Note de l'auteur :Pour fêter Pâques (en avance je sais, c'est que je serais dans ma famille le jour même) et le 40ieme chapitre *roulement de tambour* MARIAGE ! Je remercie toutes les personnes qui ont eu la gentillesse de me laisser un commentaire sur le dernier chapitre. Vous êtes des anges, des amours, bref… Je vous fais plein de bisoux via ordinateurs interposés ! Je salue de même tous ceux qui sont venus nous rejoindre dans cette aventure ! Merci !
Chapitre 35 : Soyez joyeux le jour de votre mariage
Le soleil perçait timidement la pièce en plusieurs rayons de pales particules dorées, profitant de chaque interstice de rideau le long des larges fenêtres s'alignant sur le mur. Malgré cela, Drago avait toujours eu besoin que l'on vienne le réveiller ou même le sortir du lit puisqu'il aimait à paresser le plus longtemps possible dans la douceur et la chaleur de ses draps.
Pourtant, aujourd'hui, il était bel et bien réveillé, et s'il était encore dans son lit, on ne pouvait pas dire pour autant qu'il en profitait.
Les yeux fixés sur le ciel de baldaquin, il était immobile, écoutant en partie l'agitation qui régnait dans la demeure. Pour qu'il l'entende à son étage, et à l'endroit de l'aile où il se trouvait, c'était qu'un véritable chambardement avait lieu plus bas.
*Les fleuristes…* Songea t'il. *Ils ne pouvaient passer qu'au dernier moment… Et puis le traiteur… On devait aussi accueillir l'orchestre. Ils doivent être en train de répéter…*
La liste des derniers préparatifs, bien que n'étant pas dans ses attributions, venait déferler dans son esprit, doublé de ses propres tâches et d'un sentiment d'angoisse allant de plus en plus en s'accentuant.
Ne pouvant rester plus longtemps immobile en espérant que s'enterrer dans son lit retarderait le plus possible ce qui allait arriver, il rejeta d'un large geste draps et couvertures pour se lever.
Dédaignant sa robe de chambre, il s'avança dans la froideur matinale jusqu'à son miroir en pied, traversant tel un fantôme la pièce avec sa carnation pâle, ses cheveux blonds et sa chemise de nuit blanche. A travers la pénombre il fixa son image qui lui renvoyait son air troublé, les sourcils légèrement froncés au-dessus de ses yeux d'acier. Posant une main sur son reflet qui l'imita, il poussa un soupir.
Regardant ensuite autour de lui, il s'appliqua à enregistrer chaque petit détail de ce qui avait été sa chambre à partir de ses cinq ans, quand il avait quitté la nurserie. Depuis que ses jouets d'enfants avaient été… arbitrairement retirés, elle ne contenait plus que quelques meubles de rangements élégants, accompagné d'un bureau, même s'il avait aussi une pièce d'étude à côté de la bibliothèque. Les seuls éléments de décorations étaient deux grands tableaux de paysage, et avant qu'il ne les range dans une caisse hier : son cher balai, les vifs d'or qu'il avait attrapés et plusieurs photographies dédicacées de joueurs qu'il aimait.
Il avait dormi ici pour la dernière fois.
En sortant de cette pièce il dirait définitivement adieu à sa chambre d'enfant. Ce soir, il s'allongerait dans une autre pièce du manoir, et le jour suivant il quitterait même sa maison pour aller habiter ailleurs…
Marié.
Marié.
Ce mot avait un horrible son de définitif… Pourquoi ne s'en était-il pas rendu compte avant aujourd'hui ?
Le grand jour. Et il était à deux doigts de paniquer.
-C'est juste un mariage, se lança t'il, tentant d'être rassurant. Alors pourquoi je m'angoisse comme ça, d'un coup ?
Se détournant, il se mit à faire les cents pas dans sa chambre.
-Je suis juste à peine trop jeune pour ça. Assurément que la moitié de mes amis seront eux aussi mariés dans les années à venir… Mais est-ce que cela signifie pour autant que je suis prêt pour ça ? Alors là… Attends, calme-toi. Qu'est-ce que ça va changer au juste ? Pas grand-chose, je vais juste habiter loin de mes parents, les voir moins, mais c'est comme Poudlard, n'est-ce pas ? C'est surmontable. Et puis après ça, je n'aurais plus à supporter la vision de centaines de filles tournant autour de MA proie. Le souci étant que ma proie, en question, je n'ai pas eu trop l'occasion de l'expérimenter et que la situation actuelle avec lui n'est pas très brillante… Sa faute évidemment… N'a-t-on pas idée d'être aussi versatile ?! Et s'il ne venait pas ? S'il me laissait tomber devant l'autel ? Non non non, ça n'arrivera pas ! Il est obligé d'être là pour Evangeline… Mais et s'il lui arrivait un accident durant l'épreuve du ruban ? On ne s'est pas assez entrainé… Il nous aurait fallu plus de temps… Oui c'est ça… Plus de temps… Quelle sont les chances pour que ma mère accepte de reporter le mariage ? Laisse tomber, il n'y a aucune chance et elle serait capable de te mettre sous imperium pour que tout se passe comme elle l'a prévu… Sans parler des invités qui arriveront dans quelques heures…
Le sentiment d'insécurité refusait décidemment de partir. Tant qu'il était loin, l'inconnu ne l'avait pas vraiment inquiété, mais là, au bord de l'échéance, il le happait de plein fouet et toute la joie d'être l'une des vedettes de la journée et de s'accrocher à vie l'homme le plus convoité du siècle, et dont accessoirement il était désespérément amoureux à sens unique, peinait à reprendre le dessus.
Et c'était peut-être ça : s'il avait eu la moindre petite assurance des sentiments d'Harry à son égard, il y serait allé sereinement. Mais ce n'était au final rien d'autre qu'un mariage arrangé autour de leur fille.
Il adorait Evangeline : elle était son miracle vivant, son îlot de bonheur et elle, au moins, lui rendait son amour, mais il regrettait vraiment le rôle qu'elle avait dans cette histoire.
Et puis son petit ange n'était absolument pour rien dans le fait que son fiancé avait possiblement passé la soirée à se rincer l'œil sur de stupides et quelconques stripteaseuses.
L'angoisse de Drago fut soudain noyé par une vague de mécontentement et tout d'un coup la nécessité du mariage lui apparut des plus claires et des plus cruciales.
Il devait mettre une laisse au père de sa fille.
Cette décision prise, il alla dans sa salle de bain pour un brin de toilette rapide afin d'être présentable et c'était plus résolu que jamais qu'il descendit vers la petite salle à manger, écoutant les rumeurs provoquées par les personnes qui s'activaient pour son mariage. Arrivant au premier étage, il fronça cependant les sourcils en captant le bruit d'une dispute animée, reconnaissant la voix de sa mère.
Remontant jusqu'à la source, à l'endroit où il devait de toute façon aller, il découvrit quasiment toute sa famille, ainsi que Blaise et Pansy, qui s'agitaient en secouant ce qui devait sans doute être la Gazette du Sorcier.
-Euh… Bonjour ? Lança-t-il, et tout d'un coup il y eut un silence parfait, chaque tête se tournant vers lui avec cependant des expressions très différentes allant de l'inquiétude, à la fureur, ou même dans le cas de ce crétin d'Ambroise, à la moquerie.
Dire qu'il devint aussitôt suspicieux était un euphémisme.
-Qu'est ce qui se passe ?
Blaise plongea brusquement le nez dans son thé, son père garda une expression crispée de mécontentement hautain, sa mère grogna, le professeur Rogue semblait avoir envie de se pendre avec une corde et Ambroise émit un ricanement mauvais, jetant brusquement son exemplaire de la Gazette du Sorcier dans sa direction.
Drago voulut à peine y jeter un coup d'œil méprisant, mais un « HARRY POTTER » gros et gras dans le premier titre, accompagné d'une photo où… Il attrapa vivement l'objet du contentieux et rapprocha cette photo de ses yeux en se sentant suffoquer à moitié.
Pourquoi y avait-il une photo en gros plan de SON fiancé embrassant à pleine bouche une blonde ?!
*Lavande Brown* Pensa pour lui la dernière partie lucide et analytique de son cerveau.
-RAAAH ! Je vais tuer cette Granger ! Pesta quant à elle Narcissa en cherchant de toute évidence quelque chose pour se défouler.
Drago, lui, faisait un choc. Il n'avait pas bougé depuis plusieurs minutes, incapable de lire tout ce qui accompagnait la photo maudite.
-Eh bien, c'est touchant de voir à quel point ton fiancé tient à toi, se moqua Ambroise en se glissant vicieusement derrière lui.
Si Ambroise devait se glisser quelque part, ce serait de façon gluante, pas comme un serpent, mais plutôt comme une limace baveuse. Il tourna la page pour Drago, lui faisant découvrir d'autres photos de baisers et d'autres filles.
*Romilda Vane. Catherine Catfish. Morag MacDougal. Megan Jones.* Continua la seule partie fonctionnelle de son cerveau.
*Est-ce que je vais devoir tuer toutes les filles provenant des trois prochaines promotions promues de Poudlard ?* S'activa une nouvelle partie, celle des stratégies et de son auto-préservation.
*Tu as envie de rejoindre Greg à Azkaban ?* Demanda la partie analytique qui n'était plus solitaire.
*Non. Définitivement non.* Répondit l'auto-préservation.
Se secouant mentalement et physiquement, il revint aux gros titres et lit silencieusement le contenu de l'accroche :
« EXCLUS : Le dernier tour de piste de HARRY POTTER.
Mesdemoiselles, Mesdames, si vous n'étiez pas hier soir au Stade Victoria pour la fête organisée en l'honneur de notre Sauveur National, vous avez raté la dernière possibilité d'expérimenter une étreinte et même un de ces baisers que ce dernier a très généreusement distribué tout au long de la soirée. -Mais de pas de soucis, puisque cette édition de la Gazette est munie d'un supplément cadeau : un paquet de mouchoir à l'effigie de ce tombeur des dames ! – Séchez donc vos larmes et pensez un peu à notre héros. N'était-ce pas l'aveu inconscient d'un regret ? D'une détresse cachée au plus profond de lui ? Un adieu aux plaisirs dont il sera à tout jamais privé puisqu'il épouse aujourd'hui Mr Drago Lucius Malefoy. Un mariage entre homme totalement inédit en Angleterre, bien que ce cas de figure s'est déjà vu de l'autre côté de l'Océan, ou même plus proche, dans certains pays du continent européen (note : le tout premier mariage célébré entre deux sorciers eut lieu aux Pays Bas en 1856). Cependant personne n'est dupe quant à l'artificialité de cette union. Si le Ministère de la Magie se démène toujours à découvrir le fin mot de l'histoire, les derniers sondages réalisés révélaient que 40% de sorciers pensaient toujours à un complot de la famille de Mangemorts Malefoy. Seuls 26% des sondés sont prêt à admettre que les deux familles se soumettent à la Volonté Magique. Et un curieux panel de 0,3% prétend à un plan monté par Mr Potter et son fiancé pour faire accepter leur amour caché au grand jour.
