Note de l'auteur : Chapitre très en retard. Vraiment désolé ! Et gros bisoux à tous ceux qui on pris le temps de laisser un commentaire ! C'est toujours très très apprécié ! Et merci à vous autres aussi qui nous rejoignez !

Chapitre 36 : Un instant lunaire qui ne signifie rien

Certaines personnes faisaient toute une affaire du mariage.

C'était pour ainsi dire comme un état idéal à attendre… Mais pour un couple, qu'est ce qui changeait vraiment avec le moment où les anneaux étaient échangés, où les papiers étaient signés, ou alors dans le cas des sorciers : où les serments étaient prononcés ?

Dans l'immédiat, vraiment rien de particulier.

Si ce n'étaient de longues minutes à prendre la pose devant les photographes aux bras de différentes personnes… Ou avec des personnes dans les bras, aussi, tout en recevant une interminable série de félicitations.

Même lors de de la cérémonie d'après victoire-Voldemort Harry n'avait pas eu à serrer autant de mains d'affilées.

Drago subissait l'épreuve comme s'il avait fait cela toute sa vie, répondant de la façon la plus charmante du monde comme si ce n'était pas déjà la trentième fois qu'il répondait la même chose, c'est-à-dire : « Merci, c'est très aimable à vous. » ou « Merci, c'est un grand honneur de vous avoir à nos côtés aujourd'hui ».

Pour sa part, Harry ne connaissait que le tiers des personnes invitées et s'en tenait à de brefs « merci » ou à des hochements de tête face à la horde d'inconnus. Il était évident que la plupart avaient été invités pour que les Malefoy puissent épater la galerie.

Heureusement la foule de personnes sans noms s'évacuait peu à peu à l'extérieur de la zone de cérémonie, dans le jardin où ici et là étaient placées des petites tables contenant amuse-gueules et bouteilles de champagnes flottantes. Ils pouvaient alors se promener dans les allées et admirer la floraison de nombreuses fleurs, et en particulier celle des magnifiques rosiers.

Harry avait un instant caressé l'espoir de pouvoir rapidement les rejoindre avec ses amis, mais Narcissa semblait décidée à les prendre en photos avec tous les groupes de personnes possibles et inimaginables : Les enfants, les parents, la famille entière, le parrain, les témoins, les témoins et les demoiselles d'honneur, le Ministre et sa famille, les professeurs… Ah ça, ils en auraient des photos à mettre dans les albums…

Alors qu'il se faisait flasher par une dizaine d'appareil photo, il tua le temps en laissant son regard s'attarder ici et là sur Drago et sa brûlante présence imposée par l'exercice. Parfois ils se trouvaient épaule contre épaule ou à d'autres occasion, il sentait ses doigts le frôler, voire se poser, aussi légers qu'un papillon sur lui. Se forçant à cacher ses sentiments, il tut son léger désarroi intérieur, si désireux d'avoir un moment pour juste eux deux, sachant que le masque mondain du jeune homme resterait à sa place tant qu'il y aurait un public.

Impossible donc de savoir ce qui se passait dans cette tête blonde et Harry se résigna à se consumer d'impatience.

-o-O-o-O-o-

De l'autre côté de la haie, le groupe de témoins et demoiselles d'honneur, rejoints par Daphnée et Luna, s'était naturellement réunis dans un coin du jardin, profitant du champagne et de l'odeur entêtante des roses dans l'atmosphère lourde que leur imposait un futur orage.

Hannah avait aussitôt passé en revue tout ce qu'elle avait trouvé bien – et moins bien, et qu'elle voulait aussi pour son mariage, se contentant des hochements de tête de son petit ami qui semblait à peine concerné, plus intéressé en réalité par la bonne santé des roses « Baronne de Rothschild » qui les entourait. Heureusement elle trouva des oreilles plus attentives en la personne de Daphnée et de Pansy.

-Quand je me marierais, fit cette dernière, je m'attendrais à plus fastueux. Et comme toi, je trouve que ça manquait d'enfant. Habituellement on trouve toujours un petit cousin ou une petite cousine pour ouvrir le chemin des mariés avec des pétales de fleurs, non ? Et puis un mariage sans robe de mariée et de traine, ça ne fait pas pareil…

-C'est vrai que quelque part, il manquait la touche féminine, approuva l'autre serpentarde. Mais honnêtement ils étaient vraiment mignons tous les deux- et puis c'est tellement ironique ! Dire qu'il n'y avait même pas trois ans, ils en étaient encore à se battre comme deux chats de gouttière sur le même territoire !

-L'habit ne me semble pas si important, commenta innocemment Hermione. Fut une époque où j'envisageais sérieusement, si mariage devait avoir lieu, de le faire en jeans et en t-shirt dans quelques coins chauds du sud de l'Europe.

Elle s'attira trois regards révulsés d'horreur. Alors qu'elles la sermonnaient au sujet de ses manières de garçon manqué sous le regard placide de Blaise, Neville cligna des yeux, suivant l'air de rien le déplacement de Luna qui s'avançait dans l'allée.

Après un dernier regard sur la dispute, il quitta discrètement son banc et suivit la blonde jusqu'à une petite rotonde cachée par le tracé du jardin anglais, tout sauf rectiligne à l'inverse de ce qui se faisait en France. Pendant un bref instant, il se contenta d'admirer la jeune fille, légère et gracieuse dans une robe couleur soleil, au jupon court et vaporeux, de la même façon qu'il contemplerait un rêve irréalisable.

-Est-ce que tu y as déjà pensé ? Lâcha-t-il au bout d'un moment.

-Quoi donc, Nevy' ? Demanda-t-elle en se retournant vers lui avec un pas de danse.

-Au mariage ? Aux robes blanches ? Tout ça…

Il se détourna vers les fleurs, un peu gêné de devoir poser une question à laquelle il croyait connaitre la réponse. La serdaigle était très souvent dans son propre monde, rêveuse et portant son attention sur des choses qui laissaient habituellement les autres perplexes. L'amour ? Elle ne semblait ni le chercher, ni le désirer… au grand damne de Neville.

Jetez lui la pierre, car elle n'avait jamais rien fait à proprement parler pour inspirer de telles désirs. Elle était juste elle, sans manières ni prétention. Avec son petit corps gracile quasiment dénué de rondeurs, sa poitrine plate et ses hanches pointues, et tout le reste… Tout le reste qui lui avait apporté les moqueries et les brimades.

Comme lui.

Sauf que là où il s'était longtemps apitoyé sur lui-même, n'acceptant pas ce qu'il était et méprisant son reflet dans le miroir, Luna avait eu la bravoure de rester elle-même.

Et cela la rendait merveilleuse à ses yeux.

-Evidemment qu'il m'arrive de penser au mariage, répondit cependant Luna en inclinant la tête sur le côté, le dévisageant un instant de ses grands yeux bleus délavés.

Elle s'avança ensuite en sortant ce qui semblait être une photo de son petit sac pour la lui tendre.

Il s'en saisit et découvrit alors le cliché d'une jeune femme assise sur une pierre, dans une longue robe blanche toute simple, piquée ici et là de fleurs fraiches. Elle semblait tout simplement radieuse.

-C'est ma photo préféré de ma mère, annonça-t-elle. Elle a été prise le jour du mariage de mes parents. Comme eux, si je devais me marier, je le ferais à l'ancienne… Dans un lieu connecté à la magie et en présence des quatre éléments. Avec juste un druide et les témoins.

Elle sourit sans le regarder, comme si elle était plongée dans ses propres pensés, puis retourna son attention vers lui, l'expression douce et pleine de sollicitude :

-Je comprends ta décision Nevy'… Mais….

Luna regarda en direction d'Hannah qui riait à présent avec Pansy. Ses petits sourcils blonds se plissèrent alors un peu, comme de contrariété.

-Hu-hum… Oui, je comprends.

-Ca m'étonnerait, je ne suis pas sûr de mes propres raisons, bouda un peu Neville qui avait suivi son regard. Par ailleurs, je…

Il ne put continuer car la blonde avait posé deux doigts sur ses lèvres pour le faire taire.

-Certaine choses ne doivent pas être dite, lui apprit-elle.

-… Ou serait-ce que tu ne veux pas les entendre, Luna ? Commenta durement Neville en sentant monter une juste indignation en lui, attrapant le bras de la jeune fille pour l'éloigner de ses lèvres.

Godric que ce bras était menu et semblait fragile ! La peau laiteuse, à défaut d'apparaitre douce, faisait naitre en lui des envies peu avouables. Il le lâcha, comme brûlé à vif et se détourna.

« L'Amour » : était-elle seulement capable de ressentir cela ? A quoi servirait-il qu'il lui avoue ses sentiments s'il se heurtait au mur de sa « folie » ?

Cela faisait désormais plusieurs mois qu'il s'était détourné de ce projet, acceptant cette rude réalité qu'elle ne le laisserait pas s'approcher aussi près d'elle.

Il ferma douloureusement les yeux, essayant de chasser toute comparaison de la vie qu'il pourrait avoir avec Luna et celle qu'il aurait avec Hannah. Cette dernière était une certitude tandis que l'autre n'était qu'un vague nuage susceptible de s'évaporer à tout moment.

C'était la seule chose qu'il y avait à comprendre, en plus de ses problèmes avec Zacharias Smith, sur ses raisons d'épouser la jolie poufsouffle.

A ce moment un grand coup de tonnerre retentit, causant un sursaut à de nombreux invités qui s'empressèrent de rentrer à l'intérieur du Manoir alors que de grosses gouttes d'eau commençaient à s'écraser sur le sol.

Neville et Luna se jetèrent un bref coup d'œil avant de courir à leurs tours pour rejoindre les autres.

-o-O-o-O-o-

Suite à l'averse qui se déchainait dehors, tout le monde avait trouvé refuge dans l'enfilade de salons du rez-de chaussée, et Blaise s'était installé dans un coin du Grand Salon, sur un confortable fauteuil, là où il pouvait observer de tout son saoul la pièce, admirer la danse des courtoisies et de la politique entre les grandes familles, et surtout s'émerveiller intérieurement en contemplant Daphnée et Hermione qui se tenaient face à lui, sur un sofa, si différentes l'une de l'autre, si peu habituées à être en contact, toutes deux faisant pourtant partie de sa sélection de personne de qualité. Elles réussissaient à avoir une discussion avec un semblant de politesse, bien que le sujet ne réjouissait pas forcement l'une d'elle.

-… Tout ça c'est parce que tu passes tout ton temps avec eux, continuait Daphnée imperturbable, tu vois, moi, même si je n'apprécie pas foncièrement Pansy, je la fréquente quand même.

-Je ne suis pas certaine que le niveau de pénibilité de Pansy et de Milicent vaille celui de Lavande et de Parvati, répliqua sérieusement Hermione. Sans parler de la hauteur des sujets évoqués.

