Enooorme mot de l'auteur (ouaip) : Non, vous ne rêvez pas, ceci est un nouveau chapitre de Familles de Sorciers ! C'est un peu difficile d'expliquer le blocage que j'ai eu, bien que j'ai toujours un moment où je sature d'un même sujet et où j'ai besoin d'écrire juste autre chose. C'est ce qui est arrivé avec moi commençant à écrire Chevaucher le Vent (bien que si SEULEMENT je pouvais être moins ambitieuse avec mes projets… j'ai juste l'impression d'avoir mis au monde un autre monstre). Mais il y a aussi le fait que ma situation professionnelle est juste désastreuse de tout côté que je regarde et, devinez de QUOI parle ce chapitre ? De travail ! Saupoudrez d'une « crise de la trentaine » que je n'avais pas du tout vu arriver mais qui me frappe encore actuellement et vous obtenez un immense « rien du tout » pendant un moment.
Ceci dit, le 29 (demain donc au moment où je poste ce chapitre) est mon anniversaire et je voulais vraiment finir et mettre en ligne ce chapitre à cette occasion.
En espérant que ça me relancera sur un rythme pour cette histoire qui a encore beaucoup de choses à raconter.
Quoiqu'il en soit, si vous lisez ces lignes après avoir attendu, je voulais vous remercier pour votre patience et généralement votre bienveillance vis-à-vis de cette histoire. Je l'ai déjà dit, mais je suis très heureuse d'avoir autant d'adorables lecteurs, anciens comme nouveaux. Vous me donnez l'envie de faire toujours de mon mieux, et d'essayer de vous faire rire, trembler d'indignation ou compatir avec les personnages, tout ça pour vous remercier d'être là.
Donc, merci et bonne lecture.
Chapitre 2 : Jeunes diplômés, l'heure est venu de faire vos preuves au Ministère !
Il semblait tôt, trop tôt pour Harry qui étouffa un bâillement de sa main alors qu'Hermione le trainait par un bras dans les halls du Ministère, suivant les panneaux fléchés indiquant la Réunion de Présentation aux nouveaux employés.
En réalité, il était presque huit heures trente, mais Evangeline était tombée malade durant la nuit, une sorte de vilaine colique, et ils avaient atterri à Ste Mangouste le temps de voir un pédiatre. En tout et pour tout, entre la veille de son bébé et l'inquiétude, il avait dormi trois heures. Ce qui restait mieux que Drago qui avait été incapable de fermer l'œil, gardant la petite dans ses bras tandis que la potion qu'on leur avait donné faisait doucement effet.
Lui qui devait assister au diner de Lord et Lady Prowse ce soir… Il allait être dans un bel état.
Harry avait levé les yeux au ciel devant son entêtement. Il aurait largement préféré passer la soirée avec Drago à lui décortiquer ce qu'il aurait vu pendant la journée d'intégration… Mais ce dernier avait sa vie mondaine de jeune noble. Et tant que la Saison ne serait pas terminée… Il ferait avec.
Il avait eu après tout la possibilité de l'accompagner dans les premiers temps, mais craignant d'être tout sauf à sa place au milieu des bals et des loisirs « snobs » des riches sorciers, il avait décliné les invitations.
C'était un autre monde.
Mais un monde où Drago n'avait pas à se cacher sous une capuche.
Quoiqu'il en soit, il devait y avoir quelque part là-haut une loi universelle impliquant que les enfants et les chats devaient tomber malades aux pires moments possibles.
Hermione et Harry passèrent par un cordon de sécurité où on vérifia leurs identités et ils se retrouvèrent dans une pièce ronde qui, au vue de l'estrade se tenant face à eux, devait servir aux conférences. Et entre elle et plusieurs tables où trônaient gobelets de café et sandwichs aux fourrages divers, il y avait déjà une vingtaine de sorciers dont la majorité leur était connue.
C'était au final comme retrouver leur promotion à Poudlard : Il y avait un grand nombre d'anciens poufsouffles et serdaigles qu'ils saluèrent d'un geste, avant de trouver le seul autre gryffondor de leur année : Dean.
Tout comme eux, il portait à l'emplacement du cœur le badge du département de la Justice Magique, même si le sien possédait une baguette en son centre, symbole des Aurors, quand les leurs arboraient un maillet de juge.
-Il manque encore Ron et Fay, commenta Dean en regardant sa montre d'un air inquiet.
Hermione poussa un petit soupir affligé.
-Le connaissant, il arrivera au dernier moment, fit Harry en riant.
-Le connaissant, il arrivera EN RETARD, rectifia Hermione en jetant un regard furieux sur l'entrée de la pièce. Sa nouvelle petite amie pourrait au moins s'occuper de s'assurer qu'il soit ponctuel. Quand on sortait ensemble, nous étions toujours en avance aux rendez-vous, c'est la moindre des choses !
Les deux garçons se regardèrent un instant et choisirent de ne pas commenter. Ils préférèrent enchainer sur leurs autres camarades présents :
-J'ai vu Anthony Goldstein et Justin porter aussi l'insigne de notre département. Je crois que Justin a postulé au service des Usages Abusifs de la Magie, et Anthony à la Brigade de Police Magique.
-Ce sont tous deux de très bons sorciers, annonça distraitement Hermione qui avait toujours un œil sur l'entrée.
-Comme si ça faisait tout… Marmonna Harry. En plus ce n'est pas comme s'ils allaient révolutionner quoique ce soit à ces postes…
Dean eut un ricanement moqueur :
-Toi, tu as un peu trop pris au sérieux le discours de Nott.
-Ca m'a parlé, admit Harry en haussant des épaules, se remémorant la courte intervention du serpentard Théodore Nott à la remise des diplômes.
Il avait parlé simplement et avec justesse, allant droit au but sans fard. Ce gars qui avait déjà commencé à l'intriguer avait définitivement titillé sa curiosité. Malheureusement, il ne risquait pas de le croiser aujourd'hui : les anciens mangemorts n'avaient pas le droit de travailler au Ministère, ce qui dans le cas de Nott lui semblait bien regrettable.
Il avait l'impression qu'il était une des rares personnes à pouvoir comprendre son propre projet de justice.
