Mot de l'auteur : Chose promise, chose due ! Merci pour les commentaires, toujours très très appréciés ! Et de continuer à me suivre alors que cette histoire a presque un an. J'espère que cela continuera à vous plaire et à titiller votre intérêt ! Place au texte !

Chapitre 31 : Héritages

Il avait mal dormi, mais ce n'était pas une nouveauté. Très vaguement, d'une pensée qui effleura à peine son esprit par son inutilité, il se demanda ce qu'il ferait une fois Poudlard derrière lui.

Blaise ferma douloureusement les yeux avant de les rouvrir sur sa longue silhouette dans le miroir horizontal, posé sur sa commode en chêne. Il avait une petite serviette autour de son cou et quelques gouttes d'humidité subsistaient dans ses cheveux noirs coupés si courts qu'il ne pourrait en aucun cas passer la main dedans.

Attrapant un bout du linge de bain, il essuya scrupuleusement chaque partie encore mouillée, nerveux, tendu, tentant sans grand succès d'ignorer l'elfe de maison qui pépiait derrière lui.

*Vile et stupide vermine…* Grogna t'il intérieurement avant de défaire les sorts de protections de ses tiroirs pour s'habiller.

La chose s'approcha de lui en émettant des commentaires sur son habillage possible et Blaise le rembarra d'un puissant regard noir.

-Et si tu allais plutôt te repasser les oreilles avec un fer ? Cracha-t-il en finissant de fermer les boutons de sa chemise.

La créature couina d'horreur et se tortilla sur elle-même en s'accrochant à ses larges oreilles.

-Bata fera cela Monsieur, si cela plait à Monsieur ! Monsieur devrait sans doute mettre une cravate…

Machinalement, Blaise ouvrit son tiroir à cravate.

-… Le bleu irait fort bien…. Suggéra en arrière-plan la voix de l'elfe et le jeune homme parcourut les boucles de tissus satinés avant de repérer un éclat bleu.

Couleur du pastel des teinturiers, à chevrons indigo, marque française. Blaise se tendit aussitôt. Marque française. Lui achetait presque tous ses accessoires au magasin Hackett, s'inclinant dans ce domaine face au savoir-faire moldu LONDONIEN.

Il fit aussitôt danser sa baguette devant l'objet, plissant les yeux en constatant qu'elle ne possédait pas la légère trace magique qu'il laissait sur tous ses vêtements.

-Machin, commença-t-il d'une voix glaciale à l'intention de l'elfe, ne s'étant jamais fatigué à retenir leurs noms. N'ai-je pas interdit que vous posiez vos vilaines petites pattes sales sur mes affaires ?

-Oh Monsieur ! Si Monsieur !

-Dans ce cas qu'est-ce que cette cravate vient faire dans mon tiroir ?

-Eh bien c'est une des cravates de Monsieur… Il fallait la rang…

Blaise se retournant brusquement vers lui, le visage déformé par le dégout et l'objet du contentieux flottant dans les airs à distance respectable.

-COMMENT OSES-TU ME MENTIR ?! D'où vient-elle ?! REPONDS !

L'elfe était à présent recroquevillé sur lui-même, formant un amas de couleurs crasseuses plutôt répugnant.

-C'est un cadeau de la Maîtresse ! Madame votre mère !

Evidemment Blaise le savait, mais il voulait l'entendre de la bouche de cette créature traitresse. Inhalant violemment une bouffée d'air pour se calmer, Blaise se laissa quelques secondes pour reprendre contenance. Ce qui l'aida cependant à reprendre son calme fut l'exaltation plutôt morbide de ce qu'il s'apprêtait à faire.

Se retournant nonchalamment pour enfiler ses boutons de manchettes, il donna L'Ordre :

-Mets cette cravate à ton cou.

Il sourit légèrement lorsqu'un râle de terreur sortit de la bouche de l'être. Jetant un petit coup d'œil, il trouva qu'il avait perdu plusieurs teintes d'ocre et ses yeux étaient si exorbités, comme deux boules de billard, qu'on aurait pu les éjecter hors de son crâne d'un coup derrière la tête.

-Alors, qu'attends-tu ? C'est un ordre !

-Mais… Monsieur… Si vous donnez un vêtement à Bata…

Dans le miroir, Blaise reconnut le rictus sournois qui s'était accroché au coin de ses lèvres.

*Etre libéré ? C'est bien la dernière chose que tu feras !*

Puis presqu'aussitôt il reprit un air intimidant, en rien magnanime.

-METS-LA !

La mort dans l'âme, la créature attrapa la cravate qui voletait presque joyeusement autour de lui et l'attacha autour de son cou. Pendant une minute, rien ne se passa… Puis comme le jeune homme l'avait prévu, la cravate se referma brutalement autour du cou de son possesseur. L'elfe hoqueta en tentant de se débarrasser de l'objet qui l'étranglait tel un python, mais ses mains ne purent desserrer l'emprise. Un brusque craquement d'os retentit dans la chambre et la créature tomba par terre, inerte, la langue pendante.

Blaise n'eut qu'un froncement du nez avant d'enjamber le corps sans un autre regard, enfilant sa robe de sorcier. Ouvrant la porte, il chercha des elfes et en trouva deux en train de faire la poussière non loin. Ces ignobles bestioles semblaient pleurer, sachant probablement ce qui venait de se passer.

-EH ! Vous deux ! Quand vous aurez fini, vous viendrez débarrasser les ordures qui se trouvent dans ma chambre !

Il n'attendit même pas de réponse, sachant que ce serait fait, et se dirigea vers le rez-de-chaussée en maintenant un regard dur et intransigeant.

Raven's Park était sa demeure, mais elle n'avait plus été sa maison depuis la mort de son père. Il souriait toujours d'un air ironique lorsqu'il voyait ses amis si heureux de retourner dans leurs « foyers » pour les vacances, mais en réalité, sa nonchalance et son mépris ne servaient qu'à cacher sa propre amertume.

Un lieu que l'on peut appeler « chez soi », un endroit où l'on voudra toujours revenir et où l'on sera attendu, choyé, protégé… Doux, chaud, lumineux et apaisant… Au fond, lui aussi aspirait à cela.

Arrivé dans le hall de la grande maison de maître, il conjura sa cape et son chapeau, s'apprêtant à errer ici et là au chemin de Traverse, ou bien à trainer aux environs du stade du Parc Victoria et se renseigner sur les prochains matchs de Quidditch de la saison.

Il fut arrêté par une voix mélodieuse venant de la salle à manger :

-Eh bien chéri, tu ne viens pas prendre le petit déjeuner avec ta mère ?

Tournant la tête, il plissa les yeux en découvrant la porte ouverte et la sorcière assise devant un plateau d'argent contenant un set de vaisselle délicate. Elle tartinait l'un de ses toasts avec de petits mouvements gracieux comme s'il existait un quelconque public à impressionner et Blaise ne lui accorda qu'un grognement vaguement moqueur.

Elle posa son ouvrage sur son plateau et tourna vers lui ses grands yeux noirs frangés de longs cils bien redressés. Elle portait une robe d'un rose fanée qui se mariait parfaitement bien avec son teint un ton plus foncé que celui de Blaise, et ses cheveux étaient remontés en un chignon complexe piqués de fleurs et torsadé d'un collier de fines perles comme c'était actuellement à la mode… Une mode qu'elle lançait souvent à vrai dire, étant considérée comme la pire coquète de Londres, un véritable modèle d'élégance à suivre pour les jeunes filles et un fantasme pour les jeunes hommes impressionnables.

S'ils savaient… Pour Blaise, elle n'était ni modèle, ni fantasme, ni même mère. Elle était la seule fausse note à son existence.

-Tu sais, si tu continues à tuer les elfes de notre maison, nous serons bientôt obligés de laver notre linge nous-même, lança-t-elle.

-Dans ce cas tu n'as qu'à cesser de t'en servir et venir faire le sale boulot toi-même, cracha en réponse Blaise en la foudroyant du regard.

Elle leva sa tasse de thé à ses lèvres.

-Ohlala, quel vilain enfant. Tu sais très bien que je l'ai déjà fait…

-Et que tu le referas, continua Blaise en fixant avec plus que suspicion la tasse de thé l'attendant de l'autre côté de la table.

-La… La… Tu es si pathétique mon garçon. J'imagine que tu te fais l'illusion d'être un homme dur et cruel, mais c'est facile de tuer un elfe de maison ! Ils se laissent faire et t'apporterais même tout le matériel nécessaire à leur propre trépas… Mais tuer un être humain… C'est autre chose. Une chance, n'est-ce pas, que tu n'aies jamais eu comme tes amis à servir le Seigneur des Ténèbres car tous aurait vu ainsi ce que tu es vraiment : Un faible et un couard !

Crispant les poings très fort, Blaise considéra un instant la possibilité d'attraper le petit couteau à tartiner pour le lui enfoncer dans le creux soyeux de la gorge. Mais il se secoua aussitôt mentalement.

Déjà, il ne le pourrait pas, c'était peut être effectivement de la lâcheté et de la faiblesse mais le cran de faire une chose pareille lui manquait complètement, et il avait d'autres raisons bien plus légitime : Blaise trouvait qu'il ressemblait suffisamment à cette femme pour son propre bien, autant ne pas en rajouter.

-Je ne veux pas devenir comme toi, lui lança t'il.

Avant qu'elle n'ait pu répondre, une chouette chevêche entra par la petite fenêtre ronde du plafond prévu à cet usage et vint quémander le bras du jeune homme comme perchoir. Il reconnut facilement l'oiseau de Daphnée et récupéra la missive pliée en tube attachée à sa patte.

-Qui est-ce ? S'enquérit sa mère.

-Cela ne vous regarde pas. Je pars.

Sur ces mots il quitta à grands pas décidés la demeure. La lettre ne contenait que quelques mots :

« Besoin de soutien psychologique URGENT ».

-o-O-o-O-o-

Les gobelins avaient fournis une liste de demeure toute associée à leurs portoloins. Une dizaine de maison de la famille Black que Narcissa avait réduit au nombre de six quand Harry lui avait montré le parchemin.

Trouver une maison habitable par le couple pour le lendemain de leur mariage était une tâche dévolue à Harry. Et c'était tout aussi bien, vraiment, lui offrant l'illusion qu'il avait encore un certain contrôle sur sa futur vie, mais aussi lui changeant radicalement les idées après une matinée d'horreur entre les mains d'un sorcier-couturier fou encouragé par sa future belle-mère et l'absence curieusement lourde d'une certaine personne.

Comment quelqu'un qui n'était pas là pouvait prendre autant de place ? C'était une question qu'Harry s'était posé durant toute cette torture d'essayage de costume de mariage. Mais la réponse se trouvait peut être du côté de Narcissa qui n'avait cessé de placer le prénom de son fils à tout va dans la discussion… Subtils reproches de sa part ? Eh bien Harry avait décidé de les ignorer !

Pour leur part, Hermione et lui s'étaient mis d'accord pour ne pas parler de ce qui s'était passé durant la fête d'anniversaire de Teddy, même si Harry soupçonnait énormément Hermione de penser qu'il aurait dû prendre sur lui, une fois de plus, et agir posément plutôt que comme « un gamin à qui on aurait piqué sa sucette ». Mais où avait-elle vu qu'il était quelqu'un de posé et de sage ?

