexe, le nouveau venu. En s'apercevant qu'il s'agissait d'un Karugromthi, tous reprirent rapidement et docilement leurs travaux.

« Nombreux sont les ennemis des Sumendi à avoir fuit quand le premier roi-tyran pris le contrôle de Goria, et certains ont trouvé refuge à Urbar Gor. Il est à prévoir que des descendants des lignées de Valhor, Udriza ou Illirtor subsiste parmi les habitants de la cité. Le rapporteur suppose d'ailleurs, seigneur, que certains des seigneurs des portes puissent être des descendant de ces augustes lignées. Je me permettrais de pointer qu'aucun arbre généalogique n'as pu être tracé pour ces lignées, ce qui n'affirme ou n'infirme pas l'hypothèse du rapporteur. »

Le docte lecteur était un tout jeune Throngrink d'à peine cent soixante ans. Armée d'une centaine de plaques gravés disposé sur et sous son lutrin, l'archiviste entretenait son seigneur sur les intelligences rassemblé sur Urbar Gor.

Kilond, à gauche de son père, consultait distraitement plusieurs plaques tout en prenant des notes dans la cire.

« Je me désole que nous n'ayons pu récolter que si peu des rapports ces dernières décennies. La guerre civil qui a secoué la ville il y a deux ans a trop rebattu les cartes. Nous avons à peine eu le temps de recueillir trois noms avant d'être expulsé par décision du conseil. Nous avons beaucoup d'informations sur la cité marchande de Gori Zorn, mais la plupart sont trop vieille pour servir... »

Kilond semblait très préoccupé, tandis qu'il martelait du poing sur la carte de dalle. L'archiviste c'était tut dès la prise de parole du Prince, mais ne partageait apparemment pas son point de vu. Sa moue désapprobatrice aurait pu paraître contraire au Gnollengrom, mais son visage affichait tout de même un profond respect. Angrad, qui savait ses lacunes quand à décrypter les expressions, lisait facilement dans l'archiviste. Les traits de son fronts, le mouvement de sa moustache et la hauteur de sa barbe dépeignait presque parfaitement le processus de pensé animant le Throngrink. Le Seigneur du Feu fut étonner de constater comment trois traits d'une physionomie pouvait être si expressif, surtout pour un nain.

Kilond s'en aperçu lui aussi, car il se tourna vers l'archiviste et l'interpella.

« Vous n'êtes pas de mon avis, maître Kallon. Aurais-je oublié une archive ?

- Non, mon seigneur prince à tout lut. Puis-je proposer que le passé puisse conjecturer l'avenir ? Certaine de ces archives pourraient s'avérer utile afin d'éclairer des agissements présents. Il est vrai que nous manquons cruellement d'informations récente sur la cité marchande. Mais puisque le Drangthrong est sur place, nous pourrons peut-être reprendre nos observations sur place ?

Mon seigneur prince ne serais être malheureusement plus juste quand aux évènement malheureux qui ont conduit à l'expulsion de notre légation. Pourtant, ce revirement en faveur de Goria ne serait être une décision hâtive, attendu que de très nombreuses longues vies dirigeait la ville avant la guerre civil.

- Malheureusement, maître, nous ne pouvons palabrer autour de cette table, rétorqua Kilond avec plus de véhémence qu'il ne le souhaitait. Mon père doit rejoindre le Drangthrong immédiatement. Conjecturez autant que vous le souhaitez, mais vos lumières seront inutile dans l'enceinte de ces murs.

- J'ai bien peur que mon seigneur prince n'ai raison, se désola le digne serviteur. Tout ceci est bien trop précipité... »

Angrad regarda son frère, tandis que tous se taisaient, laissant seul les ciseaux et marteaux raisonner dans la bibliothèque. Le seigneur du feu voulait prendre à part son frère afin de l'entretenir de ses espérance, mais il voyait bien que Kohl était en proie à d'autres problèmes. La préparation de toutes actions devait passer par un renseignement préalable, et même Angrad le savait. Kohl n'enverrait pas son armée contre la cité marchande sans avoir une bonne idée de ce que renferme ses murs.

« Kallon Got Urbar Gor, Nu. »

Les paroles de Kohl avait raisonné dans la bibliothèque, et tout les ciseaux c'étaient tut. Un trait d'incompréhension barrait le front du principal intéressé, tandis que ses sourcils broussailleux s'enfonçaient sur son nez. La scène, quelque peu grotesque, fit éclater de rire Kilond, puis Angrad qui répondit aux gloussements communicatif de son neveu. Si drôle que soit la scène, cependant, elle ne fit rire ni le principal intéressé, ni le reste de l'auditoire.

Évidement, Kohl n'eut pas besoin de se répéter. Les murmures des copistes s'élevaient de partout, plaignant leur confrère. Le pauvre archiviste allait devoir sortir dans le Gazangron, royaume de l'inconfort, de l'humidité, de la pluie et des mauvais soupers.

« N'ayez crainte, maître Kallon, s'esclaffa le prince Kilond ! Les conditions de vie hors de nos Khaz ne sont pas si inconfortable que cela. Le froid de la nuit ne vous saisira pas sous tente et couvertures. Le soleil d'hiver ne sera pas trop brûlant et vous ne devriez voir aucuns combats. Les éclaireurs Sifna, Ungrim et Oldor sont déjà sur place, sous les ordres du général Garagrim, dans sa troupe montée. Dites vous que vous aller pouvoir poursuivre vos investigations au plus près de l'objet de vos recherches. »

Le prince Kilond repartit d'un nouveau rire alors que ses arguments faisait naître de nouvelles rides sur le front et les joues de son interlocuteur. Angrad profita de ces instant ou l'attention était centré sur le prince pour sonder son frère. Se penchant sur les cartes que Kohl détaillait, il alla droit au but.

« Quels sont tes intentions concernant Urbar Gor ? »

Le gardien des serments se détourna de ses cartes pour scruter Angrad. Il fronçait des sourcils et lissant ses moustaches. Le patriarche initié pensa que le moment était opportun pour plaider la désescalade.

« Il n'est nul besoin de s'en prendre à Urbar Gor. La centaine de fuyards qui y a trouver refuge ne nous menace en rien. N'est-ce pas une bonne chose que cette ville, neutre dans notre conflit contre Goria, ne vienne au secours de soldats blessé en leur offrant asile ? Un jour, des nains pourraient eux aussi bénéficier d'un traitement similaire. Et puis, agir durement contre la cité l'éloignera de nous le jour fatidique ou Goria imposera son joue durement sur sa population. Ne nous l'aliénons pas ! »

Angrad pouvait encore continuer longtemps, tant il avait travaillé sa liste d'argument, mais Kohl le coupa d'un geste. Posément, tandis que le patriarche initié le regardait sans comprendre, il sortit sa pipe et sa blague à tabac. Il bourra posément sa pipe de tabac bleu, puis la tandis au seigneur du feu pour qu'il l'allume. Angrad s'exécuta, toujours dans l'expectative, puis, voyant que Kohl prenait une grande bouffé, alluma sa propre pipe.

La bibliothèque était de nouveau plongée dans une ambiance studieuse. Kilond, de l'autre côté de la table, parcourrait des yeux plusieurs rapports sur Urbar Gor. Les ciseaux gravaient délicatement sur la pierre, composant ainsi une musique besogneuse raisonnant autour de la table centrale. Kohl regardait son frère tout en fumant, et Angrad devina un demi sourire s'élargir sous les moustaches tombantes de son frère. Alors qu'il le dévisageait toujours, le gardien des serments brisa le silence.

« Ongrunak, Urbar, Baren Urbari, Thagak, Kazak. »

C'était ainsi que Kohl c'était adressé au conseil, avant de se voir attribué la direction du Drangthrong. Comme si cela suffisait, le gardien des serments s'en retournait à ses cartes, mais Angrad le retint. Dévisageant son interlocuteur des yeux, le patriarche initié leva des mains en haussant des épaules. Kohl cligna des yeux puis répondit.

« Dans cet ordre. »

Cet fois, le gardien des serments retourna à ses cartes, ajustant la position de différents pions tandis qu'il retournait à ses rapports. Angrad chercha quelques secours auprès du prince, sachant qu'il ne tirerait rien de plus de son taciturne cadet. Il attira donc l'attention de son neveu, qui, il en était sur, n'avait rien perdu de la discussion. Le prince avait effectivement fait le tour de la table afin d'aider son père à disposer les pions sur la carte. Posément, concentré sur la tâche à laquelle il s'adonnait, Kilond répondit à Angrad.

« Il s'agit d'une philosophie d'action, un mode opératoire, que nous avons mis au point avec père au cours du dernier siècle. Dans le cas ou nous devrions entreprendre une action militaire hors de nos frontières, nous pensons qu'il faut s'en remettre à cette doctrine : Ongrunak, Urbar, Baren Urbari, Thagak, Kazak. Évidement, mes oncles Drangdvit et Trud ne sont pas de notre avis, mais j'ai pu convaincre oncle Magrim. C'est une doctrine des plus réfléchit, aussi mère l'approuve-t-elle, preuve en est puisque c'est à père qu'elle aura confié le Drangthrong.

- Je comprends bien, répondit Angrad. Diplomatie, commerce, embargo, subterfuge et bataille. Mais j'ai comme l'impression que la partie est déjà joué, et je voulais apporter la voix de la tempérance. La diplomatie à échoué puisque nos émissaires ont été refoulés de la ville. Aux dernières nouvelles, les greniers d'Urbar Gor nous était fermé. Si je suis votre doctrine, il ne reste plus que l'embargo, la traîtrise et l'affrontement. Tous sont des actes de guerre. »

Angrad était plus peiné qu'il ne voulais le montrer, mais il n'avait jamais été très doué pour cela. Les morts de Migdhal Khatûl le hantaient. Trop de mystères planaient sur Ogri Kadrin et Thingaz Kadrin. Afin de se rassurer, Angrad avait consulter les oracles que la machine de son maître lui avait délivré à Dol Gromdal. Mais au contraire, les bulles d'encre n'éclataient que montrer bataille, tristesses, souffrances et peurs.

Kilond, qui avait du s'apercevoir de l'angoisse qui grandissait en Angrad, le calma par quelques gestes doux. D'une voix pausé, que son ton chantant et joyeux rendait plus apaisant encore, il continua.

« La diplomatie n'échoue jamais, mon oncle. Elle agit toujours, parfois de manière très subtile certes, mais on obtient toujours un résultat. Et pour ce qui et d'Urbar Gor, ce que vous dites est exacte mais n'est que partie remise. Comme toutes les cités, vous ne pouvez pas la réduire à un tout cohérent. C'est un assemblage hétérogène qui vient de sortir d'une guerre civil de quelques années.

Si nous avons des ennemis dans la place, nous y avons aussi des amis. La famille Vent-levé installé dans la cité depuis cinq cent ans entretiens de solides relations avec Kazad Orrud et Dol Rual. Les clans tengu de la cascade d'argent et des becs de bronze sont nos obligés par traité.

Avec une armée à leur portes, les placides géants de pierres de la cité referont peut-être du commerce avec nous. Les pacifiques géants des falaises, cœur d'Urbar Gor, préférerons négocier. S'il y a discussion, il y a diplomatie. Cela nous permettra de resserrer nos liens avec nos alliées et d'en gagner d'autres. Ce faisait, nous pouvons aussi repérer nos ennemis et ceux qui ne sont pas bien disposés à notre encontre. Père devra certainement déchaîner le Drangthrong, mais pas contre n'importe qui. »

Kohl hochait de la tête durant l'exposé de son fils. Ce faisant, il continuait de bouger les pions. Angrad compris alors que son frère se préparait à déployer sa doctrine à Urbar Gor. Les pions devaient représenter les différentes forces connues de la cité. Si le patriarche initié ne comprenait rien à ce long travail préparatoire, Kohl et Kilond s'y entendait. Ils finalisèrent leurs préparatifs, puis cinq copistes approchèrent de la table, déployèrent des peaux de chamois ou Urbar avait été préalablement dessinés. Ils recopièrent prestement l'installation disposé par Kohl et Kilond, roulèrent les peaux et les rangèrent dans des tubes de cuir cirés.

Maître Kallon récupéra les copies, les fourrant dans un grand bagage de peaux ou plusieurs tablettes étaient soigneusement empilées. Refermant le bagage avec précaution, puis le chargea sur son dos.

Kohl se tourna alors vers Angrad en rangeant sa pipe. Installant son bouclier dans son dos, ceignant son épée à la ceinture avec son casque, il grogna.

« Got Nuak Drangthrong. »

Puis il attendit.

Cette fois, ce fût à Angrad de tirer sur sa pipe posément tout en dévisageant son frère. Prenant le temps de faire quelques ronds de fumée à l'aide de ses schémas pyrotechniques innés, il se cala sur son fauteuil. Kohl le regardait sans comprendre, croisant les bras dans une posture désapprobatrice.

« Traverser l'éther du plan astral n'est pas une balade en montagne. Faire cette traversée pour éviter un chemin de plus de mille Milluz sur le plan matériel est encore plus ardue. Si en plus, cette traversée doit être moins longue qu'un coup de marteau et précise comme une Rhun, la difficulté atteint un degré encore bien supérieur. »

Angrad fit naître de la fumée les Rhun Got et Nuak en terminant sa tirade. Kohl, toujours impassible, semblait réfléchir un instant. Finalement, il haussa les épaules et se rassis.

« Bien, dit Angrad, content de lui. Le procédé est complexe, mais je le maîtrise. La difficulté réside moins dans l'immédiateté que dans la justesse de la destination. Il serait de toute manière imprudent de rester trop longtemps baigné dans l'éther astral.

Pour arriver à bon port, il me faut voir l'endroit ou nous souhaitons aller. Le plus simple, c'est de recouvrir à quelques scrutation mystique afin d'observer le Drangthrong, voir même un de ces nains. Je pourrais alors user de mesure pour nous faire arriver à destination sans désagréments. L'art du transport par l'éther est une science funeste à qui s'y adonne sans les précautions requises.

Qui sont les généraux de ton armée ?

- Kvinn Svava Tresse d'acier, Kvinn Damnir, Gromtrommi Uther Main de Granit, Gromtrommi Garagrim et Throngrink Dolgr Gruntidrengi, répondit sobrement Kohl.

- Un de ces noms m'est familier, Garagrim ce me semble. L'ai-je déjà rencontré, s'enquit le patriarche initié ?

- Garagrim. Tente état major. Migdhal Khatûl. »

Une ombre passa sur les yeux d'Angrad.

« Effectivement, je l'ai bel et bien rencontré. As-tu une gravure de son portrait ?

- Certainement mon oncle, répondit le prince Kilond. Une plaque gravé me représente avec lui dans le Kazak Kadar de la citadelle. En mémoire de ma première campagne.

- Alors allons-y ».

Angrad, Kohl et Kilond, suivi par maître Kallon et son précieux chargement, changèrent d'aile afin de rejoindre l'autel des batailles de la lignée de Kohl. La salle était plus petite et plus austère que ce à quoi Angrad s'attendait. Voyant que maître Kallon s'arrêtait sur le seuil en baissant les yeux, le patriarche initié compris que ce lieux était réservé aux lignées. Sobre, meublée d'une unique table haute en son centre, la pièce circulaire sans fenêtres était couverte de plaques de granit poli. Une fine et lourde lanterne forgé descendait le long de chaînes depuis le plafond jusqu'à hauteur de casque. En entrant, Kohl l'alluma cérémonieusement, et elle éclaira la pièce, sa lumière se reflétant sur les granit rose et les veines dorées et cuivrées des plaques murales.

Quelques unes de ces plaques étaient gravé, très sobrement, représentant les batailles qu'avait déjà livré la lignée de Kohl. L'artiste avait réalisé des céramiques des épisodes charnière de ces batailles, gravant le nom des belligérants sous les portraits.

Angrad sentit bien que ce lieux, intime à son frère et son oncle, n'était réservé qu'aux amis, et fut touché du geste de son neveu. Cependant, ne voulant pas abuser de cette marque d'affection, le patriarche initié suivi Kilond jusqu'à la mosaïque représentant sa première campagne. Là, distinctement représentés, se trouvait le prince et son générale, tenant conseil sous la tente d'état major. Plusieurs nains à l'aspect glorieux se tenaient en arrière plan, et Angrad fut émerveillé de ce que l'artiste avait pu les caractériser si finement avec quelques carrées de plaque colorés.

Alors qu'il s'attardait sur les Dawr, Kilond capta le regard d'Angrad. Son expression changea en une triste mélancolie, et un sourire endeuillé anima le visage habituellement si joyeux du prince.

« Ce sont mes Dawr Kazaki, déclara Kilond, son émotion perçant dans ses paroles. Tous ici ont payer de leur vie une action d'éclat. Puisque les vivants sont honoré par le Gnollengrom, j'honore ici les morts qui ont sacrifiés leurs vie dans ma première victoire. Jamais je n'oublierais ces braves, pas plus que le feront mes enfants. Je les présenteraient tous à mes futurs héritiers. De futurs souverains doivent toujours connaître le prix de la victoire, et surtout ne jamais l'oublier. »

Frappé par ces mots qui firent ressurgir le visages des malheureux défenseurs de Migdhal Khatûl, Angrad sentit les larmes lui monter au visage. Alors qu'il allait les réprimer, il vit les yeux de Kilond se mouiller. Déconcerté par cette faiblesse assumé, Angrad se tourna vers son frère. Il le trouva fixe devant une mosaïque encore fraîche. Il s'agissait bien sûr de Kazak Migdhal Khatûl.