Car Harry ne postulait pas à un emploi aux services administratifs du Magenmagot par passion, sinon il serait probablement en train de courir les sélections de quidditch avec Ginny, mais parce qu'il avait bien l'intention de faire changer les choses. Il voulait plus de rigueur au sein du Ministère, mais aussi plus d'humanité dans la gestion de la communauté sorcière.
En somme il était là avec l'intention de donner un grand coup de pied dans la fourmilière des passe-droits et des politiques de l'autruche.
Il se sortit de ses pensées lorsqu'un groupe de sorciers bien plus âgé que la moyenne de la salle fit son apparition et monta sur l'estrade.
Le Ministre, Kingsley, était bien évidemment présent, tout comme Winters à qui il parlait d'un air décontracté.
Le seul « jeune » était celui que l'on repérait au premier coup d'œil à cause de ses cheveux roux : il s'agissait du frère de Ron, Percy, directeur du département des Transports Magiques. Comme d'habitude il portait le sérieux sur lui comme une robe, l'air aussi solennel qu'à un enterrement.
-C'est pour ça qu'il est toujours célibataire, fit brusquement Ron à ses côtés avant de mordre dans un sandwich.
Ils poussèrent une légère exclamation en s'apercevant que les deux retardataires s'étaient faufilés discrètement derrière eux. Ce qui était un prodige étant donné que Ron était immense.
Fay les salua doucement à ce moment-là, mais ils ne purent entamer la conversation (ou les réprimandes dans le cas d'Hermione) puisque le Ministre de la Magie prit alors la parole, sa voix magiquement augmentée par le sortilège du sonorus.
-Bienvenue. Jeunes diplômés et anciens, nous sommes là aujourd'hui pour vous souhaiter la bienvenue dans cette grande famille qu'est le Ministère de la Magie ! Si vous êtes ici c'est que vous avez à cœur les intérêts de notre communauté, car nous tous, à notre façon, participons au développement et au bien-être du monde sorcier. Chacun ici est un maillon utile et nécessaire au fonctionnement de notre institution. Et chacun d'entre vous porte l'honneur de sa famille, qu'elle soit séculaire ou à fonder. Soyez conscient du prestige…
-Blablabla… Emit moqueusement Ron. Je ne savais pas que Kingsley pouvait être aussi ronflant.
-Ca va avec le poste, souffla Dean.
-Chut ! Fit Hermione en se retournant vers eux avec une expression contrariée.
Harry adressa un sourire complice à Ron qui leva les yeux au ciel avant que tous deux ne se concentrent à nouveau sur ce qui était en train de se dire.
-… Chacun d'entre vous se rendra à l'accueil principal du service à qui il a été attribué. Vous trouverez toutes les informations sur le panneau installé au fond de cette pièce. Votre directeur vous parlera ensuite de tout ce qui vous concerne plus particulièrement, ainsi que des détails « mineurs » comme le service de restauration ou le quidditch et autres activités inter services. Bien entendu vous serez aussi briefé sur vos droits salariaux et sur les syndicats vous représentant…
Kingsley se racla la gorge à ce moment, un peu gêné. Hermione avait fait lire à Harry un article de la Gazette parlant des indemnités demandées par tout un groupe de salarié en dédommagement de ce qu'ils avaient vécu durant le règne de terreur de Voldemort. Sans parler des licenciements abusifs ou baisses de salaires qui n'avaient pas été corrigés lors du « retour à la normale ».
C'était un autre monde qu'ils découvraient là, un monde qui ne devait pas beaucoup se différencier de celui des moldus : celui du travail. Horaires à tenir, congés à poser, réunions de travail et entretien annuel… Ils allaient tous signer leurs contrats dans les jours à venir même s'ils avaient trois mois de stages à faire.
Concrètement, c'était trois mois de « formation » où ils étaient payés des cacahouètes. Et « bizarrement », ça commençait en été, pendant la période où la moitié du personnel était en vacances.
Hermione avait grommelé au sujet d'exploitation bien pratique lorsqu'elle s'en était rendu compte.
Toujours était-il qu'ils étaient là, et qu'à présent, ils suivaient la masse de nouveaux travailleurs qui formaient un bouchon devant les ascenseurs. Chacun semblait pressé de rejoindre son futur poste de travail, parlant avec excitation et observant autour d'eux d'un œil nouveau. Harry et Hermione se laissèrent eux aussi contaminer par cet enthousiasme ambiant, même lorsqu'ils se retrouvèrent serrés à quinze et six notes de services agressives dans une petite cabine qui montait, descendait et se déplaçait sans grande logique.
Quand ils arrivèrent finalement au deuxième niveau, quatre notes de services sortirent en même temps qu'eux et foncèrent rageusement vers le couloir où se tenait un panneau fléché « Service des Usages abusifs de la Magie » et « Services administratifs du Magenmagot ». Puis en tout petit « Service des détournements de l'artisanat moldu » rajouté au feutre, sans doute par Arthur Weasley lui-même.
Ce niveau était l'un des plus gigantesques. Un hall séparait les différents « grands » services, rempli de panneaux magiques arborant des indications pour les visiteurs. Ainsi Ron, Fay et Dean se dirigèrent vers la droite, tandis que Hermione et Harry suivirent leurs panneaux, à gauche.
Ils découvrirent alors de longs couloirs lambrissé à moitié, le reste arborant une peinture beige qui avait connu de meilleurs jours et gardait encore la trace des nombreuses affiches de propagandes datant de la période mangemort. Appliquées à l'aide de sorts, il était parfois difficile de les retirer ou même de les cacher sous d'autres pancartes. Quelques fenêtres venaient égayer les lieux, montrant aujourd'hui un parfait temps ensoleillé sur le chemin de Traverse. Ce qui était bien sûr imaginaire, puisqu'ils étaient sous la terre et assez loin dudit chemin.
Des bancs pour les visiteurs côtoyaient des bureaux et des salles d'audiences aux belles portes sombres, vernies et dotées de plaques dorées, mais malheureusement, ce n'était pas là que Harry et Hermione allaient travailler. Non, au fin fond de ce couloir, ils trouvèrent une espèce de secrétariat qu'une sorcière leur fit traverser avant de les conduire dans une petite salle sans fenêtre, dotée d'une grande table ronde, de quelques chaises et d'un millier de dossiers qui s'éparpillaient partout. Littéralement partout.