Mystère…

Evidemment, il se sentait un peu coupable. Pas coupable dans le sens où il aurait dû être tout doux tout miel avec Drago… Et puis quoi encore ?! Ce n'était quand même pas lui qui était responsable de la dispute, mais bel et bien cet enfoiré vindicatif ! Néanmoins il s'en voulait de se l'être mis à dos cinq jours avant son mariage !

C'était stupide ! Stupide ! Stupide ! Cela mériterait d'être la Une de demain de la Gazette : « Harry Potter est stupide ! »

Comment allait-il gérer ce mariage interminable si Drago n'était même pas là pour l'aider ! Et pire, connaissant l'animal, pourrait le mettre dans des situations inconfortables JUSTE pour se venger ?!

Il avait passé la moitié de la nuit à se frapper la tête contre son oreiller en se maudissant, mais bizarrement ça n'avait pas changé grand-chose à la situation le lendemain, si ce n'est d'avoir envie de bailler toutes les cinq minutes.

Tout cela faisait qu'il était plutôt content de cette virée dans toute l'Angleterre. Par logique, Hermione et lui avaient d'abord pris le portoloin vers la demeure historique des Black, située près de Falmouth, dans les Cornouailles.

Black Castle s'élevait au bord d'une falaise, d'ailleurs ils n'auraient pas été étonnés de découvrir que la roche fût partie intégrante du château, comme taillée d'un bloc dans la pierre. Tout autour, rayonnant depuis la bâtisse, se trouvaient des prairies rocailleuses battue par les vents marins et de là où ils se trouvaient, le ciel semblait prendre la plus grande partie du paysage.

Au final, il émanait du lieu beaucoup de solitude et de froideur.

Les deux sorciers se regardèrent, tous les deux quelque peu intimidés, puis s'avancèrent sur le chemin de pierre menant à l'entrée.

La porte était une grande chose de bois massive, piquetée de rivets d'acier et enchâssée dans une monture en pierre sculptés présentant trois corbeaux se tenant perchés sur des crânes humains. Les oiseaux semblaient les fixer d'un mauvais œil et Harry les foudroya inutilement du regard.

Récupérant le trousseau de clef correspondant, il réussit à ouvrit l'un des battants dans un long grincement qui résonna longtemps dans tout le bâtiment.

L'endroit avait cessé d'être habité après la mort de Druella Black, la mère de Narcissa et Andromeda, et la maison avait été simplement fermée en attendant ses nouveaux maîtres. Toutes les fenêtres étaient condamnées, laissant à peine passer quelques rayons d'une lumière pâle, et les meubles restés sur place étaient recouvert de draps blancs qui leur donnaient des allures de fantômes.

Harry et Hermione ouvrirent quelques volets pour se donner une idée des lieux, illuminant les pièces pour mieux découvrir leurs noirceurs. Comme pour beaucoup de châteaux, les salles étaient hautes de plafond, froides et pour peu que le soleil tourne dans la journée, mal éclairées. Les araignées avaient profités de l'absence des humains pour tisser de véritables cathédrales de soie au plafond et un courant d'air venu d'on ne sait où faisaient se lamenter les couloirs.

-Un vrai château hanté, commenta Hermione en un murmure, comme si elle n'osait pas trop élever la voix.

Harry l'approuva pour lui-même, redressant de sur une console non couverte un cadre photo. Retirant du plat de la main la poussière accumulée, il découvrit dessus trois petites filles séparées de quelques années, posant sur une causeuse, un sourire mutin aux lèvres. Deux petites brunes et au milieu la petite blondes aux yeux couleur mer du sud.

Le vent souffla plus fort un moment, mugissant comme un animal mourant et entrainant dans la pièce où ils se trouvaient quelques feuilles mortes qui s'échouèrent contre sa botte.

-Je suis d'avis d'aller voir ailleurs si l'on y est, grommela Harry alors qu'un frisson désagréable courait le long de son échine.

-Je te suis, approuva Hermione.

Ils refermèrent vite fait les doubles portes du château sur le fantôme de l'enfance des trois filles Black.

-o-O-o-O-o-

-Alors c'est décidé ? Demanda Blaise en terminant le brunch que lui avait très gracieusement fourni Daphnée.

Ils étaient dans le boudoir de la jeune sorcière, petite pièce joliment décorée dotée d'un ensemble de canapé réunis autour de la cheminée, ainsi que de deux secrétaires et d'une bibliothèque contenant quelques ouvrages que les deux sœurs prisaient. C'était habituellement là que Blaise était reçu lorsqu'il venait la voir : il était très mal vu pour un homme de pénétrer dans la chambre personnelle d'une lady.

En parlant de la Lady, celle-ci faisait des allers retours dans la salle de façon très peu aristocrate, se tordant les mains et le visage.

-Ma mère me l'a annoncé ce matin, entre le thé et les toasts ! Comme si c'était quelque chose qu'on pouvait annoncer comme ça ! Les œufs brouillés me sont restés sur l'estomac !

-Et on t'a dit qui ?

-Evidemment non ! Tu y penses ! Cela ne me concerne pas ! Il s'agit juste de la personne que je vais devoir supporter jusqu'à la fin de son existence, mais à part ça, pourquoi diable voudrais-je savoir ? « Je serais bien au courant assez tôt ! » qu'elle me dit ! Quelle plaisanterie !

-Mais tu sais.

Daphnée se figea brusquement pour se retourner vers lui, les poings sur les hanches, l'air hautain à souhait :

-Cela va sans dire ! Je suis une serpentarde ! Pour nous c'est une question de survie de pouvoir réunir le plus d'information possible en un temps record ! Et par chance tante Adélaïde ne sait pas garder un secret !

Blaise haussa un sourcil en invite et son amie vint s'effondrer avec le plus de classe possible à ses côtés. Comme il savait que se montrer compatissant ou plein de pitié pour elle ne servirait qu'à l'affliger encore plus, il resta aussi ferme que possible en serrant ses petites mains blanches dans les siennes.

-Lord Craven est veuf depuis six ans et il cherche à se remarier. Il est évident que mon père a sauté sur l'occasion…

Blaise ne put retenir un froncement de dégout à l'annonce du nom du futur époux de son amie. Un homme terriblement commun, sans capacité magique particulière et un ermite qui passait plus de temps en voyage que chez lui. Ah, mais il était très riche…

-Craven… Mais il a au moins trois fois ton âge…

-S'il n'y avait que ça, il est déjà père d'un sorcier plus âgé que moi et sa mère qui doit être une vraie momie vit toujours avec lui… Oh Blaise… Je n'aurais aucune place dans cette maison. Je serais juste… Juste un beau bibelot à poser dans un coin !

« Je n'aurais aucune place dans cette maison » : cette phrase eut un écho plus que tout le reste dans l'esprit de Blaise. Il enserra soudainement la jeune femme contre lui, rapprochant son visage du sien pour la regarder avec gravité.

-Daphnée… Un mot de toi et nous fuyons ensemble !

Elle cligna des yeux, surprise. Mais les prunelles bleues ciel étaient de nouveau brillantes plutôt que triste et fanées.

-Qu'est-ce que tu racontes grand imbécile ?! Sois un peu sérieux !

-Mais je SUIS sérieux. Partons tous les deux, disparaissons dans les îles ou bien en Extrème Orient ! Loin de cet infernal pays gris où tous les sorciers se connaissent et ne font que nous compliquer la vie !

-Allons Blaise, je n'ai pas l'intention de tout quitter, mon nom, ma famille, mon statut… Je ne suis pas insensée, et tout d'abord je ne suis même pas le genre de fille que tu aimes ! Je fais plutôt parti de celles que tu détestes !

Il s'éloigna légèrement d'elle, ajustant une mèche blonde tendrement derrière une oreille.

-Tu sais très bien que ce n'est pas comme ça, répliqua t'il doucement. Je ne peux pas avoir de relation avec une fille, et encore moins lui offrir de m'épouser… Pas tant que ma mère sera là… Elle refusera de ne pas être la seule maîtresse de maison à Raven's Park… La seule maitresse tout court d'ailleurs…

Il s'éloigna de Daphnée, l'air à présent sombre et torturé, fixant les braises rougeoyantes dans la cheminée.

-Elle a encore essayé de te tuer ?

La voix de Daphnée lui semblait curieusement lointaine, mais fermement posée. Daphnée était la seule à être au courant de ce qu'il se passait chez lui.

-J'ai peur que cela n'empire dans les jours qui viennent, répondit-il simplement.

-Je pensais que c'était réglé…

-Non, mais ma mise à l'essai se termine dans un mois. Dans un mois je deviendrais officiellement le chef de famille de la maison Zabini. Ce qui signifie que JE serais celui qui décidera du montant de sa pension… Celui qui décidera de l'endroit où elle doit vivre… Ou même avec qui elle doit se marier ! Autant te dire qu'elle l'a mal ! Le souci c'est que cela ne change rien ! Une fois chef de famille j'aurais la même cible dans le dos ! Après tout, cela ne l'a pas empêchée d'assassiner mon père… Mais j'ai bien l'intention de lui pourrir la vie autant qu'elle me la pourrit !

Il serra fortement le montant de la cheminée, les yeux brillants des éclats de sa future vengeance.

-Je ne comprends vraiment pas cette femme… Pourquoi fait-elle cela ? Je veux dire… A une époque elle n'était pas comme ça avec toi… Même si toi tu la détestais à cause de ton père et de tous ces hommes… Puis brusquement elle a fait de toi une cible… Alors qu'il aurait été plus judicieux de sa part de s'attirer tes faveurs ?

Blaise resta silencieux un long moment, se sachant fixé par son amie. Puis, avec un peu de réticence, il s'arracha du cadre de cheminée pour revenir s'asseoir près d'elle.

-Il y a un élément déclencheur. Je n'aime pas trop en parler parce que ce n'est pas une part de moi très reluisante …

-Tu sais que je ne te jugerais pas. Et moi, je sais garder les secrets…. Je garde bien le tien depuis quatre ans.

-Oui… Je sais Daphnée… Vois-tu… C'était pendant ces vacances de pâques de quatrième année… J'ai toujours été agacé par ces hommes constamment à la maison qui formait la petite Cour d'admirateurs et d'amants de ma mère… Eh bien ces vacances-là, disons que j'ai pensé à quelque chose de vraiment machiavélique… Pour la première fois de ma vie. Il y avait ce courtisan auquel ma mère tenait… Un homme plutôt influent qu'elle s'amusait à faire patienter, persuadée qu'il se languirait d'elle le temps qu'elle voudrait… Dommage pour elle j'ai remarqué qu'il avait commencé à me regarder de façon… Eh bien, hé, de façon intéressée.

Daphnée bondit presque sur le canapé d'indignation :

-… Mais Blaise… Tu avais 14 ans !

-Ouais je sais. De toute façon la moitié des types qui trainent autour de ma mère sont de gros dégueulasses. Et puis tu te souviens de comment j'étais quand j'avais 14 ans ? Les gens me prenaient souvent pour une fille…

Il eut un reniflement dédaigneux pour cette période où, la puberté tardant à venir, il n'avait pas fait sa poussée de croissance salutaire et n'avait pas un gramme de muscles, le laissant fin, élancé et gracieux comme une jeune fille. Et avec les traits de son visage plutôt délicats… Il n'avait plus compté le nombre de fois où quelqu'un l'avait interpellé à coups de « Mademoiselle », ou bien encore certains professeurs, le regardant à peine, s'adressaient à lui en étant persuadé d'avoir affaire à une élève…

-Oui mais en te regardant bien on voyait quand même que tu étais un garçon ! Répliqua la blonde.

