Note de l'auteur : Je suis AFFREUSEMENT désolée pour ce retard, pas de problème de playstation, ce chapitre m'a tout simplement tenu tête – et pour ma défense, il fait presque le double des habituels. J'espère néanmoins qu'il vous plaira assez pour me faire pardonner…. De ça et de n'avoir pas répondu aux reviews. Habituellement je le fais avant de mettre en ligne mes chapitres, mais là vu l'heure… Je me suis dit que vous préfèreriez le chapitre à mes réponses. En tout cas je les ais TOUTES lues et elles sont comme toujours vivement appréciées ! Merci ! Merci ! C'est aussi le cas des personnes qui placent cette histoire dans leurs favoris et de voir que vous êtes toujours plus nombreux à suivre les péripéties d'Harry et de Drago ! *Câlin à tous*
Chapitre 27 : Garde partagée
7, Privet Drive – 1983
Assis dans un coin du salon, près de la lampe halogène, Harry tournait et retournait les petits cubes en bois orné d'un alphabet presque effacé, tout en ramenant ponctuellement à la bouche un morceau de tissu… Un ancien bout de couverture.
SA couverture, celle qu'il avait depuis sa naissance. Ses parents le grondaient toujours lorsqu'il la trainait partout derrière lui, et de mécontentement l'avaient découpée, ne lui en laissant qu'un morceau. Harry avait beaucoup pleuré, et depuis chérissait encore plus ce qu'il lui en restait. C'était son doudou à lui.
Son regard était fixé sur Dudley qui faisait bruyamment rouler des petites voitures sur le tapis, et il était déchiré par l'envie d'aller le rejoindre pour jouer… Mais on l'avait mis dans ce coin… Pas vrai ?
Le petit garçon de trois ans se décida finalement, se relevant maladroitement sur sa stature frêle, contrastant énormément avec les joues bien rondes et roses, les bras et les jambes potelées de santé de Dudley. Il s'approcha timidement et comme le petit garçon ne lui accordait aucune attention, il se pencha pour ramasser l'une des petites voitures délaissées.
Il fut aussitôt poussé, des mains aux doigts collants se posant sur son corps sans se préoccuper de la douleur et de la gêne qu'elles pouvaient occasionner. Le choc fut rude pour les fesses d'Harry.
-C'est MA voiture ! Clama fortement Dudley avant de s'empresser de réunir toutes ses affaires de son côté comme si Harry allait les lui voler.
Des larmes de douleur, de tristesse et de frustration s'amassèrent dans les yeux verts d'Harry.
-Maieuuu… Moi… Je voulais juste jouer avec toi !
Incapable de se retenir, il éclata en pleurs bruyant, ne comprenant pas pourquoi Dudley avait des voitures et lui non.
Leur mère arriva alors dans le salon et Dudley, vif comme l'éclair, s'empressa de courir jusqu'à elle, enlaçant ses jambes en enclenchant les larmes de crocodiles.
-MA… MAAAN ! Harry a pris mon jouueeeet !
-Ho, mon Duddlynou adoré, fondit Petunia en se baissant pour l'enlacer et lui faire un câlin. Ne pleurs plus mon bébé, ne t'en fait pas, maman a fait un gros gâteau rien que pour toi !
-Ouaiiiss ! Fit Dudley en s'extirpant des bras de sa mère s'en s'inquiéter de la blesser avec ses petits poings pour se précipiter à toutes jambes dans la cuisine.
Harry qui avait cessé de pleurer à l'arrivée de Petunia la regarda d'un air perdu et alors qu'elle se dirigeait vers lui, attrapant les petites voitures au passage, il se leva pour agripper à son tour ses jambes, les serrant de tout son cœur à la recherche lui aussi d'un câlin.
Tout dans son être exsudait des « Aime-moi ! Réconforte-moi ! » alors que ses yeux brillant se levaient dans sa direction. Mais comme il n'obtenait toujours pas de réponses, il tendit sa main vers elle qui restait inaccessible, debout et raide comme un piquet.
-Maman… Commença-t-il à peine, imitant Dudley, mais il fut coupé aussi sec par une voix froide et brutale :
-Je ne suis pas ta mère.
Et emportant avec elle les jouets de Dudley, elle s'arracha à son étreinte, le laissant immobile et seul dans la pièce.
Quelques minutes plus tard se mirent à résonner les cris de joies de Dudley et la voix soyeuse de la femme, semblant percer à chaque exclamation la poitrine d'Harry d'une douleur sourde et puissante. Dépité, malheureux, abandonné pour la deuxième fois de sa vie, il fondit à nouveau en larmes. Hurlant, pleurant, espérant que quelqu'un viendrait peut être pour le consoler.
Il entendit au loin son père… Non apparemment ce n'était pas son père… Sortir des WC et parler avec sa femme. Tout ce qu'il entendit fut la réponse de ce dernier :
-Non, laisse-le pleurer ce mioche, il s'arrêtera bien tout seul quand il en aura marre !
Ainsi, au contraire, ses pleurs redoublèrent quand il comprit que personne ne viendrait. Il ne comprenait rien, tout cela n'avait aucun sens. Comme tous les enfants au monde, il était venu au monde pour être aimé, alors si personne ne l'aimait… Pourquoi était-il ici ? Et pourquoi Dudley avait droit à tout et lui à rien ? Il n'avait pas demandé grand-chose pourtant.
Il avait juste demandé une maman et un câlin.
-o-O-o-O-o-
Temps présent – Mi-Mars 1999
Certaines choses devaient FORCEMMENT arriver. C'était une évidence, une fatalité… Tout particulièrement lorsqu'elles impliquaient un brun casse-cou dont le courage s'assimilait essentiellement à de l'inconscience.
Non, sauter sur le dos d'une vache en pleine course n'était PAS DU TOUT dangereux. Du moins, était-ce là le postulat d'Harry Potter, tentative de preuve à l'appui… Et foirage prodigieux au passage. Il avait fallu tous ses nerfs à Drago pour ne pas l'achever lui-même sur place.
Ne serait-ce que pour la frayeur qu'il lui avait faite.
Et il fulminait toujours, plusieurs minutes après, alors qu'Harry regardait d'un air horrifié leur infirmière scolaire lui affirmer qu'il devrait rester immobilisé pendant cinq jours.
Il était pour ainsi dire presque ligoté à son lit par des bandes de contentions magiques, une de ses jambes plâtrée, un bras en écharpe et la tête entourée d'un bandage, mais non, à part ça, Mr Potter voulait gambader joyeusement dans le château, voir même se remettre à des exercices de tauromachie… Le blond n'en revenait tout simplement pas !
-Mais d'habitude vous me remettez en état en une soirée ! S'indigna Harry en regardant l'infirmière comme si elle venait de trahir tous les fondements existant sur son efficacité avant de continuer : Hop une potion immonde, hop, un coup de baguette et bibidi bobidy bouh ! Je suis d'aplomb !
Mrs Pomfresh eut un rien d'air outré sur le visage et renifla avec scepticisme en déposant deux potions « immondes » sur la table de chevet.
-D'habitude, Mr Potter, vous ne vous faites pas piétiner par des ruminants furieux et vous ne vous brisez pas en plusieurs point la moelle épinière ! Estimez-vous heureux d'être sorcier, un moldu finirait paralysé à vie !
Harry fit la grimace et décida finalement que ne pas bouger était bien pour le moment.
- « Mais c'est bien connu que t'es qu'un trouillard de toute façon… », « suffit de lui montrer qui est le maître ! » , « C'est pas parce qu'elle a d'énormes cornes qu'il faut la craindre ! » et bla bla bla… Lâcha Drago sans le regarder, faisant mine de rien tout en répétant en partie le discours inconscient que lui avait servi le brun avant de sauter directement de son cheval sur l'animal pour tenter de lui attacher le ruban au passage.
-Oui, bon, ça va… C'était une fausse bonne idée ! Ça arrive !
Drago tourna férocement la tête vers lui, et en quelques pas fut à ses côtés, profitant sans honte que le brun soit complètement immobilisé pour se pencher sur lui. Comme ce dernier détournait le regard, il lui attrapa le menton d'une façon autoritaire pour l'obliger à le regarder dans les yeux.
-De combien de vies penses-tu être pourvu pour laisser ça arriver une seule fois ? Es-tu un chat ? Combien reste-t-il de tes neuf vies ? Vu tout ce qui t'ai arrivé, je dirais deux grand maximum ! Enfin, pas que ça m'intéresse, si tu meurs je n'aurais plus besoin de me marier avec toi… Mais ma mère s'empresserait de te ressusciter pour pouvoir te tuer elle-même ! Toi et moi on est allé trop loin dans cette histoire pour ça !
Harry le foudroya du regard et c'est comme si les émeraudes qui lui servaient d'iris se paraient brusquement de reflets lumineux. Si Drago ne s'était pas si inquiété, s'il n'était pas lui-même furieux, il aurait pût échapper un sourire satisfait ou même un petit rire, comme lorsque plus jeune, il provoquait uniquement Potter pour admirer ce changement merveilleux.
-Je te rappelle que c'est à cause de cette stupide tradition à la con de ton père que c'est arrivé ! Cracha Harry qui cherchait à échapper à son emprise et à s'éloigner de lui. Sérieusement… Un ruban et une vache… POUR AVOIR PLEINS D'ENFANTS !
-Qui sait ? Si vous continuez à vous disputer comme cela, une telle chose pourrait arriver… Railla Blaise en pénétrant dans l'infirmerie.
Il avait Evangeline contre son torse, maintenue par le porte-bébé, et caressait sans y penser sa petite tête brune.
Drago s'éloigna brusquement d'un saut du lit et tâcha de reprendre un air ennuyé. Il siffla légèrement entre ses dents en remarquant que Blaise n'était pas du tout dupe et qu'il semblait même trouver son comportement puéril.
Note à lui-même : changer de meilleur ami.
Harry pour sa part continuait de grommeler au sujet de famille complètement chtarbée, avant de pousser un grand soupir tout en plongeant de grands yeux implorant vers son infirmière « préférée » qui revenait de son bureau avec de nouvelles potions.
Il battit même des paupières, se disant que faire un peu de charme ne pourrait qu'aider :
-Mrs Pomfresh, comprenez que je ne peux pas rester là, immobile pendant presque une semaine… Hermione et Neville sont partis à ce stu… Si intéressant Salon des Métiers Sorciers, vous savez ? On nous a banalisés ces quatre jours, à nous les dernières années ! Donc je n'ai personne pour m'occuper d'Evangeline pendant ce temps là…
La vieille femme n'eut pas l'air un instant de rentrer dans son jeu, le fixant d'un air sévère qui lui donnait l'impression qu'elle le connaissait depuis sa naissance, non pire : qu'elle l'avait même sorti du ventre de sa mère et qu'aucune de ses ruses ne pourraient la tromper.
-Vraiment Mr Potter ? Je vois pourtant son autre père juste là… Apparemment désœuvré pour trainer dans mes pattes. Je suis certaine qu'il fera tout à fait l'affaire !
Le brun la regarda comme si tout d'un coup elle communiquait avec lui en russe, avant que le blond ne percute à son tour qu'on parlait de lui et fasse un bond du lit sur lequel il était élégamment appuyé.
-QUI ? MOI ? Vous n'y pensez pas !
-Oui ! Vous n'y pensez pas ! Reprit Harry, paniqué. Hors de question que ma fille soit gardée par des serpentards ! Je ne serais pas tranquille !
-Ah oui, et pourquoi ? Résonna une voix sombre pleine de promesses douloureuses qui semblait provenir d'un point de l'infirmerie brusquement sombre et terrifiant.
Evidemment Harry exagérait, il ne s'agissait que de Blaise… Mais un Blaise qui fixait le gryffondor d'un regard si noir que ce dernier déglutit nerveusement.
En même temps, il était littéralement cloué à son lit et pas vraiment en état de se défendre ou de se carapater. Ainsi, se forçant à un peu d'introspection, il chercha ce qui provoquait cette vague de panique à l'idée de son bébé chéri et adoré à la charge des serpentards.
*Parce que ce SONT des serpentards !* Non, il ne voulait plus se laisser influencer par ce genre de boniment. Etre un serpentard ne vous transformait pas automatiquement en mauvaise personne. Et il y avait quelques serpentards sympathiques… Euh… Enfin... Si, sans doute. Harry ne devait connaitre que les emmerdeurs de services.
*Parce que ce sont mes ennemis !* Même pas vrai. Zabini, bien que peu agréable et cachant à peine le fait qu'il le méprisait de toute la hauteur de son grand corps élancé, n'avait jamais été son ennemi. Malefoy avait été son rival, ce qui était TRES différent. Un ennemi on l'élimine, un rival on l'abime et on s'assure après coup qu'il est toujours en état pour un second round. Et il en avait fallut du temps à Harry pour comprendre cette bête petite chose.
