Mot de l'auteur : 40 pages mesdames et possibles messieurs. Je crois que je bats mon record. J'espère vraiment que ce chapitre vous plaira, j'y ai mis pas mal de moi. Et comme d'habitude, je vous remercie de me suivre et d'être toujours là pour m'encourager de vos gentils messages. Vous êtes mon carburant !
Chapitre 37 : Lost Wood
Un foyer… Bien plus que des murs, bien plus que des personnes, c'était le lieu où l'on souhaite revenir à la fin de la journée. Mieux : l'endroit où on est attendu.
-Papa ! Maman ! Je suis rentrée !
La petite Hermione courut avec joie jusqu'à ses parents qui se trouvaient de dos, mais avant même qu'elle ait put les atteindre ou qu'ils aient pu se retourner, le rêve se dissipa.
Quelqu'un la secoua par l'épaule, la réveillant par la même occasion. Elle n'avait même pas réalisée qu'elle s'était endormie sur sa chaise.
-Je pense que tu devrais rentrer Granger, fit alors la voix de Daphnée Greengrass.
Se frottant les yeux pour chasser le voile de sommeil qui s'y était installé, elle remarqua que la serpentarde se tenait là, devant elle, avec sa sœur (*Astoria Greengrass* la renseigna son cerveau en mode automatique) et Blaise. La salle de bal tout autour n'était plus qu'éclairée de lumières tamisées et occupée par quelques rares couples qui dansaient sur un slow lancinant.
Hermione se frotta plus fort les yeux en croyant apercevoir parmi eux les Malefoy senior. Narcissa avait la joue reposée sur l'épaule de Lucius, les yeux fermés et les traits habités d'une douce tranquillité.
-Il est quelle heure ? Demanda-t-elle.
-Presque deux heures du matin. Notre famille s'en va, et comme les Londubat et toutes les autres familles que tu connais sont pareillement sur le départ, j'ai pensé que tu voudrais sûrement les rejoindre plutôt que de passer le reste de la nuit dans la salle de bal des Malefoy…
La seule perspective d'une telle chose réussit à secouer Hermione et à la faire bondir de sa chaise.
-Oui. Merci.
La blonde haussa des épaules avant de faire demi-tour pour rejoindre ses parents. Hermione resta alors avec Blaise qui ne semblait pas vouloir rejoindre le groupe de sorciers qui faisaient leur au revoir avec forces de courbettes.
-Tu restes dormir ici ?
Le black se contenta d'hocher sèchement de la tête, ses yeux posés sur un point qui semblait être sa mère entourée de plusieurs hommes occupés à se disputer pour l'aider à enfiler un énorme manteau fauve en fourrure.
-Et après ? Il reste une semaine avant la reprise des cours… Osa-t-elle, les sourcils crispés d'inquiétude en prévision de la remarque cinglante que pourrait lui faire le serpentard.
Il retourna son regard vers elle, et sans aucune expression, se contenta de passer une main sur ses cheveux en un semblant de caresse.
-Qui vivra, verra, Hermione, lâcha-t-il simplement.
Et c'était comme s'il savait qu'elle aurait besoin de cet adage lorsqu'elle-même mit un pied hors du foyer de la cheminée du 12 Grimmauld Place, découvrant un salon obscur et froid.
L'ambiance ici était tout simplement pesante, et ce, même avec les améliorations que le trio avait apporté lors de leur séjour. Quelques mois de bonheur ne pouvaient tout simplement pas effacer des siècles de mélancolie et d'amertume.
Mais ce n'était pas vraiment comme si Hermione avait autre part où aller…
Elle sursauta lorsqu'un miaulement de Pattenrond retentit, brisant soudainement le silence, et souffla bruyamment, à la fois de sa bêtise et de soulagement, avant de se baisser pour caresser son énorme félin qui venait fêter son retour.
-Eh bien… Désormais c'est plus que toi et moi, marmonna t'elle en le prenant dans ses bras pour l'embarquer avec elle dans sa chambre.
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Après une vague de mauvais temps, le dimanche se leva sur le chemin de Traverse, clair et presque ensoleillé. Fred sourit au ciel bleu en sortant ses différentes pancartes devant son magasin.
Comme beaucoup d'autres boutiques de la rue, il ouvrait aussi le dimanche matin, jusqu'à 13h, et il salua d'un hochement de tête la propriétaire de la boutique de malles et valises qui lui faisait face. Celle-ci le lui rendit d'un éclatant : « Bonne journée Mr Weasley ! » tout en ajustant ses modèles de présentation et leur appliquant de légers sortilèges anti-voleurs. Non loin, le vendeur ambulant de crêpes et de gaufres installait son stand dans le carrefour en sifflotant. Il eut juste à déposer un attaché case par terre et tapoter dessus avec sa baguette pour que le tout se déplie comme un livre pop-up pour enfant.
De l'autre côté de la rue, un flot bien habituel d'hiboux allait et venait des locaux de la Gazette du Sorcier, se posant quelques secondes sur toutes les surfaces possibles pour souffler, provoquant l'ire de quelques boutiquiers qui se plaignaient régulièrement du guano qui se déposait sur les murs et les toitures.
Bref, c'était une merveilleuse et presque normale journée qui s'annonçait.
Angelina surgit à son tour du magasin, l'embrassant sur la joue au passage en lui tendant son exemplaire de la Gazette encore roulé. Elle portait un long manteau ouvert sur sa robe de sorcier, faisant peu confiance à la météo pour rester aussi clémente. Ses boucles brunes étaient remontées en un chignon formel même si elle préférait habituellement les lâcher. Fred les préférait aussi ainsi, mais il savait que ce n'était pas le cas de Mr Johnson. Son père était un homme plutôt sévère et à cheval sur les manières de chacun, et Fred et Angelina ne devaient leur liberté de mœurs actuelles qu'au fait que l'homme était malheureusement malade depuis trois ans et cloué au lit.
Quant à sa femme, elle mettait assez rarement les pieds hors de sa maison, semblant très nerveuse dès qu'elle devait côtoyer les mêmes routes qu'un moldu. C'était pour ainsi dire l'extrême inverse du patriarche des Weasley.
Angelina avait toujours eu beaucoup de caractère et il ne comptait plus le nombre de fois où elle leur avait raconté, à George et à lui, ses disputes avec son paternel. Oh, ils finissaient toujours par se réconcilier car l'homme aimait beaucoup trop sa fille unique, mais si elle l'avait écouté, elle ne serait certainement pas la moitié de la femme qu'elle était actuellement.
- Salues ta famille pour moi, claironna Fred en s'emparant du journal.
Elle lui jeta un regard un peu blasé.
-Tu sais que si je parle trop de toi, ils vont commencer à avoir des soupçons ? Et ce n'est pas parce qu'ils vivent au beau milieu de Lindsey qu'ils ne vont pas trouver quelqu'un pour les renseigner. Les amies de ma mère la visitent toutes les semaines et ce sont de vraies commères.
-Tu veux dire qu'il va finir par être temps d'officialiser tout ça ?
Il engloba de ses mouvements leurs deux corps et la boutique, puisque leur relation avait pris un tournant très intime. En vérité, il ne leur avait pas fallu beaucoup de temps pour craquer et soulager une frustration sexuelle dont ils n'avaient même pas conscience avant qu'elle ne leur explose au visage un soir.
La guerre avait ce genre de pouvoir. Couper toute envie. Mais après, le corps réclamait inévitablement sa rétribution. Et cela avait été… Hum, eh bien, Fred ne pouvait y repenser sans sourire comme un fou furieux.
Loin de ce genre de pensées, Angelina referma les pans de son manteau contre sa poitrine comme si tout d'un coup elle était frigorifiée. Cela semblait aussi une façon subliminale de s'éloigner de Fred. Il renifla d'agacement en fixant ses petits doigts sombres recroquevillés fermement sur le tissu.
-Tu sais que c'est impossible. La situation de ma famille ne lui permet pas un mariage en ce moment. Pas tant que je suis la seule qui travaille pour nourrir tout le monde.
-Tu sais que je me fiche éperdument que tu aies une dot ou pas, et ma famille est loin d'être la plus riche du coin, comme tu le sais. J'ai cependant, personnellement, de quoi nous faire vivre tous les deux… Et plus si besoin, répliqua Fred en dénouant les doigts, prenant ses mains, les obligeant à lâcher son manteau.
Cela n'eut cependant pas beaucoup d'effet sur le visage soucieux de l'ancienne gryffondor.
-Ne sois pas idiot, il n'est pas question de ce que tu souhaites, mais de faire les choses bien et de façon respectable. Tu ne voudrais pas que tout le monde se moque parce que je n'ai pas un centime à moi ? La dot, c'est plus que de l'argent ou du matériel, c'est un investissement dans le futur d'un couple… Et c'est aussi l'honneur de l'épouse. Si je veux garder la tête haute face aux autres sorcières mariées, ce n'est certainement pas en ramenant juste quelques vieilleries.
-Je ne voulais pas dire ça pour te contrarier, vraiment Angie, affirma Fred en cherchant à effacer les rides qui plissaient son front.
-Je sais. Je sais qu'avec toi, ça part toujours d'une bonne intention. Et je sais que tu aimerais que les choses se concrétisent plus, mais… Je suis obligée de te demander de patienter. Et rien que ça me fait me sentir coupable vis à vis de toi.
-Ne le sois pas. Tu as été très claire dès le début. (Il se frotta l'arrière de la tête, un peu gêné) C'est juste que j'ai mes propres appréhensions, ok ?
-A propos de quoi ?
-Ton père. Rien ne dit qu'il m'acceptera comme gendre. C'est vrai que je ne l'ai jamais rencontré, mais il me semble si… Solennel que j'ai peur que ça ne colle pas vraiment entre nous.
Angelina lui adressa une moue amusée avant de lui prendre la mâchoire d'une main et de la pincer affectueusement avec une voix volontairement déformée :
-Quoi, toi l'adorable petit rouquin ?
-Quoi ?! Tu ne m'as jamais dit que tu avais déjà un farfadet dans ta vie ?! Se moqua le Weasley en essayant d'échapper à la poigne de sa compagne, l'attrapant par les hanches pour les faire pivoter, manquant de les faire trébucher par terre au passage.
Angelina se tordit de rire entre ses bras avant de s'immobiliser brusquement.
Dans la clarté sans nuage du matin, une explosion retentit.
Cela se fit en chaine, partant du bout de la rue et progressant comme un animal avide face à sa proie. Des centaines de hiboux s'envolèrent brusquement dans un concert de hululements effrayés et de plumes perdues.
Par réflex Fred jeta à terre Angelina et la couvrit de son corps, la protégeant, se faisant, de quelques pierres qui vinrent voler dans leur direction. Sa baguette était déjà dans sa main, pointant un ennemi invisible, les yeux s'agitant follement.
Puis soudain il y eut un rire sardonique qui explosa dans l'allée, semblant rebondir sur chaque angles, et les quelques sorciers qui pouvaient lever le regard sans sang obstruant leur vision, aperçurent la silhouette noire se tenant sur l'un des toits.
Il avait les bras levés et semblait souffrir d'un équilibre instable puisque son corps oscillait légèrement d'un mouvement mécanique comme le pendule d'une horloge.
-TOUS MES VŒUX DE BONHEUR A HARRY POTTER ET A DRAGO MALEFOY ! LE LACHE ET LE TRAITRE ! Hurla l'homme avec un mouvement de bras grandiloquent. VOICI MON CADEAU POUR EUX ! QUE LE SANG SOIT VERSE ! QUE L'ACIDE RONGE LEUR CARCASSES IMPURES ! ET QUE MEURS TOUS LES ENNEMIS ET TOUJOURS PERDURENT LES VRAIS FAMILLES DE SORCIERS !
De partout dans la rue apparurent soudain des éclats pourpre et avant qu'ils n'aient pu tourner la moindre baguette vers lui, l'homme du toit s'éclipsa avec un juron.
Quelques aurors disparurent à leurs tours, tentant sans doute de le poursuivre malgré le peu de chance qu'il y avait à réussir un tel tour de force.
-Fred… Qu'est ce que c'était ? Glapit Angelina alors qu'il se relevait pour la libérer, passant une main négligente sur son cuir chevelu, la teintant de son sang.
Le regard du roux resta cependant sur le morceau de toit qui avait accueilli l'homme en noir, se retrouvant incapable de le lâcher.
- …Des problèmes. Encore.
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Si l'homme en noir avait voulu affoler Harry Potter, qui soit dit en passant ne s'appelait plus ainsi depuis hier, il ne pouvait qu'être déçu, car au même moment le jeune homme brun dormait comme un loir, rattrapant de nombreuses heures de sommeil.
Ce ne fut que vers onze heures trente qu'il émergea, curieusement tranquille et apaisé, comme ça ne lui était pas arrivé depuis des siècles et des siècles.
En fait, il n'avait jamais eu cette sensation qu'en se réveillant certains samedi matin à Poudlard, quand les choses étaient encore simples. Juste le week-end au château et ses amis à ses côtés : à l'époque, pour lui, c'était la véritable définition du bonheur.
Deux questions fusèrent cependant vite dans son esprit, puisqu'il était plus que certain de ne plus avoir treize ans et que la pièce était trop décorée pour être le dortoir des gryffondors… 1 : Où était-il ? 2 : A qui étaient ces bras qui le crochetaient au torse ?
Puis rapidement il se rappela qu'il était dans sa chambre du manoir Malefoy, avec son dais à fleur grimpante, et un petit coup de tête vers l'autre côté du lit l'informa de sa deuxième préoccupation. Il referma douloureusement les yeux en laissant sa tête choir à nouveau sur son oreiller.
-Drago ? Sérieusement ?
Le serpentard avait dans la nuit pris la plus grande partie du lit, s'étalant en diagonale, son front reposant contre la nuque de Harry. Apparemment encore endormi, il n'en serrait pas moins fermement le brun, refusant de le lâcher.