-Oui, et ce type le savait ! Je crois que mon ambiguïté l'excitait encore plus… Et disons que je n'ai rien fait pour le repousser, bien au contraire ! Il était lui-même très persuasif et ses caresses étaient sommes toutes très agréables. Je me suis bien amusé de ce jeu de séduction caché, ses mains qui me caressaient furtivement à son passage… Moi lui faisant du pied sous la table… Les baisers cachés derrière des tentures… Mais bon, je n'en avais pas moins un objectif. Il a été atteint lorsqu'un soir ma mère nous a surpris dans mon lit, dans une position des plus compromettante si tu vois ce que je veux dire…

Il eut un petit rire de dérision qui n'avait rien d'heureux alors que Daphnée était pendue à ses lèvres, aussi choquée qu'avide de connaitre la suite.

-Et alors ? Pourquoi voulais-tu qu'elle vous découvre ?

-Eh bien vois-tu, c'était mon dernier défi… La dernière chance qu'elle avait de prouver qu'elle pouvait être ma mère. Je veux dire… Dans une telle situation, il serait normal pour une mère de chasser l'homme qui aurait fait une telle chose à son enfant et de le penser entièrement responsable, non ?

-Oui, c'est la réaction la plus sensée… Un enfant de quatorze ans n'est pas encore assez âgé pour savoir ce qu'il fait et l'homme a abusé de la confiance que lui portait le maitre de la maison…

-La réaction la plus sensée… Oui… Tu aurais dû voir le regard que m'a jeté ma mère… Comme si j'étais la pire trainée qu'elle ait jamais vue… Tu vois… Dans son esprit, j'étais celui qui lui avait pris son amant… Son rival… Un danger pour elle… Quand j'ai vu ça, j'ai compris que je n'aurais jamais de mère et que, d'une certaine façon, j'avais perdu. Tu connais la suite : le lendemain je me lève pour prendre mon petit déjeuner. Tasse de thé empoisonnée. Je passe les dix jours suivant à Ste Mangouste en désintoxication. Heureusement c'était la rentrée à Poudlard, mais elle a quand même trouvé un moyen de m'atteindre…

-Les gants...

Daphnée avait tout appris parce qu'elle était présente lorsque Blaise avait enfilé les tout nouveaux gants qui lui avait été envoyé de chez lui… Innocemment. Un produit avait été imbibé à l'intérieur et il n'avait été sauvé que parce que son amie avait eu le réflexe de le les lui retirer. Sur ses mains, la peau avait commencé à fondre. Cinq jours de bandages et il avait prétendu un accident de potion.

Que pouvait-il dire ? Sa mère était en contact avec la majorité des grands pontes du ministère britannique ! Il ne gagnerait jamais un procès contre elle quand elle pouvait facilement faire chanter les juges et la moitié du Magenmagot…

Plutôt que d'être traité d'affabulateur comme la plupart des proches des malheureux ex-maris de la sorcière, il avait appris à être prudent et à ne faire confiance à personne. Il achetait lui-même tout ce qu'il portait ou utilisait, leur apposant des sorts afin de les reconnaitre et ne mangeait rien dont il ne savait la provenance.

C'était ainsi qu'il était devenu « l'homme de glace ».

-Tu fais une bien étrange Blanche Neige mon ami, finit par annoncer Daphnée.

-Je sais ! C'est pourquoi en attendant, je me garderais bien de tomber amoureux de qui que ce soit. Contrairement à toi, on ne m'obligera jamais à prendre une épouse… Mais d'un autre côté, je pourrais tout aussi bien rester célibataire toute mon existence…

Les deux sorciers se fixèrent, tous deux las et désespérés de voir leur avenir leur être désappropriés.

Décidant qu'il était inutile pour eux d'être deux pour déprimer, il se leva pour prendre congé.

-Néanmoins… J'étais sérieux. Sache que mon offre de m'enfuir avec toi tiens toujours Daphnée, ajouta doucement le black avant de refermer la porte derrière lui.

-o-O-o-O-o-

C'est en toute fin d'après-midi qu'Harry et Hermione apparurent sur le quatrième terrain de la liste.

Après Black Castle, ils avaient eu droit à un appartement privé situé au centre-ville de Bath, jugé trop petit pour un Malefoy et trop près de la rue pour un Harry qui préfèrerait avoir une distance de sécurité entre tous sorciers et les murs de sa maison. Ils s'étaient ensuite retrouvés dans le Hampshire, face à un petit manoir dans la banlieue de Winchester. Ils avaient longuement discuté du pour ou du contre, Hermione trouvant l'endroit « charmant », Harry ayant néanmoins du mal à se voir vivre entre de la pierre et de la tapisserie.

Ils étaient à présent dans le Derbyshire, au beau milieu du parc national de Peak District. Un silence profond les avait accueillis quand ils étaient apparus, comme lors de leur visite de Black Castle, et ils purent se rendre compte que la demeure qu'ils s'apprêtaient à visiter se trouvait au beau milieu d'une forêt. Seuls quelques chants d'oiseaux résonnaient ici et là alors que le ciel se parait de couleurs chaudes.

Laissant les bois dans leur dos, ils se tournèrent vers la bâtisse, découvrant un manoir en bon état, bien plus petit que l'ancienne résidence principale des Black ou que Long Garden, mais ses proportions à taille plus humaines plaisaient à Harry.

-Hermione, c'est quoi déjà le nom de cet endroit ?

La sorcière sortit la liste et la regarda à nouveau.

-Lost Wood, finit-elle par révéler.

-Ah ! Fit aussitôt Harry, s'attirant un regard étonné de sa camarade et il précisa : Narcissa m'en avait parlé d'un air plutôt blasé, apparemment c'est un ancien pavillon de chasse restauré que la famille utilisait pendant les vacances mais qu'ils ont abandonnés après, je cite « une sombre histoire d'amants maudits ». Mais je crois savoir pourquoi ils l'ont fait…

Harry s'avança et vint toucher les moulures du perron qui menait à une porte d'entrée à double battant.

-Cet endroit émet une agréable magie qui fait très peu « Black »… Sans doute avaient-ils quelques difficultés à suspendre ici les têtes empaillées de leurs anciens elfes de maison !

La jeune femme ne gouta pas vraiment à son humour et le lui fit savoir d'un regard ombrageux. Il poussa un profond soupir en se décidant à aller voir l'intérieur. Les portes s'ouvrirent en grinçant horriblement, prouvant qu'elles avaient besoin d'un bon coup d'huile sur les gonds et ils pénétrèrent dans une entrée poussiéreuse et sombre.

Là aussi, et comme pour leurs précédentes visites, les fenêtres étaient toutes fermées par des volets ou des planches et les meubles étaient recouverts de draps blancs.

Cependant la première chose que remarqua Harry fut l'absence de la traditionnelle cheminée d'entrée dans le hall. A la place se tenait simplement un grand et élégant escalier en bois à double révolution qu'il ne put s'empêcher d'approcher pour caresser la rampe polie.

Un petit sourire ourla ses lèvres en songeant aux genres de glissades qu'on pouvait faire là-dessus. Une Evangeline bien plus âgée risquait d'adorer cela !

Son regard monta jusqu'à l'entre-étage où l'escalier se divisait en deux, admirant les boiseries qui semblaient d'une belle couleur entre le marron et le miel. De petites appliques devaient fournir de la lumière de chaque côté, éclairant en son centre les armoiries Black.

-C'est plutôt sympathique, commenta Hermione qui, la baguette brillante d'un lumos, visitait déjà l'une des ailes.

-Ouvrons quelques volets, proposa-il en la suivant, découvrant finalement où se trouvait la cheminée principale.

Cette pièce, longue et étroite servait apparemment de hall d'accueil. Passant une porte, ils découvrirent un salon de taille moyenne, probablement la pièce destinée aux réceptions, plus loin se trouvait un salon plus petit, plus cosy et semblant fait pour des discussions plus confidentielles. « Un fumoir » d'après Hermione qui fixait les lourds rideaux de velours. En soulevant un drap, ce qu'Harry avait pris pour une grande table se révéla en fait être un billard qui occupait tout un coin de la pièce.

-A l'époque de la Régence, c'est là que se retrouvaient les hommes après manger pour fumer et discuter politique, expliqua-t-elle. Ils rejoignaient ensuite les femmes dans le salon.

Le salon en question donnait aussi sur l'arrière de la demeure en une grande pièce vide qui devait être une salle de bal. De haute et fine portes fenêtres ouvraient certainement sur le jardin extérieur ou une terrasse. Ils traversèrent l'espace de danse pour se rendre dans la pièce adjacente, toujours à l'arrière, et découvrirent finalement la salle à manger ornée d'une table conséquente qui n'avait cependant rien d'exagéré. Elle devait pouvoir accueillir une douzaine de convives tout au plus. Là aussi des portes fenêtres menaient vers l'extérieur et il devait sûrement être très agréable d'y prendre le petit déjeuner lors des matinées d'été.

Continuant leur tour du rez de chaussée, ils trouvèrent un nouveau salon, plus petit que le premier, un bureau, ainsi qu'un vestibule occupé d'une horloge grand-mère arrêtée et de plusieurs patères pour suspendre capes et manteaux, avant de revenir dans l'entrée.

La demeure respectait ainsi la construction voulant que les pièces publiques soient séparées des pièces privées, l'aile droite semblant tenir ce dernier rôle.

-En tout cas l'endroit me plait bien plus que les précédentes maisons. Au moins je peux me voir vivre, ici ! Annonça Harry en ouvrant l'une des fenêtres du vestibule, faisant scintiller les nombreuses particules de poussière qu'ils avaient délogés.

-Ici aussi la cuisine est introuvable, constata néanmoins Hermione.

-Je te dis, il doit y avoir un entresol et des passages secrets pour y accéder.

Harry laissa Hermione rouspéter sur les conditions de vies des elfes de maisons pour grimper à l'étage. L'obscurité l'accueillit à nouveau et il fit briller sa baguette pour s'éclairer, les deux ailes s'ouvraient chacune sur un couloir orné de différentes portes de chaque côté, et Harry en ouvrit quelques-unes au hasard, tombant sur une chambre, puis sur une salle de bain, pour terminer sur un placard traitre car rien dans l'ouverture ne le différenciait des autres pièces. Ça c'était pour l'avant et les côtés de la maison car l'arrière se trouva fait d'un nouveau salon, et ce qui allait surement rendre Hermione folle : d'une bibliothèque.

Néanmoins Harry ne put s'empêcher de rire en parcourant les rayonnages de sa baguette magique. Il pensait trouver des livres de magie noire… Il n'y avait là que des romans ! Des romans MOLDUS de surcroit ! Victor Hugo, Geoffrey Chaucer, Lord Byron, Emile Zola, Jane Austen, Daniel Pennac, Jules Verne, Shakespeare… Il y avait là de quoi refaire son éducation littéraire.

Les Black devaient VRAIMENT s'ennuyer quand ils venaient passer leurs vacances ici !

Il ricana devant le hoquet de surprise de son amie qui l'avait rattrapée dans sa visite et sachant qu'il l'avait perdu pour plusieurs minutes, il poussa son investigation à l'étage au-dessus. Il avait cependant quasiment pris sa décision : il aimait ces couloirs en bois, sans tapisseries pompeuses, les nombreuses fenêtres de tailles variables, les couloirs et les pièces étroites qui plutôt que de les enfermer, donnait l'impression de les protéger de tout.