Ah si, Pansy Parkinson était son ennemi.
*Parce que je ne leur fais pas DU TOUT confiance* Ouais, pas meilleur. Pas faux, mais pas vraiment le meilleur moyen de tendre un rameau d'olivier. Quoique Zabini se montrait tout à fait capable avec Evy' et qu'étant son parrain, il avait promis de la protéger.
*Parce que je suis simplement un père surprotecteur ?* Mouaif, on en revenait à la confiance…
Harry réfléchit encore, puis réalisa que c'était surtout l'équation Malefoy+Evy' qui le hérissait… Même si c'était un sentiment très ambigu où prônait la peur. Une peur primale, qu'il se souvenait vaguement d'avoir ressenti quand il était petit… Vaguement. Ca remontait à si loin qu'il ne pouvait pas mettre de nom dessus.
En attendant il décida d'adopter une réponse facile et lâche :
-Parce que Malefoy ne sait PAS DU TOUT s'occuper d'un bébé ?
-Parce que toi tu savais au début ? Tu es né avec la science infuse peut être ? Ou serais-tu doté d'un putain d'instinct maternel ? Parce que si c'est le cas, je suis très curieux de jeter un coup d'œil dans ton caleçon histoire de voir si je n'aurais pas dû t'appeler « Miss Potter » depuis le début ?
Drago compatit presque pour Harry qui subissait le Blaise-power en plein dans la face et qui ne semblait pas savoir ce qu'il lui arrivait. Il aurait voulu lui dire de ne SURTOUT PAS chercher à argumenter avec le black, parce que c'était peine perdu, parce qu'une fois la prise ferrée, il ne la lâchait pas.
D'un autre côté, l'idée de devoir s'occuper de sa fille pendant quatre jours était complétement folle. Potter avait raison, il ne connaissait strictement rien des bébés.
Alors que son fiancé se faisait démonter verbalement par son meilleur ami, il finit par se retrouver, il ne savait comment, avec Evangeline en travers de ses cuisses.
Cela le figea aussi sec comme une statue.
-Là, tu vois ! Faisait Blaise avec son air supérieur « je sais mieux que tout le monde » et de reprendre : comme le dise les moldus : « Ce n'est pas sorcier ! »
Il cessa aussitôt de se vautrer dans son autosuffisance lorsque le bébé, en bougeant, se mit doucement à glisser sur le côté sans que Drago puisse y faire quoique ce soit…. Parce qu'après tout, Drago était en mode « statue de pierre ». Harry glapit en se battant contre ses bandages pour se relever et finalement ce fut le cri de trois personnes coordonnées qui ramenèrent le blond dans le monde des vivants.
Il rattrapa in extrémis le paquet que formait sa fille avant qu'elle ne tombe par terre. Et ce fut pour être aussitôt engueulé.
-SA TÊTE !
Il passa immédiatement un bras derrière la nuque de la petite fille qui ne souriait pas du tout, mais au contraire plissait ses lèvres d'un air mécontent. Parce que c'était, après tout, une horrible façon de se réveiller de sa sieste !
Et elle n'allait pas tarder à le faire savoir.
Une minute plus tard, elle perçait les tympans de toutes les personnes présentes à l'infirmerie alors que Drago essayait désespérément de la rendre à Blaise qui ne voulait pas en entendre parler.
Mrs Pomfresh était de son côté occupée à maintenir l'autre père sur son lit, ce qui n'était pas une mince affaire.
-JE NE SUIS PAS DU TOUT RASSURÉ ! Hurla le brun en faisant concurrence avec les pleurs de sa fille.
Finalement face à ce cirque, la courageuse infirmière shoota son patient aux somnifères et éjecta hommes, bébé et pleurs hors de son domaine.
-o-O-o-O-o-
Bien loin de tout cela, dans la haute tour des gryffondors, Ron laissa tomber la lettre qu'il lisait jusqu'alors, silencieux, se plongeant dans la contemplation du mur face à lui. Excédée, Ginny lui envoya une taloche sur la tête :
-Merde ! Réagis !
-EY ! S'insurgea le roux en se frottant l'arrière du crâne. Pourquoi tu te sens toujours obligée de me frapper ?
-Parce que tu es le premier de mes imbéciles de grand-frère ! Plus sérieusement : dis-moi ce que tu en penses !
-Si je suis « imbécile », pourquoi tu me poses la question, grommela le jeune homme avant de regarder à nouveau la lettre de leur mère : il y a deux choses-là. A laquelle tu veux que je réagisse ? Le fait que je vais être oncle ou le fait que notre frère ait pêté un boulon ?
-Alors toi aussi tu penses que George est en train de devenir fou ?
Il regarda Ginny se laisser tomber sur un fauteuil, apparemment assommée par la nouvelle. Lui, pour sa part, était bien plus réservé, sachant à quel point sa mère pouvait parfois exagérer les choses.
-Non. Je n'en sais rien, je ne pourrais pas le dire tant que je ne l'aurais pas vu de mes propres yeux… Mais j'ai tendance à être d'accord avec les décisions de Bill. Soliloquer sur les décisions bizarres de George ne mène à rien.
-Comment peux-tu dire une chose pareille ?
La rousse s'était relevée brusquement, le nez crispé par la colère. Elle lui arracha la lettre de la main et se remit à la lire comme pour mieux s'abrutir des lamentations de leurs mères.
C'était toujours ainsi, comme elle était à peine capable de se faire obéir, Molly Weasley avait toujours pris l'habitude de monter le reste de sa maisonnée contre l'élément perturbateur. Difficile de dire non quand vous avez cinq frères contre vous. A une exception près : sa précieuse petite Ginny.
Parce qu'on ne touchait à la fifille adorée de la famille.
-Tu es vraiment insensible ! Fit celle-ci. On dirait que tu te fiches de Georges !
-Oh… Ecoutes… Oh et puis merde ! Craqua Ron en se levant. Oui je m'en fiche de George ! C'est un grand garçon et je me souviens pas que lui ou Fred aient eu à cœur de nous aider à régler nos problèmes quand on en avait ! Non, ils étaient plutôt du genre à nous y enfoncer un peu plus.
Ron se réjouit d'avoir au moins réussit à faire quelque chose aujourd'hui : faire en sorte que Ginny reste la bouche ouverte pendant plus de deux minutes. Celle-ci se referma et elle le toisa d'un regard accusateur et déçu :
-Tu ne penses vraiment qu'à toi ! C'est notre famille !
-Arrêtes Ginny, je vais dire ce que tous nos frères ont un jour pensé sans jamais le dire et désolé d'avance de te choquer mais Fred et Georges étaient deux putains d'égoïstes qui se foutaient pas mal de la famille ! Ils ne pensaient qu'à EUX. A EUX et c'est tout ! Bon, à l'occasion, ils avaient des espèces de toquades pour des gens, comme Angelina, Lee ou Harry, et je veux bien croire qu'ils avaient leur façon bien à eux de nous aimer… Mais bon sang, comment ça se fait qu'ils ne m'aient jamais parlé de la carte du Maraudeur ? Qu'ils l'aient donné à Harry plutôt qu'à moi, leur petit frère ? On avait que deux ans de séparation et merde même s'ils me faisaient chier à me faire de sales farces ou à se moquer sans cesse de moi, ils étaient mes modèles, presque mes idoles … Mais je n'étais que leur Ronnie-cobaye !
-C'est faux Ron ! Ils t'aimaient !
-Ah oui ? Tu as une preuve ?
-Je suis sûre qu'ils t'aimaient. Tu sais ce qu'on dit : qui aime bien châtie bien…
-Oh, dans ce cas-là, ils devaient être follement amoureux de Rusard ! Ironisa-t-il sans sourire. C'est pour ça que je ne vais pas faire une montagne de ça. Penses un peu à Bill qui a vu sa belle annonce gâchée par… Qui ? Encore une fois ? George qui fait son intéressant !
-C'est vrai que c'est mal tombé… Mais on peut régler ce problème en faisant une petite fête une fois que George…
Ron retint à peine un grognement en ignorant le reste. En ce moment sa sœur lui tapait vraiment sur le système. S'il avait compris son omniprésence en début d'année scolaire par le fait qu'ils avaient perdus un frère et que la famille s'était instinctivement rapprochée, et que Harry était son petit ami, maintenant que le temps avait passé, il commençait à s'agacer de la voir toujours venir à lui avec des demandes et des réclamations comme s'il était toujours responsables de tout ou son esclave pour régler ses soucis. Particulièrement familiaux. C'était comme avoir constamment sa mère, en pire, vous suivant comme son ombre.
-Oui, oui, l'interrompit-il sèchement. Régler les problèmes, ceux de Bill, de Charlie, de George, les tiens, par contre quand moi j'en ais, tu t'en fous pas mal ! (Il vit Ginny rougir de colère ou de honte et ouvrir la bouche pour protester) Laisses, j'ai compris qui étaient les préférés dans cette famille ! Percy et moi on vous remercie !
Ron attrapa vivement le blouson qu'il avait auparavant jeté sur le canapé et évita sa sœur pour se diriger vers la sortie de la salle commune.
Celle-ci pesta avant de se retourner vers lui :
-Oh non ! Ron le prends pas comme ça ! Où tu vas ?
-Retrouver Harry ! Au moins lui il m'écoute !
-Depuis quand il te parle à nouveau ?!
-Ça, ça te regarde pas !
Ginny ferma les yeux en serrant les dents quand le tableau d'entrée claqua derrière lui, suivit des protestations outrées de la grosse Dame. Elle se laissa ensuite tomber par terre recroquevillée, la lettre toujours dans sa main.
-o-O-o-O-o-
-Troooop mignonne !
Salle commune de serpentard. Un bébé dans le cosy, un troupeau de fille autour d'elle, mais aucun risque pour la pitchoune : Pansy, Daphnée, Astoria et Milicent formaient une garde rapprochée et seules elles avaient le droit de la toucher.
-Elle est vraiment toute petite, constata Milicent en passant un doigt dans la petite menotte d'Evangeline qui se referma sur elle.
-Normal, répliqua Pansy, tous les bébés sont comme ça au départ.
-Qu'est-ce que tu en sais ? C'est quand la dernière fois que tu as vu un bébé ?
-Surement moins éloigné que toi Daphnée !
Blaise éleva un sourcil, balançant nonchalamment de la tête avant de regarder les garçons présents qui faisaient mine de ne pas être intéressés, mais dont le regard coulait fréquemment vers l'attroupement.
-En fait ils voulaient tous l'avoir ici, réalisa t'il. Tu aurais dû faire quelque chose à ce sujet plus tôt Drago… Drago ?
Se retournant, il découvrit son ami en grande panique (cachée évidemment), devant les affaires de la petite fille qui avaient été téléporté dans leur maison. Il y avait de nombreuses choses dont il ignorait tout simplement la fonction et qu'il portait devant lui à deux doigts réticents comme si ça allait brusquement prendre vie et le mordre.
-C'est un mobile, annonça Blaise en se plaçant juste derrière lui et attrapant l'attache de l'objet pour lui en montrer le vrai sens.
Des hiboux et des balais oscillèrent doucement, les oiseaux agitant magiquement leurs ailes d'un air indigné, perdant de fausses plumes qui disparaissaient à quelques centimètres d'eux. Les balais, eux, tournaient en laissant une trainée dorée dans leur sillage. Blaise s'amusa un moment en se disant que l'on reconnaissait le joueur de quidditch. Lui n'aurait certainement pas choisit ce modèle de mobile.
-Mais… A quoi ça sert ? Demanda Drago.
-Ca s'attache au-dessus du berceau et ça… J'imagine que ça distrait les bébés jusqu'à ce qu'ils s'endorment…
-Oh… Et où est le berceau ?
-Certainement dans ta chambre, commenta Blaise d'un ton quelque peu blasé.
-Dans MA chambre ? Mais on ne peut pas lui donner une chambre à elle toute seule ? S'hérissa son ami en lâchant le mobile qui tomba heureusement sur un tas mou de serviette.
Les hiboux s'ébouriffèrent et vexés se figèrent dans cette position.
-Non, il vaut mieux que tu puisses la surveiller, lâcha le black d'une voix qui se voulait raisonnable, tentant de faire passer toute cette histoire comme quelque chose d'anodin et ainsi calmer l'idiot qui faisait à présent les cents pas autour du tas d'affaire.
-Pourquoi ? Elle n'est même pas capable de bouger par elle-même ! Tout ce qu'elle fait c'est remuer ses bras et ses jambes comme si elle voulait donner des coups de pieds !
Drago tourna un regard contrarié vers le groupe des filles.
-On ne pourrait pas la donner à Pansy et Daphnée pour la nuit ?
-Ecoutes Drago, Harry t'as confié votre fille avec toute la réticence du monde. Il pense apparemment que tu n'es pas capable de faire un père correct pour elle, or, si tu veux quoique ce soit du père, je t'assure que tu gagneras des points en te rapprochant d'Evy'.