-Oh, ça ne vole pas très haut de leur côté non plus… Mais la qualité des discussions importe peu. Au contraire de cette atmosphère dont on finit forcement par s'imbiber. Cet espèce de parfum de grâce et de légèreté dont je suis navré de te dire, tu es totalement dépourvu.

Hermione fit la moue.

Blaise ne put s'empêcher de la trouver adorable à sa façon.

-Est-ce si… Commença-t-elle avant d'être coupée sans pitié par la blonde.

-Tu marche comme Potter et Weasley ! Tu te tiens comme eux ! Tu parles comme eux ! Et tu fais aussi attention à ton apparence qu'eux ! C'est-à-dire pas du tout ! Ce que je veux dire, c'est qu'à être perpétuellement avec des hommes, tu es cette chose hybride qui dégage autant de sex-appeal qu'une patère !

Hermione rougit brusquement et se tourna vers Blaise pour chercher un démenti de son côté, mais hélas, pour le jeune homme, Daphnée avait mis le doigt sur une réalité.

-Ce n'est pas de ma faute, j'ai toujours eu du mal à me faire des amis. Particulièrement avec les filles… C'est comme ça depuis toujours ! S'exaspéra Hermione en retour. Les garçons sont moins… Ils sont moins prises de têtes !

-Tu sais, parfois il faut forcer sa nature.

-Oui, c'est facile de dire ça pour toi, tu es née en tant que stéréotype féminin sur patte ! Moi je suis…

Elle ouvrit les bras pour se montrer, semblant désigner ses jambes un poil trop courtes, son manque de hanche et ses épaules un peu trop larges. Ce n'était à chaque fois pas grand-chose, mais c'était ces petits riens qui faisaient tout.

-Oui, eh bien, tu peux te consoler sur le fait que personne n'ira jamais te confondre avec un objet de décoration, la contra aigrement ladite « stéréotype féminin sur patte ».

-Objet de décora… ?

Hermione ne put en apprendre plus car elle fut détournée de la discussion par l'étrange manège de Blaise. Ce dernier se figea dans une pose beaucoup trop tendue pour être naturelle, tout en fixant quelque chose derrière elles avec le plus étrange regard qui soit. Un regard horrible.

Se retournant, se demandant à moitié s'ils allaient se faire attaquer (et se préparant en laissant glisser sa baguette de sa manche pour être prête à réagir… Réflex paranoïaque hérité de l'année dernière) la gryffondor manqua de s'étouffer dans sa salive en voyant arriver dans leur direction un nouveau stéréotype de beauté parfaite.

La peau noire comme l'ébène avec de grands yeux de chatte frangés de longs cils, un petit nez charmant et des lèvres épaisses, pulpeuses, une silhouette sculpturale et des cheveux noirs coiffés en élégant chignon à l'arrière de son crâne, laissant quelques mèches courtes, crépues et ondulées autour de son visage.

Hermione plissa un instant des yeux, se disant qu'elle lui disait quelque chose. Elle eut sa réponse lorsque Daphnée Greengrass, après une rapide grimace, se leva et fit une gracieuse courbette :

-Bonjour Mrs Zabini. Cela fait longtemps.

Stupéfaite, Hermione se retourna vers Blaise qui affectait alors une position faussement nonchalante, les jambes croisées, l'air un peu écœuré, comme s'il était sous l'effet d'une odeur nauséabonde.

-Bonjour Miss Greengrass, et félicitation pour votre prochain mariage si j'ai bien entendu. Mr Craven n'est pas le pire des prétendants, je peux vous l'assurer. Fut un temps où j'ai profité de sa… de sa compagnie.

La voix était douce, onctueuse et posée, et son discours fit naitre un bref rictus de dégout sur les jolies lèvres de la serpentarde. Hermione avait vraiment l'impression de manquer quelque chose à cet instant, même s'il était évident pour tout le monde que ses deux compagnons n'aimaient guère cette femme – même si pour l'un d'eux il s'agissait de sa propre mère.

Oh, Hermione connaissait la réputation de Mrs Zabini. « La mante religieuse ». Mais bizarrement, elle ne se l'était pas imaginé ainsi. Pas ayant l'air si jeune et si peu abimée par sa vie dissolue. Pas aussi calme… Pas aussi délicate.

-J'imagine fort bien que mon Blaise a profité une fois de plus de votre hospitalité ?

Daphnée lui répondit avec un grand sourire forcé et hypocrite :

-Non, il n'était pas chez nous, et j'ignore où…

Hermione fronça les sourcils, se remémorant alors sa rencontre avec Blaise au parc Victoria, seul sur son banc, lui annonçant qu'il n'avait pas de chez lui. Elle se demanda alors s'il serait bon qu'elle parle ou s'il valait mieux qu'elle se taise.

Elle retourna son attention sur le jeune homme, espérant qu'il saurait l'aiguiller, mais il semblait totalement désintéressé par eux, regardant dans le vide.

C'était… D'une certaine façon c'était un spectacle angoissant à contempler. Hermione se mordilla la lèvre inférieure, ses instincts lui hurlant de tout faire pour effacer une telle expression.

-Oh, commenta Mrs Zabini en relevant elle aussi son fin menton vers lui.

Quelques secondes s'écoulèrent silencieusement, mettant au comble le malaise de la gryffondor qui finit par craquer et se leva pour faire face à la créature :

-Blaise est le bienvenue chez les Black autant de fois qu'il le désire. Vous ne devriez pas vous faire de soucis à ce sujet.

La femme sembla alors seulement la remarquer alors que Blaise réagissait, ses yeux brillant d'elle ne savait quoi posé aussi sur elle.

-Les Black, donc… Et vous êtes ?

-Hermione, lâcha Blaise en se levant pour se placer à côté d'elle, je crois que tu n'as jamais rencontré Jessica Zabini, ma… génitrice.

-Ho… Si froid mon enfant, gloussa Jessica avec l'air un peu amusé. « Hermione » ? Ce n'est pas un prénom très courant, j'en déduis que vous êtes la célèbre Hermione Granger. La partie féminine des Trois.

Elle la détailla des pieds à la tête, puis :

-Vous êtes un peu décevante je dois dire.

Hermione manqua à nouveau de s'étouffer. Zabini grogna à côté d'elle.

-Vous êtes un peu insultante, répliqua t'elle aussitôt en essayant de reproduire le même ton.

-Avouez tout de même que l'on s'attend à mieux de l'atout charme de l'équipe qui nous a tous sauvé.

Hermione grinça des dents. Que croyez-donc les gens ? Que Harry, Ron et elle avaient tournés un film d'aventure ?! Non, ils s'étaient trainés dans la boue, avait fait du camping sauvage durant plusieurs mois et étaient plus préoccupés par leur survie que par le potentiel glamour de la situation. Et essayez un peu d'avoir ne serait-ce qu'une once de libido dans une telle situation ! Essayez juste de penser au mot libido avec un morceau d'âme de Voldemort autour du cou ! Essayez quand vous devez prendre l'apparence de Bellatrix Lestrange et tenir à bout de doigt sa baguette dégoutante !

Pendant un bref instant, elle imagina Mrs Zabini et Daphnée à sa place pendant leur fuite de l'année dernière et se sentit légèrement moins excédée.

-Je n'étais PAS l'atout charme, ça c'est Harry, moi j'étais l'atout efficacité ! Vous savez, le rôle d'une femme ne dois pas forcement consister à rouler de la poitrine en couinant…

-Tu perds ton temps Hermione, l'interrompit Blaise, c'est à peu près tout ce que sais faire ma mère en plus d'empoisonner l'existence de tout le monde.

Il jeta un regard accusateur à la femme qui l'accueillit d'une façon aussi calme qu'elle prenait le reste de la discussion. Si c'était là « le parfum de grâce et de légèreté » vanté par Greengrass plus tôt, Hermione préférait s'en passer !

-Quoiqu'il en soit, Blaise fait partie de notre famille, à moi, Harry, Drago et Evangeline, donc vous n'avez pas à vous inquiéter qu'il dérange ou abuse de l'hospitalité de qui que ce soit parmi nous.

Son avis sur Blaise Zabini avait énormément changé depuis le début du mois de janvier. Certes, elle n'avait pas eu vraiment si tord en le qualifiant de froid, méprisant et d'opportuniste – mais il y avait bien d'autres choses à dire sur lui. S'il était si silencieux, c'était soit qu'il répugnait à dire des choses inutiles, ou parce qu'il retenait sa nature en vérité très honnête, pouvant facilement vexer les gens. Et derrière tout ça se cachait un être cérébral, et même, Hermione en était intimement persuadée, de soucieux envers ses proches, adepte de la paix et de la tranquillité pour tous.

Il était cependant difficile de prévoir ses réactions. Parfois cinglant, parfois amusé.

Parfois laissant échapper sa vulnérabilité.

Hermione l'avait vu au parc, elle savait que toute l'histoire de « chez-soi » et de « famille » était un point douloureux. Etonnant quand on pouvait le voir sans masque s'occuper de Drago comme on le ferait d'un petit frère, choyer Evangeline avec amour ou essayer d'accrocher Harry à lui comme si c'était un espèce de beau-frère réticent.

-« Votre » famille ? Aux dernières nouvelles, je ne vous savais, ni vous, ni mon fils rattaché aux Black d'aucune façon.

-Blaise ne vous…

Le Blaise en question se leva brusquement pour se diriger sur le canapé, poussant les deux filles installées dessus pour se placer entre elles, à moitié à genoux, tourné vers sa mère dont il toucha la pointe du nez d'à peine le bout du doigt en lui souriant d'un air qui n'avait pas l'air du tout aimant ou même sympathique :

-Sans importance. Pourquoi tu n'irais pas aller voir ailleurs si tu t'y trouves « Maman » ? Je suis sûr qu'il y a pleins de riches idiots que tu ne pourras plus épouser qui se languissent de ta présence !

Elle lui adressa un lent sourire identique, avant de regarder les deux jeunes femmes :

-Je vous souhaite une bonne continuation mesdemoiselles.

-Tu joues avec le feu Blaise, lui reprocha Daphnée quand la femme fut suffisamment loin pour ne plus les entendre.

Il haussa des épaules en se retournant dans le bon sens du canapé, restant entre les deux sorcières et se nourrissant secrètement de l'odeur rassurante de leurs parfums respectifs.

-Au point où on en est…

-Eh bien… J'imagine que l'on peut dire que tu as une mère… Intéressante… ? Lâcha Hermione, peu sûre de ce qu'elle devait dire.

-Ne lui cherche pas de qualificatifs positifs, c'est une peine inutile. Tout ce que tu dois savoir c'est que c'est le diable en personne et qu'il ne vaut mieux pas s'en approcher, ni lui parler, ni encore moins lui parler de moi, et surtout pas faire la moindre allusion à un lien, rapport, entre toi et moi. Ou qui que ce soit d'autre.

