Mot de l'auteur : Nouveau chapitre en ce début d'automne ! J'espère que vous allez tous bien, pas trop traumatisé de la rentrée et de la perte progressive de la chaleur (moi ça va, j'aime bien la transition vers l'hiver). Et comme toujours, je salue et remercie mes fidèles lecteurs qui tiennent le coup malgré la longueur de cette histoire. Je vous aimes tous !

Résumé des épisodes précédents : Harry et Drago se sont finalement mariés ! Si la fête a été un succès, tout le monde n'est pas forcement heureux de cette alliance. Le lendemain, Rabastan Lestrange lance une attaque au Chemin de Traverse, qui ne fait heureusement que des blessés. Pendant ce temps, chez les mariés, la vie de couple s'annonce un tantinet difficile puisque Harry veut faire chambre séparé.
On en apprend plus sur l'été dernier de Hermione et pourquoi elle vit seule à Grimmauld Place. Ses parents ont construits leur vie sans elle, avec une nouvelle petite Hermione à aimer. Dans le temps présent, elle invite Blaise à passer la semaine restante des vacances chez elle au mépris des conventions. Le bottin mondain nous rappelle que deux fiançailles sont bientôt prévus dans la noblesse, celle de Neville Londubat et Hannah Abbot et celle de Lord Craven et Daphnée Greengrass.

Chapitre 38 : Orientation de merde

-Bien…

-Bien…

Harry et Drago étaient assis face à face à la table de la salle à manger, une assiette de tranche de rôti couvert de sauce en partie entamée sous le nez. C'était le samedi soir et ils savaient qu'il était plus que venu le temps de parler de leur retour à Poudlard.

-Du coup, on fait comment pour demain ? Lâcha Harry en coupant un nouveau morceau de sa viande. T'avais l'habitude de quoi… Transplaner ?

Venant du monde moldu il s'était habitué à traverser le passage secret de la gare… Les Weasley avaient pris l'habitude d'y aller en voiture… Mais pour des raisons n'ayant rien de bizarre, il voyait mal Lucius Malefoy conduire sa petite famille en mercedes jusqu'à la gare. Sa question n'était donc pas vraiment stupide même si son vis-à-vis le regardait de cet air qui commençait à signifier « mais qu'est ce qu'il me fait là ? ».

-Pourquoi, tu faisais comment, toi ? … D'ailleurs a-t-on vraiment besoin de prendre ce fichu train ? On pourrait juste transplaner à Pré-Au-Lard en fin de journée et rejoindre tranquillement le château… On est majeurs après tout !

-Certes, mais sans compter que, navré de te le rappeler, TU ES Préfet en Chef et donc en charge de l'ordre dans le train, ce sera notre dernier trajet en train vers Poudlard. Je n'ai pas envie de louper ça…

-Nostalgique ? Releva le blond avec un sourire moqueur.

-Ca se pourrait. Ne me dis pas que tu es pressé de tourner la page « Poudlard » ?

Drago posa ses couverts et réfléchit quelques secondes avant de répondre :

-Eh bien… Je crois que ce vieux château m'a apporté tout ce qu'il devait, dont un certain nombre de choses que je n'avais pas demandé… (il leva les yeux d'un air entendu vers Harry qui ricana légèrement) enfin, à part mon diplôme. C'est pour mes ASPICs que j'y retourne, c'est tout.

-Et ça ne va pas te manquer ? Les maisons, les salles communes, prendre ses repas dans la grande salle, les professeurs ? Et même courir dans les couloirs venteux pour échapper à Rusard et Peeves ?! Voir tous les jours ses amis et faire tout avec eux… ?

Harry ne pouvait s'empêcher de sourire alors que lui venait en tête quelques instants d'insouciance avec ses camarades. Il y en avait eu, même si bien souvent des évènements dangereux ou tragiques survenaient assez vite pour tout assombrir.

-Bon… Peut-être un peu, je l'admets, concéda Drago, un rire au bout des lèvres alors qu'il semblait penser à nombres choses amusantes. Mais on ne peut pas rester éternellement des adolescents et puis chaque changement apporte son lot de bonnes surprises. Par exemple : n'es-tu pas heureux de savoir que bientôt tu n'auras plus à rendre des mètres de parchemin sur la façon de préparer des potions ?

*Ah… ! Vu comme ça !*Songea Harry en regardant le plafond d'un air pensif.

-…Et puis tu vas découvrir un nouvel environnement de travail… Continua Drago en coupant sa viande avant de s'arrêter, de froncer les sourcils et de relever le nez vers lui : D'ailleurs… Qu'as-tu l'intention de faire ?

Harry baissa les yeux vers lui, silencieux, puis un air gêné s'empara des traits de son visage avant qu'il ne détourne le regard :

-Eh bien…

-o-O-o-O-o-

Filant sous un soleil couchant à travers les montagnes écossaises, le Poudlard Express s'approchait des terres de l'Ecole de Sorcellerie, rapportant avec lui les élèves manquant. Rien de nouveau en soit… Toutefois le trajet avait eu un gout d'exceptionnel du côté des septièmes années.

D'abord parce que pour la première fois depuis presque 50 ans, Poudlard accueillait un couple marié, et que Harry eut son lot de remarques déplacées lancées par de petits crétins de toutes maisons qui se croyaient amusants et qui se pressaient aux portes de leurs compartiments pour le voir comme si un troisième œil lui avait poussé sur le front entretemps.

Hélas pour eux, c'était toujours le bon vieux même Harry avec ses cheveux ébouriffés !

Tout le monde aurait voulu le voir arriver et rentrer dans le train avec Drago. Ça aurait été SI domestique : un chariot pour deux avec malles, hibou et chien, avec à côté le landau du bébé.

SAUF QUE NON. Ils s'étaient mis d'accord pour se partager les taches, et Harry avait hérité de leurs bagages, du hibou colérique de Drago et de Patmol II qui tirait follement sur sa laisse. Drago était arrivé plus tard avec Evangeline et les affaires de la demoiselle. Heureusement qu'ils pouvaient les miniaturiser par magie car elle commençait à avoir un sacré attirail.

Harry ne le dirait pas à voix haute mais il trouvait son mari trop mignon quand il acceptait de prendre leur fille dans le porte-bébé ventral. C'était le moyen de transport qu'Harry préférait, lui libérant les deux mains et lui permettant de sentir Evy contre lui… Mais le serpentard trouvait que ça manquait singulièrement de dignité.

Et pour finir, les deux époux s'étaient empressés de retrouver leurs amis respectifs.

Et là aussi, il y avait eu quelques changements. Pas du côté Serpentard, puisque le blond avait retrouvé son habituel clan composé de Blaise, Pansy, Milicent et Daphnée, mais du côté des gryffondors, Harry avait rejoint Hermione et tous deux s'étaient installés aussi calmement qu'il était possible de le faire avec un chat qui feulait dans sa cage, un chiot trop curieux et un hibou qui battait follement des ailes, indigné apparemment par le traitement que lui infligeait l'époux de son Maître.

Mais ça, cela restait assez anodin. Ce le fut moins lorsque Ron passa devant eux en se contentant de les saluer pour s'installer dans le compartiment voisin.

Proche, mais lointain.

Ce dernier fut rejoint par Seamus, Dean, puis de Fay qui vint se lover contre lui.

Harry fut pour sa part bientôt envahi de Luna, puis plus tard de Neville qui voulut fuir le compartiment Poufsouffle de Hannah. Ernie s'était mis en mode ASPIC, ce qui était apparemment assez insupportable.

Quand la porte fut refermée derrière ce dernier, Hermione se retourna brusquement vers son meilleur ami, l'air incroyablement sérieuse :

-Alors ?

Harry cligna les yeux, perplexe.

-Alors quoi ?

Neville le regardait à son tour, mais d'un air aussi sombre que curieux, quand Luna, assise à côté d'Harry, était prise dans un concours de « ne pas cligner des yeux » avec Royal le hibou.

Devant son air des plus perdu, Hermione poussa un profond soupir avant de lui jeter un exemplaire de la Gazette sur les cuisses. Espérant grandement que l'on ne parlait plus de son mariage et encore moins de son couple, Harry déplia le périodique.

-Il y a eu une attaque au chemin de Traverse ?! S'exclama-t-il en lisant à présent avidement l'article.

-Je n'arrive pas à croire que tu ne sois pas au courant ! Lost Wood n'est tout de même pas une île perdue dans le Pacifique !

-Je… Je n'ai pas lu la Gazette de la semaine… Se sentit obligé de préciser Harry. Mais Drago le faisait, lui…

-Alors il est forcément au courant, lâcha Neville.

-Mais pourquoi ne t'en a-t-il pas parlé ?

Eh bien, il avait peut-être une ou deux réponses à ce sujet, comme le fait qu'il n'y avait pas vraiment eu une entente harmonieuse entre eux durant la majeure partie des vacances… Mais ça, il n'allait certainement pas leur en parler.

-Qui s'en préoccupe ? Fit soudain Luna de sa voix de carillon. Il a forcément une raison. Dont : pourquoi deux personnes devraient voir leur lune de miel gâchée quand une seule suffit ?

-Ce n'était pas vraiment notre lune de miel, protesta Harry. Je ne passerais pas ma lune de miel à réviser mes ASPICs !

-Ah ! Au moins une bonne chose ! S'exclama Hermione, radieuse. Merci Drago !

Elle se ficha complétement du regard mauvais qu'Harry coulait vers elle. Du coup le brun se replongea dans l'article.

-C'est moi ou… Mr Winters essaye de faire retomber toute la faute sur mon mariage ?

-Complétement, approuva Hermione en reprenant un air grave. C'est même plus que cela. Il essaye de te décrédibiliser Harry.

-Mais pourquoi ? Je ne lui ai rien fait ! S'agaça t'il en voyant que le directeur avait déballé aux médias le fait qu'il ne s'était toujours pas inscrit aux formations d'Auror.

Il n'y avait rien d'autre qu'insinué que soit il comptait sur sa notoriété pour s'inscrire après la clôture, soit qu'il n'avait pas l'intention de prendre ses responsabilités. Quelles responsabilités ?!

-C'est politique, intervint Neville en le voyant fulminer sur place. Il est plus facile de pointer du doigt quelqu'un que d'avouer leur incompétence quant à nous garder en sécurité des mangemorts qui sont en fuite.

-J'ai bien peur que l'on ait un véritable problème de communication à ton sujet Harry. Comme tu as plus ou moins filé après ta victoire, personne ne sait ce que tu as l'intention de faire et Mr Winters n'est que le premier qui se sert de ce vide pour se servir de toi…

Elle ne put aller plus loin car Harry avait bondi de son siège comme si ce dernier venait de le mordre.