-Evangeline, le corrigea automatiquement le blond avant de se lancer dans le calcul de ses chances.
Puis il poussa un soupir, fit la grimace, serra les dents, puis finalement, comme s'il se raclait la gorge avec un couteau, il finit par se retourner vers Blaise :
-Mais je ne sais pas DU TOUT m'occuper d'un enfant !
Le black soupira.
Il n'était pas dans la nature des serpentards de demander de l'aide, car cela vous plaçait en position de faiblesse, ou tout du moins, d'obligé vis-à-vis de votre bienfaiteur. Presque une relation de dominant/soumis… Combien de premiers années encore innocents en avait fait l'expérience avant de comprendre que le meilleur moyen d'obtenir une aide était le chantage, les menaces ou la manipulation ?
Cela pouvait paraitre comme une dure école, mais c'était une bonne formation pour ces enfants amenés à évoluer dans les plus hautes sphères où hypocrisie et mensonges étaient affaires courantes.
Drago n'avait jamais commis ce genre de bévue, son père l'ayant formé très tôt à l'art de se faire servir de toutes les façons possibles, mais il devait avouer s'être adouci et quelques peu lassé de ces simagrées, et surtout il ne se sentait pas de jouer à ces petits jeux stupides avec son meilleur ami.
Heureusement celui-ci devait le comprendre car il prit l'initiative avant que le blond ait à demander quoique ce soit.
-C'est pourquoi je suis là Drago, je te rappelle que tu as fait de moi le parrain d'Evangeline, je ne vais certainement pas la laisser entre des mains incompétentes.
-Je me demande comment Potter a réussi à s'en sortir les premiers jours…
Le « merci » étant aussi un mot tabou, comme s'ils avaient constamment affaire à des faes (parce que c'était bien connu, on ne remerciait JAMAIS un fae), ils avaient aussi appris à vite enchainer sur un autre sujet, l'air de rien. Blaise ne fut donc pas surpris ni navré, d'autant plus qu'il savait de par leur amitié que dès qu'il le pourrait, Drago le lui revaudrait.
-J'ai cru comprendre qu'il avait fait un peu de babysitting, répondit-il en triant de sa baguette les objets devant lui pour décider lesquels partaient dans la chambre de Drago, lesquels restaient ici ou étaient envoyés vers la salle de bain.
-C'est quoi du babysitting ?
Blaise grogna cette fois-ci en roulant des yeux. Cela allait être plus pénible que prévu. Maudits aristocrates sang-pur vivant dans un autre monde !
Profitant que les filles distrayaient l'enfant, il entraina avec lui le blond pour organiser les différentes affaires tout en lui expliquant les choses de la vie.
-Ça apprend à devenir maître du monde mais ça ne sait même pas un minimum comment élever un enfant…
-Eh ! Honnêtement jusqu'au début de l'année je pensais que mon seul rôle en tant que père consisterais à approuver de la tête le bébé que m'aurait pondu une héritière lambda et de lui tapoter de temps en temps la tête pour le féliciter de ses progrès ! Et NE ME REGARDE PAS COMME CA !
-Désolé, j'étais simplement dans une dimension parallèle où j'entendais un Drago Malefoy débiter des conneries.
-Ha ha ha, je meurs de rire.
Le blond cessa de faire semblant de rire lorsqu'il croisa le regard furieux que lui lança son ami près du berceau.
-Je pensais juste que… Pff… Qu'on ferait en sorte d'être différent de nos parents, lâcha doucement Blaise en finissant d'accrocher le mobile au-dessus du berceau.
Drago se contenta d'un simple « hum » songeur. L'autre serpentard parlait très rarement de lui, et encore moins de sa famille proche… Et plus particulièrement de sa mère. Tout le monde savait, ou plutôt pressentait, que c'était compliqué.
Il l'avait déjà vu plusieurs fois à diverses fêtes, bals ou gala de charité. C'était une très belle femme noire, métisse anglaise à en croire les traits de son visage qui ne semblaient n'avoir gardé que le meilleur des deux origines.
On disait que son père était encore plus beau, mais celui-ci était mort lorsqu'ils étaient enfants, ainsi Drago n'avait pas la moindre idée d'à quoi il ressemblait, surtout que Blaise avait énormément pris de sa mère et il ne pouvait qu'essayer de deviner grâce à leurs différences.
En tout cas, grâce à ces deux hérédités, le serpentard était un homme magnifique, et entretenait d'ailleurs cette beauté, lui et Drago détenant le record de temps passé à se préparer, et seule sa froideur expliquait qu'il n'était pas constamment harcelé par la gente féminine. Cela en plus du fait qu'il ne leur donnait aucun signe d'encouragement.
Parfois le blond se disait même qu'il détestait les femmes. Quand par hasard ils sortaient ensemble dans un Pub, il traitait les filles qu'il ramenait comme des déchets et heureusement que ces dernières étaient généralement trop bêtes pour le remarquer. La seule pour qui il semblait avoir un semblant de respect était Daphnée et c'était probablement parce qu'il savait qu'elle ne se ferait pas de film, étant destinée à un mariage arrangé.
Il s'était parfois demandé s'il n'était pas gay, mais comme rien n'empêchait le black de sortir du placard et qu'il ne l'avait pas fait, c'est que ce devait être autre chose.
Malgré sa curiosité, ce n'était pas exactement le genre de chose dont ils pouvaient discuter.
A la place Drago ne pouvait que regarder sa chambre se transformer en nurserie et cette vision lui donnait un mauvais pressentiment. Il préféra fuir vers les parties communes. Il fut soudain alerté par les cris qui y résonnaient et découvrit que le troupeau de fille s'était éclairci pour le laisser apercevoir Pansy qui tentait de calmer Evangeline en la berçant, mais semblait complètement dépassée.
*Oh nooon elle pleure ENCORE….* Gémit intérieurement Drago. *Pourquoi est-ce qu'elle pleure comme ça ?*
Il préféra rester en retrait, espérant ardemment qu'une de ces femmes allait incessamment sous peu régler la situation… Après tout élever des enfants, c'était LEURS rôles ! Le fameux instinct maternel !
Mais les secondes s'égrenaient et aucune des filles ne semblait savoir quoi faire, se jetant des coups d'œil désespérés.
*Femmes en cartons !* Grommela t'il avant de décider qu'il n'était jamais mieux servi que par lui-même.
-Qu'est ce qui s'est passé ? Leur demanda t'il en fendant le groupe en deux à son passage.
-Rien ! On se contentait juste de lui parler, de lui faire des câlins ! Et brusquement elle s'est mise à pleurer ! C'est à rien n'y comprendre ! Répondit Pansy en lui tendant le bébé.
Arrivé au centre du groupe, Drago la prit dans ses bras en tentant de se rappeler ce qu'il devait faire.
*La tête ! Surtout la tête !*
Et une fois qu'elle fut contre lui, il se trouva tout aussi désemparé que le reste du groupe… Surtout que tous ces regards braqués sur lui l'empêchaient de tenter quoique ce soit qui pourrait nuire à son image, et donc de niais, comme bercer l'enfant ou lui murmurer des paroles de réconfort.
Oh comme il enviait le naturel de Potter !
*Allez s'il te plait… Cesse de pleurer !* La pria t'il mentalement alors que son cœur se serrait à la voir si mal, des larmes débordant de ses yeux et son nez coulant. Il se demanda s'il pouvait la serrer contre lui mais elle avait l'air si fragile qu'il avait peur de lui faire mal. *Allez s'il te plait ! Tu n'es vraiment pas jolie comme ça ! Une Malefoy se doit toujours d'être jolie !*
Rien à faire. Et ce n'était pas avec les filles autour de lui qui y allaient toutes de leurs propositions stupides qu'il allait s'en sortir ! Il tenta de faire de légers mouvements, marchant un peu… Cela semblait si simple quand c'était Potter qui le faisait ! Pourquoi ça ne marchait pas avec lui ?
Tout d'un coup une pensée le frappa et le figea sur place d'horreur.
Peut-être qu'Evangeline ne l'aimait pas en fait !
Peut-être qu'elle lui en voulait de ne pas s'être occupé d'elle pendant ces deux mois et demi !
C'était même évident. Il l'avait pressentit : il savait qu'il ferait un père lamentable ! Qu'il devrait se contenter de quelques tapotements sur une tête ! Il rendait Evangeline malheureuse en s'occupant d'elle…
Tout d'un coup l'air lui manqua, il sentit ses larmes s'accumuler au coin de ses yeux et n'arrivait plus à voir ou à entendre ce qu'il se passait autour de lui, tout était flou et ses bras portant Evangeline se mirent à trembler. Il ne parvenait plus à respirer, il essayait désespérément de prendre des bouffées d'air mais il semblait comme sur le coup d'un sort d'étranglement. Il ne savait pas ce qui était en train de lui arriver et il voulait bouger, confier d'urgence sa fille à quelqu'un, mais il n'arrivait plus à faire un mouvement. Tous les muscles de son corps étaient complétement crispés.
Soudain, il sentit une présence derrière lui, s'enroulant jusqu'à passer des bras sous les siens pour maintenir ses membres tremblants.
Une voix calme et ferme retentit alors à son oreille :
-Calmez-vous, vous êtes en train de faire une crise de panique… Tout va bien.
Il reconnut la voix du professeur Rogue et en pleura presque de soulagement. Profitant de son aide, il se laissa aller et peu à peu pût à nouveau respirer à peu près correctement.
-Et vous, allez donc voir ailleurs si on y est ! Grinça son parrain. Vous ne voyez pas que vous étouffez cette petite comme son père ?!
Sa vision revint juste à temps pour voir les filles qui s'éloignaient d'un air vexé tandis que Blaise s'approchait doucement, l'air inquiet.
-Drago ? Ça va ?
-Mieux… Mais elle pleure toujours…
Effectivement, ce petit épisode de « crise de panique » puisque c'était cela apparemment n'avait nullement calmé le bébé.
-Tu devrais la prendre… Je crois qu'elle ne m'aime pas trop… Lâcha-t-il la boule au ventre, se retenant de ne pas aller s'enfermer dans sa chambre pour pleurer toutes les larmes de son corps.
Il s'y ferait sans doute…
Non, il ne s'y ferait pas.
-Oh sornettes… Marmonna Rogue derrière lui avant de le tirer en arrière vers un canapé. Asseyez-vous un instant et ne bougez pas. Je vais vous chercher une potion.
Drago se laissa tomber sur l'assise où il fut rejoint par ses deux meilleurs amis. Il essayait de cacher au mieux ses sentiments, cette envie de se joindre aux pleurs de sa fille, mais c'était la goutte qui faisait déborder le vase. Il supportait déjà la révulsion de Potter ces derniers temps, qui le regardait désormais guère différemment que son à nouveau et ancien ex meilleur ami, c'est-à-dire avec colère et semblant émettre des ondes lui indiquant qu'il ne devait en aucun cas l'approcher de plus d'un mètre. Et là, voilà que leur fille le rejetait aussi.
Mais il aurait dû le savoir… Il ne pouvait pas être aimé.
Sa mortification ne devait cependant pas être assez complète puisqu'alors qu'il n'avait jamais pleuré devant qui que ce soit d'autre que sa mère, et par malchance Potter ce funeste jour de sixième année, ses larmes glissèrent silencieusement sur ses joues.
-Oh Drago ! Gémit Pansy en l'attrapant par le cou.
Il n'avait même pas la force de lui dire de ne pas le toucher et au contraire voulut se laisser aller dans cette étreinte réconfortante. Mais il ne le put, car ils furent coupés par la voix grinçante et exaspérée de Blaise :
-Oh, pour l'amour de Merlin ! Pansy lâche le ! Et toi Drago, par pitié, qu'est-ce que je t'ai dit au sujet de mélodramatiser ? Et de l'esprit pratique ?
-Mais…
-Evangeline est un BEBE ! Un bébé a un million de raison de pleurer avant que qui que ce soit puisse arriver à un « mon enfant ne m'aime pas ! ». Tu voulais apprendre à t'occuper d'un enfant ? Très bien ! Leçon 1 : Il faut procéder avec la technique de l'élimination !
Drago cligna des yeux, chassant ses dernières larmes tout en s'éloignant du black, mettant par instinct Evangeline hors de sa portée.
-Hein ?! Que comptes-tu faire à ma fille ?!
-Mais ça ne va pas bien dans ta tête Blaise ! On ne tue pas un enfant juste parce qu'il pleure ! Hurla quant à elle Pansy en se levant brusquement.
-Mais non ! L'élimination c'est pour la liste ! Sérieusement ! Se défendit-il en arrivant pas à y croire.
Que Drago soit aussi ignorant : OK, mais que Pansy ne vaille pas mieux, c'était vraiment désespérant !