-Euh… Je ne sais pas comment je dois le prendre…

Avait-il honte d'elle ?

-Ce n'est pas une insulte, Granger, reprit Daphnée. Pour moi c'est trop tard, elle sait, mais… C'est une femme dangereuse de plusieurs façons. Elle a de l'influence sur pas mal de personnes haut-placées et à des moyens… Si ta relation avec Blaise lui déplait, elle peut vraiment te mener la vie dure.

-Mais ce ne sont pas des façons de faire !

-Serpentarde, Granger.

-Je ne pense pas qu'avoir été à Serpentard vous transforme forcement en garce maléfique ! Répliqua Hermione, puis devant le regard incrédule de Daphnée : Bon, peut être que je le pensais à une époque, mais maintenant que je vous fréquente, je vois à quel point vous êtes tous différents. Tu es fréquentable, même Pansy Parkinson se révèle plus intéressante que prévue. Maintenant que Drago ne m'insulte plus à tour de bras en faisant la grimace, je peux voir quel genre de garçon il peut être, et encore plus intéressant, quel genre d'amoureux il est. Et c'est pareil pour Blaise pour qui je n'existais pas avant, maintenant que nous discutons, je découvre tout un tas de facettes insoupçonnées ! Vous ETES intéressants, et votre façon de penser et d'appréhender les choses n'est pas plus mauvaise que la nôtre, et peut être même que cela aurait été bénéfique que nous ayons plus de serpentards avec nous pour défaire Voldemort (grimace des serpentards, Hermione brassa l'air de la main pour montrer son désintérêt face à leur réaction, tout en continuant : ). On n'avait que le professeur Rogue, et il était brillant… Mais bien seul face à une flopée de gryffondors aux décisions bien irréfléchies.

-Tu ES une gryffy Hermy, lâcha Blaise d'un ton amusé.

-Et alors ? Même moi je fais des erreurs. Même moi il m'arrive de foncer dans l'action sans prévoir de plan, improvisant au fur et à mesure. Il y a de nombreuses choses stupides que j'ai faite parce que j'ai écouté mon cœur avant d'écouter ma raison. Je ne suis pas à Gryffondor pour rien.

Elle semblait presque fière de pouvoir affirmer qu'elle pouvait se comporter comme une tête brulée. Daphnée secoua son visage d'un air désespéré.

-Enfin, tout ça, c'est grâce à Drago et à Harry. S'ils ne s'étaient pas disputés comme d'habitude, on aurait continué nos vies chaque maison de son côté et je pense que j'aurais manqué quelque chose… Sans même le savoir, reprit Hermione d'un air tout à fait convaincu.

Blaise hocha légèrement de la tête, approuvant ses dires, sans qu'elle puisse dire cependant si c'était réciproque. Daphnée, quant à elle, était indéchiffrable, mais ses yeux voguaient de Blaise à Hermione et contenaient un rien de soulagement.

Une clochette retentit dans la salle et Mrs Malefoy, sa voix amplifiée par sa baguette, les invita à la suivre pour le repas.

Blaise se redressa et aida les deux jeunes femmes à en faire de même avant de chercher leurs autres compagnons des yeux. Mais c'était peine perdue : ils étaient presque deux cents invités, et le Grand Salon envahi avait des arrières airs de la Grande Salle de Poudlard a l'heure du diner. Suivant le mouvement à l'intérieur du magnifique manoir tout décoré de guirlandes florales, ils le traversèrent jusqu'à la plus grande pièce de la demeure.

Toute une moitié de la Salle de Bal des Malefoy avait été aménagé pour le repas en une ribambelle de tables rondes faisant face à une unique table rectangulaire où devaient trôner mariés, témoins et demoiselles d'honneur. Blaise étant très satisfait d'être loin, très loiiinn de sa mère, s'assit à sa place, côtoyant en face Pansy et à côté Drago, tandis que Hermione et Neville se trouvaient de l'autre côté, avec Harry.

Tout autour se réunissaient les gens à leurs tables, découvrant leurs futurs voisins et voisines, arrangés généralement selon leurs degrés d'intimité… Ou d'intérêts, comme c'était le cas pour Mr le Ministre que les Malefoy avaient installés à leur table. Blaise ricana en voyant que le père de Drago était déjà en mode « négociateur », arborant ses manières les plus charmantes alors qu'il reculait la chaise de Mrs Shacklebolt pour qu'elle puisse s'installer.

-Ah ! Enfin ! S'exclama avec soulagement Harry en s'asseyant.

-De quel supplice viens-tu ? S'enquit chaleureusement Hermione qui se retenait de rire.

-Les mondanités. Nous nous sommes juste sociabilisé, intervint Drago en retirant une rose blanche de la composition florale du centre de table.

-C'est comme ça qu'on appelle ça dans ton monde ? Un peu plus et on allait me demander de tourner sur moi-même et de donner la patte avant de sauter dans des cercles en feu ! Je déteste qu'on me prenne pour un phénomène de foire, grinça Harry qui avait apparemment subit ses habituelles déconvenues survivantesque.

Drago le contempla d'un air perplexe avant de lui tendre la fleur, qu'Harry prit sans réfléchir et sans comprendre, s'apaisant néanmoins.

-Je ne vois pas le problème qu'i ce que l'on s'intéresse à toi, c'est une excellente chose si tu sais bien t'y prendre…

-Non, non, on ne s'intéresse pas à MOI, c'est bien là le problème, on s'intéresse à une vague rumeur urbaine et toutes sortes d'élucubrations relayées par des journalistes et des élèves mythomanes…

Il eut un bref air accusateur sur le dernier mot, ciblant justement son blondinet de nouvellement époux. Drago ne prit même pas la peine d'avoir l'air coupable, un léger rictus moqueur au coin de ses lèvres.

-Je compatis, soupira pour sa part Hermione. J'y ai eu droit aussi. Apparemment, d'après Mrs Zabini, je ne suis pas assez « sexy » pour le rôle.

Harry plissa les yeux, décontenancé :

-A quoi ça t'aurait servi d'être « sexy » ?

La jeune femme leva les bras en l'air avec impuissance.

-Est-ce que ta cicatrice émet des rayons laser ? Demanda-t-elle à la place.

C'était une blague récurrente entre eux et qu'ils se rappelaient à chaque fois que quelqu'un leur posait une question au-delà du sens commun sur l'année dernière. Ils éclatèrent tous les deux de rire sous les regards pleins d'incompréhensions du reste de la table.

-Bon sang, est ce que je comprendrais tout ce qu'ils racontent un jour ? Se demanda Drago, un peu agacé.

-Avec plus de cent année de vie commune, j'espère que oui, relativisa Blaise.

Comme s'ils réalisèrent tous les deux la portée de ces paroles, lui et Drago se servirent aussitôt un verre de vin.

-Alors, comment ça va ? Finit par demander Hermione du côté d'Harry. Tout se passe bien pour le moment ?

Le brun qui faisait tourner la rose entre ses doigts ne sut trop s'il devait faire la moue ou sourire.

-Eh bien…. C'est bizarre, annonça t'il. Je crois que je réalise absolument pas. Je veux dire : c'est comme un examen, tu as bossé à fond pour ça durant un temps fou et puis tout est terminé en quelques minutes.

Son regard se porta à son poignet où brillaient la tresse de serments, destinée à rester là toute sa vie, puis sur Drago à côté de lui. Il oublia pendant un instant le temps qui passait, comme ébloui par l'homme à ses côtés, si beau et si assuré. Le fait qu'il soit « à lui » semblait assez irréel. Il pourrait lever la main et le toucher, c'était quelque chose qui lui était désormais permise, mais il n'osait pas.

S'ils étaient tout seuls… mais là…

Il releva le regard en face de lui, fixant avec un rien d'horreur la majorité des regards braqués sur lui et Drago. Quelques photographes étaient aussi là, continuant à inonder de flashs les lieux.

Comment ne pouvait-il pas se sentir timide ? Ou même jugé de toute part et absolument pas comme quelqu'un participant au « plus beau jour de sa vie ».

Qui d'ailleurs avait inventé une phrase aussi stupide ?

Heureusement, les plats faisant leurs apparitions magiquement dans leurs assiettes, tout le monde tourna son attention sur la dégustation des mets, délaissant alors la table des mariés. Les mariés eux même oublièrent un instant le reste, l'un et l'autre ayant sauté le brunch à cause de leurs estomacs noués par diverses raisons.

A présent ils découvraient qu'ils étaient affamés.

L'entrée passa comme une lettre à la poste, jusqu'à ce que l'un des plats principaux arrive et qu'Harry devienne tout blanc.

-Qu'est-ce qu'il y a Harry ? S'enquit Neville en le voyant figé face à son assiette.

-C'est du bœuf…

-Et alors ?

-Tu adores ça, d'habitude, ajouta Hermione.

-Ouais… Quand je ne l'ai pas vu vivant et pourchassé quelques heures plus tôt…

-Oh, fut tout ce que put en dire Hermione, ne sachant pas trop comment réagir.

-Un problème ? Intervint alors Drago.

-Vous êtes en train de manger ma vache… Répondit Harry en faisant la grimace.

Le serpentard plissa des yeux avant d'avaler un nouveau morceau sous les yeux horrifiés de son voisin.

-Oui, et alors ? C'est de l'extra qualité cette viande, on en mange uniquement lors des grandes cérémonies alors tu devrais juste en profiter.

-Mais tu ne comprends pas ! Je ne savais pas quand j'ai choisi cette vache qu'on allait la manger après !

-Pourquoi, tu en aurais choisi une autre ? Ne sois pas un crétin gryffondor, on les élève pour les manger, alors que tu ais ou non attaché un ruban à l'une d'entre elle ne changeait pas son destin.

-Ouais bein j'aurais préféré être prévenu à l'avance.

Harry fronça les sourcils en fixant à nouveau son assiette avant de décider de déplacer son morceau de viande dans celle du blond. Celui-ci poussa une exclamation surprise, le dévisageant comme s'il était fou.

-Tiens, voila, tu peux en profiter doublement comme cela ! Et ne fait pas cet air dégouté : tu oublies qu'on nous a marié tout à l'heure ? Ce qui est à moi est à toi, on partage tout désormais. (il savait que son sourire avait alors un rien de sadique à cette seule idée).

-Ah ? Vraiment ? Je demande à voir, répliqua Drago alors que son propre sourire mauvais apparaissait, accompagné de quelques étincelles dans les yeux.

Harry commençait à savoir que ça annonçait l'arrivée des propos à connotations sexuelles et s'empressa de se lever de sa chaise.