-MERDE ! Hermione TU SAIS ! TU SAIS ce qu'il s'est passé et pourquoi je n'avais aucune envie de faire face à ses vautours ! Et cette politique à la con. Je hais les politiciens !

Face à son éclat de colère Pattenrond partit se cacher dans le filet à bagage et Patmol II se recroquevilla dans un coin. Neville le fixait avec stupeur tandis que Luna se contenta juste d'apaiser Royal avec des caresses.

Hermione le regarda avec gravité, hochant légèrement de la tête.

-Je sais Harry. Mais tu ne peux plus te contenter de les ignorer s'ils te jettent de la boue. En faisant cela, à la place d'y voir une réaction raisonnable, ils trouveront le moyen de te voir comme un enfant boudeur et cela te décrédibilisera encore plus… Il faut que nous prenions le contrôle de ton image publique. Il faut que nous organisions une conférence de presse.

-QUOI ?! NON ! Je ne participerais pas à ces spectacles de foires que donnent les gradés du Ministère ! Et certainement pas pour justifier mes choix de vies ! Je ne dois pas aux sorciers des explications comme s'ils étaient tous mes parents ! Et quels parents merdiques ils sont d'ailleurs !

-Je crois savoir ce à quoi pense Hermione, intervint doucement Neville cherchant à se montrer le plus diplomate possible : elle veut essayer de les prendre à leurs jeux. De renverser la tendance et de faire qu'à terme, tu sois plus libre vis-à-vis de tes actes.

Harry les regarda tous les deux d'un air méfiant.

-Comment ça ?

-Eh bien pour le moment le Ministère joue avec ta mauvaise communication, mais à partir du moment où nous donnons aux sorciers ce qu'ils veulent, et de façon éloquente et persuasive, ils risquent d'être moins apte à te demander des explications qui risqueraient de faire tourner la vindicte dans leur direction…

Hermione prit larelève en le voyant inquiet :

-J'écrirais tous tes textes Harry. Ne t'en fait pas. La plupart des hommes politiques n'écrivent pas leurs discours eux-mêmes. Il faudra juste que tu te prépares aux questions et à la façon de les gérer.

-C'est le plus dur, marmonna Neville.

Désespéré, Harry frotta nerveusement ses cheveux en arrière en gémissant.

Puis, fermant les yeux, il se sentit remonter le temps, revenir à ce moment fatidique de la victoire. Comme il l'avait déjà dit à Drago, il avait rapidement perdu le contrôle des évènements…

-o-O-o-O-o-

Après avoir réparé sa baguette, Harry n'avait eu qu'une envie : rejoindre en catimini son dortoir et dormir jusqu'au lendemain, persuadé que ce serait toujours autant la folie dans la Grande Salle quand il se réveillerait. Il pensait aussi vaguement qu'il allait devoir raconter ce qu'il s'était passé, mais surtout qu'il devrait s'empresser de replacer la Baguette de Sureau dans la tombe de Dumbledore.

Ses plans furent cependant ajournés par rien moins d'autres qu'un grand groupe de sorciers portant l'insigne du Ministère qui pénétra par les grandes portes détruites.

Harry fronça les sourcils en reconnaissant l'habillement des Aurors et des Tireurs de Baguette d'Elite et il se demanda alors ce qu'ils faisaient ici après avoir joué les abonnés absents durant toute la Bataille.

Il réalisa qu'il n'était pas assez fatigué pour ne pas ressentir de la colère et les suivit discrètement, toujours sous sa cape d'invisibilité. Peut-être que Kingsley, élu Ministre à titre provisoire, les avait fait appeler pour aider à remettre un peu d'ordre ou pour conduire les blessés à Ste Mangouste.

Mais dans la grande salle, quid de Kingsley, les agents du Ministère se mirent à parquer les combattants dans un coin et lorsque l'un d'eux remarqua les Malefoy qui se tenaient dans un coin, tout un groupe se jeta sur eux comme la pauvreté sur le monde.

C'en était finit de l'ambiance de victoire, de la joie et de l'euphorie, ne régnait alors plus que la confusion pendant que le professeur McGonagall, épuisée au-delà du possible, se portait à eux pour savoir ce qu'ils faisaient là.

Celui qui semblait être le chef, la coupa d'un geste de la main :

-Inutile d'en dire plus. C'est pourquoi nous allons vous interroger : Nous devons savoir ce qu'il s'est passé ici…

Harry craqua et retira brusquement sa cape :

-VOUS LE SAURIEZ SI SEULEMENT VOUS AVIEZ ETE LA !

Tous les regards se retournèrent vers lui, provoquant un brusque apaisement que Harry était cependant loin de ressentir, même si les Aurors ne lui semblaient pas hostiles du tout. Certains même lui souriaient en le fixant avec un rien de vénération.

Le chef s'avança vers lui et ôta son chapeau :

-Avant tout, sachez que si tout ce que l'on a entendu est vrai alors nous vous sommes reconnaissants. Vous avez accompli ce que personne d'autres n'a réussi. Et nous aurions vraiment voulu être à vos côtés, mais nous sommes avant tout aux ordres du Ministère… Et le Ministère était… Presque tous, moi y compris, étions sous imperium. C'est une disgrâce et je ne vous cache pas que mes jours sont probablement compté à mon poste… Et même si ce n'est pas le cas, j'envisage de démissionner. Et c'est dans la même optique, pour tirer toute cette affaire au clair, que nous devons recueillir les souvenirs de tout le monde. Ministère, Poudlard, Gazette du Sorcier, Ste Mangouste. Tout le monde doit être interrogé. Même vous Mr Potter.

Harry se tendit visiblement, cherchant dans les yeux du sorcier face à lui une vérité que ses mots ne pouvaient révéler.

-Où est Kingsley ? C'est lui le Ministre.

-Au Ministère. Nous ne faisons qu'exécuter les ordres. Il y a un protocole à suivre.

Il dû sentir qu'Harry était des plus réticents car il s'approcha et vint poser une de ses larges mains pesantes sur son épaule. Une erreur tactique puisque loin de rassurer Harry, cela le crispa un peu plus. L'homme avait pénétré son espace vital et le jeune homme fixa la main envahissante d'un regard noir avant de revenir sur le visage de l'homme.

-Votre travail est fini Mr Potter, prononça ce dernier. Laissez le Ministère faire ce qu'il doit faire.

Cette phrase tomba au fond de l'estomac d'Harry comme une pierre. Sa magie pourtant bien épuisée par l'affrontement final émit un sursaut de révolte et l'Auror retira sa main avec un frisson, comme électrocuté.

Comme si ça ne suffisait pas, c'est le moment que choisi certains de ses hommes pour trainer les Malefoy vers la sortie de la pièce. Harry regarda avec horreur un Lucius déjà en partie achevé être enchainé et tiré comme un animal dangereux, sous les protestations de Drago qui se retrouva crocheté par un sorcier alors qu'il était pourtant désarmé. Narcissa vint attraper l'épaule de son fils d'un geste protecteur et montra qu'elle n'avait pas l'intention de résister. Les hommes les poussèrent à la suite et le regard de la femme à qui il devait la vie, à qui ils devaient tous leur victoire, rencontra le sien, d'un bleu magnifique qui exprimait toute la peur qu'elle ressentait pour les siens.

UN SOS silencieux lancé par-dessus la distance et la différence qu'il y avait entre eux.

-Que font-ils ? Où les emmènent-ils ? Exigea-t-il de savoir.

-Ce sont des mangemorts, répliqua sèchement l'homme. Ils vont connaitre à leur tour les cachots du Ministère.

-Attendez, ils sont différents ! Vous ne pouvez pas les traiter comme les autres !

-Que…

-J'ai des choses à dire ! Je veux voir Kingsley ! SUR LE CHAMP !

-o-O-o-O-o-

-COMMENT PEUX-TU LES LAISSER FAIRE CA ?! Hurlait à présent Harry dans le bureau du Ministre. Comment peux-tu les laisser venir avec leurs grands sabots semer la panique, arrêter des gens, maintenant que le danger est écarté et que leurs petits culs de fonctionnaires sont hors de danger ?! C'est eux qui devraient finir en prison tiens ! Se rouler les pouces, laisser des ados se faire tuer à leur place et se pointer pour dire que c'est bon, c'est fini et maintenant fermez vos gueules et mettez-vous sur le côté pendant qu'on fait les beaux en arrêtant tout le monde ! Putain c'est trop facile !

Kingsley, face à lui, avait les yeux fermé, semblant rechercher au plus profond de lui-même la force de rester calme.

-TU SAIS QUI J'AI VU EN ARRIVANT ICI, LIBRE DE TOUTE ENTRAVE ?! DOLORES OMBRAGE ! Continuait Harry. S'il y a bien quelqu'un qui mérite d'être traitée comme une criminelle, c'est bien elle !

-Harry…

-Et…

-HARRY !

Le brun se tu avec un reniflement mécontent. Kingsley croisa les mains sur son bureau et continua avec un ton apaisant :

-Je sais ce que tu ressens.

-Non, tu n'en sais rien. Je me sens trahi. Je pensais que tu serais différent.

-Je ne suis pas un monarque tout puissant. Je ne gouverne pas tout seul. Et il y a des lois contre lesquelles je ne peux pas me dresser au risque d'être remplacé par quelqu'un d'autre de moins légitime, pour peu que j'aie moi-même une quelconque légitimité… Les Malefoy ont été une figure de proue du règne de Voldemort durant les deux guerres, personne ne peut dire qu'ils sont innocents… Et s'ils ont des circonstances atténuantes, eh bien cela se règlera en procès. En attendant, je ne peux pas les libérer.

Harry s'agita, secoué d'une énergie issue de sa colère et de son impuissance. Il regardait autour de lui, cherchant une solution qui n'existait pourtant pas.

-Sans Narcissa Malefoy, nous serions tous six pieds sous terre à l'heure actuelle, craqua t'il. C'est la traiter comme ça qui est criminel.

-Si c'est le cas, Harry, son procès la lavera de tout soupçon et elle recevra une indemnité pour son séjour en prison. Elle pourra peut-être même l'échanger contre une mention de clémence pour son fils.

-C'est vrai ? Demanda faiblement Harry, le soulagement se disputant soudain à la culpabilité.

-Oui. Sachant cela je pense qu'elle affrontera avec courage son incarcération.

-Sans doute… Mais…

-Quant au problème de Ombrage, c'est que comme un nombre très important d'employés du Ministère, elle plaide à l'imperium…

-Tss, imperium, tu parles. Cette sadique n'en avait pas besoin !

-Si j'étais toi Harry, je ne m'en ferais pas. Tout à l'heure on a libéré tous les prisonniers de Voldemort. Parmi eux se trouve un juge qui a échappé de peu à l'exécution. Son nom est Robert Winters et il a encore plus d'intérêt que toi à poursuivre et démasquer les véritables partisans de Voldemort. Actuellement il est à Ste Mangouste pour se remettre des tortures qu'on lui a infligé, mais je peux t'assurer qu'il commencera les interrogatoires dès qu'il en sera capable… Et que Dolores Ombrage, imperium ou pas, paiera.