Ce dernier avait beau tenter d'écarter les mains, cela semblait au contraire le faire s'agripper encore plus et pire, l'encourager à se coller à lui. Des jambes se plièrent jusqu'à venir chercher les siennes, longues et fines, se faufilant, venant malencontreusement frôler une partie d'Harry qui n'avait absolument pas besoin de stimulation. DU TOUT.
Se mordant le poing dans une vaine tentative de se calmer, il se mit à le maudire et à soupçonner une parenté plus ou moins proche avec le calmar géant du lac de Poudlard.
La respiration de Drago vint caresser le haut de sa colonne vertébrale, provoquant d'affolants stimuli nerveux qui lui fit imprimer la marque de ses dents dans sa main. Puis le blond vint épouser la courbe de son dos et une chose dure s'imprima sous ses fesses.
Deux choses se passèrent en Harry alors. Une réaction primale évidemment, mais aussi l'arrivée d'un soupçon insidieux qui lui fit lâcher son poing et plisser les yeux.
D'un brusque mouvement, il se tourna sur le dos, écrasant le blond sous lui.
-TU ES REVEILLE ! Piaula t'il avant de se dégager de l'autre côté, le faisant par là même lâcher.
Drago gémit d'inconfort et de frustration. Le poignet d'Harry picota désagréablement.
-Ce réveil commençait SI BIEN Pott… Harry !
Il ouvrit alors les yeux et lui jeta un pur regard de rancune. Harry secoua machinalement sa main avant de regarder si une bestiole ne l'avait pas piqué.
Mais il n'y avait rien sinon le tatouage magique de ses serments de mariage.
-Quelle est cette…
-Bien fait. Où as-tu appris que l'on pouvait aplatir son mari comme ça ?
-Oh, arrêtes, je suis pas assez lourd pour te faire mal.
Harry regardait toujours son poignet d'un air soupçonneux.
-Assez pour piétiner mon orgueil, marmonna cependant Drago en se laissant retomber sur le matelas, les bras écartés dans une position d'impuissance.
Harry le regarda alors, toute excitation semblait être retombée chez eux deux. Merlin merci. Et il put alors remarquer, non sans rire intérieurement, que Drago portait une de ces fichues chemises de nuit de sorcier pour dormir.
Il réalisa alors qu'il se tenait debout en boxer dans la pièce, voulut chercher de quoi se couvrir, mais fut arrêter à mi –parcours en découvrant que son sous-vêtements avait changé de couleur, arborant désormais un superbe vert ressortant sous le blason argent de la maison de Serpentard.
Retenant une série d'injure entre ses dents, cherchant toujours désespérément de quoi se couvrir, il finit par arracher le drap du lit pour s'en draper, l'air tout à fait ridicule.
-QU'EST-CE QUE TU AS FOUTU !? POURQUOI AS-TU JUGE BON D'ENSORCELER MON BOXER PENDANT QUE JE DORMAIS !
Sans compter la moquerie contenue dans cette blague, tout sorcier ne pouvait que frémir à l'idée d'une baguette pointée trop près de son attirail reproducteur. Les choses pouvaient tourner mal beaucoup trop facilement.
Drago s'assit alors confortablement sur le matelas, un immense rictus satisfait aux lèvres.
-Je ne crois pas t'avoir dit que tu pouvais t'endormir sans moi hier soir, répondit-il d'un ton nonchalant en détaillant désormais la pièce comme si ce n'était pas quelque chose d'important.
-J'étais mort de fatigue, et puis de toute façon, quelle différence ?
-Tu as oublié quelle nuit c'était censé être ? Répliqua Drago en perdant son allure nonchalante, se tendant comme un serpent prêt à mordre.
Harry ouvrit la bouche, puis la referma. Il le refit deux fois.
-Tu ne me feras pas croire que je ne t'attire PAS, attaqua le blond en le mettant au défi de le contredire.
Harry fit d'autres mouvements d'impuissance avant de s'asseoir au bord du lit et de le fixer d'un air malheureux.
-Ecoutes, on a passé pas mal de cap difficiles tous les deux. C'est déjà heureux qu'on en soit là où on en est… Tu ne veux tout simplement pas comprendre que c'est trop tôt pour moi ?
En réponse, Drago renifla d'un air frustré.
-Et mes propres sentiments, tu en fais quoi ?
Le brun respira profondément avant d'essayer de prendre l'air le plus sérieux qui soit :
-Utilise tes mains.
Il se fit taper dessus par un coussin.
-Eh !
Le regard gris argent était fixé sur lui, beaucoup trop perçant et prudent :
-Ne crois pas que je ne te connais pas, Harry James Black Potter. Je ne suis pas un de ces stupides gryffondors qui te servent d'amis. Ce sujet ne va pas être enterré là pour toujours comme tu le souhaiterais. Je te veux. Complétement. Et tu n'es pas ce genre de personne à être jamais « prêt » pour quoique ce soit… Je sais que tu ne sauteras que si je te pousse. Alors prépare-toi à être poussé autant de fois qu'il le faudra.
Il murmura la fin au creux de son oreille, s'étant peu à peu approché pour passer ses bras autour de ses épaules, hérissant tous les poils de son corps. Avec un sourire de serpent, Drago caressa alors tendrement l'une de ses joues à la barbe naissante du revers de la main et le gryffondor su ce que devait ressentir un rongeur entre les anneaux d'un python.
Il ne s'était pas rendu compte qu'il s'était offert à un prédateur en se mariant avec lui.
-Quoiqu'il en soit, j'ai quand même droit à mon baiser de bonjour ? Demanda Drago.
Se souvenant brusquement du plus que chouette « moment qui ne signifie rien » d'hier, Harry céda sans beaucoup de difficulté.
-Eh bien, ça ne peut pas faire de mal… Laissa-t-il échapper d'un air faussement tranquille.
Drago eut un nouveau sourire et emprisonna son menton dans ses mains pour l'embrasser.
Oui, ce n'était même pas mal du tout.
Sur son poignet, le léger ébrèchement du serment se reconstitua de lui-même.
-o-O-o-O-o-
Cormac McLaggen eut un sourire angélique et arrangea avec sa baguette la blessure superficielle qui se trouvait sur la joue de la jeune femme. Celle-ci papillonna des yeux en poussant un soupir de bonheur.
« A toute chose malheur est bon » disait-on et elle était en train d'en avoir la confirmation à ce moment même.
-Et donc, vous étiez en train de chercher un cadeau d'anniversaire pour votre tante ?
Elle resta silencieuse un moment, cherchant à se reconnecter à la situation.
-Ah ! Oui ! Quelle horreur ! Il y a soudain eu cet affreux bonhomme tout en noir et tout a soudain explosé et un énooorme chaudron est passé à deux centimètres de mon visage ! DEUX ! C'est horrible, imaginez ! J'ai toujours détesté les potions, mon professeur était terrible vous savez, c'était le professeur Rogue ! Et ce traumatisme… Je crois que je ne vais plus pouvoir voir un chaudron sans hurler de peur !
-Oh je vois, vous pensez donc que le but de l'agresseur était de vous attaquer avec ce chaudron et que l'on en voulait personnellement à votre vie ?
-Merlin ! Je n'y avais même pas pensé ! Oh Mr l'Auror… Vous êtes si clairvoyant !
Cormac se rengorgea d'importance, laissant sous silence le fait qu'il n'était qu'apprenti.
-Alors comment était ce chaudron ? Demanda-t-il très sérieusement.
-Oh eh bien en métal et je…
Une voix se fit plus forte quelques mètres plus loin et légèrement accusatrice.
-D'après plusieurs témoignages, ce serait Rabastan Lestrange, annonça l'un des inspecteurs Aurors alors qu'il gardait à l'œil Cormac qui flirtait outrageusement avec l'une des victimes.
Ce dernier s'éloigna brusquement, laissant le trio d'hommes importants libre de discuter de l'affaire sans fond sonore irritant.
Kingsley fit une rapide grimace tandis qu'à ses côtés Winters pinçait des lèvres comme un instituteur s'apprêtant à déverser sa déception sur un élève.
-Ne dites pas « Je vous l'avais bien dit », le prévint le Ministre. Nous étions tous parfaitement au courant que des incidents risquaient d'éclater après le mariage. Et il n'y a eu aucun mort.
-Oh non, lâcha nonchalamment Winters, si ce n'est celle de votre future réélection. J'entends déjà son cri d'agonie.
Il pointa sa baguette vers le journaliste dépêché par la Gazette en partie dévastée et qui semblait se pourlécher les babines en interrogeant les témoins de l'attaque.
-Ma réélection n'est pas quelque chose qui m'inquiète outre-mesure Robert. Du moment que quelqu'un de correct prend ma place… De plus ça n'aura pas lieu avant quatre ans, nous devrions donc cesser de faire des plans sur la comète et nous concentrer sur le moment présent, non ?
Le sorcier noir avait répondu de son habituelle voix calme et raisonnable qui généralement avait le pouvoir de rallier les gens à son avis. Hélas Winters y était aussi sensible qu'un violon l'était au croassement d'un crapaud.
-Et puis, les choses n'allaient pas si mal hier, au mariage, clama-t-il même si cela n'arracha qu'un rictus méprisant au visage défiguré de son vis-à-vis.
-Parce qu'il est bien connu que l'aristocratie et les notables ministeriaux représentent le reste de la société sorcière !
-Eh bien ils représentent en effet un certain pouvoir. 50% du Magenmagot.
-Mais les 50% restants ? Ceux-là sont plus à même de s'unir pour exprimer leur désapprobation que ces politiciens et nobliaux qui passent leur temps à se tirer dans les pattes pour des miettes de pouvoir. Et je ne parle même pas de la corruption dont Lucius Malefoy est friand.
Kingsley n'insista pas, sentant qu'il ne pourrait partager avec l'homme le sentiment d'unité qui avait régné durant la soirée. C'était une partie du fossé qui le séparait d'un sorcier né-moldu et self made men comme Robert Winters. Tout ce que l'homme avait acquis, il l'avait gagné à la sueur de son travail et de sa respectabilité. Kingsley aurait pu, lui, se contenter de s'asseoir sur le nom des Shacklebolt, sorciers notables de Londres et représentants au Magenmagot du Ministère ou des Communes depuis plusieurs générations. Sa famille était la parfaite représentation de la bourgeoisie sorcière comme l'était les Fudge, les Bones, les Slughorn ou les Croupton. Bref, ils avaient de l'argent et des contacts et étaient des habitués de la politique traditionnelle.
Il ne s'était cependant pas contenté de ce qu'avait construit ses ancêtres au fil des ans : il était entré dans l'Ordre du Phénix, introduit auprès d'Albus Dumbledore par Alastor Maugrey.
Il ne se sentait donc pas si déplacé auprès du Directeur de la Justice Magique, mais bien qu'étant entré aujourd'hui dans cette bourgeoisie, Winters n'en faisait pas vraiment tout à fait partie. La raison était qu'il n'en comprenait pas les codes tacites. Il manquait de respect pour les Familles Libres, considérant que leur façon de se montrer à la fois solidaires et repliées sur elles-mêmes était ce qui avait causé les dernières guerres et avait permis à la corruption et aux passes droit de s'étendre telle une lèpre sur le Ministère.
Il était pour plus de contrôle du Ministère et pour la limitation des pouvoirs des Chefs de Famille. « Les même droits et devoirs pour tous » : et cela parlait à certains sorciers. Les Nés-moldus en particuliers, mais aussi les cracmols et certains sorciers se sentant prisonniers de leur famille. En soit, cela sonnait bien, l'égalité était un précepte admirable, mais pour Kingsley, c'était surtout une utopie.
Il avait eu parfois l'occasion d'en parler avec le Premier Ministre, et même deux mois plus tôt avec la Reine, et avait cru comprendre que même chez les moldus l'égalité n'était rien d'autre qu'un épouvantail brandi pour cacher une réalité dramatique.
Son inexistence.
Au sein d'un même pays, mais pire encore au sein de la planète.
Même en se partageant les mêmes lois, même en disloquant les attaches familiales, les écarts continuaient à se creuser. Etrange alchimie née de la nature humaine et de l'équilibre naturel des forces. Partout où se trouve quelqu'un qui a plus que ne le nécessitent ses besoins, il y en a peut-être dix qui vivent dans la misère et la servitude.
Avec ça, Kingsley aimait à penser que leurs traditions les protégeaient d'un drame aussi grand. Les Familles avaient leur utilité, et même l'aristocratie avait la sienne. Chacun devait tenir sa place avec ses propres droits et devoirs, même s'ils n'étaient pas tout à fait identiques.
Mais évidemment, pour les Mangemorts, s'en était tout autrement. Ils ne méritaient plus aucuns droits.
Il mit court à ses réflexions en apercevant Percy Weasley se frayer un chemin vers lui en compagnie d'une jeune femme.
-Vous avez vu votre frère ? Demanda-t-il aussitôt, soucieux de l'état de Georges qu'il avait aperçu, les cheveux plus rouges que roux.
-Il va bien, il a juste reçu deux pierres sur le crane dont l'une d'elle était coupante, lui apprit Percy.
-Ah, les blessures à la tête saignent toujours beaucoup plus… Et ? Puis-je connaitre l'identité de votre compagne ?
La jeune femme lui fit une forte impression. Il y avait quelque chose chez elle de digne et d'invulnérable. Elle lui tendit d'ailleurs la main en coupant le Weasley, qui la fixa alors d'un air décontenancé.
-Audrey Winters, Monsieur le Ministre. Enchantée de vous rencontrer, même dans ces conditions.
-Mais de même. Votre père m'avait dit que vous étiez de retour parmi nous, mais j'avais l'impression qu'il vous cachait pour l'instant ! S'exclama Kingsley d'un ton ravi en lui prenant la main.
Elle eut une brève grimace, que le ministre imita en se rendant compte de l'indélicatesse de ses paroles.
-Pardonnez-moi.
-Cela n'aurait rien d'étonnant, vous ne pensez pas ? Lâcha-t-elle simplement avec un rien d'impuissance.