Un flot de chagrin remonta des tripes d'Angrad alors qu'il éclatât en sanglots. La scène montrait les défenseurs former le Thrungar aux portes arrachés de la citadelle, tandis que Gog le démoniaques les raillaient depuis les hauteurs, Mokvag se croisant les bras non loin. La scène n'était pas fidèle à la bataille, et le patriarche initié remarqua que Gofnyr, Norri et Finarin y étaient glorieusement représenté, repoussant les assauts ennemis.

Les doigts caressant de Kohl allaient successivement de l'un à l'autre. En se tournant vers lui, Angrad remarqua que malgré son impassibilité, un filet de larmes coulait de l'œil droit de son frère.

« Je veux me les rappeler glorieux, triomphant... »

Kohl avait murmuré ces paroles qui avaient à peine franchit ses longues moustaches tombantes.

Angrad, sachant la répugnance que son frère avait à montrer ses faiblesses, et quoi que ce fut en ce lieu si intime, fit de son mieux pour ne pas voir les larmes de Kohl. Ils restèrent ainsi en silence, chacun contemplait une mosaïque et honorait ses morts à sa façon.

Finalement, ce fut Kohl qui, comme à l'accoutumé, ramena chacun à sa tâche.

« Urbar Gor. Mes troupes son à la cité. Emmène moi. »

Le gardien des serments avait prononcé ces paroles d'une voix douce qui avait rapidement perdu cet accent. Son timbre rocailleux avait repris le dessus au fur à mesure qu'il se reprenait. Quand il se tourna vers Angrad, il était tout à fait maître de lui même, et aucune trace ne restait autour de ses yeux.

Le patriarche initié, seulement à demi rassuré quand aux projets de Kohl concernant Urbar Gor, se retourna vers la figure de Garagrim. Scrutant la mosaïque, Angrad plongea ses doigts dans la trame astral. Les tordants, ainsi que ses poignées, le patriarche murmura une prière à Duka, afin qu'elle lui laisse entrevoir son enfant. Alors qu'il terminait sa prière, Angrad termina de nouer les fils de la trame astral suivant le complexe schéma à sept nœuds, puis les relâcha. La trame astral se déchira selon le procédé convenus, libérant la puissance modelé pour produire la scrutation désiré. Alimentant ainsi le sortilège d'Angrad, la figure de Garagrim commença à s'animer sur la mosaïque. Les carreaux s'animèrent, se murent, tandis qu'une vive lueur en émana.

Tout ceci n'était visible que d'Angrad, car il fallait des yeux initiés pour percer le voile. Bientôt, la mosaïque laissa place à un parterre rocheux pentu, recouvert de mousse, parfaitement dégagé. Garagrim se tenait là, scrutant lui aussi quelques paysage hors de vue d'Angrad. Il finissait de dévorer une volaille, entouré de deux aides de camp qui portaient sa bière et un plat de viandes. A travers cette fenêtre astral, Angrad ne voyait que les alentours immédiat du gros général. Son attitude ne trahissait nul crainte, aussi Angrad pensa que ces alentours étaient sûr. En plus de cela, le patriarche initié avait tout loisir de faire arriver Kohl, Kallon et lui même dans un espace dégagé.

En un instant, Angrad repris le processus complexe de formation d'un schéma astral. Cette fois, il lui fallut rajouter une nouvelle étape : projeter depuis l'endroit ou il se trouvait une passerelle jusqu'à sa destination. Grâce à la scrutation, ce fut plus aisé. Tendant les mains à l'attention de Kohl et maître Kallon, il attendit, toujours penché dans sa vision, de sentir la main fine de l'archiviste et la main calleuse de son frère avant de délier le sortilège. Happé à travers l'éther, Angrad parcourut la passerelle à travers l'astral, fixant sa dernière vision pour tout horizon. Le temps, dans ce plan d'existence, n'est pas définit ni ressentit de la même manière que dans le monde, plus réglé, des vivants. Aussi, si Angrad l'initié eux l'impression de parcourir le long trajet qu'il avait visualisé, Kohl et Kallon clignèrent des yeux avant de se retrouver à destination.

Ils émergèrent tout trois de la trame astral en un instant. Une fois de plus, seul le patriarche initié se rendit compte du déroulé exacte des évènements. Après avoir entrelacer les fils astraux pour former son schéma, le sortilège avait dénouer la trame astral face à lui. Il s'y était alors plongé, emmenant avec lui les êtres avec lesquels il avait préalablement établit un lien physique. Plongeant ainsi dans l'éther astral, il suivait un fils que son sortilège animait, afin de le conduire à destination. À l'arrivé, ce même sortilège avait détricoté la trame astral pour les laisser passer.

Les non initié n'avaient aucune idées de ce qui se passait, leur sens étant incapable de percevoir les superpositions astral dans le plan matériel. Même les initié devaient faire appel à ces sens pour s'apercevoir d 'un tel transfert astral. Il fallait pour cela user de schéma, simpliste certes, mais limité. Seul les puissants initiés, comme Angrad, pouvait user de schéma plus complexe afin de percevoir la magie plus durablement et efficacement. Mais même ainsi, ces perception ne restait active que quelques dizaines de minutes et ne se portait que dans le champ de vision alentour. Le patriarche initié, ainsi que son maître Dolgrim, cherchait activement à développer de plus puissants schémas, mais sans succès à ce jour.

Quand Kohl et maître Kallon eurent fini de cligner des yeux, ils se trouvaient donc derrière Garagrim et ses deux aides, au sommet d'un surplomb rocheux. Le général bedonnant avait fait demi-tour, sentant du mouvement dans son dos.

Angrad se tenait face à lui, parfaitement calme, arborant un aire solennel. Le visage défait de surprise de Garagrim flattait son ego, et le patriarche initié profitait de ce témoignage muet en faveur de sa mystique. Derrière lui, les deux passagers de cet étrange voyage reprenaient leur esprits. Très vite, Kohl récupéra son aplomb et se porta vers son Throndi pour le questionner.

Angrad laissa son frère à sa tâche, contempla le paysage qui s'étendait sous lui. Il s'attendait à trouver vallons et crêtes, dans ses montagnes érodés qui composaient Lok Zorn.

Mais un tout autre spectacle s'offrait à lui.

A ses pieds, huit mille nains avançaient en ordre de bataille. Les lances des Wutrazi étincelaient dans le soleil pâle et bas de cette fin d'après midi d'hiver. Les étendards du Drangthrong brillaient aux clartés descendante du jour, les boucliers polis ornés de sigles exhibant les figures de prestigieux Gottalrink. Le cor sonnait la marche, les tambours battaient la mesure. La masse avançait d'un seul pas, inexorable.

Au centre de cette masse, Angrad pouvait voir le convoi de ravitaillement, gigantesque. Trois milles Dawi dirigeaient des formiens tantôt harnachés, tantôt tirant de lourde chariots. Une véritable ville était déplacé par ces bêtes et des porteurs. Hunki et Hunkeni transportaient, sur leurs dos ou dans des charrettes à bras, deux à trois fois leur poids.

Cette masse sombre était entouré de dix tours de sièges, avançant aux rythme du Dhrangthrong. Haute de cinquante coudées, elles étaient recouverte du précieux acier nain, tant convoité par tous les peuples. Le métal noirci, martelé par les Grungi de Khaz Grungraz, représentait un visage nanesque sévère en son sommet. Les béliers, eux aussi, étaient des pièces de fonderie sorties de l'arsenal de Tarak.

Massé en rang serré autour du convoi et des machines de siège, toutes sortes de guerriers avançaient d'un même pas cadencé. Lanciers, guerriers de mur, tueurs, longues barbes, arbalétriers, des combattant de tout type et de tout âge allongeaient la jambe au rythme frappé par les tambours et soufflé par les cors.

Au premier rang de l'armée, pareil à un mur d'acier mouvant, une triple rangé de nain de fer ouvraient la marche. Caparaçonnés jusqu'au dernier poil de barbe derrière une superposition de lame d'acier, sans qu'aucune partie de leur corps ne soit découverte, les troupes d'élite de Kohl menaient le Drangthrong vers la cité du marché peuples-bêtes.

Le Dhrangthrong marchait sur Urbar Gor

Chapitre 3 : Urbar Gor – l'armée de Kohl

Vingtième jour du premier mois d'Ulmo

Au sud de la Tarim Sud, par delà Tusk Zhuf Drin

À moins de trois jour de marche d'Urbar Gor

Au temps de Duka, au Premier Âge, ses nainfants se mirent en ordre de bataille. La victoire de Kazak Grunti assura mille ans de paix au peuple nain. Mais le Second Âge amena des temps plus troublé. Des menaces s'élevèrent dans Dol Urk, Dol Vongal. Même Dol Thingaz porta l'instabilité jusqu'aux frontières de Dol Rual. Dans sa grande sagesse, la première reine : Volgit, assembla un Drangthrong. En nommant son consort Kohl à sa tête, elle fit de lui le premier Drangthrongrink.

Histoire du peuple de Duka à l'attention des jeunes nains.

Angrad n'avait pu rester, ses obligations le rappelant à Dol Rual. Kohl aurait aimé le garder quelques jours à ses côtés, mais le devoir prime. Le patriarche initié était repartis par les mêmes moyens mystiques qui l'avait amené, lui Kohl et maître Kallon au Drangthrong. Le gardien des serments était très impressionné par les pouvoir de Dame Bolka et Angrad. Leur mystique lui avait économisé un trajet si long qu'il n'aurait pu rattraper le Drangthrong, même à dos de gryphon. Kohl médita sur les transformation que de tels pouvoirs amenait dans le Kazakul. Un sourire fugace se dessina sous ses moustaches tombante quand il se fit la réflexions que de tel pouvoirs lui abstiendrait dorénavant de devoir remonter à dos de gryphon. C'était un soulagement, mais aussitôt le patriarche se demanda à quel point il allait devenir dépendant de tels pouvoirs.

La nuit tombait alors que poussait des palissades tout autour du Drangthrong. Les Grungi avaient creusé des fosses de quinze coudées en moins d'une heure, et le remblai avait servit pour surélever une palissade de tronc d'arbre. La technique était khutoanne, importé à grand frais par la lignée de Kohl. Alors que les dernières lueurs de Zonong et Zontuk palissaient derrière Karak Orrud, le Endrinkuli assemblais le fortin Elgraz. Les Dawi du Drangthrong n'aimaient toujours pas l'idée de se fortifier derrière quelques fétus de bois, et les ingénieurs s'étaient mis à la tâche avec réticence. Kohl savait bien que ces fortins temporaires en bois étaient fort peu nanesque. Pourtant, son expérience des guerres de Dol Goruz l'avait convaincu de la grande utilité de ce type de fortifications. Il espérait que ses Kazakendrinkuli, exaspéré par l'assemblage quotidien d'un Elgraz, imagineraient des stratagèmes pour rendre cette technique Durak.

Des modifications avaient déjà modifié la technique khutoanne, car les tours de sièges avaient intégré le dispositif. Trois groupe de deux formaient les trois portes du camp tandis que les quatre autres étaient disposées aux sommets du camp carré. Les béliers, dont les poids mobiles centraux étaient transportés appart, servaient de tente d'état major pour le Drangthrong, et de commandement pour ses différents Throng.

Installé dans son fauteuil de campagne, alors que la table des cartes finissaient d'être dressé par les aides Gnutrommi, Kohl savourait une pipe de tabac brun fumé. Cette herbe fine et savoureuse arrivait tout droit d'Urbar Gor, avec le rapport des éclaireurs.

L'état major était bondé ce soir là, car le Drangthrongrink tenait son premier conseil de guerre. Derrière Kohl se tenait son fidèle protecteur Gulnyr, ainsi que son fidèle éclaireur Hodrik. Tout deux étaient lourdement armées.

A la droite du patriarche se tenait un honorable Gromtrommi aux visage couturé de cicatrices. Il avait posé son casque à visière, mais pas sa lourde armure de Kaldi. Uther Main de Granit, le maître des nain de fer et grand champion de l'arène de Kilond, fumait avec son patriarche. Ses traits bourrus étaient sereins, presque détaché, comme si la bataille allait commencer le soir même. Deux de ses Kaldi Gromtrommi, de fiers nains de fer de la maison de Kohl, armurés de pied en barbe, patientaient derrière lui. Uther attendait patiemment que son patriarche prenne la parole. Comme tout les vieux soldat, Main de Granit était habitué à attendre, sachant que c'était le lot des Kazaki.

A côté de lui, le vieux Garagrim finissait son repas tardif par quelques tranches de pains et une grande chope de bière racé. Le vieux générale était accompagné d'un dizaine d'aides Gnutrommi allant et venant auprès de lui. Il organisait la vie du camp par des ordres multiples, courts et cohérents à grande échelle, sans rien omettre. Garagrim était un intendant consommé, et il s'acquittait de cette lourde tâche sans même y penser.

Le voisin du vieux générale tranchait avec les deux honorable Gromtrommi. Visiblement agité, les moustaches en bataille et la barbe teinte du Throngrink contrastait avec l'attitude et l'apparence des vétérans. Par ailleurs, sa coupe de cheveux, rasé de chaque côté du crâne, le désignait comme un Drengnarazi. Si ce farouche Dawi n'était pas vieux, il ne fallait pour autant pas s'y tromper, car il s'agissait de nul autre que Dolgr Gruntidrengi. Ce Throndi de Drangdvit avait prêté le serment des tueurs il y a un demi siècle, et accumulait depuis les marques rituels. Son épaule dénudé arborait la rune cent, ce qui faisait de lui le plus grand tueur de cyclope du peuple nain.

Kohl détaillait les nains de son état major, sondant leur humeurs. Uther était flegmatique, Garagrim faussement affairé et Dolgr impatient. En se concentrant ainsi sur les trois guerriers, le patriarche pouvait détourner les yeux de l'autre côté de la table. Il n'aurait pas été convenable qu'il détaille les deux occupantes. Ses sens aiguisés lui permettait de sonder ses deux voisines, sans pour autant enfreindre les bonnes convenances.

À l'autre bout de la table se tenait la Kvinn Damnir. Kohl savait que sa fille lui avait donné cette dame pour la durée de la campagne. Pareille à elle même, elle défiait ouvertement du regard les mâles face à elle. Si ces regards brûlant glissaient sur Uther, ils déstabilisaient quelque peu Garagrim, peu habitué à batailler aux côté des farouches Khulghuri. Dolgr, lui, snobait complètement la Kvinnkazhunki, se repositionnant constamment sur son tabouret pour exhiber son tableau de chasse.

Mais la personne la plus remarquable de cette honorable assemblée était sans nul doute la voisine de gauche du patriarche. Elle semblait flotter au dessus de l'état major, contemplant la carte sur la table comme si elle n'était installé que pour elle. Des serviteurs se tenait à trois pas derrière son grand fauteuil de campagne, prêts à réagir au moindre geste de leur Kvinn. Gromgrini de sa maison, ingénieur de siège, tacticienne et maître de baliste renommé, Svava Tresse d'Acier inspectait son futur plateau de jeu. Née naine et acier au sein de la maisonnée de Kohl, la jeune Svava avait engendrée de nombreux nainfants en prenants des consorts dans plusieurs maisons. Sa maîtrise de l'ingénierie et son habileté à la baliste firent remarquer la futur Gromgrini, au point de devenir une des favorites de la reine.

Kohl savait que les améliorations du camp Elgraz avaient été centralisés puis déployés par la Gromgrini. Après tout, les tours de sièges et les béliers étaient sous son commandement. De plus, Svava Tresse d'Acier était connue pour son intelligence à tisser des réseaux, les activer et créer le consensus autour d'elle.

Cette honorable Throndi serait un atout pour Kohl pour la campagne à venir.

Trois autres personnages, se tenant debout près de la table, attendaient en silence. Rigide devant tant de Gnol Dawi, les Kazhunki patientaient en position de salut que l'honorable assemblé les interroge. Sifna, Ungrim et Oldor revenaient d'Urbar Gor. Ils s'y étaient présenté comme des voyageurs de passage cherchant de quoi se ravitailler et avaient pu faire commerce. Ayant visité certaines tavernes de la cité, ils s'étaient renseignés sur les dernières nouvelles, sans trop attirer l'attention.

Le prince Kilond avait toute confiance en ses trois éclaireurs, si bien que le général Garagrim les avait envoyé en mission de reconnaissance. Dès qu'il l'eut apprit, Kohl convoqua un conseil de guerre. L'état-major devait entendre le rapport des éclaireurs. Le patriarche désigna donc Sifna de la main, d'un geste posé, afin qu'elle rapporte ses observations.

« Nous nous sommes rendus ce matin au point du jour à Urbar Gor sur les ordres du général Garagrim. Nous devions nous renseigner sur les préparatifs de la cité à notre arrivée, prendre la mesure de son état en générale et enquêter sur les modifications résultant de la guerre civile. »

Le vieux Garagrim approuvait d'un hochement de tête. Dolgr le tueur battait impatiemment la mesure sur la table de même que Kvinn Damnir. Uther Main de Granit écoutait sans se départir de son flegme alors que Svava Tresse d'Acier fronçait des sourcils en même temps qu'un fin sourire naissait sur ses joues ridées.

Kohl enjoignit d'une geste la jeune Sifna à poursuivre. Derrière le patriarche, installé derrière un pupitre, maître Kallon se préparait à noter.

« Nous avons pu constater que la cité se prépare à la guerre. Des artisans remettent murs et portes en état. Ils savent qu'une armée naine est en marche, mais ils n'ont pas l'air de savoir ou elle est ni ou elle va. Les cohortes Grunti agitent les esprits. Des rumeurs d'armées parties de Goria circulent aussi.