Harry ne répondit pas, voyageant d'un regard sombre sur la décoration du bureau. Puis :

-Je ne comprends pas. Ce sont tous des adultes, avec un niveau certain de magie… Comment ont-ils pu ne rien voir… Ne rien comprendre ? N'êtes-vous pas censé être plus sages que nous ? Plus intelligents ? Pourquoi ne sont-ils pas venus nous aider à Poudlard ?

Kingsley poussa un soupir.

-C'est compliqué…

-Les adultes ont toujours été une déception, le coupa Harry. Toute ma vie je les ai vus mentir, fuir, se cacher les yeux et bomber le torse. Ne me demandez pas d'avoir confiance, parce que je n'ai pas confiance en eux.

-o-O-o-O-o-

Le Poudlard Express fut secoué par un cahot et Harry laissa ses souvenirs amers s'enfuir, d'autant plus que quelqu'un jura derrière la porte, ayant apparemment subit la secousse plus fortement qu'eux.

Par le lien, Harry savait qu'il s'agissait de Drago et d'Evangeline et son époux frappa à leur porte.

-Nous reparlerons de ça plus tard, ok ? Fit-il à ses amis avant de se lever pour ouvrir au blond.

Ce dernier ouvrit la bouche pour dire quelque chose mais Harry lui grilla la priorité :

-Combien de temps pensais-tu que mettrait l'information de l'attaque à venir à mes oreilles ?

Drago fixa un instant le sol dans un semblant d'air repentant, mais releva vite la tête.

-Je ne voulais pas que tu te prennes la tête avec ça. Ou regrette. Ou je ne sais quoi d'autre de gryffondoresque.

Harry l'obligea à s'écarter pour passer, caressant doucement au passage la chevelure de sa fille qui tourna la tête vers lui.

-Ne fait plus jamais ça, compris ? Lui répondit-il un peu brusquement avant de remonter le couloir en sens inverse de la marche.

Drago le regarda s'éloigner, les sourcils crispés face à cette énigme ambulante qu'il pouvait être.

-La réponse normale aurait dû être « Merci de prendre soin de moi », non ? Commenta-t-il au reste du wagon.

Neville haussa vaguement des épaules en se tournant vers la fenêtre, n'ayant guère envie de communiquer avec lui. Luna émit pour sa part un petit son songeur.

-Harry déteste qu'on lui cache des choses, expliqua finalement Hermione. Tout le monde le lui a fait ces dix-huit dernières années. Soit disant pour « son bien ». Mais ça a toujours eu pour résultat le contraire.

A cela, Drago ne put qu'hocher de la tête.

-Si tu penses qu'il t'en veut… Continua la brunette mais il l'arrêta d'un geste de la main.

-Je sais qu'il ne m'en veut pas. (Il dévêtit son poignet pour montrer ses serments). Tu es peut être celle qui le connait le mieux, pour l'instant, mais je suis la personne la mieux placée désormais pour savoir ce qu'Harry pense de moi.

Hermione accepta la défaite avec un petit sourire amusé, mais le blond continua sur sa lancée en la fusillant du regard :

-Je ne suis pas le seul préfet en chef dans ce train, alors j'aimerais que tu bouges un peu tes fesses pour faire ton boulot ! Evangeline est lourde et je n'ai aucune autorité ou charisme quand je la porte !

-Oui, oui, oui, j'allais y aller ! Chercha-t-elle à l'apaiser en se faisant la réflexion, in petto, qu'il n'était effectivement pas crédible pour une noise dans son rôle de papa koala.

-o-O-o-O-o-

Harry se laissa tomber sur son lit, observant un instant leur dortoir alors que tout autour de lui les garçons s'activaient à remettre leur bordel en place. C'était tout un art… Une façon de marquer leur territoire. Ce ne serait pas LEUR dortoir s'il n'y avait pas les magazines de foot de Dean éparpillés un peu partout, les plantes de Neville squattant toutes les lumières, les photos pornos de Seamus cachées dans les anfractuosités, les goodies des Canons de Chudley installés comme des trophées et désormais les affaires de Evangeline se mêlant à toutes les autres, tel un biberon abandonné sur la table de chevet de l'un d'eux, une tétine trainant entre deux figurines de joueurs aux uniformes oranges, des couches en tissu séchant près du poêle avec des chaussettes…

Au bout d'un moment, Seamus s'installa sur son lit, embrassant d'un regard la pièce d'un air hautement satisfait.

Harry émit alors un « hum » contrarié.

L'entendant, Neville laissa tomber son sac de cours encore vide sur son lit pour sauter d'un bond à côté d'Harry, curieux.

-Il y a un problème ?

Ron tourna à son tour la tête vers eux, un bref instant, et tenta ensuite de ne pas avoir l'air trop attentif alors qu'il remplissait le tiroir de sa commode de nuit.

-Rien d'important, les rassura Harry, pas dupe. Je crois que c'est parce que j'ai jamais été lié avec une maison par la magie que la sensation est différente maintenant. C'est… Comment dire… Toutes ces années je me sentais comme étant vraiment chez moi ici, et peut être que tous les orphelins lient sans le savoir un petit lien avec Poudlard… Mais je crois qu'il s'est brisé… C'est vraiment, vraiment bizarre de dire ça, mais je me sens moins aimé qu'à Lost Wood. Moins confortable. Moins protégé. C'est comme si ma maison m'appelait… C'est normal ?

Neville lui adressa un sourire gentiment moqueur avant de lui répondre :

-C'est pas la maison qui te fait ressentir ça Harry, c'est ta Magie de Famille. Elle n'avait jamais dû être activée avant que tu ne prennes possession de Lost Wood parce que tu ne l'avais pas ancrée dans un foyer. C'est elle qui a pris possession de ta maison, et oui, elle t'appelle, parce que tu ne seras jamais plus en sécurité que chez toi. Pourquoi crois-tu que certains sorciers de première année ont du mal durant leurs premiers jours ici et en viennent même à pleurer ? Je me souviens que c'était vraiment difficile pour moi et que je ne voulais qu'une seule chose, c'était rentrer à la maison !

-Mais Ron n'a pas eu l'air de ressentir ça ? Non ? S'étonna Harry en se tournant vers le rouquin.

-C'est parce que j'avais trois frères à Poudlard avec moi. C'est moins fort comme sensation quand tu as déjà de la famille, parce qu'on s'ancre les uns aux autres.

-Oui et puis, c'est pour ça qu'existe les maisons de Poudlard, ajouta Neville.

-Ah oui ? Firent Harry et Ron en chœur.

-Je parie que vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi on appelait ça des « Maisons ».

-Laisse-moi deviner, c'est dans l'Histoire de Poudlard ? Ironisa Ron.

Les trois garçons restèrent silencieux un moment en fixant l'entrée du dortoir comme si la seule évocation de sa Bible pouvait faire apparaitre Hermione.

-Les Maisons sont là pour se substituer un peu à la Magie de Famille, reprit Neville quand il devint évident que la brunette n'allait pas surgir pour tout leur expliquer. Quand on est réparti, un lien se crée entre nous, tous les autres gryffondors et l'intérieur de nos appartements. C'est pour ça que généralement on se sent mieux ici que dans les couloirs du château.

-Bein ça alors… Je m'étais vraiment pas posé la question, réagit Harry. Mais ça m'apparait logique en y repensant. Après tout le système de maison, s'il est juste motivé par la concurrence, ne semble pas très sain. En fait, j'ai souvent regretté cette séparation forcée avec les autres trois quart des élèves… Parce que quoi qu'on en dise, on ne peut pas vraiment être amis de la même façon, et aussi proche, lorsque l'on ne vit pas dans le même dortoir. Et… Du coup, ça t'a mis combien de temps pour ne plus te sentir bizarre ?

-Ne t'en fais pas Harry, ça devrait passer vite. Ta famille est ici avec toi après tout !

Le brun émit un son de gorge dubitatif, se demandant s'il se sentirait moins perdu dans la salle commune de Serpentard avec Drago et Evy… Mais ce ne serait certainement pas le cas.

Décidant de se secouer, il sauta de son lit pour imiter ses camarades en déballant ses affaires habituelles avant de préparer son sac de cours pour le lendemain.

*Hum… Défense et Sortilège… J'ai bien mes rédactions… Oui, elles sont là… Je me demande si Rogue a prévu de la pratique ? Et Sortilège… Préparation aux sorts collectifs… Hum on va attaquer du lourd là…*

Il était si pris dans ses pensées qu'il remarqua à peine Nigel qui passa une tête par la porte, cherchant quelqu'un du regard.

-EH ! HARRY !

Se redressant, Harry se pencha en arrière pour voir au-delà du poêle central la frimousse qui commençait à perdre peu à peu ses rondeurs.

-Je suis là, s'annonça-t-il.

-Ya ton mari à la porte. Et ta fille.

Harry mis au moins deux seconde pour comprendre de qui Nigel parlait, et fit une moue boudeuse.

-Ne l'appelle pas comme ça… Gémit-il.

-Comment tu veux qu'on l'appelle maintenant ? « Le chéri de Harry » ? Fit Seamus à mi-voix avec un grand sourire.

Harry prit le temps d'attraper un de ses coussins au passage pour le lui envoyer en pleine figure, avant de quitter la pièce avec le plus de dignité possible. Dans les escaliers il eut alors le temps de se demander ce qui avait bien pu se passer pour que Drago veuille le voir, mais la réponse lui arriva sous forme de pleurs ininterrompus lorsque le tableau de la grosse dame pivota.

-Harry ! Couina Drago avec un air désespéré avant de lui mettre leur fille dans les bras et de la fixer comme s'il s'attendait à ce qu'un feu d'artifice lui sorte soudain de la bouche.

Mais bien évidemment rien de tel ne se passa, Harry, l'air un rien blasé, se retrouvait juste avec une Evangeline s'égosillant désormais dans ses bras.

-Zut, je pensais que ça marcherait… Lâcha avec contrariété Drago.

Harry se mit à bercer machinalement Evy' dans ses bras mais cette dernière ne semblait pas très réceptive, c'est presque si cela ne fit qu'augmenter le volume de ses pleurs.

-Eh bien ma puce, qu'est-ce que tu as ?

La seule réponse fut ses petits bras venant essayer de cacher son visage.

-Je me le demande bien, répondit à sa place Drago. Elle refuse le biberon, la tétine, même son doudou elle l'a envoyé dans la figure de Blaise…

Harry la porta vers son visage et posa sa joue contre son front, l'air inquiet.

-Elle est chaude. Plus chaude que d'habitude. Je me demande si elle n'a pas un peu de fièvre.