Il devait en effet en convenir.
-De tous les jours pour visiter le Chemin de Traverse, vous choisissez celui-là ! S'exclama soudain d'une voix forte Winters en tapant fortement dans le dos de Percy qui faillit en perdre ses lunettes.
Il les rajusta sur son nez et alors qu'il voulut s'expliquer, fut à nouveau pris de rapidité par Audrey Winters qui fusilla du regard son père :
-Je t'ai dit que je n'avais pas besoin de chaperon, bonté divine ! J'ai vécu toute seule aux Etats-Unis je te rappelle !
-Cela ne me pose aucun problème… Commença Percy et il préféra se taire quand les yeux sombres de la jeune femme se posèrent sur lui :
-Non pas que j'ai quoique ce soit contre vous, Perceval.
- Heureux de le savoir, marmonna-t-il alors qu'elle reprenait sa discussion houleuse avec son père.
-Ne t'a t'il pas fait découvrir de nouveaux magasins ? Tenta Winters dans l'espoir de l'apaiser. Tu ne vas pas me dire que le Chemin est identique à celui que tu as connu adolescente !
-Eh bien, non, pour être honnête. Même tout ensanglanté, le frère de Perceval (« Percy » gémit ce dernier) m'a fait visiter sa boutique de farce et attrapes. D'ingénieuses petites choses les inventions qu'ils vendent là-bas… Mais vraiment… Je sais me défendre par moi-même !
-On ne sait JAMAIS ce qui peut arriver, Audrey… Répliqua-t-il, le regard légèrement hanté. Du jour au lendemain, un jour au ciel aussi serein et clair qu'aujourd'hui, on peut tout simplement perdre toute sa famille.
Les regards glissèrent alors sur la rue dévastée dans un silence lourd de sens.
Puis Percy se racla la gorge pour attirer leur attention :
-Et donc ? Que faisons-nous maintenant ?
-o-O-o-O-o-
Il n'y a que lorsque Drago se retrouva devant son père et sa mère, faisant dos à l'entrée avec un léger sac de voyage, qu'il réalisa vraiment qu'il partait. Au fond de lui, il restait éberlué à l'idée de ne plus avoir le regard de son père vissé à l'arrière de sa nuque, à surveiller le moindre pas de travers, mais d'un autre côté…
Dès qu'il le put, il enserra fortement la fine silhouette de sa mère, l'entourant de toute sa propre carrure et respirant profondément son parfum comme pour l'inscrire au fer rouge dans sa mémoire.
-Je t'aime tellement Maman… Souffla-t-il contre ses cheveux.
-Allons, allons, mon ange, mon cœur, je ne suis pas sur le point de mourir, tenta-t-elle de le raisonner avec une drôle de voix voilée : Je compte sur toi pour me rendre visite… Et tu dois t'attendre à ce que j'en fasse de même !
Elle lui caressa l'épaule, puis les joues quand elles furent à nouveau disponibles d'accès et Drago plongea dans son regard comme pour se souvenir de la moindre nuance de bleu qui les parcourait.
C'était presque si ensuite, elle ne le poussa pas vers Harry qui portait Evangeline sur son torse et regardait autour de lui, sauf dans leur direction, l'air horriblement gêné. Drago ricana un peu quand il le vit comprendre qu'il y aurait aussi droit, se faisant tripatouiller par sa mère qui tentait vainement d'arranger sa tenue ou ses cheveux. A côté son père restait digne et lui adressa un simple hochement de la tête, non sans jeter un petit coup d'œil de regret à Evangeline. Harry s'extirpa alors de sa belle-mère et le poussa à son tour vers la sortie.
-Les elfes t'enverront tes affaires quand vous aurez liés nos maisons ! Ajouta sa mère du haut des marches de l'entrée alors qu'ils s'éloignaient par la grande allée menant aux grilles.
Harry les ouvrit sans réfléchir, sortant du domaine, mais il s'immobilisa en ne le voyant pas le suivre.
Drago fixait effectivement le Manoir, le détaillant comme il ne l'avait jamais fait, l'ayant toujours considéré comme acquis. Son architecture noble et ancienne apparaissait dans toute sa grandeur à la faveur d'un rayon de soleil, semblant même arborer ostensiblement l'histoire de toute la famille Malefoy sur sa façade. Avait-il déjà remarqué les ornements sur les rebords ? Ou les délicates moulures sur les gouttières ? Les nids d'hirondelles au creux des linteaux de quelques fenêtres ?
-Ca va te manquer ? Demanda Harry, semblant perplexe. Même avec tout ce qu'il s'est passé ?
Drago effleura à peine toutes les implications d'une telle question. Il voulait juste oublier les deux dernières années et faire comme si elles n'avaient jamais existés. Que jamais de sinistres individus en noir n'avaient posés leurs sales bottes sur les tables de bois précieux ou les tapis précieux venant d'Orient. Il se jura en lui-même que, peu importe l'endroit où les amènerait Harry, jamais il ne se laisserait envahir comme son père l'avait été.
-Que sont deux années à la lumière de siècles d'existences ? Comment ne pas être touché par le fait de quitter ce que l'on a appelé sa « maison » ou son « foyer » depuis sa naissance ? Répondit-il à la place.
-Je ne sais pas. Je n'ai jamais eu ce genre de choses avant ces derniers jours.
Drago orienta aussitôt son regard sur le brun, étonné par une telle remarque, mais comme à son habitude lorsqu'on en venait à parler de ses sentiments profonds, le gryffondor était indéchiffrable.
Il se contenta juste de lui tendre la main avec une petite moue d'encouragement.
-J'espère que notre maison n'est pas au bord de la mer. Mes poumons ne supportent pas l'humidité, grommela t'il alors pour se donner une contenance, nouant ses doigts à ceux de son mari qui se contenta de lever les yeux d'un air exaspéré avant de les transplaner.
Ils réapparurent au milieu d'une forêt, sous d'épais nuages gris qui formaient comme une couverture confortable. Sans savoir vraiment comment, Drago sentit qu'ils avaient gagnés en altitude.
-Où sommes-nous ?
-Pas loin du Kinder Scout, dans la lande de Peak District. C'est inhabité sur des kilomètres.
Kinder Scout était le sommet culminant du Derbyshire, ce qui pour le plat pays qu'était l'Angleterre n'était pas si impressionnant que ça, mais le panorama était quand même réputé pour être magnifique et sauvage. Du parfait Potter, songea Drago en le suivant au milieu des arbres.
Dans le coin se trouvait aussi l'une des rares retenue d'eau du pays habité de sirènes, très justement nommée « Mermaid's Pool » depuis qu'un moldu en aurait aperçu une.
-Je ne pensais pas qu'il y avait des forêts dans le coin.
-Les moldus ne la voient pas. Les sorciers qui ne connaissent pas son existence non plus. Ce n'est pas pour rien que le domaine s'appelle Lost Wood, répondit Harry avec un sourire carnassier et satisfait. J'ai trouvé ça PARFAIT.
Drago secoua la tête d'un air navré mais oublia les tendances à l'isolement de son compagnon pour admirer la charmante bâtisse qui venait de surgir des bois. Entouré d'une délicate clôture en fer en grande partie couverte de lierres et plantes grimpantes, l'ensemble sur trois étages avait toute la noblesse des vieilles maisons londoniennes de l'aristocratie et toute la fantaisie d'une maison de vacance.
Il se reprit aussitôt qu'il remarqua que Harry s'était noyé dans sa réaction, en semblant plutôt ravi, et se força à arborer un petit air méprisant de « j'attends de voir avant de donner mon avis ». Il avait ses standards après tout.
-Tu es au courant que j'aime quand même avoir une vie sociale ? Lui demanda-t-il. Habiter ici nous demandera un pied à terre à Londres si nous ne voulons pas devenir rien d'autre qu'une rumeur urbaine : (il prit alors une voix de fausset) « Tiens, n'existait-il pas un couple de Black quelque part ? Il me semble me souvenir vaguement de leur existence ! ».
-Tu feras ce que tu voudras Drago, ricana le brun en passant les grilles pour se diriger vers le perron.
-Que voilà une belle chanson à mes oreilles…
La grille émit un petit cliquetis rouillé quand ils l'ouvrirent et la végétation tout autour du petit chemin en pierre était laissée dans un état sauvage.
- On n'a pas eu le temps de s'occuper du jardin. Apparemment les elfes font de piètres jardiniers, commenta Harry qui devait avoir remarqué son intérêt pour les mauvaises herbes et les fleurs sauvages.
-Habituellement ils ne sont pas mauvais avec un potager, le reprit Drago. Mais oui, ce sont de piètre jardinier d'agrément. Ils manquent d'imagination et bien évidemment d'initiative. C'est pourquoi ce sont des elfes de maisons. C'est pourquoi ils ont besoin des sorciers.
Drago se demanda alors s'il y allait y avoir des elfes. La maison avait dû être abandonnée pendant un moment car il n'en avait jamais entendu parler.
…Pas qu'il ait vraiment entendu beaucoup parler des Black et de leurs possessions puisque à ses deux ans, la quasi-totalité de la famille était soit morte soit à Azkaban.
Le temps pour Harry d'insérer une grosse clef dans l'entrée, Drago mettait les pieds dans un hall peu traditionnel puisque c'était une petite pièce carré sans cheminée qui donnait directement sur un escalier et deux couloirs. La faible luminosité du jour pénétrait à l'intérieur depuis l'étage supérieur et par une fenêtre ronde à croisillon au verre teinté.
-Bienvenue à la maison ! Lança Harry d'un ton joyeux alors que Drago observait son nouvel environnement, puis il le guida vers la droite, jusqu'à un large couloir qui servait aussi de garde-robe puisqu'il y avait de quoi suspendre manteaux, robes et chapeaux. Ils se débarrassèrent donc de leurs épaisseurs et couvre-chef.
*Hum… La « maison ». Pas si évident mon petit lion. Je me sens complétement perdu…* Songea Drago en posant son chapeau, regardant par là même à travers les grandes fenêtres cernées de lourds rideaux de velours beige un paysage très peu familier.
Il fut à nouveau trainé jusqu'à une autre pièce qui semblait, cette fois-ci, être un salon. Harry se laissa tomber sur un canapé et entreprit de détacher Evangeline du porte bébé. Leur fille était très calme depuis ce matin, comme encore impressionnée par la foule qu'elle avait vu hier au mariage. Cela avait sans doute était une sacrée expérience pour elle, même si elle avait l'habitude de voir beaucoup de monde à Poudlard.
Drago ne put quand même s'empêcher de se sentir un peu jaloux en la voyant si peu perdue par les lieux.
-Et si tu t'asseyais ? Je pensais qu'on pourrait d'abord régler deux ou trois trucs avant de te faire la visite des lieux, proposa son vis-à-vis qui semblait tout d'un coup aussi mal à l'aise que lui à le voir planté derrière le sofa.
Le blond tiqua.
« Deux ou trois trucs » ?! Salazar, il allait vraiment falloir qu'il fasse un effort de vocabulaire s'il ne voulait pas que Drago lui saute à la gorge à chaque fois qu'il ouvrirait la bouche.
-De quoi veux-tu parler ? L'interrogea Drago en faisant le tour du meuble pour s'y asseoir élégamment.
Il caressa machinalement le cuir, décidant qu'il approuvait. Rien d'étonnant à cela, les deux canapés jumeaux portaient le blason des Black.
-Des trucs de chef de famille je suppose, répondit le brun qui suivait inconsciemment le mouvement de sa main.
Drago la retira pour la poser sur ses cuisses.
-Des « affaires » de chef de famille, rectifia-t-il en le fixant d'un air sévère. Tu ne seras le chef de famille de personne en parlant comme un ado attardé.
Harry leva les yeux d'un air exaspéré.
-Pour l'instant c'est à toi que je parle, ô cher et si subtil époux. Ais-je ton attention ?
-Tu l'as beauté.
Drago ricana en le voyant rougir, mais décida de se montrer sage désormais de peur d'être encore là à essayer de faire parler Harry quand la nuit tomberait. Ce dernier se racla la gorge, essayant de reprendre contenance.
-Oui, bref. D'abord, j'ai plusieurs clefs pour toi.
C'est alors que Drago remarqua la sacoche qui se tenait près du gryffondor et dont il sortit d'abord un gros trousseau de clef :
-Ta clef de la maison. Comme tu le sais, il y a une barrière magique autour de notre domaine, mais fermer les portes de la maison offre tout de même une protection supplémentaire. Je sais que durant la première guerre de nombreuses familles n'ont pas eu le temps de s'enfuir parce qu'elles négligeaient de le faire.
-Je sais, les protections de Famille ne se mettent pas tout à fait en place si la maison n'est pas considérée comme verrouillée.
Drago repéra la grosse clef de l'entrée, puis remarqua que quelqu'un, son mari en fait au vu de l'écriture, avait placé une étiquette sur toutes les clefs pour annoncer la serrure qu'elles concernaient. C'était plutôt prévenant de sa part.
Harry sortit alors cinq nouvelles clefs, petites, dorées, assez reconnaissables par leur facture estampillée Gringotts.
-Ta clef de la voute principale des Black, fit-il en désignant la plus ouvragée avant de passer à une autre : ça c'est celle du coffre personnel de ta tante Bellatrix. Celle-ci c'est une de celles du coffre personnel de Teddy, Andromeda en a une autre, celle-là celle de la voute des Lupin et pour finir, celle-ci, c'est une copie de celle de mon coffre personnel, au cas où.
Drago cligna des yeux, tout à fait surpris. Honnêtement il s'était attendu à juste avoir une copie de celle de leur coffre commun. Evidemment, ils étaient mariés, leur santé financière était commune, mais cela n'impliquait pas forcement d'avoir main sur tous les coffres.
-Pourquoi ? Lâcha-t-il en caressant la dernière clef, celle du coffre personnel d'Harry.