Le sort en est néanmoins jeté. Nous aurons une pensée émue et compatissante pour Harry Potter aujourd'hui et lui feront nos adieux pour accueillir Harry Black dès demain.
Vous pourrez évidement compter sur notre Gazette pour vous faire revivre la mariage en photo dans votre édition de demain !
Le Magasin de Farces et Attrapes Weasley&Weasley vous rappelle que les produits dérivés commémoratifs du mariage sont en vente en ce moment même sur le Chemin de Traverse ! Approuvé par Albus Dumbledore ! »
Drago venait soudain de perdre l'appétit.
-Mère ? Quand est-il le plus judicieux de tuer son époux : avant ou après son mariage ?
-Enfin Drago quelle question stupide ! Roula des yeux Narcissa en lui arrachant le journal des mains pour aller le jeter dans les flammes de la cheminée.
C'est le moment que choisis un troupeau de buffles pour grimper les escaliers… Ah non, il s'agissait en fait d'un défilé de trois gryffondors aux têtes de déterrés. En les apercevant par l'embrasure de la porte du petit salon du Matin, Granger sursauta, plaça une main en paravent de son visage comme si ça pouvait la cacher de leurs regards et poussa plus fort Potter devant elle pour s'éclipser.
Les yeux de Narcissa se plissèrent méchamment.
-Après son mariage évidemment, une fois sûr de toucher l'héritage ! Continua-t-elle à la question qu'avait posée précédemment Drago.
Remontant ses manches comme si elle s'apprêtait à utiliser ses poings, elle fonça ensuite à la poursuite du groupe avec un terrible : « GRAAAANNNGEEERRRRR » à l'appui.
En cet instant, Drago ne voulait pas être la née moldue pour tout l'or du monde.
Il sentit alors la main de Blaise se poser fermement sur son épaule et Pansy vint le regarder avec une moue mariant à la fois l'inquiétude et agacement.
-Ça va ? Demanda-t-elle.
-Question stupide Pansy, marmonna Blaise en la foudroyant du regard. Evidemment qu'il ne va pas bien.
-Oh pitié, gémit Drago d'un air exaspéré. Harry Potter n'est pas amoureux de moi : quel scoop ! Je crois que je ne vais jamais me remettre de la nouvelle !
-Tu sais très bien que ce n'est pas le problème… Murmura le black en tournant la tête vers un des exemplaires du quotidien.
Bien sûr que Drago connaissait le principal problème : Potter avait fait manque de dignité, mais c'était lui qui était humilié. Tous les Malefoy l'étaient. Ce qu'avait fait le gryffondor c'était un immense doigt d'honneur vers eux, comme déclarer : « Vous n'êtes pas assez bien pour que je prenne la peine de faire attention à ce que je fais. ». Jamais une famille de l'aristocratie n'avait eu à subir pareille insulte d'une autre, cela aurait provoqué la rupture quasi immédiate des fiançailles avec déclaration de guerre à la clef… Mais c'était tout sauf une possibilité dans leur cas.
-De toute façon… Notre famille est déjà au fond du trou. On ne peut pas tomber plus bas, philosopha t'il avec résignation sous les regards gênés de ses amis.
En fait, cette raison, Drago n'arrivait vraiment pas à s'en émouvoir, en partie effectivement à cause de leur côte de popularité proche du néant, mais surtout parce qu'il était surtout fou furieux que la bouche de son fiancé ait été souillée par une vingtaine de nana différentes. CA c'était le véritable pied de nez, de ELLES, qui s'étaient fichues comme de l'an 40 que Potter lui appartienne à lui et à lui seul.
*Tein, je devrais toutes les poursuivre en justice… *
Et puis décidemment, il avait eu raison ce matin : il lui fallait bien une laisse à ce con. Tant qu'il ne serait pas marié officiellement avec lui, il continuerait à chercher à échapper à ses responsabilités.
*J'espère que t'en a bien profité Potter, parce qu'à partir d'aujourd'hui, tout ça c'est terminé !*
Se revêtant d'une dignité qui avait déjà subi tant d'épreuves qu'elle pouvait à peu près tout supporter, il se décida à abandonner toute idée de petit déjeuner pour aller se prendre un bon bain apaisant, puis revêtir sa tenue de marié.
-Vous devriez aller vous changer aussi, annonça-t-il à ses deux amis qui comme lui avaient enfilés des tenues passe-partout pour se présenter au petit-déjeuner. N'oubliez pas que les premiers invités arriveront à 11h30.
-Tu ne vas pas avoir besoin d'aide ? S'enquit Pansy, toujours partante quand il s'agissait de jouer à la poupée sur un garçon.
Drago esquissa un sourire entendu, l'air de dire « comme si j'allais tomber dans le panneau ».
-Non merci chéri. D'autant plus que l'habilleur et le coiffeur finiront bien par passer me voir lorsqu'ils en auront terminé avec Potter… Enfin… Peut-être… Dans un jour ou deux !
Ils ricanèrent tous les trois, attendant en réalité avec impatience de voir ce que donnerait le gryffon une fois passé entre les mains de professionnels.
-o-O-o-O-o-
Les professionnels n'étaient pas à la joie. Harry encore moins.
Ce dernier, s'il souffrait d'un mal de tête lancinant, s'estimait néanmoins heureux d'avoir échappé aux vomissements et autres joyeusetés causées par l'ébriété. Il ne savait vraiment pas ce qu'il lui avait pris de boire autant… Du moins il supposait qu'il avait trop bu parce qu'en réalité, une grosse partie de la soirée était un immense trou noir. Il se souvenait avec un peu de honte du striptease de Seamus, puis après c'était très flou. Il se voyait un instant par terre en train de se faire gronder par Hermione et se sentant tout triste, puis il lui semblait avoir parlé avec Luna… Et aussi un truc avec Viktor Krum qui sentait l'eau de cologne.
Il n'avait cependant pas eu le temps de demander des précisions à Hermione, étant donné que le réveil qu'avait programmé cette dernière avait échoué à les réveiller et que seul l'arrêt brutal de sa métamorphose de texture les avait sorti du sommeil, se trouvant tout d'un coup allongé sur du béton brut et inconfortable.
Harry avait d'ailleurs le cou qui l'élançait un peu. Il voulut se le masser mais se fit taper sur les doigts par le couturier qui faisait à nouveau des ajustements sur le plastron de sa tunique. A quelques pas, Narcissa était en train de se disputer avec Hermione en secouant frénétiquement un journal roulé comme si elle voulait la frapper avec.
La douche qu'il venait de prendre l'avait à peine réveillé. Il sentait le manque de sommeil dans chaque fibre de son être et essayait de ne pas penser à la longue journée qui l'attendait. Il grimaça quand le coiffeur tira sur ses cheveux avec son peigne, mais ce dernier l'ignora et continua à modeler des mèches avec sa baguette magique. En même temps le couturier commençait à enrouler sa taille dans la première couche de ceinture et Harry soupira, agacé de se sentir tripotté de partout.
-QUOI ?! VOUS PENSEZ PEUT ÊTRE QUE J'AI TOUT MANIGANCE POUR SABOTTER LE MARIAGE ?! Hurla Hermione.
-C'EST EXACTEMENT CE QUE JE PENSE ! Hurla à son tour Narcissa.
Harry fronça les sourcils, voulant se boucher les oreilles mais ne pouvant pas, ses bras ayant été pris en otage. Il fit un bref mouvement de tête vers Neville qui se tenait dans un coin, la tête dans les mains, l'air coupable.
-Mais pourquoi Hermione a-t-elle besoin de monter la voix comme ça ? Lui demanda-t-il. Elle croit qu'on a pas assez mal à la tête ?
-Ne sois pas comme ça avec elle, marmonna Neville en se massant les tempes. Elle a sauvé ta vertu hier soir, tu te souviens ?
-Hein ?
Harry se fit tourner de force et se retrouva dos aux deux femmes.
Il ne voyait pas de quelle vertu parlait Neville puisque cela faisait un moment qu'il l'avait perdue.
-De quoi je suis censé me souvenir ? Demanda-t-il innocemment, et Neville se leva difficilement pour demander poliment à Narcissa s'il pouvait lui emprunter son journal, oui ? Merci. Et de repartir vers Harry, d'une démarche pesante, leur ayant apparemment coupé tout leur élan dans leur dispute.
Le silence fit du bien à Harry une demi-seconde avant que son ami lui déplie la une sous le nez.
Et là, le brun fit un bug.
C'était comme regarder la photographie d'un jumeau lui ressemblant comme deux gouttes d'eau en train d'embrasser, avec plus d'entrain qu'il ne lui semblait en avoir jamais mis, une fille qu'il finit par reconnaitre comme étant Lavande Brown. Sauf qu'il ne se souvenait absolument pas de l'avoir vu hier.
- J'ai cette tête là quand j'embrasse ? Finit-il par demander à voix haute sans s'en rendre compte, provoquant différentes réactions autour de lui qui l'encouragèrent à se rattraper rapidement : Euh… Je voulais dire : Merlin ! Je ne me souviens absolument pas d'avoir fait ça !
Personne ne crut à son jeu surjoué jusqu'à ce que l'information finisse par faire son morceau de chemin dans sa tête et qu'il commence à s'inquiéter :
-…Et j'ai fait quoi d'autre ?
Il fixa Neville avec horreur, s'attendant à entendre les pires humiliations. Le couturier daigna lui rendre ses bras et il s'empara fébrilement du journal pour tourner les pages.
-Rien d'autres, apparemment l'alcool te rend juste avide de câlins, tenta de minimiser Neville.
-Argh, j'ai embrassé Eloïse Midgen ! Je ne suis pas SI désespéré quand même !
Harry continua à se lamenter sur les photos et les témoignages de nombreuses filles, car même si toutes n'étaient pas aussi peu attractive qu'Eloïse, il n'arrivait pas à croire qu'il ait pu enfoncer sa langue dans toutes ces bouches… Ne serait-ce qu'oser !
Dire qu'il lui avait fallu plus d'un mois pour se trouver une cavalière au bal de Noël en quatrième année… Et il s'agissait alors juste de danser !
-C'est normal si j'ai envie d'aller me laver les dents une deuxième fois ?
Hermione soupira et fut coupée par Narcissa avant d'avoir pût le sermonner sur sa bêtise.
-Cela me parait être une réaction censée et pleine de bon sens, commença-t-elle sans que qui que ce soit puisse dire si elle était sérieuse ou juste sarcastique, la suite cependant était beaucoup plus facile à déchiffrer : Mais qu'est ce qui t'a pris Harry ? Tu te rends compte des retombées sur notre famille ? Et quand je dis « notre », je ne parle pas que de mon époux et de mon fils, je t'inclus dedans aussi ! Tu veux que toute la population sorcière se rie de ton couple à ton passage ?
-J'aimerais surtout que la population sorcière se mêle de ses affaires pour changer, grogna Harry alors qu'on lui fixait son chapeau sur la tête.
-Ca n'arrivera jamais Harry. Et tu ferais mieux de t'y faire dès maintenant, répondit péremptoirement la sorcière blonde.