Au fond, dans un mur, se tenait une autre porte, entrouverte, où était scotchée une feuille marquée au feutre d'un grand « ARCHIVES ».
-Cela fait un moment que l'on n'a pas eu de stagiaires, alors les dossiers se sont un peu empilés… Lâcha nonchalamment la dame, Mrs Darling.
-Un peu ? La reprit Hermione en tentant de cacher l'horreur qu'elle ressentait.
-Eh bien oui, ma petite demoiselle, c'est pas le travail du secrétariat, ça, même si tout le monde à cet étage semble le penser. On a suffisamment à faire avec le courrier et la gestion du personnel – nos propres documents, sans avoir à s'occuper de la paperasse des aurors et des juges. D'autant plus que la guerre a tout mis sans dessus dessous… Et tous les services ont en profités pour déverser toute la paperasse dont ils ne voulaient pas s'occuper ici. Il y a des documents pas beaux du tout là-dedans, c'est moi qui vous le dis. Toutes ces audiences « de vol de magie »… Il n'est pas impossible qu'on vous demande de les retrouver et de les traiter en priorité vu le contexte.
-Génial, lâcha Harry qui continuait à observer le bazar d'un air fasciné.
En prenant ce travail, il ne s'était pas imaginé un instant qu'il allait faire de l'archéologie… Voir même de la spéléologie.
La secrétaire lui sourit en le fixant d'un air émerveillé, comme si elle n'y croyait pas d'avoir LE Harry Potter dans le cagibi qui jouxtait son bureau.
-Quoiqu'il en soit, vous allez recevoir vos ordre d'un petit peu tout le monde, à vous de vous arranger pour tout traiter à temps et répartir les tâches dans l'équipe. Bien évidemment, les demandes du directeur et des jugements en cours sont prioritaires. Vous aurez droit à trois minutes de pause par heure, ainsi qu'une pause repas de une heure et demi.
Harry se tourna aussitôt vers Hermione, comptant sur ses talents d'organisatrice pour les sortir de ce pétrin, et, comme de juste, la jeune femme était déjà partie dans ses calculs alors qu'elle balayait la salle du regard.
-Pour la pause, ou pour vos repas, continua Mrs Darling, vous pouvez utiliser la bouilloire qu'il y a dans notre office à Mrs Jones et moi, vous pouvez aussi vous rendre dans la grande salle de pause à l'autre bout du couloir, mais je vous préviens : c'est aussi celle des Aurors et de la Brigade, donc c'est un peu bruyant. Mrs Jones et moi n'aimons pas beaucoup…
Elle continua mais Harry décrocha légèrement. La proximité des Aurors ne lui était pas déplaisante puisque cela signifiait qu'il pourrait voir Ron, Dean et Fay tous les jours.
-Et le quidditch ? Lui demanda-t-il en l'interrompant sur une autre histoire, sans doute passionnante, sur « Mrs Jones et moi ».
Elle le regarda avec stupéfaction, même un peu de consternation, mais ce n'était pas à cause de sa grossière interruption :
-Nous avons une équipe au département de la Justice magique… Mais elle est uniquement composée d'Aurors et de Tireurs d'Elite de Baguette. Depuis toujours.
Elle pinça les lèvres d'indignation, se retenant apparemment de critiquer quoique ce soit à ce sujet.
-Mais notre département n'est pas UNIQUEMENT celui des Aurors et de la Brigade de Police ! Réagit Harry à sa place.
-Je sais, répondit-elle d'un ton « j'en pense plus que je n'en dis ». Mais il faut mettre « le plus de chance possible de notre côté » et « vous autres êtes si occupés par votre travail ».
Le brun secoua la tête, ébahi, il espérait vraiment que les Aurors n'étaient pas en train de jouer au Quidditch lorsque la Bataille de Poudlard avait éclaté. Parce que ça expliquerait de nombreuses choses.
-Un comble, réagit Hermione avec un regard entendu pour Harry : Un département de la justice qui n'est pas juste.
La secrétaire se pencha alors vers lui avec un air de conspiratrice :
-Mais, très confidentiellement, si par hasard j'étais intéressée par le Quidditch, j'irais inscrire mon nom sur le panneau situé dans la petite salle du personnel du bureau des Aurors et je me présenterais aux sélections qui ont toujours lieu le dernier jeudi du mois au Stade Spencer-Moon.
Elle cligna exagérément de l'œil, faisant sourire Harry.
-Merci Mrs Darling.
Elle minauda gentiment pendant que Hermione levait les yeux au ciel, et reparti dans son office non sans jeter des regards derrière son épaule.
-Je vais dire à Drago que tu fais du charme à des quadragénaires, se moqua l'ancienne gryffondor en cherchant un endroit où poser ses affaires.
-Je l'aime bien, et puis il vaut mieux garder de bonnes relations avec ses voisins.
-Oui, ne serait-ce que pour l'accès à sa sacro-sainte bouilloire à elle et à Mrs Jones !
Elle finit par jeter son sac et son manteau sur un tas de dossier pendant qu'Harry essayait de prétendre qu'il n'était pas en train de glousser. Cette petite salle encombrée n'était certainement pas ce à quoi il s'était imaginé lorsqu'il avait pensé à son futur travail, mais elle fournissait aussi un cocon plutôt rassurant, et pourrait même devenir confortable une fois les lieux un peu déblayés. Hormis Mrs Darling et Mrs Jones à coté, ils étaient plutôt isolés, et apparemment autonomes sans patron pour les tenir constamment à l'œil.
-Mrs Darling a parlé d'équipe, annonça Hermione qui feuilletait déjà un dossier. Parlait-elle de nous deux ou…
-Elle pensait sans doute à moi, aussi, fit une voix féminine qui venait de l'autre bout de la salle.
Harry et Hermione se tournèrent vers la jeune femme rousse qui se tenait dans l'embrasure de la porte des archives. Ses cheveux ondulés lui tombaient librement sur les épaules, formant un écrin pour son visage pâle illuminé par deux yeux de la couleur de l'ambre.