-Tu penses qu'elle est malade ?

Drago ouvrit de grands yeux gris affolés, et connaissant le passif du jeune homme avec les maladies, Harry ne put retenir un rapide sourire.

-Je ne pense pas qu'il faille sonner l'alarme et l'apporter à Ste Mangouste. On devrait déjà la faire examiner par Mrs Pomfresh.

Ainsi dit, ils partirent en direction de l'infirmerie en allongeant leurs pas, peu ravis de déambuler à des heures si tardives dans des couloirs résonnant des cris d'Evangeline. Ils furent ainsi très rapidement suivis de Miss Teigne qui miaulait derrière eux d'un air ravi qui ne semblait signifier que « Vous allez vous faire prendre par mon maître nananinanère ! ».

Les chats ne comprenaient pas des choses comme « majorité ». Rusard si, manifestement, car après avoir surgi du coin d'un mur avec un air extatique, il était reparti aussi sec, dégoûté.

Il fallait noter que Peeves n'avait essayé qu'une seule fois de les embêter en présence d'Evangeline et que depuis il la fuyait comme la peste. Trop de bruit pour une si petite chose.

-Tiens, tu ne voudrais pas faire concierge comme métier ? Ça a l'air si épanouissant, railla Drago alors qu'ils arrivaient enfin devant les portes désirées.

Le brun lui jeta un regard de travers. Depuis leur discussion d'hier, Drago ne cessait de lancer des idées de métier stupides à Harry, et ce dernier n'était pas vraiment certain du dessein caché derrière cela. Soit il était vraiment sincère, et alors il était complétement con, soit il se moquait de lui, et là aussi il était complétement con. Soit il espérait saouler assez Harry pour qu'il décide de devenir Auror comme tout le monde le voulait… Et là aussi il était un con.

Comme au final toutes les hypothèses avaient la même conséquence, Harry ne s'éternisait pas sur ses raisons.

-Ha ha.

Drago fit sa moue d'innocence et il décida de l'ignorer, poussant le battant pour envahir la grande salle d'auscultation. Deux lits étaient occupés, les rideaux tirés, et Harry trouva assez étrange d'être là sans risquer d'atterrir sur l'un de ces matelas inconfortables. Il était rarement visiteur, même s'il l'avait été la fois où Hermione avait été pétrifiée, puis celle où Ron avait été empoisonné… et deux ou trois fois quand Neville se renversait quelque chose dessus en potion.

Ils n'eurent même pas besoin d'aller chercher Madame Pomfresh dans son bureau puisque les pleurs de leur bébé eurent vite fait de la prévenir de qui était là et pourquoi.

-Allons allons, que se passe t'il maintenant ? S'inquiéta-t-elle en les poussant dans un coin pour les éloigner de ses autres patients.

Harry lui reporta les symptômes découverts et l'infirmière se mit à faire des diagnostiques avant de froncer des sourcils et passer un doigt dans la bouche de la petite fille.

Brusquement, celle-ci cessa ses pleurs, se détendant visiblement dans les bras d'Harry.

-Qu'est-ce que vous avez fait ? Demanda Drago, stupéfait.

-Je masse sa gencive… Est-ce que l'un d'entre vous a ouvert les livres que Miss Granger a commandées ?

Les deux jeunes hommes se regardèrent d'un air embêtés.

-Bein vous savez avec les ASPICs…

-Mouaif…

Madame Pomfresh ne semblait pas convaincue, mais continua néanmoins :

-J'ai bien peur qu'il n'y ait rien à faire. Ses dents sont en train de pousser. C'est douloureux, alors elle le fait savoir en pleurant. C'est la seule chose qu'elle peut faire pour exprimer sa frustration. Sinon je vous rassure, elle n'a pas de fièvre.

Si Harry poussa un profond soupir de soulagement, Drago regardait toujours sa fille avec inquiétude :

-Comment ça, il n'y a rien à faire ? Vous voulez que je laisse ma fille souffrir sans rien faire ? Vous croyez vraiment que MES parents m'aient laissé à son âge dans une telle détresse ? Je veux que vous me donniez un sort ou une potion…

-Tout ne se résous pas par la magie Mr Black. Vous devriez posséder – et je suis sûre que c'est le cas connaissant Miss Granger et Mrs Weasley, ce que l'on appelle un anneau de dentition.

-Un… Quoi ?

-Ca a généralement la forme d'un gros anneau, peut-être en caoutchouc ou en bois, certains anneaux moldus sont aussi en plastique. On le donne à l'enfant pour qu'il puisse le mâchouiller à son aise, et ainsi soulager ses gencives.

Drago devait sans doute passer dans sa tête la tonne d'objets qu'ils possédaient pour une aussi petite chose.

-J'espère qu'on l'a pas laissé à Lost Wood… Marmonna Harry d'un air funèbre.

-Non, on a TOUT pris, répliqua Drago.

-Comment tu le sais ? C'est pas comme si on avait fouillé au plus profond des placards. On s'est jamais servi de ce truc, pourquoi on l'aurait pris ?

-Je te dis qu'on a tout pris.

-Je me souviens plus si c'est toi ou moi qui a fait ses sacs…

-Nous deux. Et…

Madame Pomfresh observa les deux jeunes hommes en retenant en partie son hilarité. Ils étaient en train de se disputer sur des broutilles domestiques, tout à fait comme un jeune couple qui vient de s'installer. Juste l'idée que Drago Malefoy ait pu trainer dans une chambre d'enfant en enfournant tout ce qu'il trouvait dans des sacoches était presque irréel. Et pourtant…

-C'est pour ça que c'est aussi mal rangé ! S'indigna Harry.

-Dis celui qui laisse trainer tout partout !

-Ce n'est pas vrai. Je fais ça que dans ma chambre…

-Et la salle de bain.

Harry fit la moue, boudant.

-Je vois pas pourquoi ça t'embête, ce n'est pas la tienne.

-J'y mets quand même les pieds puisque c'est la plus proche de la nurserie !

-La la laaa les garçons, s'interposa Madame Pomfresh en se mettant entre eux. Je ne saurais que vous suggérer d'aller chercher cet anneau de dentition. Ce serait plus constructif que d'hurler dans mon infirmerie, vous ne pensez pas ? Et si malgré cela elle continue à pleurer, je songerais à vous faire un complément pour ses biberons. Heureux ?

Les deux jeunes hommes prirent un air penaud et Harry s'excusa avant de la remercier et de trainer Drago jusqu'au passage de la salle commune des Serpentard.

-Tu ne comptes pas venir avec moi quand même ? S'indigna le blond.

-Oh, pitié, souffla Harry d'un air exaspéré. Je sais très bien ce qu'il y a derrière ce mur. En plus tu n'arrêtes pas de dire que je suis un serpentard refoulé !

Il désigna sa cravate vert et argent en faisant les gros yeux.

-D'ailleurs j'attends toujours que tu me rendes la mienne !

Drago fit la sourde oreille, ce qui ne fut pas très compliqué puisque Evangeline recommença à pleurnicher. Il marmonna alors son mot de passe et ils descendirent les escaliers jusqu'à la grande salle souterraine. Harry se permit de détailler avec plus d'attention les décorations de serpents dans la pierre, tandis que son époux recevait sa part de récriminations à avoir ramené un bébé bruyant sans avoir arrangé quoique ce soit.

-On y travaille ! Râla t'il à Blaise avant d'attirer Harry derrière lui dans un réseau de couloir sinueux.

Des portes en bois noir crevaient les murs à distances égales, séparées de chandelier muraux. Tournant la tête, Harry découvrit que la première porte portait le nom du directeur de la maison et que cela devait être certainement les appartements privés du professeur Rogue.

Drago pénétra quant à lui dans la pièce y faisant face, et Harry découvrit une chambre individuelle de taille plus que correcte, quoique manquant dramatiquement de fenêtre. Tout une partie de l'espace était occupée par le petit lit à barreau d'Evy, son landau et par tous ses bagages en partie déballés.

-Bon… Fit Drago en se plantant devant le tas avec un air de quelqu'un s'apprêtant à devoir construire une pyramide en solitaire. Quel dommage que le sort d'accio ne marche que si l'on a une image mentale de l'objet…

-Il va falloir tout ouvrir… Approuva Harry en déposant Evangeline dans son lit.

Et ainsi commença le grand déballage. Assis en tailleur sur le tapis qui recouvrait les dalles froides du sol, éclairé par la cheminée et quelques orbes de lumos flottant autour d'eux, ils passaient en revue les objets contenus dans les malles. Littéralement épuisée, Evangeline finit par rendre les armes trente minutes plus tard et s'endormit en les laissant dans une douce quiétude juste brisée par le craquement des buches.

-Au fait Drago, on a discuté de mon problème d'orientation hier, mais toi ? Qu'est-ce que tu veux faire ? S'enquit finalement Harry en repliant une petite couverture qu'il posa à côté de lui.

Le serpentard le regarda rapidement avant de replonger sur son travail, mettant de côté une série de livres colorés.

-C'est pas vraiment une idée précise. Mais d'une façon ou d'une autre, je voudrais laver le nom des Malefoy. Faire en sorte de nous tirer de cette image de mangemort diabolique… Et pour ça je voudrais faire quelque chose de très différent de mes prédécesseurs… De toute façon il m'est interdit de travailler pour le Ministère, et même pour tout ce qui a un rapport avec, proche ou lointain… Et d'ailleurs… Qui voudrait m'embaucher actuellement ? Alors je suppose qu'il ne me reste plus qu'à créer mon propre travail.

-C'est… Louable. Je trouve.

Harry se figea un instant, perdu dans ses pensées.

-Qu'il y a-t-il ? Demanda Drago en se rapprochant légèrement.

-Juste… Tu m'en veux de ne pas vouloir devenir auror ? Fit-il, assez curieux de sa réponse.

Celle-ci vint d'abord sous la forme d'une pichenette qui vint heurter son front. Le gryffondor émit un son de protestation avant que le blond ne l'attrape par la nuque pour l'attirer vers son visage. Il se retrouva alors yeux dans les yeux avec lui.

-Ne deviens pas auror. C'est inutilement dangereux et tu as assez donné avec ça. Mais… Tu as du pouvoir Harry. Un pouvoir que je ne peux plus avoir. Je ne te parle pas de magie, mais d'influence. Alors tu devrais t'en saisir et t'en servir.

-Hermione veut que je fasse une conférence de presse lorsque nous nous serons décidés.