Harry souffla, contrarié. La colère et l'adrénaline avait soudain chassé toute forme de fatigue au loin.
-Ce n'était pas ce que je voulais Narcissa. Je peux te le jurer. J'ai juste… Déconné.
-ON a déconné, s'ajouta Neville en s'avançant vers la sorcière. Ne soyez pas fâchés qu'envers Harry : Hermione a raison quand elle dit que c'est de ma faute. C'était à moi de le surveiller, mais j'ai vu qu'il était entre de bonnes mains, alors…
-Calmez-vous les garçons, s'efforça de relativiser Narcissa en ignorant délibérément Hermione. Ce qui est fait est fait. Et la philosophie Black est d'avancer coute que coute. Le mieux à faire est de ne pas réagir afin de minimiser le plus possible l'affaire. Ma stratégie est de faire croire que c'est une pratique courante lors de cette coutume moldue -Nous savons tous qu'ils ont des coutumes bizarres- Ainsi toute cette histoire sera bientôt balayée sous le tapis.
-Les nés moldus saurons que c'est un mensonge, répliqua Hermione d'un air peu convaincu.
-Les personnes qui comptent ne le saurons pas, la tacla quant à elle Narcissa avec un grand sourire mauvais, insinuant sans erreur possible qu'elle considérait que ces derniers ne pouvaient tout simplement pas venir du monde moldu.
Les narines frémissantes d'indignation, la jeune sorcière ne semblait plus savoir quoi faire pour rester polie avec la sang-pur. Heureusement c'est le moment que choisit le couturier pour terminer d'ajuster la cape d'Harry et les deux artisans réclamèrent alors leurs attentions pour admirer leur œuvre d'art.
Un peu timide quand tous les regards se braquèrent sur lui, Harry tendit l'un des bras, testant l'aisance de son costume de mariage, avant de se fixer d'un air un peu surpris dans un miroir en pied déplacé pour lui. Chez les Malefoy, l'homme ne pouvait pas se marier en robe ou en redingote (quoique la redingote était pour les sorciers moins aisés), puisqu'il devait passer l'épreuve traditionnelle à cheval. Cela demandait un costume adapté à la monte et assez souple pour ne pas risquer de le gêner et de le tuer au passage.
C'était déjà arrivé : Emmanuel Malefoy, 15eme siècle : sa robe s'était prise sous les sabots d'une vache et il avait été piétiné à mort par son propre cheval.
La tenue d'Harry faisait donc plus penser à un uniforme militaire. Il portait un pourpoint blanc matelassé au torse et piqué de petits rivets en argent poinçonné des armoiries des Potter, ce qui était un véritable travail d'orfèvre. Le bas du pourpoint était fendu en quatre pans afin de ne pas gêner les mouvements de ses jambes. Une ceinture de tissu bordeaux le gainait au ventre, surmontée d'une autre ceinture, en cuir mauve cette fois-ci, plus étroite et fermée par des lacets. A celle-ci était fixé un étui pour baguette, comme on l'aurait fait d'un fourreau pour une épée.
A son grand désarroi ses fesses et ses cuisses étaient à nouveau gainée par une culotte, couleur bordeaux pour continuer à respecter les couleurs des Potter, et surtout pour que la saleté qui risquerait de s'y fixer lors de la chevauchée ne risque pas d'être trop visible. Il portait ensuite des bottes qui lui montaient jusqu'aux genoux, d'un cuir noir souple et mâte.
Sur ses épaules était attachée par une accroche présentant cette fois-ci le blason des Black, une curieuse cape noire asymétrique au col montant. Si l'un des côté lui tombait à mi torse, l'autre lui arrivait en haut des cuisses. Un liseré argenté courait le long des bords et remontait à l'arrière en deux points jusqu'au col.
Pour compléter le tout, car un sorcier décent n'était rien sans un chapeau, il portait une espèce de petite toque du même tissu épais que sa cape, et reprenant d'ailleurs le motif et les couleurs. Le plus impressionnant était néanmoins la façon dont le coiffeur avait réussi à sculpter ses cheveux – cela ne lui avait demandé qu'une heure et beaucoup de magie, mais il possédait désormais une coiffure coupée en dégradé le long de son crâne, il avait demandé à garder sa longueur puisque ces derniers avaient réussi à repousser jusqu'à couvrir en partie sa nuque. Mais le mieux étaient les mèches qui entouraient en ensembles compacts et immobiles son visage, dégageant un peu son front, tout en cachant en partie sa fichue cicatrice. Le tout sans avoir l'air d'avoir utilisé un pot entier de gel.
Harry avait la satisfaction de penser qu'il ressemblerait à quelque chose sur les photos de mariage.
-OUAH ! Harry, tu es superbe ! S'exclama Hermione en lui tournant autour.
-Vous ne devriez pas vous préparer vous aussi ? Demanda l'air de rien Narcissa en jetant un bref regard aux deux gryffondors qui avaient juste enfilés un truc rapidement après leurs douches.
-Oui, vous avez raison, on va y aller, approuva Neville en comprenant que la sorcière souhaitait rester seule avec Harry.
Il poussa donc une Hermione peu décidée hors de la pièce en priant pour retrouver le chemin vers la chambre qu'on leur avait donné.
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Dès que la porte fut refermée, Narcissa se laissa un peu aller, ignorant le couturier et le coiffeur qui rangeaient leurs affaires discrètement pour passer à l'autre marié. Ses traits s'adoucirent en fixant le jeune homme… Ah ce garçon… Ils leur en faisaient voir de toutes les couleurs, mais elle restait intimement convaincue que le jeu en valait la chandelle.
C'était comme un pressentiment qui la titillait dès qu'elle le regardait. La même sensation qui l'avait autrefois décidée à mentir au Seigneur des Ténèbres.
Et elle devait aussi avouer qu'il réveillait son instinct maternel malgré elle. Avec ses petits airs perdus et la peur qu'on lisait dans son langage corporel lorsqu'on le touchait. S'approchant de lui jusqu'à l'attraper par les épaules, elle le tint contre elle, saisissant tout ce qu'elle avait cité plus tôt dans le reflet du miroir.
-Comme ta mère n'est pas là pour pouvoir te le dire, je le ferais à sa place : Tu es magnifique Harry, n'importe qui serait plus qu'honoré de se tenir à tes côtés aujourd'hui et je suis heureuse que cette chance revienne à mon fils.
Harry lui rendit un sourire timide en tournant le visage vers elle :
-Je ne voudrais personne d'autre que lui.
-C'est vrai ? Fit-elle, agréablement surprise.
Il détourna le regard pour se perdre à nouveau dans le reflet du miroir.
-Je voudrais surtout que ce ne soit personne d'autre que moi.
-Je vois la nuance, mais ça me va tout autant. Souviens-toi juste de la promesse que tu m'as faite : Prendre soin de lui. (Elle enfouit son visage dans son épaule) C'est mon trésor. Le seul.
La main d'Harry s'enroula autour de la sienne, comme s'il sentait son désarroi et désirait la consoler. C'est vrai que ce mariage l'emballait, mais elle commençait à réaliser qu'elle était en train de se séparer de son fils. Que ce dernier ne vivrait plus dans leur maison, mais ne serait plus ici qu'un invité de passage. Elle ne pourra plus contrôler le moindre de ses gestes, s'assurer que tout va toujours bien pour lui en toutes circonstances. Poudlard avait déjà été un tel déchirement – d'ailleurs il avait été tout à fait hors de question que Lucius exile son enfant à Durmstrang comme il en avait d'abord eu l'intention.
Couper le cordon se révélait plus douloureux que prévu.
-Je prendrais soin de lui Narcissa, chercha à la rassurer Harry. Et je me souviens aussi que vous m'aviez demandé, si c'était possible, de l'aimer un peu. Si à l'époque ça m'apparaissait totalement impossible, aujourd'hui je peux vous assurer que ce que je ressens pour lui est loin de la haine ou de l'indifférence. Je ne sais pas ce qu'il pense de moi, mais pour ma part, je me sens concerné.
-Je suis heureuse d'entendre ça. Drago en a besoin. Il a besoin qu'on l'aime… Et je crois que toi aussi.
Devant son air dubitatif, elle le tourna vers elle pour lui faire face :
-Je sais que c'est beaucoup te demander : Tu es si secret et si autonome, mais il faut que tu te laisses apprivoiser Harry. Il n'y a que comme ça que tu découvriras certaines choses…
-Quelles choses ? Lui demanda-t-il en essayant de cacher son trouble, ce qui était pure énergie perdue avec un visage aussi expressif que le sien.
-Ah… Ca… Je compte justement sur ta curiosité naturelle pour te laisser tenter.
Après un clin d'œil malicieux, elle se leva sur la pointe des pieds pour l'embrasser sur le front.
-Bon… Je dois aller voir où en est Drago. N'oublies pas, à…
-Onze heures, je dois être aux écuries pour me préparer. Onze heures trente le convoi démarre… Commença à réciter Harry avec un sourire moqueur.
-C'est ça. On se reverra pour la cérémonie des liens. Bonne chasse !
Seule la grimace dégoutée du garçon lui répondit.
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Le bain avait vraiment fait du bien à Drago. S'occuper de lui avait toujours eu un effet relaxant sur ses nerfs : naturellement, il prenait soin de lui parce qu'un Malefoy ne devait pas faire négligé, mais cette simple consigne avait peut-être évolué en un petit vice, qu'il n'était d'ailleurs pas le seul garçon à posséder.
Toutes les maisons de Poudlard contenaient leurs lots de mecs à fond sur leur physique, étalant de la crème sur leurs visages, des lotions dans leurs cheveux, polissant leurs ongles, arrachant sans pitié tous poils disgracieux, certains même allant jusqu'à maquiller leurs yeux pour leur donner un peu plus d'intensité. Et tous n'étaient pas gay, loin de là.
Tous avaient cependant un peu trop tendance à s'aimer eux-mêmes.
Son sens surdéveloppé de l'autopréservation venait sans doute aussi de là. Il allait sans dire que quand on aimait quelque chose, on y tenait, non ?
Tout détendu qu'il était, il retomba cependant rapidement en état de stress intense en rentrant dans sa chambre – et pût une fois de plus bénir son sens de la survie cité plus haut.
En fait, cela se passa si vite qu'il lui fallut un certain temps pour réaliser ce qu'il s'était passé. Il était présentement les fesses par terre contre le mur, sa baguette crispée entre ses deux mains tremblantes, à fixer le corps de l'homme en robe noir contre la commode, la tête pendant sur son épaule et du sang s'écoulant doucement de l'endroit où le crane avait rencontré l'angle du meuble.
Sur le capuchon noir qui cachait le visage, le marteau blanc ressortait férocement.
Il n'avait JAMAIS tué personne de toute sa carrière de Mangemort. C'était un véritable miracle en soi dont il était au fond de lui bêtement fier (même s'il ne pouvait dire si c'était par couardise envers l'acte lui-même ou par dégout pour ce dernier). Et voilà qu'à quelques heures de son mariage qui devait définitivement le ramener du côté de la Lumière, il commettait son premier meurtre. Sans faire exprès en plus.