Le deuxième étage n'était fait que de chambres et salles de bains, sur l'aile droite se trouvait même ce qui semblait bel et bien être une vaste nurserie. L'arrière était occupé par une grande suite parentale faite d'une antichambre, d'un bureau et d'une chambre à coucher dotée de sa propre salle de bain. Ouvrant l'une des portes fenêtres de l'antichambre, il découvrit un balcon qui donnait sur un jardin d'herbes folles car plus entretenu depuis des années.

Une fontaine asséchée se trouvait au milieu, et plus loin Harry remarqua un bâtiment qui pourrait être des écuries… Et peut-être même un chenil. Après tout la famille se rendait ici principalement pour la chasse à courre, il fallait donc pouvoir accueillir des chevaux et une meute de chiens de chasse.

*Ça, ça plaira à Drago.*

Moins à lui, il était déjà assez agacé de devoir monter ce fichu cheval pour son mariage.

-Je sais ! Je vais me lancer dans l'élevage d'hippogriffe ! Marmonna-t-il à lui-même avant de rentrer et de se laisser tomber un instant sur ce qui semblait être un canapé.

Puisqu'il avait dégagé une ouverture, la lumière du soleil couchant embrasait joliment la pièce aux tons neutres d'ocre. Il tenta alors d'imaginer sa petite puce faisant ses premiers pas sur le parquet dont les motifs aux différentes teintes de marrons formaient ici et là des étoiles.

Cet endroit était parfait : confortable, reposant, chaleureux et surtout loin de toute civilisation et totalement incartable ! Aucun risque de trouver des journalistes sur son perron, pas de moldus risquant de le surprendre sur son balai. Ils pourraient vivre ici comme ils le désiraient ! Le terrain était bien plus vaste que la maison, englobant plusieurs kilomètres de forêt, ce qui promettait de nombreuses balades paisibles si lui et Drago se bouffaient le nez.

Satisfait d'avoir pris sa décision, il redescendit pour découvrir qu'Hermione n'avait pas décollé de la bibliothèque, qu'elle avait même ouvert toutes les fenêtres et retirés tous les draps des meubles.

-Je vois que tu as adopté la pièce, plaisanta Harry.

-J'ai vu à ton regard que tu avais déjà pris ta décision, s'expliqua-t-elle. Tu sais qu'il y a des exemplaires extrêmement rares dans ces étagères ? J'ai entre les mains une édition antique de Beowulf ! Et il n'a même pas l'air de tomber en ruine !

-J'en suis ravi Hermione, mais au cas où, j'aimerais voir les deux autres terrains de la liste avant qu'il ne fasse totalement nuit.

Elle fit un peu la moue, désolée d'avoir à laisser un tel trésor derrière elle, et referma les volets d'un mouvement de baguette.

Les deux autres propriétés se révélèrent être une maison située dans l'un des quartiers les plus moches de Bristol avec un vis-à-vis affolant, ainsi qu'une ruine au bord d'une route toute neuve où fonçaient à plus de 90km/h des voitures.

Cela serait donc Lost Wood.

-o-O-o-O-o-

-« Papa est un idiot »… Allez, répète après moi ma chérie… « Papa est un idiot » !

Drago articula exagérément les mots, n'obtenant pour seul résultat qu'une moue quelque peu confuse de la part de sa fille avant qu'elle ne reprenne ses miaulements enthousiastes. Bien que ça n'avait pas toujours l'air de miaulements, mais c'était ainsi que Drago appelait les syllabes sans queue ni tête qu'elle articulait ou gargouillait sans distinction.

Il poussa un petit soupir avant de la ramener à lui, l'obligeant à caler son minuscule dos contre son ventre.

Il devait être malin, assis là par terre dans la nurserie, sa fille assise entre ses jambes et testant sans fin ses membres et sa voix, ses yeux désormais plus gris que bleu filant d'une chose à une autre avant de revenir vers lui, souriant avec la puissance d'un soleil en fusion comme si elle venait d'inventer la paix dans le monde.

Et rien que comme ça, elle lui remontait le moral.

Moral entamé par un beau brun aux yeux verts des plus cruels. Oui : cruel ! Glacial ! Impitoyable sans cœur ! Il n'y avait pas d'autres mots pour qualifier cet homme qui semblait se jouer de ses sentiments. Un coup je t'embrasse, l'autre je t'ignore puis je te cogne et je fais allégeance aux rouquins de services…

Regardant sa main droite qui tenait délicatement les petites menottes d'Evangeline, il songea qu'à chaque fois qu'il avait l'impression d'avoir réussi à attraper Potter, ce dernier lui échappait immanquablement.

Tantôt ouvert, passionné et spontané… L'instant d'après fuyant, sombre et intolérant.

Qu'est ce qui l'avait pris de tomber amoureux d'un tel animal sauvage?! Y avait-il seulement une chance pour qu'il s'ouvre un jour à lui ? De préférence évidemment sans que Drago ait à le faire lui-même… ! Il y avait eu deux ou trois fois durant leur dispute de dimanche où il avait eu envie de lui jeter à la figure tout ce qu'il ressentait, mais Merlin soit loué, il avait réussi à se retenir. Si son fiancé venait à savoir à quel point il se languissait de lui, à quel point un seul mot ou une simple attitude de sa part pouvait le toucher… Et à quel point il le désirait aussi… Probablement qu'il le mépriserait ou pire l'utiliserait à son avantage.

Ce faux gryffondor… Ah ! Il pensait pouvoir jouer avec lui, hein ?! Eh bien Drago allait lui apprendre ! Il lui montrerait qu'il ne fallait pas s'attaquer à un serpentard non refoulé et l'obligerait à ramper pour obtenir son pardon !

Il allait lui apprendre à préférer son lui amoureux et entreprenant… Quand il verrait à quel point il peut se montrer froid et insensible ! Oh oui, il allait le dresser ce Potter, lui faire comprendre qu'il valait mieux pour lui qu'il lui mange dans la main !

Evangeline fixa d'un air intéressé son père alors qu'une myriade de machinations naissait dans l'esprit de ce dernier et qu'il éclatait d'un grand rire de méchant machiavélique.

Les autres habitants de la maison arrêtèrent un instant leurs activités, avant de secouer la tête, préférant ne rien savoir.

-o-O-o-O-o-

La question des elfes de maison se posa bien vite lorsque le lendemain Harry retourna à Lost Wood tout seul pour commencer à arranger les lieux. La première chose qu'il fit fut d'ensorceler deux balais pour qu'ils s'attaquent à la poussière tandis qu'il ouvrait et aérait les pièces. Celles-ci après avoir été privées de lumière pendant plus de 100 ans sentaient pas mal la vieille cave.

D'ailleurs, en parlant de cave, il trouva finalement un des passages secrets menant à la cuisine : une porte cachée dans les boiseries. Celle-ci menait aussi à une laverie et à de petites niches creusée dans le mur, qui au grand effroi d'Harry, devaient sans doute servir de lits aux elfes. Un escalier donnait sur une grande trappe à deux battants s'ouvrant sur l'extérieur et à force de recherche, Harry trouva la vraie cave, là où ne se trouvaient plus que les réserves de gaz alimentant toutes les lampes de la maison.

Toutes ces recherches et remue-ménages lui prirent plus que la matinée, mais la maison était plus saine et ils avaient de l'eau et de la lumière. Kreattur fit son apparition vers dix heures avec du linge et fit Merlin savait quoi en grommelant sur un travail titanesque et pas assez de mains pour tout faire.

Bref, Harry en était aux elfes de maisons. Cependant il n'avait pas la moindre petite idée d'où ces petits êtres se trouvaient quand ils n'appartenaient pas déjà à une famille.

Son reflexe premier aurait été de s'adresser à Hermione, mais sans compter le fait que la jeune femme avait des affaires à mener sans lui aujourd'hui (Elle avait essayé de lui faire croire qu'elle allait passer la journée avec Seamus à la Grande Bibliothèque magique de Londres, mais cela avait tout l'air d'un vieil alibi… Enfin ! Seamus dans une bibliothèque ?! Et pourquoi pas Rogue à une exposition de chatons tant qu'on y est ?!), il était certain qu'elle allait complexifier encore plus la chose avec ses revendications de la SALE.

Interrogé, Kreattur le fixa comme s'il venait d'insulter tous les membres de la famille Black et Harry se sentit obligé de disparaitre de la maison le plus silencieusement possible.

Par élimination, il décida de se rendre au Département de contrôle et de régulation des créatures magiques…

Haha… Erreur fatale.

Pour comprendre ce qui tomba sur Harry lorsqu'il mit les pieds hors de l'une des cheminées de l'atrium du Ministère de la Magie, il fallait savoir que sa dernière apparition publique datait de 3 mois (le baptême civil d'Evangeline), lors de laquelle il n'avait pas dit un mot et s'était contenté de s'enfuir hors d'atteinte…

….Ce qu'il faisait en fait depuis la défaite du camp de Voldemort.

Il avait bien été obligé de faire quelques déclarations, de se laisser prendre en photo encore tout couturé de cicatrices de la bataille, mais dès qu'il l'avait pût, Harry avait attrapé ses amis et il s'était enfuit ventre à terre pour s'enfermer à Grimmauld Place.

Ce qui pour une raison qui lui échappait quelque peu avait frustré les trois quarts de la société britannique sorcière et cette frustration n'avait fait que grandir suite aux derniers évènements… En fait avant de se retrouver en proie à une foule de sorciers l'interpelant, le palpant, tendant leur baguette dans sa direction sans qu'il puisse y faire quoi que ce soit, Harry n'avait pas vraiment réalisé ce que la naissance de sa fille et son mariage prochain avec Drago avait provoqué.

Il était trop choqué pour réagir ou pour même entendre ce qui se disait, ne percevant qu'une série de visages grimaçants, rouges et une cacophonie sans sens en arrière-plan. Il avait à peine le temps d'ouvrir la bouche qu'il se faisait interpeller par quelqu'un d'autre et qu'il oubliait déjà ce qu'il voulait répondre.

« Laissez-moi tranquille ! Je suis juste un sorcier comme un autre ! » Avait-il envie de crier, mais heureusement, plusieurs sorciers en tenue officielles pourpre le dégagèrent de l'attroupement et commencèrent à disperser les récalcitrants à couts d'aguamenti.

-Mr Potter ! Pourquoi ne nous avez-vous pas prévenu de votre visite ? Fit l'un des hommes qui l'avait attrapé.

*Parce que maintenant il faut que je prévienne avant de venir ?!*

Harry essaya de faire passer sur son visage son état intérieur des plus déconcerté mais l'auror qui lui faisait face ne semblait pas très perceptif.

-Dois-je envoyer un courrier par chouette recommandé avec objet et durée de mon passage ?! Clarifia Harry d'une fausse voix innocente alors qu'il se faisait presque trainer jusqu'aux ascenseurs.

-Il faut que vous preniez conscience que vous n'êtes plus n'importe qui, Mr Potter, répliqua l'homme en levant à peine un sourcil au sarcasme.

Puis il commença à lui faire la morale, ce qu'Harry accueilli avec un roulement d'yeux exaspéré:

-Vous êtes le Sauveur, Celui qui a vaincu, et cela vous place à la même position que de nombreuses autres célébrités. Pensez-vous que l'illustre Albus Dumbledore pénétrait sans prévenir dans l'atrium ? Ou peut-être les très célèbres Bizarr'Sisters ? Ou même des joueurs de Quidditch aussi célèbres que Alec Knightley ou Victor Krum ? Non, chaque apparition de leur part dans des lieux publics provoque aussitôt des mouvements de foules… Qui peuvent se révéler très dangereux pour eux. Il est aisé pour un fou furieux de se cacher dans la foule et de lancer un sort ou une potion. Vous avez eu de la chance aujourd'hui compte tenu de votre popularité en dents de scie actuelle. Vous devez quand même savoir que votre alliance avec la famille Malefoy est mal vue par de nombreuses personnes !