-Quelle liste ?
-La liste des raisons de pleurer d'un bébé : avec les trois principales et les plus simples : il a faim, sa couche est sale ou il se sent seul ! Vérifie, élimine puis passe au suivant ! Bon, elle ne se sent probablement pas seule, donc ce qu'i faire maintenant est de vérifier sa couche.
D'un mouvement de baguette, Blaise attira une table basse jusqu'à eux, puis le sac contenant le matériel basique du bébé. Il l'ouvrit pour en sortir un tapis à langer qu'il posa devant son ami.
-Bon, c'est tout bête, un moldu pourrait le faire ! Tu déposes Evy' sur ce tapis, jambe vers toi…
-Evangeline !
-Oui, oui !
Drago s'exécuta, la déposant le plus délicatement possible sur le tapis matelassé. Il reniflait encore un peu à cause de ses larmes, mais refusait de se montrer à nouveau aussi faible devant Blaise.
-Maintenant tu la déshabilles. Au moins le bas, t'es pas obligé de retirer le haut… Regarde, c'est juste des boutons à retirer. Tu peux la soulever un peu si tu veux.
Drago se débattit un moment avec les jambes qui lui donnait des coups mais réussit à retirer le bas de la grenouillère, se donnant l'impression, avec la petite qui hurlait toujours, d'être en train de la torturer. En dessous, misère, il y avait une autre couche, même si celle-ci n'englobait pas les jambes. Il la déboutonna de la même façon, tombant finalement sur la couche en tissu.
-Bon, tu vois : la couche est là et ses extrémités sont retenues avec des épingles à nourrices…
Le père hocha de la tête tandis qu'il lui montrait du doigt les deux attaches.
-… Tu as juste à les retirer pour pouvoir ouvrir la couche.
Là, il bloqua deux secondes en se demandant si c'était une blague.
-Mais je vais la voir… Nue !
Il l'avait déjà, vaguement entraperçue nue lorsque Potter lui donnait son bain, mais il avait aussitôt détourné le regard !
-Sans rire ? Lança Blaise.
-C'est une fille ! Ce n'est pas correct que je vois cette partie-là !
Vaincu, Blaise enfourna sa tête entre ses mains pour méditer quelques secondes. Drago voulu prendre à témoin Pansy mais celle-ci semblait perplexe, regardant le lange avec un rien de dégout. Finalement leur ami revint parmi eux, un peu plus zen.
-Drago, commença-t-il d'une voix raisonnable. C'est ta fille. La moitié de tes gènes. Une moitié de toi, et laisse-moi te dire que d'ici sa puberté, tu vas les voir ces petites fesses. De plus, toutes les gamines se ressemblent à cet endroit-là et il n'y a pas grand-chose à voir. Harry, Hermione et même moi on l'a déjà changé plusieurs fois donc je peux t'assurer qu'il n'y a rien de secret ! Et ne me regarde pas comme si j'avais violé ta fille !
Drago était effectivement mécontent d'apprendre que Blaise avait vu sa fille nue et il ne le cachait pas.
-Bon sang, Harry la vue aussi !
-Oui mais Potter… Potter ça va. C'est comme… Comme s'il l'avait mise au monde…
-Es-tu en train de suggérer que Potter est la mère ? S'amusa Pansy.
-Quasiment. C'est lui qui s'en occupe depuis le début !
-Oui bon, on s'en fiche, fini les digressions, tu vas ouvrir cette couche et je jure que tes yeux ne se mettront pas à saigner ! Ordonna Blaise.
Drago se mit alors à regarder autour de lui, s'attirant un nouveau soupir.
-Drago… Tout le monde se fiche de voir ta fille nue. Elle n'a même pas un an ! Dans onze ans je dirais plus rien, mais là, franchement… Plus on perd de temps, plus Evangeline se fatigue !
Résigné, Drago commença à retirer les épingles et à défaire le paquet devant lui. Respirant un grand coup, il dénuda la partie cachée et constata qu'effectivement, il n'y avait pas grand-chose à voir. La couche avait une légère trace d'humidité et Blaise lui demanda d'utiliser un sort de nettoyage dessus.
Il y eu un nouveau moment de gène de sa part lorsqu'il fut obligée de toucher sa fille là pour la nettoyer et lui passer une espèce de pommade. Ce qu'il fit tout en fusillant Blaise du regard comme s'il était responsable de toutes les mortifications qu'il devait subir. Finalement, il poussa un soupir de soulagement lorsqu'il referma sa couche et la rhabilla… Même si Evangeline pleurait toujours. Cependant le rythme avait légèrement changé. Parfois elle hoquetait quelques secondes avant de reprendre ses cris d'orfraies.
-Si j'avais cru voir un jour un Malefoy en train de changer une couche… Constata Rogue en les faisant sursauter tous les trois.
Drago tout gêné se retourna en se demandant depuis combien de temps l'homme se tenait silencieusement derrière le canapé.
-Votre potion, fit-il en lui tendant une fiole au liquide transparent.
Histoire de reprendre contenance il l'avala sans râler malgré son gout très fort de menthol. L'effet fut cependant immédiat, il avait soudain les idées un peu plus claire et se sentait plus alerte. L'homme en noir eut un bref rictus moqueur avant de s'éclipser avec un « bonne chance » qui sonnait tout simplement sadique.
-o-O-o-O-o-
Harry fut très heureux de trouver Ron à son chevet pour son réveil à l'infirmerie. Cela lui permit d'éclipser rapidement le fait qu'Evangeline était en ce moment même aux mains de la maison rivale.
-Je n'en reviens pas que Bill et Fleur aient bientôt un enfant ! C'est génial, il pourrait être proche d'Evy' et de Teddy ! J'espère quand même qu'il échappera à la malédiction parce que ce n'est vraiment pas marrant de voir son enfant se transformer en monstre une fois tous les mois…
-Comment va Teddy ? L'interrogea Ron en décapitant une des chocogrenouilles qu'il avait amené originellement pour le blessé.
-Il pousse comme un champignon… Et puis il parle quasiment. Des mots par-ci par-là. Par contre il n'aime pas du tout Evy', dès qu'on fait mine de s'occuper d'elle plutôt que de lui, il fait exprès des bêtises.
-J'en ai connu des comme ça, maugréa Ron en croquant férocement dans sa pauvre friandise.
Harry inclina la tête, se demandant à quoi cela pouvait bien faire référence.
-La jalousie, avoua le rouquin à mi-voix. Un cauchemar présent là où se trouve toute fratrie. Toujours cette peur et cette colère d'être moins aimé par ses parents ou ses autres frères et sœurs. La peur d'être un jour abandonné. On cherche sa place, on espère être le préféré et on se met en avant à chaque fois qu'on le peut… Ma mère en a beaucoup joué dans notre enfance. C'était sans doute le seul moyen qu'elle avait de contrôler la horde qu'on était.
-Je ne savais pas qu'il y avait ce genre de jalousie… Affirma Harry. Je pensais que la jalousie ne concernait que les relations amoureuses… Ou bien envier quelqu'un parce qu'il a quelque chose de mieux que nous.
-Oh non, ça, ce que je t'ai décrit, c'est un peu la jalousie primale, la toute première qu'on éprouve, bien que les enfants uniques n'ont jamais eu à s'en inquiéter. Heureusement, elle se calme quand on grandit et qu'on devient un peu plus raisonnable… Ou plutôt que l'on s'attache à d'autres personnes. Qu'on commence à avoir SES amis, puis SON amoureuse… Qu'on cesse enfin de devoir se partager les mêmes personnes, si tu vois ce que je veux dire.
-… Et c'est là que les autres jalousies apparaissent… Au final, on ne cesse jamais d'être jaloux.
Ron haussa des épaules d'un mouvement fataliste.
-Faut croire que l'être humain est inquiet de nature.
Harry hocha la tête, un peu agacé de ne pas pouvoir se relever. Cette discussion remuait pas mal de choses chez lui.
-Tu sais… Je voulais m'excuser Ron… Même si je ne pouvais sincèrement rien y faire, j'aurais dû comprendre ce que tu ressentais au sujet de Malefoy… Parce que te voir discuter avec Dean comme tu le faisais… Ça me cassait vraiment les couilles. Tout est en quelque sorte une question d'appropriation pas vrai ? « SES amis »… Si cela m'agaçait, c'est que je te considérais comme MIEN… Alors je suppose que si tu étais en colère pour mon mariage, c'était que j'étais à TOI… Et que tu ne voulais pas devoir me partager avec Malefoy… Mais Ron, ce qu'il y a avec Malefoy, ça n'a rien à voir avec notre lien… Il ne sera jamais mon meilleur ami ou ce qui se rapproche le plus d'un frère… Parce que tout ça c'est à toi et je ne veux pas que ça appartienne à quelqu'un d'autre.
La pauvre chocogrenouille était réduite à l'état de bouillie dans la main de Ron alors qu'il avait décidé de garder la tête baissé, cachant toute émotion qui aurait pu apparaitre sur son visage en ce moment.
-Ron… ? Tu pleurs ?
-Non ! Fut la réponse immédiate, un peu tremblante et pleine de mauvaise foi qui lui parvint. J'ai juste une poussière dans l'œil !
Une main pleine de chocolat fondu vint s'accrocher alors à la sienne alors qu'il passait son bras sur ses yeux pour s'essuyer.
-Mais… Merci… De t'en inquiéter… Et sache que Dean n'est pas aussi bien que toi. En fait, il est obnubilé par Ginny et c'est très agaçant à force.
Harry émit un petit rire, se sentant brusquement libéré d'un grand poids. Pourtant…
Il y avait autre chose. Les paroles de Ron avaient réveillé quelque chose. « Jalousie primale »… Toute première jalousie… Peur de perdre sa place… Peur d'être moins aimé… Il s'était dit qu'étant orphelin, il ne connaissait pas ça… Mais était-ce tout à fait vrai ? Pourquoi brusquement sentait-il une douleur dans sa poitrine, qui ressemblait énormément à ce qu'il avait ressenti lorsqu'il avait vu Evangeline dans les bras de Malefoy ?
Vaguement lui revenait ce qu'il avait sciemment oublié.
Une main qui se tend et qui est rejetée… Pas celle de Malefoy en première année, non, c'était une plus petite main, juste un peu plus large que celle d'Evy'. Et la première et la dernière fois qu'il avait appelé quelqu'un « Maman »…
La peur d'être moins aimé… Oui, c'était ce qu'il ressentait.
Jusqu'ici Evangeline avait été SA fille, SON bébé, un amour unique et réciproque, mais est-ce que ce serait toujours le cas si Malefoy venait s'insérer entre eux ? Et si Evy' se mettait à le préférer ? Le blond avait, après tout, c'était vrai, plus d'expérience que lui au sujet de l'amour, et l'exemple de sa mère et de sa propre enfance heureuse. Harry n'avait rien de tout cela…
-Ey, vieux, ça va ? T'es tout blanc d'un coup… Tu veux que j'appelle l'infirmière ? S'inquiéta Ron.
-Non, c'est bon. C'est juste que… Rien. Ça va, promis.
Le rouquin plissa les yeux et Harry se força à lui sourire avant d'ajouter avec malice :
-Juste une poussière dans l'œil !
A ça, Ron ne pouvait rien lui répliquer, ne pouvant que continuer à le regarder avec scepticisme.
-Au fait, je ne voudrais pas te monopoliser, Fay doit surement t'attendre… S'inquiéta Harry en regardant autour de lui comme s'il s'attendait à trouver la jeune femme cachée dans un coin.
Ron le rassura aussitôt avec un sourire qui ressemblait beaucoup à une grimace.
-Non, elle a tenu à aller au Salon des Métiers, histoire d'avoir une idée de quoi faire si elle n'est pas acceptée aux formations d'Auror… la seule personne qui m'attend en haut c'est Ginny et je ne suis pas pressé de devoir à nouveau lui faire face…
-o-O-o-O-o-
C'est au bout d'une heure d'expériences, de biberon rejeté, de tétines dédaignées, d'habillages et de déshabillages, qu'Evangeline finit par se taire et s'endormir dans les bras de Drago.
Les trois amis poussèrent un grand « ouf » de soulagement. Ils firent alors silence quelques secondes, écoutant juste les respirations de l'enfant au milieu de la pénombre de la chambre du préfet en chef.
-Finalement on ne saura pas vraiment ce qu'elle avait, maugréa Pansy. S'occuper d'un bébé c'est vraiment moins plaisant que je le pensais !
Drago mit un doigt sur sa bouche en lui jetant un coup d'œil furieux. Maintenant que sa fille était endormie dans ses bras, il n'osait plus bouger de peur de la réveiller, ce qui faisait qu'il était coincé, en tailleur sur son lit, avec Blaise et Pansy installés de la même façon.