Plutôt que de répondre immédiatement, Harry récupéra une grosse liasse de papier qu'il lui tendit. Avec un rapide coup d'œil, Drago reconnut des relevés de compte.
-Ton père t'a formé à la tenue des comptes de ta famille, non ? Demanda-t-il alors.
Drago releva les yeux vers lui.
-Tu veux que je m'en occupe pour nous ?
-En fait, j'ai peur de ne pas être du tout à la hauteur pour ça. Je n'y connais rien et les gobelins m'impressionnent… Mais si tu ne veux pas…
-Non, ce n'est pas un souci. Au contraire… Mais… Tu es conscient du pouvoir que ça me donne ? Je… Je connaitrais tout tes mouvements d'argent. C'est… Tu auras du mal à me cacher quoique ce soit.
Harry le fixait d'un air plutôt perplexe.
-Je ne vois pas le problème.
A cet instant Drago eu follement envie de le coucher sur ce magnifique canapé et de le posséder. Merlin, comment pouvait-il être aussi adorablement innocent ? Il ne semblait pas avoir la moindre idée de tout ce que l'on pouvait découvrir dans de simples relevés de compte. Principalement tout ce qui concernait les infidélités.
Les chiffres ne mentaient pas. Harry lui laissait tout simplement le pouvoir de vérifier son honnêteté… Et ce qui n'était pas négligeable pour lui, la possibilité d'avoir un poids dans cette famille presque aussi considérable que celui du Chef de Famille. Pour l'instant, ils n'étaient que trois, alors ça n'avait pas vraiment d'importance, mais le jour où Evangeline convolerait, Drago aurait de quoi s'imposer auprès de son gendre et de sa famille.
Il eut un sourire pour son bébé qui mâchouillait l'un des doigts d'Harry. Ce dernier la laissait faire sans rien dire car c'était sa nouvelle lubie : les doigts des autres étaient meilleurs.
Evangeline changeait de lubie deux fois par semaines.
-Très bien, je comprends la voute Black, je crois comprendre ton coffre… Mais les autres ? Demanda Drago.
Harry lui adressa aussitôt un grand sourire, semblant visiblement soulagé qu'il prenne tout cela en main.
- Concernant la voute Black… Eh bien, tu verras, ya quelques trucs à voir. Le coffre de ta tante… Je ne sais pas du tout quoi en faire. Pour le reste… J'ai pensé que si tu étais investi dans la charge de Teddy, tu te sentirais moins étranger avec lui. La gestion ne devrait pas être compliqué, ça consiste surtout à des virements de notre voute sur le compte personnel de Teddy. Andromeda y puise de quoi s'occuper de lui tant qu'elle l'a toute seule, puis lorsqu'ils viendront vivre avec nous, ça restera un apport pour lui plus tard… Il aura aussi la voute des Lupin, mais pour être honnête, Rémus n'avait pas grand-chose. C'est surtout des objets d'héritages. Il faudra prévoir évidemment de quoi payer son inscription à Poudlard, mais bon, il n'a qu'un an, on a encore le temps. Cela me fait penser qu'il nous faudra penser à ouvrir un coffre à Evangeline…
-Oui, il serait temps, approuva Drago en tassant les feuilles en un bloc uni. Je regarderais ça plus tard. Avons-nous autre chose à aborder ?
Harry hocha la tête en passant son regard sur le salon.
-Oui. Je… Je voudrais que tu sois aussi à l'aise que possible ici. J'ai choisi les murs, c'était le plus important pour moi, mais j'aimerais que tu te sentes libre de faire tous les aménagements ou changement de mobilier que tu voudras. Je sais que tu as des meubles dans tes affaires, alors… Vraiment… Arrange les lieux à ton envie.
-Tu veux dire que tu me laisse carte blanche pour la décoration ?
Le brun approuva d'un bruit de bouche, l'air un peu embêté. Drago eut un sourire en coin plein de malice et ne put s'empêcher de le taquiner :
-C'est que tu sais que j'ai un gout plus sûr.
Harry lui renvoya un regard contrarié :
-Nous verrons ça. J'aime à penser que tu seras capable d'apporter de la vie avec toi, contrairement à ce que l'on peut voir au Manoir Malefoy. Autant te le dire de suite : je ne suis pas un grand fan des décos musées.
-J'aime les défis, répliqua Drago en s'enfonçant confortablement dans son divan, imaginant déjà ce qu'il pourrait faire de la pièce.
Soudain, il se sentait un peu plus « chez lui » et réalisa qu'il devait vraiment remercier Harry pour ça. Ce dernier faisait tout pour lui faciliter les choses, ce qui était loin d'être le cas de la plupart des époux recevant leur moitié chez eux. Encore moins lorsqu'il s'agissait d'un mariage « forcé ». Harry aurait très bien pu l'abandonner à son sort, au risque d'abimer un peu ses serments – mais étrangement, Drago se mit à penser que même s'il avait été furieux contre lui, même haineux en fait, il l'aurait sûrement aidé un peu… Parce que c'était dans sa nature d'être gentil.
Il voulait alors lui transmettre sa reconnaissance, mais se retrouva en butte à sa gorge coincée. Ces simples mots stupides qu'étaient « pardon » ou « merci », il n'arrivait pas à les dire.
Cela le contraria vraiment. D'autant plus que l'homme face à lui ne semblait s'attendre à rien de sa part.
-Tu veux visiter maintenant ? Lui demanda-t-il en se levant, soulevant Evangeline avec lui.
-Il faut que je vois la cave pour lier nos maisons…
Harry hocha simplement de la tête, le regardant peut être un peu plus longtemps que nécessaire, laissant à penser qu'il se demandait certainement ce qui valait à Drago d'être tout d'un coup de mauvaise humeur.
Mais il garda pour lui ses réflexions et le fit passer par une porte dérobée, lui donnant à voir les entrailles du petit Manoir. Il s'arrêta brusquement devant une porte ouverte d'où s'échappaient des bruits d'ustensiles et lui fit signe d'approcher.
Jetant un coup d'œil par l'ouverture lumineuse, Drago découvrit une grande cuisine aux murs couverts de carreaux bruns, éclairés par d'étroites fenêtres tout en longueur et par un éclairage très moderne au gaz. A l'intérieur se trouvaient trois elfes de maisons qui s'agitaient ici et là, utilisant leur magie sur les casseroles ou les balais, mais lorsqu'ils aperçurent les trois humains, ils cessèrent immédiatement leur tâches pour s'aligner devant eux, les fixant alternativement avec des regards révérencieux.
-Si le Maître nous permets de prendre la parole… ? Commença un elfe au visage éclairé d'un grand sourire et d'énormes yeux scintillants.
-Mais oui, je t'en pris Happy, l'invita Harry en se penchant légèrement.
-Nous les elfes de la Maison Black aimerions vous donner toutes nos félicitations pour votre mariage. Et souhaiter la bienvenue au nouveau Maitre.
-Je vous remercie et je suis sûr que Drago apprécie.
Drago se contenta d'un vague hochement de la tête, pas certain de comment il était censé agir. Ce que faisait Harry en ce moment était à son sens complètement aberrant, mais il avait sacrément appris sa leçon avec l'évasion de Potter et de sa clique du Manoir Malefoy. Il n'oubliait pas ce qu'avait alors fait Dobby… Comment l'oublier ? Il s'était pris plusieurs morceaux de cristal en plein dans le visage après la chute du lustre et gardait toujours une petite cicatrice au coin de son œil droit, là pour lui rappeler qu'il aurait très bien pu être éborgné.
Ses sentiments vis-à-vis des elfes de maisons étaient depuis très mitigés, son mépris initial pour ces créatures étant dilués à de la crainte.
-Voici Happy, présenta Potter en désignant l'elfe primesautier, il est à mon service. Et voici Lucky, qui sera à TON service.
Drago tourna son regard sur le deuxième elfe qui semblait plus timide, mais le fixait néanmoins avec espoir. Drago hocha à nouveau la tête, faisant frémir les oreilles de la créature d'un semblant de joie.
-Lucky est un ancien elfe des Mulciber, et en dépit de son nom, tu devineras qu'il n'a pas été très bien traité là-bas. Quand Happy me l'a montré, il était encore couvert de blessures que le Ministère ne s'était même pas occupé de traiter (la voix de Harry devint rauque de colère rentré) mais j'imagine que c'était trop de travail pour ce pauvre et débordé Mr Parkinson !
Drago émit un bref son de gorge amusé.
-J'ai peur que Mr Parkinson n'ait jamais eu beaucoup d'amour pour ce qui n'est pas sorcier et de sa famille ou influent et riche. Pansy avait un chat quand elle avait six ans, si tu en as l'occasion tu devrais lui demander ce qu'il est devenu.
-Je ne suis pas certain de vouloir savoir…
Il redevint tout d'un coup beaucoup plus sérieux en happant son regard dans ses magnifiques yeux verts :
-Drago, je peux compter sur toi pour faire en sorte que Lucky mérite son nom ?
Comme la question semblait plutôt légitime vis-à-vis de son passif, le blond choisit de ne pas se vexer d'un tel manque de confiance.
-Sache que depuis l'affaire Dobby quand nous avons fini la deuxième année, mon père lui-même a changé sa façon de faire auprès d'eux. Je ne sais pas exactement ce qu'il s'est passé, mais je devine que sa fierté en a pris un coup.
C'était probablement le cas vu le sourire malicieux et satisfait qui barrait le visage de son époux.
-De très puissantes créatures, les elfes… Se contenta d'affirmer Harry.
-Bref, je n'ai pas l'intention de faire quoique ce soit à celui-là.
-Parfait alors. Et pour finir voici Laney, elle était chez les Avery, c'est notre chef cuisinière (la dernière elfe, plus petite, s'inclina alors en tripotant son petit tablier). C'est à elle qu'il faut s'adresser si tu as des exigences particulières pour les repas ou des allergies ou…
-Je sais. J'ai vécu plus longtemps que toi avec une domesticité à demeure. Je sais comment ça se passe.
Harry roula des yeux d'un air exaspéré avant de prévenir les elfes qu'ils pouvaient retourner à leurs occupations.
-Au fait, si Hermione te le demande, on les paie un galion par mois…
-…Mais en vérité ? Demanda-t-il en sentant très bien l'insinuation dans la voix du gryffondor.
-Ils refusaient de venir avec moi si je les payais… Et vue les conditions dans lesquelles ils étaient gardés au Ministère, ça m'aurait trop fait mal au cœur.
-Ils étaient gardés comme complices et suspects, n'est-ce pas ?
-C'est ça. Mais je n'aime vraiment pas ces manières. Les elfes ne peuvent rien y faire si leurs maîtres sont bons ou mauvais, et ce n'est pas dans leur nature de chercher à connaitre des choses qui ne les regardent pas… Même si parfois… L'un d'eux peut être inévitablement mis au courant d'affaires sensibles…
Il semblait penser à quelque chose en particulier, mais ne lui en fit pas part, décidant plutôt de reprendre son chemin plus loin dans les profondeurs de la bâtisse, leur faisant descendre un escalier en bois. Il y avait là une petite cave à vin, ainsi que les réservoirs à gaz, étrangeté pour Drago car sa famille avait toujours refusé de moderniser le Manoir Malefoy en y installant un système d'éclairage. Comme à Poudlard, tout se faisait à la bougie et à la lueur des cheminées. Pourtant quand Harry fit tourner la molette de la lampe accrochée au mur, Drago fut positivement surpris par la qualité de l'éclairage, plus vif et moins tremblotant. C'était une lumière chaude et rassurante, qui faisait naitre moins d'ombres inquiétantes au coin des murs.
-C'est là ? Non ? Demanda t'il en pointant du doigt les pierres nues du mur là où plusieurs d'entre elles présentaient des annotations.
Drago s'agenouilla pour les détailler, trouvant là le nom des Crabbe, la famille de son arrière-grand-mère, celui des Gamp et des Yaxley, même celui des Potter et il le désigna à Harry qui se rapprocha à son tour, ne l'ayant pas remarqué.
-Ce sont toutes les demeures rattachées à la nôtre par les mariages consécutifs ? Demanda-t-il, semblant un peu inquiet.
-Ca ne veut pas dire que ces familles peuvent débarquer comme elles le voudraient ici. Le réseau de demeure, c'est… Comment dire ? Cela facilite les transactions. Ca nous relie entre nous par un passage privé, qui ne passe pas par le réseau des cheminettes contrôlé par le Ministère. Autrement dit si ce dernier coupe le service des cheminées, on pourra toujours communiquer et voyager pour peu que l'on nous ouvre le passage à notre destination. Par contre cela permet aux elfes de maisons d'aller et venir à leurs guises, ce qui est pratique lorsqu'on doit rapidement faire passer un message ou récupérer des affaires. C'est une coutume qui date de l'époque où le Ministère n'existait pas et où les Clans Familiaux étaient de véritables institutions.
*Mais tout ça se perd…* Songea t'il avec regret en repensant à la façon de vivre des nés-moldus, soit-disante « moderne », mais en réalité très autocentré sur une petite cellule de parents et d'enfants. Et il regrettait lui-même de n'avoir pas connu « la grande époque » avant les guerres sorcières qui avaient décimées quasiment toute sa famille. Il avait à peine connu son grand-père Abraxas et sa grand-mère Druella avant qu'ils ne décèdent. L'idée de reformer un grand clan était ce qui l'avait séduit le plus dans toute l'affaire « Mangemort », mais cela s'était révélé trompeur puisque sa tante Bellatrix et son mari avaient tous les deux perdus leur santé mentale.
Laissant de côté ses rêves de grandeurs, il désenchâssa à l'aide d'un sort l'une des pierres de Lost Wood et y installa à la place celle du Manoir Malefoy. Il se permit un instant de sourire en sentant la magie familière de sa maison d'enfance résonner comme une nouvelle note au milieu d'une harmonie d'autres sons.
-Et voilà, c'est presque terminé…
Il grava le nom de la demeure sur la pierre qu'il avait retiré et appela son tout nouvel elfe de maison pour la faire porter à sa mère.