Nous n'avons eu aucun mal à entrer dans la cité par le quartier est. Il c'est étendu, en gagnant sur les monts en particulier. Nous avons parcourut presque trois Milluz dans les faubourg avant d'atteindre la porte Tarim. Des gardes Gorgoruz nous ont intercepté, mais il laisse entrer les petits groupes d'étrangers. Ils ne refoule pas les enfants de Duka, ce qui nous a intrigué puisque le conseil avait prononcé un interdit commercial sur Dol Rual. Mais nous avons vite compris.

Nous avons vu des Umdawi... »

A ce mots, des grondements et vociférations s'élevèrent autour de la table d'état major. Ainsi, Urbar Gor accueillait des renégats, des êtres dépourvus de loyauté, des traîtres à leurs pères et leur terre. Umdawi. Le terme avait été lâché comme une insulte. Mais comment décrire des nains qui s'étaient détournés de leurs ancêtres, de Dol Rual, qui avaient quitté leurs maisonnées pour se donner à de vulgaires Gronti ? Cette nouvelle était intolérable aux honorables Dawi rassemblé autour de Kohl. Même Uther avait quitté sa réserve légendaire pour exprimer son mécontentement d'un grondement sourd.

« Combien ? »

La voix de Kohl, pourtant basse, ramena le calme autour de la table.

« Une dizaine sur le rempart, quasiment aucun dans la ville. Une centaine, tout au plus.

- Hum, ponctua Kohl. »

Le patriarche avait clos la discussion concernant les Umdawi. Il n'en serait plus question pour l'instant.

Les feux s'étaient allumés dans le camps. L'agitation avait beaucoup baissé alors que la plupart des Gottal rejoignaient leurs tentes. Les intendants rangeaient les cuisinières tandis que les restes de rata étaient dispensés aux formiens. La patrouille commençait ses rondes et les vigiles leurs tours de garde. Le Drangthrong n'était pas en état d'alerte et la consigne était d'arrêter tout non-nain surpris dans le camp. Le vieux général avait murmuré quelques mots à ces aides. D'ici quelques minutes, les nains éveillés connaîtraient le mot de passe.

Kohl rumina la nouvelle quelques instants. A présent, l'on pouvait craindre quelques Thagak de la part de l'ennemi, usant d'Umdawi à son service. Mais Garagrim, comme à son habitude, pensait à tout. Néanmoins, il faudrait être vigilant et trouver une parade face à cette éventualité. Tirant sur sa pipe, il savoura le tabac brun parfumé des Gorgoruz, ramenant le calme sous la tente d'état-major.

D'un geste, le patriarche indiqua à Sifna de reprendre son rapport

« Nous avons déambulé quelques heures dans le quartier est alors que nous nous dirigions vers les falaises au centre de la cité. Nous avons enquêté auprès des tavernes du lac, auprès des gardes et des marchands. La situation dans la cité à beaucoup changé. Elle vient de traverser une crise de dix ans qui as malheureusement renforcer ses défenses. La guerre civil des dernières années as accouché d'un bien singulier équilibre.

Les quartiers du ciel, des torrents et des glaciers sont toujours tenus par les mêmes factions. Zheff1 Hoël Collier d'Or est toujours maître de la porte du ciel. La porte des cascades est toujours tenue par les Drongronti et les tengus du clan de la cascade d'argent tient toujours la porte de glace.

La falaise est pareille à elle même, dirigé par les Karzankgronti. Leur conseil de sages veille sur les greniers et le statu quo.

Il semble que les crises et la guerre civil ai beaucoup changé le paysage au bas de la falaise. »

Kohl écoutait avec attention le rapport des éclaireurs. Les changements à Urbar Gor avaient débouché sur un interdit commercial contre Dol Rual et l'expulsion de ses représentants. Cette partie du rapport était rassurante. Si la lignée de Kohl s'était efforcé d'entretenir des relations cordiales avec les Drongronti, elle était parvenue à conserver la neutralité de ces géants. Le Zheff Hoël était un Orrudgronti, vieille alliée de Dol Rual et le clan de la cascade d'argent était sous serment suite à la guerre contre les cyclopes. Les hauteurs d'Urbar Gor ne devraient pas être un problème.

« Le quartier aux esclaves a été déplacé dans les montagnes sud-est. Il semble qu'une nouvelle porte : la porte des os, barrent la route vers le Botaan. Nous ignorons qui la tient. Le quartier des crêtes a été amputé et est maintenant aux mains des Durazgronti. Le grand gagnant des changement à l'est est le quartier est. Il c'est agrandit, notamment au détriment des deux derniers quartiers cité. Les Gorgoruz le tienne. Les populations Gor des quartiers aux esclaves ainsi que celui des crêtes l'on rejoint. Nous savons que le prêtre Cornevision du culte de Wakan est maintenant le seigneur de la porte Tarim. Apparemment, ces armées de Goria ne l'alarmes pas. Ce serait plutôt le contraire.

Le quartier des ondes est lui aussi passé sous un contrôle Gronti, nous ne savons pas lesquels. La porte des barges à remonter le fleuve et gagner du terrain. Le quartier des caravanes y a été annexé. Les forêts ouest sont devenu un quartier. Les meutes Varfgor ont un alpha qui tient ce nouveau quartier. Il semble que les bois cache une porte. Certainement une série de point stratégique pour tenir les plateaux ouest.

Le clan des becs de bronzes a grandement perdu de son influence. Il tient toujours le quartier des hauts pics et l'ancien quartier des flots mousseux mais ils ont fusionné. La porte de pierre ne garde plus que la moitié de son précédent territoire. Ces mauvaises nouvelles en amènent d'autres…

le quartier araire et sud sont aux mains de géants de feu. Les pics ont été amputés pour créer le quartier neuf, tenu par le duc Surr Sumendi Coulé de Lave …

Sur douze voix, trois sont aux mains des Zharrgronti et ils tiennent tous les quartiers sud. Les voies vers Zhuf Ruvalk sont aux mains de l'ennemi. »

L'annonce jeta un froid sur l'assemblé. La nuit était froide et des braseros flambaient partout dans le camp. La garde grommelante continuaient ses rondes et les sentinelles frigorifiées observaient les environs, au-delà des remparts. Les yeux d'Ulmo jetaient leur regard glacé sur les terres émergées, sans qu'un seul des nuages de Celene ne viennent s'interposer. Le givre nocturne commençait à pénétrer la terre retournée par la marche du Drangthrong. Encerclant le bélier ou siégeaient le conseil de guerre, le Gottal de faction grelottait malgré les fourrures recouvrant leurs armures. Dans l'obscurité, un cri animal déchira le silence du camp. Quelques prédateurs pestaient contre l'armée naine qui avait fait fuir les quelques proies encore présente dans les alentours.

Un aide de Garagrim attisa les fourneaux autour de l'état-major. Le vieux générale mâchonnait nerveusement quelque os de son dîner, les yeux fixe vers le ciel. Uther, toujours réservé, attendait patiemment les ordres de son patriarche. Il caressait machinalement la tête de son marteau de guerre à sa ceinture. Dolgr, à présent les bras croisé dans son fauteuil, souriait aux éclaireur. Il était claire que pour lui, tout était dit. Il était temps de prendre la cité d'assaut.

S'il s'attendait à la réaction des nains, il fut surpris par la réaction des naines. La Kvinn Damnir était plongé dans une intense réflexion. Fixant la carte déroulée sur la table, ses doigts parcourait les vallées entre Urbar Gor et Troll Thingaz. Le patriarche était étonné du mutisme et de la concentration de la jeune guerrière. Il connaissait le dédain de la Kvinn pour le Gnollengrom et se préparait à ses frasques. Mais il en était rien. Pour l'instant.

Quand à Svava Tresse d'Acier, elle dévisageait son patriarche avec un aire confiant. Seul la reine, la dame d'or et leurs favorites bénéficiait du privilège de détailler ainsi les Cadets. La Gromgrini avait gagner ce droit et en usait avec parcimonie. Ainsi, Kohl sut que la Kvinn voulait prendre la parole. D'un geste, il lui donna.

« Cette nouvelle est excellente, commença t'elle. Nos ennemi sont regroupés et leurs voies de ravitaillement ou de retraite connu. Tout ce passe au sud. La présence d'Hoël Collier d'Or au nord nous assure une ligne de ravitaillement vers Dol Rual. Cela permettra de soulager notre convoi et de ne pas nous soucier de la route vers Karak Naar. En agissant contre les quartiers sud uniquement, nous pourrions convaincre les autres que seul notre guerre contre Goria nous pousse à attaquer. La désunion des douze voix peut nous servir. »

Kohl acquiesça. L'analyse de la Kvinn Svava était intéressante. Il relevait tout de même que si l'ennemi était installé au sud, toute attaque naine là positionnerait le Drangthrong dans un étau. Les troupes Zharrgronti assiégé dans Urbar Gor pourraient recevoir des renforts de Goria, prenant ainsi les troupes naines en tenaille.

Svava Tresse d'Acier fit signe qu'elle avait fini et Kohl passa d'un signe de la main la parole à la Kvinn Damnir. Cette dernière, toujours concentrée sur la carte, ne s'en aperçu pas. Peut-être n'avait-elle rien à dire, ou bien méconnaissait-elle les usages en vigueur. Après tout, la maisonnée de Magrim avait de curieux rituel et une conception particulière du Gnollengrom.

Sans plus attendre, le patriarche donna la parole au Gromtrommi Uther.

Le vieux soldat était un fidèle de Kohl. Acier de sa maison, vétérans des combats de Dol Goruz, Gottalrink depuis maintenant cents ans, il était le plus vieux frère d'arme du patriarche. Grand maître des armures, Main de Granit avait formé les nains de fer. Kohl les avaient déployés contre les cyclopes de Karak Grunti, les maraudeurs de Karak Yar et les Zheff révoltés de Karak Wyr. Kazak Grumgi depuis deux cents ans, les deux Gnol Dawi se connaissaient bien.

D'un geste de la main, en levant l'index gauche, Kohl signifia à Uther de lui exprimer ses pensées.

Le vieux soldat répliqua d'un haussement imperceptible des épaules, puis d'une moue. La situation était claire, mais d'autres informations pouvaient être glanés. Agitant trois fois l'index et le majeur de la main droite, il proposa à son patriarche de renvoyer des éclaireurs Kazhunki.

Kohl affirma de la tête, puis fronça des sourcils en levant le pouce droit. Le vétérans voyait-il autre chose à ajouter ?

Uther souffla la bouche fermé, fermant les yeux à demi. En les rouvrant, il fixa son patriarche un instant. Levant un peu plus la lèvre du bas, il hocha de nouveau de la tête, imperceptiblement.

Kohl s'attendait à cette réponse. Le vieux vétérans était un guerrier impitoyable et un meneur de nain, mais pas un bon tacticien. Comme d'habitude, il signifiait à son patriarche qu'il se rendait à son jugement, soulignant que ce dernier les avait toujours mener à la victoire.

D'une tape sur la tête de son marteau, Uther Main de Granit signifia à son patriarche qu'il était prêt au combat, lui et ses Kaldi, et qu'il n'y avait plus rien à dire. Voyant cela, Kohl lui adressa un sourire imperceptible pour le remercier de sa confiance et son dévouement, puis indiqua à Garagrim qu'il pouvait prendre la parole.

Le vieux générale, habitué à ne pas tout saisir, regarda un temps Uther. Comprenant que son tour était venu, Garagrim se leva.

« Je m'inquiète de la présence de ces Umdawi. Ces renégats pourraient infiltrer le Drangthrong. Ils pourraient empoisonner nos réserves d'eau et de nourriture, saboter nos engins de sièges, nos stocks d'armes et circonvenir nos alliées sur place.

Nous devons absolument protéger le Drangthrong contre les manœuvres déloyales de ces renégats. Avec l'assentiment de mes honorables homologues autour de cette table et la permission de votre seigneurie, je vais établir un système de mot de passe dans toute l'armée. Je vais aussi mener un enquête de routine pour vérifier qu'aucun Umdawi n'as d'ores et déjà infiltré nos rangs.

Nous pourrions prendre une journée de repos demain pour organiser cela, renvoyer des éclaireurs et prendre contact avec les Gorgoruz. Nous n'avons jamais eu de griefs fort contre ce petit peuple et les disciples de Wakan se montrent souvent pacifique. Une visite officiel au consul Cornevision, avant que le Drangthrong ne soit aux portes de la ville, serait mieux accepté. Il est à craindre qu'avec huit mille Dawi sous leurs remparts, les petits peuples d'Urbar Gor durcissent leurs propos. Les Gorgoruz sont de fières créatures. Ils négocieront plus favorablement avec un plénipotentiaire qu'un commandant. »

A peine Garagrim eut-il fini que Dolgr pris la parole.

« Qui abrite des Umdawi est indigne de confiance ! Les petits peuples d'Urbar Gor sont sous la coupe des longues vies à présent. Une majorité de portes est sous contrôle des géants, dont de nombreux ennemis !

Marchons sur Urbar Gor. Attaquons le quartier est. Les petits peuples ne sont pas de taille contre nous ! Nous aurons pris la porte Tarim avant que les renforts des quartiers sud n'arrive. Nous nous ravitaillerons sur les prises de guerre sans perdre la route nord vers Karak Naar ni risquer une tenaille des troupes Zharrgronti.

Une frappe rapide et implacable nous assura une position de force. S'il faut négocier, nous tiendrons un voir deux quartiers. Ils devront se plier à nos conditions.

- Ce serait agir en parfait soudard de Goria, tonna la Kvinn Damnir. Les Zharrgronti pratiquent ce type de tribut à outrance. Ils prennent un village, une cité, puis imposent aux habitants un lourd impôt pour être libérés. Nous autres, chevaucheurs de Karak Naar, avons observé ces pratiques... »

Dolgr était sur le point de répondre quand Kohl se leva doucement. Le mouvement du patriarche, même s'il fut calme et silencieux, retint les paroles acerbes du Gruntidrengi. La farouche Kvinn, elle, défiait quiconque croisait son regard. Elle soutint un instant celui du patriarche, mais se rassis sur un geste impérieux de Svava Tresse d'Acier.

Kohl était insupporté par un tel manquement au protocole. Bien évidement, les deux Throngrink que lui avait confié Magrim et Drangdvit posaient problème. Aucune naine ni aucun nain de sa maison n'aurait oser se comporter de la sorte, encore moins en sa présence. Enfreindre le Gnollengrom, les convenances et la discipline était une faute inqualifiable, impardonnable.

Le patriarche, toujours débout, dévisageait tour à tour Dolgr et Damnir. Svava c'était levé, elle aussi, ses yeux brûlant fixés sur la Kvinn. Uther, toujours assis mais armé de son marteau à présent, s'était tourné vers le tueur. Le vieux soldat était prêt à agir au moindre signe imperceptible de son seigneur.

Dolgr et Damnir, fiers mais honteux, c'étaient tous deux tassé sur leurs sièges.

« Dum »

Kohl avait lâché le mots d'une voix rocailleuse. Le chaos. Il était rare que l'on emploi ce terme honni. Désignant tour à tour Dolgr et Damnir, le patriarche se pencha sur la table. Il fronçait des sourcils et sa lèvre inférieur exprima sa courroux.

« Nai Gor Drangthrong ! Dum Rink Kazakdum. Af Arm Dumi. Af Anarm Gnollengrom, Rint, Rinkar. »

Kohl avait lâché sa tirade d'une voix dure. Il la laissait planer au dessus de l'assemblée quelques instant, puis se rassis. Le Kvinn Svava attendit qu'il eut fini pour faire de même.

Un silence gêné s'était installé autour de la table. Seul le vieux général Garagrim affichait toujours son air nonchalant, attenant que l'orage se calme.

Dolgr, blême de honte, serrait ses poings à faire blanchir ses phalange. Il était claire que le Throngrink, profondément offensé, retenait les mille propos acerbes qui lui montaient des tripes. Il devait être habitué à la façon de faire de Drangdvit, certainement plus laxiste et moi ordonné. Mais Kohl ne tolérerait aucune incartade de la part de ces chefs de guerres.

Damnir, rouge de rage et d'humiliation, fixait la table en se mordant les lèvres. Elle aussi devait être habitué aux manières de Magrim, mais ses chevaucheurs étaient plus des chasseurs que de véritables guerriers.

En bataille rangé, peu importait les scarifications. La valeur d'un combattant ne tenait pas au nombre d'ennemi qu'il avait pu abattre. Kohl le mesurait plutôt à son esprit de corps, sa capacité à suivre les ordres et appliquer les tactiques et doctrine de combat. Il préférait les nains qui couvraient leurs camarades aux ceux se jetaient dans la mêlée. Pour Kohl, la guerre n'était pas un jeu, mais un enjeu. Il devrait garder à l'œil les deux scarifiés afin que les us et coutumes de ces deux pièces rapportées ne sèment pas le chaos dans le Drangthrong.

Désireux d'en finir avec ce triste épisode, Kohl invita l'assemblé à s'asseoir, tandis qu'il restait debout. Attendant un instant pour calmer les esprits, le patriarche repris son conseil de guerre.

« Kvinn Svava, quel est notre progression ?

- Vingt cinq Milluz par jour, mon seigneur. L'infanterie pourrait-être plus rapide, mais il avait été décidé de ne pas scinder le Drangthrong avant votre arrivé.

- Les engins de siège nous ralentissent, murmura Kohl songeur ?

- Oui monseigneur, répondit la Kvinn.

- Prenez ce qu'il vous faut pour accélérer.

- Monseigneur, puis-je prendre au générale Garagrim ses Grungi et la moitié de ses combattants des tunnels ? Ils terrasseront autant que possible la route devant les tours et béliers. J'aurais aussi besoin des Kadari de l'honorable main de granit. Mon prêtre chirurgiens leurs montrera comment aider à transporter les balistes. »

Kohl accéda à la requête de la Kvinn d'un geste de la main. Uther et Garagrim s'inclinèrent.