-Quoiqu'il en soit, je vais aller voir comment vont Evy' et Teddy ! Je serais de retour pour le prochain plat.

-Il s'enfuit, commenta Pansy alors qu'il était encore là.

-Oui, il s'enfuit, approuva sérieusement Blaise.

Des rougeurs apparurent sur les joues du brun qui s'enfuit bel et bien pour échapper au sourcil levé de défi de son vis-à-vis.

-Eh bien, ce n'est pas gagné, chéri, continua de commenter la serpentarde avec un rien de commisération.

Drago préféra ne rien répondre, fixant la rose blanche qu'Harry avait laissé près de son assiette. Ses doigts se refermèrent sous la table, comme s'ils pouvaient toujours sentir la main du gryffondor entre eux.

Ce n'était pas gagné, certainement, mais ce n'étaient pas comme s'ils reculaient. Bien au contraire.

-o-O-o-O-o-

La nourriture, servie en quantité, ne fit cependant pas long feu et la longueur du repas fut plus due aux discutions passionnées ayant lieu à plusieurs tables. Narcissa pouvait se féliciter pour son plan de table qui avait pourtant semblé très audacieux à Harry. Elle avait ainsi mélangé ici et là les familles « sombres » aux « lumineuses », mais tout semblait s'être correctement passé et s'il y eu quelque fois quelques éclats de voix, quelques baguettes secouées en menace, la magie resta gentiment à sa place dans les corps de chacun.

Minerva McGonagall regardait pour sa part la table des enfants avec un sourire attendri. Ici et là des enfants de six à dix ans, venant de familles très variées, jouaient et courraient, se fichant bien de toutes ces histoires d'alliances et de guerres.

-Les futurs petits monstres, marmonna Severus en remarquant l'objet de son attention.

Tous deux avaient été installés à la table des parents Malefoy, avec Andromeda qui était la voisine directe du professeur de défense contre les forces du mal.

-C'est curieux pour un professeur de ne pas aimer les enfants, s'étonna t'elle doucement.

-Je les « aime » avec un peu plus de bon sens et de jugeote, s'expliqua Severus. Quand ils sont aussi petits, et qu'ils commencent à Poudlard, ils me font juste l'effet de potion instable sur le feu à surveiller à chaque instant. Puis par la suite ils poussent et les hormones les rendent totalement idiots.

-Oui, en fait, vous n'aimez pas les enfants, reconclut la Tonks avec un petit sourire moqueur. Vous ne prévoyez pas de fonder un foyer un jour ? Tout ça ne vous donne pas des idées ?

-Merlin, non, absolument pas.

Narcissa éclata d'un joli petit rire en voyant l'air horrifié de l'homme, et Kingsley gloussa légèrement, secrètement imité par Minerva qui se cachait derrière sa serviette.

-Je devine que votre mère a relancé le sujet, lança joyeusement cette dernière, se faisant alors fusiller du regard par son collègue.

-Oh, vous avez des parents toujours en vie ? S'étonna Andromeda.

-Oui. Ils ne vivent pas en Angleterre. J'ai renoué le contact avec eux récemment.

-Je pensais qu'ils étaient morts, ajouta Narcissa. Vous en parliez autrefois comme si c'était le cas.

-Je n'allais certainement pas m'amuser à bavarder sur la bonne santé du couple moldu/sorcière que forme mes parents entouré de mangemorts et de puristes du sang.

Il leva les yeux au ciel comme s'il pensait qu'une telle chose était évidente.

-N'est-ce pas plutôt parce que vous ne vous entendiez pas avec eux ? Rectifia Minerva.

-Ca aussi.

-Vous les avez connus ? Interrogea Kingsley, trouvant curieux la façon dont Minerva semblait renseignée sur eux.

-Eileen uniquement. Je n'ai jamais rencontré son époux. C'est si inhabituel d'épouser un moldu. Je veux dire : souvent le secret est un obstacle trop difficile à surmonter, et comment penser à l'avenir quand on n'a aucune idée de la façon dont l'autre va réagir ? Harry et Drago n'auront pas à se poser de questions. Tous deux sorciers, ils vivront comme tels, et à moins qu'ils n'aient vraiment pas de chance, Evangeline se révélera être aussi une sorcière. Mais quand on épouse un moldu… eh bien, on peut se retrouver coincer à vivre dans un environnement hostile à la magie et risquer d'avoir des enfants dépourvus de dons. Severus en sait quelque chose : il est le seul de sa fratrie à avoir développé des pouvoirs.

-Tu as des frères et des sœurs ? S'étonna vivement le Ministre de la Magie en dévisageant le brun comme s'il le voyait pour la première fois.

Ce dernier grommela quelque chose, contrarié, avant de répondre plus intelligiblement :

-Un de chaque. Plus jeunes que moi. Je ne les connais pas très bien. Mon désintérêt pour les enfants est une chose qui ne date pas de ma période adulte.

-Eh bien, quand on croit connaitre quelqu'un… Emit Lucius en dardant son regard argenté sur lui, légèrement accusateur.

Severus le défia un moment de son regard noir.

-Là, là ! Voulu les calmer Minerva. Severus n'a jamais été un grand parleur. Tout ce que je sais, j'ai dû le lui arracher à coups de verres de brandy.

-Et vous en êtes fière en plus ! S'indigna Severus en fixant la vieille femme qui se callait au fond de sa chaise, noyant son amusement dans son propre verre de vin blanc.

Elle lui tapota le bras d'un air complice :

-Votre mère et Andromeda ont raison : vous devriez songer à votre avenir. Je ne vous souhaite pas de n'avoir que votre métier de professeur dans votre vie.

-Si seulement c'était le cas Minerva…

Le dessert apparut alors sur la table, les assiettes se remplissant de mignardises colorées aux gouts variés tandis qu'une partie de la pièce montée envahissait le centre de table et que des coupes de sorbets et de crèmes glacées poussaient comme des champignons à côté de leurs différents verres.

Severus fit alors un signe vers la table des mariés :

-…J'ai ces deux-là aussi à m'occuper.

-Oh, ils devraient se calmer maintenant, pronostiqua la directrice en se servant.

Ce n'est qu'en levant la tête vers le brun qu'elle se rendit compte qu'il la regardait d'un air désabusé :

-Vous pariez ?

-o-O-o-O-o-

Le repas fut interminable et ne se termina pas avant 18h. Evidemment, entre chaque plat, certains sorciers y étaient allés de leur animation, et d'autres en profitaient pour voir ce qu'il se passait sur les autres tables. Harry avait pu s'éclipser deux fois à la nurserie. La deuxième fois étant surtout pour échapper à Ambroise qui avait commencé à monologuer à côté de lui avant d'attirer malgré lui l'attention de Pansy qui avait apparemment vu en lui un parti potentiel.

Quand il revint dans la salle, cette dernière était collée à lui, battant des paupières, semblant se ficher comme de l'an 40 qu'il soit leur cadet de deux ans. Ce dernier semblait cependant indécis quant à savoir s'il appréciait cette attention ou pas. Sa mère, par contre, foudroyait l'anglaise du regard, semblant pour sa part bien fixée sur le mal qu'elle pensait de tout cela.

De façon peu étonnante, Harry songea que rester presque six heures à table aurait plu à Ron.

Lui était néanmoins ravi de la quitter quand on annonça l'ouverture du bal presque une demi-heure plus tard. C'était qu'il fallait laisser le temps à toutes ces personnes de digérer.

Les tables disparurent par magie et les chaises se déplacèrent contre les murs, redonnant à la grande salle de bal son utilisation première. La foule se massa alors sur les bords tandis que Harry, Drago, Narcissa et Andromeda se plaçaient pour leur valse.

Harry l'avait finalement tellement répétée qu'il se lança machinalement au son des violons. Il réalisa à mi-parcours que sa danse manquait sûrement d'âme lorsqu'il perçut au-dessus de l'épaule de Narcissa le passage de Drago et d'Andromeda.

Le blond ne semblait pas se contenter d'aligner des pas les uns derrières les autres, il paraissait comme habité par la musique, dans son propre monde où rien d'autre n'existait que lui, la musique et sa partenaire.

Drago leva les yeux et s'apercevant de l'intérêt d'Harry, les planta dans les siens tout en continuant à diriger sa tante. Le gryffondor se sentit rougir et perdre un bref instant le rythme, ainsi il se força à fixer le visage de Narcissa qui le contemplait avec amusement.

Durant un bref instant, c'était comme si Drago l'avait attiré dans son monde de musique. Un bref instant où ils avaient oubliés tous deux leurs partenaires et dansés ensemble.

Finalement la musique se tarit et ils furent récompensés d'applaudissements, ainsi que de baisers affectueux des deux anciennes sœurs Black.

Une nouvelle valse commença, et si Drago fut aussitôt pris d'assaut par Pansy, et Narcissa par Lucius, Harry raccompagna Andromeda vers un siège avant de chercher ses amis du regard.

Neville et Hannah avaient eux aussi rejoints la piste de danse, et il trouva Hermione en train de discuter avec Kingsley. Ce dernier en le voyant arriver le félicita à nouveau avant d'être intercepté par un sorcier à l'air important, laissant alors les deux étudiants en tête à tête.

-Je t'inviterais à la prochaine si tu n'as pas trop peur pour tes pieds, proposa Harry.

-Tu peux, mon carnet de bal n'est pas encore plein, joua Hermione en se donnant un petit air de madone.

-Ah, quel soulagement, j'avais peur que Zabini te monopolise !

-Blaise ? Je me suis fait coiffée au poteau par le docteur Flint.

Elle lui montra la direction où la psychomage tournoyait au bras de Zabini dans une élégante robe de brocart mauve et argent.

-Mais bon, qui puis-je ? C'est un très bel homme !

Harry haussa des sourcils.

-Quoi ? Mr iceberg ?!

-Oh Harry, ne sois pas de mauvaise foi. Tu le connais mieux que ça maintenant.

Ce n'était pas de la mauvaise foi : même en dansant Blaise Zabini avait l'air de juger tout ce qu'il y avait autour de lui et ne rien trouver qui allait selon ses espérances. Et quand il n'arborait pas cet air de client insatisfait, ce qui sortait de sa bouche était de nature à hérisser les poils de Harry sur tout son corps. Comme cette horrible discussion sur le sexe gay.

Comment pouvait-on avoir l'air si froid et être en réalité aussi impudique ? Ce type était très bizarre. Pas étonnant qu'il soit le meilleur ami de Drago.

-Je suppose qu'il a juste ce fichu masque qu'arborent tous les serpentard, commenta simplement Harry en attrapant une coupe de champagne qui voleta non loin de lui.

-Oh, pas que les serpentards, insinua Hermione avec un petit sourire.

La musique cessa et les couples se défirent sur la piste de danse.