-Cela fait deux mois que j'évite de lire tout journal qui n'est pas une revue de Quidditch spécialisé, grommela Harry avec une moue d'enfant boudeur.

-Vous n'allez quand même pas me dire que vous ne vous en doutiez pas ?

-J'ai subi tous les tests et contre sorts des médicomages envoyés par le Ministère, ajouta Harry d'un ton buté.

-Vous n'êtes pas quelqu'un de très coopératif, n'est-ce pas ? Finit par soupirer l'auror.

-Non, pas vraiment. Mon fiancé actuel en fait actuellement les frais.

-C'est bien. Tenez lui la dragée haute Mr Potter, vous êtes plus qu'il n'aurait jamais mérité d'avoir.

Harry se contenta de répondre d'un grognement qui pouvait dire tout et n'importe quoi alors que les hommes le guidait jusqu'à l'étage qui l'intéressait. Aussi agacé qu'il puisse être de Drago, il concevait une certaine irritation à entendre parler de lui en mal, surtout lorsque cela lui paraissait aussi injuste. Que savait cet auror de Drago ? Avait-il seulement parlé avec lui un jour ? Connaissait-il son histoire ? Et à sa place, s'en serait-il sorti aussi bien ?

Les sorciers devraient juste arrêter de cancaner et se remettre eux-mêmes en question.

Mais malheureusement Harry n'en avait pas fini avec les sorciers désagréables puisque quelques minutes plus tard, il se retrouvait devant un visage qui lui était en quelque sorte familier.

Fronçant les yeux, il détailla l'homme aux cheveux noirs gominés qui se tenait derrière le bureau du contrôle des elfes de maison. Les raies dans sa chevelure étaient si profondes et régulières que l'on aurait dit un champ tout juste labouré. Mais ce qui le faisait le plus tiquer, c'était les pommettes très hautes qui soutenaient deux petits yeux foncés et mécontents.

Au terme d'une recherche discrète alors que l'homme lui faisait carrément un historique sur la façon dont les elfes de maisons furent amenés à fréquenter les sorciers de vieilles familles, il tomba sur un badge qui indiquait le nom de l'individu et grogna de dépit.

Georges Parkinson. Forcément, il fallait que ce soit le père de Pansy qui tienne le poste des elfes de maison ! Et d'après ce qu'il lui apprenait, cela ressemblait grandement à une planque où il était bien payé à rien faire…

Et semblait décidé à tenir cette ligne de conduite puisqu'il s'assurait de faire comprendre à Harry qu'il n'avait pas l'intention de l'aider le moins du monde. Hélas pour l'homme, son aventure dans l'atrium avait rendu le jeune sorcier plutôt intolérant.

-Oh ! Alors vous avez l'intention de vous mettre la famille Malefoy à dos ? Demanda Harry avec un sourire qui était si faux qu'il lui demandait des efforts insoutenables à tenir. Je me demande ce que pensera Drago quand il sera obligé de préparer lui-même son petit déjeuner ? En plus on ne peut pas dire que j'ai une très bonne impression de votre fille…Vraiment pas. Mais elle aurait beaucoup à perdre et vous aussi, non ? Si elle perdait l'amitié de mon fiancé…

Il laissa la menace à peine voilée planer dans la pièce, sachant pertinemment qu'il n'aurait jamais assez d'influence pour empêcher Drago et Pansy de se fréquenter… Et d'ailleurs ne ferait jamais une chose pareille, peu importe à quelle point la brune l'insupportait.

Cela avait néanmoins son effet sur Mr Parkinson qui semblait être le genre de personne à croire à la « toute puissance » du Sauveur.

-Eh bien… Il y a ces elfes qui encombrent le Ministère en ce moment… Ils ont été récupérés en même temps que les biens des familles de Mangemorts... Mais je crains qu'ils ne soient encore considérés comme des pièces à conviction dans l'enquête. Il vous faudrait une autorisation du directeur de la Justice Magique… Mr Winters.

-Oh… Si ce n'est que ça.

Harry ne prit la peine de saluer l'homme que parce qu'il était poli et retrouva sans trop de difficulté « son » auror qui avait décidé apparemment qu'il était son garde du corps pour la durée du séjour.

-Je dois voir Mr Winters, lui annonça t'il sans cérémonie.

-Je crains que ce ne soit difficile, répondit l'auror en fronçant les sourcils. Il n'est pas au Ministère aujourd'hui. Il est en perquisition…

-Où ça ?

-Eh bien… A Nott Hall.

-o-O-o-O-o-

Le Victoria Park de Londres était bien connu des londoniens pour être le rendez-vous des joueurs de cricket, sans savoir que, juste à côté d'eux, dans ces espaces magiquement agrandis qu'affectionnaient les sorciers, se trouvait le plus grand stade de Quidditch de la capitale, celui où avaient lieu quasiment tous les matchs de la Ligue, mais aussi le côté entièrement sorcier de cet espace de végétation.

Victoria Lane était ainsi la grande allée qui traversait le parc sorcier, offrant une étrange vision de ce qu'aurait pût être la version moldue à l'époque victorienne. Certes, ici et là des balais volaient, les gens promenaient des chiens hargneux munies de queues fourchues, des perchoirs à hiboux postaux fleurissaient et les marchands ambulants proposaient des pintes de bierraubeurres et des pommes d'amour qui vous faisaient léviter de quelques mètres comme si vous étiez vraiment amoureux, mais à cette heure-ci, les allées piétonnières étaient aussi envahies de nourrices en noir poussant d'austères landaus, de quelques rares enfants qui jouaient aux cerceaux ou faisaient reproduire à leurs soldats de plombs animés d'anciennes batailles sous l'œil bienveillants de leurs parents, et de vieilles sorcières au jupon gonflé par une tournure ou même une crinoline, armés de leurs ombrelles si petite qu'elles étaient plus un accessoire de mode que d'une quelconque utilité. De temps en temps un cavalier ou deux faisaient leurs apparitions, quelques rares nobles vivant à Londres et ne possédant pas de terrain pour monter, bien que la noblesse sorcière préférait fréquenter Richmond Park, Victoria étant plus réservés aux gens du communs, malgré la présence du stade.

Ainsi Blaise était là en toute connaissance de cause, priant pour ne rencontrer PERSONNE de son entourage. Malheureusement pour lui, il n'était pas seul ce jour-là à avoir décidé d'acheter des tickets et de se renseigner sur la côte des équipes.

-Oh ! Par Salazar ! Blaise ! Cela fait au moins dix minutes que j'essaie d'attirer ton attention ! S'insurgea Pansy en lui tapant l'épaule.

Il se retourna avec réticence, grognant en découvrant les trois sorcières face à lui. Toutes dans des robes de sorcières dite « de sortie en ville », l'une étant parme, l'autre vert turquoise et la dernière bleu myosotis, chacune ornées d'énormes rubans et de volants inutiles, lui donnant un peu l'impression de se tenir devant un bosquet de fleurs.

Pansy, Catherine, sa petite sœur de dix ans, et Milicent.

*Parfait, un trio de commères…* Songea t'il avant de faire le deuil de son tranquille après-midi.

-…Et tu ne t'es pas dit que si je ne te répondais pas, c'était que je n'avais pas envie de vous parler ? L'interrogea-t-il en lançant un regard noir sur la petite Catherine qui fronçait du nez à sa réponse.

-Cathy, tu vois, voici l'exemple parfait du sorcier non-gentleman, commenta calmement Pansy en caressant les cheveux de sa sœur qui s'était caché le visage dans ses jupes.

-Allons, Blaise, ne sois pas si grognon ! Ajouta quant à elle Milicent en l'attrapant par un bras d'une poigne beaucoup trop forte pour qu'il puisse s'en dégager. Allons boire un thé au Kings Roadhouse.

-Pourquoi ça sonne dans mon oreille comme « invite-nous et dépense ton argent » ? Vous n'êtes pas venus avec vos parents ?

-Blaise… Comment quelqu'un d'aussi riche que toi peut-il être aussi pingre ? Lui fit remarquer Pansy en faisant claquer les gants qu'elle avait retirés. Et où donc est passé ta galanterie ? On dirait parfois que tu as été élevé par un troll des cavernes.

-Oui, même Vincent faisait mieux, ajouta Milicent avant de soupirer avec tristesse : Ah… Vincent…

-Rooh très bien. Partons avant que l'une d'entre vous se mette à pleurnicher !

Il savait pertinemment que même si à une époque Milicent avait eu un coup de cœur pour Vincent, elle ne se mettrait certainement pas à en pleurer en public, même si leur camarade était mort prématurément. C'était tout juste de la manipulation primaire.

Il se hâta alors à grands pas vers le petit restaurant qui servait aussi de salon de thé, une sorcière à chaque bras, la plus jeune tenant la main de Pansy.

Situé à l'entrée du parc, le Kings Roadhouse était confortable, avec une décoration très quidditchesque étant donné qu'elle était le rendez-vous d'après-match de tous les passionnés. Au moins six balais offerts par des joueurs célèbres étaient accrochés en haut des murs, joyeusement entourés des étendards de chaque équipe officielle. Sur toute autre surface verticale libre se tenait des photos et des portraits signés.

Leur « joyeux » groupe atterrit juste à côté de Tom Perry des Haileybury Hammers et leur table fut rapidement couverte de quatre tasses de thé, deux tartes aux pommes, une assiette de scones et celle de Blaise faites de trois tranches de pain d'épice.

-Alors ? Fit soudain Pansy en le fixant avec avidité.

-Alors quoi ?

-Est-ce que c'est vrai ?

-Je répète ô femme dure d'oreille, quoi donc ?

Cette patience qu'il lui fallait pour supporter la brunette… Elle n'était pas stupide ou méchante (enfin… Pas plus méchante que la plupart des femmes), mais il y avait chez elle un côté autoritaire doublé d'un sans gêne à la limite du voyeurisme qui savait ôter toute délicatesse à son caractère.

Drago étant un peu comme ça lui aussi, Pansy et lui s'entendaient comme larrons en foire, surtout lorsqu'il s'agissait de médire sur quelqu'un ou de le mettre dans une situation délicate, mais Blaise avait pour sa part une entente juste de façade avec la jeune femme.

-Le mariage de Daphnée et Lord Craven ? Lâcha celle-ci.

Elle exultait apparemment. Daphnée avait toujours plus été une rivale qu'une amie pour elle, mais comme il n'y avait pas grand monde dans leur dortoir à qui parler… Blonde et brune avaient dû prendre chacune sur elles pour se contenter de ce qu'elles avaient. Il n'empêchait que celle que les garçons avaient toujours préférée, c'était Daphnée.

C'était probablement grâce à sa pudeur toute féminine, bien aidé d'une beauté naturelle et d'une patience très stratégique. La blonde savait quand elle devait ouvrir la bouche, mais aussi quand elle devait la tenir fermée… Ce que Pansy avait encore besoin d'apprendre !

-Je ne vois pas pourquoi je serais au courant de ça, commenta-t-il simplement en émiettant un morceau de pain d'épice.