Parfait. C'était juste parfait.
-MMAAAAMMMMAAAAAAAANNNNN ! Finit-il par hurler.
Un elfe de maison apparut à ses côtés mais il n'y fit pas attention, continuant à crier, et ce dernier disparut sans doute pour aller chercher la maitresse de maison.
Celle-ci, qui était en route vers sa chambre, mit peu de temps à arriver avec le petit serviteur, ouvrant la porte avec précipitation pour jauger le spectacle qui se tenait devant elle.
Drago cessa aussitôt ses hurlements hystériques et Narcissa referma vivement la porte derrière elle, la verrouillant magiquement et lançant un sort visant à décourager toute personne d'entrer dans la pièce.
Sa première préoccupation fut cependant pour le bien être de son enfant, cherchant de ses yeux bleu toute trace de blessures :
-Tu vas bien mon chéri ?
-Oui… Je… Merci à tante Bella pour ses cours d'auto-défense… Marmonna-t-il, toujours sur le choc.
La sorcière détourna alors son regard vers le sorcier qui continuait à se vider de son sang sur le tapis.
-C'est un assassin de l'Ankou…
-Oui… Comme ceux qui ont essayé d'enlever Evangeline. Celui-là était là pour moi apparemment…
Il jeta un regard horrifié à l'un des pans de la tapisserie qui avait brûlé, touché par un sort qui lui était réservé.
Il réalisa soudainement que le sorcier n'était peut-être pas tout seul et que sa fille ou Harry pouvaient aussi être en danger.
-Mère… Evang…
-Mrs Leonowens est en train d'habiller votre fille Jeune Maître, répondit l'elfe de maison qui avait disparu quelques secondes. Et Mr Potter est en ce moment même en compagnie de Mr Le Professeur Rogue. (puis s'adressant à Narcissa) Tora a prévenu les autres elfes, Maitresse, les autres elfes vérifient en ce moment toutes les pièces du Manoir.
-Discrètement j'espère. Personne, si ce n'est mon époux, ne doit être au courant, lui ordonna-t-elle avant de froncer légèrement les sourcils : Celui-ci a dû profiter de l'abaissement des protections du Manoir pour entrer avec les prestataires…
-Ne devions-nous pas avoir des Aurors pour assurer la protection ? Geignit Drago.
-Si, ils sont là, mais l'Ankou leur a toujours filé entre les doigts… Que s'est-il passé ?
-Il m'attendait derrière la porte. Mais je ne sais pas… J'ai senti que quelque chose n'allait pas et je me suis retourné brusquement, ça m'a permis d'éviter le premier coup. Il s'est déplacé, par reflex moi aussi et j'ai lancé le premier sort qui m'est venu en tête : Repulso. Ca n'aurait pas dû le tuer, mais ça l'a projeté contre le meuble, là et sa tête a frappé violemment l'angle… Et…
Il leva et rabaissa les bras d'un air impuissant.
-Ce sont des choses qui arrivent, lâcha avec fatalité sa mère. D'où l'utilité de percevoir son environnement avant de commencer toute forme de duel.
Drago lui jeta un regard effaré, n'arrivant pas à croire qu'elle lui faisait un cours en une telle situation.
-Maman… J'ai tué un homme. Les Aurors vont m'embarquer et…
Il frissonna d'horreur à la seule idée de se retrouver à nouveau entre les mains de Winters. S'accrochant à la robe de sa mère, il lui jeta un regard suppliant :
-Oh, non, ne les laisse pas m'emmener ! Ne les laisse… !
-Chuut, chut, Drago, chéri, chaton, je ne laisserais jamais personne t'emmener, le rassura t'elle en lui caressant les cheveux et en le forçant à la lâcher. Là… Tout doux. Contrôle Drago. Personne ne va savoir. Tu n'en parle à personne, pas même à Harry. Surtout pas à Harry. Ecoute, tu vas faire comme s'il ne s'est rien passé… Tu vas aller t'habiller dans la chambre au tableau de la Tamise et je t'enverrais l'habilleur et le coiffeur là-bas.
-Et… ?
Il fit un vague mouvement de la main vers le cadavre.
-Je m'en occupe, annonça-t-elle, d'un ton toujours aussi calme et assuré. Tu as compris ? Il ne s'est rien passé.
-Il ne s'est rien passé, répondit mécaniquement Drago.
-Bien ! Va t'habiller maintenant. Je te rejoindrais tout à l'heure !
Le jeune homme hocha la tête, toujours choqué et fit voler son costume jusqu'à lui pour quitter précipitamment la pièce, laissant le problème dans les mains expertes de sa mère.
Celle-ci se retourna vers le mort, les lèvres pincées d'agacement.
-Maîtresse ? Lança Tora, l'elfe de maison, avec incertitude.
-Vas donc me chercher ma broche en forme de coquillage rouge, lui ordonna-t-elle sans même le regarder.
Il disparut et elle s'approcha de la scène du crime. Elle savait qu'elle ne trouverait rien sur le corps et que la robe des sorciers de l'Ankou était ensorcelée pour empêcher toute identification de l'individu. Sous la capuche noire, il n'y avait qu'un trou béant et obscur. De plus l'identité n'avait pas tellement d'importance : ce sorcier ne faisait qu'exécuter un contrat.
-J'adorais ce tapis…
Avec un soupir plein de regret, elle sortit sa baguette et la tourna négligemment, faisant bouger le tapis pour qu'il s'enroule autour du cadavre. Presque par automatisme elle jeta un sort de nettoyage sur la commode pour effacer toute trace de sang.
Tora revint à ce moment-là, tenant entre ses longs doigts tordus une belle broche écarlate qu'il lui tendit avec révérence.
-Tu sais, elfe, cette broche m'a été offerte par mon vénéré Père le jour de mon mariage… Ce n'est pas la première fois qu'un Black doit se débarrasser d'un corps embarrassant, et ce ne sera certainement pas la dernière fois non plus…
Elle posa la broche sur le tapis roulé et toucha ce dernier de sa baguette :
-Les noirs secrets sont bien cachés.
La broche s'enclencha aussitôt, se révélant être un portoloin.
En quelques secondes, le tapis, Narcissa et Tora se retrouvèrent à l'extérieur, surmonté par un ciel d'un bleu profond et entouré de toute part par l'océan.
L'elfe glapit d'horreur en découvrant l'étroit piton rocheux sur lequel ils se trouvaient. Tout autour il y en avait d'autres, de diverses tailles, qui fendaient les vagues comme des pics à glace. Jetant un coup d'œil prudent par-dessus le bord, il fut surprit par la transparence de l'eau, si claire, révélant non seulement des morceaux de vieux bateaux échoués, mais aussi rien moins qu'une dizaine de requins tournant en rond.
Il n'avait pas la moindre idée de l'endroit où il se trouvait, mais ce n'était assurément plus l'Angleterre. Et s'il avait pu se demander quel pouvait être l'utilité d'un tel périple, il se tut en contemplant le tapis chuter dans l'eau, couler un instant en laissant derrière lui un panache rougeâtre, avant d'être pris d'assaut par les squales qui s'en disputèrent sauvagement les morceaux.
Ce jour-là, le sourire satisfait de sa maîtresse devait hanter le reste des nuits de l'elfe de maison.
Et il n'osa dire un seul mot quand une broche identique se retrouva scellée dans un paquet cadeau, portant l'étiquette « Harry Potter », avec pour petit mot : « Un jour toi aussi tu en auras l'utilité. Avec Amour : ta chère belle-mère. ».
-o-O-o-O-o-
Après une entrevue très rapide et peu causante avec le professeur Rogue qui devait bien s'ennuyer pour venir le voir, lui, Harry était monté jusqu'à la nurserie, s'étant laissé dire qu'Andromeda était arrivée avec Teddy.
Il avait un peu moins d'une demi-heure devant lui, mais il était hors de question qu'il ne voit pas sa fille et son filleul avant de partir aux écuries. C'était pour les deux enfants leur première cérémonie officielle et tous deux avaient été habillés des couleurs des Black.
Normalement Evangeline aurait dû aussi porter celle des Potter et des Malefoy, et Teddy celle des Lupin, mais aucun des parents n'avaient voulu qu'ils soient placardés d'emblèmes comme des joueurs de quidditch sponsorisés.
Les deux petits portaient donc une robe noire toute simple, sans ouverture, qu'ils avaient enfilés par la tête. Celle d'Evangeline, comme il était coutume pour les bébés, était très longue, ornée de fines dentelles argentées au cou, en bas et aux manches elles aussi si longues que la petite fille devait les faire glisser pour retrouver ses mains. Par contre, pour les pieds, rien à faire et c'était frustrée qu'elle donnait des coups de jambes à Mrs Leonowens parce qu'elle avait récemment tout juste découvert qu'elle pouvait porter ses doigts de pieds à sa bouche, chose qui était devenue sa nouvelle activité préférée devant le je-fais-des-bulles-avec-ma-salive.
Elle adressa donc un regard humide à son père quand il la prit dans ses bras, mais ce dernier se contenta de gagatiser, ne réglant en aucun cas son problème de pieds disparus.
Evangeline ne pouvait deviner que la tenue était en partie faite pour qu'elle se tienne correctement devant les invités. Teddy, par contre, commençait vaguement à en avoir une idée quand il se rendit compte qu'il ne pourrait pas marcher à quatre pattes correctement avec, étant de plus constamment rattrapé par sa grand-mère qui s'acharnait à vouloir le porter.
Se décidant à bouder parce qu'il voulait rejoindre son parrain et que celui-ci n'avait pour l'instant d'yeux que pour le bébé, ses cheveux prirent une violente couleur verte et son visage se déforma pour lui donner une vague allure de troll comme ceux présents dans ses livres de contes.
-Ah non ! Le gronda sa grand-mère, je ne veux pas de petit monstre comme petit-fils aujourd'hui ! Alors sois tu reprends une allure plus humaine, sois je te laisse avec Mrs Leonowens et tu ne pourras pas voir ton parrain et ton cousin se marier ! Tu te souviens ? Le mariage. Je t'ai expliqué hier ce que c'était.
-Non ! Répondit-il en ôtant aussitôt son facies monstrueux. Pa'hein !
Il tira sur sa manche en redonnant à ses cheveux une couleur noire et ses yeux devinrent verts alors qu'il pointait du doigt Harry.
Ce dernier le remarquant se rapprocha et prit délicatement son petit poing dans l'une de ses mains, gardant Evy de son autre bras. Celle-ci adressa à peine un vague regard à son cousin, n'étant pas encore assez éveillée pour comprendre ce qu'était l'autre enfant. Le garçon par contre lui tira la langue avant de lever le nez sur son parrain.
-Pa'hein. Ma'iage ! Annonça-t-il fièrement.
-Oui, mariage, répondit-il. Ton parrain va devoir montrer à cheval et attraper une vache. Tu sais une vache ? Celles qui font « Meuuuh » !