-Mesdames et messieurs ! Contredanse de la baguette ! Annonça le maître de cérémonie et Harry et Hermione eurent la surprises de voir de nombreux couples de tous âges se réunir sur la piste de danse avec un grand sourire, se plaçant en rangées, les hommes d'un côté, les femmes de l'autre.

Une musique bien plus rythmée que la valse retentit alors dans la salle et les danseurs se mirent à effectuer une série de pas chorégraphiés complexes, incluant parfois des changements de places, des échanges de partenaires et des mouvements de leur baguette magique qui claquaient les unes contre les autres en émettant de petites étincelles et un petit bruit d'explosion.

-Heureusement que je ne t'ai pas invité pour cette danse, fit Harry à Hermione en avalant nerveusement le contenu de sa coupe de champagne.

-Oui, heureusement … Parce que je ne t'aurais été d'aucun secours…

C'était réellement impressionnant de les voir tous se mouvoir en harmonie, sans qu'il ne semble y avoir aucune fausse note. Harry s'amusa à détailler les couples, repérant Neville qui était à nouveau avec Hannah, l'un et l'autre semblant injustement parfaitement à l'aise, mais il y avait aussi Kingsley avec sa femme, Lucius et Narcissa qui semblaient rayonner de perfection, Drago et Pansy, Blaise et une fille qui était à serpentard mais qu'il ne connaissait que de vue et même McGonagall qui dansait avec Slughorn !

-Je pense que les enfants sorciers de bonne famille doivent apprendre ce genre de danses petit… Lança Harry en essayant de faire taire son complexe d'infériorité. Ce qui explique pourquoi Neville a toujours été doué !

Hermione semblait curieusement bouleversée et n'avait pas vraiment l'air de l'écouter, alors il revint au spectacle, revoyant légèrement sa déclaration lorsqu'il aperçut Bill et Fleur tournoyer sans difficulté.

Bon, bein même les Weasley semblaient initiés à ce genre de choses…

La danse se termina, et l'on annonça la suivante, avec un nom à nouveau compliqué, ce qui encouragea Harry à rester sur sa chaise encore un instant. La vieille Augusta Londubat vint s'asseoir près d'eux, l'œil brillant, semblant terriblement émue.

-Tout va bien ? Demanda t'il avec prévenance, tirant un mouchoir de sa poche (un machin que lui avait mis Narcissa sans qu'il comprenne vraiment pourquoi).

-Oh… Parfaitement bien Lord Black, au contraire, je ne pensais pas revoir ça un jour. Vous savez, autrefois c'était les Londubat qui organisaient les meilleures fêtes. Mais c'était avant la guerre… Quand j'étais encore une petite fille… Quand les grandes familles étaient encore unies… Depuis je n'ai pas souvenir d'une aussi belle soirée que celle-ci.

Elle accepta son mouchoir et tamponna ses yeux tandis qu'Harry balayait à nouveau la salle du regard, constatant effectivement les nombreux sourires et visages heureux. Tout le monde semblait incroyablement détendu et insouciant. Mr Malefoy qui tirait la tronche depuis la fin de la guerre semblait presque ressuscité alors qu'il volait d'un groupe à l'autre, un sourire suffisant sur ses lèvres. Narcissa n'était que grâce et complaisance alors qu'elle semblait plaisanter avec le Ministre de la magie avant de rejoindre sa grande sœur, lui dire quelque chose à l'oreille qui les firent toutes deux étouffer un rire. Harry se sentit très satisfait de voir Andromeda aussi vivante. Elle semblait même avoir perdu 10 ans d'un coup ! Il imaginait qu'être séparé de sa famille et aussi privé des plaisirs de son milieu social avait sans doute dû lui peser.

Cherchant son « mari » des yeux, il le trouva encore sur la piste de danse, en compagnie du Dr Flint, mais il restait aussi difficile à lire que d'habitude et devant son air soigneusement solennel, Harry ne pouvait savoir s'il s'amusait un peu ou s'il ne pestait pas intérieurement, murissant son plan pour le faire disparaitre de la surface de la terre et devenir le plus jeune veuf que la terre ait porté…

Mais dans l'ensemble, il constatait que tout le monde semblait satisfait de la fête, tous heureux de se retrouver enfin ensemble : ceux qui s'étaient battus pour la lumière, les neutres qui avaient laissés faire et ceux qui les avaient un instant trahis en succombant à l'ombre.

Au final seul Rogue se tenait dans un coin, mal à l'aise dans cette société, cherchant à se fondre dans la tapisserie, comme Harry et Hermione de l'autre côté de la salle. Harry était certain que Rogue dansait aussi mal que lui.

-Tu sais Harry, commença Hermione en triturant sa robe. Quand je les vois tous comme ça, bien qu'étant moi-même une sorcière, je me sens jalouse, car ils partagent tellement de traditions et d'Histoire en commun, choses que je ne pourrais jamais apprendre dans une école ou des livres… Et à cause de ça je sais que, malgré toute mon envie et toute l'énergie que je pourrais y mettre, je ne ferais jamais vraiment parti de leur communauté…

-Tu sais, moi aussi je me sens largué, la rassura t'il. C'est tout à fait comme le jour où j'ai mis la première fois les pieds au Chaudron Baveur ! Hagrid m'avait dit que j'étais un sorcier, mais je ne savais pas du tout si je devais me comporter d'une façon particulière et les gens étaient si bizarres… Le pire étant quand j'ai rencontré Drago chez Mme Guipure, il me parlait de trucs incompréhensibles et moi je pouvais juste le regarder en essayant de ne pas avoir l'air idiot !

-Je ne savais pas que tu avais rencontré Malefoy avant que nous soyons à Poudlard…

Harry haussa des épaules comme si ça n'avait aucune importance. Drago était pourtant le premier sorcier de son âge à qui il avait parlé.

-En tout cas, en voyant ça, je comprends un peu que certains sorciers soient en colère contre les né-moldu, enchaina-t-elle. Nous on arrive, avec nos jugements hâtifs sur leurs façons d'être et de vivre, issus d'une éducation basé sur une société du progrès, capitaliste et individualiste. Je ne veux pas retirer tout ce que j'ai dit, comme au sujet des Elfes, mais oui je les ais jugés. Je les ais jugés parce qu'ils semblent garder des traditions vieilles, parfois arriérées, alors qu'en réalité elles sont dictées par la Magie Ancienne… Je les ais jugés parce qu'ils semblent être restés coincés à la révolution industrielle alors que j'oublie qu'eux n'ont pas vraiment connu et vécu de la même façon la Première et la Deuxième Guerre Mondiale… Je me sens horrible et pas du tout à ma place…

Elle voulut se lever mais Harry la retint au poignet, la forçant à se rasseoir :

-Qu'est-ce que tu racontes ? Ce que tu vois en ce moment, c'est en partie grâce à toi que c'est possible ! Tu penses qu'ils auraient eu l'occasion d'être là, heureux, même s'il y a probablement certains de leurs amis qui manquent à l'appel, si Voldemort et ses préceptes anti-moldus avaient gagnés ? Une grande partie de ces personnes sont pour l'intégration… Ils ont en même besoin s'ils veulent survivre. Rappelle-toi la tête de l'arbre généalogique des Black ? Tout ce beau monde est plus ou moins consanguin ! Former des alliances doit être un véritable casse-tête. Alors Hermione, tu n'as pas à te sentir déplacée, pas plus que moi ! Nous avons beaucoup de choses à découvrir encore, mais nous n'avons pas à en rougir.

Il s'arrêta un instant, reprenant doucement sa respiration avant de continuer, l'air résolu :

-Si il y a bien quelque chose que ces fichues séances de psy m'ont apportée, c'est de réaliser la portée de ce que nous avons fait, toi, moi et Ron… Et aussi… Aussi bizarre que ça puisse paraitre… Les bienfaits qu'a apportés l'existence de Voldemort. La communauté sorcière britannique a été bousculée sur ses fondations, et le fait est, qu'elle en avait besoin. Ce monde est à nous Hermione, à notre génération, si nous prenons l'initiative de nous en emparer pour en faire une société plus juste et égalitaire. C'est une des raisons qui fait que je ne veux pas devenir Auror, parce que je sais que je ne pourrais pas changer ce qui m'a le plus choqué et que je serais trop occupé ou fatigué pour m'y intéresser à côté. Nous devons être là Hermione, pour que ce genre de scène soit encore possible et que nous puissions vivre dans le monde que nous avons rêvé toi et moi lorsque nous avons vu pour la première fois le Chemin de Traverse.

Hermione se mordit les lèvres, troublée, comme si elle remontait le temps à ses onze ans et que son cœur explosait à nouveau de bonheur et d'émerveillement devant les façades colorés, les robes et les chapeaux de sorcières, les hiboux piaillant sur toute surface perchable et partout des objets qui bougeaient tous seuls, changeaient d'apparences ou de couleurs. Et soudain elle voyait de quoi Harry parlait. Aucun sang-pur et presque aucun sang-mêlés n'avait un jour ressenti ce que tous les nés-moldu ont vécu en apprenant qu'ils étaient sorciers. Tout d'un coup, elle se sentit privilégiée.

Elle lui adressa un sourire rayonnant avant de le prendre par le bras :

-Merci Harry… J'adore ta vision et je vais voir ce qu'on peut faire pour qu'elle se réalise.

A ce moment-là la musique reprit un rythme plus familier et il put l'entrainer pour faire quelques pas de danse dans un coin, avant d'être intercepté par Hannah alors qu'Hermione se faisait enlever par Blaise.

Il se laissa alors happer par l'ambiance, se retrouvant même à danser avec le professeur McGonagall. Il n'y eut qu'un moment où il se retrouva à nouveau proche de Drago, ce fut quand celui-ci lui imposa la fille de serpentard (Daphnée Greengrass, se rappela-t-il alors) comme cavalière, alors qu'une très belle femme noire s'approchait de lui pour danser.

Quand il interrogea la blonde sur ce comportement étrange, elle émit un petit rire méchant :

-Crois-moi, Drago vient de te sauver d'une terrible malédiction.

-Hein ?!

-Tu sais, il fait mine, mais il ne te perd pas des yeux, continua-t-elle. Tu es encore un novice parmi nous. Tu ignores encore qui approcher et qui fuir. Cette femme-là, il faut l'éviter comme la peste. Surtout si tu tiens à ton mariage.

Harry fronça du nez, pas sûr de comprendre.

-Cela n'aurait été qu'une danse.

-Il peut s'en passer des choses pendant une danse, répondit mystérieusement la serpentarde en baissant les yeux, un léger sourire aux lèvres. Si tu ne le sais pas, c'est que tu n'as pas encore dansé avec la bonne personne.

En un flash, Harry revit les yeux de Drago sur lui lors de l'ouverture du bal et secoua vivement la tête pour s'ôter cette vision importune.