-Allons, tout le monde sait que tu es le meilleur ami de Daphnée ! S'exclama Milicent en devançant son amie.

-Même si c'est le cas, je n'ai pas entendu parler de cérémonie de fiançailles ayant eu lieu récemment… Si l'on omet celles de Drago et Harry. Alors comment Daphnée pourrait connaitre le nom de son promis ? Je vous le demande ?

-Oh voyons ! Par simple logique !

Pansy leva les yeux au ciel d'un air théâtral.

-… Et de bonnes informatrices, ajouta Milicent l'air de rien, cassant tout le mystère qu'aurait pu vouloir instaurer son amie.

Celle-ci s'empressa d'ailleurs de la foudroyer du regard avant de continuer :

-Tout le monde sait qu'avant le retour du Seigneur des Ténèbres c'était les Malefoy qui étaient sur les rangs… Puis suite à l'incarcération du père du Drago quand on était en sixième année, c'était devenu hors de question pour les Greengrass. Que reste-t-il alors sur les rangs ? Les Macmillan et les MacDougal ? Des écossais ! Les Londubat ? Ils sont presque pauvres ! Les Potter ? Avant de récupérer l'héritage Black, Potter n'avait pas grand-chose, et maintenant il est promis aux Malefoy ! Bref, des jeunes, il n'y avait quasiment pas de possibilités ! Ne restaient que les vieux garçons et les veufs ! Des nobles aux héritages intéressants et âgés, il n'y en a pas non plus des masses ! D'où Craven !

-Cela pourrait être un roturier… Proposa Blaise d'une voix nonchalante.

-Pour l'héritière de Greenfield ? Impossible ! Astoria aura peut-être cette possibilité, mais Daphnée sait très bien qu'elle épousera un noble ! Et elle savait tout aussi bien qu'une fois Drago perdu, le choix ne serait pas vaste…

Elle se tut un instant parce que Catherine la tirait par la manche :

-Dis dis Pansy, c'est vrai que Lord Craven est vieux, moche et chauve ?

Blaise ne pût s'empêcher de fusiller une fois de plus la péronnelle du regard. Celle-ci s'effaroucha de nouveau et tenta de se cacher en mangeant sa tarte.

-Vous ne devriez pas être si moqueuse sachant que cela pourrait tout aussi bien vous arriver, les menaça t'il calmement bien qu'il revoyait encore le visage défait de son amie quand elle lui avait appris la nouvelle.

Pansy fit la grimace en coulant un coup d'œil dégouté à Milicent.

-Non ! Pas Mili ! Tu oublies qu'elle est pour ainsi dire promise !

-Mon père veut faire de son adjoint son héritier, lui expliqua celle-ci d'un ton égal comme si elle s'en fichait complétement. Il voudrait qu'il reprenne l'entreprise après lui. Ça se fait beaucoup dans le milieu du commerce quand on n'a pas de fils.

Blaise hocha de la tête, sachant effectivement que certains préféraient même cette solution pour se choisir un héritier. Ainsi avoir une fille ainée n'était pas aussi mal vu chez les sorciers que chez les moldus à une époque et certains fils s'étaient déjà vu préférés des beaux-fils sur les testaments.

Et bien évidemment, dans ces cas-là, la future épouse n'était pas particulièrement consultée.

-Et tu as déjà vu ton fiancé ? S'enquit Catherine avec de grands yeux curieux.

-Oui, il fait déjà quasiment parti de la famille. Père lui apprend depuis cinq ans la gestion de l'entreprise et des Bulstrode… Bah, c'est un sorcier plutôt commun et on ne s'accorde pas beaucoup d'attention. Je fais en quelque sorte partie du paquet de l'héritage.

La petite fille humhuma lentement avant de diriger à nouveau son regard sur sa grande sœur :

-Dis Pansy, pourquoi Papa a pas d'entreprise ? Tu aurais eu un mari facilement alors !

*Sale petite peste* Songea affectueusement Blaise en admirant le visage de Pansy qui s'embrasait.

-Qui voudrait d'un simple adjoint ! Mes ambitions sont plus hautes Cathy ! Je compte bien épouser un aristocrate et devenir une riche lady ! D'ailleurs, à cette intention, je viens d'acquérir un billet pour faire une croisière en Europe dès mon diplôme en poche : la France, l'Espagne, le Portugal, l'Italie, la Grèce, et même la Croatie… Mais ça c'est pour le soleil et les plages paradisiaques, je crois pas qu'il n'y ait jamais eu de puissants nobles sorciers croates. Et si malgré cela je ne trouve pas chaussure à mon pied, je pourrais toujours me rendre en Autriche, en Allemagne, en Hongrie, puis même en Russie ! Après tout, ce n'est pas parce qu'elle a vu naitre Merlin que l'Angleterre possède les meilleurs sorciers !

-Sans aller sur le continent, il y a quelques nobles pas encore fiancés, lui fit remarquer Blaise. Tiens, pense à Ernie Macmillan !

-Merlin ! Des écossais ! Quelle horreur ! Tu me vois, MOI, vivre au fin fond des montagnes des highlands, au milieu des moutons et des lochs ? Alliée à des gens qui pensent que toute occasion est bonne pour se promener en kilt, exhibant leurs genoux aux quatre vents… Leurs GENOUX Blaise !

-Oui, oui, quel comble de l'indécence, marmonna le black sans en penser un mot alors que Milicent affirmait que cela ne la dérangerait pas de voir certains genoux.

Les deux jeunes filles et la plus petite ricanèrent alors et Blaise poussa un long soupir en se demandant si le seul fait d'être ici en leur compagnie pouvait lui faire perdre des neurones.

-o-O-o-O-o-

Si Harry avait pu, d'une façon totalement incongrue, s'interroger sur la maison de l'être qu'il connaissait très vaguement sous le nom de Théodore Nott, serpentard de son état et homme invisible à ses heures perdues, il n'aurait certainement pas visualisé un charmant manoir de style Tudor, c'est-à-dire orné de colombages décoratives, les murs d'un torchis blanc éclatant, avec des toits bruns pointus et un nombre incroyable de cheminées s'élevant comme des colonnes à des endroits parfois un peu étrange. Et encore moins aurait-il put visualiser le coquet jardin à l'anglaise merveilleusement entretenu qui enrobait le tout.

Nott Hall se révélait au final bien moins intimidant que son nom ne pouvait le laisser penser.

Toujours accompagné de son auror de compagnie (rire jaune), il pénétra dans le hall de la maison par deux battants de portes grandes ouvertes. L'intérieur, bien plus satisfaisant en termes de ce qu'on pouvait attendre d'une famille de nobles mages noirs était occupé ici et là d'aurors transportant diverses choses.

Ne sachant à qui s'adresser, il entendit finalement un certain nombre de voix venir d'une pièce adjacente, elle aussi ouverte et s'approcha de l'embrasure avec curiosité.

-Mais oui, je vous en prie, continuez à saccager de vos doigts maladroits des œuvres qui ont été conçues alors que votre grand-père n'était encore qu'une idée dans la tête de votre arrière-grand-père ! Faisait une voix narquoise et exaspérée.

Théodore se tenait dans un coin sombre du salon, les bras croisés, observant avec une certaine amertume les hommes qui semblaient avoir envahi son domaine et mettaient à sac la pièce dans l'espoir, sans doute, de découvrir des artefacts de magie noire ou des preuves ayant trait à Voldemort.

Harry se sentait quelque peu empathique pour son congénère, dans le sens où il avait lui aussi tendance à considérer que les aurors manquaient clairement d'éthique et d'objectivité. Avaient-ils vraiment besoin de jeter à terre tout objet sur leur chemin ? Surtout quand, comme l'avait signalé ironiquement le serpentard, certaines pièces en question semblaient vraiment anciennes et travaillées ?

Il sauva un tableau du même sort en entrant dans la pièce puisque l'attention se tourna aussitôt vers lui.

-Désolé de m'incruster Nott, s'excusa Harry en considérant qu'il valait mieux d'abord parler à l'habitant avant de se tourner vers les envahisseurs.

Le jeune homme cligna des yeux, semblant incertain un moment, avant d'hocher discrètement de la tête.

-En vérité je cherche Mr Winters et on m'a dit que je pourrais le trouver ici.

Son vis-à-vis plissa les yeux, avant de montrer un point du menton derrière Harry. Celui-ci se retourna, découvrant l'homme qui venait d'entrer à sa suite. Le brun le reconnut surtout par son costume qui lui donnait l'air d'un homme d'affaire moldu et par la cicatrice… En fait c'était un peu plus que ça, qui coupait en deux son visage. Il avait déjà vaguement eu affaire à lui lors des procès des Mangemorts, alors qu'il s'était présenté comme partie civile, particulièrement dans l'affaire Malefoy.

Il ne l'avait plus revu depuis.

-Mr Winters, le salua t'il.

-Mr Potter… Oh… Ou plutôt Lord Potter Black maintenant, fit en retour l'homme en lui souriant chaleureusement. Le service des Aurors attend toujours votre dossier de candidature ! Vous êtes en retard ! Nous avons déjà reçu celui de votre très proche ami Ronald Weasley, celui de Dean Thomas et même celui de Fay Dunbar !

*Raaah…* Gémit intérieurement Harry en se retenant de faire la grimace extérieurement.

-Hum… Oui. Je ne suis pas là pour ça aujourd'hui, mais pour…

-Ah. Veuillez m'excuser quelques minutes, j'ai à parler avec mes hommes en privé, le coupa t'il d'un ton doux avant de fixer son regard sur Théodore qui tentait de se faire oublier : Vous n'avez pas non plus le besoin d'être là, Mr Nott !

Celui-ci fit une légère grimace avant de se diriger vers la sortie, suivi de Harry qui ne savait pas trop où aller en attendant et finit par le suivre dans une bibliothèque qui avait été entièrement vidée de son contenu.

Hermione hurlerait au meurtre.

-Encore désolé de l'intrusion… Marmonna-t-il, gêné, ne sachant pas trop quoi dire.

A la place, il décida de porter une attention plus poussée à son camarade de classe, songeant qu'il ne l'avait jamais vraiment regardé.

Théodore Nott était à peine plus grand que lui, étant pourtant, de ce dont il se souvenait, l'un des premiers garçons à avoir fait sa poussée de croissance. Il était néanmoins devenu l'un des plus petits de leur année… Mais en fait ils n'étaient pas petits. C'était juste qu'à côté de grande bringue comme Ron ou Zabini, tout le monde semblait petit ! Harry se sentait obligé de préciser cela, même à l'intérieur de sa propre tête.

Le serpentard était certes plus grand que lui, mais beaucoup plus fin, autant au niveau des épaules qu'au niveau du torse, et sans sembler famélique, donnait néanmoins l'impression qu'on pouvait le jeter à terre d'une tape dans le dos.

Quant au reste de sa personne… Eh bien il était on ne peut plus banal. Des cheveux châtains coupés courts, des yeux noisette très mobiles, comme s'ils captaient le moindre mouvement, néanmoins protégés de longs cils plutôt épais, des pommettes osseuses et un nez court un peu retroussé. Des lèvres fines qui étaient serrées par la gêne ou la contrariété.

Mais surtout il n'avait absolument aucune présence. Non seulement physique, ce que d'aucun appellerait le charisme ou l'aura magnétique de certaines personnes, mais aussi magique, laissant à penser que de magie, en fait, il n'en avait pas beaucoup.