-Meuuuuh ! Répondit Teddy qui adorait imiter les bruits des animaux. Meuuuuh ! Vach' !
Harry lui sourit en retour, heureux de le revoir.
-C'est bien, tu es un bon garçon Teddy. Vous êtes tous les deux très mignons, mais il va falloir que j'y aille…
Il relâcha la main du petit garçon et releva la tête vers Andromeda :
-Je compte sur toi pour Evy, je sais que Mrs Leonowens s'en occupera bien, mais bon… Mieux vaut deux regards, qui sait ce qu'il pourrait se passer…
-Ne t'en fais pas, et puis on les ramène ici de suite après la cérémonie des liens. Et je suis certaine que tu pourras t'éclipser quelques secondes durant le repas pour t'assurer toi-même que tout va bien.
-Si je pouvais m'éclipser définitivement…
-Ah non alors ! Plaisanta la brune. Pas avant notre double valse ! Je te rappelle que j'ouvre le bal moi aussi, avec Drago. Alors tu as intérêt à être là !
Harry poussa un soupir exagéré, avant de s'arracher de force à la nurserie, rendant Evangeline à la gouvernante, non sans l'avoir embrassé partout avant et avoir puisé toutes les forces qu'il pouvait en elle.
Contrairement à hier, les écuries semblaient envahies de monde. Peut-être parce que tous les hommes de la famille Malefoy, à l'exception de Drago, trainaient dans les environs tandis que l'on hissait difficilement le Grand-Père sur son cheval.
En tant que Doyen, Herbert Malefoy devait les accompagner, lui et Lucius. Sur le moment cela n'avait pas choqué plus que ça Harry, mais en voyant le papi habituellement accroché à son déambulateur être littéralement ficelé sur sa selle, le brun se demanda s'il n'allait pas passer toute la chasse à craindre que le vieil homme ne passe l'arme à gauche sans prévenir.
-Et n'oubliez pas Père : les étincelles dorées s'il réussit, les étincelles rouges s'il est blessé ou mort ! Répétait son fils ainé avant de recevoir un coup de canne agacé de la part de son ainé.
-Je sais tout ça Louis Philippe ! Je ne suis pas encore gâteux !
Légèrement dégouté par leur discussion (*si je meurs et puis quoi encore !*), Harry rejoignit Espoir Des Ténèbres qui était revêtu pour l'occasion d'un splendide harnachement, avec des galons courant le long des rênes et des brides du filet, chacun ornementé d'une goutte de cristal qui tintinnabulait doucement à chaque mouvement de tête.
Harry lui tapota doucement l'encolure sous la crinière et remarqua alors les rubans bleus attachés à sa selle. Ils étaient déjà noués en boucle afin qu'Harry ait juste à en passer l'un d'eux dans une corne et s'éloigner le plus vite possible.
C'est à dire avant que l'animal ne le charge.
-Allez ! Tu peux le faire ! S'encouragea-t-il-lui même en profitant d'un marchepied laissé à son intention pour monter sur sa selle.
Cette fois-ci il ne portait pas de casques ni de protection : Il n'avait donc pas vraiment intérêt à faire le malin. Néanmoins, de la hauteur où il se trouvait, il avait l'impression de regarder une bande de petits animaux s'agiter dans tous les sens. Pressant les flancs de sa monture pour la faire avancer, les conseils de Drago lui revenaient aussitôt en tête : « grandis-toi, les épaules en arrières, juste le bout des pieds enfoncé dans les étriers… » et il slaloma entre les Malefoy, les elfes et les palefreniers pour se porter vers le début du chemin.
-Impatient ? Ah ce bon air de la campagne, ça vous ragaillardit un homme ! Lança le doyen en se portant à ses côtés et Harry le fixa d'un air incertain alors que le ciel était entièrement recouvert de nuages et que l'orage grondait au loin.
Le bon air en question était un vent froid et humide…
Il n'eut pas le temps de lui demander si c'était un temps standard en France car le vieil homme venait d'être rattrapé par Louis-Philippe, inquiet :
-Les étincelles père… Les étincelles…
-Mais oui j'ai compris ! Va donc embêter quelqu'un ailleurs ! Le chassa t'il.
-Je pense que nous sommes prêts, annonça Lucius en se plaçant de l'autre côté de Harry, très élégant dans une tenue de cavalier assortie d'une très longue redingote verte et d'un petit chapeau de sorcier à bords et à la pointe repliée vers l'arrière.
Harry détourna le regard vers le paysage qui lui faisait face, fait de larges plages d'herbes de pâturages et d'arbres, quelques petits murets qu'il pourrait sauter formant les seuls obstacles entre lui et le lointain… Combien de jeunes mariés avaient eu envie, sentant la force retenue de l'animal entre leurs cuisses, de donner un grand coup de talon et de partir vers l'horizon… ?
-En fait, cette histoire de vache et de ruban, c'est juste du beau gros sadisme de l'appât sous le nez, pour voir si le marié ne va pas se carapater à la première occasion, non ?
-Mais non, je ne vois pas ce qui vous fait penser cela ! Plaisanta cordialement Lucius en pressant les flancs de son étalon, partant vers l'avant.
-De mon temps, lui confia Herbert en se penchant légèrement d'un air canaille, c'était un excellent prétexte pour se débarrasser ni vu ni connu des prétendants non désirés, si vous voyez de quoi je veux parler !
Le vieil homme ricana en faisait à son tour avancer son animal, faisait fi de l'air crispé de Harry qui n'avait plus la moindre envie d'y aller maintenant – de peur de se retrouver avadakedavriser au détour du premier buisson un peu épais.
-o-O-o-O-o-
Quand Harry affrontait l'extérieur, Drago fut introduit dans une pièce à l'écart du jardin où se réunissaient en ce moment même les invités, les Aurors et les journalistes qui arrivaient par vagues.
Devant lui se trouvaient sa mère et ses deux tantes, Marie-Anne et Aurélie, assises ensemble sur une causeuse et lui-même alla s'installer en face sur un meuble identique, essayant de chasser ses doutes, et plus que tout « l'incident » de ce matin. Détaillant sa mère sur toutes les coutures, de son élégante robe droite, sans volume, qui contrastait avec les montagnes de mousseline que les deux autres femmes portaient, jusqu'à sa coiffure impeccable, ornée de plumes de cygnes et de perles argentées.
Comme d'habitude elle était parfaite et personne n'aurait pu deviner que quelques heures plus tôt, elle se débarrassait d'un cadavre. Pour lui c'était un véritable mystère.
De la part de sa tante Bellatrix, il ne s'était jamais étonné de rien. Quand il l'avait rencontré pour la première fois, Azkaban avait marqué en elle la trace de la folie et de l'horreur. Elle pouvait torturer de la plus horrible façon quelqu'un et prendre le thé avec les meilleures manières du monde la seconde d'après, les mains encore visqueuses de sang.
Mais sa mère avait physiquement hérité du côté des Rosier : les cheveux blonds, les yeux bleus, la peau crémeuse. Elle ressemblait beaucoup à Grand-Mère Druella. Psychiquement, pourtant, on disait qu'elle tenait de son père, Cygnus, que Drago n'avait jamais connu. Un homme doux et aimant avec les membres de sa famille, puis un véritable loup avec le reste du monde. Quand Orion et Walburga Black faisaient chambre séparée depuis la naissance de leur héritier, les grands-parents de Drago avaient partagés leur vie jusqu'au bout, et pas uniquement parce qu'ils souhaitaient un garçon.
Parce que bien évidemment, après Narcissa ils n'avaient plus fait de tentatives. Comme on disait chez les sorciers de la haute société : « 1 c'est pas assez, 2 c'est tout juste bon, 3 c'est parfait et au-delà c'est exagéré. »
Inconsciemment, Drago jaugeait son propre futur bonheur à l'aune du mariage de ses grands-parents maternels et de ses parents. Il se devait d'être comme sa mère et comme Grand-Père Cygnus. Même si cela voulait dire trouver le sang-froid nécessaire pour aller cacher un cadavre et faire comme si rien ne s'était passé devant Harry.
Il ferma douloureusement les yeux à cette idée.
-Tu n'es pas une femme, Drago, nous t'épargnerons donc le traditionnel couplet au sujet du devoir des dames, commença sa mère. Et comme tu n'as aucune cérémonie du vin à passer, étant déjà un Black par le sang, il ne me reste plus qu'à te transmettre la pierre.
Avec sa baguette, elle fit lever un gros bloc de pierre blanche pour le placer entre eux. Sur celui-ci, Drago pouvait lire « Manoir Malefoy, juill. 1080 ».
-Vous l'enchâsserez dans les fondations de votre demeure principale, ainsi nos deux maisons seront reliées.
Drago hocha de la tête avant de miniaturiser la pierre du Manoir pour lui donner la taille d'un caillou. Il la confia alors à un des elfes pour qu'il l'ajoute à ses bagages. Ces derniers occupaient déjà presque une pièce entière à l'étage, entre ses malles personnelles, ses grands coffres contenant les tenues qui ne pouvaient en aucun cas être réduites, sa multitude de boite à chapeau, ses affaires de quidditch comprenant pas moins de onze balais différents, donc cinq de courses, trois de voyage et trois taille enfant, et puis à côté tous les meubles qui avaient été inclus dans le contrat de mariage, ainsi qu'une caisse de livres de magie, une autre contenant quelques athamés de cérémonies, des ingrédients de potions rares, plusieurs boutures de plantes précieuses, des tapis, des rideaux et du linge de maison, de la vaisselle aussi s'il ne se trompait pas. Et puis il y avait aussi les animaux : Master, son cheval, Espoir-des-Ténèbres, une jument reproductrice, Royal le hibou Grand Duc, deux autres hiboux de la volière et l'ensemble de canaris, de rossignol japonais et de deux perroquets que Drago avait forcé ses parents à acheter quand il était petit et dont il ne s'était jamais occupé.
Sa mère et les elfes de maisons semblaient plutôt contents de s'en débarrasser.
Un domestique ferait aussi le voyage : le plus vieux palefrenier, un sorcier du nom de Jarvis Briggs, qui avait appris à Drago à tenir sur son premier poney.
Bref, on pouvait dire qu'en plus de cette pierre, il allait amener une grosse partie de sa maison chez Harry.
Enfin… Chez eux.
-Bon ! Eh bien maintenant, si nous sortions guetter les étincelles au-dessus du parc ?! Proposa joyeusement sa tante Aurélie en joignant ses mains devant elle.
-Oh… Je me disais que je pourrais peut être jeter un coup d'œil aux paquets qui sont réunis près de l'entrée, lança l'air de rien le blond qui avait remarqué l'accumulation importante de cadeau de mariage.
-Drago… Tu es censé les ouvrir plus tard avec Harry, lui rappela sa mère.
-Je ne vais pas les ouvrir… Juste les regarder ! Et essayer de deviner ce qu'i l'intérieur ! Fit-il en les suivant presque joyeusement à l'extérieur.
-C'est grossier, commenta Narcissa. Imagine un peu que quelqu'un te voit farfouiller comme un chat errant dans les poubelles. Non, oublies ça Drago.