-Et toi, oui ?

Elle releva les yeux vers lui, de beaux iris bleus qui cependant trahissaient un éclat de tristesse.

-Cruelle question Black.

Comme la musique s'arrêtait, elle le lâcha sans lui répondre et partit requérir un cavalier auprès de son ancien directeur de maison qui sembla tout d'un coup très perturbé.

Harry ricana devant la gêne de Rogue, puis remarqua soudain une pale silhouette derrière les vitres des portes fenêtres. Curieux, Harry s'éclipsa de la piste de danse pour sortir à son tour, découvrant que l'orage était passé et que le ciel nocturne était éclairé par un doux croissant de lune.

Suivant les bruits de pas, il trottina dans les jardins, dérangeant légèrement quelques paons blancs qui avaient repris possession des lieux. Il arriva ainsi devant un espèce de petit pavillon – la rotonde- et découvrit Luna qui errait ici et là au son de la musique que l'on entendait, crochetant ses bras aux piliers pour tourner autour, ailleurs et pensive.

-Luna ? Ça ne va pas ? Demanda alors Harry en s'approchant, un peu inquiet pour son amie.

Il y avait quelque chose dans son attitude qui lui faisait dire que ce n'était pas le cas.

Elle s'immobilisa et elle le fixa d'un air distrait avant de reprendre ses mouvements, mais en parlant cette fois-ci :

-Je pensais… Je regrettais… Je désespérais…

-Pourquoi ?

Le brun était un peu surpris, la jeune fille était habituellement difficile à toucher même s'il savait qu'elle cachait beaucoup au fond d'elle. Quelqu'un avait-il été odieusement irrespectueux avec elle ?

-Tu sais Harry : je suis humaine moi aussi… Expliqua-t-elle. Et je suis aussi capable de ressentir des sentiments.

-Je n'en ai jamais douté.

-Mais… Les choses ont fait… Que tout ça est comme verrouillé à l'intérieur de moi… Parce que c'est trop douloureux de ressentir des sentiments lorsqu'on est naturellement plus perceptif que les autres. Je sais que tu peux me comprendre, toi aussi tu connais ça, continua Luna en s'approchant de lui pour toucher du bout des doigts l'emplacement de son cœur.

-Tu veux dire… Quand on est empathique ? Quand on a souffert des autres ? Ouais… Mais en ce moment, j'ai l'impression que quelqu'un, Drago en fait, s'amuse à crocheter patiemment la serrure.

-Et c'est bien, non ? Demanda-t-elle, l'air véritablement curieuse de connaitre la réponse.

-C'est effrayant. Complètement terrifiant. Mais c'est bien, oui… Enfin je suppose. Un geste de travers et il peut aussi me broyer le cœur. Ça ne me plait pas de lui laisser autant de pouvoir sur moi… Mais il parait qu'il faut que je laisse faire…

La jeune femme hocha de la tête distraitement, reprenant un peu sa danse des piliers avant de se figer et de planter son regard sur la lune.

-Je ne suis pas prête. Je ne suis pas prête et ça me terrifie… Parce que je vais le perdre. Parce que probablement je nous pénalise tous les deux. D'un autre côté… Je ne suis pas persuadée qu'il soit prêt de son côté aussi. J'ai peur… Qu'il se fasse de fausses idées à mon égard. Il ne me comprend pas aussi bien que toi.

Harry fronça les sourcils, perdu.

-De quoi tu parles ?

Elle ne se tourna pas pour lui répondre :

-Neville.

Harry ne sut pas quoi dire sur le moment et Luna continua d'elle-même :

-Mais qui suis-je pour lui faire perdre la vie qu'il souhaite ? Oui, qui suis-je ? Qu'est-ce que j'ai à lui offrir que Abbot ne pourrait lui donner ? C'est une bonne fille. Je suppose. Neville ne l'aurait pas choisie sinon, même si moi… Moi je ne l'aime pas trop.

-Luna… Tu es amoureuse de Neville ?! Finit par demander Harry, quelque peu surpris.

Elle osa le regarder alors, l'air troublée :

-Je ne sais pas. Mon cœur ne répond pas. Je ne peux qu'émettre des suppositions. Je sais juste que… Je ne goutte pas trop l'idée qu'il aime cette fille et qu'il décide de fonder une famille avec… Est-ce que ça fait de moi une amie cruelle ?

Surpris par l'étonnante concordance des sentiments de Luna avec les siens – étant tous deux obligés de passer par le stade de la jalousie pour supposer ressentir des sentiments d'ordre romantiques, il fit des signes de dénégations de la tête.

-Non Luna. Ca fait juste de toi quelqu'un d'humain.

-Je vais partir Harry, annonça t'elle brusquement.

-Quoi ?! Pourquoi ?!

-Pas d'ici et pas maintenant. Mais à la fin de l'année scolaire. Je pense qu'il vaut mieux que je m'éloigne… Sinon Neville aura toujours des doutes et moi, actuellement, je n'ai rien à lui offrir. Même pas de promesses.

Harry grimpa à l'intérieur de la rotonde pour la rejoindre, déchiré entre la compréhension et son hostilité vis-à-vis de l'idée de Luna loin de lui.

-J'ai toujours voulu faire le tour du monde. Voir les espèces animales de mes propres yeux et en découvrir de nouvelles. Ce serait bien, tu ne penses pas ?

- Si, lâcha-t-il laconiquement pour retenir ses sentiments égoïstes.

Elle le récompensa d'un sourire.

-J'irais bien, et je te laisse entre de bonnes mains.

Harry tourna la tête en entendant le bruit d'une branche cassée derrière lui. Apparaissant de derrière un buisson, se trouvait Drago, l'air faussement nonchalant comme s'il ne l'avait pas suivi jusque-là et peut être espionné.

*Les habitudes ont la vie dure…* Songea-t-il, plus amusé qu'agacé en secouant légèrement la tête avant de lever les yeux au ciel.

Le blond haussa un sourcil, l'air de de lui lancer un « Quoi ? » insolent.

-Je vais vous laisser. Vous avez sans doute besoin d'être un petit peu seuls, lâcha Luna en dévalant d'un pas sautillant les escaliers, s'arrêtant juste un instant au niveau de Drago : Encore toutes mes félicitations. Tu as de la chance.

Il hocha sobrement de la tête pour la remercier avant de s'approcher de la rotonde où se trouvait toujours Harry.

-C'est trop tard pour que je m'enfuie, tu sais ? Lâcha-t-il. Je ne vais pas disparaitre comme ça, alors tu n'es pas obligé de me surveiller.

Drago s'assura que la petite blonde s'était suffisamment éloignée avant de gravir les marches à son tour pour se poster face à lui.

-Ce n'était pas ce que je faisais. Je venais requérir la danse qui me revient de droit.

Harry inclina légèrement la tête.

-Avec moi ?

-C'est bien toi que j'ai épousé, non ? Pas un clone maléfique venu du futur avec des cheveux étrangement bien coiffés ?

Le gryffondor fit la moue en portant machinalement une main à sa tête. Drago l'arrêta avant qu'il n'ait le malheur de se frotter les cheveux comme il en avait l'habitude. Il garda d'ailleurs le poignet dans sa main et se rapprocha pour l'attraper à la taille.

-La danse ce n'est pas mon truc, tu sais, couina Harry alors que Drago guidait ses bras vers son cou.

-Je sais, répondit calmement Drago.

-Surtout ces chansons de sorciers…

-Si tu te taisais un peu et écoutais, tu te rendrais compte que l'on est passé à un registre moldu. Allez, ne t'en fait pas (il rapprocha sa bouche de son oreille pour lui murmurer) : Détends-toi. Ecoutes, tout ça… Ce moment, ça ne signifie rien.

Harry fronça les sourcils, se demandant ce qu'il voulait dire, puis tendit alors l'oreille, surprenant quelques accords de basse agrémentés d'un lancinant rythme de batterie. Drago commença à l'entrainer dans un doux pas de balancement, le guidant par sa prise sur le bas de son dos, lui provoquant des espèces de petits picotements à cet endroit, pas douloureux, mais distrayants et impossibles à ignorer.

La voix grave et douce du chanteur vint se joindre à l'instrumental et Harry réalisa qu'il avait déjà entendu quelque part ce slow…

Nights in white satin,
Nuits de satin blanc,

Never reaching the end,
N'arrivant jamais à leur terme
Letters I've written,
Lettres que j'ai écrites,
Never meaning to send.
Sans jamais avoir l'intention de les envoyer

Un instant il eut envie de demander pourquoi diable une chanson moldue était en train de passer, mais il avait trop peur de gâcher l'instant. Les paroles malheureuses étaient si vites arrivées entre lui et Drago.

Beauty I'd always missed
Beauté que je n'avais jamais su voir
With these eyes before,
Avec ces yeux d'avant
Just what the truth is
Simplement quelle est la vérité
I can't say anymore.
Je ne saurais plus le dire

A la place, il décida de profiter et de se laisser entrainer pour voir où ça les conduisait. Il n'y avait personne aux alentours pour les voir et les juger, le seul qui pouvait être outré de ce qu'il faisait, c'était le jeune homme dans ses bras et c'était lui qui les avait mis dans cette position. Se laissant alors porter par le rythme aérien de la chanson, il se rapprocha et vint lover son visage dans le cou de Drago, respirant doucement son parfum en fermant les yeux.

Son cœur sembla alors se décider à battre deux fois à chaque battement, menaçant à chaque seconde d'exploser.

'Cause I love you,
Car je t'aime,
Yes, I love you,
Oui, je t'aime,
Oh, how, I love you.
Oh, comme, je t'aime.

C'était comme si le chanteur avait décidé d'être sa voix et d'exprimer les sentiments qui se bousculaient à l'intérieur de la cage thoracique de Harry, sans pour autant arriver à passer le barrage de sa gorge.

Il eut l'impression que les doigts de Drago se refermaient un peu plus sur ses hanches et sentit un peu le poids de sa tête, comme s'il s'était reposé lui aussi contre lui, pour enfuir son visage dans ses cheveux.

Gazing at people,
Observant les gens
Some hand in hand,
Certains marchant main dans la main
Just what I'm going thru
Les épreuves que j'endure
They can't understand.
Ils sont simplement incapables de les comprendre

LE moment continuait, toujours aussi silencieux. Révérencieusement silencieux. Craignant presque qu'il y ait une fin à la chanson tellement tout pouvait être bien. Pas vraiment parfait, car une arrière étincelle de peur… De vulnérabilité… restait accroché à Harry, trop conscient d'à quel point ce moment était fragile, juste suspendu à un fil de soie. Il voulait en profiter jusqu'au bout.