Ainsi leurs maisons seraient définitivement reliées.
-o-O-o-O-o-
Lorsqu'elle avait reçue l'édition spéciale de la Gazette, Hermione n'avait pu s'empêcher d'aller jeter un coup d'œil au Chemin de Traverse. Son premier mouvement fut d'aller voir la boutique de Fred qui semblait être très proche de l'épicentre des explosions, mais en découvrant par la fenêtre le magasin bondé de têtes rousses, elle recula et s'éloigna rapidement.
Elle se persuada qu'elle voulait juste voir si son magasin préféré, Fleury&Bott, avait été épargné, mais dans les faits, elle ne voulait pas être face à tout le Clan Weasley comme l'étrangère qu'elle était désormais.
Si Molly avait aussitôt pardonné à Harry sa rupture avec Ginny, Hermione, elle, n'avait pas eu droit à un traitement si charitable. Mais quelque part, elle s'y était attendue : la femme avait un comportement quelque peu défiant avec ce qui ressemblait de loin ou de près à une brue. Elle supportait difficilement qu'il y ait une autre femme qu'elle dans le cœur de ses fils.
Se traitant mentalement de gamine émotionnelle, elle se força à jeter tout ça hors de ses pensées et s'ordonna de cesser de s'apitoyer sur elle-même. Tiens ! La librairie était intacte ! Preuve que le monde continuait à tourner correctement en rond !
Appuyant ses doigts sur la vitrine, elle contempla un instant les livres rares qui côtoyaient quelques best-sellers et alors, quelques images remontèrent à ses souvenirs. Rares étaient les fois où elle s'était rendue dans ce magasin sans ses parents.
Sa main se referma en poing alors qu'elle relevait le regard sur son reflet dans la vitre, cherchant inconsciemment celui de la femme et de l'homme qui auraient dû se tenir de chaque côté. Mais il n'y avait qu'elle, silhouette solitaire.
La tristesse qu'elle retenait depuis hier soir, et qui s'était en partie réveillée en voyant les Weasley, remonta, envahissant sa gorge et elle serra fortement les yeux pour en chasser l'humidité.
*Je ne suis pas seule. J'ai Harry et Evangeline.*
Mais une autre voix en elle murmurait insidieusement qu'ils n'étaient pas vraiment sa famille. Qu'ils étaient en ce moment même dans leur propre foyer, deux pères et leur fille unique. Quelqu'un pour leur souhaiter « bonjour » le matin, quelqu'un à qui parler, à qui sourire, à qui confier ses amusements et ses craintes.
Hermione savait que ce serait dur, mais jusqu'ici elle n'avait jamais été vraiment seule. Cela l'avait aidé à tenir le coup, mais maintenant…
-Hermione ?
Rouvrant vivement les yeux, elle aperçut un nouveau reflet dans la vitrine et se tourna, légèrement surprise :
-Blaise ? Qu'est-ce que tu fais là ?
Le sorcier fronça les sourcils et Hermione réalisa avec horreur que ses yeux devaient être rouges et que des larmes se trouvaient toujours sur ses joues. Elle les essuya nerveusement de la main, espérant qu'il n'allait pas en faire mention.
-Quelqu'un que tu connaissais a été blessé ? Demanda-t-il sans cesser son froncement agaçant. J'ai entendu dire qu'il n'y avait pas eu de morts.
-Oh non. Enfin peut être… Je n'ai pas vraiment pu aller voir comment Fred se portait.
-Ah, toi aussi ? J'ai pensé à lui en voyant l'article. Il m'a bien aidé il y a quelques jours… Un type sympa. Mais en voyant tous ces Weasley réunis au même endroit, il m'est apparu que je serais plutôt déplacé…
Ses yeux sombres se firent soudain meurtriers en se tournant vers une plante en pot et Hermione ne put que se demander à quoi il pensait soudainement.
- Bref, marmonna-t-il dans sa barbe. Je vais rentrer.
Il lui fit un bref geste de la main mais Hermione se porta brusquement en avant, poussée par une force inconnue :
-Où ça ?
Il la regarda comme s'il doutait soudain de sa santé mentale.
-Bein, dans ce bâtiment qui est censé s'appeler « chez moi ». Tu sais, quatre murs et un toit ?
-Tu n'aimes pas cet endroit, n'est-ce pas ?
Il parut maintenant contrariée envers elle et bien qu'Hermione sentit qu'elle avait dépassé le cap de l'acceptable avec le serpentard, elle continua.
-Tu ne l'aimes pas. Je suis désolé de dire ce genre de chose qui te déplait, mais…
-J'aime beaucoup Raven's Park, c'était la maison de mon père, la coupa t'il. Et ce sera la mienne dans quelques mois. J'ai mes raisons de ne pas aimer y aller actuellement et elles ne te regardent en rien !
-Alors que dirais-tu de vivre avec moi ? Lança brusquement Hermione, arrivant soudain à surprendre l'homme qui la fixa un bref instant d'un air ahuri.
-Tu n'y pense pas. Tu m'as dit la dernière fois que tu habitais seule. Que diraient les gens ?
-Ils ne sont pas obligé de savoir.
-Hermione, je SUIS un homme et tu es une jeune femme. Ce n'est pas DU TOUT convenable.
-Pourquoi ? Parce que tu as des intentions cachées à mon égard ? Parce qu'un homme sautera obligatoirement sur la première femme avec qui il aura la chance de passer une nuit sous le même toit ? Tout ça c'est des foutaises !
-Je crois que tu ne réalises pas que tu n'es pas totalement inappétissante Hermione…
Entendre ce compliment tourné de façon totalement tordue ne lui fit pas vraiment plaisir. Pas à cause de la formulation, elle parlait avec Blaise Zabini après tout, mais simplement parce qu'à cet instant, dans son état mental, elle avait tout sauf envie de parler d'attraction physique ou d'autres choses du genre. Surtout avec l'homme face à elle.
-Blaise… S'il te plait. Je sais que nous n'avons pas vraiment établis de façon claire ce que nous étions l'un pour l'autre… Et je sais que lorsque tu t'amuses à me flatter de cette façon, tu le fais surtout pour me faire plaisir… Alors je préfèrerais que tu arrêtes.
Blaise perdit le morceau de sourire condescendant qui habitait son visage, pour pincer des lèvres, l'air embêté. Hermione ne savait pas vraiment si c'était parce qu'il allait dans son sens ou non. La façon dont il n'était bavard que pour dire des bêtises ou fustiger les autres était parfois très irritante.
A ce moment elle souhaita bien du courage à la personne qui oserait s'accrocher à lui.
-Cette proposition, je te la fais en toute amitié, parce que j'en ai besoin… Et parce que je crois que tu en as besoin aussi. Je ne prétends pas te connaitre aussi bien que Daphnée, mais celle-ci semble avoir ses propres problèmes en ce moment et tu n'as pas de lieu où aller… Et moi si je passe cette semaine seule, je vais sûrement me transformer en une version dépressive du professeur Trelawney…. Avec chat en option.
-Salazar, ça semble plutôt… tragique, comme destin, se décida à lâcher Blaise.
*Des bêtises… Toujours.* Hermione songeait qu'elle était en train de le connaitre un peu trop.
-N'est-ce pas ? Condescendit-elle à entrer dans son jeu, et son seul mode de communication.
-Oui… Mais…. Ta proposition reste toujours aussi irrémédiablement scandaleuse.
-Les sorciers sont parfois trop sourcilleux sur des bagatelles… Je peux te jurer solennellement que je ne te sauterais pas dessus, là ! Rassuré ? (Blaise renifla d'amusement) Je veux juste un « bonjour » le matin et un « bonne nuit » le soir, ainsi que quelques bruits d'occupation dans la maison, ça ne te semble pas trop difficile ?
-Mmmh… Attends je ne sais pas… Haa, ça parait faisable, mais qu'est-ce que j'y gagne en retour ?
-Le gite et le couvert au cœur de Londres. Une oreille attentive s'il te vient l'envie de t'épancher sur quoique ce soit et une aide bienvenue pour tes devoirs de vacance.
-Oui, parce que tout le monde sait à quel point mon niveau scolaire est bas, ironisa t'il.
-Si tu voyage par cheminette, personne n'aura de raison de penser que nous vivons ensemble. C'est juste temporaire, une petite semaine.
-Et cela t'empêchera de pleurer ? Demanda-t-il brusquement, réussissant à la désarçonner.
Il s'approcha et Hermione sentit son doigt se poser sur une de ses joues, là où se tenait la marque un peu collante d'une de ses larmes. Elle se dégagea machinalement, lui offrant désormais juste son profil marqué d'une légère contrariété.
-Tu ne pouvais pas juste… Pourquoi tu mets toujours le doigt sur ce qui fait mal ?
-Tu es plutôt mal placé pour dire ça, petite lionne, tu es comme moi sur ce coup là, mais si toi tu le fais pour de nobles sentiments, moi je le fais uniquement parce que ça me donne l'avantage psychologique sur mes interlocuteurs.
-Bien, nous faisons la paire alors, grommela-t-elle.
-Tu ne me diras rien.
-Me diras-tu pourquoi tu fuis Raven's Park ?
Il émit un rictus sarcastique qui semblait signifier « touché ! ».
-C'est une histoire de parents, répondit-il tout de même.
-Bien, c'est une histoire de parents pour moi aussi.
Regardant autour d'elle pour s'assurer que personne dans la rue ne faisait vraiment attention à eux, elle tendit sa main :
-Alors… ? Est-ce que tu viens avec moi ?
Il poussa un soupir qui ressemblait étrangement à un rire, et dans les faits, il semblait à présent aussi amusé que dépité.
-Qu'il y a-t-il encore ? S'enquit-elle avec patience.
-Si tu ne fais pas attention, ma mignonne petite lionne, je vais te bouffer intégralement. Du moins si tu continues à insister pour que je profite de toi et de ta gentillesse. Je ne suis pas aussi chevaleresque que tes amis Gryffondors. Tu ne connais pas l'expression : « Un serpent gelé s'enroule autour du premier bras offert » ?
-Non, je ne la connaissais pas. C'est une expression de serpentard, n'est-ce pas ?
-Oui, en gros ça signifie : N'hésites pas d'user et d'abuser de la gentillesse d'autrui. Et pour continuer on a : « A part s'il s'agit d'un bras de serpentard, car rétribution forcement il exigera. ».
Hermione sourit devant la véracité de ces dires.
-Tu n'as pas compris ? Je suis totalement ce genre de personne à tendre le bras !
-Si, et c'est ce qui me fait peur, justement.
-o-O-o-O-o-
Harry avait fait le tour du rez-de-chaussée à Drago qui s'était alors arrêté devant la cheminée, les yeux levés sur les grandes armoiries Black qui trônaient au-dessus.
-Je suis surpris que tu n'aies pas fait disparaitre ça…
-Pourquoi ? C'est notre blason. Tu as quelque chose contre les corbeaux ? (Harry le fixa un moment avant de continuer : ) Bon je te l'accorde, la tête de mort n'est pas ce qu'il y a de plus joyeux, on pourra peut-être la changer…
-Ne sois pas stupide, je pensais plus à la devise.
-« Toujours pur » ? Fit Harry avec un petit sourire moqueur. C'est assez vague pour être sujet à différentes interprétations.
-Evidemment…
Drago roula sarcastiquement des yeux.
-Pour ma part, lorsque je le regarde, je pense à Sirius, et si tout un tas de sorciers ont pensé au sang, moi je désire croire que comme mon parrain, mes intentions seront toujours pures…
Le blond ne commenta pas, semblant perdu dans ses pensées. Un hibou toqua alors à la fenêtre et Harry vint lui ouvrir, surpris de voir un rapace de la Gazette arriver uniquement à cette heure-là. Il trouva une pièce qui trainait dans sa poche et le paya avant de jeter le rouleau de papier sur un guéridon sans l'ouvrir, se doutant de tomber sur un reportage en couleur de son mariage. Cela n'avait aucun intérêt.
Il continua sa visite en montrant le premier étage et sa bibliothèque, puis attaqua le second avec plus de nervosité. Il décida de commencer par la nurserie, terrain neutre par excellence.
Tapissée d'un papier peint présentant des fleurs et des petits lapins, le plafond décoré d'un ciel peint aux nuages orangés, elle ne contenait pour l'instant qu'un petit lit à barreau et une partie des jouets d'Evangeline. Une porte sur le côté donnait sur une espèce d'antichambre où se tenaient la table à langer et tout le matériel pour s'occuper d'un enfant, puis une nouvelle porte sur une grande chambre qui était traditionnellement celle de la gouvernante.
Evangeline demanda aussitôt à être déposée dans le parc, retrouvant avec plaisir ses possessions et sa possibilité de se tordre dans tous les sens.
-C'est mignon, j'aime bien, approuva Drago en s'avançant vers une des fenêtres à guillotine pour admirer un morceau du jardin en contrebas. Et puis Evangeline à l'air d'être déjà comme chez elle.
Ils fixèrent tous les deux leur fille qui rampait maladroitement jusqu'à un gros anneau en tissu de toutes les couleurs.
-Oui, et puis c'est assez grand pour accueillir Teddy et le fils de Mrs Wallace.
A la mention de leur future gouvernante moldue Drago se renfrogna.
-Ah oui, ça aussi, cracha-t-il avec mauvaise foi en quittant la pièce.
Harry récupéra Evangeline qui ne put que laisser tomber son jouet par terre, et retrouva son époux dans le couloir pour finalement lui ouvrir les deux portes de la suite parentale.
-Et voilà tes appartements, annonça t'il en essayant de ne pas avoir l'air trop suspect.
Drago fit quelque pas dans le salon et se dirigea presqu'aussitôt sur la porte fenêtre donnant sur le balcon.
-Hum… Oui. J'approuve.