-Ça ne fait que confirmer que je n'en aurais pas avant un moment ! Affirma-t-elle plus doucement.
Blaise émit un son de gorge moqueur avant de se coucher sur le flanc sans cesser de fixer Drago et Evangeline. Un sourire finit par agrandir ses lèvres alors qu'il pensait à une idée.
-Bon, maintenant que tu es coincé ici, sans possibilité de t'échapper… Que nous avons temporairement réglé le problème Evy…-angeline… Peut-être pourrions-nous savoir ce que tu as fait pour effrayer ce pauvre Harry ?
Le concerné fit la moue, rageant de s'être fait prendre au piège alors qu'il évitait ses questions pas subtiles du tout depuis deux semaines.
-Vous vous êtes disputés ?
-Non, pas vraiment. Crois-le ou pas, on a DISCUTÉ… Bon, il y a eu quelques sujets sensibles abordés mais dans l'ensemble on a évité le pire je crois…
-Cela n'explique pas vraiment le revirement de comportement de notre sauveur adoré.
Le blond soupira en passant la main qu'il pouvait libérer dans ses cheveux pour les rabattre en arrière.
-Ecoutes, il est possible… Enfin je crois… Je suis même sûr qu'il s'est mis à paniquer lorsque j'ai commencé à dire qu'un couple marié… Etaient deux personnes réunies par de l'amour… Lâcha-t-il avant d'enchainer aussitôt pour se justifier : C'est qu'il avait des idées si ridicules là-dessus, au sujet de rôles ou je sais plus quoi.
Pansy poussa alors un soupir magistral en posant une main sur son front :
-Par Salazar, tu dois pourtant savoir que lorsque tu sors avec un garçon, il t'est interdit de prononcer le mot « amour » avant d'être certain qu'il te soit attaché émotionnellement ! Je ne sais pas ce que ce mot en particulier a, mais c'est le meilleur moyen pour les faire s'enfuir en courant !
-Totalement d'accord avec Pansy, approuva Blaise. Tu as fait un faux pas là…
-Non, je n'ai pas fait de faux pas ! Il faut bien que je le prépare à l'après-mariage, cette tête vide semblait penser que nous pourrions juste vivre comme des colocataires, or vous savez aussi bien que moi que ça ne va pas être possible !
-Oh il l'aurait tout aussi bien remarqué par lui-même… Commença Pansy, narquoise avec une lueur calculatrice dans le regard.
-Je ne pense pas que l'impression d'être tombé dans un piège le rende plus aimable à mon égard Pansy, je parierais que c'est même plutôt le contraire. Je pressens qu'il pourrait se braquer, raisonna Drago. Et vous savez comme moi à quel point ça peut être obstiné ces petites bêtes !
-Ouais, ce n'est pas un lion qui devrait les représenter sur leurs étendards, mais plutôt une mule… En attendant, qu'est-ce que tu comptes faire au sujet d'Harry ?
Drago haussa des épaules, il commençait à être fatigué de cette impossible journée et apprécierait de pouvoir se fourrer sous sa couette et de tout oublier.
-Je vais attendre qu'il se calme… Que faire d'autre ? Quand il se sera rappelé qu'il a un cerveau, alors je verrais.
-Essaie quand même d'agir plus subtilement, lui conseilla son ami.
-Impossible. On voit que tu n'as jamais essayé de draguer un gryffondor. La subtilité ? Ils ne la voient PAS ! Le seul moyen de leur faire comprendre ce qu'on veut c'est de le leur dire clairement ou de le leur montrer ! Pour que Potter comprenne que je suis attiré par lui, il faudrait que je fasse une pancarte de 6m sur 12 avec marqué en rouge « Je veux sortir avec toi. Signé : Drago » et que je la brandisse sous ses yeux avec un orchestre et des pom pom girls !
-Eh allez… Encore … Un synonyme de Drago Malefoy : l'EXAGERATION.
-Hu hu Blaise, le reprit Pansy. Navré de te contredire mais c'est Drago qui marque un point, là. Toutes les filles le savent : hormis cas exceptionnel, si tu veux sortir avec un gryffy, chope le dans un coin et embrasse le, ou déclare-toi, mais dans tous les cas c'est le seul moyen pour qu'il se rende compte que tu existes. Ils sont si bêtes qu'ils ne remarquent aucune autre approche.
Le blond et la brune échangèrent un regard désolé en secouant leur tête, tandis que Blaise semblait refuser de croire qu'il existait des sorciers mâles de leur âge aussi inconscients de ce qui les entourait. Pas alors que la moitié, pour ne pas dire les ¾ de leurs préoccupations étaient de satisfaire leurs hormones ! Ce qui était des plus compliqués dans un internat où le choix était limité et ce genre d'activités prohibées…
-Ouais bon en tout cas évite les allusions sexuelles, se reprit le black avant de voir le regard de Drago fuir le sien d'un air beaucoup trop neutre pour être vrai. Oh non ! DRAGO ! Par la barbe de Salazar ! Tu veux vraiment que Potter te fuit comme la peste ?!
-C'est pas ma faute, c'est lui ! Gémit Drago. Il passe son temps à me chauffer, le pire c'est qu'il ne s'en rend même pas compte !
-Oui mais jusqu'à preuve du contraire, il est complétement HE-TE-RO et je doute qu'il vive bien l'idée d'un homme le touchant intimement. Alors par pitié, contrôle-toi.
Le blond se rembrunit et détourna le regard, apparemment vexé. Blaise se retint de tout commentaire sur sa puérilité car il savait que le blond avait assez mal vécu la découverte de son orientation sexuelle. Et quoi de plus normal quand on était censé devenir un sang-pur parfait qui devait faire le ravissement de sa famille ?
-Oh Drago, je m'en fous que tu préfères les mecs. Lui aussi doit d'en foutre, mais là ça concerne aussi son cul, alors il est normal qu'il vive ça autrement. Mais dis-toi que s'il était complétement homophobe, il n'aurait jamais accepté de se marier avec toi.
-Surtout qu'il n'arrête pas de s'en prendre plein la tronche dans les journaux ou même dans l'école, appuya Pansy. C'est encore pire depuis qu'il se promène partout avec ta cravate au cou ! Pff, il y en a qui aiment à penser que vous êtes déjà amants et ça chuchote sur son passage ou dès qu'on vous voit tous les deux ensemble.
Un léger sourire sournois passa le barrage des lèvres du blond même s'il tentait de le retenir.
Blaise hallucinait : Evidemment, il l'avait fait exprès ! Entendre ce genre de rumeur devait satisfaire son égo et calmer légèrement sa frustration.
-Je ne veux pas penser ça impossible, expliqua t'il. J'ai besoin d'y croire. J'ESSAIE d'être « pratique » comme tu le dis Blaise. J'en ai besoin pour supporter tout ça. Parce qu'au fond, ces stupides sentiments, j'aurais pût les supporter en vivant loin de lui, en me mettant des œillère pour ne pas voir ce qu'il foutait de sa vie, épousant la Weasley, repeuplant le monde sorcier de parfaits petits sorciers brun et roux… Mais là, grâce ou à cause d'Evangeline… Qui est à moitié de ma faute, je l'admets… Je ne pourrais jamais ignorer sa présence et ce sera comme s'il était proche et pourtant lointain… Et j'essaie de me persuader que ça ne va pas me tuer de l'intérieur…
Il se tut, fixant Evangeline toujours endormie dans ses bras, avant de relever le nez pour tomber sur Pansy qui le regardait d'un air dubitatif.
-Je ne vois VRAIMENT PAS ce que tu lui trouve.
-C'est une question de goût, ça s'explique pas, rétorqua Blaise. Est-ce qu'on dit quelque chose sur les blondinets pâlichons que tu mâte ? Honnêtement, je ne vois pas non plus ce qui peut t'intéresser là hormis un lointain fantasme de prince charmant sorti tout droit d'un livre de conte !
-HEY ! S'exclamèrent les deux autres en lui donnant des coups de leurs coudes, se sentant tous les deux insultés, l'une à cause de ses gouts, l'autre à cause de son physique.
Blaise répondit d'un rire, pas du tout perturbé. Drago ne put alors faire semblant d'être fâché plus longtemps :
-Bien, je n'ai plus qu'à espérer qu'on ait lu PLEINS de conte à Potter quand il était enfant !
Ce qui laissa une trop grande marge de manœuvre à son ami pour le chambrer jusqu'à ce qu'il crie grâce et les jette hors de sa chambre.
-o-O-o-O-o-
Le bureau de la directrice était illuminé de nombreux chandeliers lorsque Severus y entra, provoquant de facto un froncement de sourcil inquiet sur son visage. Ce genre de convocations nocturnes n'annonçait jamais rien de bon pour lui et il avait espéré s'en passer pour le reste de son existence lorsque Voldemort avait disparu corps et morceaux d'âmes.
-Minerva ?
-Ah Severus, je suis contente que tu ais répondu à mon appel...
*Comme si j'avais pût l'ignorer et tranquillement m'enfouir sous une tonne de couverture pour lire tranquillement ma revue de potion…* Grommela t'il intérieurement alors que la vieille femme derrière son bureau déposait une lettre.
-Je suis embêtée, continua-t-elle. Un hibou est arrivé dans la soirée… Un hibou qui aurait dû être là depuis une semaine.
-Il s'est égaré ?
-C'est ce que je devrais croire, affirma-t-elle calmement avant de rouvrir brusquement ses yeux qui se révélèrent aussi tranchant que des shrapnels. Mais l'envoyeur nous prend vraiment pour des abrutis finis. Et plus particulièrement MOI pour me narguer ainsi !
C'était peu dire que Severus s'étonnait de voir sa directrice possédée par une fureur froide qu'il ne lui avait connu qu'en temps de guerre.
-Que voulez-vous dire ?
Pour toute réponse elle poussa dans sa direction une petite boite. A l'intérieur se trouvait une plaquette à première vue en bois, ayant vaguement une forme d'oiseau aux ailes déployées, la tête de profil. A première vue rien d'étrange, mais en se concentrant, Severus pût remarquer le sort attaché à l'objet.
Il s'amusa un instant de réaliser qu'à force de chercher la magie noire, il était devenu plus simple pour lui de la repérer qu'un simple sort de magie lambda. Sortant sa baguette, il frôla avec précaution le bout de celle-ci sur le morceau de bois, analysant la magie, ou plutôt les restes de magie.
-Un sort d'itinéraire ? Lança-t-il, surpris avant de relever sa baguette en réalisant ce qu'il avait sous les yeux : Attendez ? C'était le hibou ?
Le sourire de Minerva se fit carnassier, comme si son animagus apparaissait à travers l'humaine.
-Quand je vous dis que l'on m'a pris pour une abrutie ! M'envoyer un objet métamorphosé en espérant que je ne me rende compte de rien ! A moi qui ait enseigné cet art durant des années et qui ait été l'élève d'Albus Dumbledore !
-Il est impossible d'ensorceler un hibou, réalisa Severus. C'est d'ailleurs pour cela que ce sont les oiseaux de prédilections des sorciers… Alors comme la personne qui l'a envoyé voulait faire croire qu'il s'était égaré, il a jeté un sort d'itinéraire qui obligerait l'oiseau à arriver en retard sur un objet qu'il a ensuite métamorphosé en hibou… Ce n'est pas à la portée de tout le monde.
-Oui, je dois avouer que d'autres auraient pu s'y tromper. Aussi agaçant que ça puisse l'être, c'est de la belle magie.
-De qui vient cette lettre ?
-Du Ministère. Du cabinet de Kingsley plus précisément, révéla la directrice, à présent nerveuse.
-Kingsl… Pourquoi ?
Il repassa sa baguette sur la tablette, mais la magie avait déjà fait son œuvre et ses dernières traces étaient trop diffuses pour lui.
-Vous avez reconnu une empreinte magique en défaisant la métamorphose ?
-Personne que je connais. Ce qui exclut Kingsley… Pour être franche, la réalisation de ce sort ne m'apparaissait pas très académique alors je me demande… Je me demande même si le sorcier ou la sorcière en question est passée par Poudlard.
-Un étranger ? Un disciple particulier ? Ou un autodidacte…
Elle haussa des épaules. Tout cela n'était que conjectures.
-Et que dit cette missive arrivée de façon si horripilante ? Une mauvaise nouvelle à ne pas en douter ? Cracha sauvagement Severus, agacé de se retrouver à nouveau pris dans des complots ou manigances.
-Je le crains. Cela concerne l'Enfant.
Ha ! « L'Enfant » ! Fut un temps où ce terme désignait Potter, maintenant, ce dernier était presque un homme, à sa façon étrange mélangeant James et Lily même s'il n'avait jamais subi leurs influences. Et désormais ce terme revenait à sa fille, Evangeline Black. Il ne savait pas pourquoi mais il sentait qu'un nouvel enfant à problème allait lui tomber sur les bras.