Susan Bones n'avait que peu changé depuis la remise des diplômes à Poudlard, même si Harry lui trouvait l'air ragaillardi.
Elle s'était grandement mise à l'écart durant leur septième année, semblant lécher ses blessures de guerre dans son coin comme un chat sauvage. L'assassinat de sa tante, dont elle semblait très proche, l'avait profondément meurtrie.
-Susan ! S'exclama Hermione avec un sourire, aussi surprise que ravie de la voir ici.
La jeune femme la salua de la tête avant de tourner son regard sur Harry. Des yeux qui le jugèrent sans pitié.
-Bonjour Susan, la salua t'il doucement en gardant un air paisible.
Lorsqu'ils étaient revenus à Poudlard après la guerre et que Harry avait constaté la façon dont les autres traitaient désormais les serpentards, il avait fait une liste mentale des personnes susceptibles de poser des problèmes. Susan était dessus. Elle ne cachait pas sa haine viscérale pour les mangemorts, et pour elle, comme pour d'autres, leur acquittement ou leur soit disant état de pantin manipulé ne les rendaient pas le moins du monde excusable.
Tout ce qui portait la marque des ténèbres méritait d'être exclu de la population.
Il avait lu dans son regard qu'elle lui en voulait d'avoir plaidé en faveur de certains mangemorts, dont la famille qui était désormais la sienne : les Malefoy.
Le silence s'étira un peu entre eux et Harry décida qu'il fallait au plus vite percer l'abcès :
-Je suis marié à Drago, et les Malefoy sont ma belle-famille. Si tu ne peux pas travailler avec ça, alors autant que tu te cherches une autre place, parce que j'ai un plan pour le monde sorcier et l'intolérance n'en fait pas partie.
Susan leva le menton à cette assertion.
-Je n'ai pas de problème avec toi Harry. Du moment que ta vie privée n'empiète pas sur notre vie professionnelle, je ne vois aucun problème à travailler avec toi. Même si nous n'avons pas vraiment la même définition du mot « tolérance ».
Ainsi dit, elle s'assit à l'une des chaises et l'invita à prendre lui aussi place. Il baissa la tête pour cacher un peu son expression, doucement amusé par son cran et s'assit sur la chaise la plus proche de lui en y ôtant préalablement un tas de papier. Entre elle et Hermione, il n'allait pas s'ennuyer !
-Je connais bien le département, annonça Susan. J'ai passé pratiquement tous mes étés ici, dans les jambes de Mrs Jones et Mrs Darling quand ma tante Amelia ne pouvait pas s'occuper de moi. (Elle fit une pause, avec un petit tic nerveux au coin de la pommette) J'aidais même quand je le pouvais et j'adorais assister aux procès quand on me le permettait. Travailler ici est mon rêve et je souhaite honorer la mémoire de ma tante en continuant sa tâche. C'était une femme très juste et intègre, c'est d'ailleurs pour cela qu'elle a été tuée.
-Je l'ai rencontré une fois, intervint Harry. Elle m'a effectivement parut être impartiale.
-Mais, continua Hermione en se penchant sur ses bras croisés, ça ne te fait pas peur justement ? Comme tu l'as dit, les gens trop professionnel finissent toujours par gêner les gens peu scrupuleux.
La rousse se contenta de les regarder tous les deux et de leur renvoyer la question :
-Et vous ? Avez-vous peur ? Ce n'est qu'une impression, mais vis-à-vis de ce qu'Harry vient de me dire, vous m'avez l'air de vouloir faire bouger les choses… Et ici, au Ministère, les gens n'aiment pas beaucoup le changement.
Harry haussa des épaules avant d'esquisser un sourire malicieux doublé d'un regard sombre :
-Tu as oublié qui je suis Susan ? J'attire irrémédiablement le chaos autour de moi ! Alors le Ministère se fout le doigt profondément dans l'œil s'il croit s'en sortir intact maintenant qu'il m'a accepté entre ses murs !
Susan sourit devant l'assertion et Harry s'installa plus confortablement, comblé, parce que même si elle tentait de le cacher, la rousse avait l'air profondément satisfaite de ce fait.
Oo0O0oO
Une nouvelle lettre était arrivée et ce fut avec une certaine consternation que Ginny apprit qu'elle avait été une nouvelle fois écartée au profit de quelqu'un d'autre. C'était la cinquième lettre de refus, celle de l'équipe des Frelons de Wimbourne.
Elle avait commencé la course aux sélections de l'Eté avec entrain, mais quand elle se retrouva avec, entre les mains, les formelles lettres d'excuses des Harpies de Holyhead et des Pies de Montrose, ses deux équipes fétiches, elle avait accusé un très mauvais coup.
Après, cela avait été un peu plus difficile de voler, perdant en partie son feu sacré et regardant chaque participant comme un rival en puissance. Ils ne volaient tous que pour des places de remplaçants, mais c'était comme s'ils se battaient pour une place de premier ministre.
Etre remplaçant était le seul moyen d'être un jour titularisé.
Là, elle revenait des sélections des Flèches d'Appleby et elle avait mal aux fesses malgré le sortilège de coussinage de son Etoile Filante et l'intérieur des cuisses en feu.
Elle pouvait cependant se féliciter d'avoir exécuté une Passe Renversée parfaite.
Son humeur remonta néanmoins de plusieurs crans en découvrant Blaise assis à l'une des tables du Chaudron Baveur, là où ils s'étaient donnés rendez-vous.
Il était occupé à lire la Gazette du jour avec son air très sérieux, comme s'il décortiquait son contenu, mais quelque chose lui fit lever les yeux sur elle et ses traits habituellement fermés s'illuminèrent.
Il plia le journal pour le mettre de côté alors qu'elle se penchait au-dessus de la table pour lui tendre ses lèvres. Après ce baiser de retrouvaille, elle s'assit à côté de lui et s'empara de son reste de bière pour la vider. Ses cascades dans l'air l'avaient assoiffée.
-Alors ? Quoi de neuf depuis la dernière fois ? Lui demanda Blaise en faisant signe au serveur pour se faire resservir.
Pour toute réponse, Ginny fit glisser sur la table la lettre qu'elle venait de sortir de sa poche.
-Hum… Fit simplement l'homme en la lisant, puis la repliant.