Bref, tout le contraire d'Harry qui ne pouvait entrer dans une pièce sans s'attirer tous les regards. Ce qu'il avait d'abord attribué à sa cicatrice, avant de se rendre compte que les sorciers ne pouvaient tout simplement pas la voir de là où certains se trouvaient, et que c'était juste son aura qui semblait embaumer les environs. Elle semblait d'ailleurs si significative que Ron ou Hermione n'avaient même plus besoin de lever les yeux de ce qu'ils faisaient pour savoir que c'était lui qui venait d'arriver.

-Tu devrais être prudent Potter, lâcha brusquement Nott qui avait subi plus ou moins bien le reluquage quelque peu insistant du brun.

-Au sujet de… ? Il y a tant de choses qui semblent nécessiter de la prudence pour moi ces temps-ci…

-Juste au sujet des personnes à qui tu offres ta confiance. Les ombres ne se trouvent pas toujours sous un manteau noir et un masque d'argent. Parfois ils adoptent les traits de la vertu et de la politesse, prétendant vouloir votre bien… Tout en œuvrant derrière pour votre mal.

Harry le considéra aussitôt d'un nouvel œil, voyant au-delà de la façade ordinaire de son apparence pour tenter d'entrer à l'intérieur. Un intérieur qui était probablement tout sauf ordinaire.

-A qui penses-tu au juste… ?

Nott lui adressa un petit sourire qu'il aurait été tenté de qualifier de timide s'il ne provenait pas d'un serpentard.

Au lieu de répondre à sa question, Théodore sembla changer de sujet, le contournant pour aller s'appuyer contre l'embrasure ouverte de la porte.

-Que sais-tu du directeur Winters ?

-Eh bien… Pas grand-chose. Je sais qu'il est né-moldu, c'est pour ça qu'il ne porte pas la robe… Je sais qu'il travaille au Ministère depuis plusieurs années et qu'il a été chassé de son poste lors de la Purge quand Voldemort s'est emparé du Ministère…

Il fit à peine attention à Nott qui sursauta au nom du mage noire mais attendit qu'il se remette de ses émotions.

-En fait, avant tout ça il était juge, éclaircit Nott. Mais ce qu'il faut savoir c'est qu'il hait plus que tous les Mangemorts et par association tous ceux qui y sont liés. Et il ne sera satisfait que le jour où il nous verra tous enterrés dans une fosse commune.

-Mais… Pourquoi ? Ca ne peut pas être juste pour…

-Tu devrais te demander ce qui est arrivé à sa femme et ses plus jeunes enfants.

-Que… ?

Il fut coupé par son auror qui l'appelait depuis le hall. Winters était prêt à le recevoir.

Adressant une grimace contrite à son vis-à-vis, Harry passa devant lui pour rejoindre le salon saccagé.

Nott était à nouveau silencieux, mais son regard fut jusqu'au bout plein d'avertissements.

Harry ne savait pas du tout pourquoi l'ancien mangemort voudrait l'aider… Ou bien au contraire le faire douter de ses alliés, mais il accueillit Mr Winters avec un peu plus de réserve que la première fois. Un peu de prudence n'avait après tout jamais tué personne.

La voix basse de Théodore continuait néanmoins à tourner dans sa tête sans qu'il n'arrive à la chasser. Etait-ce parce que c'était probablement la plus grande discussion qu'ils n'aient jamais eu ? La seule discussion tout court d'ailleurs ?

-Des elfes de maisons ? S'exclama le directeur quand il eut fait sa demande. Quelle drôle d'idée ! Allons vous avez été élevé par des moldus ! Je suis certain que vous savez faire à manger et repasser votre linge vous-même.

*J'ai grandi AVEC des moldus, je n'ais certainement pas été élevé PAR eux. Je me suis élevé tout seul, merci bien ! * Grommela intérieurement Harry.

Après les avertissements de Nott, il se retint néanmoins de dire qu'ils étaient surtout pour Drago.

-Oui, mais je viens d'acquérir une assez grande maison. J'ai besoin d'aide.

-Oh eh bien je vous autorise à en prendre quelques-uns. Ils ne nous sont plus utiles et provoquent des conflits avec les elfes du Ministère. Cependant si j'étais vous, je les garderais à l'œil ! C'était après tout des elfes de Mangemorts !

-Oh ça va, j'en ai déjà un à la maison… Maugréa Harry avant de laisser l'homme à sa besogne, trop content de quitter les lieux.

Il avait toujours l'impression d'avoir le regard noisette du maitre de maison sur lui.

Moins d'une heure plus tard, au Ministère, dans une cave humide et à peine meublée, il faisait la connaissance de Happy, Lucky et Laney, les futurs elfes de maisons de Lost Wood.

-o-O-o-O-o-

A Victoria Park, le supplice de Blaise avait duré deux heures avant que Mrs Parkinson, accompagnée de Mrs Bulstrode retrouvent leurs filles et décident de les ramener chez eux.

Blaise eut un sourire tordu au « Eh bien, tout cela fut fort agréable » de Pansy et subit l'étreinte de Milicent avant de les regarder rejoindre leurs mères comme des poussins le feraient avec une poule. L'image était d'ailleurs assez ressemblante pour lui, cet ensemble de bonnes femmes faisaient de beaux oiseaux de basse-cour à cancaner sans cesse et à se promener avec suffisance comme si elles n'étaient pas de gros tas de plumes (ici de vêtements).

Cependant il se rendait compte que son air moqueur n'atteignait pas son cœur et il regardait somme toute, avec jalousie, le groupe partir ensemble, Pansy s'accrochant au bras de sa mère avec un grand sourire, la petite Cathy faisant de même, Milicent répondant avec enthousiasme à sa mère, la fixant avec amour.

Petit à petit, alors que le soleil tombait sur l'horizon et que les lampadaires à pétrole s'allumaient magiquement, le parc se vidait autour de lui. Les enfants, les parents, les parieurs, les simples badauds, tous rentraient « à la maison ».

Et Blaise se sentait comme ayant envie d'être un poussin suivant sa mère-poule.

Cela ne lui ressemblait pas de se laisser aller ainsi à l'apitoiement, mais en vérité l'arrivée prochaine de son diplôme de fin d'étude le privait du seul endroit relativement sûr où il pouvait vivre sans être constamment sur le qui-vive.

Blaise adorait Poudlard, il aimait autant la vie en communauté, la présence de ses amis, que les longs couloirs ou les salles en pierre et le grand parc, que les activités, qu'il s'agisse des cours, des révisions, des fêtes, des sorties à Pré-Au-Lard ou des tournois sportifs. Tout ça c'était sa vie, sa maison et sa famille. Que pourrait-il bien faire une fois tout ça terminé ? Se plonger dans les plaisirs douteux de la vie d'aristocrate ? Devenir un monument d'hypocrisie et vivre une fausse vie jusqu'à sa mort ? Sans famille et sans foyer ?

Suivant du regard une mère qui conduisait sa progéniture hors du parc, songeant à quel point ce petit garçon ignorait sa chance, il loupa les yeux bruns observateurs qui se posèrent sur lui et attrapèrent au vol l'expression de douleur qui transperça quelques secondes le masque d'indifférence de Blaise Zabini.

Puis il y eut un léger raclement de gorge et il se retourna, découvrant à quelques pas Hermione Granger et Seamus Finnigan qui marchaient eux aussi vers la sortie.

-Zabini, lança froidement le blond, ce à quoi il répondit d'un bref rictus plein de morgue.

L'irlandais ne put aller plus loin puisque sa compagne lui donna un coup de coude dans le flanc assorti d'un regard brulant, avant de se diriger tout sourire vers lui.

-Bonsoir Hermione, je ne voudrais pas te déranger en plein… Rendez-vous ?

La sorcière eut l'air un instant perplexe.

-Quoi ? Oh ! Moi et Seamus ? Non ! Non ! Il n'y a rien de ça entre nous ! S'empressa-t-elle de lui assurer avant de se tourner vers ce dernier : D'ailleurs si tu veux rentrer Seam', je ne te retiens pas. Nous avons fait tout ce que nous avions à faire aujourd'hui.

-OK… Tu es sûre ? S'enquit cependant le gryffondor qui ne semblait pas très heureux avec l'idée de laisser la jeune femme seule en sa compagnie.

Blaise roula des yeux, exaspéré.

-Mais oui ! Fit Hermione. On se voit demain !

-Oui… Demain. Bonne soirée Hermione.

La jeune femme s'installa alors à côté du serpentard sur le banc qu'il s'était approprié.

-Pas un rencard alors ? Insista Blaise dans l'espoir de la mettre mal à l'aise. Et tu es sûre au moins qu'il était au courant ?

-Parfaitement sûre. En fait, moi, lui et nos amis, sommes en train d'organiser l'enterrement de vie de garçon d'Harry !

Blaise cligna des yeux.

-Je dois avouer que ce terme m'est inédit.

-Oui, c'est moldu, comme beaucoup d'autre chose, se moqua légèrement la brune.

-Et en quoi cela consiste ? Comment peut-on enterrer une vie ? « Une vie de garçon »… Et pourquoi d'ailleurs ?

-C'est une métaphore en réalité. C'est plus une fête qui a pour vocation de faire le deuil de tout ce que le futur marié ne pourra plus faire une fois qu'il se sera passé la corde au cou. Comme boire plus que de raison, faire la fête jusqu'à plus d'heure avec ses amis au point de rentrer au petit matin… Et puis tous ces trucs que vous les garçons faites avec les filles…

-Oh je vois. Une fête dédiée aux excès… J'espère alors que vous allez tout bien prévoir parce que si les choses tournent mal… Vos têtes seront sur le billot des Malefoy.

La sorcière haussa les sourcils, l'air peu impressionnée.

*Ah… Une des Trois…* Se força-t-il à se rappeler.

Et si l'un des Trois le considérait avec méfiance et inquiétude, que l'autre refusait de se laisser apprivoiser, Hermione, elle, semblait avoir décidé qu'il n'était pas un danger pour elle ou pour ses proches.

Il admira pendant un instant le fait qu'il n'était jamais exaspéré à ses côtés comme cela pouvait être le cas avec la majorité des filles, ni même emprunté comme le protocole le lui imposait avec Daphnée… Au contraire il se sentait calme et d'humeur joueuse et curieuse. Il guettait la moindre faille dans le discours, juste pour la voir embêtée et obligée soit de se rétracter, soit d'argumenter encore plus. Dans les deux cas une jolie irritation venait tordre son nez et elle le fixait alors comme s'il était l'être le plus contrariant du monde.

Mais sans jamais lui en vouloir.

-Et donc, qu'est-ce que Victoria Park a à voir avec un enterrement de… D'aucune sorte ?

-D'enterrement de vie de garçon, lui rappela t'elle obligeamment avant d'avoir l'air particulièrement satisfaite comme lorsqu'elle se voyait attribuer une vingtaine de points d'un coup : Nous venons de louer le stade pour la fête.

-Non ?!

-Si !

Blaise ne put que béer alors qu'elle levait son menton d'un air hautement fier. Le plus grand stade de Quidditch de Londres juste pour la fête d'Harry Potter ? Blaise était jaloux.

-Dis-moi que je suis invité, même si je n'ai pas reçu d'invitation !

-Désolé, mais les témoins de l'autre marié sont totalement bannis de ce genre de réception. En fait, considérant qu'Harry verrait du serpentard pour le reste de ses jours, nous avons décidés que quelques exceptions faites, la maison du serpent devrait se contenter de rester chez elle en nous enviant horriblement et se mordant les doigts à l'idée de tous les cancans qui leurs passaient sous le nez !