Some try to tell me
Certains essaient de me faire part
Thoughts they cannot defend,
De leurs réflexions qu'ils ne peuvent argumenter
Just what you want to be
Exactement ce que tu veux être
You will be in the end,
Tu finiras par le devenir,

Il réalisa au bout d'un moment que si une part de lui était détendue, c'était que pour la première fois en « amour », il n'était pas forcément celui sur qui tout reposait. Ce n'était pas lui qui guidait en ce moment… Ce n'était pas lui qui devait s'occuper de quelqu'un… Dont on avait des attentes. Non, soutenu par ces bras solides et entouré d'une silhouette qui pouvait presque l'englober entièrement, il était celui qui était choyé. Il n'avait pas besoin d'être sûr de lui, le beau garçon contre lui l'était suffisamment pour eux deux. Et pour quelques minutes, cela se révélait être un très agréable changement.

And I love you,
Et je t'aime
Yes, I love you,
Oui, je t'aime,
Oh, how, I love you.
Oh, comme, je t'aime.
Oh, how, I love you.
Oh, comme, je t'aime.

Puis, Drago cessa soudain tous mouvements, gardant son corps fermement serré contre lui, ses doigts enfoncés dans le creux de ses hanches. Surpris, Harry leva les yeux, se perdant en partie dans ces iris qui semblaient, en cette nuit et dans la pénombre, briller de leur propre éclat. Ils n'avaient plus la froideur de l'acier, mais la clarté lumineuse et précieuse de l'argent.

Il resserra inconsciemment sa prise sur l'épaule, froissant de ses doigts le tissu de l'épaulette. Il ne pouvait tout simplement plus le quitter des yeux, voletant en battant des paupières sur chaque trait, se demandant comment il avait pu penser un jour qu'il était laid et repoussant. En ce moment, il y avait indéniablement quelque chose de touchant sur ses traits, toujours graves, mais empreint d'une certaine douceur, et sans doute, oui, de fragilité.

Sa gorge s'assécha alors qu'il se retrouvait piégé dans cette étreinte, tout simplement incapable de faire un geste. Pire : il ne voyait pas de meilleur endroit sur Terre où être en ce moment.

Le contact était étonnement désiré, réconfortant et exaltant. Le monde aurait pût s'effondrer autour de lui qu'Harry n'y aurait même pas prêté attention, complètement oublieux de tout ce qui n'était pas ces 1m70 d'époux doux, beau, mystérieux et même curieusement dangereux, qui ne semblait lui-même n'avoir de yeux que pour lui.

Pas le Survivant, pas le Sauveur, non, lui, juste lui. C'était pour ça que le regard de Drago était si important et précieux, c'était qu'il ne s'était jamais laissé éblouir par ses « titres » et ne les avait jamais considérés qu'avec mépris et jalousie. Sans dire qu'il le voyait vraiment, il était probablement l'une des rares personnes qui pourrait faire vivre « juste Harry » et par chance, il l'avait épousé. Par chance, il avait pu le garder près de lui.

Nights in white satin,
Nuits de satin blanc,

Never reaching the end,
N'arrivant jamais à leur terme
Letters I've written,
Lettres que j'ai écrites,
Never meaning to send.
Sans jamais avoir l'intention de les envoyer

Il n'esquissa aucun geste de recul lorsque le blond l'attira plus près de lui et pendant un instant le temps sembla figé, tous les deux étaient immobiles, les yeux dans les yeux, l'action suspendu à ce fil fragile pouvant céder à tout moment.

*…Je dois me laisser apprivoiser…*

Narcissa avait raison. Il était curieux. Il devait le laisser faire pour voir ce qui se passerait… Ce qu'il lui réservait. Harry pensait qu'il était prêt à tout, mais en réalité, il se laissa surprendre.

Beauty I'd always missed
Beauté que je n'avais jamais su voir
With these eyes before,
Avec ces yeux d'avant
Just what the truth is
Simplement quelle est la vérité
I can't say anymore.
Je ne saurais plus le dire

De façon soudaine, sans aucun signe avant-coureur, Drago fondit sauvagement sur ses lèvres.

Il ferma juste les yeux, le souffle en partie coupé, comme pour ne pouvoir ressentir que le toucher du baiser et laissa les deux mains de Drago emprisonner son visage, tandis qu'il enroulait ses bras autour de son cou pour mieux s'accrocher à lui.

Tout ce qu'il pût penser pendant un petit moment fut : *Tu avais tort Hermione, embrasser un garçon, c'est TOTALEMENT différent*.

Drago le maintenait contre lui d'une poigne possessive, dirigeant l'ébat avec presque autoritarisme, ne lui laissant pas d'autre choix que de le suivre, sans néanmoins agressivité ou avarice, donnant autant qu'il prenait. Il y avait même une certaine douceur lorsqu'il attrapa sa lèvre inferieur entre ses dents, la mordillant légèrement avant de le lécher timidement du bout de la langue, comme pour le gouter. Sa langue trouva cependant rapidement la sienne puisqu'Harry, en plus d'avoir cessé de réfléchir et de se laisser entrainer par sa curiosité naturelle, n'était pas quelqu'un de patient, et dûment encouragé, Drago envahit finalement sa bouche, continuant à mener cette danse d'un genre différent.

*…Me laisser apprivoiser…*

'Cause I love you,
Car je t'aime
Yes, I love you,
Oui, je t'aime,
Oh, how, I love you.
Oh, comme, je t'aime.
Oh, how, I love you.
Oh, comme, je t'aime

C'était à la fois intense et rude comme avait pu l'être leurs disputes, accompagné parfois d'une précipitation presque désespérée, comme si l'un ou l'autre s'attendaient à ce que ça s'arrête brusquement. Dès qu'Harry se décrochait de sa bouche pour pouvoir aspirer un peu d'air, Drago la recapturait presque aussitôt, et vice versa. Oui, ils semblaient avoir tous deux peur du moment où l'autre retrouverait ses esprits… Et ils continuaient à s'agripper comme pour se retenir, mais aussi garder un point d'accroche.

Tout ne semblait plus n'être que l'autre, leurs mâchoires se cognant, leurs langues glissant sensuellement l'une contre l'autre, caressantes ou bien dominantes, et leurs cœurs battant follement dans leurs poitrines... Ils semblaient chacun boire la vie aux lèvres de l'autre.

Harry n'avait jamais embrassé qui que ce soit comme ça… Il n'avait jamais été embrassé comme ça.

…Comme si sa vie en dépendait. Et c'était putain de bon, ça le remuait complètement, le laissait comme ivre… Cela satisfaisait éminemment la part de lui qui voulait Drago, plus qu'un simple bracelet magique, et il la sentait presque ronronner de plaisir au fond de sa gorge.

En fait, il ne s'était jamais senti aussi humain, vivant et faillible qu'en ce moment. Ce qu'il aurait dû toujours être.

'Cause I love you,
Car je t'aime
Yes, I love you,
Oui, je t'aime,
Oh, how, I love you.
Oh, comme, je t'aime.
Oh, how, I love you. (*)
Oh, comme, je t'aime.

Il fut horriblement frustré et un peu perdu quand Drago posa juste un dernier baiser sur ses lèvres mouillées et légèrement gonflées et l'empêcha de faire continuer ce merveilleux moment, les séparant avec lenteur.

Il rouvrit les yeux, cherchant quelque chose dans les orbes argentées qui lui faisait face. Il ne savait pas quoi, mais quelque chose de rassurant.

Drago esquissa un sourire, un sourire horriblement satisfait de lui-même.

-Je l'ai eu, mon « vous pouvez embrasser la mariée ».

Et au désespoir d'Harry qui n'arrivait pas à réfléchir, le blond s'éloigna, le lâchant, l'obligeant donc, lui aussi, à déverrouiller des bras fort bien placés à son gout. En tout cas, plus à leurs place que reposant bêtement de chaque côté de son corps.

-C'était un très beau mariage, continua le blond dans un chuchotement comme pour ne pas briser leur moment.

-Tu peux remercier ta mère pour ça, répondit Harry sur le même mode, même s'il mourrait envie de dire bien d'autres choses que de telles platitudes.

Du genre : « pourquoi tu t'éloignes ? », « pourquoi tu ne m'embrasses plus ? », « et d'abord pourquoi avoir fait ça ? », « Tu ne me déteste plus ? », « Est-ce que ça faisait partit aussi du « ça ne signifie rien » ? » , « Et d'ailleurs ça veut dire quoi ça, « ça ne signifie rien » ? ».

Malheureusement, son tout nouvel époux baissa le regard, plongeant en partie son visage dans les ténèbres, se soustrayant ainsi à tout examen.

-Oui… Nous devrions rentrer maintenant. Notre absence a dû être remarquée.

Il se retourna, avant de se figer en voyant qu'Harry ne faisait pas un geste pour le suivre. Quand il se retourna, levant un sourcil inquisiteur, le brun pût constater que le masque était de retour sur son visage.

Satané masque.

-Je n'ai vraiment pas envie de me retrouver à nouveau dans la fosse aux serpents… Mais si tu veux encore danser, ne te prive pas, vas-y, l'encouragea-t-il, déterminé à retourner s'asseoir dans son coin pour admirer la nuit et profiter de la compagnie silencieuse et peu solliciteuse des paons albinos.

-Pas vraiment. Si tu es fatigué, ce qui ne serait pas si étonnant avec la soirée que tu as passé hier…(le ton semblait plus que sarcastique) on peut prendre congé de tout ce beau monde et… (il hésita) Aller nous coucher.

Ah…

Oui…

Nous coucher.

Plus comme : toi dans ta chambre, moi dans la mienne, mais Nous au même endroit. Dans le même lit. Ensemble.

Nous.

Ça aussi c'était nouveau. Ils étaient à présent une entité pouvant être contenue dans ce seul petit mot.

Harry hocha de la tête timidement, tenté d'essayer lui aussi ce nouveau truc :

-Nous pouvons ? Ils ne vont pas nous trouver grossiers ?

Ca roulait très étrangement dans sa bouche, mais pas en mal. Il avait la bizarre impression rien qu'en étant autorisé à utiliser ce simple petit « nous » d'avoir un certain pouvoir sur le blond. Evidemment c'était déjà le cas en tant que chef de famille, mais là c'était comme secouer ostensiblement la chaine invisible qui les attachait ensemble et ne même pas se sentir malheureux à son sujet. Il ne l'était pas d'ailleurs. Il l'aimait beaucoup cette chaine, il ne se sentait pas prisonnier du tout, c'était plus comme découvrir qu'il ne serait plus jamais seul et qu'une personne marcherait désormais à ses côtés.

-Non, répondit Drago avec l'air de rire d'une blague dont Harry n'était pas au courant. Pas grossier. Je dirais même qu'ils n'attendent que ça de nous. La bienséance les empêche de partir avant nous.