« Garagrim, Got Urbar Gor, repris Kohl. Prenez tout vos coureurs des cols. Annoncez notre arrivé au consul Cornevision. Anarm Ongrunul. Dol Rual et Goria sont en guerre. Nous ne pouvons tolérer l'ennemi chez eux. Lancez les négociation.

- Quand monseigneur veut-il nous voir partir, demanda le vieux générale tranquille ?

- Après avoir contré les Umdawi. »

Sortant un pion de sa besace, Kohl le positionna sur le massif montagneux à l'Est de la cité.

« Dawr Gron, avantageux aux Dawi. Nous passerons par là. Le Drangthrong sera difficile à repérer. Nous approcherons la cité au plus près. Nous y seront dans cinq à sept jours. D'ici là, nous envoyons les Doki. Kron Urbar Gor. Garagrim, vous avez quatre jours. Prenez maître Kallon. Rapportez tous ce que vous pourrez. »

Kohl fit une pause pour boire un tasse de Bwor que lui tendait Gulnyr. Le patriarche eut un pincement au cœur, car son fidèle Finarin n'était plus là pour s'acquitter de cette tâche. Mais le temps n'étant plus au Grumgi Zagaz. Kohl fini consciencieusement sol bol de miel et d'épice, comme le lui demandait son défunt Throndi, puis se retourna vers la carte.

Trois crêtes serpentaient depuis la cité vers le nord-est, l'est et le sud-est. Si les combes boisées regorgeaient de petit ruisseaux marécageux, les sommets n'était couvert que d'une végétation basse épineuse. Kohl distingua la crête nord-est avec un pion de bronze, la crête est d'un pion de fer et la dernière d'un pion de cuivre.

« Le Drangthrong cheminera par la crête de fer. Kvinn Svava Rink Hunkstroll Un Garagrim Kazgriti. Hunk Barag. Got Urbar Gor.

La Kvinn Damnir reconnaître le terrain. Rink Garagrim Kazhunki. Chevauchez entre les crêtes de cuivre et de bronze. Rapportez moi tous. Quelques Kazhgriki veillerons Garagrim. Ils maintiendrons le contact.

L'honorable Uther Main de Granit couvrira le nord. Vous conduirez votre Throng par la crête de bronze. Rink Garagrim Kaztrommi. Dok Garagrim. Portez lui assistance en cas d'engagement.

Garagrim, vous quitterez donc le Drangthrong. Éclairez nous sur Urbar Gor. Rejoignez Uther en cas de conflit. Transmettez vos rapports par les Kazhgriki.

Garaz Dolgr Gruntidrengi formera l'avant garde. Vous baliserez le terrain pour l'honorable Kvinn Svava. Sjuf Urk. Gardez des réserves. Vos Dawi réagiront aux rapports des éclaireurs. Ne franchissez pas la crête de cuivre.

Vous avez vos ordres. »

En suivant le déploiement ordonné par le patriarche, le Drangthrong avançaient sur les crêtes et les vallons de Gori Zorn. Kohl avait laissé Kramir auprès de la Kvinn Svava, afin que son fidèle Throndi puisse lui rapporter la progression de la Kvinn. Il aurait été discourtois de lui demander des rapports, encore plus de faire surveiller l'avancé Hunkstroll. Mais Kramir était le meilleur Grumgi du défunt Durbar, qui lui même avait été consort de la Kvinn. Le regretté ingénieur avait donné deux nainfants à Tresse d'Acier, parrainés par Kramir et Gofnyr. Seul survivant du trio, le maître bâtisseur était très engagés auprès des deux Knublstubi et, de fait, auprès la Kvinn.

Ce lien de parenté permettait à Kohl de placer un de ses proche Throndi auprès de la Gromgrini tandis qu'elle récupérais le parrain de deux de ses nainfants.

Kohl avait toute confiance dans l'honorable Kvinn Svava, mais il aimait être au courant de tout, y compris de détails que les estafettes ne prenaient pas toujours la peine de mentionner. Il était particulièrement curieux de découvrir comment la Gnol Endrinkuli ferait progresser tous les engins de sièges à travers les crêtes. Kramir avait pu lui rapporter un soir l'ingéniosité incroyable qui foisonnait autour la Gromgrini. Ses Endrinkuli et Grungi déblayaient la route devant les machines, comblant les fossés par les roches cassées par les mineurs. Plusieurs ingénieurs topographes analysaient le terrain en amont et décidaient du chemin à prendre. Les Kadari avaient usé de mystique pour gorger les Hunkeni de magie, et il portaient maintenant autant de charge que trois nains. Le Hunkstroll parcourait trente à trente cinq milles par jours, une cadence inespéré.

Les nouvelles d'Uther étaient bonnes, quoique rare. Il avait confié Hodrik aux bons soins du vétérans, tous deux ayant servit plusieurs fois dans les mêmes batailles. Kohl avait donné son meilleur éclaireur à Main de Granit car il savait que les troupes du vétérans étaient strictement composé de lourdes unités de ligne, peu compétente en reconnaissance. Hodrik rapportait que la progression était bonne. La troupe avait bien rencontré quelques Grunti ou Troll bestiaux, mais la plupart avaient fuit, et les quelques courageux moururent promptement par la main d'Uther et de ses Kaldi.

Garagrim avait transmis des rapports plus inquiétant. Lui et ses coureurs des cols avaient été fraîchement accueillis par les Gorgoruz. Cornevision se refusait à le voir ou le laisser entrer en ville, car les consul avaient voté une rupture diplomatique avec Dol Rual. Tout commerce était aussi impossible pour les même raisons. Quelques rixes avaient éclatés avec des miliciens et des Umdawi, mais les autorité consulaires et Garagrim réussirent à empêcher toute escalade. Kohl avait ordonné à Garagrim de se replier avec ses Kazkadrini. Le patriarche avait détacher plusieurs Urbari et Hunkeni auprès du vieux général. La première offensive était lancé contre Urbar Gor : Baren Urbari. Aucuns convoi de marchandise ne passerait la porte Tarim. Garagrim avait ordre d'acheter toutes marchandises transitant par la vallée et de piller les convois sortant d'Urbar Gor. Les marchand Gorgoruz serait retenu prisonnier avec les honneurs, mais les Umdawi devaient être pris, tués puis enterré. Kohl avait été très stricte quand à cet ordre. Ceux du peuple l'ayant renié ne méritait pas la vie sauve, mais devaient tout de même rejoindre le Primordiale. L'aterrement était exclue, et ces paria se satisferaient de la boue.

Le patriarche s'attendait à ce que ses ordres entraînent une réaction à Urbar Gor. Uther devait se tenir prêt. Garagrim et ses Kazkadrini pourraient facilement se replier sur les hauteurs en cas de sortie. Dans se cas, Main de Granit et ses Kaldi descendraient à la rencontre des Gorgoruz. Ces vétérans sauraient se contrôler et n'engageraient pas le combat. Kohl ne voulait pas être le premier à frapper, mais prévoyait tout de même de prendre l'ascendant dès la première bataille.

Il avait donc rejoins Dolgr à l'avant garde, accompagné de son fidèle Gulnyr.

Depuis deux jours, les troupes d'infanterie légère du tueur ouvraient la route sur les crêtes de fer et de bronze. Les Throndi de la maison de Drangdvit, plus habitué au Khulghur qu'aux Kazak, étaient à l'aise dans les vallons arborés et les sommets arides. Ils parcouraient les étendues sauvages par petit groupe, chassant à l'occasion de la large reconnaissance qu'ils menaient. Habiles pour avancer dispersés, les Gottal se reformaient promptement pour bloquer une proie ou encercler des pillards. Kohl s'attendait à trouver des bêtes en maraude dans ces terres reculées de Gori Zorn.

Dolgr avait questionné, aussi respectueusement que possible cette fois, Kohl sur sa présence ici, et non avec Garagrim.

« Drangthrongrink Ongak Zan Az » avait-il répondu. En effet, le patriarche ne souhaitait pas rester confortablement installé dans la tente d'état major tandis que ses nains rougissaient leurs lames au péril de leur vie. Il pensait qu'un chef de guerre devait être au front, avec ses troupes, tout autant que penché sur la carte stratégique.

Kohl traversait les fourrés aux côté de Dolgr. Il laissait, bien sur, le tueur mener l'avant garde. Ces troupes étaient après tout, celles de Drangdvit, et il aurait été incongrue que Kohl en prenne le commandement.

Dès le second jour, les éclaireurs étaient tombé sur un Vongal embusqué. Les monstres ne devaient pas attendre les nains, car ils se préparaient, apparemment, à tomber sur quiconque passerait dans une vallée plus au sud. Les Berzerki et Az-Dreugi de Dolgr avaient engagés les brutes embusquées et ses arbalétriers avaient abattu les fuyards. Sur ordre de leur commandant, les Dawi de Khaz Damnaz avaient remplacé le Vongal sur le lieux de traquenard. Dolgr avait avertit Kohl, et le patriarche avait rejoint le tueur auprès de ses nains. Le gardien des serments n'était pas habitué à ces techniques de combats, mais en mesurait l'utilité. Il avait donc passer une après-midi et une nuit, couché aux milieu des Khulghuri, à attendre. Le lendemain, une caravane d'esclave mené par un Vongal de trolls passa par le défilé. Dolgr cribla les bêtes de carreaux avant de lancer ses troupes dans la mêlé. Kohl chargea au côté du tueur et noircie sa lame dans le sang de ces monstres. Pendant l'assaut, les arbalétriers avaient allumé des brasiers, et ils incendièrent consciencieusement les corps.

Les esclaves furent libéré, mais pas avant d'avoir été interrogé. Dolgr avait apparemment l'habitude de ce genre de situation. Sans se montrer compatissant le moins du monde, il assurait tout de même aux esclaves qu'ils repartiraient dans la direction de leur choix avec une journée de vivre, s'ils répondaient à ses questions.

Cet interrogatoire éclaira grandement le patriarche sur les changements qui avaient frappé Urbar Gor.

Un large clan de trolls avait rejoint la cité et ils avaient mis la main sur un des nouveaux quartiers. Le clan était installé à la porte des os, sous la direction d'une sorcière et de ses sbires. Tout les Grunti, géants difformes et cannibales, les avaient rejoins. Ces trolls provenaient apparemment de Troll Thingaz, et maître Kallon hasarda une explication. En confiant une des portes à ces monstres, dans un nouveau quartier éloigné, Urbar Gor se rapprochait d'un alliée qui s'interposait géographiquement entre la cité et le Botaan. Par la même, les sorcières du bois au trolls gagnaient en influence face au ogres-mages.

Pour Kohl, cela signifiait que les consuls d'Urbar Gor avaient fait un nouveau pas vers les tyrannies de Dol Urk, s'éloignant toujours plus de Dol Rual.

Les esclaves étaient majoritairement des membres de petits peuple arraché à Gazan Vongal par les nombreux maraudeurs de ces contrées hostiles. Ils avaient transités par le Botaan et les malheureux portaient encore les marques des sévisses qu'ils avaient subit aux col des ogres. La plupart étaient des paysans arrachés à leurs terres, mais quels uns se distinguaient. Kohl les approcha.

Les premiers furent un couple de géants Dariens, des marchands d'épices, qui avaient été capturé sur la Tarim Sud. Tout deux lettrés, ils avaient pu en apprendre beaucoup en écoutant leurs geôliers. Ils avaient expliqué à Dolgr la présence des trolls à Urbar Gor, puis exprimèrent la volonté de rejoindre les Zharrgronti de la cité. Ils avaient appris que ces lointains cousins possédaient trois quartiers, et comptaient se mettre sous leurs protection. Kohl décida qu'il délivrerait les deux marchands en personne. Le patriarche pensait profiter de la situation pour négocier un échange avec les géants de feu. Après tout, tout ennemi qu'ils étaient, ces Gronti respectaient leurs paroles.

Un des autres esclave notable était un jeune et fier guerrier tengu. Fils de Shak2, dont le clan était installé sur les contreforts à l'extrême est de Karak Naar, il avait été pris alors qu'il partait régler une dette d'honneur auprès d'un clan de Lok Zorn. Son clan n'était pas lié aux serments fait entre les tengu de Karakak et les Dawi, mais il avait entendu parler du peuple sous la montagne. Le sabreur se présenta au patriarche, lui confessant qu'il avait à présent une dette d'honneur envers lui. Le dénommé Yoto affirma qu'il ne quitterait pas Kohl tant qu'il ne l'aurait pas remboursé. En son nom, il en fit serment au patriarche devant témoin.

Le dernier esclave tranchant avec ses malheureux comparses était un Gorgoruz. Sa langage était inconnu et il fallut toute la science linguistique de Kohl pour réussir à communiquer avec le rescapé. Apparemment, le malheureux était une sorte de fonctionnaire palatin d'un royaume à l'extrême nord de Dol Gazan. Il devait avoir beaucoup de valeur car il n'avait subit aucuns sévisse de la part de ses ravisseurs. Son passage au Botaan l'avait peu marqué, car il avait apparemment servit d'administrateur dans une grande maison. Le patriarche n'avait pas réussi à saisir le nom du fonctionnaire. Néanmoins, il le convainquit de rester sous sa protection, un temps du moins. Kohl avait bonne espoir que son frère Angrad pourrait parler à l'affranchit pour en tirer de nombreuses informations utiles sur son lointain pays.

La prise avait été bonne le matin, et le patriarche était revenu très enthousiaste au Drangthrong à la mi journée. La tente d'état major avait été dressé à l'écart du Hunkstroll qui continuait sa progression lente mais ininterrompue. Kohl fit un détour afin de ne pas gêner mineurs et ingénieurs bataillant pour faire avancer une des tours de siège. Saluant les Gottal, le patriarche se laissa quelques minutes parmi les Kazaki. Il félicitait ses Dawi pour leur endurance et leurs prouesses, soulignant que jamais encore des tours de sièges n'avaient voyagé si vite.

Marchant parmi les troupes, Kohl sonda leur moral. Il était bon. La plupart de ses Gottal avait passé quelques années de repos à Baraz Khaz, exception faite des combattants des tunnels qui avaient servit durant la campagne contre les vases. Les tensions aux alentours de Dol Rual dans Karak Wyr et Karak Yar avaient décrus, si bien que la ligné de Kohl n'y avait pas envoyé de Throng depuis dix ans.

La plupart des Kazaki avaient été mobilisé dans l'urgence, effectuant une longue marche forcé jusqu'à Migdhal Khatûl. Contemplant la colonie rasé au centre de Grit Hirnziflin, la plupart des Gottal avait eu soif de sang noir. Ils auraient aimé poursuivre les ogres-mages jusqu'au Botaan et noyer cette fange abjecte dans le sang et le feu, mais leur reine en avait décidé autrement. La majorité des guerriers ne comprenaient pas les raisons qui les amenaient à Urbar Gor, mais fidèle à eux-même, ils n'exprimèrent aucune curiosité à cette égard lorsque Kohl les abordait. Ils avaient plutôt soif d'action, souhaitant faire éclater la froide fureur naine et laver le Damnaz de Migdhal Khatûl.

Kohl avait pu croiser Kramir sur le chemin de l'état-major. Il lui confia les quatre affranchis, demandant qu'un Gottal soit détaché à leur protection après qu'ils aient été nourris et lavé. Le patriarche bavarda quelques temps avec son Throndi sur la bonne marche du Hunkstroll. Évidement, le maître bâtisseur ne tarissait pas déloge sur l'honorable Kvinn Svava et l'efficacité accoutumé de son commandement. Le convoi avançait bien malgré le changement soudain de commandement pour les Dawi de Garagrim. Cependant, en abordant le sujet du gros général, Kramir informa son patriarche de potentiels mauvaises nouvelles de ce côté là du front. Lui n'y avait pas eu accès, n'étant pas un des Gottalrink du Throng. Les vétérans longues barbes veillaient à maintenir la discipline dans le Hunkstroll et la garde rapproché de Tresse d'Acier empêchait toute visite inopportune.

Kohl se dirigea prestement vers le surplomb sur lequel était installé l'état major. Un cordon de Langkgrini, dirigé par une des fille de Svava contrôlait, strictement le passage. Les naines en cotte de maille, bouclier rond argenté et marteau de guerre ouvrirent le passage au patriarche tandis que la Gottalrink l'annonça.

Svava se leva quand Kohl la rejoignit autour de la table. La carte stratégique avait été mise à jour et le patriarche compris d'un coup d'œil qu'un premier affrontement avait eu lieu. Une position dominante dans la crête de bronze avait été fortifié, tenue par l'honorable Uther Main de Granit. Garagrim et ses coureurs des cols étaient positionné dans la vallée, mais au nord-est de cette position. De nouveaux pions montraient les déploiement dans le quartiers des Gorgoruz, derrière et par delà leurs murs.

Au centre, le disque aux haches croisées signalait que la première escarmouche avait éclaté. Après avoir respectueusement salué la Kvinn, Kohl s'assit puis désigna le disque du doigt.

« Ongak Kazak, mon seigneur, commença la Kvinn en se rasseyant à son tour. Baren Urbari. Les troupes Gorgoruz du quartier Tarim ont réagit. Une centurie est sortie à l'encontre de Garagrim alors qu'il interceptait des marchands de la cité. L'honorable générale et ses Dawi se sont repliés dans les hauteurs.

Deux autres centuries ont quitté Urbar Gor, fait jonction avec la première pour poursuivre. L'honorable Uther Main de Granit a mené ses Kaldi et Kaztrommi à leur encontre. Un combat de ligne de boucliers c'est engagé. Vos Dawi ont tenu les hauteurs en repoussant les assauts des légionnaires.