-Ouais, hein, la vue vaut le coup, babilla Harry en allant ouvrir la porte de droite : Et ça c'est TON bureau. Enfin, si tu veux. Si tu veux pas de bureau…
Il passa devant lui en lui jetant un regard qui signifiait très fort « tu es douteux ». En fait, probablement que le radar intérieur du serpentard était en train de lui hurler depuis un moment qu'Harry lui cachait quelque chose.
-J'ai besoin d'un bureau. Celui-ci va très bien.
-Tant mieux. Et… De l'autre côté c'est la chambre. Il y a même une salle de bain.
Drago alla lui-même ouvrir la pièce, gardant néanmoins un œil sur le brun. Il fit un tour de la pièce, touchant les meubles du bout des doigts comme pour se les approprier, caressant le dessus de lit et les rideaux attachés du dais. Il finit par s'asseoir sur ce dernier comme pour tester le matelas, se remettant cependant aussitôt sur ses pieds pour aller se planter devant Harry qui déglutit.
-Depuis un moment je constate l'utilisation de mots curieux dans ta bouche.
-Ah oui ?
La voix d'Harry s'étrangla légèrement sur la fin.
-J'espère que c'est juste un manque d'habitude de ta part. Mais tu voulais bien parler de NOS appartements et de NOTRE chambre, et de NOTRE salle de bain.
Le regard argenté de Drago était rivé à lui, plus efficace qu'un rayon laser et Harry débita intérieurement le nom de tous les dieux qu'il connaissait.
-En fait…
-En fait ?
-Je préférerais qu'on fasse chambre séparée…
Au même moment les yeux devant lui s'écarquillèrent et une pique violente transperça le poignet d'Harry. Il retint son cri de douleur et fixa son bras, restant un instant perplexe en remarquant que l'un des brins de la tresse des serments semblait fendillé.
-Non, tu ne peux pas nous faire ça ! Attaqua alors Drago en le saisissant par-là, lui cachant le tatouage.
-Je t'ai dit que je préfère.
-Pourquoi ?
-C'est juste que… Ça rend les choses plus claires avec nos sentiments.
-Plus claires ? Je ne vois pas en quoi !
Harry lui arracha son bras de force, à présent agacé par l'insistance dont il faisait preuve. N'était-il pas évident qu'il préférait ne pas être touché par Drago si ce dernier n'avait pas de sentiments amoureux sincères pour lui ? Parce qu'à ce train-là, Harry serait le seul à tomber amoureux et aurait vraiment l'air d'un idiot.
-Si tu fais des choses comme… Comme ce matin, ça ne fait que rendre les choses plus bizarres. Plus compliqué. Alors… Si tu veux je peux t'embrasser et… tu peux m'embrasser. Mais c'est tout.
-Je rêve. C'est un cauchemar. Qu'est-ce que tu es en train de me faire là ? J'ai le droit de t'embrasser ? Mais encore heureux ! Diable, tu dois avoir été enchanté entre temps, parce que je me souviens très clairement t'avoir dit que je te voulais, que je te désirais. Oui, ça c'est clair. Ton charabia ça ne l'est pas. Toi dans un autre lit que le mien ça ne l'est pas non plus !
*Oui, tu me désire, mais pour quoi ? Qu'est-ce que tu veux obtenir de moi ? Qu'est-ce que ça t'apporte de plus que notre mariage ? *
L'argent, l'influence, la sécurité, une descendance, il l'avait déjà. Alors quoi ?
Harry voulait lui poser ces questions qui le taraudaient, mais de fait, son poignet lui faisait actuellement trop mal et il ne voulait pas en rajouter. Il s'était bien douté que Drago ne serait pas ravi de cet arrangement, mais il ne pensait pas qu'il le prendrait si mal.
-Et puis je préfère dormir près de Evy au cas où elle aurait besoin de moi, tu vois…
-Non. Arrêtes de te servir de notre fille pour m'éviter ! Cette suite est à moins de trente pas de la nurserie, avec un sort tout simple, on saura quand elle a besoin de nous.
-Ca n'a aucune importance puisque j'ai déjà pris ma décision. Respecte là. Et puis ça te fera un grand lit pour toi tout seul.
-Ais-je l'air de me préoccuper beaucoup du fait d'avoir de l'espace ?
-Non, en effet, j'ai vu que tu savais te faire de la place…
-Et ça n'avait pas l'air de te déplaire tant que ça ce matin.
-On tourne en rond là. Non, c'est non. Je ne dormirais pas avec toi et je ne veux plus que tu me touche de façon qui ne serait pas juste moins que convenable.
-Et si je promets de ne pas te toucher de la nuit ?
Harry voyait bien que ça coutait énormément à Drago de faire une telle concession, mais il était persuadé pour sa part que ça pourrait déraper très facilement. Et si ce n'était pas son époux, ce serait lui, faible face à sa nuque, face à ses longues jambes et à ses lèvres…
Il ne se faisait pas confiance.
-Non.
Drago poussa alors un véritable cri de frustration entre ses dents, faisant sursauter Harry.
-Pourquoi tout doit être si compliqué avec toi ?!
Harry préféra ne pas répondre, s'enfonçant dans un silence borné. De son point de vue, ce n'était pas juste lui qui était compliqué, c'était la situation toute entière. Son époux brandit soudain sa main vers la porte d'un geste furieux et ses mots furent crachés avec plus de lenteur que jamais, comme s'il luttait contre son désir de cracher du feu :
-SORS…. SORS… IMMEDIATEMENT… AVANT… QUE…
Harry ne voulait pas savoir et s'empressa de tourner les talons, le poignet douloureux et son propre cœur serré. Il se demanda si les serments du blond lui faisaient mal aussi, mais il en fut plus que certain lorsque les mots suivant fusèrent :
-JE NE VEUX PLUS REVOIR TON SALE VISAGE DE LA JOURNEE !
Une vague de chagrin noua la gorge d'Harry et il pressa Evangeline contre lui pour se réfugier dans la nurserie.
Les portes se refermèrent violemment derrière lui.
S'il avait pu rester quelques instants de plus, il aurait entendu le bruit que fit Drago lorsqu'il s'effondra sur le lit pour étouffer ses pleurs.
-o-O-o-O-o-
L'après-midi avait filé et la nuit avait baissé son voile de ténèbres. Resté dans sa chambre sans désir d'en sortir, Drago avait décliné le diner que lui proposa son elfe de maison, n'ayant absolument pas faim. Il avait trop pleuré, d'une façon qu'il s'était retenu de faire depuis qu'il avait appris son mariage avec Harry. Il ne savait même pas pourquoi le barrage avait cédé là, peut-être parce qu'il était dans une maison inconnue, qu'il se sentait perdu et seul.
Là, dans la salle de bain, il essayait de faire le point en chassant ses fichus penchants émotifs loin de lui.
Drago prit un peu d'eau chaude en coupe dans ses mains et les ramena à son visage, tentant de se détendre autant que possible. Il se laissa retomber avec un soupir contre la paroi de la baignoire, observant de nouveau la salle de bain et la petite fenêtre qui donnait sur un morceau de ciel.
Puisqu'il devait désormais vivre ici, il se promit de réarranger ses appartements à sa façon. Cette maison était désormais la sienne, même s'il avait encore du mal à s'en persuader, et il pouvait en faire ce qu'il en souhaitait.
Attrapant sa baguette sur le bord de la baignoire, il commença par modifier d'un mouvement du poignet négligent la couleur de la faïence, lui donnant une chaude teinte cuivrée. Il agrandit de même légèrement la baignoire, même si au final, il en ferait installer une plus récente.
Après quelques autres menus changement, il rejoignit sa chambre un peu plus optimiste. Après tout, ce manoir était suffisamment grand pour qu'il puisse y vivre sans même croiser son époux. Il ne comprenait même pas pourquoi il s'était inquiété, sa mère s'était occupé des formalités avec Harry, elle l'aura surement sommé de lui fournir un cadre de vie décent. Sa vie et le futur qu'il s'était promit ne s'arrêtait pas parce qu'il n'avait pas fait le mariage qu'il espérait…
Il pourrait faire ce qu'il avait envie de faire. Fréquenter le haut du panier, aller aux fêtes, en organiser, s'entourer de la meilleure des compagnie, sans être gêné par le Gryffondor.
Drago fit des allers retour dans sa chambre, avant de concevoir qu'il n'en était pas moins curieux de ce que pouvait faire Harry en ce moment. Et il le serait toujours, parce qu'il vivrait désormais avec lui. Il se souvenait très bien avoir affirmé qu'il ne voulait plus le voir de la journée, ce que le brun n'avait pas très bien pris d'ailleurs si on en jugeait la fissure présente sur l'un des brins du serment, mais il était alors en colère, et maintenant ce sentiment était suffisamment descendu pour qu'il n'ait plus envie de transformer sa moitié en descente de lit. Enfilant une robe de chambre, il remonta ses appartements jusqu'à l'antichambre et quitta son territoire, peu rassuré, pour parcourir les couloirs de la demeure.
Ceux-ci étaient heureusement éclairés par de chaudes lumières dorées provenant des lampes murales, toutes allumées dans cette allée. Il arriva alors au centre de la demeure, là où se trouvaient les imposants escaliers à double révolution et jeta un petit coup d'œil en bas. Cette partie non éclairée était plongée dans les ténèbres et parce que l'endroit restait inconnu, Drago se sentit frissonner avant de continuer son chemin vers l'aile ouest. Une lumière plus vive l'arrêta devant une porte et il reconnut la nurserie. Se callant dans l'embrasure, il put ainsi voir celui qui était à présent son époux, bercer dans ses bras leur fille, chantonnant doucement d'un air doux. L'expression du brun lui serra le cœur. Il y avait tant d'amour et de tendresse comme il n'en avait encore jamais vu chez lui et ses yeux brillaient plus que jamais comme deux joyaux.
Drago ne put alors s'empêcher de repenser aux propos de sa mère hier.
« Tu as de la chance d'avoir épousé un homme pareil mon chéri, pas uniquement pour les raisons que j'ai autrefois citée, mais parce qu'il a vraiment une belle âme. »
Il connaissait ses raisons d'être furieux et n'avait pas l'intention de transiger avec bien sûr, mais alors que les émotions étaient un peu retombées, il réalisait soudain ce que cela avait dû être pour le brun. Lui non plus n'avait sans doute pas imaginé finir dans ce château perdu au beau milieu de nulle part, marié à un homme qu'il n'aimait même pas et soudain père d'un nourrisson. Et contrairement à lui qui n'avait cessé de trainer les pieds et de râler parce que les choses n'étaient pas à son gout, il avait accepté la situation et avait fait tout ce que l'honneur lui dictait de faire, et ce, contre sa volonté.
Comme un homme, alors que lui ne se sentait encore que comme une ébauche, qu'un adolescent jouant à l'adulte.
Il quitta ses pensée parce qu'il s'était trop appuyé sur la porte et que cela l'avait ouverte. Il se retrouvait alors face à son époux qui le fixait sans expression.
Que se passait-il dans sa tête ? Se repassait-il leur dispute ?
Drago se racla la gorge en fronçant les sourcils, car il était absolument hors de question qu'il se sente coupable, et enchaina avec la première chose qui lui venait en tête :
-Evangeline… Je voulais lui souhaiter bonne nuit.
-Bien sûr, vint la réponse, atone.
Il la lui tendit et Drago l'attrapa avec douceur, constatant alors qu'elle semblait plus lourde que la dernière fois. Ses yeux gris étaient plus réactifs, plus ouverts ces derniers temps et ses épais cheveux sombres avaient suffisamment repoussés pour rebiquer tout autour de son visage.
Elle devenait un peu moins leur « bébé », se transformant peu à peu en petit enfant. SA fille.
Mais ils avaient encore un peu de temps avant ça.
Il se pencha pour poser un baiser léger sur son front.
-Bonne nuit mon trésor, lui murmura t'il.
Elle lui offrit un regard paresseux, plein de confiance, avant d'émettre un petit bâillement. Il ne put s'empêcher de lui sourire en retour, s'occupant de la coucher dans son petit lit. Ses yeux se fermèrent presque immédiatement, un petit poing remonté près de son visage.
Drago s'éloigna alors pour laisser Harry la contempler à son tour. Il en profita alors pour vérifier une de ses hypothèses en se rendant dans la chambre de la gouvernante. Là il trouva un coffre qui vomissait quelques vêtements noirs, rouge et or, des livres de cours éparpillés et certains ouverts, ainsi que de nombreux rouleaux en partie remplis qui envahissaient un petit bureau.
Il n'eut pas besoin de se retourner pour savoir que Harry se trouvait derrière lui.
-C'est donc là, où tu dors, lança t'il sèchement.
-Je…
-Et où comptes-tu loger cette « pauvre » Mrs Wallace si tu occupes sa chambre ?
-Il y a deux autres chambres dans cette aile.
-C'est bien pratique, tiens…
Pour la peine Drago regrettait de ne pas vivre dans un endroit minuscule doté d'une seule chambre. Quoique le brun aurait réussi à lui affirmer qu'il préférait dormir sur le canapé.
-Tu pensais vraiment ce que tu as dit tout à l'heure ? Finit par demander ce dernier d'un ton plat.
-Quoi donc ? On a dit tellement de choses…
Il se retourna vers le brun, le voyant fixer le sol en carrant sa fichue mâchoire. Dire que s'il n'était pas aussi idiot, Drago aurait pu le couvrir de baiser en ce moment. Cet homme était une ode à la patience. Heureusement que c'était une de ses vertus.
Il retourna son attention sur le lit une place et le foudroya du regard, ayant bien l'intention d'éliminer ce meuble d'une façon ou d'une autre.
Comme le brun semblait incapable de cracher le morceau sur ce qu'il ressentait, Drago haussa des épaules et le contourna pour retourner à sa grande chambre et à son grand lit. Il sentit un mouvement d'air et sut qu'Harry avait voulu le retenir mais s'était finalement abstenu. C'est donc avec un sourire mauvais qu'il se retourna à l'embrasure de la porte pour le fixer :
-Tu sais Harry, je pourrais te faciliter vraiment la vie si je le voulais. Sauf que c'est une chose que je ne ferais que pour le mari qui partage mon lit, donc…
Il lui fit un vague geste de la main avant de refermer la porte derrière lui sans même lui souhaiter bonne nuit. Il avait la satisfaction, ce soir, d'être plus en accord avec lui-même que ne l'était le brun.