-Je ne pensais pas que ce serait si difficile, commenta pour sa part Ginny.
-Ah. Tout le monde se bat pour une place au soleil.
Elle lui jeta un regard aigu :
-Presque tout le monde.
Blaise émit un reniflement moqueur :
-Plains-moi, j'ai une réunion avec des actionnaires mardi, puis je décolle pour Florence pour une assemblée avec « mes » associés vendredi. Je ne sais pas qui sont les pires. Probablement les associés puisque je ne comprends pas un traitre mot de ce qu'ils racontent. Ton père devrait peut-être m'aider vu que lui, au moins, il sait comment fonctionne une voiture.
Ginny s'accouda à la table alors qu'on leur servait deux bières moussantes, essayant d'imaginer son père en train de donner des cours à Blaise pour qui s'accroupir dans la poussière n'était même pas une option à envisager.
-Comment peux-tu être directeur d'une fabrique de voiture dans un autre pays alors que tu vis ici et que tu ne sais rien sur elles ?
-Ça roule. Ça va très vite. C'est pas trop moche. Mais ça pue. Ensuite… Comme je te l'ai dit, mes grands-parents ont racheté des parts de cette société. Et c'est rentable. Alors… Même si j'apparais pour le gosse de riche qui débarque de son Angleterre natale et ne sait rien sur rien, je reste le propriétaire de 45% du machin. A savoir la plus grosse part. Je pourrais la vendre, mais ce serait nous couper d'une bonne partie de nos revenus.
Il contempla la foule d'un air pensif et secoua la tête comme pour s'en sortir tout ce qu'il lui était tombé dessus en obtenant son héritage et son titre de Chef de Famille. Ginny ne lui posait pas trop de questions à ce sujet car ça semblait le mettre de mauvaise humeur.
Mais quand elle l'écoutait, la rousse réalisait qu'il y avait une certaine chance à ne pas être l'héritière d'une grande fortune. Elle n'avait pas d'empire préformé à maintenir et pouvait donc avoir la liberté de trouver sa propre fortune dans un domaine qui lui plaisait.
Même si c'était difficile.
Elle enlaça ses doigts aux siens sur la table, en signe de soutien, mais aussi parce qu'elle adorait regarder le contraste de sa petite main blanche tachetée de son, prise dans la large paume sculpturale de Blaise. Attirant leur poignée à sa bouche, elle embrassa la peau noire et retint la pointe de désir qui l'enflamma pendant un instant.
Depuis Poudlard, il était un peu compliqué de faire avancer leur relation puisqu'elle vivait toujours au Terrier et que lui, pour une raison ou une autre, n'était jamais chez lui. Avec agacement et une pointe de jalousie, elle constatait qu'il passait presque plus de temps avec Drago Black qu'avec elle !
Justement, ce soir, elle aurait aimé qu'ils sortent ensemble, aillent dans un quelconque restaurant et termine la soirée à se câliner quelque part, mais lui, il avait un dîner chez Lord et Lady-elle-ne-savait-plus-quoi où serait aussi ce connard de « Malefoy ».
-Je me demande si Harry est aussi jaloux que moi, marmonna t'elle.
-A quel sujet ? S'enquit aimablement Blaise qui avait néanmoins le début de son sourire moqueur.
D'une façon ou d'une autre, il savait déjà de quoi elle parlait et il s'amusait de sa déconvenue ! Cet homme était impossible !
-Au sujet de vos trucs d'aristos. Dîner chez machins, courses de chevaux ici, bals à ne plus en finir et garden party…
-Je te l'ai déjà expliqué Ginny, c'est la Saison, notre grand rendez-vous, ce sera terminé à la fin du mois. A ce moment-là, nous aurons tout le temps du monde pour nous voir. Et Harry ne doit pas être jaloux puisque c'est lui qui a décidé de ne pas y assister. Et si ce n'était pas considéré comme indécent d'amener sa petite – amie – non - fiancée, je te l'aurais bien proposé.
-Et comme Harry, j'aurais probablement refusé, ajouta Ginny en reniflant néanmoins devant le terme de « indécent ». Je veux dire… Vous avez l'air d'avoir d'étranges façons de vous amuser. Je ne dis rien sur la danse, j'adore danser, mais cette fois où tu es rentré tout blessé parce que ta calèche s'était renversée…
Ce fut au tour de Blaise de tiquer et de rectifier avec une touche de condescendance :
-Chérie, ce n'était pas une vulgaire « calèche », mais un curricle tiré par mes quatre meilleurs chevaux. Et les courses impliquent forcément un degré de risque, mais c'est si grisant ! Drago et moi en sommes de fervents habitués.
-Plus grisant que voler sur un balai ? Je ne crois pas, répliqua Ginny.
-C'est différent. Se limiter au quidditch c'est d'un plébéien ! Les moldus n'ont pas la primeur des sports n'impliquant aucune magie, je te rappelle qu'autrefois nous vivions ensemble et que même les sorciers se déplaçaient à cheval ou en… « calèche ».
Ginny abandonna le débat. Elle était en train de faire face au plus gros défaut de Blaise et savait que ça ne servait à rien de continuer à défendre son point de vue. Monsieur avait toujours raison.
-Un jour je te ferais gouter à ça, lui promit-il en lui portant un toast. En attendant, j'aimerais comprendre quelque chose : Pourquoi t'attaques-tu aux grandes équipes de la Ligue ? Il n'y avait pas une histoire parlant de toi allant voir un ancien capitaine de l'équipe de Gryffondor pour qu'il t'engage ?
Ginny fit la grimace, elle aurait préféré qu'il ne lui parle pas de ça. A contrecœur, elle précisa ses propos :
-Olivier Dubois, il est gardien de l'équipe principale du club de Flaquemare. Oui, je sais, mais… Mais… Cette équipe était peut être célèbre avant, mais elle n'a pas remporté de titres depuis un moment !
-Et tu changeras peut-être la donne ! S'exclama Blaise.
-Mais….L'équipe de Flaquemare, Blaise ! Elle est… (Ginny soupira et chercha un moment ses mots avant de trouver ce qui ne lui convenait pas) C'est pas une équipe sexy !