Une heure après le début des combats, des renforts sont arrivés d'Urbar Gor. Les tengus du clan de la cascade d'argent ont volé depuis le quartier des glaciers pour prendre notre dispositif à revers. Garagrim et ses coureurs des cols, restés en réserve, les en ont empêché.

Il semble que le Shak ai oublié ses serments. »

Le patriarche resta muet un instant, digérant la nouvelle. Ainsi, les descendants du premier royaume tournaient le dos à leur plus ancien allié. Après les révélations de Zurtur sur les agissements des tengus du royaume vassal, voilà que ses héritiers défiaient ouvertement Dol Rual.

Pourtant, Kohl essaya d'adopter leur point de vue. Après tout, le Shak ne savait pas forcement quel était la menace. Ses guetteurs lui avaient rapporté que son allié et co-consul d'Urbar Gor envoyait des troupes hors de ses murs. Son honneur lui avait sûrement dicté sa conduite.

« Krogor Nai Unbaraki. Ils mènent leurs propres batailles. Nos paroles ne sont engagé que pour défendre nos foyers. Nous verrons aux prochaines batailles. Qu'Uther et Garagrim continuent leurs missions.

Quels sont les nouvelles

- Comme l'honorable Garagrim a été refoulé dès le premier jour, Baren Urbari nous a déjà rapporter de belles prises. Un convoi de grain a été saisi au deuxième jour. Nous l'avons intégré dans nos réserves après inspection.

Deux caravanes marchandes venant de la Tarim ont été intercepté. Si la présence de tant de guerriers les a effrayé au départ, nos Urbari les ont vite ramené à leur avidité ordinaire. Nous avons troqué leurs vins, étoffes et autre victuailles contre nos bijoux et outils en fer.

La nouvelle va vite se répandre dans Gori Zorn. »

La Kvinn Svava se tu un instant. Finissant son verre, elle indiqua à un de ses serviteur de la resservir. Une fois fait, elle pris elle-même un verre vide, le remplit et le présenta au patriarche. La couleur rubis du liquide frappa Kohl, qui accepta l'offre de sa Throndi. Portant la coupe à ses lèvres, le patriarche savoura un instant le vin, puis reposa le verre. Comme toujours, ce breuvage le laissait sur sa faim. Si, pour une fois, il lui sembla que sa qualité était presque convenable, cette boisson restait tout de même de l'eau. Sans aucune épaisseur, sans mousse, le patriarche n'aurait su dire s'il avait bu un verre ou un tonneau. Les petits peuples faisaient grand cas du commerce de ce liquide qu'ils appréciaient visiblement. Les Gorgoruz du quartier est s'en verrait donc privé tant que Kohl ne serait pas satisfait.

La Kvinn Svava leva sa coupe pour saluer le patriarche, la vida, puis la renversa sur la table.

« Damnir a pu repérer la cité et ses environs. Malheureusement, cela signifie qu'Urbar Gor sait que nous arrivons et prépare ses défenses. Maître Kallon travail à agréger ces rapports, mais il n'a pas encore forgé de conclusions. Nous savons déjà que la cité a été passablement agrandit ces dernières années, avec nouveaux quartiers et de nouveaux murs érigés suivant les dernières technologies.

Pour ce qui nous concerne directement, le quartier des crêtes se trouve en face de nous, entre les crêtes de bronze et de fer. Des Durazgronti y sont installé, logeant dans les sommets tandis que leur bétail paisse sur le plateau. Il est traversé par une rivière qui descend depuis notre position à travers le quartier, puis vers les grands lacs au pied de la falaise, au centre de la cité. Nous ne sommes plus qu'à deux jours de la porte du col. Elle a été dressé intelligemment, là ou les contreforts des deux crête se resserrent. Malheureusement pour eux, les pentes de la crête de fer surplombe la fortification et nous pourrons facilement percer leurs défenses.

En prenant la porte, nous contrôlerions l'unique accès à ce quartier. Avec en plus des positions retranchés sur la crête de bronze et la crête de cuivre, nous nous assurerions le contrôle du quart nord-est autour d'Urbar Gor. »

Svava pris un instant pour boire de nouveau du vin pris à l'ennemi. Kohl l'accompagna moins par goût que pour partager avec elle les premières prises sur l'ennemi. La Kvinn repris la parole, de sa voie toujours modulé et tranquille.

« Nos éclaireurs nous rapporte une grande activité troll par delà la crête de cuivre. L'épaisse forêt qui s'étend derrière est difficile à percer depuis les airs. Les éclaireurs Kazhunki n'ont patrouillé qu'à cette frontière. Les Grunti ne sont pas sortit de leurs bois pour les engager sur les sommets, si bien qu'un Gottal reste sur place pour maintenir une surveillance constante.

- Dawr, répondit laconiquement Kohl. »

Le patriarche embrassa de nouveau la carte tactique dans son ensemble avant de la compléter à son tour.

« Dolgr avance bien. Il maîtrise le terrain. Nous contrôlons les trois crêtes. Un passage caché traverse la crête de cuivre ici. »

Kohl déposa un pion là ou l'embuscade avait été éventé avant que les Dawi ne la tendent à leur tour. La troué dans les contreforts perçait la crête à un mille de la porte du col.

« Sjuf Grunti. Urk Drung. Ils trafiquaient des esclaves. Certains sont ici. Deux veulent rejoindre les Zharrgronti. Je les conduit cette nuit. J'en tirerait de précieuses informations.

- C'est une mission, très risqué, mon seigneur. Comment pouvons-nous vous faciliter la tâche ?

- Dolgr et Damnir l'accompagnerons. Un Gottal dans les airs, un avec moi, un en soutient. Drangdvit Throndi Khulghur. Ils investiront les bois. Kantuz Gottal. Nu Drazh Stok.

- Dawi Drung Nu Drazh, répondit la Kvinn. »

Kohl passa le début d'après midi à transmettre ses ordres. Les Dawi devaient prendre du repos avant les combats de la nuit. Les présages étaient bons : beaucoup de nuage s'amoncelaient dans le ciel. Si le temps se maintenait, la nuit serait noir. Celene allait cacher les terres émergé à Ulmo sans pour autant empêcher le froid du Primordial de les glacer. Les nains, grâce à leur vision de la chaleur, pourraient facilement discerner leurs ennemis bouillonnant de la végétation givré.

Rapidement, les instructions furent délivrés à tout l'état major. Si le Hunkstroll continuait son avancé inexorable vers le quartier des crêtes, les troupes de Dolgr revinrent stationner sur les sommets nus de la crête de bronze. Plusieurs Endrinkuli de Svava Tresse d'Acier rejoignirent la position d'Uther Main de Granit, afin de la renforcer. Déjà, la roche était creusé et les pierres s'empilaient tout au long de la crête de bronze.

Le patriarche profita de la chaleur d'un bon feu quand il se restaura après avoir transmis ses ordres. Passant dans le camp, il salua les Gottal au repos. Marchant jusqu'à la tente ou Kramir avait installé les affranchit, il s'assura qu'ils étaient bien installé. Par mesure de sécurité, et de sûreté, Kohl exigea de ses invités qu'ils ne quittent pas la tente sans lui. Les Dawi avaient des ordres striques concernant les étranger, et il ne pouvait les laisser déambuler dans le Drangthrong. Le magistrat Gorgoruz montra une indifférence résigné, en personne ne maîtrisant plus son destin depuis longtemps. Le guerrier tengu accepta son sort en réitérant sa promesse, comprenant bien les raisons martiales de son hôtes.

Seuls les deux marchand Dariens s'offusquèrent, mais Kohl les rassura. Il lui fallait organiser une expédition pour amener le couple sain et sauf à la cité. Le patriarche ne cacha pas qu'il allait livrer les marchand aux ennemis de son peuple, mais les informations qu'ils lui avaient livrés valaient bien se service. À ces mots, le guerrier tengu se proposa en messager neutre. Ne faisant partie d'aucun camp, il pourrait aller et venir entre les belligérants. Kohl accepta, sachant que la vie d'une messager de guerre pouvait être très dangereuse.

Après avoir pris congé des quatre affranchi, le patriarche s'assura qu'un Gottal surveillait leur tente avec les ordres adéquats. Rassuré de voir un solide Kazgriti et ses Dawi veiller et surveiller sur ses invités, Kohl rejoignit sa tente. Spartiate, Kramir l'avait monté lui même au milieu de celle de la troupe. Une bassine d'eau brûlante attendait le patriarche, ainsi que plusieurs bassine des premières neiges tombés sur les sommets. Il fit ses ablutions, profitant de la chaleur du bain, et se décrassa à la pierre ponce. Une fois récuré, Kohl pu se frotter avec la neige ramassé à son intention.

Pendant ce temps, un jeune page avait nettoyé son armure, graissé ses cuirs et fourbit ses armes. Le patriarche vérifia dans sa malle de voyage que ses tenus de fourrures les plus distingués étaient soigneusement plié. Cette nuit, Kohl comptait bien rencontrer son ennemi, et il n'aurait pas été convenable de se présenter comme un vulgaire barbe-gravier. Prévoyant de dormir une poignée d'heure, Kohl se coucha et s'endormit.

Kohl se réveilla alors que les dernières lueurs du jour commençaient à s'effacer derrière Karak Orrud. Il avait dormi trois heure, et se sentait parfaitement reposé. Au dehors s'élevait la clameur caractéristique des Gottal s'équipant avant la bataille. Kramir pénétra sous le tente alors que Kohl avait ouvert sa malle pour enfiler ses fourrures les plus raffinées.

« Bonsoir monseigneur, dis le maître bâtisseur en tendant une tasse fumante à son patriarche. Faites moi l'honneur de vous habiller. »

Kohl hocha la tête et laissa son Throndi l'envelopper dans une tunique de cuir teinte rehaussé de fourrures grises. Après qu'il lui eût passé une fine ceinture de peau de chèvre tresse autour de la taille, Kramir équipa son patriarche tout en lui faisant son rapport.

« L'honorable Dolgr et la Kvinn Damnir ont tout deux réunis un Gottal de vétérans et se tiennent au pied de l'état major. Les Throndi de Drangdvit ont laissé le camp aux vôtre et se préparent à une nuit de Khulghur. La Kvinn Svava Tresse d'Acier a arrêté le Hunkstroll au milieu du camp et positionne les tours de siège pendant que nous parlons. Le général Garagrim à rejoins l'honorable Uther Main de Granit dans son retranchement. Ils vont tous de même surveiller la vallée au cas ou les Gorgoruz voudraient utiliser le couvert de la nuit pour faire sortir une caravane.

L'état-major est réunis dans l'attente de vos ordres. »

Kohl remercia son Throndi puis le congédia. Après tout, il faisait partit du dispositif de la Kvinn Svava et devait prendre sa part dans le montage du camp. Enfilant son casque, Kohl quitta sa tente derrière Kramir.

Le camp était en pleine activité.

Partout les Gottal s'harnachaient de leurs cottes de mailles en fourbissant leurs armes. Un groupe de Angazi avait installé un atelier sous une tente sans pans. Nombre de Kazaki y récupéraient leurs lames affûtées, leurs mailles rapiécées et leurs cuirs graissés. Un Grungroni martelait quelques armes endommagées sur une enclume tandis que son apprenti Gnutrommi attisait le feu d'un large brasero. Tandis que les Gottal de Drangdvit se préparaient à une nuit de Khulghur, Hunki, Hunkeni et Formrinki démontaient le camp. Avec l'habileté née d'année à effectuer les mêmes gestes, ils pliaient les tentes, rangeait les malles et chargeaient les formiens. Pendant se temps, les dresseurs du convoi dirigeaient leurs bêtes en un longue caravane rejoignant la position fortifié de la Kvinn Svava.

Les premières clameurs avaient éveillé Kohl et, alors qu'il quittait à peine le camp pour se rendre à l'état major, ce dernier était déjà à moitié plié et évacué. Le patriarche sourit. L'attention qu'il avait porté aux manutentionnaires et aux marchand ces derniers siècle portait ses fruits. Une logistique bien huilé, mené par des étains spécialisés et compétents, permettait aux aciers de se concentrer sur la bataille. De plus, jamais les Gottal n'auraient pu ranger autant de matériel en si peu de temps.

D'un pas tranquille, Kohl pénétra sous la tente d'état major.

Il fut surpris d'y trouver Garagrim et Uther. Svava avait du les faire venir. Cette dernière brillait par son absence, mais elle avait déjà reçu ses ordres et avait déjà fort à faire. Une de ses fille se tenait deux pas en retrait de la table pour représenter sa mère. Conformément au Gnollengrom, elle resta en retrait après avoir saluer ses aînés.

Dolgr et Damnir quittèrent leurs troupes pour emboîter le pas au patriarche. Tous deux étaient harnaché pour la guerre, revêtant pour une fois les lourdes cottes de maille des aciers, quoi qu'elles furent complétées par un gambison de peau fourré. Dolgr affichait une mine sévère qui masquait son impatience. Damnir, au contraire, laissait un large sourire carnassier découvrir ses dents blanches.

« Dawi, commença Kohl, Drazh Kazak !

Gnol Uther Un Garagrim, Baren Urbari. Sjuf, Nai Kazak. Und Talgit.

Drangdvit Throndi Khulghur Izor Talgit.

Kvinn Damnir, Gnol Dolgr, A Or. Dok Zharrgronti.

Gulnyr, expliquez la stratégie.

- Bien monseigneur, repris le vieux protecteur tandis que Kohl se faisait porter du Bwor. Ma Dame, Honorables Dawi, monseigneur Kohl souhaite employer une tactique qui porta ses fruits à Dol Goruz. Aucun peuple n'est plus à l'aise que nous à se battre en montagne. De plus, il est plus aisé de combattre en position surélevée apprêtée au combat.

Notre tactique est d'entraîner les combats sur les contreforts et les crête, à des endroits que nous aurons choisi. Si mon seigneur espère pouvoir échanger avec les géants de feu, il est fort probable qu'ils tentent de nous capturé. Nous aurons donc un double avantage sur eux. Premièrement, leur objectif ne sera pas de nous tuer, et nous aurons l'agressivité pour nous. Deuxièmement, ils souhaiteront nous poursuivre car seul un petit groupe se montrera. En se repliant dans les contreforts, nous les attirerons sur notre terrain ou des renforts nous attendrons. »

Tout en parlant, Gulnyr avait installé des pions qui descendaient depuis la crête vers le quartier des araires. Kohl regarda le visage de Dolgr et Damnir. Ils suivaient avec attention le plan de bataille, cette fois sans objecter avant leur tour de parole. Satisfait de voir cette leçon apprise, le patriarche commença à mordre dans un pain chaux qu'un page venait de lui apporter. D'autres Gnugrini et Gnutrommi servirent ensuite une collation au membre de l'état-major.

Gulnyr, habitué à ce que ses supérieurs prennent leurs aises en sa présence continuait son explication.

« Les géants ne s'attendent pas à nous voir, il est donc peu probable qu'une troupe importante nous attende. Nous aurons certainement à faire face à une escouade tandis que la rumeur de notre présence se répandra. Comme les troupes de Goria son bien disciplinés, elles ne se jetteront pas derrière nous au fur et à mesure que la rumeur progresse. Nous auront peut-être un vrai combat à mener cette nuit.

Notre stratégie est donc simple : reculer au fur et à mesure que l'ennemi progresse. En rejoignant une position préparée avec des renforts entre chaque engagement, nous nous assurerons de surprendre notre ennemi à chaque fois. S'ils ne nous poursuivent pas, nous nous replierons tout de même. »

Gulnyr continuait d'animer les pions sur la carte. Dolgr et Damnir suivaient toujours, mais avec plus d'attention encore. Le sourire carnassier avait disparut du visage de la Kvinn tandis qu'une ride perplexe barrait son front. Les tactiques aériennes devaient être bien différentes des terrestres. Dolgr, pour sa part, hochait de la tête à chaque phrase du protecteur. Si cette stratégie tranchait avec celles, plus agressives, de son patriarche, il manifestait sa compréhension à l'auditoire. Kohl remarque que les lèvres crispé du tueur de cyclope se détendaient en un léger sourire au fur et à mesure des explications.

« Les troupes en Khulghur sur le plateau doivent nous servir de réserve en cas de besoin, continua Gulnyr imperturbable. Si les musiciens sonnent trois notes, c'est que les Dawi de Drangdvit doivent se rallier. En occupant la forêt jusqu'à la crête de cuivre, ils assureront la maîtrise du terrain.

La nuit nous est favorable, avec une couverture nuageuse dense et un froid glaciale. Nos yeux percent les ténèbres, mais pas ceux des géants. Ils devront amener la lumière avec eux pour nous combattre, devenant de parfaites cibles pour nos arbalétriers.

Mon seigneur Kohl nous a fait remporter une grande victoire contre les troupes khutoannes à l'aide de cette stratégie. »

Kohl attendit quelques instants, afin que chacun puisse intégrer la stratégie exposé et finir sa collation. La Kvinn Damnir ne parut pas s'en apercevoir car elle prit la parole aux derniers mots de Gulnyr en se levant. C'était bien sûr, suivant le Gnollengrom, son tour de parole mais Kohl ne l'avait pas ouvert. Soupirant doucement, le patriarche n'intervint pas pour remettre l'intrépide guerrière à sa place.

« Mes Throndi et moi devrons-nous combattre à pied, questionna la Kvinn avec une rudesse contenu ?

- Nai, lui répondit Kohl. Und Talgit. Vous agirez en cas d'accrochage. Harcelez l'ennemi. Brisez ses lignes. Surveillez les environs. Pas de surprises. »

Visiblement soulagé, la Kvinn se rassit en croisant ses bras sur sa poitrine. Uther et Garagrim signifièrent d'un geste qu'ils n'avaient rien à dire. Kohl désigna alors Dolgr qui lui, avait attendu pour prendre la parole.