-Hermione a raison. Ne lui dis pas que j'ai dit ça, rajouta t'il précipitamment devant son sourire moqueur avant de continuer : Et je… Je n'aurais pas dû te cacher l'attaque au chemin de Traverse, mais…

-… Tu voulais m'épargner, j'ai compris. Mais…

-Il ne s'agit pas que de cela. Je me sens… Responsable. Car tout cela ne serait pas arrivé si tu avais épousé quelqu'un d'autre… S'il y avait un peu de justice en ce monde, je devrais être le seul à souffrir…

-Idiot, maugréa Harry en attrapant à son tour sa nuque pour le maintenir contre lui. On est marié maintenant. On affronte tout ensemble. Ok ?

Le regard de Drago s'adoucit instantanément, redevenant de calmes lacs d'argent.

Puis sans même qu'il ne soit question de matin ou de soir, leurs bouches se retrouvèrent pour se gouter lentement et des mains glissèrent sur les corps voisins comme pour s'imprégner de leur essence profonde.

Finalement Drago profita de la distraction d'Harry pour le faire basculer à terre, le suivant dans le mouvement pour le recouvrir de son corps. Ce dernier émit un murmure de désapprobation qui ressemblait à « Je sais ce que tu essaies de faire ».

-Et on est très bien comme ça, laissa échapper Drago entre deux baisers, comme s'il essayait de l'anesthésier avec ses lèvres.

Harry tourna la tête pour l'empêcher de lui brouiller les idées, mais la pluie de baiser qu'il faisait tomber sur son cou était tout aussi follement distrayante.

-Oh ! Fit-il cependant en repoussant le blond d'une main et en tendant l'autre vers le dessous de l'armoire.

Drago suivit son geste et aperçut à son tour l'épais anneau coloré à la surface bosselée qui avait glissé sous le meuble.

Voilà qu'ils étaient tous les deux sauvés.

Enfin… Relativement.

-o-O-o-O-o-

Le lendemain sonnait la reprise des cours pour le dernier trimestre. Pour les serpentards et les gryffondors, cela commençait avec une matinée entière de Defense contre les Forces du Mal menée par un professeur Rogue qui se fit un malin plaisir d'épingler les petits inconscients qui n'avaient rien révisés pendant les vacances.

Drago n'eut aucun problème à répondre à ses questions et à pratiquer ses sorts, et il aurait pu profiter de l'embarras de Ron Weasley qui était actuellement sous le regard assassin de son parrain, s'il n'avait eu d'autres sujets de préoccupations.

Il ne s'agissait pas d'Evangeline cette fois, qui mâchouillait avec passion son anneau de dentition dans sa poussette, mais bien évidemment de son mari. Etant de retour à Poudlard, ils avaient malheureusement retrouvé la distance imposée par leurs deux dortoirs respectifs et le règlement interdisant, mariage ou non, que deux élèves dorment dans le même lit. Il n'allait donc pas pouvoir énormément avancer dans son entreprise de dévergondage de gryffondor.

-Ce n'est juste pas le moment, approuva Blaise à mi-voix pour ne pas être trop grossièrement repéré (bien que Rogue faisait mine de ne pas les remarquer généralement). Réserve ça pour les grandes vacances.

-Je ne comprends pas pourquoi tu en fait toute une affaire, intervint quant à elle Pansy. Plaque-le contre un mur et vas-y. Une fois que ce sera fait, il sera content et se trouvera idiot.

Elle se reçut une taloche sur la tête de la part de Blaise.

-Eh !

-Pansy, ça, ça s'appelle un viol !

-Mais ils sont mariés !

-Quand bien même, murmura férocement Daphnée qui était assise à côté d'elle et la fusillait du regard. Un « non », ce n'est pas un « oui » ou un « peut-être » ou un « je fais ma modeste », c'est juste un « non ». Et un silence n'est pas un « oui » non plus.

La brune roula des yeux d'un air exaspéré.

-Moi si j'étais à sa place…

-Tu ne l'es pas Pans', râla Drago.

-Mais tu dis qu'il est attiré par toi, alors pourquoi ? Je ne comprends pas, ce n'est pas comme s'il te trouvait repoussant…

-Tout le monde ne voit pas la chose aussi simplement que toi, répondit Daphnée. Ce n'est pas forcement parce que tu es marié à un homme séduisant que tu accepteras de partager son lit…

Pansy la regarda comme si elle la trouvait folle :

-Il faudrait être bête pour ne pas en profiter !

-Non, cela dénote une prudence et une réserve dont tu es de toute évidence totalement dépourvue.

Drago se retourna un peu plus vers la blonde pour la contempler avec attention :

-Est-ce que tu peux développer ? La prudence, je comprends, il est clair qu'il n'a pas encore confiance en moi, mais pour le reste ?

Elle secoua légèrement la tête d'un air amusé :

-Ah Drago, Drago… Tout le monde n'est pas aussi facile à avoir que Pansy (celle-ci tiqua). Et Pott… Pardon Black, semble aimer les défis et l'adversité. Ce que je veux dire, c'est que tu n'as pas fait grand-chose pour l'obtenir puisque ce mariage était pour ainsi dire forcé. Je le soupçonne de vouloir un peu plus de ta part avant de pouvoir rendre les armes.

-Ca fait des MOIS que je le drague ! S'indigna-t-il.

-Eh bien , il va falloir faire mieux !

Drago poussa un gémissement en cachant son visage dans ses bras.

-Au moins, tu pourras te féliciter d'avoir mené une belle victoire.

-J'espère pour lui que le jeu en vaudra la chandelle, marmonna Pansy en scrutant Harry d'un air évaluateur.

Daphnée haussa des épaules avant de tourner la tête vers son meilleur ami qui semblait ailleurs depuis tout à l'heure.

Suivant la direction de son regard, elle eut un petit sourire navré en tombant sur Ronald Weasley qui murmurait frénétiquement quelque chose à Seamus Finnigan, avant de se figer comme un cerf pris dans des phares d'une voiture lorsque le professeur se retourna brusquement vers lui.

Se penchant vers l'avant sur sa table, elle s'approcha de l'oreille du grand black :

-Une mornille pour tes pensées.

-Je n'accepterais pas moins d'un galion, lâcha Blaise.

-C'est bien trop cher pour quelque chose que je sais déjà.

-Pourquoi demander alors ?

-Pour pouvoir me moquer de toi et de ton stupide béguin.

-Il rayonne Daphnée, tu ne vois pas ?

-Euuuh… Non. Définitivement non. A moins que tu ne parles de ses cheveux bien sûr…

-Il a de très beaux yeux.

-Ca, je veux bien te l'accorder. Mais toutes ces taches de rousseur… Est-ce vraiment nécessaire ?

-Je ne serais jamais intéressé par un canon de beauté.

-Ah bein merci, je suis quoi, moi ? Lui fit-elle remarquer en se rasseyant sur sa chaise, écartant une mèche de cheveux blonds de son épaule d'un geste coquet.

Il se détourna de son Ron pour venir prendre sa main et baiser le dos de celle-ci.

-Tu es magnifique. Et avant tout ma meilleure amie.

Il se tu alors parce que Drago avait cessé de se plaindre avec Pansy de tout ce qui n'allait pas dans sa vie. A savoir principalement le fait qu'il avait la vie sexuelle d'un moine depuis la naissance d'Evangeline.

La cloche n'allait de toute façon pas tarder à sonner la fin des cours du matin, et ils durent retourner à leurs carnets pour noter la montagne de devoir que leur laissait Rogue pour vendredi prochain.

Comme les deux maisons se dirigeaient ensemble vers la grande salle pour le repas de midi, Blaise voulut rappeler sa présence à son rouquin, d'autant plus qu'il avait l'excuse toute faite pour ça : demander des nouvelles de son frère !

-Ey ! Weasley ! Appela-t-il en courant vers lui.

Il passait alors entre des élèves, les frôlant à peine des bras, quand il fut stoppé par un cri de douleur. Tout le groupe s'arrêta alors pour fixer la jeune fille qui était étalée par terre, se tenant la jambe en gémissant.

-FAY ! S'exclama Ron en se précipitant à ses côtés. Ça va ? Tu as mal où ? Qu'est ce qui s'est passé ?

Il observa les alentours et s'arrêta un bref instant sur Blaise qui se tenait juste à côté, l'air impassible, bien qu'à l'intérieur, il était surtout interdit par la situation.

-Il m'a poussé… Lâcha brutalement la gryffondor d'une petite voix fluette. Je crois que je me suis foulée la cheville…

Blaise eut un grand vide de pensée un instant, totalement éberlué. Etait-ce lui ou cette petite chose qu'il n'avait même pas touché était en train de l'accuser ?

Apparemment si l'on en jugeait le regard furibond que lui lança Ron.

-Je ne l'ai pas touché, s'efforça-t-il d'annoncer d'une voix plate.

Autour d'eux se réunissaient les autres gryffondors, dont Harry qui le toisait avec suspicion, et Hermione qui portait, elle, un regard sombre sur Fay Dunbar. Ginny Weasley, l'air indéchiffrable, se contenta de rester à l'écart tout comme les serpentards.

-Elle dit que tu l'as poussé, répliqua Ron d'une voix cassante.

-Je ne vois pas pourquoi j'aurais fait ça.

-Il me déteste… J'ai bien vu comment il me regardait. Il me déteste parce que je suis avec toi Ron… Et que… Il te voudrait pour lui.

*Et là c'est l'estocade…* Songea amèrement Blaise en voyant les orbes bleu méditerranéenne se teinter d'une lueur accusatrice. *Je ne sous-estimerais plus jamais un gryffondor.*

Dire qu'il détestait cette Fay avant cet instant était complétement faux. Elle avait été un moustique nuisible à écarter, certes, mais il l'avait vraiment mal jugée. Elle n'avait pas la moindre intention de lui laisser Ron.

-Ne t'approches plus d'elle, cracha Ron en l'aidant à se lever, accompagné d'Harry qui prenait l'autre bras de la brune. Et ne t'approches plus de moi non plus ! Je te l'ai dit. Je ne veux avoir rien à faire avec toi !

Blaise prit sur lui, tachant d'ignorer les coups de poignards, pour garder contenance et sa fierté. Il ignora de même le regard noir d'Harry et les écouta se diriger vers l'infirmerie.

Les autres gryffondors s'éloignèrent alors avec forces murmures indignés et moues dégoutées. Et quand Hermione vint poser une main sur l'un de ses bras il émit un petit sursaut, comme s'il sortait enfin d'un sort de pétrification :

-Je n'ai pas…

-Je sais, le rassura Hermione. Ce n'est pas ton genre. Par contre je connais bien les tactiques d'écartement de Fay pour les avoir subies. Son truc c'est de jouer les victimes sans défense. Malheureusement, comme tu l'auras constaté, ça marche très bien sur les gryffondors. Par contre… Je ne savais pas que tu… Et Ron…

Il lui adressa un regard aussi éperdu que désolé.