Et contrairement à lui, il le savait, Harry n'était pas patient DU TOUT. Il reviendrait vite la queue entre les jambes vers Drago.
Car à partir de ce soir, le serpentard allait se lancer dans la stratégie de l'eau sur la pierre.
-o-O-o-O-o-
Les choses n'avaient pas tournées de façon vraiment satisfaisantes. Pas satisfaisantes DU TOUT même.
Après une nuit étrange, où Evangeline semblait avoir décrétée que non, en fait, elle n'avait pas besoin d'avoir son père juste à côté d'elle (pur esprit de contradiction Malefoyen si on lui demandait son avis), Harry avait espéré que la lumière du matin chasserait tous les problèmes. Il avait donc trainé à la table du petit déjeuner dans l'espoir de voir Drago, ignorant comme à son habitude la Gazette pour lire sa revue de Quidditch. Cependant, quand ce dernier était arrivé – tard- il lui avait à peine souhaité bonjour, avait avalé sa tasse de thé, avait embrassé sur le front leur fille et était reparti.
Harry était resté coincé quelques minutes en fixant la porte, abasourdi.
ET OU ETAIT PARTIE CETTE HISTOIRE DE BAISER DE BONJOUR ?
Il avait alors passé le peu de reste de la matinée à ronchonner dans sa barbe, parce qu'il se souvenait bien avoir permis les baisers. Les baisers étaient la base après tout, et que Drago le fasse sentir toute chose dans ces moments-là, ne faisait pas du tout parti du raisonnement. Pas du tout.
Bon, un peu quand même.
A midi, le serpentard commanda juste un sandwich et Harry se retrouva en tête à tête avec Evy et Patmol II, encore plus frustré.
Soit cet idiot boudait, soit… Soit il avait trouvé quelque chose de plus intéressant à faire.
Au bout de deux jours de ce traitement Harry voulut savoir et ce fut lors du repas du soir, où sa majesté le gratifiait de sa présence, qu'il eut la réponse, tranchante :
-Je REVISE les ASPICs ! A ton avis ? L'examen est dans moins de trois mois, ne me dis pas que tu as oublié tout de même ?
Harry ne répondit rien, plongeant le nez dans son ragout. Ce qu'il avait oublié c'était qu'il avait, d'une certaine façon, épousé la version masculine de Hermione.
-Sérieusement, comment peut-il penser aux ASPICs dans cette situation… ? Maugréa-t-il plus tard à son nouveau confident, arrivé depuis hier avec le « zoo » de Drago.
Jarvis Briggs était un vieux sorcier chauve, aux sourcils gris étonnement fournis, lui donnant un faux air de hibou grand-duc. Calme et posé, il était issu d'une famille qui servait les Malefoy depuis des générations et semblait les connaitre sur le bout des doigts, il avait d'ailleurs était le professeur de son époux pour tout ce qui se rapportait aux chevaux.
Ici, il avait bien évidemment la tache de s'occuper des écuries et avait sa propre petite maison à côté. Harry l'avait aidé à aménager les box pour les trois chevaux, faisant ainsi plus ample connaissance avec lui.
Il avait ainsi appris que les elfes de maisons avaient les équidés en horreur, refusant de s'en approcher et donc de s'en occuper, ce qui expliquait la présence de domestiques sorciers.
C'est donc en paillant les box pour Espoir des Tenebres, Master of Lys et Aubepine que le vieil homme avait commencé à lui parler de Drago. Ainsi lui semblait-il censé de lui poser des questions sur l'étrange serpent avec lequel il avait décidé de passer le reste de son existence.
-Petit, dès qu'il en avait l'occasion, il me suivait partout comme une ombre, terriblement silencieux et attentif, imitant de la main tous les gestes que je faisais avec ma baguette. Même s'il ne s'agissait que de bête sort pour remplir les abreuvoirs Il faisait ça avec un tel sérieux !
Harry essayait d'imaginer, dosant en même temps la ration de granulés destinée à Aubepine, une jument baie qu'il ne différenciait de Master que grâce à l'absence de point blanc sur la tête.
-Il est comme ça, continua le vieux sorcier en hochant de la tête pour lui dire que le compte était bon. Il a toujours été très exigeant avec lui-même. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, son pire juge n'est pas son père, c'est lui-même, même si Mr Malefoy n'a sûrement rien fait pour atténuer ce trait de personnalité. Mr Drago est un perfectionniste.
Tournant la tête vers lui, le brun le fixa en plissant les yeux, ignorant la jument qui s'était précipitée sur ses granulés comme s'il y avait une quelconque drogue à l'intérieur.
-Vous pensez que c'est pour ça qu'il est à fond sur ses révisions ? Même s'il est déjà quasiment le meilleur de la promotion ?
Le palefrenier ricana, semblant se moquer de lui.
- Non, je dis que c'est parce qu'il est perfectionniste qu'il est comme ça au sujet de votre mariage. Car c'est bien cela qui vous tracasse, non ? Votre dispute.
-Ah ! Donc il boude bien, en fait !
-Non, vous devriez savoir qu'un Malefoy ne boude pas.
-Je n'appelle pas ça autrement !
-Si j'étais vous j'arrangerais vite les choses et je ne le laisserais pas tout seul, parce que si un Malefoy ne boude pas, en revanche, il complote. Et un Malefoy qui complote, ça ne signifie rien de bon.
Harry avala difficilement sa salive en réalisant que le vieil homme avait sans doute raison. Merlin seul savait ce que pouvait réellement faire ou penser Drago dans son bureau ! Mais il ne voyait pas vraiment ce qu'il pouvait dire ou faire pour le récupérer, lui et ses baisers.
-Si seulement il me disait ce qu'il ressentait vraiment… Soupira-t-il. Il est toujours à avancer des arguments logiques et impersonnels, enfin… logiques selon lui. C'est comme s'il ne portait pas qu'un masque sur le visage, mais aussi en parole. Et la façon dont il dit les choses me font toujours passer pour celui qui est bizarre, hors norme. C'est un peu agaçant.
Mr Briggs émit un son de gorge railleur.
-Quoi ? Qu'est ce qui ne va pas dans ce que je viens de dire ?
-Rien ne s'obtient gratuitement Mr Harry. Pour avoir ses confidences, encore faudrait-il déjà que vous lui en fassiez. (A cette seule idée, Harry grimaça) Eh bien… Contrairement à mes frères je ne me suis pas marié, mais je sais tout de même une chose sur les relations, quelles qu'elles soient : c'est qu'il faut toujours de la réciproque. Sinon l'un des partis ne pourra qu'éprouver de l'amertume.
Si le conseil semblait avisé, il était cependant impossible à réaliser. Harry ne pouvait pas juste se confier, déballer tout son manque de confiance en lui comme ça, sachant qu'il courait soit le risque d'être moqué, soit, et d'une certaine façon cela semblait pire, le risque de tomber définitivement amoureux du blond.
Il ne comprenait pas très bien pourquoi il avait si peur de s'accrocher émotionnellement à son époux, mais son bon sens hurlait à la catastrophe dès qu'il se surprenait à l'envisager.
En tout cas, il supportait difficilement d'être snobé comme ça au sein de sa propre maison. Il tentait de s'occuper en révisant lui aussi ses ASPICs et en tentant d'avancer sur son projet de potion, mais parfois le poids de la présence invisible de Drago se posait sur lui et il pouvait se sentir tour à tour déprimé ou atteint d'une brusque montée de colère.
Les quelques jours qui leur étaient accordés pour être juste en famille avant de retourner à Poudlard s'égrenaient jusqu'à arriver à vendredi.
Harry finit par craquer durant le début de l'après-midi quand sa potion, qu'il refaisait pour la quatrième fois, tourna en une espèce de mixture cimenteuse qui avala sa louche et refusa de la lui rendre.
-J'en ai ASSEZ !
Il fit pousser un petit cri surpris à Laney, puisqu'il se trouvait dans sa cuisine, qui se transforma en murmure désapprobateur quand il donna un coup de poing au chaudron qui fut éjecté dans un grand fracas sur le sol carrelé. Les parchemins de recherche qui envahissaient le plan de travail s'éparpillèrent dans toute la cuisine, surprenant Happy qui apparut brusquement pour voir ce qu'il se passait. Aussitôt il se précipita pour tous les rattraper, mais Harry n'y fit pas attention, fixant le chaudron comme si ce dernier l'avait insulté.
La potion à l'intérieur s'écoula en amas grumeleux, ressemblant en quelque sorte au polynectar qu'Harry avait bu en deuxième année. Il n'y avait pourtant rien dedans qui aurait eu une quelconque raison d'épaissir le contenu, ce qui signifiait que ça ne pouvait être que le résultat d'une réaction entre deux ingrédients, ou plusieurs.
Il ne comprendrait jamais rien aux potions.
Puis il pensa que si Drago ne lui faisait pas la tête, il aurait pu l'aider.
Si Drago ne lui faisait pas la tête, ils auraient pu être tous les trois, à faire des choses ensemble, ce qui était toujours mieux que de les faire chacun de son côté. Et il y aurait surement eu des conversations intéressantes, des taquineries et peut être même un peu de douceur entre eux.
Tout ça à cause d'une stupide affaire de lit.
Grinçant les dents de colère, il se mit à faire des allers retour sans se préoccuper des elfes qui s'escrimaient à remettre tout en ordre.
Puis il s'immobilisa brusquement en repensant à ce que lui avait dit Mr Briggs. Tentant de se remémorer leur dispute, Harry songea au fait qu'il n'avait peut-être pas agit comme il l'aurait dû. Pas à cause du fait qu'il ne voulait pas dormir avec lui, pour ça, il restait fermement convaincu que ce n'était pas une bonne idée du tout, mais Drago avait tenté de faire une concession.
Lui n'avait rien fait du tout. Il lui avait juste imposé ses volontés en objectant des « non » inflexibles.
Sa colère retomba aussitôt comme un soufflet et il resta un moment à fixer la mosaïque du sol, songeur, la réalisation qu'il était peut être celui en tort s'infiltrant doucement en lui comme un poison de culpabilité.
Il allait devoir ramper.
Ca paraissait légitime, et un bien petit mal si ça lui permettait de retrouver son époux. Enfin… Tout dépendait évidemment de la bonne volonté de Drago.
Se secouant, il partit aussitôt pour le bureau de ce dernier, bien décidé à ne pas faire trainer les choses plus longtemps. Devant la porte, il attrapa mentalement sa fierté et la jeta dans un coin sombre et lointain de son esprit.
Respirant profondément, il ouvrit brusquement le battant, faisant se retourner brusquement le blond sur sa chaise, la baguette à moitié dégainée.
*Reflex de guerre…* Harry n'y fit pas attention, surtout que Drago se reprit vite, la rangeant à l'abri dans sa manche avant de s'installer confortablement contre son dossier, lui jetant un regard fier… et un rien victorieux.
Sur sa table de travail s'étalait un incroyable nombre de livres ouverts et de parchemins pleines de figures compliquées, signature des cours de métamorphoses.
Avant que le silence ne devienne gênant et que Drago n'ouvre la bouche pour dire quelque chose qui serait forcément irritant, Harry avança, se mettant volontairement à un pas de lui.
-OK. Je craque. Je déteste qu'on vive ensemble en faisant comme si l'autre n'existait pas. Je sais que je n'ai pas été du tout intelligent à ce moment-là, et que je t'ai tout imposé sans prendre en compte ce que tu voulais ou ressentais. Alors, c'est bon, je retire une partie de ce que j'ai dit et tu as le droit de me tripoter comme tu le veux, mais s'il te plait, cesse de me fuir…
Harry tenta de retenir ses joues de trop rougir, mais il se sentait horriblement gêné. En même temps il sentait tout son corps frémir d'anticipation à l'idée que les mains du blond se reposent à nouveau sur lui. Le caresse, le chatouille, le picote, lui fasse découvrir des portions de lui dont il n'avait quotidiennement pas conscience.
Mais rien n'arriva, alors qu'il était pourtant persuadé que Drago n'aurait pas perdu une seconde pour le coller à nouveau, surtout après cinq jours d'abstention, et quand il osa lever la tête vers lui, il le découvrit toujours aussi fermement installé sur son siège.
Il avait semblé attendre le contact visuel, car son rictus satisfait s'agrandit.
-Et pourquoi ne viendrais-tu pas plutôt ME « tripoter » ?
-Euh… Quoi ?! Déglutit Harry, les yeux écarquillés alors qu'inconsciemment il voyageait du regard sur le corps de son époux.
Là il était certain qu'il rougissait. Merlin soit loué que ce n'était pas flagrant sur son épiderme.
-Quoi, tu n'as pas envie de me toucher ?
En soit Harry aurait pu s'inquiéter d'une telle réplique, mais la voix sonnait beaucoup plus joueuse et amusée qu'indignée ou trahie.
Ce connard savait… Evidemment qu'il avait envie de le toucher ! Mais alors… Mais alors il ne pourrait plus faire comme si c'était faux. Il ne pourrait plus affirmer qu'il n'y avait rien entre eux et qu'il valait mieux qu'il n'y ait rien. Sa crédibilité serait mise en morceau… Et c'était probablement le but de Drago.
Mais si ça lui permettait de le faire revenir à lui, sans passer par le danger que représentait le lit… Tant pis, il fallait qu'il accepte cet acte masochiste. Se mordant l'intérieur de la joue, il leva une main et la laissa dans l'air, hésitant encore.
Les doigts de Drago se refermèrent alors sur son poignet, doucement, et il guida de lui-même sa main jusqu'à sa joue. Harry le laissa faire, troublé mais plus tout à fait inquiet car l'expression de son vis-à-vis s'était détendue.