« Seigneur Kohl, la stratégie consiste à attirer l'ennemi de piège en piège en fait.

- Ai, répondit laconiquement le patriarche.

- Et mes Throndi doivent occuper les bois avant de chasser le troll, continua le tueur ?

- Ai, confirma Kohl.

- Alors ils ne vont pas chasser. S'ils doivent tenir la position, ce sera plus une ligne de chasseur sans rabatteurs. Les Gottal devront rester en vue, pour pouvoir se soutenir et se rallier. Puis-je transmettre les ordres ?

- Ai, approuva Kohl en hochant de la tête. »

L'état-major quitta la tente. Uther et Garagrim retournèrent avec leur escorte jusqu'à leur position tandis que la Kvinn Damnir et ses chevaucheurs prenaient les airs. Kohl, escorté de Gulnyr, suivi Dolgr qui rejoignait ses Gottal. Se hissant sur un rocher pour surplomber ses troupes, le tueur commença à les haranguer.

« Dawi, hurla-t-il alentour, se soir nous rougissons nos haches et noircissons nos Az ! Cette nuit est à nous, Celene nous l'offre ! Notre but ne sera pas de pourchasser les trolls, mais de piéger les sbires de Goria. Faratinr, Rorek, Nyrn, prenez vos Gottal, vous venez avec moi. Les autres, suivez nous. Vous devrez prendre les bois et nettoyer les trolls qui s'y trouvent. »

En sautant à bas du rocher, Dolgr fila vers les trois vétérans qu'il avait désigné. Kohl se rapprocha tandis que le tueur donnait ses ordres.

« Nous allons prendre la crête qui surplombe le quartier des géants de feu. Chaque Gottal devra fortifier une position en descendant des contreforts. Le seigneur Kohl, moi et nos Dawi nous replierons de position en position. L'objectif est de frapper l'ennemi fort en profitant de la position puis de remonter. Compris ?

-Ip, répondirent-ils en cœur.

- Drazh Zan, conclut Dolgr ! »

Les dernières lueurs de Zonong et Zontuk avaient disparût depuis longtemps, et les yeux d'Ulmo restaient masqués par de lourd nuages glacé. Une neige fine en descendait depuis que Kohl, Dolgr et leurs Dawi avaient quitter le camp. Emmitouflé dans leurs lourdes fourrures de montagne, les nains avançaient par groupe de trois à quatre Gottal. Le Throng avait dépassé la crête de fer depuis peu et descendaient à présent dans les bois qui s'étendaient jusqu'à la crête de cuivre. La nuit noir et la neige qui floconnait couvrait l'avancé des nains, mais rendait aussi difficile toute reconnaissance de la zone. Les Kazhunki la patrouillait depuis le couché des soleils mais il leur était à présent impossible de s'acquitter correctement de cette tâche.

Kohl marchait au milieu des Gottal de Dolgr. Le tueur menait ses troupes et ses lieutenants entouraient la formation à gauche, à droite et sur les arrières. Le patriarche compris rapidement que toute interférence de sa part dans la chaîne de commandement ne ferait qu'apporter le chaos. Passif, il observa les trois Gottal se fondre dans une unité plus grande sans aucun problème. Apparemment, Drangdvit expérimentait un échelon supérieur au Gottal, mais qui faisait accro au Gnollengrom. Dolgr, s'il était bien le chef de la troupe, avait reçu un ordre de la part de son lieutenant de droite, Rorek.

Toute la formation avait pivoté d'un quart de tour, alors que les Dawi ne c'était que retourné vers la droite. En une minutes, Rorek était devenu le chef du corps et menait les troupes vers l'ouest. Le Throngrink avait eu vent d'une potentiel danger sur la droite de la formation. Après cinq minutes d'observation et de fouille, Rorek annonça, sans quitter sa place, que le danger était passé.

D'un quart de tour à gauche générale, Dolgr reprit la progression à la tête de la troupe.

Kohl médita sur la pertinence de cet organisation, sachant qu'elle ne respectait pas le Gnollengrom. Il lui semblait que les Gottalrink jouissait d'une plus grande autonomie, au détriment d'une chaîne de commandement mieux maîtrisé. Suspendant son jugement, le patriarche se posa en observateur, jugeant qu'il lui faudrait en discuter avec Drangdvit lui même.

Le centre de la formation était occupé par les arbalétriers de Dolgr, mais aussi les deux affranchis et Yoto . Kohl marchait à côté d'eux, Gulnyr assurant la protection des deux marchands. Le jeune guerrier avançait aussi silencieusement qu'une ombre, et Kohl peinait parfois à le discerner dans l'obscurité. Les deux marchands, au contraire, étaient bruyant. Leurs grands corps secouait les branches des arbres et les malheureux avançaient le dos voûté pour ne pas s'y blesser. Le patriarche leur avait intimé de garder le silence, précaution que les affranchi effrayé suivaient à la lettre.

Les nains progressaient dans la neige, parmi les fourrées gelés et les arbres aux branches alourdis par les stalactites de glace jeune. Le froid avait plongé la forêt dans un profond silence, brisé par la marche des Dawi armurés et des encombrants marchand. Aucun bruit ne sortait de derrière les arbres ou des sous-bois.

Pourtant, Kohl se sentait observé. Cette impression était renforcé par les mouvement des éclaireurs, des regards échangés avec les Gottalrink ainsi que l'impression persistante d'être fixé par des yeux rouges, invisibles.

Les trolls ne devaient pas être loin.

Dolgr connaissait son affaire, aussi le patriarche ne se tracassa pas. Pourtant, à plusieurs reprise, la formation changea de chef ainsi que de direction et Kohl cru tourner en rond. Finalement, il profita d'un instant de pose pour se rapprocher du Dawr Gruntidrengi.

« Au rapport, demanda laconiquement le patriarche.

- Mes éclaireurs ont repéré des traces fraîches dans la neige. Des pas de trolls. Mais elles sont trop nette. On peux les suivre sur une centaine de pas puis elles disparaissent soudainement…

- Est-ce un piège ?

- Ou une diversion. Nous avons tourné en rond deux fois en suivant les traces. Pas de trace d'embuscade. »

Kohl remarqua que Dolgr était un peu déstabilisé. D'ordinaire, le patriarche n'aurait pas creusé, mais il ne comptait pas prendre de gants avec un nain qui avait si ouvertement bafoué le Gnollengrom.

« Quel est le problème, questionna Kohl d'un ton insistant ? »

Le tueur mis quelques temps pour répondre. La pause allait se terminer et Dolgr tenta d'échapper aux questions du patriarche, mais Kohl ne cilla pas, interrompant la progression des Gottal. Alors que tous s'interrogeaient et lançaient des regards interrogateurs en directions des deux nains, le patriarche se rapprocha du tueur pour qu'il puisse lui répondre sans trop élever la voix.

« Nous sommes accoutumé au Khulghur dans le Dharkhangron et sur les pentes des Karak… Ces moyennes montagnes et leurs bois ne nous sont pas familier. Je penses que les trolls d'Urbar Gor maîtrisent ce terrain.

- Bien, répondit Kohl. Avançons jusqu'à la prochaine crête. »

Dolgr reprit la direction de sa troupe qui s'enfonça dans les sous-bois enneigés. La nuit sans lune plongeait les monts et vallée dans une profonde obscurité. Le gel, omniprésent, effaçait les arbres dans l'environnement. Tout était froid, immobile, homogène aux yeux des Dawi.

Kohl scrutait les ténèbres, y cherchant une quelconque trace de chaleur, témoin du passage récent des guetteurs trolls. Il n'en descella pas… Les futurs batailles contre les trolls d'Urbar Gor ne seraient donc pas de simple Khulghur. Le patriarche commença à y réfléchir, laissant les Throndi de Drangdvit le conduire jusqu'à la prochaine crête.

Les réflexions stratégiques et logistiques du patriarche furent interrompus lors de l'ascension de la troupe hors des sous-bois de la vallée. Un murmure parcourut les Dawi, attirant l'attention de Kohl. Quittant ses réflexions qui laissaient ses yeux divaguer au gré de ses pensées, son regard rejoignit ceux des nains alentours qui fixaient un point sur la crête. Il y avait là haut un point chaux, très chaux. En plus de la chaleur, une lueur vive brillait depuis les hauteurs.

La troupe, sortie des sous bois, s'immobilisa.

Dolgr rejoignit le patriarche, fendant les Dawi interdit, intimant le silence à ceux qui murmuraient.

« La crête est prise, seigneur. Que faisons nous ? »

Kohl s'accorda un instant de réflexion.

Son plan devait être revu, et le patriarche s'inquiéta qu'il était peu être tomber dans un piège.

« Trouve une position défensive. Installe nous y.

- Très bien seigneur, mais après ?

- Un signal aux gryphons. »

Alors qu'il achevait sa phrase, un cri animal retenti au dessus de la troupe. Un cri bien connu. Le chef d'une aile de Kazhgriki se signalait avant de rejoindre les nains au sol. Tandis que Dolgr recherchait une position ou fortifier ses Throndi, Kohl accueillis l'éclaireur. C'était un des Kazhunki de la Kvinn Damnir. Sa monture majestueuse descendit en cercle lent, puis se posa avec force et précision sur un aplomb rocheux à trente pas de la troupe. Kohl marcha droit sur l'éclaireur. Sans perdre de temps en étiquette, ce dernier salua le patriarche et commença son rapport sans attendre d'y être invité.

« Seigneur, commença l'Altrommi aux mauvaises manières. Un groupe de Zharrgronti se tiennent sur la crête. Ils ne sont qu'une dizaine, mais il s'agit sans aucun doute de troupe d'élite, au vu de leur équipement. Ils ont allumé un grand brasier au sommet de la crête. Les guerriers se cachent dans les flammes. Par contre, les deux officiers ont dépassé la position dans votre direction. Ils sont assis depuis deux heures sur un rocher à deux cent pas de leurs troupes. Ma dame veux savoir si elle peu s'en faire un trophée !

- Nai, répondit laconiquement Kohl. Quel est leur blason, questionna t'il d'un ton peu amène ?

- Ils n'ont pas ramené d'étendard, seigneur.

- Hum… A quoi ressemble leurs casques, leurs cuirasse, continua Kohl agacé ?

- Nous ne savons pas pour les soldats. Les officiers portent un casque d'acier noir. L'un à une fanion métallique dans l'axe du casque, l'autre a un fanion perpendiculaire. Leurs cuirasses sont ornées d'un visage. Ils ont planté une drôle de lance à leurs côtés. Il y a des disques accrochés tout le long de la hampe.

- Bien. D'autres troupes sur la crête ?

- Aucune seigneur, c'est une aubaine. Les deux officiers sont sans défenses. Ma Kvinn demande leurs têtes.

- Reprends les airs. N'attaquez pas. Kvinn Damnir doit continuer les observations. Rien de plus. »

Kohl laissa là le Kazhgriki perplexe. Grommelant sur l'inefficacité des éclaireurs de Magrim, le patriarche s'en retourna vers la troupe qui s'installait sur un surplomb. Décidément, il aurait beaucoup de remarque à faire à son frère concernant ses Throndi. Outre leur version très personnelle du Gnollengrom, ils n'avaient pas les connaissances basique de tout bon Kazaki. Puisque ce chevaucheur ne savait pas reconnaître un symbole de légion, Kohl doutait de l'efficacité réelle de ses éclaireurs ailés.

Alors qu'il atteignit les Dawi retranché, Kohl éleva la voix.

« Dolgr, avec moi. »

Le tueur sortit de la masse de ses Throndi.

Kohl se détournait déjà de la troupe Dawi pour partir à l'assaut de la crête. Dolgr lui emboîta le pas, sans comprendre.

« Ne devrions-nous pas prendre mais Dawi pour partir à l'assaut de la position ?

- Nai.

- Vous pensez devoir nous en charger à deux ? C'est une question de prestige ?

- Nai.

- Mais alors, que faisons-nous ?

- Parler.

- Avec l'ennemi, gronda le tueur cette fois plus indigné qu'incrédule.

- Nai. »

Cette fois, Dolgr rejoignit le patriarche, gravissant la pente à son niveau.

« Monseigneur, je ne comprends pas quel est votre plan. Expliquez moi, je serais plus prompt et plus efficace.

- Très bien, répondit Kohl convaincu. La crête n'abrite que dix géants. Un tribun et un préfet nous attendent. Ils ont amené leur enseigne.

- Et alors, demanda Dolgr visiblement perplexe quand à la conduite du patriarche.

- Les Sumendi ont dissout les légions quand ils ont reversé la république. »

Kohl arriva enfin en vu du brasier, et surtout des deux officiers assis sur un rocher. Ils avaient une belle prestance dans leur cuirasses de bronze. Kohl remarqua l'enseigne qu'ils avaient amenés avec eux. Voilà bien six cent ans qu'il n'avait vu la lance orné de symbole, caractéristique de chacune des légions de l'ancienne république despotique. Il ne reconnu pas les effigies féminines de la partie supérieur de l'enseigne, certainement un ajout récent. Les disques gravés des runes giganthropes force, honneur, victoire, rappelèrent de vieux souvenirs au patriarche, témoignage d'anciens affrontements contre un ennemi qu'il pensait disparut.

Alors qu'il se rapprochait, les deux officiers Zharrgronti se relevèrent, mains sur la garde mais bouclier bas. Le tribun, que le fanion métallique perpendiculaire désignait, pris rapidement la parole.

« Ai-je l'honneur de m'adresser au seigneur Kohl, tonna une voix de femme ?

- Ip, répondit le patriarche tout en se rapprochant.

- Je suis le tribun Azilya de la dernière légion, sang du patricien martyr Illirtor. Êtes-vous venu nous prêter main forte pour exterminer la vermine royaliste Sumendi qui souille notre cité d'exil ? »

Chapitre 4 : Angrad RohrLa tâche du Patriarche

Dol Rual, Khaz Zharr

Premier jour du second mois d'Ulmo

Les plus puissants mystiques et hermétique du peuple nain furent Duka, Draskar puis Dolgrim. Pourtant, aucuns d'entre eux ne fut artisan des Rhun comme le furent Noratia et Orifra. Le savoir donné par Rual devait être trop limpide pour la Première Née et ses nainfants minéraux. Dolgrim, gardant ses secrets, ne fut pas celui qui découvrit les premières Rhun, mais bien les filles de Dame Bolka, comme cela devait être.

Histoire du peuple de Duka à l'attention des jeunes nains.

Une nouvelle journée commençait pour Angrad.

Comme les dernières, elle promettait d'être longue, fatigante, stressante.

Comme chaque matin, le patriarche se disait que la routine s'installerait bientôt. Une routine attendue, mécanique, bien huilée. En un mot posé.

Mais Volgit en avait décidé autrement.

Comme chaque jour, Angrad se levait reposé, mais l'esprit encombré de ses méditations de la veille. Depuis qu'il avait repris ses quartiers à Dol Rual, les tâches assignées au patriarche s'accumulaient, tout comme ses sujets de réflexion. La reine de glace cherchait certainement à lui faire payer sa longue absence.

Mais c'était mérité.

Angrad c'était laissé glissé le long d'une mauvaise pente qui l'avait conduit bien loin de son Khaz, de ses Throndi, de ses enfants.

La culpabilité ne cessait de l'assaillir.

« Une bonne journée, Monseigneur. la corne sonnera le début de journée dans deux bonnes heures. Votre fils fait ses ablutions matinales en vous attendant. »

Rorin, le grand intendant de Khaz Zharr, entra dans la chambre d'Angrad. Le patriarche connaissait bien peu ce Throngrink de sa maison, mais Bazguk en avait le grand intendant. Soupirant tout en se levant, le seigneur du feu laissa ce serviteur l'habiller.

Angrad n'aimait pas se rituel, mais il faisait un effort pour Rorin. L'intendant semblait y prendre un grand plaisir et le patriarche pouvait en profiter pour mieux le connaître. Après tout, ce Dawi était maintenant le rouage principal de Khaz Zharr.

« Le lac de lave est inhabituellement froid ce matin, devisait l'intendant. Cela va ralentir les barges mais l'air sera moins humide, un mal pour un bien dira-t-on. »

Rorin semblait apprécier ces discussions légère sur l'humidité du Khaz, la chaleur des canaux et les mouvements d'air sous la montagne. Angrad, peu habituer à ces paroles sans grand intérêt, y prenait peu à peu goût. Les discussions avec Rorin dissipait quelque peu le stress accumulé la veille.

« Si les barges ralentissent, les Urbari vont encore se plaindre et me demander audience, comme si je pouvais régler tout leurs problèmes, pesta Angrad en descendant de son lit . Ces marchands ne pense qu'à naviguer vite, rouler vite, porter vite...

- Vous pourriez fluidifier les magma, monseigneur, répondit plaisamment l'intendant tout en lui passant un long manteau de cuir brodé de cuivre. Mais alors les Vithangi viendraient eux aussi vous voir. Vous savez comment ces boutiquiers aiment quand les canaux refroidissent. Les porteurs, barreurs, dresseurs et autres badauds ralentissent avec les barges et viennent s'installer à leur échoppes pour boire et manger.

- Cela n'aura donc jamais de fin, se désola Angrad.

- Monseigneur s'inquiète trop pour ses Throndi. Ce qui est bon pour les uns peut-être mauvais pour les autres. Laissez-moi ces paresseux et inquiétez-vous de ce qui est bon pour notre Khaz. Les maîtres vous attendent sur les chantiers. »

Angrad n'était pas persuadé que l'intendant avait raison. Pourtant, il était bien content de le laisser gérer les diatribes de ces commerçant perpétuellement mécontent.