-Surtout que ça ne veut rien dire, ajouta Marie-Anne. Un jour j'ai eu un cadeau de la taille d'une boite d'allumette, qui faisait du bruit comme une boite d'allumette. En fait quand je l'ai ouverte, c'était une calèche. Même pas rétrécie ! La boite avait un intérieur gigantesque… On a eu beaucoup de mal à sortir cette pauvre calèche de là. Je crois me souvenir qu'il y avait même le cocher moldu à l'intérieur et qu'on devait lui jeter de la nourriture pour ne pas qu'il meure…
Drago la fixa avec perplexité et un peu d'effroi.
Ils arrivèrent finalement dans le jardin où avait lieu la cérémonie. Un mur floral fait de lys, de roses et de narcisses, tous blancs, trônait à présent derrière l'estrade. Il était accompagné de trois arches végétales le long de l'allée et de chaque côtés se tenaient de délicates chaises en fer blanc pour les invités. L'emplacement était délimité par des haies taillées pour reprendre le motif d'entrelacs du dossier des chaises. Derrière ces dernières s'amassaient déjà les journalistes qui vérifiaient leurs matériels, et des Aurors qui patrouillaient en fixant chaque point du décor comme si c'était la pire chose au monde pour eux.
Au-dessus se tenait une coupole magique transparente au cas où l'orage éclaterait en plein milieu de la cérémonie. Drago regarda avec contrariété le ciel : il ne faisait vraiment pas beau… Mais bon, c'était à prévoir lorsqu'on se mariait en avril.
Les invités étaient debout derrière les rangées de chaises, saluant chaque nouvel arrivant, discutant ou admirant leurs tenues respectives. Drago repéra dans un coin Hermione Granger et dû admettre qu'elle était particulièrement radieuse dans sa robe rouge tulipe qui s'ouvrait dans le dos et se fermait sur le devant par un petit collier de cou. Ses cheveux étaient remontés en un ensemble de boucles noires structurées, faisant ressortir le rouge à lèvre qui ornait ses lèvres. Il réalisa alors qu'elle discutait avec animation avec Blaise et Pansy.
Blaise avait l'air d'avoir retrouvé sa bonne humeur et arborait aujourd'hui les couleurs des Zabini : le rouge carmin et le noir, les deux couleurs semblant particulièrement bien assorties avec la née moldue au point que Pansy dans sa mousseline bleue nuit semblait appartenir à un autre monde. Ses courts cheveux noirs étaient retenus par un serre tête orné d'un petit nœud de velours noir et d'une pierre de lapis-lazuli.
Levant la tête, elle le repéra et s'échappa du groupe pour le rejoindre.
Elle le détailla silencieusement des pieds à la tête :
-Tu es époustouflant Drago.
-Qu'est-ce que tu crois ? Des vêtements faits sur mesure par le meilleur tailleur de toute l'Europe! Je te parle pas du prix ! Tu es pas mal non plus si tu veux savoir.
-Hum, je sais ! Répondit-elle fièrement. Quand tu auras le temps, va saluer mes parents, je crois qu'ils étaient quelque part pas loin du Ministre de la Magie.
-Je préfère ne pas trop m'approcher de la foule de peur de pas pouvoir en sortir…. Et puis je ne veux pas manquer les étincelles.
Il gardait le ciel au coin de l'oeil, bien qu'il ne fût pas le seul à guetter.
-Ah oui… Ton Potter est en train de jouer les cowboys…
Hermione se glissa alors jusqu'à eux, l'air inquiète. Drago commençait doucement à la connaitre et avait pu comprendre que cet air n'était réservé qu'à une seule personne : son fiancé.
-Suis-je la seule à ressentir comme une arrière impression de Troisième Tâche lorsque nous étions en quatrième année ?
-Ouais, parait que Poudlard était l'endroit le plus sûr de toute la Grande Bretagne ! Lâcha Blaise, sombrement ironique.
Granger fit la moue avant de lever le regard au ciel, semblant un peu désespérée :
-Et encore, tu ne sais pas la moitié des choses à laquelle tu as échappé…
-Ah, c'est vrai que Potter trouve toujours le moyen de se retrouver dans des situations anxiogènes, répondit platement Pansy qui ne semblait toutefois pas très stressée.
-Il ne le fait pas exprès, la corrigea la gryffondor.
*Arrêtez d'imaginer le pire s'il vous plait !* Grommela intérieurement Drago. *Je ne veux pas me faire du souci pour ce crétin courtiseur de fille !*
-Où est Londubat ? Demanda-t-il pour changer de sujet de conversation.
-Avec sa grand-mère et Hannah… Et les Abbot.
-Devons-nous nous attendre à un futur mariage ? L'interrogea Pansy en fronçant le nez. Je pense que Londubat pourrait trouver mieux.
-Ce n'est pas une question de « mieux », c'est une question de sentiments. Est-ce que vous trois étiez si déterminé à faire un mariage de raison ?! S'indigna Hermione.
-Techniquement c'est ce que je fais, répliqua Drago.
Il aurait mieux fait de se taire puisque la jeune fille émit un son moqueur en redressant son menton, enchainant avec sa pose de Miss-Je-Sais-Tout.
-Non, techniquement tu lorgnes sur les fesses de mon meilleur ami depuis le début de l'année !
-Ah ! Là elle t'a eu Drago ! S'exclama Blaise alors qu'il prenait une moue boudeuse et s'entourait de toute la mauvaise foi dont il pouvait être capable.
-Je ne lorgnais pas ses fesses.
C'était qu'elles étaient pas mal du tout moulées dans un de ces jeans moldus, mais la plupart du temps, elles étaient cachées par sa robe de sorcier.
-Tu divague Granger, réagit Pansy, volant à son secours. Et je ne vois pas ce qu'il y a de mal à s'intéresser au côté pratique de la chose. Je ne pense pas pouvoir être heureuse aux côtés d'un homme pauvre et sans influence.
-Tu connais déjà mon point de vue, ajouta Blaise en lui souriant, désolé pour elle.
-Suis-je la seule personne romantique à des mètres à la ronde ?! S'étonna Hermione.
-Oh, mais je peux être romantique, répliqua Pansy. Mais avec un homme riche et puissant.
La gryffondor poussa un soupir désespéré tandis que les serpentards ricanaient autour d'elle.
-Ils te font marcher Hermione, fit Blaise avant d'être coupé d'une taloche de la part de Pansy.
-Non, c'est très sérieux !
Leur rire s'étrangla cependant quand un homme poussa une exclamation en pointant du doigt le ciel.
Un jet de magie s'érigeait u milieu des nuages avant d'exploser en pluie d'étincelles.
Rouges.
Une main glacée se referma soudain sur le cœur de Drago tandis que des exclamations inquiètes et paniqués éclataient parmi les invités. Harry était peut-être blessé.
Harry était peut être mort.
Non.
Comment il ferait lui si Harry était mort ? Et puis de toute façon ce n'était pas possible : le monde s'arrêterait sûrement de tourner si Potter mourait. Il était le Survivant.
Qu'est-ce qu'il allait faire… ?
Il avait du mal à respirer. Non, en fait, il n'arrivait plus à respirer. Oh Salazar, il était à deux doigts de refaire une crise de panique…
Un nouveau jet de magie apparut dans le ciel et lança de nouvelles étincelles.
Cette fois-ci elles étaient dorées.
L'héritier Malefoy se rappela alors comment respirer.
-Qu'est-ce que ça veut dire ? Se plaignit Pansy à côté de lui. Potter est blessé mais après il a réussi ? Potter est mort mais il a réussi ? Potter a réussi mais…
-Ohmondieuohmondieuohmondieu… Psalmodiait Granger à côté en se mordant les doigts. On devrait appeler un médicomage !
-Je suis sûr qu'il va bien. Il est solide le petit Potter, tenta de la rassurer Blaise.
Une main caressa son épaule et Drago tourna la tête vers sa mère qui présentait un visage des plus sereins :
-Ca, c'est ton grand-père qui s'est trompé d'étincelles. Allez, ils vont revenir maintenant, alors soyons prêt à les acceuillir.
Encore un peu sonné, et ce pour la deuxième fois de la journée, il se dirigea machinalement vers l'estrade tandis que Narcissa invitait la foule à rejoindre les rangées de chaises.
C'était trop d'émotion pour son pauvre cœur.
-o-O-o-O-o-
-Herbert… Soupira Lucius d'un air sincèrement navré.
Le vieil homme haussa des épaules avant de montrer sa baguette magique :
-C'est cette fichue vieille branche, elle n'en fait plus qu'à sa tête !
Harry qui regardait d'un air HEUREUX sa vache s'en aller vers ses camarades avec son ruban bleu accrochée à sa corne, se tourna, légèrement interrogateur :
-Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?
-Ce n'est rien, répondit Lucius en continuant de regarder de travers le patriarche. Rentrons maintenant.
Le brun haussa des épaules, juste satisfait d'avoir réussi son épreuve et de s'en être sorti en un seul morceau. Il avait eu un peu peur lorsque la vache l'avait chargé en poussant un énorme mugissement furieux, mais heureusement c'était plus de peur que de mal.
-Au fait Monsieur Potter ?
-Hum ?
-38 minutes, lâcha son futur beau-père avec un sourire en coin.
Harry retint un cri indigné. Ou pas.
-On avait dit que ce n'était pas une compétition ! Et puis ça compte pas ! Elles s'étaient cachées ! Vous faites jamais tailler vos arbres ou quoi ?!
Il grogna lorsqu'il se rendit compte que l'homme faisait la sourde oreille et partait au petit trot vers le château. Harry l'aurait poursuivi avec plaisir s'il n'y avait eu le grand-père. Il n'allait quand même pas le laisser derrière eux tout seul.
-Chef de famille indigne ! Pesta-t-il à mi-voix en donnant l'ordre à Espie de repartir.
-On aura un bon beefsteak au repas, commenta pour sa part Herbert qui semblait suivre sa propre ligne de pensée.
Mais Harry tourna brusquement sa tête dans sa direction :
-Pourquoi vous dites ça ?!
Ils n'avaient quand même pas l'intention de… Non… Pas SA vache…
Mais l'homme ne lui répondit pas et se contenta de fredonner une mélodie. Harry préféra faire comme s'il n'avait rien entendu et remonta le chemin jusqu'à retrouver Lucius qui les attendait à l'entrée des vergers.
Là ils se remirent en position, Lucius et Herbert flanquant ses côtés alors que le bruit de nombreuses discussions animées arrivait petit à petit à leurs oreilles. Puis soudain, au détour du chemin, les arbres fruitiers disparurent et le jardin fut en vue.
Il y eut quelques exclamations joyeuses à leur apparition et toutes les têtes semblèrent se tourner vers eux. Harry se raidit inconsciemment sur sa selle.
A chaque pas cliquetant de l'animal il pouvait voir la foule se rapprocher et son cœur augmentait tout autant de cadence sans qu'il pense pouvoir un seul instant le contrôler. Lucius et Herbert chevauchaient toujours autour de lui et si ce matin il avait plaisanté au sujet de s'enfuir, à cet instant il retenait tout son corps pour ne pas donner un grand coup dans les flancs d'Espie et partir au grand galop au loin, très loin, là où personne ne pourrait le rattraper.