-Oh. Vu comme ça… Mais alors… On ne peut pas vraiment s'esquiver discrètement sans prévenir tout le monde… ?

*Ô doux rêve d'anonymat…*

-Non, on ne peut pas « s'esquiver ».

Il souffla d'amusement et Harry fut tout d'un coup prit de l'envie de se blottir contre lui. Il tenta de tuer dans l'œuf cette idée, s'avouant qu'en fait il voulait à nouveau un moment « qui ne signifie rien ». Il s'était senti si bien… Et chaque souffle du blond qui ne s'échouait pas sur sa peau lui semblait un horrible gâchis.

-Je dois être plus fatigué que je le pensais… Je commence à délirer… Marmonna-t-il pour lui-même.

Et le fait était qu'il vacillait un peu sur ses deux jambes. Embrasser Drago semblait l'avoir vidé de son énergie, et le contrecoup de sa nuit blanche d'hier venait le frapper avec violence.

Il sentit quelque chose faire pression sur sa manche et découvrit qu'il s'agissait des doigts de son mari. Celui-ci se mit à le tirer derrière lui vers la salle de bal, et comme pour la danse, Harry décida qu'il pouvait le laisser le guider. Il pouvait le laisser prendre les choses en mains pour eux deux.

*Oh… Tiens ? Il semblerait que j'ai plus confiance en lui que je ne le pensais…*

Ou alors il avait sans s'en rendre compte franchi une nouvelle marche.

Il fit à peine attention à ce qu'il se passait autour de lui, se contentant juste de fixer Drago en cherchant ce qui avait bien pût changer et quand ce changement s'était produit. Mais le fait était qu'il n'en avait pas la moindre idée. Son nouvel époux s'était juste glissé dans la plupart des aspects de sa vie durant ces derniers mois et s'il avait toujours été présent dans les pensées d'Harry depuis qu'il le connaissait, ne se laissant jamais oublier, ça n'avait jamais été à ce point.

« Drago » et « Evangeline » étaient juste devenus ses mots préférés. Et ça ne risquait pas de changer de sitôt.

-o-O-o-O-o-

-Pott…Harry est fatigué.

Narcissa fixa le jeune homme qui semblait dormir debout les yeux grand ouvert et ne pût émettre qu'un « huhum » légèrement désapprobateur dispensé avec une expression curieusement semblable à celle de son fils.

-Humf… Ca, quand on fait la fête la nuit d'avant… Renifla pour sa part Lucius.

Drago hocha sobrement de la tête, sa main toujours accrochée à la manche du brun. Il pensait qu'enfoncer celui qui était désormais son époux avec ce qu'il s'était passé à la fête n'était pas des plus intelligents. Pas devant tout le monde en tout cas.

Il n'avait plus beaucoup de souvenirs de sa grand-mère maternelle, mais il se souvenait qu'elle avait l'habitude de dire « de laver son linge sale en privé » lorsque sa belle-sœur se battait avec son époux.

-Si ça peut te consoler, il ne semble pas se souvenir de grand-chose d'hier, lui chuchota à l'oreille sa mère comme si elle sentait que ça le troublait encore.

Et effectivement, cela le consola un peu. Au moins il était sûr que l'alcool n'effacera pas son baiser à lui. Il lui sourit avant de se pencher vers elle pour l'embrasser sur la joue.

Harry sembla légèrement se réveiller puisque, gêné, il récupéra sa manche et marmonna au sujet de dire au revoir à ses amis pour le laisser avec ses parents.

- Je suppose que nous devons donc vous souhaiter une bonne nuit, continua Narcissa plus fort. Mais avant cela je voulais te féliciter pour ton mariage mon fils. Tu as rendu ta mère très fière de toi aujourd'hui. Et ton père aussi même s'il ne te le dira pas de haute voix !

Lucius roula légèrement des yeux, plus amusé qu'autre chose :

-Oh oui bien sûr, si l'on omet le reste qui est néanmoins très conséquent, ça reste un bon parti.

Narcissa balaya sa remarque d'un geste de la main.

-Tout s'est bien passé et les rituels ont été respectés. Et en plus de tout cela, nous sommes désormais hors de portée du Mauvais Œil. Tu as bien agi, en vrai héritier Malefoy et Black (et là Lucius hocha de la tête pour approuver, s'attirant un immense sourire de la part de son fils). Et… Je tenais à te dire…Tu as de la chance d'avoir épousé un homme pareil mon chéri, pas uniquement pour les raisons que j'ai autrefois citée, mais parce qu'il a vraiment une belle â de t'en souvenir.

Ils suivaient tous deux des yeux le trajet d'Harry auprès de ses compagnons, toujours aussi emprunté dans sa façon de montrer son affection, et sourirent lorsque le jeune homme paniqua, Granger ayant sauté à son cou pour l'étreindre de toutes ses forces.

Dès lors il y eut un certain nombre de visages qui défilèrent pour leur souhaiter une bonne nuit, et avant même qu'ils n'aient pu le réaliser, ils se retrouvèrent dans la chambre d'Harry, seuls, fixant le lit double comme s'il s'agissait d'un gigantesque obstacle à franchir.

Evidemment, songea Drago, le gryffondor ne devait pas avoir du tout le même train de pensée que lui. Il le prouva d'ailleurs d'un tonitruant :

-Et si j'allais voir Evy !

Le blond le rattrapa vivement par le bras avant qu'il n'ait pu encore une fois s'enfuir.

-Tu la vues au moins trois fois ce soir et à chaque fois, ELLE DORMAIT. Je suis sûr qu'elle dort encore.

Et si sa voix était catégorique et son regard un peu effrayant, il ne pouvait rien y faire. Il se sentait beaucoup trop excité pour se contrôler.

-Euh… OK, capitula le brun avec prudence, clignant des yeux d'inquiétude face à cette facette de lui qu'il ne connaissait pas.

Drago soupira en le poussant sur le lit.

-Je vais prendre ma douche en premier, d'accord ? Lâcha-t-il en se félicitant intérieurement de ne pas montrer son agitation.

-Euh… OK, répéta son vis-à-vis qui ne semblait pas trop savoir quoi faire.

Cela aurait été presque mignon si ça ne signifiait pas que Drago devait tout gérer tout seul. Il tacha de reprendre son self control sous la douche, réalisant que de toute façon il ne pourrait pas se passer grand-chose. Tout laissait à penser que son… époux… était un novice dans les relations entre hommes. Il n'avait pas d'autres choix que d'y aller doucement… Mais ça n'excluait pas de pouvoir faire quelques petites choses. L'embrasser à nouveau par exemple. Oui, il avait envie de l'embrasser encore et encore, et partout.

Alors que son imagination s'affolait brusquement, il glapit, se rappelant qu'il devait garder le contrôle.

Finalement habillé de sa chemise de nuit, il retourna dans la chambre le cœur battant, souriant en entendant au loin la musique qui se jouait encore dans la salle de bal. Cependant ses lèvres s'affaissèrent à peine entré.

-J'ai finis, tu peux y… ?!

Il y avait des vêtements jetés à terre et Potter qui s'était glissé sous les couvertures, dormant en laissant une épaule nue et découverte dépasser.

Drago ne savait pas sur l'instant de quoi il était le plus indigné, mais fini par se jeter sur les vêtements pour les plier soigneusement avant de les déposer avec précaution sur un meuble.

-Des pièces uniques assemblées par DeViTORA ! D'une valeur égale au salaire annuel du Ministre de la Magie ! Glapit-il à mi-voix avant de se tourner vers l'endormi avec les yeux plissés de mécontentement.

Un instant il eut envie de le jeter par terre pour le réveiller, mais l'air angélique et innocent qu'arborait le jeune homme l'en empêcha. Quand même ! Comment avait-il osé s'endormir lors de leur nuit de noce !

Grimpant de son côté du lit, il souleva les couvertures et leva les yeux au ciel.

-Et en plus tu dors quasiment nu. C'est d'un vulgaire. Soit tu joues avec le feu, soit tu es complètement aveugle…

Drago ne put aller plus loin dans ses réflexions, fixant le dos dénudé que lui montrait le brun, ainsi que les jolies petites rondeurs de ses fesses prisonnières du tissu élastique d'un boxer noir.

Il ne serait pas un serpentard s'il n'en profitait pas, non ?

Et encore moins un s'il ne se vengeait pas de l'affront ?

Avec un rictus narquois, se régalant d'avance de la réaction de son compagnon demain, il prit sa baguette et jeta un petit sort. Puis il se colla à ce corps chaud, passant ses bras autour de son torse tout en collant son nez contre sa peau, inspirant son odeur avec bonheur.

La seule réaction de l'endormi fut un bref gémissement et un réajustement machinal pour se mettre dans une meilleure position.

Encore plus proche de lui.

A suivre…

*"Nights in white satin" de The Moody Blues. Un de mes slow préféré qui a mon humble avis correspond plutôt bien à Harry et Drago. La traduction des paroles est du site La Coccinelle du Net. Merci à eux.

*Etat d'ébahissement dû à la fin d'un chapitre particulièrement longuet* Et dire pourtant que j'étais impatiente de l'écrire celui-là ! Je m'excuse encore du temps que j'ai mis à le sortir. Je ne sais pas si c'est dû au fait que j'ai commencé un nouveau travail, mais les mots ne sonnaient pas bon. Et j'ai pour philosophie de ne pas me forcer quand je sens que ça bloque. C'est même pas une question d'inspiration. Je sais tout ce qui doit se passer, mais l'écriture n'était pas fluide. J'espère que je galérerais moins pour le chapitre suivant…
Sinon sinon… Vous l'aimez ce chapitre ? Il y a une danse ! Il y a un vrai baiser ! (Et là vous me dites : au bout du 35eme chapitre, encore heureux !). Et petit Harry tout déboussolé à voir le Drago « au naturel » et c'est pas terminé ! Mais vous verrez ça au chapitre suivant !
Sinon… Luna et Neville… il y a-t-il quelques-uns qui l'avait vu venir ? J'avais laissé quelques indices. En plus du fait que c'est un couple à moitié canon (mais ça ne signifie absolument pas que ça le sera dans cette fic !). Et… Les parents de Rogue. Dans la plupart des fics ils sont morts, mais absolument rien dans l'original ne le dit. Par contre, évidemment, le fait que Rogue ait un frère et une sœur, je l'ai inventé (mais rien ne dit non plus que ce n'est pas le cas !). Je trouve ça marrant de l'imaginer en grand-frère exaspéré. Bref, finis les papotages.
Une voix dans l'oreillette m'indique que c'est le début du BAC. Alors bonne chance à tous ceux qui sont de corvée. Je compatis. Vraiment.
Prochain chapitre :
Lost Wood, premiers pas à deux. Priez le Dieu de l'Ecriture pour qu'il sorte vite cette fois.