-Je… Je ne t'en veux pas. Ce n'est pas moi qui vais te dire quoi que ce soit sur le fait de tomber sous le charme de Ron ! Je sais qu'il est… (elle leva les yeux au ciel avant de laisser tomber comme un aveu : )Très rassurant comme homme. Mais comme tu l'as vu aussi, il est horriblement sanguin sur certains sujets. Et il sait faire mal quand il le veut… Mais… Laisse-le réfléchir. OK ? Avant tout c'est quelqu'un de très honnête et de raisonnable.

Il hocha légèrement la tête devant son air inquiet.

-Ne t'en fait pas Granger, on prend la relève, intervint Daphnée en attrapant l'autre bras de Blaise.

La gryffondor lui fit un petit sourire d'excuse et le lâcha avant de se détourner pour rejoindre le réfectoire.

-Oh, et merci de ne pas être aussi aveugle que les autres, ajouta la blonde. Ça compte pour nous.

Hermione se retourna pour lui rendre son sourire. Daphnée posa sa tête contre le bras qu'elle tenait tout en suivant d'un regard rêveur la silhouette de la rouge et or qui s'éloignait.

-Une mornille pour tes pensées ? Fit Blaise, atone.

-Elle a vraiment une démarche d'homme.

-Et ?

-Je crois que j'aime bien ça.

-o-O-o-O-o-

Arrivés à l'infirmerie, les deux gryffondors aidèrent Fay à s'installer sur un des lits, prenant garde à ce qu'elle s'appuie le moins possible sur la cheville incriminée.

-Merci Harry, fit-elle en le lâchant avec un sourire de reconnaissance.

-C'est rien Fay.

-Qu'est-ce qu'il se passe ici ? Intervint Madame Pomfresh en obligeant le brun à se décaler.

-Je me suis foulée la cheville en tombant. J'ai très mal quand je m'appuie dessus.

-En tombant ? S'étonna l'infirmière en palpant ses deux jambes.

-Je suis un peu hyperlaxe au niveau des genoux. Ça m'arrive.

-Hmm… Et bien j'imagine qu'il vaut mieux que vous vous reposiez. Je vais vous administrer un anti inflammatoire.

Aussitôt dit elle était déjà repartie vers sa réserve de potion. A ce qu'ils pouvaient voir, l'infirmerie était presque pleine, occupée par ce qui semblait être un accident de potion chez les troisièmes années. Quelque chose qui ne serait jamais arrivé du temps où Rogue tenait ses classes, mais le professeur Slughorn était moins vigilant.

-Bon, je vais vous laisser, fit Harry qui semblait tout d'un coup se sentir de trop (peut-être parce que Fay avait attrapé la main de Ron et la caressait du pouce.). Fais attention à ta jambe Fay. N'oublies pas qu'il nous reste un match de Quidditch à jouer !

-Je ferais attention, promis.

-Encore merci Harry, et à tout à l'heure, ajouta Ron tant qu'il était à portée de voix.

-J'essaierais de te garder un peu de nourriture si les autres ont pas déjà tout mangé !

Ron le regarda passer les portes avant de reporter son attention sur sa petite amie. Elle semblait aller bien mais il ne pouvait s'empêcher de se sentir un peu coupable.

-Je suis désolée Fairy, c'est à cause de moi que tu as mal.

-Non. Tu ne dois pas penser ça. Ce n'est tout de même pas de ta faute si… Mais tu ne semblais pas très surpris. Tu savais qu'il… ?

-Ouais, ce jour-là, tu te souviens. Il me l'a dit sans aucun détour… (Il ne put s'empêcher de rougir un peu en repensant à leur baiser mais ne put tout simplement se résoudre à avouer ça), mais je lui ai bien dit que ce n'était pas possible.

-Oh… Fit simplement Fay en détournant le regard, fixant les plis des draps sur le lit.

-Tu m'en veux ?

-Je ne peux pas t'en vouloir pour quelque chose dont tu n'es pas responsable. Et puis maintenant… Les choses sont claires non ?

Elle lui sourit doucement en caressant sa joue et Ron se sentit fondre de bonheur, bien que derrière tout cela restait un fond de malaise.

Est-ce que les choses étaient vraiment claires ? Il n'avait pas du tout repensé à ce qu'il s'était passé durant l'entrainement des Canons de Chudley, considérant que le serpentard serait simplement passé à autre chose. Que c'était juste de l'esbroufe là-bas.

Mais il avait voulu venir vers lui.

Et son visage n'avait rien du tout montré durant tout le temps de l'altercation avec Fay. Aucune victoire. Aucun mépris. Aucune indignation. En réalité, Ron n'avait pas la moindre idée de ce que ressentait cet homme. Il ne le connaissait pas du tout.

C'était comme jouer sur un échiquier où les pions adverses étaient invisibles, et c'était probablement cela qui rendait Ron si mal à l'aise en présence de Blaise Zabini.

Une fois sûr que tout allait bien pour Fay, il quitta son chevet et prit le chemin de la Grande Salle. Il fut cependant arrêté bien avant par Ginny qui était adossée derrière les portes. Elle lui jeta un regard des plus suspicieux.

-Qu'est-ce que tu fais là ? Lui demanda-t-il sur la défensive.

-Mon frère ! C'était MON FRERE ! Commença-t-elle en continuant à le dévisager. Je pensais que Hermione était ma rivale, mais en fait c'était MON FRERE ! MON FRERE ET SA TETE D'IDIOT !

-Hé !

-Mais qu'est ce qui cloche avec les mecs ces temps-ci ?! Comment c'est arrivé ? Est-ce que c'est parce que je t'ai demandé de lui rendre son mouchoir ? Ah si j'avais su j'y serais allé moi-même !

Ron se rappela brusquement du mouchoir qu'il n'avait pas réussi à livrer et qui se trouvait toujours soigneusement plié dans le haut de sa commode et une nouvelle bouffée de malaise vint l'envahir. Il la combattit aussitôt avec un élan de colère.

-Je ne suis pas intéressé et ce mec est bizarre et tordu, oublie-le ! Lui ordonna t'il en espérant que ça la détournerait de ce projet insensé, mais elle balaya sa remarque d'un geste de la main qu'il suivit des yeux, indigné.

-Je peux savoir ce qu'il s'est passé entre Blaise et toi ? Attaqua-t-elle en se penchant vers lui.

-Tu écoutes aux portes maintenant ? L'accusa Ron, arborant son meilleur air courroucé en espérant que cela la découragerait d'obtenir des réponses.

C'était cependant mal connaitre sa petite sœur qui se contenta d'hausser les sourcils.

-Quand ça concerne mon frère, oui. Allez, crache le morceau.

Il poussa un immense soupir de désespoir et ce fut à lui de se résigner. Juste parce qu'il ne voulait pas qu'elle la harcèle pendant des heures.

-Tu te souviens du jour où il est venu à la boutique ?

-Evidemment. Ca ne s'est pas très bien passé pour moi. Greengrass a le don de me faire sortir de mes gonds… Alors depuis je me fais petite…

-Eh bien il m'a emmené à un entrainement des Canons de Chudley… Marmonna Ron de mauvais grés.

-Quoi ?! C'est ça que tu qualifie de « bizarre et de tordu » ?! Mais c'est adorable ! Supporter je ne sais pas combien d'heure l'équipe la plus nulle de la ligue juste pour toi… Tu es injuste et c'est vraiment donner de la confiture à un cochon !

-C'était bien… Mais ça ne change rien à la situation.

-Très bien, moi ça m'intéresse. Mais tu sais Ron, tu devrais réfléchir. Ce genre de chance n'arrive généralement qu'une fois. Il ne te tendra pas la main une deuxième fois. Ca ne semble pas être dans son genre.

Ron accueillit sa réflexion avec perplexité, avant de secouer violemment la tête pour s'ôter de telles pensées.

-Réfléchir ? Pourquoi je devrais réfléchir ?! Je suis avec Fay.

Le regard de sa sœur sur le moment eut le don de le figer sur place.

-Ron. Une relation amoureuse, ça ne doit pas être quelque chose que l'on traine derrière soi comme un boulet. Tu dois être avec Fay parce que tu l'aimes, pas parce que c'est ta petite amie.

-Mais je l'…

Ron ne put finir sa phrase car Ginny avait déjà tourné les talons.

-o-O-o-O-o-

Le soir même, Harry, Hermione et Neville prirent le chemin de la bibliothèque, les deux hommes se plaignant à qui mieux mieux de tous les devoirs que les professeurs s'entêtaient à leur donner.

-On a les ASPICs dans deux mois, comment Rogue et Flitwick ont pu nous donner autant de devoirs écrits ?

-Attends, te plains pas, le professeur Chourave nous a donné un tas de recherches à faire, riposta Neville.

-Oui, bein, hein, quelle idée de continuer la botanique !

-C'est très intéressant figure toi. D'un autre côté, c'est vrai que je n'ai pas votre projet de potion à réaliser.

-Ça c'était vraiment une idée stupide de ma part, approuva Harry en regrettant d'avoir continué les potions.

-Je croyais que Drago t'avais aidé à avancer ? Intervint Hermione. Tu m'as dit que tu avais avancé !

-Mais oui, panique pas Herm, j'ai vraiment avancé. J'ai dû revoir mes ambitions à la baisse, mais j'ai au moins un truc qui tient la route. Reste juste à éliminer les effets secondaires.

-Comment ça ?

-Eh bien, la potion donne une couleur bleue luminescente à tout ce qu'elle touche et pas moyen de revenir en arrière après ça. Laney était folle de rage après que j'ai définitivement ruiné un set de bol en porcelaine. Et mon chaudron a un tout nouveau revêtement qui brille dans le noir maintenant.

Les deux autres pouffèrent de ses déconvenues.

Ils se calmèrent néanmoins en arrivant dans la bibliothèque pour partir s'installer sur les tables au centre des rayons d'histoire de la magie.

Hermione partit alors s'emparer d'un énorme manuscrit qu'elle ouvrit à côté d'Harry, ce dernier la fixant d'un air un peu dubitatif.

-J'ai réfléchi toute la semaine à ce que tu m'as dit à ton mariage. Et comme tu le sais, la date limite des inscriptions au Ministère et à Ste Mangouste est à la fin de la semaine… Je me suis donné jusqu'à mercredi pour choisir ce que je voulais faire. Le temps d'envoyer ensuite nos hiboux à temps.

-Ouais, et ?

-Et j'ai recherché quel était le plus gros organe de décision au sein de notre gouvernement. L'endroit où nous pourrions vraiment avoir un impact sur la vie des sorciers et un droit de regard sur nos lois.

-Le magenmagot, affirma Neville.

-Exact, approuva Hermione. Et le bon point c'est que toi Harry, tu as déjà un pied à l'intérieur. Tout comme toi, Neville, en aura bientôt un aussi.

-De quoi vous parlez ?