Non, à la place de ça il s'avançait inéluctablement vers Neville qui lui adressait un sourire un peu désolé.
Ouais c'est le moment, semblait-il lui dire, après ça tu ne pourras pas revenir en arrière.
Le public était fendu en deux parties distinctes et s'il avait été moins angoissé il aurait pu s'intéresser aux personnes le composant, mais là, il ne pouvait voir que l'allée tracée pour lui qui devait le conduire devant l'autel.
Là où l'attendait Drago.
Les rênes dans ses mains se mirent à trembler et Espie, semblant le sentir, donna un grand coup de tête pour tenter de se donner du lest. Harry le contrôla, se fustigeant d'être aussi nerveux. Il n'allait quand même pas mourir ! Et si effectivement sa vie conjugale était une part importante de son futur, ce n'était pas si grave de ne pas la faire avec un être qu'il aurait choisi en toute connaissance de cause. Après tout, il aurait peut-être fait un mauvais choix.
Epouser Ginny aurait pu être un mauvais choix.
Et Drago était… Ça pourrait… Enfin… Il ne ressemblait pas vraiment à un choix de dépit ou un lot de consolation. Loin de là. Peut-être que des filles, et peut être même des mecs, tueraient pour être à sa place en ce moment ! DONC il était, en quelque sorte, chanceux.
Arrivé non loin de Neville, il se rappela de faire une boucle de façon à placer son cheval perpendiculairement à la foule et attendit en se forçant à respirer, portant son regard un peu partout autour de lui, observant son bientôt beau-père (*gros soupir intérieur*) et son « grand-père » par alliance descendre de leurs montures, ce dernier aidé par son fils et son petit-fils tout en se faisant gronder à voix basse pour s'être trompé d'étincelles.
Puis Lucius fut à ses côtés et Harry ne put s'empêcher de plonger dans son regard. Que pouvait donc ressentir en ce moment cet homme de fer ? Harry n'était plus aussi catégorique à son sujet… A cause de ce que lui avait raconté le professeur Rogue, à cause de ce qu'il avait vu de lui ces derniers jours… A cause de leur dispute.
Evidemment ils ne seraient jamais « amis » et probablement tout juste cordiaux, mais le brun avait l'impression de mieux comprendre le personnage et grâce à lui avait appréhendé toute une série de nouveaux concepts, inconnus jusque-là.
A quel point il était difficile d'être responsable d'une famille, de la sauvegarder, de la mener dans la bonne direction… Ce poids le chef de famille était obligé de le porter tout seul sur ses épaules.
Un poids écrasant et solitaire.
Lui tendant la main, il se laissa attraper par la poigne de l'homme qui cette fois-ci n'avait rien de fuyante. Elle était ferme et l'aida à mettre pied à terre, les tenant plus rapprochés qu'ils ne l'avaient jamais été. Tout en ce moment était une question d'acceptation.
Est-ce que Harry acceptait cet homme qui avait toujours été contre lui, avait tenté de le manipuler et de le tuer, comme ainé, guide et protecteur ?
Est-ce que Lucius acceptait ce garçon qui avait détruit tous ses rêves de grandeur comme descendant et héritier de son titre et de tout ce qu'il possédait ?
« Serez-vous à la hauteur ? » Semblait lui demander les orbes d'argent fixées sur lui.
« Je le serais. » Lui répondirent en retour les émeraudes soulignées d'un léger froncement de sourcil.
S'éloignant légèrement, le chef de la maison Malefoy vint prendre la vieille et précieuse coupe en or massif que lui tendait sur un plateau l'un des officiants.
-Le sang qui coule dans les veines de la famille Malefoy est pareil au vin de cette coupe, aujourd'hui, par les lois qu'ont édictées autrefois nos ancêtres et celles des Familles libres, je fais de toi, Harry Potter Black, l'un des nôtres.
Il souleva le récipient à la vue de tout le monde, avant de le tendre vers Harry et continuer :
-La lignée Malefoy t'accepte en son sein et fais de toi un de ses enfants. Elle fait de toi son fils.
Harry respira profondément avant d'approcher son visage de la coupe et de tendre le cou, priant pour arriver à boire sans s'en renverser partout. Il avait beau savoir qu'il y avait une serviette non loin au cas où pour qu'il puisse s'essuyer, il avait l'impression que c'était l'épreuve la plus dure de la journée.
Heureusement, Lucius se montra très doux, autant dans la façon dont il posa sa main libre dans sa nuque, que dans la façon dont il inclina lentement la coupe, de sorte à ce qu'il puisse sentir le liquide toucher doucement ses lèvres avant de les entrouvrir.
Le vin, très fort, brûla la gorge de Harry et il fut heureux de ne devoir en prendre qu'une gorgée. Il n'était cependant pas préparé à l'espèce d'incendie qui s'alluma en lui et sa magie qui s'affola en un instant alors qu'une énergie étrangère se mêlait à elle.
En un instant il comprit ce que tous avaient essayé de lui expliquer en parlant de « Toile » ou de « Réseau » et de membres de familles reliés. Il la voyait enfin, pas avec ses yeux, pas avec son ouïe ou tout autre sens, mais il pouvait pendant cette brève seconde de réalisation savoir presque physiquement où se trouvaient tous les membres de la famille Malefoy, leur présence devenant comme plus « concrète » ou « plus solide », c'était difficile à décrire.
Et par phénomène de réaction, il pouvait aussi sentir tous les autres liens. Celui, merveilleux, doré qui l'unissait à Evangeline, évidemment, mais d'autres de nature très différente. Hermione. Rogue. Neville. Ron. Teddy. Arthur. Ginny. Et des liens même éteints, comme celui de Sirius. Et il sentait au-delà de ce lien, beaucoup d'autres, un énorme réseau. Et par ce fait, il était constamment traversé par de la magie qui n'était pas à lui, ce dont il ne s'était jamais rendu compte.
Avait-il vraiment été seul un jour ?
Ce n'était plus le gout du vin qui s'attardait au fond de sa gorge, mais un parfum sombre et musqué, froid et pur comme la neige, un peu ferrugineux aussi. La magie de famille des Malefoy qui l'enveloppait de son voile.
La coupe s'éloigna de ses lèvres et Harry reprit contact avec les évènements, tout seul dans son corps avec juste sa magie à lui et fut heureux que la main de Lucius soit encore dans son cou pour le soutenir. S'assurant d'un regard qu'il tenait bien sur ses pieds, le sorcier le lâcha doucement et leva à nouveau la coupe à la vue de tout le monde avant de la reposer sur le plateau.
-Tout va bien ? S'enquit-il à mi-voix en voyant qu'Harry semblait encore un peu planer.
-C'était… Wouaouh.
Lucius roula des yeux face à son incroyable éloquence.
-Et encore, vous n'avez pas idée de ce que ça a été pour moi de rejoindre les Black.
Oh si, Harry devinait. Ce monstrueux réseau derrière Sirius… Les Black reliés à quasiment toutes les plus grandes familles sorcières. Il savait qu'il allait lui-même devoir y faire face.
Se forçant à se reprendre, il suivit des yeux Neville qui vint alors prendre la place de Lucius auprès de lui, continuant d'adresser son sourire rassurant. Cela sembla désormais plus comme s'il essayait de cacher sa propre nervosité, un peu gauche dans sa robe un poil plus longue que d'habitude, d'un doux marron sobre décoré de bordures faite d'un fil vert éclatant et ondulant le long des bords en motif de lierre.
-Tu es très bien, le rassura Harry à voix basse alors qu'ils commençaient tous les deux à avancer vers l'allée.
Mais il ne saisit pas de réponses s'il y en avait eu une, car alors qu'ils passaient la première arche florale, Drago apparut enfin dans son champ de vision et soudain il n'y eut plus que lui.
Merlin qu'il était beau. Non, ce n'était pas le bon mot. Somptueux. Oui, il était juste somptueux.
Sur l'estrade, entourés par les nombreuses fleurs blanches qui embaumaient de leur délicat parfum tout le jardin, soudain c'était comme si le soleil était apparu derrière les nuages et avait décidé d'illuminer uniquement le jeune héritier.
Ce n'était pas vraiment le cas cependant, et peut être que la lumière d'un ciel orageux était ce qui convenait le mieux au teint de Drago.
Il était habillé quasiment tout en blanc, si ce n'était les broderies et la ceinture de sa tunique, du vert des Malefoy. Le vert des Serpentards. Celle-ci était à col haut, ce dernier semblait encore plus richement brodé, comme s'il s'agissait d'un bijou plutôt que de tissus. En bas il portait des culottes blanches et des bottines noires bordée de fourrure d'un gris soyeux.
La même fourrure qui se retrouvait à souligner l'encolure de la robe de sorcier que le jeune homme portait au-dessus, ainsi que les bordures des larges manches et celles du bas. Harry n'y connaissait rien en fourrure, mais rien qu'à la voir, on sentait qu'elle devait être horriblement chère. La robe elle-même, tout aussi blanche que le reste, était recouverte en nuages ici et là de paillettes argentée qui étincelaient doucement au moindre mouvement de son porteur.
Ça aurait probablement dû faire kitsh. Ca ne le faisait pas.
Harry était entrainé vers lui comme un papillon de nuit attiré par la lumière. Lui qui avait eu peur de se sentir ridicule et gêné en passant devant les rangées d'invités n'y faisait même pas attention. Et encore, heureusement qu'il avait Neville à côté de lui pour modérer ses pas.
Approchant toujours plus, il put détailler la grosse chaine qui tenait les deux pans de la robe au niveau des pectoraux. D'argent, elle portait en son centre une énorme émeraude enchâssée dans un cercle d'or blanc. Les motifs de sa tunique étaient des serpents et sous la toque du même genre que la sienne une partie de la frange du blond était rabattu, laissant quelques mèches libres sur ses tempes. Le coiffeur devait lui avoir coupé les cheveux car ils étaient plus courts derrière ses oreilles et laissaient la nuque entièrement découverte.
Ça plaisait à Harry, il avait fini par accepter qu'il avait une obsession pour le cou du blond.
Par contre il n'arriva pas à croiser son regard. Drago avait détourné la tête pour fixer l'officiant devant lui et ce fut grâce à cela qu'Harry se rendit compte de la présence de l'homme. Reprenant conscience de l'endroit où il se trouvait, il monta les petites marches de l'estrade avec les jambes soudain un peu raides et s'installa à côté de son futur époux, n'osant pas regarder dans sa direction.
Il sentait la présence de Neville à moins d'un pas derrière lui, vit du coin de l'œil Hermione qui serra le poing vers le haut en guise d'encouragement. Il lui répondit d'un petit sourire avant de se concentrer lui aussi sur l'officiant.