Laissant l'intendant inspecter sa garde robe, Angrad rejoignit la salle à manger.

« Ainsi vous ne vous lassez pas des babillages de notre bon Rorin, père. »

Bazguk était déjà attablé en face de Noratia. Tout deux était copieusement servit en viandes rôties, champignons sautés et des derniers fruits d'automnes. Assis autour de la longue table de Khaz Zharr, quoi plus modestement servis, les Kvinn de la reine bavardaient. Conformément au Gnollengrom, elles n'avaient pas touchées leurs mets avant que le patriarche du Khaz ne mange sa première bouché. A l'arrivé d'Angrad, toutes c'étaient levées et inclinées cérémonieusement devant le seigneur du feu.

Angrad s'installa, faisant signe à toutes et tous de se rasseoir. La présence des Kvinn rendait Khaz Zharr bien pompeux, mais c'était le prix à payer pour que Noratia puisse mener ses recherches sans être dérangée.

Comme à l'accoutumé, son fils et sa belle fille avaient déjà entamé leur repas. Peu soucieuse du protocole, elle avait presque fini son petit déjeuné quand Angrad s'assit. Plongée dans ses pensées, la tisseuse de mitral avait déjà rejoint la forge mystique.

Bazguk jeta un regard complice à sa femme, puis se tourna vers son père.

« Les canaux de Baraz Khaz avancent lentement. Kilond ne me facilite pas la tâche, et ses ponts retardent continuellement la progression de la mise en lave. Comme hier, je risque d'y passer ma journée.

- Je ferais le tour des autres ouvrages, répondit Angrad. Tranquillise toi.

- La plupart des maîtres se débrouillent très bien tout seul. Mais autant que les ouvrages avancent avant notre prochaine assemblé. J'aimerais que nous passions plus de temps à parler de nos prouesses que de nos problèmes cette fois.

- Et des ouvrages novateurs qu'ils imaginent, renchérit le patriarche. C'était une excellente idée, d'ainsi réunir maître et Kvinn une fois la saison. Tu es meilleur maître d'œuvre que je ne le serait jamais.

- C'est parce que mère est la meilleur maîtresse d'ouvrage qui soit, s'esclaffa affablement Bazguk. »

Cette réflexion refroidit quelque peu Angrad. Son fils se sembla pas s'en apercevoir. Il croquait son petit déjeuné à pleine dent, penché sur ses vélins. Les plans des canaux de Baraz Khaz s'étalaient devant lui. Quoi qu'il les connaissent par cœur, Bazguk les parcourait tout les matins, jouant du boulier, calculant les débits, les températures et les viscosités du sang d'Ajax.

« Quand la prochaine assemblée se déroulera-t-elle, questionna Angrad ?

- Au renouveau, répondit Bazguk. Quand le souffle de Celene balayera les dernières neiges d'Ulmo, le dernier jour du dernier mois de la saison froide. Nous en profiterons d'ailleurs pour procéder au mariage, compléta le prince des magma en jetant un sourire à une des Kvinn. »

Angrad se tourna vers la jeune naine, une Langkgrini qui rougissait sans parvenir à cacher sa joie. Perplexe, le patriarche devinait que la participation des Kvinn aux assemblés des maîtres de Khaz Zharr était une manœuvre de la reine. Malgré ses réserves, le seigneur du feu ne pouvait que constater à quel point ses Throndi et son Khaz c'était désenclavés depuis que son fils avait repris le flambeau. Plusieurs maîtres avaient été mariés aux Kvinn de Volgit. De facto, Khaz Zharr c'était rapproché du Rinn Khaz, prenant une place confortable à Dol Rual.

« Notre chère Kvinn Solveig nous fait l'honneur de prendre pour époux se bon maître Loklun.

- Avec grand plaisir, mon prince, répondit l'intéressé cette fois rouge jusqu'aux oreilles.

- Votre tante vous a fort bien conseillé, enchaîna Bazguk avec un clin d'œil complice. Après des Langktrommi de Talag Khaz et Khaz Grungraz, vous vous liez à un maître Throngrink de Khaz Zharr. Que votre mariage soit prodigue en nainfants et votre parentèle prospère ! »

La jeune Kvinn se leva et salua le prince, avant de se rasseoir, visiblement gênée. Le prince Bazguk, amusé par l'embarras de la Langkgrini, se détourna des Kvinn pour se pencher vers son père.

« C'est d'ailleurs une très bonne affaire pour Khaz Zharr, murmura le prince sur un ton de conspirateur.

- Pour quel raison, s'enquit Angrad quelque peu déstabilisé du tour que prenait la conversation ?

- Enfin père, Solveig est la nièce de l'honorable Svava Tresse d'Acier !

- Et, continua le patriarche sans comprendre ?…

- Vous ne cessez de m'impressionner. Loklun est le petit fils de votre premier étain. Ce mariage est l'union de la descendance de votre premier étain avec la parentèle de la première acier née du Baraz Throng. Le ménage de la Kvinn Svava est prestigieux, d'autant plus qu'elle a rassemblé autour d'elle ses sœurs et leurs nainfants. Rendez-vous compte de l'importance de cet union au sein des Throng ? »

Angrad haussa les épaules.

Père et fils retournèrent silencieusement à leur petit déjeuné. Le patriarche ne voyait pas d'un bon œil cette obsession qu'avait son fils pour les mariages au sein de sa maison. Ces choses là ne regardaient que les époux, à la rigueur les consorts, mais certainement pas les lignées ou le voisinage. Pourtant, Bazguk partageait cette passion avec Noratia. La généalogie au seins des maisons et les alliances des différentes familles, sans parler des ragots entourant tout cela, suscitait l'engouement au Khaz Zharr.

Toute cette agitation paraissait déplacé à Angrad, mais après tout ces commérages ne faisait pas de mal.

Le petit déjeuné se continua au gré d'une longue discussion entre père et fils. On s'intéressa aux différents ouvrages en cours, aux maître en charge de les mener ainsi qu'aux ouvriers attelés à ces besognes.

Dans tout les Khaz depuis Talag Khaz, les cornes sonnèrent le début de journée. Partout, les bruits de forge retentirent, les pas de porteurs résonnèrent sur les routes et les cris des bêtes reprirent. Dol Rual reprenait ses besogneuses activités, laissées en suspend pour la plupart la veille au soir.

Angrad commença la longue ascension des canaux.

Depuis les profondeurs de Khaz Zharr et Khaz Grungraz, un ouvrage dantesque était en cours d'élaboration, et ce depuis la fondation de Dol Rual. Partout à travers la montagne, des canaux étaient creusés afin d'y accueillir le sang d'Ajax. De complexes systèmes d'écluses les jalonnaient, actionnés par des contrepoids gigantesques à la mécanique fine. Des treuils gigantesques, actionnées par des balanciers taillés à même la montagnes portaient les barges d'un niveau à l'autre. La lave, omniprésente, et les eaux pures filtrant à travers la montagne transmettaient les forces considérables nécessaires à cet ensemble incroyable.

Volgit avait vu grand, aussi grand que le peuple de Duka.

Il revenait aux patriarches et à leur lignées de concrétiser la Vision de la reine.

Le seigneur du feu, lors de sa communion avec Ajax au Premier Âge, avait décelé les lignes tracés par le Primordiale à travers le plan matériel. Elles étaient nombreuses à travers la Montagne. Les énergies du plan du feu y étaient palpable. Après tout, Duka avait jeté son dévolue sur l'aiguille du monde, Talagak, afin d'y construire le foyer de son peuple à venir. Tout le plan matériel, le disque émergé, les eaux du contre-disque et même les Neufs Plans gravitaient autour de Talagak. Seul quelques nains, dont Angrad, comprenaient la porté de leur installation à Talagak. En installant son peuple dans la Montagne , Duka assurait à Rual que Son ordre y régnerait.

Cet axe centrale au Neuf Plans plongeaient profondément à travers le plan matériel. Il ressortait même dans les eaux du contre disque. Là, Angrad avait pu contempler la colonne stagnante, le centre du grand océans, alors qu'il émergeait des magmas. Terrifié, le seigneur du Feu avait contemplé l'immensité des profondeurs, nid des léviathans et la colonne stagnante : eaux noirs autour desquels tournent toutes marées, mues par les yeux aveugle d'Ulmo.

Ainsi, à bien des égards, Talagak était un Lieu de pouvoir, un Lieu traversé de nœuds de puissances, reliant par la trame astral les Neufs Plans.

Pourtant, bien peu de nains, ou d'autres êtres, s'en rendaient compte. Pour la majorité des profanes, Talagak ressemblait à n'importe quel montagne, même si aucune n'était aussi haute. Et pourtant, aucune n'était aussi riche en minerais, en pierres précieuses. Le corps de Rual apparaissait bien ça et là, montrant à chacun le caractère unique de Talagak.

Seuls quelques hermétiques savaient, par exemple, qu'une roche particulière traversait la Montagne, formant des strates complexes que seul la violence des temps primordiaux pouvait expliquer. Aucun outils ne l'entamait. Jamais aucun être ne pu lui faire la moindre éraflure. La patriarche bâtisseur avait du en tenir car même son pouvoir ne pouvait les plier à sa volonté.

Partout sous la montagne, des sources d'eaux pures déversaient leurs ondes claires et limpides à travers la roche, ricochant sur les rochers jusqu'à rejoindre le grand océan phréatique. Bien peu de nains avaient cherchés l'origine de ces sources, les croyant issues des glaciers et des neiges de surfaces. Seuls quelques mystiques avaient remontés les fils astraux, tissés autour des sources. Angrad avait ainsi découvert qu'elles étaient, en réalité, des points d'accroches. Reliés au plan des eaux, elles étaient l'amarre d'Ulmo sur Talagak.

Au travers de la Montagne, répartis aux travers des strates, des gouffres rugissant exhalaient des vapeurs surchauffés, depuis les profondeurs de la terre jusqu'aux cieux. Quelques Grungi avaient tenté la spéléologie mortelle de remonter aux sources de ces grottes. Si personne n'avait encore pu remonter les vents hurlant, Dolgrim affirmait que ces gouffres étaient relié au plan des airs, et qu'il s'agissait de l'emprise de Celene sur Talagak.

D'autres mystères devaient encore se cacher sous la montagne. Angrad pensait que sa mère, Duka, n'avait pas choisit Talagak par hasard, afin de leur donner un esprit et une ombre. Il existait dans cette montagne un lien étroit entre chacun des Neuf Plans.

Ainsi, les Primordiaux avait laissé leur empreintes sur l'Aiguille du monde.

Le peuple de Duka saurait en tirer partie.

Les sources d'eaux pures alimentaient des bassins, des puits, des fontaines, des termes et même des lacs sous-terrains. Les cascades, les courants, les torrents, alimentaient de grandes machines se nourrissant de ces énergies.

Les gouffres hurlant aspiraient l'air humide sous la montagne. Depuis les profondeurs jusqu'aux cimes, l'air y était renouvelé, conduit, assainit. Certaines colonnes hurlantes, chargé d'un air vicié par des gaz, alimentaient les feux des profondeurs.

Les strates indestructibles soutenaient les Khaz, les ouvrages creusés sous la montagne, jusqu'au ponts gigantesques de Dwe Drin Khaz Ungoraz. Après tout, comment cet édifice, au poids inimaginable, enjambant milles coudées de vide, pouvait-il autrement défier les lois de l'architecture et de la gravité ?

Angrad et sa lignée, eux, s'appuyaient sur les lignes tracées par Ajax à travers la Montagne. Des chambres magmatiques, reliés par des veines à travers les strates, maillaient la montagne.

Le Harag Throng, mené par son patriarche : le seigneur du feu, avait entrepris d'appuyer leurs ouvrages sur le tissage d'Ajax. Vaillant à ne pas percer les chambres magmatiques par erreurs, les Throndi d'Angrad avait aménagé des cascades dans toute la montagne. Alimenté par les lois des feux souterrains et le pouvoir du Primordiale, les chambres aspiraient le magma depuis les profondeurs, tandis que cascades, canaux et conduit les y renvoyaient. Angrad avait lancé de nombreux ouvrages, mais seul sa connaissance intime des feux des profondeurs avait permis leurs réalisation.

A présent, son fils, Bazguk, continuait son œuvre. Le prince faisait avec son intelligence et son ingéniosité ce que le père avait tracé d'instinct, porté par le pouvoir d'Ajax.

Mais ces ouvrages dantesques n'étaient pas exécutés sans risques. Le peuple de Duka, contrairement aux Zharr Gronti, fondait au contact de la lave. Aussi la maison d'Angrad veillait sur chaque canal, chaque cascade, chaque pompe, chaque conduit. Des évacuations avaient été aménagées à travers tous les Khaz, mais des accidents c'était produit, entraînant drames et larmes. Depuis maintenant cinq cent ans, le Harag Throng veillait Dol Rual autant que sur le sang d'Ajax

Comme chaque jour depuis son retour, Angrad parcourait les ouvrages de sa maison. Inspectant les ouvrages terminés, le patriarche s'arrêtait pour bavarder avec ses Throndi. S'inquiétant des avaries, le seigneur du feu questionnait ses Dawi sur les opérations de maintenance qu'ils devaient réaliser. Mais les techniques s'affinaient, les ouvrages étaient rénovés et les accidents se raréfiaient. Bazguk avait mis au point de nombreux perfectionnement. Avec l'aide des architectures novatrices de son cousin Helkraal, les canaux étaient devenu plus performant et plus sûrs, incluant à présent des conduits de vidange. Les mécanismes de sa femme Noratia, couplés aux pièces de fonderies de son cousin Aradin, avaient grandement amélioré les systèmes de pompe et d'écluses. Partout ou le patriarche passait, il constatait les améliorations apportés par son fils sur ses créations.

Les Throndi d'Angrad, vigilant mais confiant, devisait gaîment avec leur patriarche. Rien n'avait changé, malgré les trop nombreuses années passé loin de son foyer. Affable, malgré les regrets qui le minaient, le patriarche initié prenait le temps de partager la fumée d'une pipe et la mousse d'une choppe avec ses Throndi. La surveillance des ouvrages n'était plus une tâche stressante ou dangereuse.

Ce matin, Angrad bavardait avec un Langktrommi de sa maison, en charge des grandes termes sous le Rinn Khaz. Le longue barbe rapportait à son patriarche les dernières opérations réalisées.

« C'est vrai que, depuis que le circuit d'évacuation de trop plein a été mis en place, y a moins d' problèmes aux thermes. Rien que pour maintenir la chaleur dans les salles de vapeurs, on y passe trois fois moins d' temps que nos aînés. Faut dire que la lave coule mieux et plus régulièrement.

Et pi y a pas qu' ça. Maintenant que l'eau de la source frappe des plaques d' fer forgé, plutôt qu' la lave directement, ça nous fait moins courir. Les aînés, y faisait rien qu'à vidanger le circuit trois fois par jour. L'système d'échangeur thermique, avec les plaques et les briques réfractaires, ça maintien une chaleur stable. Y a qu'à y j'ter un œil : les plaques, elles sont toujours rouge comme les pommes des verges sud. Elles changent quasi pas de couleur.

A pi y'à les bains. Les aînés, y d'vaient brasser les eaux des bassins avec des rames. Maintenant qu'les conduits sont en briques pressées, comme que la dame des joyaux elle dit d'faire, tout l'fond il donne la même quantité d'chaleur, dalle par dalle.

Y manque plus qu'la neige pour qu'les bains y soient tout bien. On a bin suffisamment d'pierre ponce pour brosser tout les Khaz. Et pis l'sable, avec c'que r'monte les Grungi, on est pas prêt d'manquer. »

Le patriarche initié poursuivit son chemin, quittant rapidement les bains dont les eaux le mettaient mal à l'aise. Sa tourné d'inspection l'amena jusqu'à un réchauffeur, récemment retravaillé. Au pied du Rinn Khaz, deux cent coudés au dessus des thermes, un lac de magma évacuait l'humidité de l'air circulant sous la montagne. Là encore, Angrad pu discuter avec ses Throndi, ravis de pouvoir expliquer leur travail à leur seigneur.

« Vous aviez installé le déshumidificateur à un endroit stratégique, mon seigneur. Ce n'est qu'il y a cent ans que nous avons compris à quel point. Neuf couloirs d'air se croisent dans ce Ruf. Le magma que nous avions dérivé au fond de la cavité absorbe très correctement l'eau contenu dans l'air. Après tout, Ajax semble apprécier cette continuelle victoire sur Ulmo. Mais la lave refroidit très vite, d'autant plus avec la masse d'air continuellement brassé dans le Ruf.

Nous avons découvert qu'un dixième couloir passait non loin de là. Bien caché dans les strates interne de la montagne, il charrie du gaz des profondeurs à grande vitesse. Le chantier a été très dangereux, et le prince Bazguk a du s'occuper seul de la fin des travaux. Il travaillait avec Az Zharr.

Le déshumidificateur a été entièrement cloisonné avec de la glace volcanique. Des tailleurs de Khaz Khazul les ont polis des années durant pour nous permettre de voir au travers.

Tout les couloirs d'air ont été régulée par des vannes d'or et de cuivre. Ainsi, nous pouvons les couper en cas d'incident. Le prince a percé un accès vers le couloir de gaz des profondeur. Il est régulé par des vannes de pierre polis. Là aussi, un travail colossale a été réalisé par Khaz Khazul. La pression de gros bloc de pierre maintient l'intégrité de la vanne, afin de résister à la pression du gaz.