-Tu as vraiment du mal avec les contacts, lâcha t'il en une constatation attendrie qui le fit se sentir bizarre.
-'Pas l'habitude, murmura t'il juste.
La peau sous ses doigts n'était pas vraiment douce, mais elle avait une fraicheur agréable et c'était très différent de ce qu'il avait connu avec Ginny. Aucun des deux n'avaient de joues rebondies – et d'ailleurs à y repenser, la jeune fille n'avait pas vraiment une silhouette très féminine, et en allant plus loin, il réalisait avec un rien de dépit qu'il semblait avoir un truc avec les attrapeurs et leur physionomie. Cho, Ginny et maintenant Drago. Il ne lui manquait plus que l'attrapeur de Poufsouffle et il aurait carton plein – mais là où sa main avait pu englober tout le bas du visage de la rousse, là sa main reposait sur une surface bien plus solide. Sans le réaliser, il laissa sa main courir jusqu'à l'angle de la mâchoire puis remonter vers les lèvres qu'il n'avait jusqu'ici senti qu'avec sa propre bouche.
Il s'était aussi rapproché sans s'en rendre compte et lorsqu'il réalisa ce qu'il faisait, qu'il n'était plus guidé par la main de Drago qui reposait simplement contre son bras, il se stoppa un instant, mortifié. Au fond de son esprit défilèrent rapidement de vieux spectres datant de l'époque des Dursley qui l'interdisaient de les toucher ou de toucher qui que ce soit d'autre, il était un vilain petit garçon, il était mauvais, il pourrait les contaminer… Mais les yeux de Drago s'étaient juste fermés et il s'appuyait contre lui comme s'il souhaitait le sentir encore plus fort.
Alors avec un sentiment d'exaltation et de joie, Harry comprit qu'il lui laissait la voie libre.
Humectant ses lèvres asséchée par la brusque anticipation, il s'enhardi à laisser son autre main rejoindre sa sœur et continua son exploration lentement. Remontant jusqu'à une oreille, l'autre descendant au cœur d'une zone qui le laissait complètement admiratif, dessinant des doigts les creux des muscles de son cou, soulignant la courbe de sa pomme d'Adam.
Les lèvres de Drago se relevèrent brusquement durant l'épopée, sans doute chatouillé par les caresses, mais il ne dit rien, ni n'ouvrit les yeux, semblant juste concentré par ce qu'il ressentait.
C'était une drôle d'expérience de toucher quelqu'un d'autre comme cela, il y avait déjà pensé lorsqu'il avait découvert le corps de Ginny, pas avec autant de détail qu'actuellement, mais il y avait la nouveauté de ses formes féminine, alors ça semblait normal…
Mais dans les fait toucher le corps d'un autre homme était pourtant tout aussi curieux, surtout quand s'en était un qui semblait aussi intouchable que Drago. Il ne pouvait s'empêcher d'y mettre une certaine forme de révérence.
Ayant terminé dans le creux de ses clavicules, il fut contrarié de tomber sur le tissu d'une chemise qui semblait sonner la fin de l'exploration. Mais aller plus loin serait…
Drago n'avait semblait-il rien à faire de ses scrupules puisqu'il déboutonna avec dextérité son haut et s'en débarrassa sur son bureau.
-Vas y, lui souffla-t-il d'une voix rauque, je veux te sentir là aussi.
Ainsi dit, Harry posa sa main sur l'un des pectoraux, éprouvant de son toucher la peau souple qui montait et descendait au rythme des inspirations profondes. Il se sentit brusquement devenir tout chaud et tendu lorsque le bas de sa paume entra en contact avec un téton. Oserait-il ? N'oserait-il pas ? Ne voyant aucun signe d'agacement chez son cobaye, il continua à descendre, malaxant la petite bosse.
Il sentit la respiration de Drago se faire plus brève et saccadée, mais il n'y avait toujours aucun geste pour l'arrêter, et heureusement, car Harry aurait vraiment été déçu.
En tout cas il découvrait avec ravissement qu'il se fichait de la non présence de rondeur. Au contraire, sans toute… Eh bien… Sans toute cette graisse, il se sentait plus proche. Les muscles roulaient sous son toucher, les poumons se remplissaient et le cœur battait follement dans le creux de sa main. Il sentait qu'il pourrait poser confortablement sa tête et écouter ce battement hypnotisant pendant des heures.
Alors que ses mains découvraient à présente le ventre ferme avec le léger dessin de ses abdominaux, il se rapprocha un peu plus comme pour vivre à nouveau ce que c'était de sentir Drago respirer contre lui.
Un parfum frais, comme de la neige, émanait de son cou. Harry se laissa envouter et sans en prendre garde, il se retrouvait à redécouvrir Drago avec sa bouche. Il n'entendit pas le « oh oui ! » de ferveur que lâcha ce dernier en posant l'une de ses mains à l'arrière de sa tête pour l'encourager à ne surtout pas arrêter.
Mais il sentit clairement ses doigts flirtant dans ses cheveux, chose qui le transformait généralement en un amas de contentement béat.
Il perdit alors totalement le contrôle, embrassant, léchant, suçant la peau le long de sa mâchoire, à présent grimpé en partie sur la chaise et Drago, ses mains caressant en de lents mouvements ses hanches.
Puis finalement leurs lèvres à tous deux se trouvèrent et les longues, longues minutes qui suivirent, furent occupées à ces merveilleux baisers qu'Harry avait tant souhaité.
Quand ils se séparèrent, son sourire devait faire toute la largeur de son visage.
Vraiment, il se trouvait stupide d'avoir mis autant de temps à aller trouver Drago pour se montrer un peu raisonnable.
-Alors, c'était si difficile ? Le taquina le blond.
Harry réalisa alors qu'il était presque assis sur lui et recula pour revenir sur ses deux jambes.
-Ce n'était PAS facile.
Drago poussa un soupir amusé.
-Tu sais, je ne souhaite pas juste te toucher ou te sauter, je veux qu'il y ait réciprocité. Si tu ne veux pas, ça n'a aucun intérêt. Si tu ne me veux pas, pareil. J'ai plus de facilité que toi, mais ça ne signifie pas que tu ne peux pas prendre quelques liberté avec moi à ce sujet. Tu as le droit, et même je dirais, le devoir, de me toucher et de m'embrasser quand tu le veux… Du moment que la situation est correcte bien sûr.
-Oh…
Harry ne savait pas vraiment quoi dire, mais il était surpris de retrouver à nouveau ce concept de la réciproque dont lui avait parlé Mr Jarvis. Ca le rassurait néanmoins d'entendre que son consentement importait, même s'il savait que ça ne voulait pas dire que Drago ne tenterait pas de le manipuler pour changer ça.
-… Je ne sais pas si j'oserais à nouveau de moi-même, mais, ça veut dire qu'on est OK ? N'est-ce pas ?
-J'ai toujours l'intention de te faire migrer dans NOTRE lit, mais oui, nous sommes… « OK ».
Harry roula des yeux, mais laissa passer. Drago lui répondit d'un sourire avant de se lever de sa chaise pour caresser du pouce sa joue. Là, le voilà, le serpentard collant qui lui avait bizarrement tant manqué ! Pour le brun c'était comme si un énorme poids s'était retiré de ses épaules et il se sentait aussi heureux que s'il était sous philtre d'euphorie.
-Doooonc… Tenta-t-il alors en essayant d'avoir l'air de rien. Si je te demande de m'aider en potion… ?
Le changement d'expression de Drago fut si fulgurant qu'avant même que ses mots soient sortis de sa bouche, le brun avait deviné ce qu'il en serait.
-Hors de question.
-Eeeeh ! Allleeeezzz ! C'est pas marrant de bosser tout seul ! En plus si ça continue je vais faire exploser la cuisine et tu ne voudrais pas que les gens pensent que tu as épousé un idiot parce que j'aurais un « Troll » en potion !
Finalement le dernier argument fut celui qui fit mouche et le blond le fixa avec une sévérité qui n'était pas sans faire penser à Rogue.
-Il est tout simplement exclus que mon époux, quel qu'il soit, n'est pas moins d'un Effort Exceptionnel dans cette matière !
-Euh… Je visais pas aussi haut tu sais…
Il riait cependant lorsque Drago se mit à le trainer derrière lui jusqu'à la cuisine.
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Un foyer… Bien plus que des murs, bien plus que des personnes, c'était le lieu où l'on souhaite revenir à la fin de la journée. Mieux : l'endroit où on est attendu.
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Depuis le fauteuil où elle étudiait, Hermione esquissa un grand sourire en voyant Blaise passer dans le couloir avec un mug à la main, poursuivi comme une ombre par Pattenrond.
Elle s'enfonça plus confortablement avec un grand sentiment de satisfaction.
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Là où l'on peut trouver un soutien face aux problèmes de la vie…
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Fred soupira en comprenant que sa mère n'avait pas l'intention de le lâcher, couvant d'un air inquiet les bandages qui entouraient sa tête. Angelina qui entra dans le salon lui jeta un regard entendu, s'échangeant des rires silencieux. S'approchant, elle lui caressa l'épaule avant de se décider à faire à manger pour trois.
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Là où on peut se permettre de relâcher le masque et d'être soi-même sans risquer d'être jugé…
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Drago fixait d'un air curieux son compagnon s'activer derrière la cuisinière, lui passant de temps en temps des bols remplis de produits. Mais pourquoi semblait-il si agile pour faire à manger et si pataud dans la préparation de potion ? Il le lui demanda. La réponse de Harry l'amusa et il se surprit à rire. Evangeline installée dans son giron l'imita aussitôt et pour se venger, le brun leur jeta de la farine dessus.
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C'est un cocon où, une fois la porte verrouillée, l'on ne se sent jamais menacé.
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Audrey Winters considéra un instant son père assis sur le canapé, passant entre ses mains une série de photo. Avec un sourire triste, elle vint s'asseoir à ses côtés pour entourer de ses bras sa silhouette qui semblait alors si petite et accablée.
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C'est pour certain une chose qui va de soi, pour d'autres, qui savent, c'est un bien précieux à protéger…
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Dans la salle à manger, au milieu d'une très longue table à nappe blanche, Jessica Zabini mangeait, lentement, silencieusement. Seul le bruit du tintement des couverts et le carillon lointain de l'horloge sonnant 19H meublaient le silence. Ils étaient tous partis une heure plus tôt, rejoindre leur femme et leurs enfants.
Mais celui lui importait peu et elle se tenait la tête haute, fière. Face à un couvert et une chaise vide.
Elle profitait de chaque contact avec l'argent de sa fourchette ou chaque seconde passée sur le coussin moelleux de la chaise, et du gout succulent des aliments sur son palais. Elle s'imprimait à chaque seconde du raffinement qui l'entourait.
Plus attachée aux choses inanimées qu'à ce qui aurait dû se trouver de l'autre côté de la table.
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… Pour ceux qui ont longtemps errés au crépuscule en observant les lumières s'allumer aux fenêtres alentours, tout en entendant la vie qui se déroulait à travers, la préparation du repas du soir, les voix des enfants rentrés de l'école ou le début des informations de 20h scandée par une télévision. Et qui sentaient leur cœur se serrer de solitude, de fatigue et de peur.
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C'était là. Hermione tenait un papier froissé fermement dans ses mains en admirant devant elle la jolie petite maison entourée d'un jardin. Sur la boite aux lettres se tenait bien l'indication que Mr et Mrs Granger habitaient ici.
Si c'était l'été quand elle avait quittée l'Angleterre, ici elle tombait en plein mois d'hiver et alors que la nuit tombait, chacun de ses souffles se condensaient en un petit nuage.
Il n'y avait personne pour l'instant, mais elle se décida à attendre leur retour, s'asseyant discrètement sur un muret.
Une voiture finit par arriver et Hermione sentit son cœur battre la chamade en reconnaissant son père au volant. Ô, seigneur, ce qu'il lui avait manqué !
Sa mère était à l'arrière, elle la voyait à peine, mais le peu qu'elle apercevait suffisait à lui faire couler des larmes sur les joues. Une année entière qu'elle les avait laissés derrière elle, sans pouvoir les voir, sans pouvoir leur parler ou les serrer contre elle. Elle n'avait jamais été certaine de les revoir. Elle n'avait jamais été certaine de pouvoir rentrer un jour chez elle.
Décidée, elle lâcha son bout de papier pour prendre sa baguette.
Mais avant qu'elle n'ait pu lancer le contresort au sortilège d'oubliette, elle se figea.
Son père riait doucement, heureux, tandis que sa mère sortait élégamment de la voiture en serrant un petit paquet de lange contre elle. Elle le regardait avec un regard si plein d'amour qu'il n'était pas difficile de deviner ce que c'était.
-Eh bien ma petite Hermione, nous sommes enfin arrivés à la maison, chantonnait-elle presque avant de poser ses lèvres sur le front du bébé.
Ils se dirigèrent tous les trois vers l'entrée de leur maison, sans même remarquer l'étrange jeune femme qui se trouvait non loin d'eux et qui reculait peu à peu dans les ombres en laissant retomber son bras…
Elle ne pouvait plus rentrer chez elle.
A suivre…
*L'auteur regarde tout autour d'elle d'un air traqué pour éviter de possible jets de tomates* Bon, bein… Vous en savez désormais un peu plus sur Hermione. Et le fait que j'aime torturer mes personnages préférés. J'espère néanmoins que ce chapitre vous a plût même si Harry et Drago jouent encore au chat et à la souris, il y a tout de même des passages où la température monte, non ? Ou mignon ? Je sais que c'est long, mais j'apporte beaucoup d'importance à mettre en place une relation basée sur le respect de l'autre. Là, ils sont en apprentissage pour fonctionner comme un couple, et pour Harry comme pour Drago, ça signifie « compromis ». Mais ne vous en faites pas, notre petit blondinet a plus d'un tour dans son sac pour dévergonder notre Harry.
Prochain chapitre ? On retourne à Poudlard, et le titre résume le tout : Orientation de merde.