-Quel sadisme… Souffla Blaise faussement choqué.

Elle émit un petit rire gai, perdant immédiatement son air préféré de miss-je-sais-tout. Cela ne dura cependant pas longtemps et ses traits redevinrent à nouveau mi grave mi bienveillant, d'une façon qui pouvait faire croire à certain qu'il s'agissait de condescendance. Peut-être un peu, mais Blaise pensait qu'il y avait derrière cela une trop longue habitude à prendre en main les problèmes des autres, qu'ils l'aient ou non voulus.

Et il semblait que ce soir, son radar à bonne action était braqué sur Blaise.

-Et toi, que fais-tu là, assis sur ce banc, alors que tu devrais être en train de rentrer chez toi ?

* « Chez toi »…*

La douleur que fit naitre en lui cette question lui donna tout d'abord envie de l'envoyer paitre telle une Pansy, puis il se força à amenuiser son amertume, songeant à qui il s'adressait. Peut-être qu'il pourrait tirer quelque chose de la brunette assise à ses côtés ?

-Dis-moi Hermione, qu'est ce qui fait ce qu'on appelle un « chez soi » ? Les murs qui forment un espace clos sur un terrain ? Ou bien les gens qui vivent dedans ?

Plutôt que de répondre imprudemment comme l'aurait fait beaucoup de personne, elle se détourna de lui pour murir la question, jetant un regard vague sur les pavés de l'allée.

-Question intéressante… Marmonna-t-elle. De manière générale, je pourrais répondre que chacune de ses possibilités est valable, car après tout, nombreuses personnes vivent seule et considèrent pour autant les murs les entourant comme leur foyer… Quand d'autres s'étant fait pour des raisons ou d'autres expulsés de leur maison, retrouveront un sentiment de « chez soi » dans les bras des membres de leur famille… Cependant mon expérience personnelle me force à une autre réponse…

-Laquelle ?

-Eh bien, je vis chez Harry.

Blaise releva brusquement la tête, très étonné. Il aurait dû être choqué, car après tout ces choses ne se faisaient pas… Un jeune homme et une jeune femme vivant seuls sous le même toit sans être de la même famille ou mariés : quel scandale ! D'un autre côté, peut-être parce qu'il savait qu'il n'y avait rien d'amoureux entre ces deux-là, il était plus intrigué par les raisons qui avaient poussés à cet arrangement.

Elle hocha de la tête comme si elle suivait le déroulement de ses pensées :

-Oui, c'est pour ça qu'on ne le crie pas sur les toits. Quoiqu'il en soit je t'attire sur le choix de mes mots. Pour l'instant j'habite CHEZ et AVEC Harry, à la fin de la semaine je me contenterais d'habiter CHEZ Harry, pour des raisons évidentes.

*Oui, l'arrivé du mari.*

-Je ne le vis pas aussi bien que j'en ai l'air, parce que s'il me manquait déjà quelque chose en vivant avec Harry, je sais que Grimmauld Place perdra absolument toute valeur de foyer pour moi quand il n'y sera plus. Je pense que l'on a besoin des deux : des murs et des gens et que l'on se fourvoie en pensant que l'on peut se passer de l'un des deux. La maison est après tout l'espace dans lequel prospère la famille… Et j'ai l'impression que c'est encore plus important chez les sorciers…

Ainsi était-ce sa réponse. Les deux.

-Dans ce cas, lucide Hermione, je n'ais pas de « chez moi » où retourner. C'est pourquoi je suis sur ce banc comme un idiot. Habituellement je serais un hôte forcé du Manoir Malefoy, mais ils se préparent à recevoir toute leur famille… Ce qui, si j'en crois Drago, est un drame en soi… Je ne peux pas les déranger encore plus.

Il lui adressa un sourire contrit, s'apprêtant à lui dire qu'elle ne pouvait pas avoir de remède miracle à tout, et certainement pas à sa situation à lui, quand elle se releva vivement et lui attrapa le bras pour le tirer.

-Dans ce cas, tu n'as qu'à passer la nuit chez nous !

Se laissant relever, Blaise fronça les sourcils avec circonspection.

-Je ne pense pas que tu as droit de décider de cela sans qu'Harry soit consulté.

Elle ne le lâcha pas pour autant, commençant à le trainer vers le poste de garde qui était le seul accès au réseau des cheminées à une heure si tardive.

Ah… Femme déterminée…

-Ecoutes, Harry et moi, on sait très bien ce que c'est de ne pas avoir de « chez soi ». D'ailleurs Harry est en train de construire le sien et il en est tout foufou. Je pense qu'il ne verra aucun inconvénient à te le prêter, du moins jusqu'à la fin de la semaine.

Aussi étonné par le discours que par l'idée d'un Harry Potter tout « foufou », rien ne lui vint pour objecter et sans s'en rendre compte, il se retrouva catapulté à Lost Wood, couvert de cendres, vite suivie par Hermione qui subit le même préjudice.

-Ah ! Pouah ! J'ai oublié qu'ils n'avaient pas encore ramonés le conduit de cette cheminée…

S'époussetant sans commenter, Blaise jeta un coup d'œil curieux à son environnement, ne reconnaissant absolument pas les lieux. Ce ne fut qu'en se tournant et en découvrant le blason au-dessus du foyer de la cheminée qu'il sut qu'il était chez les Black.

Sur cette entrefaite, un Harry Potter encore plus débraillé et décoiffé que d'habitude jaillit dans la pièce.

-Oh ! Désolé Hermione ! J'avais pourtant dit à Happy de s'occuper de cette cheminée en priorité !

Il remarqua soudain son invité surprise et s'immobilisa :

-Oh ? Zabini ?

*Blaise ! Bon sang de… ! Blaise ! Quand est ce qu'il va m'appeler par mon prénom !?*

-Harry, appuya t'il fortement avant de regarder la sorcière à ses côtés et de répondre : Hermione m'a invité charitablement à venir dormir chez vous.

Alors que le brun était à deux doigts de demander pourquoi, la jeune femme montra qu'elle possédait une certaine finesse en lui coupant la parole et prétendant un problème familial.

Ce qui en fait était tout à fait le cas.

-Ah. OK. Pas de soucis, on avait justement besoin de bras supplémentaire ! S'éclaira le brun, le considérant brutalement comme une véritable aubaine.

*Pourquoi j'ai l'impression de m'être fait piéger ?* Se demanda Blaise alors qu'un elfe de maison habillé d'un petit tablier bleu apparaissait.

A la vue de l'être, il se força à ne pas trop se raidir, gardant un masque sans expression alors que ses compagnons semblaient positivement ravis de sa présence comme s'il s'agissait d'une créature d'exception ou une attraction.

Hermione se présenta même à lui comme elle l'aurait fait d'un humain.

-Happy, y-a-t-il par hasard une autre chambre prête et confortable pour Mr Zabini ? Demanda gentiment Harry en se penchant vers lui.

-Oui Maître ! Nous avons prévu Maître ! Kreattur a dit « Il faut toujours prévoir une chambre de plus dans la maison de son maître » ! Alors Happy et Lucky s'en sont occupés ! Elle est au même étage que celle de Mademoiselle Hermione !

-Fantastique ! C'était une excellente initiative !

L'elfe de maison rayonnait de bonheur. Blaise était intérieurement mortifié, comme s'il assistait à la chute d'une civilisation sans pouvoir rien y faire.

-Bien, et pourquoi n'irais-tu pas conduire ces deux-là à leur chambre ?

-Oui Maître ! De suite Maître !

Harry se releva alors et plongea deux iris verts pénétrant dans ceux de Blaise, pleine de promesse de représailles s'il ne prenait pas au sérieux ce qu'il allait dire :

-Oh et Zabini, les elfes de cette maison sont peu nombreux et ont du travail, j'ignore comment tu as l'habitude de vivre en dehors de Poudlard, mais j'aimerais que tu ne les appelles pas pour un rien. Ah, et aussi : dans cette maison, on ne maltraite personne. Les pauvres ont suffisamment subis de leurs anciens propriétaires et doivent être considérés comme n'importe quel autre être magiques. Autrement dit : avec respect. C'est compris ?

Blaise songea qu'il valait mieux qu'il évite de dire qu'il avait personnellement l'habitude de les tuer pour se défouler. Harry se tenait fermement sur ses pieds, royal et autoritaire en son domaine, et ce malgré sa mise négligée, et Blaise songea qu'il n'avait jamais mieux porté son prénom qu'en ce moment même(1).

-Cela me convient. Plus loin ils sont de moi, mieux je me porte.

Et sur ces mots sibyllins, il suivit Hermione, continuant de détailler son environnement qui semblaient encore en plein aménagement. Il avait cependant du mal à se considérer en demeure Black car les lieux étaient exceptionnellement chaleureux, comme si la maison puisait déjà dans l'énergie chaude et positive de son propriétaire.

Sa chambre se révéla tout à fait satisfaisante, quoiqu'encore un peu froide car la cheminée avait été allumée récemment. Refermant la porte après s'être fait montrer la salle de bain la plus proche, il se laissa tomber sur le lit, presque un deux place au cadran en bois sculpté et recouvert d'une douce et épaisse courtepointe brune et beige. Il y avait aussi une large armoire dans un coin, une commode et un bureau placé de façon à pouvoir regarder par l'une des deux fenêtres lorsqu'on y travaillait.

De l'extérieur, Blaise ne voyait que le ciel nocturne remplis de nuages noirs qui cachaient les étoiles.

Nonobstant cette morosité, il était bien.

Parce que malgré la situation improbable de se retrouver à vivre chez le Sauveur, avec pour seule compagnie des gryffondors, il était à l'intérieur de quatre murs chaleureux et entouré de personnes bienveillantes.

C'était un peu comme Poudlard.

Cette nuit, Blaise s'endormit le sourire aux lèvres, profitant de cette accalmie dans sa vie, sans imaginer une seconde que cette chambre resterait la sienne, ni le nombre de fois où il serait encore amené à y dormir.

A suivre…

(1) Harry, prénom d'origine germanique, signifie « Maître du foyer ». Et je trouve ça plutôt cool.

Ah je l'attendais ce chapitre ! Il n'y a pas beaucoup d'action, mais avouez quand même qu'on y apprend pas mal de choses ! Blaise d'abord, qui est votre chouchou (l'est-il toujours après cela ?) et dont j'ai fait ma Blanche Neige personnelle… Mais qui viendra le réveiller de son long sommeil ? Ah ah, j'arrête de vous taquiner avec cela !
Et puis Théo, mon Théo, qui n'a encore qu'un rôle mineur mais qui fait petit à petit son trou.
Alors, eh oui, pas de nouveauté dans la relation d'Harry et de Drago, c'est pour le prochain chapitre. Ainsi que tout le reste de la famille Malefoy.
D'ailleurs sujet qui fâche : je suis dans l'impossibilité de vous donner une prochaine date parce que les semaines à venir vont être plutôt chargée pour moi. Ma meilleure amie se marrie et je suis une de ses témoins. A moi les joies de l'organisation d'un enterrement de vie de jeune fille, et d'aider aux derniers préparatifs. En plus le chapitre suivant va demander pas mal de soin pour éviter de ressembler à n'importe quoi…. Je vais quand même essayer de vous le sortir avant la fin du mois.
Prochain chapitre :
Invasion de Malefoy au Manoir, ou « Mon Beau Père et Moi » partie 1.