Son petit ami leva les yeux au ciel en pliant son journal en quatre.
-C'est sûr que ce n'est pas les Harpies ou les Faucons, mais c'est idiot de ne pas faire jouer tes relations. La saison des sélections se termine bientôt, et tu risques de te retrouver sans poste cette année juste parce que tu veux absolument rentrer dans l'équipe de tes rêves. Ginny, à un moment, il faut redescendre sur terre et accepter les opportunités quand elles se présentent.
La rousse tenta de ne pas le montrer, mais les propos pourtant pragmatiques de Blaise lui firent l'impression d'une gifle. C'était le genre de discours que l'on s'attendait à entendre de la bouche de ses parents, mais les siens à elle avaient pour philosophie de vie de faire ce qu'ils leur plaisaient, au détriment de leur richesse ou de leur statut social.
Quand Ginny avait commencé ses sélections, ils s'étaient enthousiasmés pour elle et lui avait dit de foncer.
De façon étonnante, c'était Harry qui avait écrit à Olivier à son sujet.
Son rêve, c'était de devenir la meilleur joueuse de sa génération, et pourquoi pas, d'encourager plus de filles à jouer pro dans ce jeu où elles pouvaient être à l'égal des hommes, mais la seule idée de voir « club de Flaquemare » marqué sur son parcours était comme avoir une miette gênante dans un verre d'eau.
Mais elle réalisait qu'elle avait sans doute un peu trop fantasmé sur son parcours idyllique. C'était juste dur de l'accepter et de se résoudre à « moins bien ».
-Durant toute son enfance on s'imagine des trucs merveilleux sur la vie d'adulte, fit-elle. Mais quand on y arrive, on découvre que c'est toujours pareil. Qu'on est toujours soi, pas plus grande, pas plus merveilleuse, pas plus confiante. Que les gens ne nous ouvrent pas toutes les portes à notre approche, qu'ils ne nous attendaient pas et qu'il faut encore se battre pour se creuser un trou.
Elle releva le regard vers Blaise qui avait le visage insondable, mais ses yeux sombres étaient posés sur elle, et elle se demanda ce qu'il pouvait encore penser. Parfois, elle avait l'impression de le perdre comme si le brun s'enfermait dans un monde personnel. Un monde de secrets.
Elle approcha sa main jusqu'à son visage et le dessina des doigts comme pour le rattraper dans sa chute intérieure.
Il cilla et la vie se fit à nouveau dans ses iris, Blaise récupéra sa main dans la sienne, surpris un instant de la trouver là.
-Le monde n'est pas une jolie petite comédie musicale, affirma t'il alors. Il est complexe, et dur.
Il se leva de sa chaise et rangea ses affaires, s'apprêtant apparemment à partir, il continua néanmoins :
-J'ai toujours pensé que la maison serpentard était celle qui préparait le mieux à l'affronter. Les coups dans le dos… L'hypocrisie… Les apparences trompeuses… On apprend à les endurer et à les anticiper avant que la vie se charge de nous faire cette leçon. (il se décida finalement à lui sourire, une courbe sur ses lèvres qui rendait toujours Ginny toute chose) Ne sois pas butée Weasley girl. Va voir Dubois s'il peut t'aider. Un ami dans cet univers d'argent et de performance, ce ne sera pas de trop.
Oo0O0oO
Fay faisait tapoter la pointe de sa plume de façon répétée, sans cependant rien marquer de ce que leur disait le chef du bureau des Aurors, Mr Gawain Robards. Hermione aurait sans doute tout retranscrit avec la régularité d'un métronome, et ce fut cette réflexion qui força Ron à se reconcentrer sur l'homme qui leur faisait face.
Il était un peu étrange de se dire qu'il ne pourrait plus compter sur Hermione pour rattraper ce qu'il manquait.
La présence de Fay et de Dean à ses côtés pouvait lui faire croire qu'il ne faisait qu'entamer une autre année à Poudlard, mais ses autres compagnons étaient à des bureaux plus loin, ou même dans d'autres bâtiments, à faire des choses totalement différentes.
C'était définitivement la croisée des chemins.
On finissait de leur expliquer le système de tutorat – chacun d'entre eux seraient mis sous la responsabilité d'un Auror - quand le Directeur de la Justice magique apparut derrière la porte vitrée de la salle de conférence.
-Ah ! Robert ! S'arrêta dans son cours Robards en allant lui ouvrir.
Les élèves se redressèrent légèrement, inconsciemment, intimidés par l'homme qui se trouvait à présent devant eux et qui portait en plein sur son visage les stigmates de la Guerre.
-Voici le Directeur de notre département, Mr Robert Winters ! Jusqu'à la chute du Ministère, il était juge et nous avons partagés des cellules voisines dans les prisons de Vous-Savez-Qui !
Il donna une légère bourrade dans le dos du Directeur qui leva un sourcil amusé :
-N'en fait pas un sujet de fierté, c'était loin d'être une partie de plaisir de t'entendre marmonner en boucle des plans d'évasions.
Robards émit un bref son rauque indigné tandis que les anciens élèves de Poudlard ne pouvaient s'empêcher de sourire discrètement, séduits malgré eux par l'homme qui parlait de son incarcération, probablement difficile, impliquant sans doute une certaine dose de torture, que comme un embêtement mineur.
Ron, en particulier, se sentait comblé de l'attention de l'homme sur eux : il savait que son père le tenait en très haute estime, tout comme son grand-frère, Percy.
-Je suis venu voir notre future génération de chasseur de Mage Noir, expliqua alors Winters. Parce que même si la Guerre est terminée et que Vous Savez Qui a définitivement disparu, il ne faut jamais baisser la garde ! Parce que la plupart de ses partisans sont encore en fuite, bien sûr, mais aussi parce qu'en chaque sorcier dort un potentiel Mage Noir… N'oubliez jamais que la tentation est forte, que la Magie Noire représente bien souvent une facilité pour obtenir ce que l'on désire, mais qu'il ne faut jamais se laisser séduire par une telle solution. Vous l'utilisez une fois, cas de force majeur ou avec la pensée qu'il ne s'agit que d'une seule fois et que plus jamais vous n'y aurais recours… Mais elle est retorse, comme une drogue, et une fois se transforme en deux fois… Puis en trois…
Ron buvait ses paroles, fasciné et légèrement horrifié, se sentant très concerné par ce que lui disait l'homme. Durant leur année de recherche des horcruxes… Lui, Harry et Hermione avaient flirté avec les limites des simples sortilèges pour s'en sortir… Et particulièrement Harry…
Sans parler qu'ils avaient tous trois étaient en contact prolongés avec des reliques complétement imprégnées de magie noire.