Nous dérivons un débit limité de gaz vers le lac de magma. Il brûle très fort au contact de la pierre en fusion. Le lac ne perd plus en chaleur, mais nous renouvelons son magma grâce à une conduite vers une chambre en contrebas. Les sourciers de Valag Khaz tentent de canaliser l'eau purifié par la lave vers des sources inférieurs.

L'air qui s'échappe de la torchère de lave est incroyablement sec. Nous le dirigeons vers le Rinn Khaz, Barak Khaz, Baraz Khaz et même Khaz Khazul. L'évacuation des fumées reste un vrai problème, mais princesses et princes cherchent une solution.

Pour l'instant, les immenses quantités de chaleurs échappées du déshumidificateur actionnent la grande pompe du Rinn Khaz. Je ne connais pas tout les détails, mais le prince Aradin c'est chargé lui même de cet ouvrage. D'aucuns murmurent qu'elle actionne seul les contrepoids des grandes portes du Rinn Khaz, mais c'est un secret gardé par les Kvinn.

Notre travail consiste à ne jamais quitter des yeux la torchère. Une équipe de douze nains se relayent jours et nuits pour la surveiller. Nous ne prenons que des Dawi à la vue perçante, spécialement formé à jauger des températures. Nous régulons les débits à l'aide des vannes, afin de maintenir la stabilité de l'ouvrage. Tout doit resté jaune, sans monter vers le jaune clair ni descendre vers l'orange clair. Malgré les rugissements qui grondent au-delà des parois de verre volcanique, tout est une question de doigté et de mesure ! »

Angrad passa quelques instant à sonder l'ouvrage monté par son fils, ses nièces et neveux. Il était terriblement ingénieux. Rassuré par tant de robustesse, le seigneur du feu continua sa tournée.

Elle le mena auprès d'autres de ses Throndi, manœuvrant ou construisant d'autres monuments de la technologie naine.

La corne sonna le milieu de journée alors qu'Angrad usait de ses pouvoirs pour accélérer le pavement d'un futur canal de lave. Suant à grosse goûte, concentré sur ses arts hermétiques et mystique, le patriarche avait quitter son beau manteau bordé pour travailler en pagne de cuir, à la manière des gens de sa maison. Il manipulait plusieurs tonnes de dalle taillés afin d'accélérer le pavement. Au son de la corne, le contremaître quitta ses plans pour rejoindre les ouvriers à la manœuvre. Ajustant les blocs titanesques, il guida le patriarche dans ses dernières manipulations. Quand la dernière fut positionné puis posé, il s'écria.

« Cent coudés de dalle posés ce matin ! Un excellente journée, Dawi. Joignez vous à moi pour remercier le seigneur Angrad, seul véritable architecte de cet exploit ! »

Des vivats explosèrent et les ouvriers entourèrent Angrad. Le patriarche initié joua de fausse modestie, transporté par les compliments pleuvant de toute part.

Rapidement, le contremaître repris son équipe.

« Nous consacrerons la fin de journée à jointer les dalles au mortiers. Nous avons tous mériter une pause et un bon repas. J'ai fait apporter de la viande rôtie et de la bière. Monseigneur, nous ferez-vous l'honneur de vous joindre à nous ? »

Un concert de suppliques enthousiastes et de sollicitations franches retentirent de nouveau. Angrad, toujours porté par la reconnaissance de ses Throndi, se laissa porter par la foule. A peine avait-il bredouillé un fausse excuse que ses gens l'avait assis à la table, servit généreusement en bière pendant que le contremaître découpait les meilleurs morceaux à son intention.

Tout au long du repas, il y eu force boutades, rires et chant. Angrad se laissa pénétré de la bonne humeur ambiante, savourant son retour parmi les siens. Mais bientôt la cloche sonna le retour au travail, et tandis que les Gnutrommi desservaient la table, Angrad quitta une joyeuse assemblé pour une autre.

Comme tout les après midi depuis son retour à Dol Rual, le patriarche initié rejoignait ses élèves Brangori.

Déchaînant un puissant sortilège de déplacement instantané, Angrad apparut au milieu d'une foule hétéroclite de nainfants et de naindolescents.

« Maître, s'écrièrent la plupart d'entre eux ! »

La foule d'enfant se jeta alors vers le patriarche initié.

« Attrapez moi, rugit Angrad en partant d'un grand rire ! »

Projetant ses doigt dans le trame astral, le patriarche initia délia un schéma simpliste, puis disparût.

Les trois Kvinn, qui gardait la jeune troupe en attendant le patriarche, quittèrent la vaste cavité presque vide en secouant la tête.

Mais peu importait à Angrad.

Il ne venait pas chercher ici, dans un coin reculé du Rinn Khaz, l'approbation de la reine ou de ses Kvinn. Il venait retrouver ses apprentis, ses élèves, les jeunes doués de Dol Rual. Il venait entraîner la prochaine génération d'hermétiques du peuple de Duka.

Après s'être suspendu en lévitation, le seigneur du feu fit naître plusieurs double, tout aussi invisible que lui. Il bougea de quelques coudé, laissant les nainfants se jeter à l'endroit ou il se tenait en apparaissant dans la pièce. Plus aguerris à leurs petits jeux, les naindolescents tissaient déjà des schémas afin de percevoir les traces astrales alentours.

Projetant son esprit à travers la pierre de Rual ornant son front, le patriarche initié s'adressa à toutes et tous, directement dans leur tête.

« Celle ou celui qui me trouvera sera le maître des jeux pour aujourd'hui. »

Riant à gorge déployé, courant en tous sens, hurlant, les nainfants déchaînés fouillaient la salle en quête du patriarche. Suspendu à trois coudé du sol, invisible, Angrad les regardait amusé se chamailler, le chercher, l'appeler en jurant qu'il ne s'agissait pas d'un piège. Cette foule Knublstubi, sans tresse ni duvet, arpentait chaque pouce de terrain, riant, agrippant tout, certains qu'ils avaient chacun touché au moins une fois le patriarche.

Angrad releva les yeux du sol pour s'intéresser aux Gnugrini et Gnutrommi. Bien plus concentrés que les petits, les naindolescentes et naindolescents avançaient pas à pas, les bras tendus devant eux, leur regard fixe perçant le triangle que formait leurs mains. Ils usait du premier schéma que leur avait enseigner Angrad. Un simple tour, qui se manifestait quelquefois de manière inné chez les plus précoce. La vision astral.

Ainsi concentré, les plus âgés balayaient la salle de leur 'troisième œil'. Il leur révélerait la présence d'énergies astral dans leur champ de vision proche. Un duo repéra un des double d'Angrad, et pestèrent lorsqu'il ne saisirent que du vent. Angrad les encouragea par sa pierre-esprit. Bientôt, une naindolescente tourna son troisième œil vers lui. Elle remarque des traces astrales. Malheureusement, quelques instant de concentration étaient nécessaire pour faire le tri et repérer exactement ou était Angrad.

Aussi le patriarche initié dériva-t-il d'une quinze de coudé vers le centre de la pièce, sortant ainsi du champ de vision de la Gnugrini.

« Maître, vous trichez ! Geigna la malheureuse de frustration.

- Continu comme ça, répondit Angrad dans sa tête. Tu n'es plus une Knublstubi. Persévère ! »

Fronçant les sourcils et se mordant les lèvres, la naindolescente continua de balayer la pièce.

Finalement, la jeune naine appela trois camarades en renforts. A eux quatre, ils balayèrent méthodiquement la salle, ne laissant aucune échappatoire au patriarche. Angrad leur mena la vie dure, mais fini par se faire attraper par deux d'entre eux.

« Parfait, applaudit le seigneur du feu en réapparaissant. Vous avez tout les quatre eu le bon réflexe. Si la recherche est trop dur, il faut s'y mettre à plusieurs. Vous serez tout les quatre maître des jeux. Aujourd'hui, nous commencerons en quatre groupe. »

xxx

La matinée se poursuivait pour Angrad avec une visite auprès de ses élèves. Le patriarche initié les avaient eux aussi délaissé bien trop longtemps, et leur apprentissage s'en était fait ressentir. Nombre d'entre eux avaient maintenant une vie rangé, au temple ou dans les forges. Les plus aventureux étaient partis avec les Gottal de Kohl, dans de longues et lointaines expéditions loin de Dol Rual.

Tous avaient vieillis.

Angrad ne pris conscience des années qu'il avait passé loin de son foyer à ce moment. Comme tout les Puînés, le patriarche initié accusait déjà milles années de vie, et peut-être cinq cent autres à venir. Ses élèves, tous jeunes Gnutrommi avant son départ, étaient maintenant de vénérables Throngrink et Langktrommi. La vie leur avait appris ce qu'Angrad ne leur avait pas enseigné avant son départ.

En revenant à Dol Rual, le patriarche initié devait reprendre avec de nouveaux élèves.

D'abord assaillit de culpabilité, Angrad c'était confié à la Dame d'Or. Avec sa douceur coutumière, Dame Bolka avait su extirper ces mauvaises pensés de l'esprit du patriarche initié et lui redonner confiance. Le lendemain, lorsqu'il voulut chercher des apprentis, une Kvinn du Rinn Khaz lui appris l'existence d'un collège méconnu.

En effet, en l'absence d'Angrad, la reine Volgit avait fait creuser plusieurs salles à destination des anciens élèves du patriarche. Là, des hermétiques plus âgés enseignaient les rudiments aux plus jeunes. Certes, la reine n'avait pu trouver meilleur organisation, mais au moins les nainfançons manifestant des aptitudes pouvaient être pris en charge.

Bien sûr, Bolka avait pris les mystiques de son côté, les incluant de ses cercles de Kadari.

Angrad se rendit donc au collège de Volgit, afin de se rendre compte de la situation. La Kvinn qui l'escortait profita du chemin pour expliquer au patriarche ce qui c'était passé durant son absence, absence qui fut subtilement mais inlassablement souligné. Le patriarche initié découvrit des locaux pauvrement meublé, des nainfançons et des naindolescents laissé à eux même, sauf pendant les rares visites de Langktrommi pressés.

Il fallait remettre de l'ordre, et Angrad s'y attela tout en douceur.

Le premier jour, devant la cinquantaines de jeunes Dawi assemblé devant lui, il commença par faire quelques tours de pyrotechnies. Devants le peu d'enthousiasme de son auditoire, le seigneur du feu corsa un peu sa démonstration en faisant fondre un pend de mur. Il continua ensuite et se faisant léviter, se transmuta en métal, puis plongea la pièce dans les ténèbres. Alors que son jeune auditoire prenait peur, il les rassura par télépathie avant de dissiper les ténèbres.

Le patriarche capta alors tout à fait leur attention.

Les jours suivant, Angrad décida de passer six à huit heures quotidiennement avec ces jeunes Dawi. Plutôt que de leur inculquer les rudiments par des leçons, le seigneur du feu leur fit pratiquer quelques tours qu'il transforma en jeu. Très vite, il en inventa quelques uns afin que son jeune auditoire ne se lasse pas.

Un soir, Bolka confia à Angrad que plusieurs jeunes apprentis à Valag Khaz ne progressaient pas. Elle lui demanda de les prendre avec lui et de les amener au collège du Rinn Khaz. Le patriarche accepta avec joie, et une trentaine de jeune Dawi rejoignirent sa troupe.

A eux aussi, il enseigna quelques tours, créant de nouveaux jeux et diversifiant les activités de sa petite troupe. Angrad confia la gestion des jeux aux plus âgé afin d'affiner leurs pouvoirs et renforcer leur confiance en eux.

Angrad s'amusait follement avec tous ces nainfants, et ce n'est qu'à contrecœur qu'il les quittait chaque jour lorsque les Kvinn les ramenaient dans leurs familles.

C'est alors qu'Angrad commençait vraiment le travail. Et avant de l'entamer, il prenait toujours un temps pour méditer au bord du lac de lave.

Angrad tira une dernière bouffé de tabac bleu de sa pipe. Il la savoura, puis souffla un rond de fumé, qu'il transforma en formes géométriques. Les yeux dans le vague, il observa la fumée s'éloigner pour être dispersé par les vapeurs issues du magma. Les émanations de souffre brûlant dissipèrent autant la fumée que les pensées passagère du seigneur du feu. Fixant son regard vers la forge mystique, Angrad s'en alla rejoindre ses nièces et son frère.

Avec Magrim et Drangdvit / Flirt avec Bolka / Angrad explique la magie

Chapitre 5 : Siège

Positionnement Drangthrong / Commerce entravé / Défilé sous tente EM

Chapitre 6 : Gorak Grungraz

Forge Mystique / définition magie / Naissance du petit fils / Dilemme Amoureux = discussion avec Duka

Chapitre 7 : Escarmouches

Escarmouches / Kohl et le conseil des 12

Chapitre 8 : Découverts

Découverte d'une Rhun / avec Aradin / Nuit de Guerre

Chapitre 9 : Double bataille

Bataille vs les renforts de Goria / Des Cyclopes ! / Retour au Conseil des 12 moins 1

Épilogue : les rencontres de Magrim

Magrim sort de son entrevu avec les rois tonnerres / Rencontre Ouvomorda / Elle va montrer à Magrim ce que font les cyclopes

Glossaire Khazalid

A : avec

Af : vous

Altgrini : naine de 120-150 ans

An : conjugue au futur

Anarm : être au futur, sera

Angaz : manufacture, ateliers

Angazi : ouvrier de manufacture – englobe tous les métiers post forgeron

Anrink : diriger au futur, dirigera

Arm : être au présent

Az-Drengi : hache de guerre à deux mains

Az-Dreugi : troupe maniant des armes de guerre à deux mains

Berzerki : troupe des berserkers nains

Bran : malin, intelligent, vif d'esprit

Brangorak : l'intelligence des mystères = l' hermétique

Brangoraki : un hermétique (celui qui comprend les mystères)

Brangori : diminutif pour désigner un hermétique (positif)

Brangi : diminutif pour désigner un hermétique (péjoratif, souvent utilisé par les mystiques et les guerriers)

Dol : étendues, espaces, contrées

Dolgron : plan d'existence

Dolgronaz : les Neuf Plans

Dok : observer, se réfère aux yeux

Doki : observateurs, éclaireurs, sentinelles

Drangthrongrink : chef de guerre, commandant suprême d'une armée

Drazh : la nuit, le noir

Drengnarazi : tueurs sous serments. Les nains qui, par jugement ou par choix, ne font plus rien d'autre que de traquer et tuer les ennemis des Dawi ou faire payer les rancunes

Drongronti : géants des tempêtes

Drung : verbe vaincre – tuer

Dum : mort, chaos

Dumi : agents du chaos, être inconstant – très dégradant

Dumak : le Chaos, l'un des quatre principes, le Chaos Bouillonnant Originel

Durazgronti : géant de pierre

Er : Idée

Erek : Pensée

Erekaz : l'Esprit

Formi : formiens

Formrinki : dresseurs de formiens

Gnugrini : naine adolescente 30-70ans en âge d'apprendre un métier

Gorerek : Totem

Garaz : jeune, rebelle

Gorgoruz : hommes-bête cornus

Gottalrink : chef d'escouade

Griz : gryphons

Gromgrini : naine de plus de 200 ans, très respectée

Gron : Lieu – suffixe qui donne le sens de lieu

Grungron : forge

Grungroni : un forgeron

Gruntidrengi : tueur de géants difformes ou dégénérés, des cyclopes par exemple

Hunk : porter une charge lourde

Hunkstroll : convoi (charge qui voyage)

Hunkstrolli : convoyeurs

Izor : Cuivre

Kadar : temple – lieu sacrée

Kadari : prêtresse – prêtre, officiantes - officiants d'un lieu sacrée

Kadra : contreforts

Kald : armure

Kaldi : nain de fer

Kantuz : cent

Karakak : la Montagne

Karzank : une falaise

Karzankgronti : géants des falaises

Kazakdum : débâcle, défaite cuisante – contraire de Kazakul

Kazgriti : combattants des tunnels

Kazkadrini : coureurs des cols

Kazhgriki : chevaucheurs de gryphons

Kaztrommi : longues barbes – unité d'élite composé de vétérans

Krogor : hommes-bête avec un bec (les tengu en font parti)

Langktrommi : longue barbe 120-150 ans

Langkgrini : longue tresse 120-150 ans

Ong : le chiffre un

Ongak : premier

Ongrun : mercenaires ou alliées

Ongrunak : la diplomatie

Ongrunul : l'art d'être diplomate

Or : moi, je, moi-même

Orrudgronti : géants des nuages

Rink : commander, diriger, donner des ordres

Rinkak : l'Ordre – la Loi, le principe constructeur qui prit le pas sur le Chaos

Rinkar : l'ordre se poursuivant indéfiniment – la discipline

Rinkaki : ceux qui sont du côté de la Loi

Rint : coutume, tradition

Rohr : Tâche

Rohraz : le Devoir

Stroll : marche ou un voyage de loisir

Strollen : voyage

Talagak : l'Aiguille du Monde

Talgit : crête (col trivial)

Throngrinn : naine de 150 – 200ans, ancienne d'un clan

Tuskgor : hommes-bête avec des crocs

Um : eux

Umdawi : nain expatrié, insulte, nain sans loyauté, littéralement 'nain qui ne sont pas nous'

Urz : être au passé

Varfgor : hommes-loups, différencié des Tuskgor car considérés moins civilisé

Vithang : boutique, épicerie

Vithangi : boutiquier, épicier

Zan : rouge, le sang

Zanaz : la chaire

Zanazi : être de chaire et de sang

Zankaz : épée ou tranchoir

Zharrgronti : géants du feu

1Zheff : titre honorifique des géants des nuages, plénipotentiaire de Celene

2Shak : terme tengu désignant le meneur d'un clan, un chef de famille élu par ses pairs

Page 102