C'était un homme aux cheveux poivre sel avec une fine moustache, le visage concentré, une robe entièrement blanche, complétement neutre et fermée jusqu'en bas par des boutons, le faisant un peu ressembler à un druide. Voyant qu'il avait leur attention à tous, il commença :
-Sorcières et sorciers, je vous remercie d'être présent aujourd'hui pour assister à cette union réalisée dans le respect de nos traditions, honorant la Magie, les dons qu'elle nous a offert, et ce, afin de la perpétrer pour toujours et qu'à jamais elle demeure sur cette terre.
Un murmure de satisfaction secoua la foule et quelqu'un se moucha bruyamment dans son mouchoir.
-Aujourd'hui se présentent devant vous Drago Lucius Malefoy, né le 5 juin 1980, fils de Lucius Abraxas Malefoy et de Narcissa Malefoy, née Black, et Harry James Potter Black, né le 31 juillet 1980, fils de James Fléamont Potter et de Lily Potter, née Evans. Selon les rites sorciers, Messieurs les témoins, confirmez-vous que ces deux sorciers se sont promis l'un à l'autre ?
-Je confirme, répondit Neville en présentant la montre au cygne.
-Je confirme, répondit Blaise en en faisant de même avec le médaillon au phénix et au dragon.
-Très bien. Conformément à la loi, je dois annoncer à l'assistance que des contrats de mariage ont été signés et validés par la banque notariale de Gringotts. Maintenant, nous allons passer à la cérémonie des Liens. Mais avant, si quelqu'un à une objection à ce mariage, qu'il se lève et se fasse entendre ?
Harry se tourna légèrement vers la foule en priant que non, personne ne l'obligerait à revivre tout ça. D'ailleurs il pouvait compter sur Narcissa qui semblait défier quiconque de se faire remarquer, et peut être même avait ensorcelé les chaises pour les rendre aussi collante que du papier tue mouche.
Le silence qui raisonna heureusement durant quelques minutes n'était coupé que par le flash des appareils photos et les griffonnements de plumes des journalistes massés dans un coin. Harry détourna vivement la tête, souhaitant ne rien avoir à faire avec eux aujourd'hui. Avec l'article qu'ils avaient pondus ce matin, ils pouvaient toujours se brosser pour qu'il leur accorde ne serait-ce que quelques mots.
-Parfait, approuva l'officiant au bout de cinq minutes avant de retourner son attention sur les deux mariés et de sortir sa baguette magique qu'il éleva devant lui. Maintenant je vais demander aux deux mariés de se faire face et de serrer ensemble leurs mains gauches.
On y était.
Inspirant profondément, Harry se tourna vers Drago. Même si c'était stupide et en rien rassurant, il chercha la trace de la moindre émotion sur le visage et les yeux de son vis-à-vis. Mais il n'y avait rien. Un lac d'acier plat comme une mer d'huile.
Pendant quelques secondes il frotta les doigts contre la paume de sa main qui était un peu moite d'appréhension, sachant qu'à partir du moment où il aurait fait ces fichus serments, il ne pourrait plus revenir en arrière. Et il ne put s'empêcher de contempler ce qu'allait devenir sa vie.
« Allez… Fonce, ne réfléchis pas ! »
Il attrapa la main que Drago avait déjà levé, avec probablement plus de fermeté qu'il ne l'avait voulu. Le blond tressaillit à peine et garda sa propre poigne douce et légère tandis que la baguette de l'officiant se posait dessus.
-Messieurs les témoins ? Baguette levée ! Demanda le sorcier et les deux jeunes hommes s'exécutèrent. Avec l'aval et le soutien des Maisons Londubat et Zabini…
Un fin rayon de magie étincelant jaillit des baguettes de Blaise et Neville pour plonger sur celle de l'officiant, la faisant briller d'une lumière oscillant entre le brun et le carmin.
Des rubans lumineux en sortirent alors pour nouer les poignets de Drago et de Harry. A cet instant, même s'il l'avait voulu, ce dernier ne pouvait plus se détacher du blond, car aussi souple semblaient les liens magiques, cela le tenait fermement comme une corde, sans être cependant douloureux. C'était juste tiède et pulsait régulièrement comme un cœur.
Sans être les battements de son propre cœur, car ils battaient actuellement la chamade.
-Drago Lucius Malefoy et Harry James Potter Black : Jurez-vous d'offrir, en toutes occasions, protection physique et morale à votre conjoint et sa famille ?
-Je le jure, affirma Drago d'une voix atone.
Harry ne pouvait pas dire s'il avait gardé l'expression qui allait avec, car toute son attention était sur leurs mains jointes et le ruban côté Drago semblant se fondre dans sa peau, ne laissant qu'une fine bande de motifs, comme des runes sur la blancheur de son poignet.
-Je le jure, se rappela de dire à son tour Harry, observant alors le même phénomène sur lui.
Presque aussitôt un nouveau ruban sortit de la baguette pour les lier à nouveau.
-Jurez-vous d'offrir, en toutes occasions, soutien matériel et moral à votre conjoint et sa famille ?
Ils jurèrent tous les deux et une nouvelle bande d'inscription cercla leur poignet, juste à côté de la première. Harry se demanda un moment pourquoi il fallait que ce soit à cet endroit : ça faisait tellement menottes de prisonnier…
-Jurez-vous de vous montrer, en toutes occasions, loyal à votre conjoint et à sa famille ?
C'était probablement la promesse qu'il aurait le plus de mal à respecter, songea Harry alors que le dernier ruban brillait sur leur poigne. Drago n'hésita pas un instant, sa voix toujours aussi maitrisée et cela lui donna le courage d'en faire de même. Le dernier bracelet de symbole s'inscrivit sur sa peau et alors les trois bandes s'emmêlèrent les unes dans les autres, formant comme une chaine délicate ou une tresse à trois brins.
-Ainsi soit-il ! Vous voilà lié par vos serments, respectez-les, observez-les, ils vous permettront de vivre une entente harmonieuse ! Annonça l'officiant pour terminer le sortilège.
La baguette quitta sa position et comme à la répétition du mariage, les deux jeunes hommes se lâchèrent sans un regard, se tournant vers le public. Harry capta rapidement la silhouette rigide et figé de Lucius qui semblait assister à un enterrement, Narcissa qui tapotait dignement ses yeux d'un mouchoir alors qu'Hermione et Hannah les regardaient avec émotion. Le professeur Mc Gonnagall avait elle aussi un mouchoir à la main, étreignant de l'autre celle de Rogue qui semblait vouloir être à absolument tout autre endroit que celui-ci. Mais il n'y avait pas que les femmes car le professeur Slughorn se moucha d'un coup bruyamment, sa face larmoyante ressemblant un peu à celle d'un basset dépressif. Hagrid, derrière, n'était en guère meilleur état.
Pour changer un peu, il chercha Kingsley qui se tenait dignement au deuxième rang du côté normalement réservé à la famille de Harry.
Et pendant un bref moment, même si ce n'était qu'une rêverie, Harry se surprit à souhaiter voir ses parents au premier rang, fiers, il l'aurait espéré, ainsi que Sirius, Rémus et Nymphadora. Oh oui Tonks aurait ADORE ! Elle se serait amusée à choquer tous ces nobliaux en se pointant avec une couleur de cheveux ultra pétante et une tenue tout sauf adaptée ! Et puis toute la famille Weasley réunit derrière, avec même Fred. Les Jumeaux auraient rendu la soirée infernale ! Seuls Bill et Fleur étaient cependant là, la demi-vélane caressant doucement son ventre un peu rebondi en poussant des soupirs de plaisirs. A côté, il y avait Luna et son père et celle-ci semblait chantonner la marche nuptiale en oscillant sur sa chaise. A l'extrémité du premier rang réservé à la famille de Harry, se trouvaient Mrs Leonowens qui tenait dans ses bras Evangeline et semblait lui raconter toute la scène, et Andromeda qui avait originellement eu Teddy sur ses genoux jusqu'à ce que dernier décide qu'il était mieux par terre, sous la chaise de sa grand-mère.
-Je vous déclare à présents unis par les lois qui régissent le mariage sorcier ! Annonça finallement l'officiant et le public se leva alors pour manifester leurs joies en lançant depuis leurs baguettes des petites étincelles, des feux d'artifices, des pétales de fleurs ou même des petits oiseaux.
Les Aurors qui se tenaient tout autour grincèrent des dents, inquiets, mais rien n'avait pu empêcher les sorciers de faire comme ils en avaient l'habitude lors des mariages. Que ce soit le Sauveur du Monde Sorcier sur l'estrade, et un ancien mangemort controversé, que le Ministre de la Magie lui-même se trouve dans la foule, ainsi que d'anciens ennemis, ne faisaient pas la différence, et au soulagement de tous, il n'y eut aucun mauvais sort qui profita de ce moment de folie magique pour tuer qui que ce soit.
Doucement, alors qu'Harry tentait de ne pas se noyer sous des pétales de roses, il sentit la main de Drago revenir chercher la sienne et la serrer.
Il tourna alors la tête vers lui, et ce ne fut que parce qu'il était proche qu'il saisit le petit sourire discret sur les lèvres du jeune homme qui continuait faire mine de rien, parcourant des yeux la foule d'un air solennel. Harry, lui, n'hésita pas à sourire franchement et vint presser à son tour la main comme pour lui dire qu'il comprenait.
Enfin.
Tout était réglé : ce qu'ils allaient faire d'Evangeline, la menace du Mauvais Œil, les interminables heures de préparations et l'impression étrange qu'ils n'arriveraient jamais à ce moment.
Depuis la naissance d'Evangeline, tout s'était bousculé, mais il avait l'impression d'en avoir plus appris sur lui-même et la magie qu'en sept ans d'études. Et cela lui avait ouvert de nouvelles perspectives : élever sa fille, naturellement, découvrir ce que pouvait donner une vie de couple… Et une vie de famille en général. Sans oublier cette magie de famille à comprendre et à explorer…
Il avait hâte.
Oh oui Merlin, qu'il avait hâte !
A suivre…
… *Grand sourire satisfait*
Vous l'avez deviné, le chapitre suivant parlera aussi du mariage avec tout le reste de la fête et il y aura quelques moments drarry, moui, moui. Je suis heureuse d'attaquer le début de leur vie commune, même si ça sent aussi la fin de la partie 1 de l'histoire. Enfin, j'espère que toutes les descriptions dues au mariage n'ont pas été trop ennuyeuses. Habituellement je ne suis pas friande des longues descriptions de vêtements, parce qu'honnêtement, on s'en fout un peu et ça casse l'action, mais là je me suis dit que pour la tenue de mariage, vous voudriez surement plus de détail. Dans la vraie vie, la cérémonie c'est le moment un peu chiant (ou alors c'est parce que ça fait trois année que j'assiste à des mariages et que si je ne suis pas empêchée par le travail, je rempile cette année.) mais bon, il fallait passer par là. Il reste quand même pas mal de choses… Espérons que ça se passera mieux que pour le début !
Chapitre suivant (allez on se motive ! Je vais essayé de le sortir avant début mai !) : Un instant lunaire qui ne signifie rien, nuiiiiit belllle nuiiiit sous un ciel d'italllliiiie…