-Kings… Enfin Mr le Ministre sera présent demain pour que soient réalisés quelques tests sur Miss Black, résuma sombrement la directrice avec une mine un peu dégoutée.
Severus l'imita aussitôt, regardant le morceau de vélin calligraphié comme si c'était la chose la plus répugnante qu'il avait été tenu de voir. Et en tant qu'ex Maître des Potions habitué à manipuler des ingrédients peu ragoutants, ça voulait dire ce que ça voulait dire.
-Je croyais qu'il y avait des lois interdisant toute expérimentation magique sur les enfants de moins de cinq ans… Renifla-t-il.
-Kings… Enfin Mr le Ministre a réussi à obtenir une dérogation pour ce cas présent, car je cite : « la pression concernant le mariage de Mr Potter et Mr Malefoy est trop forte ». Peu importe la raison, les sorciers ont perdu la tête… Et si j'avais su cela plus tôt… Mais bien évidemment je n'ai pas pu car quelqu'un du Ministère a décidé de saboter très pratiquement cet envoi !
-C'est tout à fait pratique en effet. Si nous l'avions su, nous aurions insisté pour que Mr Potter accompagne le groupe parti pour le Salon des Métiers… Mais j'y pense, cela ne serait-il pas de l'ingérence pure et simple ? Si Lucius avait vent de cette affaire…
-A mon avis, il vaut mieux laisser les Malefoy senior en dehors de tout cela Severus. S'ils insistent pour que cet examen n'ait pas lieu, cela rendra les gens encore plus soupçonneux. Le problème c'est qu'il s'agit effectivement d'ingérence… Malheureusement comme nous en avons eu l'expérience à de nombreuses reprises, tout ce qui concerne Harry de près ou de loin finit toujours par de l'ingérence.
-Cet enf… Ce jeune homme ne se laissera pas faire longtemps Minerva, répliqua Severus. J'ai vu dans ses yeux. Ce n'est qu'une question de temps avant qu'il refuse que qui que ce soit se mêle de ses affaires. Et ce n'est pas en fréquentant Mr Malefoy que cette tendance va s'éteindre, bien au contraire.
-Peut-être mais actuellement il est coincé sur un lit d'infirmerie et c'est Mr Malefoy qui s'occupe d'Evangeline… Je crains qu'il n'y ait pas grand-chose à faire pour empêcher les représentants du ministère de faire ce qu'ils ont prévu de faire demain…
Severus ne commenta pas, incapable de dire ce qui était le pire : la réaction des gryffondors, sans doute excessive et rebelle… Ou bien la navrante réputation des serpentards, avec deux anciens mangemorts relaxés en première ligne. Il se détourna du bureau, pensif, marchant vers la fenêtre qui avait toujours été son refuge lorsque Dumbledore lui confiait ses détestables tâches.
-Qui sera présent ?
-Kings.. Kingsley se déplacera en personne, soit disant pour calmer les tensions qui pourraient naitre… Le pauvre, s'il avait l'intention d'avoir à faire à Harry, il va être bien décontenancé. Il y aura aussi quelques membres de St Mangouste spécialisés en pediatrie, deux aurors, un agent du service des usages abusifs de la magie et un spécialiste en magie noire du bureau du département des accidents et catastrophes magiques… Et (un rictus de dégout releva sa lèvre) un agent de la commission d'examen des créatures dangereuses…
-Croient-ils qu'Evangeline est une espèce de créatures magiques ? S'indigna à son tour Severus en serrant le rebord de la fenêtre de ses mains.
-Apparemment ils envisagent toutes les hypothèses les plus fantaisistes, que je ne relayerais pas… La seule chose qui me rassure c'est que le Chef du département de la Justice Magique, Mr Winters, sera également présent. Il ne laissera jamais personne faire du mal à un enfant… Pas après ce qui lui ait arrivé…
-Winters… Je sais aussi qu'il déteste viscéralement les Mangemorts pour la même raison, grinça Severus qui avait un assez mauvais souvenir de sa rencontre avec l'énergumène. Je ne suis pas certain que sa présence soit véritablement une aubaine… Vraiment… Mr Malefoy n'avait vraiment PAS besoin de ça.
-o-O-o-O-o-
Drago rêvait. Il savait pertinemment que tout ce qui l'entourait n'était pas la réalité, et ce avec mélancolie, mais néanmoins révolte, et il faisait tout pour en profiter.
Il se trouvait dans la salle commune des gryffondors (rien que cela avait réussi à lui mettre la puce à l'oreille !), ce qui était amusant c'est qu'il y a quelques mois, jamais il n'aurait pût rêver avec un tel luxe de détail l'endroit, les tapisseries médiévales étendues aux murs, à prédominance rouge, les coupes et bibelots posés sur le rebord de la cheminée, les tapis recouvrant la pierre… Oui tout ça était véridique.
Ce qui ne l'était peut-être pas était le contact d'un torse contre son dos et les deux bras refermés autour de sa taille en une prise protectrice et possessive, tandis qu'il sentait un souffle chaud caresser une de ses épaules.
Il avait beau ne pas s'être un instant retourné, il savait que c'était Potter, et ce avec la force de conviction que seuls les rêves pouvaient offrir.
Le reste de la salle était vide, ils étaient juste tous les deux lovés par terre contre un canapé, observant les flammes brûlant dans la cheminée, sans un mot, car ils profitaient simplement de leurs présences respectives. Et Drago se perdait dans cette illusion si agréable. Il n'était même pas là question de désir, comme certains autres rêves qu'il avait pu faire, présentant un Harry Potter avec bien moins de vêtement et de retenu… Mais ça, c'était avant, quand il ne s'interessait alors qu'à son corps. Depuis, ses songes étaient plus calmes, mettant en scène son ancienne Némésis pleine de tendresse et d'amour à son égard…
Il préférait néanmoins ses anciens réveils, même s'ils étaient pleins de frustration sexuelle, que ceux qu'il se payait après ce genre de fantasmagorie, car à chaque fois qu'il réalisait qu'il était revenu dans la réalité, il sentait son cœur se déchirer en deux et subissait pendant plus d'une heure une impression de perte dévorante, comme si on lui avait arraché son Harry onirique.
Néanmoins, cela restait préférable aux cauchemars. Ceux où il revoyait Le seigneur des Ténèbres revenir de la forêt, avec le corps inerte du sauveur soutenu par le demi géant… Sauf que dans ces rêves-là, Harry ne se relevait pas. Jamais. Peu importe combien il pouvait regarder son corps être maltraité aux pieds du Mage Noir en se disant que normalement c'était LÀ qu'il se relevait… Il ne le faisait pas. Et il réalisait alors qu'il était mort à cause de lui et de sa famille.
C'était généralement à ce moment-là qu'il se réveillait en sursaut, le corps couvert de sueur et le cœur battant la chamade. Et alors dévoré par ses remords, il faisait les cent pas dans sa chambre en mourant d'envie de courir jusqu'au dortoir de Potter pour s'assurer qu'il était toujours en vie. Chose qu'il ne pouvait évidemment pas faire. Il ne pouvait que ronger son frein jusqu'à l'heure du petit-déjeuner où l'apercevoir à sa table serait une véritable libération.
Etre amoureux était tout simplement génial…
Alors pour l'instant, il se contentait de rester tranquillement dans les bras de son petit ami onirique, simplement reconnaissant qu'il soit en vie.
Du moins… Tant qu'il le pût car brusquement, venant de nulle part, un vagissement troubla l'harmonie instaurée jusque-là par le couple.
-Qu'est-ce que… ?
Et brusquement il était debout, tout seul, cet insupportable bruit rugissant tout autour de lui. Sous ses yeux la pièce se dévoila comme si un brouillard épais avait jusqu'ici voilé ses yeux. Les murs, le sol, tout était blanc et cela lui rappela de bien mauvais souvenirs. Frissonnant, il découvrit un berceau au milieu de la pièce, fait majoritairement d'osier, il était recouvert de gaze blanche qui entouraient ou tombaient en vague tout autour.
Le cœur battant il se vit avancer comme s'il n'était qu'un spectateur et que sa conscience se trouvait hors de son corps. Il aurait voulu se retenir, hurler à son corps de ne pas y aller… Qu'une chose horrible ne pouvait que se trouver à l'intérieur du berceau.
Et au moment où le Drago écartait d'une main tremblante les voiles, il se sentit à nouveau absorbé, comme jeté sans pitié à l'avant d'une scène qu'il redoutait.
La peur envahit tout son être et il hurla.
Se figeant brusquement dans son lit, Drago ouvrit les yeux sur l'obscurité de sa chambre, juste capable pendant quelques instants de sentir le sang qui battait férocement dans ses tempes. Puis il laissa échapper un souffle et se détendit en se traitant d'idiot.
Dans son cauchemar, il n'avait même pas vu ce qu'il y avait dans le berceau.
Un soupir suivit quand il se rendit compte que les hurlements l'avaient suivi dans la réalité… Ou plutôt qu'ils en venaient. Se démêlant des couettes qui s'étaient enroulées dans ses jambes, il tendit la main pour récupérer sa baguette magique et lancer un lumos.
La lumière éclaira les contours des différents meubles de la pièce, qui lui sembla un instant curieusement étrangère avant de se rappeler que c'était à cause du bordel d'Evangeline.
-Merci ma fille, tu m'as juste expulsé d'un super rêve pour un cauchemar de merde… Grogna t'il avant de gémir presque physiquement lorsqu'ouvrant sa montre, il découvrit qu'il n'était que deux heures du matin.
*Pourquoi… ? POURQUOI ? *
Rallumant d'un sort les lampes à huile de la pièce, il se traina jusqu'au bord du berceau, qui heureusement n'avait aucun voile blanc d'aucune sorte et fixa d'un air désespéré la petite forme qui braillait à l'intérieur.
-Pourquoi tu dors pas ? Tous les humains et les animaux diurnes dorment, alors pourquoi pas toi ?
Il ne se rappelait pas avoir été un jour aussi pleurnicheur.
S'emparant de sa robe de chambre pour s'en vêtir, il se força au calme et invoqua ses souvenirs sur la leçon d'hier soir. Procéder par élimination.
Attrapant la petite avec de plus en plus de facilité, il la serra contre lui et se mit à fouiller dans ses affaires pour tenter d'essuyer les larmes, la morve et la bave qui se trouvait sur son visage.
*Et voilà… Moi qui refusais de me retrouver un jour à faire une chose aussi dégoutante… J'y suis jusqu'au cou !*
S'il tentait d'être un peu honnête, c'était moins horrible qu'il ne le pensait. Et quelques minutes plus tard, il se surprit même à sourire alors qu'il nourrissait Evangeline au biberon, son bébé tétant avidement et avec calme, tout en gardant ses yeux rivé sur lui comme s'il était tout simplement la chose la plus fascinante qu'elle ait jamais vue.
Une bouffée de tendresse l'envahit brusquement, mais il ne sut tout simplement pas comment l'exprimer. Ce genre de sentiments avait toujours été lié à ses parents, et assez récemment, de temps en temps, quand il ne faisait pas l'idiot insensible, à Potter, et s'il savait qu'il pouvait enlacer sa mère en privé, sourire à son père (toujours en privé) et tenter de tenir ses mains à leurs places quand il s'agissait de Potter, il n'avait pas une traitre idée de la façon de communiquer ses sentiments à un bébé à l'intelligence primaire.
-Je… Je t'aime Evangeline… Mon Evangeline… Lui murmura t'il en sentant ses muscles se crisper de frustration tant il retenait ses gestes.
Il avait eu brusquement envie d'embrasser son front, ainsi que ses joues et son mignon petit nez, il voulait caresser sa peau d'une douceur veloutée, la serrer contre lui et inspirer profondément l'odeur de son cou… Mais avait-il le droit de faire ça ? Etait-ce… Normal ? Cela ressemblait beaucoup trop à ce qu'il aurait aimé faire à Potter et c'était déstabilisant…
C'était beaucoup plus fort que ce qu'il pouvait ressentir pour ses parents… D'ailleurs il n'avait jamais eu envie d'embrasser le nez de son père ou de sa mère ! Les actes d'amour avec eux étaient bien plus raisonnés et calme, alors que ce qu'il ressentait en ce moment étaient de véritables pulsions.
Il aurait aimé parler à Blaise… Mais il se doutait tout à fait de l'accueil que lui réserveraient les habitants du dortoir des dernières années s'il les réveillait à deux heures du matin.
Néanmoins les évènements, trente minutes plus tard, l'obligèrent à encourir leur courroux. Drago avait dévidé la liste, mais la fillette après s'être temporairement calmée après le biberon, pleurait à nouveau toutes les larmes de son petit corps.
Quelle ne fut pas cependant sa surprise en se retrouvant coincé à la porte du dortoir des septièmes années par un champ anti intrusion et un sort de silence !