-En tant que futur Auror, il est dans votre devoir de lutter de toutes les façons possibles contre cette Magie. Contre vous-même, contre les autres, pour vous et pour les autres, continua Winters en secouant un doigt sentencieux. Le Mal peut être partout.
-Euh… Excusez-moi… Fit soudain la voix fluette de Fay.
Tous se tournèrent vers elle et elle se mit à rougir légèrement.
-Oui, Miss Dunbar ?
Elle rougit un peu plus en découvrant qu'il connaissait son nom et s'éclaircit la gorge :
-Je ne pense pas que TOUT LE MONDE puisse être un futur Mage Noir en puissance. Je crois qu'il y a des personnes profondément bonnes.
-Avez-vous un exemple à l'appui ? Demanda le Directeur en haussant les sourcils, pas moqueur, mais clairement sceptique.
Avant même que sa petite amie ait pu dire un nom, Ron savait de qui elle voulait parler et il se retint de la pincer ou quelque chose du même genre pour lui dire que ce n'était PAS DU TOUT un bon exemple.
-Harry Potter, répondit Fay en essayant d'avoir l'air assuré.
Winters émit un grognement et regarda au plafond comme s'il cherchait désespérément quoi répondre de convenable à cette jeune fille.
-Miss Dunbar, Mr Black est probablement la personne la plus susceptible de basculer du côté des ténèbres dans les prochaines années. Il en montre des signes évidents, et si votre formation se passe bien, je gage que vous saurez vous aussi les voir sans que j'ai à vous les pointer du doigt.
Fay fronça les sourcils, peu en accord avec cette réponse. Dean semblait pensif et Ron était encore plus inquiet qu'avant. Il ne put donc s'empêcher de demander :
-Vous croyez que l'utilisation de Magie Noire… Une ou… trois fois peut modifier la façon dont la personne en question la voit… Ou son degré de tolérance à son égard ? Qu'elle pourrait vous faire accepter des choses ou des gens que vous ne voudriez même pas approcher avant ?
Là où lui s'était retenu, Fay lui donna un grand coup de pieds dans le tibia en le fusillant du regard :
-Ron ! Cracha t'elle entre ses lèvres en voyant très bien où il voulait en venir.
Mais il ne pouvait s'empêcher de faire le parallèle avec le fait qu'Harry partageait désormais sa famille avec des Malefoy. Et que Ron lui-même s'était laissé dragué par un serpentard avec beaucoup de plaisir coupable… Mais… Lui il avait résisté. Il avait été plus fort que les ténèbres. Harry par contre… Etait en train de se faire avaler par eux.
Et Winters semblait comprendre lui aussi très bien de quoi il parlait puisqu'il eut un sourire sinistre :
-Oui, Mr Weasley. Je pense qu'elle peut tout à fait faire cela.
Oo0O0oO
L'ancien Mangemort, fils héritier de la grande et crainte famille Malefoy, et accessoirement pervertisseur de Sauveur Sorcier, était en train de se liquéfier sur place.
Il n'avait pas dormi de la nuit, ni du jour d'ailleurs, il était presque midi et sa fille, Merlin, sa fille continuait à vomir tout ce qu'il essayait de faire rentrer dans son estomac, et ce même les potions qui devaient JUSTEMENT l'empêcher de vomir.
Il tournait en rond dans la nurserie, les vêtements pleins de salives, de lait, de bouillies de légumes, qu'il ne pouvait même pas nettoyer car ses bras étaient tout occupés d'une Evangeline gémissante, tortillante et larmoyante.
Il allait mourir. Sa fille allait mourir avec lui. Et il ne pourrait pas assister au dîner privé de Lord Prowse ce soir. Demain tout le bottin mondain saurait que lui, Drago Lucius Black Malefoy, avait sans doute péri dans d'atroces souffrances.
Non, il n'était PAS mélodramatique, ni non-pragmatique, quoi qu'en pense son connard de meilleur ami. Il était juste, peut-être, un peu déprimé.
Beaucoup déprimé.
N'y tenant plus, il s'arrêta au milieu de la pièce et, à son tour, éclata lamentablement en sanglot. Il était à bout : il était sûr que dans une autre réalité sa vie aurait été bien différente. Il serait en ce moment en train de déjeuner tranquillement, l'esprit serein, au milieu de la salle à manger du Manoir Malefoy, portant ses plus belles robes avant de partir au travail, impatient à l'idée de la société qu'il irait rejoindre dans la soirée. Il serait brillant et envié, l'objet de l'admiration ou de la crainte de tous.
Ça, ce serait dans une réalité où ce damné Seigneur des Ténèbres ne serait PAS revenu à la vie lors de leur quatrième année.
Ce monstre lui avait volé sa vie parfaite !
Et il avait essayé, il avait vraiment essayé d'être courageux et patient et de ramener de la perfection dans son monde. Toutefois tout semblait se liguer contre lui.
Il n'avait jamais demandé à être père aussi jeune, ni à être marié à un homme qui ne voulait même pas de lui dans son lit. Il était là, coincé dans cette maison, parce qu'aucune administration et entreprise sorcière ne voulait de lui à cause de sa foutue marque des ténèbres, le monde allait se faire sans lui, et sa fille, son unique héritière, était malade.
Rien n'allait ! Et ce n'était pas acceptable pour le descendant de trois grandes lignées sorcières ! Alors il avait bien le droit de pleurer, non ?!
Plusieurs coups répétés retentirent à la porte de la nurserie, et, de façon très distinguée ( Ou pas ?), Drago réussit à réquisitionner un bout de bras pour sécher larmes et morve de son visage avec un long reniflement.
Il put ainsi aboyer :
- ALLEZ-VOUS-EN ! JE VOUS AIS DEJA DIT QUE JE N'AVAIS PAS BESOIN DE VOUS !