-Harry n'a pas qu'un seul pied, continua Neville sans faire attention à la question de ce dernier. Il a la chaise des Potter, des Black et techniquement peut obtenir le vote des Malefoy puisqu'il est le beau-fils de Lucius.

-Oui, c'est vrai.

-Eh oooh ? Des explications ici ? Réclama Harry.

-Le magenmagot est la Cour suprême des sorciers. Elle combine traditionnellement deux fonctions : une fonction juridique et une législative, ce qui a mon sens n'est pas censé. Et parfois même on peut dire qu'elle combinait la fonction exécutive, comme lorsque Fudge était présent à ton procès, ce qui, là est totalement scandaleux. La démocratie actuelle implique une séparation de ces trois pouvoirs. Bref, c'est ainsi chez les sorciers. Ce qui signifie que le Magenmagot vote les lois et rend la justice. A noter que parfois les décisions de justice donnent naissance à de nouvelles lois. C'est ce qu'on appelle la jurisprudence. Du moins dans les pays du Common Law. Enfin bref. Le Magenmagot est composé de trois chambres qui sont là pour voter : celle des Lords, dont toi, Neville et les Malefoy font partie, celle du Ministère qui réunit des membres de ce dernier par décision du Ministre et pour finir, celle des Communes qui représente le reste de la population sorcière et est décidée par vote de circonscription. Londres, par exemple, a 5 sièges qui sont remis en jeu tous les 3 ans.

Harry fronçait les sourcils en essayant d'absorber tout ce que lui disait Hermione.

-Puisqu'on parle de tout ça… Intervint-il. Je me suis toujours demandé pourquoi le Magenmagot n'avait pas retiré leurs titres de noblesses aux familles de Mangemorts. Parce qu'au final, avec leurs titres, ils peuvent toujours intervenir dans la politique en votant des lois.

-Mais le Ministère n'a pas ce pouvoir-là, Harry ! Ce n'est pas eux qui décide qui doit être anoblit ou non !

-Mais alors qui ?

-Eh bien la Reine d'Angleterre, Elisabeth II ! Elle est la reine de tous les sujets britanniques, même les sorciers !

-Tu veux dire qu'elle est au courant pour notre communauté ?

-Bien évidemment. Tous les Ministres vont lui jurer allégeance au début de leurs mandats. Et tu sais, tu n'es pas Lord uniquement chez les sorciers, mais aussi chez les moldus. Tu as ta chaise aussi à la Chambre des Lords du Parlement du Royaume Uni. Je pense que tu pourrais même rencontrer la Reine si tu le voulais !

Harry resta un instant muet, la bouche ouverte.

-Ma grand-mère la voit de temps en temps. Elles prennent le thé ensemble, marmonna distraitement Neville, s'attirant deux brusques tournés de la tête de la part des deux autres. D'après grand-mère, elle est très distinguée.

Un silence suivit ses paroles, jusqu'à ce qu'Hermione se reprenne et se racle la gorge.

-Bref. Il m'est venu à l'idée que nous devions investir le Magenmagot, mais pas uniquement en tant que membre du Conseil. Nous devons faire partie de ses rouages, car ceux qui, après le Ministre, ont le plus de pouvoir, ce sont les juges.

-Tu veux que nous devenions juges ?

L'idée flotta un instant dans la tête d'Harry, d'abord lui apparaissant insensée, avant de penser que cela lui permettrait d'éviter de nombreuses injustices. Il n'aurait jamais envoyé Sirius à Azkaban sans s'assurer de sa culpabilité, pas plus qu'il n'aurait laissé Hagrid être accusé pour un crime qu'il n'avait pas commis… Et jamais il n'aurait ouvert un véritable procès à un simple adolescent qui avait fait de la magie pour se protéger. Il pourrait aussi protéger de nombreuses personnes innocentes… Encore mieux que s'il était Auror.

Et puis ce serait un sacré doigt d'honneur en direction de Winters.

… Même si Winters serait son grand patron. Mais il l'aurait été aussi s'il avait décidé d'entrer chez les Aurors.

-Tu as raison Hermione. Ça semble parfait. Une place stratégique d'importance...

Hermione s'illumina, heureuse de voir son idée être acceptée avec enthousiasme.

-Bien sûr, tu es au courant que nous commencerons tout en bas de l'échelle hiérarchique ?

-Ce qui signifie ?

-Que nous allons être de véritables larbins durant la première année, avant de passer greffier, ce qui ressemble aussi à être un larbin… Quant à passer juge ensuite, c'est apparemment au mérite. Mais en tant que greffier, nous assisterons à de nombreuses audiences. Je suis certaine que ce sera passionnant !

-Qu'est-ce que fait un greffier ? Demanda Neville en feuilletant distraitement les pages du pavé d'Hermione.

-Ce sont les personnes qui retranscrivent le déroulement des procès et les verdicts. Chez les sorciers, ils font aussi des recherches pour les juges ou les membres du Magenmagot et sont le contact avec les Aurors. En ça, ils ont un peu un rôle de procureur lorsqu'un procès implique le Ministère comme parti concerné. Ils vont chercher les preuves nécessaires quand cela ne requiert pas la présence des Aurors, répondit Hermione.

Elle récupéra alors deux paquets de feuilles dans son sac et en tendit un à Harry :

-Ce sont les formulaires d'inscription pour le stage de trois mois obligatoire.

Le brun attrapa sa liasse et fit la grimace :

-Ca commence début aout…

-Comme tous les autres stages au Ministère. Même les apprentis Aurors rentrent en aout.

Harry jeta un coup d'œil oblique à Neville :

-Je parie que la rentrée des professeurs n'a lieu qu'une semaine avant la rentrée scolaire.

-Trois jours avant, en fait, corrigea Neville avec un petit sourire moqueur. Mais le professeur Chourave doit m'en parler le week-end prochain. Je vais avoir mes propres appartements, par contre, en tant qu'assistant, je devrais partager son bureau.

-Tu as réussi à convaincre ta grand-mère ? S'étonna Hermione.

Le grand brun fit la grimace en regardant les voutes du plafond.

-On s'est disputé là-dessus toute la semaine dernière. Elle est « affligée » de mon manque d'ambition. Vous savez le « je pourrais faire mieux » et tout le tralalala, mais qu'importe. C'est ma vie, j'ai bien l'intention de la mener comme bon me semble. Et puis professeur n'est en aucun cas un sous-travail.

-Alors où ça bloque ? Demanda Harry.

-L'argent. C'est vraiment pas fantastiquement payé… Et Long Garden est un puits de dépense. On voudrait réhabiliter l'aile nord, mais c'est bien trop couteux. Et puis on doit penser au mariage. Il faut toujours de l'argent pour se marier. Sans compter les enfants aussi, par la suite. Et Hannah n'a pas une dot mirobolante. Du coup, ma grand-mère me traite de rêveur et d'égoïste.

-Qu'est-ce qu'en pense Hannah ?

-Elle me soutient, même si elle n'aime pas l'idée d'être séparée de moi durant les trois quart de l'année…

-Eh bien, c'est compréhensible, commenta Hermione. On n'épouse pas quelqu'un pour se retrouver seul au final.

-Oui, mais c'est ce que je veux faire. Je lui ai rappelé qu'elle voulait devenir infirmière et que ça aussi, ce serait un travail prenant… Mais elle a commencé à me dire qu'elle pensait plus raisonnable pour elle de rester chez nous après le mariage… Pour…

Neville fronça le nez, soudain visiblement gêné.

-… Pour… s'occuper de nos enfants…

Harry gloussa et tenta de le cacher derrière le livre d'Hermione tandis que cette dernière semblait atterrée.

-Ne rigole pas Harry. C'est à cause de toi, ça, se plaint Neville. Elle dit qu'elle trouve Evangeline trop mignonne et qu'elle ne rêve plus qu'à avoir un bébé à dorloter…

-Désolé, lâcha Harry même s'il ne voyait pas ce qu'il pouvait faire à ça. Ça te dérange tant que ça ?

-Non… Je veux dire… Je veux évidemment des enfants. C'est juste que… Je trouve qu'Hannah a tendance à idéaliser et à embellir tout. Si je l'écoute, on va être un couple merveilleux avec des enfants merveilleux, mais je sais que ce ne sera pas aussi simple que ça. Ça l'est jamais. D'un autre côté, ça m'arrange qu'elle soit comme ça parce que ce n'est certes pas moi qui vais me lancer dans l'inconnu à pied joint comme elle le fait. Grace à elle, c'est simple. Son optimisme contrebalance mon fatalisme.

-Mais quand même… Soupira Hermione. Elle devrait avoir un peu plus les pieds sur terre, sinon elle va tomber de haut… Et tu ne seras même pas là pour la rattraper.

Neville laissa tomber sa tête contre la table en signe d'impuissance, puis se redressa et sortit son matériel pour commencer à plancher sur les questions de DCFM.

Harry, lui, commença à remplir son dossier d'inscription en songeant qu'il était bien heureux d'être marié et de ne plus avoir à se poser des questions sans cesse comme pouvait le faire encore Neville. Il le plaignait, sachant trop bien ce qu'il pouvait ressentir.

D'ailleurs à propos de ça… Il sentait Drago et Evangeline approcher.

Il avait ce truc depuis la Cérémonie du Vin, comme si cette dernière avait débloqué quelque chose dans son cerveau. Plus besoin de carte du Maraudeur, il était constamment conscient de la distance qui le séparait du reste de sa famille. Ce n'était pas précis au point où il pourrait dire où se trouve exactement le blond ou Evy', mais il pouvait s'en référer comme à « proche », « pas loin », « distant » et « loin ». Ça ne provoquait aucun désagrément dans le reste de son corps, c'était juste une connaissance, une tâche de fond qu'effectuait automatiquement son cerveau.

L'ombre de son époux se dessina sur sa feuille mais il ne leva pas la tête pour autant.

-Service administratif du Magenmagot ? Lu Drago par-dessus son épaule. Ne me dis pas que tu comptes devenir un gratte papier ?!

-C'est l'idée, annonça Hermione en se penchant sur le landau pour récupérer Evangeline et la serrer contre elle avec un bisou sur le front.

-C'est le service de Winters ça, continua-t-il d'une voix inquiète. Est-ce bien prudent ?

-Je ne sais pas pourquoi Winters m'en veut… Commença Harry.

-Parce que tu m'as épousé.

-… Peut-être… Mais dans tous les cas, comme dit l'adage : « Sois proche de tes amis, et encore plus proche de tes ennemis. »

-L'adage ? Intervint Hermione, scandalisée. C'est dans « le Parrain » !

Les deux sangs purs la regardèrent avec incompréhension tandis que Harry haussait des épaules d'un air tout sauf coupable.

-C'est un film, leur expliqua-t-elle alors.

-« Le Parrain c'est le I-ching. Somme de toutes sagesses. », continua Harry en se retenant difficilement de rire.