*Les saligauds !* Jura t'il en réalisant qu'ils, ou du moins Blaise, avaient prévus le coup et refusant de sacrifier leur précieux sommeil, lui renvoyait ni plus ni moins le message « Démerde-toi ! ».
Furieux il remonta en trombe dans la salle commune, leur promettant mentalement mille vengeances pour cet abandon – ah ça pour s'extasier et gagatiser il y avait du monde ! Par contre dès qu'il fallait s'asseoir sur son confort, c'était ground zero !
-Parain de mes deux… Grommelait-il encore en se dirigeant vers sa seule alternative : les appartements de son propre parrain.
Et là… Oh surprise ! Il se trouva en butte au génie stratégique de Severus Rogue, l'agent double à l'intelligence redoutable…. Bref, en dépit de l'éthique de son poste de directeur de maison, à savoir être présent pour aider les élèves hors des périodes de cours, lui aussi s'était barricadé avec pas moins de six sorts à ce que Drago pouvait en voir…. Comme s'il craignait que le jeune homme soit assez désespéré pour les révoquer tous, ce qui lui prendrait facilement cinq à six heures…
Drago inspira et expira lentement, cherchant à occulter les pleurs de sa fille pour retrouver le calme nécessaire à la réflexion. Il n'aurait pas dû être étonné, les serpentards fonctionnaient sur le modèle de « tous pour moi et moi pour personne », autrement dit : ils étaient une bande d'égoïste opportuniste et cela ne servait à rien de s'en cacher.
Et seule sa mauvaise foi, qualité des plus indispensables pour vivre au milieu de tout ça, faisait qu'il n'admettait pas honnêtement qu'il aurait fait la même chose à la place de Blaise… Non pire, il aurait même rajouté un message qui l'aurait fait passer pour un crevard de première ET s'en serait gaussé pendant des semaines.
N'était pas « Prince » des serpentards qui le voulait !
Mais là, actuellement, il lui fallait faire marcher sa précieuse petite tête pour concocter un plan qui le sortirait de cette situation. Qui donc pourrait l'aider à calmer Evangeline… ?
Mais oui, bien sûr !
Aussitôt pensé il fila enfiler des chaussures, attrapa le sac de la petite et quitta les cachots.
-o-O-o-O-o-
Harry ouvrit brusquement les yeux. Il faisait sombre, mais il se savait encore dans cette infernale infirmerie, en partie parce qu'il était toujours immobilisé sur son lit, et tout autour régnait un silence de plomb… Enfin, pour une oreille normale. Lui avait été réveillé par un bruit.
Cela se confirma et très étonné, se débattant machinalement pour se libérer de ses entraves, il entendit des pleurs qui se rapprochaient, résonnant en écho dans le château endormi.
-Evangeline ? Lança-t'il en se débâtant un peu plus, une peur sourde envahissant son cœur et sa magie commença à crépiter autour de lui, s'attaquant aux liens.
Fuck pour sa colonne vertébrale, ce n'était pas normal qu'il entende sa fille pleurer dans les couloirs !
Il s'immobilisa brusquement en voyant les grandes portes de l'infirmerie basculer, laissant apparaitre Drago Malefoy en robe de nuit, portant sa fille dans ses bras.
Le spectacle était troublant, en grande partie parce que le blond n'avait jamais semblé aussi maladroit, aussi mal à l'aise avec son corps. Habituellement il se déplaçait avec une certaine prestance et grâce, étonnante et ambiguë sans l'être, parce qu'il avait pourtant un corps bien masculin. Il était plus grand que lui, d'ailleurs tout semblait plus long chez Malefoy que chez lui : les jambes, le torse, le dos, le cou, les bras. Ce qu'il appelait en le maudissant « la silhouette du mannequin ». Mais rien de féminin, vraiment, il était tout en angle d'ailleurs, des angles qui en ce moment paraissaient désordonnés autour de de la petite forme toute en courbe et en douceur qu'était Evy'.
Et comme s'il avait peur de la faire tomber, il ne la lâchait pas des yeux, semblant marmonner des choses, les sourcils crispés et le front plissé sous la frange lui tombant sur le regard.
Harry se sentait… Mécontent. Il n'avait pas très envie de voir un tel spectacle après avoir réalisé qu'il avait peur de perdre la première place dans le cœur de sa fille et qu'il n'avait pas envie de la partager… Mais le sentiment était au final plus équivoque… Une part de lui grognait de voir sa fille dans les bras d'un autre alors qu'il était là, incapable de bouger… Une autre part voudrait que le jeune homme le regarde LUI, plutôt que sa fille.
Ce qui était complètement paradoxal.
En résumé, s'il se permettait d'essayer de sortir quelque chose de cet imbroglio de sentiments : il ne voulait pas de Malefoy entre Evangeline et lui… Et il ne voulait pas d'Evangeline entre lui et Malefoy…
*Ohlala ma tête… Que Godric me protège… * Se lamenta t'il en essayant de repousser l'abominable petite voix intérieure qui avait ressurgit de nulle part, alors qu'elle s'était tue depuis les fiançailles.
Mais si, vous savez, celle qui scandait que le garçon devant lui était à lui ? Celle qui semblait le transformer en horrible obsessionnel ? Il y avait vraiment quelque chose qui clochait chez lui.
-Malefoy ?
Ce dernier leva le nez vers lui, brandissant sa baguette illuminée d'un lumos et s'empressa de le rejoindre au pied de son lit.
-Bien, je n'ai pas à te réveiller… Aide-moi ! Cela fait bien une demi-heure qu'elle pleure ! Gémit-il.
Harry le fixa sans expression, puis tenta de lui faire réaliser sa position pourtant plus qu'évidente en tentent d'hausser les épaules… Sans succès.
-Tu vois bien que je ne peux pas faire un mouvement avec ces stupides bandes. Je suis cloué à ce lit ! Alors je ne vois pas comment je pourrais t'aider ! Fit-il avec frustration en tentant de contenir sa colère et de ne pas élever la voix.
-Tu sais toujours parler, non ? Cette vilaine langue est toujours là à ce que je vois, grogna le serpentard. Tu ne veux pas faire un peu d'effort pour ta propre fille ?
Il le foudroya un instant du regard avant de détourner la tête en tentant vraiment de ne pas bouder comme un gamin. Le calcul était simple : il ne voulait pas que Malefoy se rapproche d'Evy', alors il n'allait certainement pas le brieffer… Si ? Sa foutue nature l'y incitait, hurlant du plus profond de lui « Aide les tous les deux ! », aussi irrésistible qu'une question posée pour Hermione ou un plateau d'échec pour Ron. Mais pour une fois il avait VRAIMENT envie de l'envoyer bouler. Dans tout le bordel de son existence, Evangeline était la seule chose qui lui permettait d'accepter tout le reste : sa jeunesse définitivement terminée avant même d'avoir été vécue, l'abandon de l'idée d'un mariage avec une belle fille dont il aurait été amoureux, la fréquentation d'une famille qu'il aurait fui comme la peste en temps normal…
-Pooootterrrr… Fit Malefoy a côté de lui, plus pressant, et en tournant la tête vers lui, il se rendit compte qu'il s'était assis sur le lit, juste à côté de lui.
-Tu sais que je ne bougerais pas d'ici, continua t'il d'un air buté. Evangeline continuera à pleurer et aucun de nous deux ne dormira et ce sera de ta faute !
Oh ça… Malefoy avait toujours eu un talent particulier pour rejeter ses fautes sur les autres… Pourquoi entre tous, il avait fallu que ce soit lui ? Parfait serpentard, menteur, tricheur, lâche dans la plupart situation… Sérieusement, Harry avait dû être quelqu'un de très très méchant dans une vie précédente pour se payer un karma aussi foireux.
Vaincu, il poussa un long soupir et décida de se concentrer sur leur problème en commun :
-Rassure-moi, avant de venir pleurnicher ici, tu as quand même vérifié que ce n'était pas un problème de couche ou de faim ? (Le regard noir que lui lança le blond lui répondit) Bon, bien…. Tu es trop crispé, détends-toi…
-Comment ça ?
-Elle sent que tu es mal à l'aise, moi-même je le sens pour te dire… Et tant que tu n'auras pas l'air de maitriser la situation, elle ne s'endormira pas. Une fois que j'ai compris ça, j'ai réduit de moitié le temps de ses pleurs.
-Mais comment veux-tu que je me détende alors qu'elle chouine ?
-Parle-lui, chante-lui un truc, berce-là, serre-là contre toi… Je sais pas, fais juste quelque chose !
Harry aurait tout donné pour pouvoir le secouer comme un cocotier à ce moment-là, car tout ce que faisait Malefoy c'était rougir indécemment. Argh. Plutôt choquant.
-Je ne sais pas si je saurais faire…
-Une chose est sûre : c'est pas en restant le cul sur ce lit que tu y arriveras, lâcha, sardonique, le brun en roulant des yeux.
Se relevant comme s'il venait de se brûler, Drago sembla des plus indécis, il marcha un peu, tenta à nouveau de bercer la fillette, mais c'est comme si ses bras étaient paralysés, et il ne pouvait s'empêcher de jeter des coups d'œil défiants à Harry comme s'il s'attendait à le voir exploser de rire à tout moment.
Mais Harry n'était pas vraiment d'humeur à ça.
-Qu'est-ce qu'il y a ? C'est moi ou t'as l'air encore plus crispé qu'avant ?
En fait, Drago était même à l'agonie.
-Tu ne comprends pas ! Tu n'es qu'un gryffi !
-Ah ça, c'est sûr, je ne comprends pas ce qui t'arrive. Mais alors pas le moins du monde !
-Je veux juste que tu arrêtes de me regarder !
-Et pourquoi ça ?
-Parce que… Parce que… Par Salazar, c'est vraiment ridicule, non ? Craqua-t-il en détournant son visage.
-Qu'est ce qui est ridicule ? Ton comportement ? Totalement !
-NON ! Moi en train de bercer Evangeline ! Moi en train de bercer un bébé, c'est un spectacle ridicule !
Devant l'éclairage de la pensée du Malefoyis Draconis, Harry ne put penser qu'à trois adjectif : « con », « narcissique » et « trop orgueilleux pour son bien « (bon d'accord le dernier n'était pas juste un mot….). Mais il réalisa que lui lancer ça à la figure ne serait pas très productif, ainsi il décida de laisser parler la meilleure partie de lui.
-Ça veut dire que quand moi je m'occupe d'Evy', je suis ridicule ? Lui demanda-t-il calmement.
-Non, mais comme je disais, t'es un gryffi. Personne n'est choqué de voir quelqu'un comme toi bercer un enfant… Maugréa dans sa barbe Drago qui lui tournait toujours le dos.
-J'ai vu Zabini le faire et ça n'avait pas l'air de le torturer… Ron non plus ne s'est pas liquéfié sur place… Pas plus que Neville… Etonnement Michael n'est pas tombé raide mort après l'avoir fait…
-Ça va, j'ai compris… Qui est Michael ?
-Michael de Serdaigle, dans notre année.
-Certainement…
Harry était sûr qu'il ne voyait même pas de qui il parlait. Foutu serpentard.
-Malefoy, ce n'est pas « ridicule ». En fait je pense que tout être à peu près normal trouverait ce spectacle touchant. En tout cas moi j'ai toujours trouvé ça beau et… S'il te plait si tu utilises ça contre moi un jour je ne te dirais plus rien… J'aime à penser que mon père me berçait et me serrait contre lui de façon similaire quand j'étais bébé…
Drago le fixa un moment puis hocha de la tête comme pour lui donner sa promesse. Mais finalement c'était plus que cela puisqu'il s'assit sur le lit opposé au sien et le regarda avec l'une des expressions les plus sérieuses qu'il ne lui avait jamais vu. Il attendit un peu, et Evangeline, sentant sans doute le changement dans son humeur, commença un peu à baisser en volume, ce qu'il mit aussitôt à profit :
-Le problème Potter c'est qu'à moi, on m'a appris la retenue et le contrôle de mon image. Il y a des choses que je suis autorisé à faire et d'autres pas… Et on m'a toujours dit que je n'aurais pas à m'occuper de mes enfants, que c'était là le domaine des épouses et des gouvernantes. Pour être respecté je dois bannir tout ce qui ferait de moi quelqu'un de faible et surtout ne pas montrer volontairement mes faiblesses. Evangeline est cette faiblesse. Si les gens pensent en me voyant tout mielleux avec elle qu'elle est la prunelle de mes yeux, ils l'utiliseront contre moi et elle sera en danger. C'est une des raisons qui fait que mes parents ne montrent jamais leur affection pour moi en public. Mon père a toujours laissé entendre que je le décevais et que je serais facilement remplaçable… Bon il y avait sans doute des occasions où il ne simulait pas, mais en tout cas, on ne pense pas un instant que le Seigneur des Ténèbres ait réalisé à quel point il a fait du mal à mes parents lorsqu'il m'a imposé cet insensé assassinat de Dumbledore… S'il l'avait su, il m'aurait sûrement prit pour cible bien plus tôt et ne m'aurait rien épargné pour être sûr d'avoir mon père dans le creux de sa main… (Drago eut un reniflement moqueur) C'est ce qui fait de vous des proies faciles : vous n'hésitez pas à dévoiler vos sentiments à la face du monde sans penser sur le moment que vous ne faites rien d'autres que peindre des cibles rouges sur les personnes que vous aimez…
Harry voulut se défendre de l'accusation, mais il abandonna presque aussitôt cette idée en sachant à quel point son condisciple avait raison. C'était après tout ce pourquoi Sirius était mort… Sa seule faute : l'aimer.
-Je respecte cet avis, annonça-t-il prudemment, s'attirant par la même occasion la surprise de Drago. Et j'apprécie que tu m'ais raconté tout cela.
-C'est malheureusement tout ce que je peux faire pour que tu me fasses un minimum confiance…
-Cela m'aide en tout cas à te comprendre un peu mieux. Parfois… Non : souvent je n'ai pas la moindre idée de ce à quoi tu penses…
-Si ça peut te rassurer, tu es une véritable énigme pour moi aussi Potter.
-Quoiqu'il en soit, bien que je conçois tes inquiétudes… Là, tu es avec moi. Même si c'est bizarre, on est tous les deux les pères de ce petit ange… Ce qui fait de moi ta sphère privé… Tu ne crois pas ? Tu n'as donc aucune honte ou inquiétude à avoir pour ton image.
Drago releva brusquement la tête vers lui, un air surpris qui fit vite place à son habituel air morose qui cachait bien plus qu'il ne voulait bien le montrer.
Harry pouvait presque voir les rouages tourner, calculer, prévoir, anticiper… Merlin que ce type réfléchissait ! A se demander si un seul mot sortait de cette bouche sans être considérablement pesé !
-J'en prends note.
Il sembla vouloir dire quelque chose d'autre mais renonça – triste et détestable habitude des serpentard : Narcissa lui faisait très souvent cela, qui mettait la curiosité d'Harry au supplice – et dans ces moment-là, il voulait juste les secouer pour leur dire « MAIS DIS-LEEEE PUTAIN ! CRACHE LE MORCEAU ! ».
Mais il était déjà trop tard pour cela car le blond s'était de nouveau focalisé sur Evangeline et tout en se relevant, l'air un rien plus détendu, se mit à la serrer contre lui avant de jeter un coup d'œil interrogatif à Harry :
-Ca va comme ça ?
-Oui, évidemment.
Quelle drôle de question...
-Et qu'est-ce que j'ai le droit de faire d'autre ?
-Euh… Comment ça « ce que tu peux faire d'autre » ?
-Ce que ça veut dire ! S'agaça un peu Drago, frustré de ne pas être compris.
-Je ne pratique pas encore la télépathie, lui fit remarquer Harry. Et encore heureux parce que je crois que le contenu de ta tête me ficherais la migraine…
-Ce que je veux dire c'est : est-ce que j'ai le droit de faire des choses comme… L'embrasser ou la cajoler ou la caresser…
La voix du serpentard perdit en volume au fur et à mesure de l'énumération pour ne plus être qu'un murmure atrocement gêné. Ce qui confirma à Harry qu'il était bien chanceux de ne pas être télépathe.
-En as-tu envie ? Marmonna-t-il, un peu gavé et ne comprenant pas quel genre de cours il était en train de donner là.
En tout cas ça ne ressemblait pas vraiment à de la puériculture… Si ?
-Ce n'est pas un chien ou un chat, répliqua Drago. C'est une humaine, et une fille en plus… Et je le sais… Alors pourquoi en ais-je envie ? Bon sang, il n'y a jamais eu d'enfants chez moi, je ne sais vraiment pas comment on est censé se comporter avec eux !
-C'est bizarre que tu coince sur l'affection avec un bébé alors que tu n'as aucune difficulté avec les gens ou les animaux…
-C'est parce que je n'ai pas eu d'exemple, j'attends juste la confirmation sur la normalité de ce que je fais.
-Tu devrais écouter plus souvent ton instinct.
-Ahah, amusant Potter, mon instinct est bien la DERNIERE chose que j'écoute.
-Bon, eh bien, tu n'as qu'à comparer Evy' à un chaton. Les chatons sont mignons, on a naturellement envie de les attraper et de leur faire des câlins…
-…Ou de leur donner des coups de pied… Mais continue, je t'en prie, je suis très intéressé de voir où ta démonstration va aller et nos discussions semblent calmer Evangeline bien mieux que n'importe quelle berceuse.
-Hmf, bref, pour les gens NORMAUX, les chatons sont irrésistibles. C'est la preuve, sans doute, qu'il y a quelque chose dans notre instinct qui nous pousse à faire des câlins, à aimer et à protéger les choses mignonnes. Or Evy' est mignonne, donc on a envie de lui faire des câlins. En partant de là, les chatons aiment bien les caresses… Jusqu'à ce qu'ils en aient marre et là ils griffent, mordent ou se carapatent comme de véritables ingrats…
-Huhum, ce n'est pas moi qui vais te contredire, je n'aime pas vraiment les chats.
-Eh bien tu vois, Evy' est juste comme un chaton : elle aime les câlins, les bisous, les chatouilles… mais quand tu fais quelque chose qui la saoule, elle n'hésite pas à te le faire savoir : soit en te filant un coup de pied ou de poing, soit en geignant pour finir par t'hurler dessus. Crois-moi, Hermione a testé, parfois elle ne sait pas s'arrêter !
-Ba ! Fit alors Evangeline, s'attirant deux regards surpris sur elle.
Non seulement elle avait définitivement cessé ses lamentations, mais en plus elle venait d'ouvrir la bouche pour faire autre chose que manger, baver, mâchouiller ou hurler.
-On a bien entendu la même chose non ? Demanda Harry, pas certain.
-Je crois oui… C'est la première fois ?
-Oui, confirma le brun, les yeux brillant d'émerveillement et d'émotion. Malefoy, tu peux l'amener près de moi ?
Drago étouffa un bâillement avant de décider qu'il allait faire mieux que ça. Abaissant légèrement la lumière de sa baguette, il retira ses chaussures et sa robe de chambre pour venir s'infiltrer sous la couette du lit qu'occupait Harry.
Celui-ci voulait avoir le réflexe de se reculer mais il était toujours prisonnier des liens magiques et ne put qu'accepter de sentir la présence froide du jeune homme se coller contre lui, avec au milieu d'eux, Evangeline qui lâcha à son tour un bâillement.
-Mais qu'est-ce que tu fais Malefoy ?!
-Quoi ? Il est trois heures du matin, je n'ai pas envie de redescendre dans les cachots auprès de ces damnés lâcheurs…
-Mais… Gémit vaguement Harry en se sentant tout d'un coup très inconfortable, effet qui s'accentua lorsque Drago s'appuya sur son coude, le dominant légèrement.
-… Et puis tu fais partie de ma « Sphère privée », pas vrai ? Railla Drago en le fixant d'un air intense.
Il pouvait sentir sa respiration lui caresser le visage.
-… Et tu sais comment moi et ma mère sommes dans notre sphère privée… Continua-t-il en se rapprochant.
Harry ferma aussitôt les yeux, ne pouvant soutenir celui du jeune homme sans se mettre à rougir de façon pitoyable. Le pire était qu'il n'était pas indifférent, son corps réagissait malgré lui et il devait se fouetter mentalement à coups de « bordel c'est un mec, un HOMME, ne réagis pas ! ».
Mais la vérité c'était que ça n'importait absolument pas à cet instant. Ce qui le faisait réagir, ce n'était pas un morceau de peau, la présence ou l'absence d'attribut… C'était juste parce que c'était Drago Malefoy et toute leur histoire en bagage et bizarrement loin de le refroidir, il sentait l'excitation de leurs confrontations, le feu qui l'animait dans ces moments-là courir dans ses veines.
Quand il décida de rouvrir un instant les yeux, il les referma aussitôt. Leurs visages étaient désormais horriblement près et il sentait l'haleine chaude caresser ses lèvres. Il aurait pu détourner la tête, mais une part de lui semblait ne pas le vouloir.
*Attends… Il ne va tout de même pas m'embrasser ?!*
*Tourne la tête ! Tourne la tête bon sang ! Pourquoi tu ne tournes pas la tête ?!*
Totalement focalisé sur cet endroit, il sentit alors un frôlement qui lui envoya une décharge de foudre dans tout le corps – proche ! Si proche !- Il n'arrivait pas à croire que Malefoy acceptait et était même l'instigateur d'une telle proximité ! Plus que quelques millimètres et…
Et il se força à se reprendre car tout cela n'avait rien d'un combat entre eux, ou si c'en était un et que Malefoy prenait un malin plaisir à le gêner, il fallait lui remettre les idées en place :
-Malefoy… Tu sais… Tu devrais cesser d'agir comme ça… Parce que… Parce que moi je n'arrive plus à interpréter tes signaux…
Il aurait voulu avoir un ton confiant et décidé, mais cela ressembla malheureusement plus à une supplique déboussolée. Cela avait néanmoins suffit à quelque peu éloigner le serpentard de sa bouche et il rejeta loin de lui la petite pique de regret qui naquit au même moment.
Les yeux à nouveau ouvert, il détaillait le blond qui en faisait autant, complétement indéchiffrable. Puis ce dernier vint poser une main sur sa tête et caressa ses cheveux.
-Ne t'en faits pas, là où nous en sommes, je ne ferais rien que tu ne consentiras pas… Affirma-t-il d'une façon qui sembla complétement sibylline à Harry.
Puis il regarda le plafond et sourit légèrement comme s'il riait d'une blague.
-Des signaux ?
-Eh bien… Tu dis et fais… Tu m'as léché quand tu étais une hermine…
-C'est vrai, j'ai fait cela… Vu que le mal est fait je suppose que je pourrais le refaire.
-Hein… ?
Avant d'avoir pût comprendre ce qu'il se passait, le serpentard avait immobilisé son visage et sa langue chaude et humide vint lentement tracer une bande de feu et de picotement le long de sa joue, juste au coin de sa bouche. Le cœur d'Harry rata plusieurs battements avant de se mettre à tambouriner follement.
Puis il fut brusquement relâché et tout contact disparut.
-M… Male… Ma…
-Bonne nuit Potter, fais de beaux rêves ! Sembla le narguer le blond en éteignant la lumière de sa baguette, les plongeant dans l'obscurité.
S'il était furieux de cette sortie, il ne pouvait que remercier la pénombre parce qu'il était certain que ses joues étaient du plus beau rouge. Il pouvait le sentir ricaner en silence à côté de lui, mais il avait totalement gagné parce qu'Harry ne se sentait même pas d'ouvrir la bouche pour se plaindre du traitement.
Il était mal. Mais pas mal comme on pouvait l'être habituellement. Il était… Tout tourneboulé. Chamboulé.
Là où la langue de Drago l'avait touché, il avait l'impression d'avoir été brûlé, comme si cet endroit était devenu hypersensible et qu'il ne pouvait plus l'ignorer… Et à sa grande honte et impuissance, être ainsi prisonnier et à la merci de son rival de toujours lui avait suffisamment fait de l'effet… il se tapait un début d'érection. Ajouté à cela que les battements de son cœur semblaient ne pas pouvoir se calmer et son cerveau incapable de faire autre chose que de penser aux dernières minutes et à l'autre corps dans le lit.
Et par le slip de Merlin il était toujours immobilisé sans pouvoir bouger !
…
Il avait vraiment dû être mais alors très très très méchant dans sa précédente existence.
A suivre…
Aaaah quel plaisir ces derniers mots ! Comme je l'ai écrit plus haut, j'ai cru que je n'arriverais pas à la fin de ce chapitre, j'ai viré des passages, changé d'autres, râlé, pesté, ouvert mon fichier word avant de soupirer et de le refermer aussi sec. C'est le chapitre le plus long pour le moment et à mes yeux un d'importance et plutôt difficile. Je ne sais pas si j'ai réussi à rendre vraiment ce que je voulais : les premiers pas de Drago en tant que père – les raisons des réticences d'Harry et les prémices de leur couple.
… Je parie que vous m'avez détesté quand j'ai avorté le baiser *ricanement névrosé de la fille qui s'est battue avec l'écriture de son chapitre*. BAH NON ! C'était pas le moment !
Le chapitre suivant retrouvera Drago dans ses péripéties de père, on laisse Harry à l'infirmerie et on rejoint les serpentards et aussi quelques Weasley.
Chapitre suivant (bon sang quelque part durant la semaine prochaine) : La nôtre, Drago VS Winters premier acte.