-Et ça c'est dans «Vous avez un message » ! Comment oses-tu sortir une référence d'une comédie romantique qu'on a vu pendant l'été !

-Parce que tu nous l'as fait revoir 3 fois ce film !

-Eh bien quoi, je l'adore. C'est mon droit, bouda Hermione. Vous m'avez bien fait regarder Batman et Robin alors ce n'est que justice…

-Attends, il y avait tant de répliques fantastiques… Et un jeu d'acteur!

-J'ai cru que mes yeux, mes oreilles et mon cerveau allaient fondre …

Harry faillit éclater de rire devant son air morbide avant de se rappeler qu'ils étaient à la bibliothèque.

-Si je ne suis pas major de promotion, ce sera entièrement votre faute à Ron et à toi, le prévint-elle.

Drago émit un son de négation en bougeant son index d'un air arrogant :

-Si tu n'es pas major de promotion, Granger, ce sera uniquement parce que JE t'aurais battu !

Il laissa tomber ses affaires à côté de Harry et s'assit pour commencer à travailler, sans quitter des yeux Hermione, tous deux se fixant avec défi.

-C'est ce que nous allons voir, marmonna Hermione en donnant Evangeline à Harry, puis en sortant à son tour ses affaires, faisant craquer ses articulations de la main d'un air d'athlète qui s'apprête à courir un marathon.

Neville et Harry se regardèrent d'un air désolé alors que les deux autres se lançaient dans une espèce de concours « qui révisera le plus ». Ils savaient que ces deux-là ne quitteraient plus la bibliothèque, hormis pour assister aux cours, se sustenter et dormir.

Se faisant une raison, ils se penchèrent à leurs tours sur leurs devoirs.

-o-O-o-O-o-

L'ambiance était tout aussi studieuse dans la salle commune des serpentards. Seul le grattement des plumes sur les parchemins ou le bruit des pages tournées servaient de fond sonore. Les plus concentrés étaient bien évidemment les septièmes et les cinquièmes années, qui n'hésitaient pas à jeter des mauvais sorts sur quiconque pourraient les déranger.

A côté de Daphnée qui semblait passionnée par son livre de DCFM, Blaise s'arrêta un instant de griffonner n'importe quoi sur son parchemin, acceptant qu'il n'avait pas la tête aux études. Il chercha des yeux Drago, mais curieusement, celui-ci n'était pas encore rentré.

Il lui avait dit pourtant n'avoir qu'un livre à emprunter…

Nott était aussi aux abonnés absents, mais c'était toujours le cas. Personne ne savait où ce type révisait. Et tout le monde s'en foutait.

Se levant de sa chaise, il fit un vague signe de la main à Daphnée et fit voler toutes ses affaires dans son sac.

-Je vais faire un tour, lui murmura-t-il à l'oreille.

Elle acquiesça en lui jetant un regard perçant, mais ne le retint pas. Pansy lui lança pour sa part un regard furieux et Milicent à ses côtés se contenta de le fixer avec curiosité.

Soupirant intérieurement, il partit chercher son manteau, ses gants et son écharpe, puis quitta la maison Serpentard pour prendre la direction du parc.

A cause de Fay Dunbar, tout le monde savait pour son « attirance malavisée». Ce n'était pas que Blaise avait honte de ses gouts, mais si on le lui demandait, il ne l'aurait peut-être pas clamé à haute-voix dans la Grande Salle.

Résultat son amour propre agonisait comme un hérisson à moitié écrasé sur une route et faisait tellement de bruit qu'il entendait à peine ses blessures de cœur causées par le râteau que lui avait mis publiquement Ron. Avec tout ça, il n'y avait rien d'étonnant à ce qu'il n'arrive pas à se concentrer.

Il sortit dans le parc noyé de l'obscurité de la nuit et se dirigea vers le banc le plus proche, grommelant dans sa barbe contre les femmes, leur esprit mesquin et leur dangerosité. Elles étaient toutes des poisons à leur façon. Même Daphnée qui cherchait toujours à le ramener sur terre et à l'obliger à obéir à l'ordre des choses. Même Hermione et son altruisme frisant l'héroïsme qui lui donnait l'impression pour la première fois de sa vie de savoir ce qu'était une famille.

Elle avait entièrement raison : ce qui l'avait attiré chez Ron, c'était qu'il était à l'inverse de tout ça. Il était rassurant. Mais pas juste ça : il était reposant. Blaise avait pressenti qu'il pourrait se relâcher à ses côtés, cesser d'être constamment en attente d'un coup foireux, et qu'il pourrait même se laisser à croire que ses pairs n'étaient pas tous mauvais. Il ne calculait rien, il ne portait pas de masque, il laissait juste ses émotions exploser au grand jour, il ne cherchait pas à faire plaisir à tout le monde, mais seulement lorsqu'il le voulait vraiment, autrement il pouvait se comporter comme le premier des égoïstes. Et Blaise respectait cela.

Ron Weasley était plus vrai que n'importe qui dans cette école.

Mais Blaise était un feignant. Depuis qu'il était né il était habitué à ce que tout lui tombe directement dans les mains sans qu'il n'ait rien à faire. De fait, il n'allait pas se battre pour lui. Ce serait beaucoup trop fatiguant.

Par-là, il savait que Fay Dunbar, dans toute sa mesquinerie, méritait plus d'être aux côtés du rouquin que lui. Elle, elle s'était battue.

Avec un sourire amer, sachant qu'il avait désormais un auditoire, il leva une coupe imaginaire :

-Et je lève mon verre à Dunbar, qui a su frapper vite et bien, me mettant KO au premier round.

Ginny Weasley lui rendit un sourire tordu avant de lui tendre un mouchoir. Il renifla d'un air moqueur.

-Je ne suis pas SI pathétique Weasley girl. Je suis un mec, je ne vais pas me mettre à pleurer pour ça. Par contre j'aimerais bien un litre d'alcool si tu en as.

-Désolé, je ne me promène pas avec des bouteilles de whisky pur-feu dans les poches, répondit-elle en lui fourrant d'autorité le mouchoir dans les mains avant de s'asseoir.

-C'est mal Weasley. Très mal. Et qu'est-ce que tu fous là à une heure pareille ?

-J'ai pris l'habitude de faire le tour du parc depuis ma rupture avec Harry afin de trier mes pensées. Ça me fait du bien alors je continue. En revanche, je ne m'attendais pas à t'y trouver, toi. Tu sembles pas le genre à ruminer tes pensées.

-Je les rumine pas, j'essaie de les faire disparaitre. Peut-être que je me dis que si j'oublie tout, le reste de l'école en fera autant. Ton copain, Thomas, c'est une sacrée commère. En même pas une heure, l'histoire de ma disgrâce avait fait le tour des maisons.

Elle grommela doucement au sujet de Dean Thomas avant de sortir deux paquets d'une des poches de son manteau :

-En parlant de Dean, il m'a donné ça tout à l'heure. C'est des brownies au chocolat. Le chocolat c'est idéal pour les problèmes.

Elle lui tendit un des sachets qu'il prit du bout des doigts :

-Qui te dis qu'il n'y a pas quelque chose de bizarre là-dedans ? Parce que ce petit black, là, je suis presque certain qu'il a des vues sur toi…

-Arrêtes, Dean est mon ex ! Et si c'est le cas, le pire que tu craignes est de tomber follement amoureux de lui pendant quelques jours… Au moins tout le monde oubliera pour toi et Ron !

Elle lui jeta un regard innocent alors qu'il plissait les yeux d'un air blasé.

-Non, reprit-elle, celui qu'il faut craindre, c'est Seamus. Quand j'étais en cinquième année, il avait fait un gâteau pour fêter une de nos victoires au Quidditch. Je ne sais pas ce qu'il avait mis dedans mais au bout de la deuxième part, oui il était délicieux ce gâteau, j'ai commencé à me sentir complètement à côté de mes pompes et je me suis mise à rouler un patin à Demelza.

-Non ?! S'exclama Blaise avant de s'esclaffer.

-Si et le pire, c'est que je sortais avec Harry à l'époque !

Le rire de Blaise reprit de plus belle, puis il se redressa, curieux :

-Et comment il a réagi ?

L'expression de Ginny se rembrunit aussitôt et elle fixa le sol :

-Il l'a jamais su. Il était parti avant tout le monde pour filer Malefoy dans les couloirs…

-Ah… Ces deux-là…

-Il faut croire que j'aurais dû le voir venir, consentit-elle avec un petit rire défait.

-Et Demelza ? Reprit Blaise pour l'amener sur un meilleur chemin de pensée.

-Oh, c'était juste à cause du gâteau. Elle ne m'en a pas voulu ou presque… Elle m'a fait un peu culpabiliser de lui avoir volé son premier baiser. Quant à moi, je suis pratiquement sûre à 99% que je suis hétéro.

-Je croyais que tu étais une petite sainte Weasley, mais en fait tu as un côté dévergondée. C'est une bonne chose que tu ais rompu avec Harry. Tu n'aurais pas été heureuse dans le rôle de la parfaite Mrs Potter.

Elle lui répondit avec un petit sourire en coin mystérieux.

-Oh ? Et tu penses que Malefoy se débrouillera mieux avec ça ? Demanda-t-elle en se penchant dans sa direction, volontairement provocatrice.

Blaise se pencha à son tour, se perdant dans la vision de son visage plein de défi contre la vie, de rébellion et d'une force de caractère qui n'admettait aucune soumission. Il se mit à raconter n'importe quoi, à peine conscient de ce qui sortait de sa bouche :

-Il en rêve. C'est une maitresse de maison refoulée qui n'attend que…

Il n'alla pas plus loin puisque les lèvres de la jeune femme vinrent lui arracher son souffle pour le faire taire. Il s'exécuta alors avec grâce, se penchant un peu plus et la laissant se lover contre lui et agripper son manteau.

Ce n'était pas chaleureux comme Ron, simple et doux comme un retour à la maison. C'était brûlant comme les flammes du désir. Et amer. Plus comme un voyage plein de lieux inconnus et captivant, mais sans lieu où appartenir.

C'était peut-être parce qu'il pleurait, aussi.

A suivre…

Mes fins de chapitres sont tellement joyeuses ces temps-ci… Bon bein, un retour à Poudlard qui annonce quelques changements dans la dynamique des personnages. Ou la problématique du « Difficile de savoir ce qui est le mieux pour soi ». Chacun avance en testant, au risque de se casser la gueule. Normalement, les deux chapitres restants de la première partie seront plus légers.
J'avoue vouloir les savourer lentement, puisque après… Fini Poudlard et vie scolaire. Je crois que ça va autant manquer à Harry qu'à moi.
Chapitre suivant :
Rogue fait du babysitting (allez, dites-moi qu'il vend du rêve ce titre de chapitre !)