-Mais Mr Black…
-ALLEZ VOUS OCCUPER DE VOTRE FILS ET LAISSEZ MOI M'OCCUPER DE MA FILLE EN PAIX PAR SALAZAR !
De l'autre côté de la porte verrouillée, Georgia Wallace croisa vivement les bras sous sa poitrine. Elle était entourée de Falcon qui jouait avec un train en mousse et de trois elfes de maisons inquiets, dont l'une portait un plateau de nourriture pour son Maître très certainement affamé.
-Mr Black ! Retenta Georgia. Soyez raisonnable et venez au moins manger quelque chose !
-JE N'AI PAS FAIM ! Réussirent-ils à entendre au-dessus des pleurs d'Evangeline qui avaient soudainement redoublés.
Les elfes se regardèrent sans savoir quoi faire. Le dernier qui avait essayé de transplaner dans la pièce avait failli recevoir un sortilège cuisant, et ils avaient un peu trop de mauvais souvenirs de ce genre pour vouloir retenter l'expérience… Pourtant…
Ce fut la gouvernante de Lost Wood qui mit un terme à leurs dilemmes : elle attrapa le plateau des petites mains de Laney, puis, déterminée, fixa la porte comme une ennemie.
-Falcon, chéri, ne prends pas exemple sur Maman, d'accord ? Lança-t-elle à son fils qui se contenta de la regarder un instant avec attention.
Elle donna alors un grand coup de pied dans la vieille porte et réussi à la faire sauter de ses gonds. Celle-ci alla s'écraser aux pieds de Drago qui fit un brusque saut en arrière, apeuré, étouffant pratiquement Evangeline contre lui en mesure de protection.
Les elfes fixèrent la gouvernante avec ébahissement alors qu'elle pénétrait dans la pièce en escaladant la porte et elle s'autorisa un instant pour leur adresser un sourire charmant :
-Cinq ans de Krav-maga.
Ils n'avaient pas la moindre idée de ce que c'était, mais ils le devinaient vaguement et commençaient à comprendre pourquoi leur Maître avait embauchée cette moldue entre toute.
Décidant de lui donner les rênes pour cette affaire, ils disparurent alors qu'elle posait soigneusement le plateau de nourriture sur une table basse. Ses gestes étaient redevenus doux alors que le regard du jeune homme les suivait avec crainte.
Un tout jeune homme, pensa alors Georgia avec un soupir. Certes, elle n'était elle-même pas si vieille que ça, mais à côté d'elle, le mari de son employeur était à peine sorti de l'adolescence. Ainsi, malgré l'antipathie qu'il lui inspirait généralement, en ce moment elle ne pouvait ressentir que de la bienveillance à son égard.
-Lord Black, commença t'elle doucement. S'il vous plait, laissez-moi m'occuper d'Evangeline pour que vous puissiez aller vous reposer. C'est mon travail.
Son geste vers eux fut avorté lorsqu'il s'écarta un peu plus, ses yeux rouges d'avoir pleuré exprimant toute son aversion. Cela lui donna un coup dans l'estomac. Qu'après plusieurs mois de cohabitation il la regarde encore comme si elle était une sorte de lépreuse à ne même pas approcher.
Avait-il jamais touché un non-sorcier ? En 19 ans d'existence ?!
.
-Est-ce que c'est bizarre ?
Elle se souvenait de la peau nue contre la sienne, les légers petits chatouillis qui pétillent sur son épiderme. La première fois, quand elle ne savait pas encore ce qu'il était, ce qu'il y avait en lui, elle avait cru que c'était l'Amour.
Eh bien, aussi. Mais c'était surtout de la Magie.
Mais cela voulait dire qu'elle, elle ne pétillait pas contre lui.
-Est-ce que c'est bizarre ?
-Cela ne devrait-il pas être ma réplique ? Avait-il demandé avec un son de gorge pensif. Les hommes normaux ne font pas ça. Pétiller.
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La main soucieuse d'Andromeda sur son avant-bras… Quand elle frôlait les épaules de Monsieur Harry pour l'aider à enlever sa cape… Sa bouche qui se posait sur les joues potelées et soyeuses de Falcon… Le revers de sa main qui caressait le front clair d'Evangeline… Elle s'était habituée à sentir la magie qui les habitaient tous et qui était comme un symbole de reconnaissance et de ralliement entre eux. Leur façon de montrer patte blanche.
Elle n'avait jamais eu l'impression que le contact qu'elle leur imposait était désagréable. Jusqu'à ce garçon trop pâle, trop froid et paradoxalement trop émotif. Excessif dans toutes les facettes de sa personnalité.
Habituellement elle laissait passer, Monsieur Harry s'assurant d'une expression mécontente de faire comprendre à son mari qu'il se comportait comme un abruti fini, mais aujourd'hui il y avait l'enfant dont elle avait la garde qui était malade et un père beaucoup trop perturbé pour être d'une utilité quelconque. Georgia affronta le regard avec détermination, et avant même qu'il ne puisse réagir, elle bondit sur le jeune Lord pour le ceinturer de ses bras.
-VOUS ! Cracha ce dernier en s'hérissant comme un chat menacé. COMMENT OSEZ-VOUS ME TOUCHER ?!
Evangeline se mit à crier plus fort, gesticulant pour échapper aux bras de son père, mais ce dernier se débattait déjà dans l'emprise de Georgia. Elle ne le lâcha pas. Aucun des deux. Le contact avec Lord Black n'était pourtant en rien pétillement, il était douloureux, comme si de petites lames s'enfonçaient dans ses bras. Elle ignora les picotements, voulant prouver son point, et supposa que la magie réagissait simplement à ce que son maître considérait comme une agression.
-OTEZ VOS SALES PATTES DE MOLDUE ! Continua à brailler celui-ci, se faisant cependant couper d'un pied dans le menton de la part d'Evangeline et d'un « Chut ! » autoritaire de la gouvernante.
En réponse les yeux de Drago lancèrent des éclairs et il siffla d'une voix menaçante :
-Quand je dirais que vous m'avez molesté…
Georgia ne s'inquiéta pas outre mesure, cela risquait d'amuser beaucoup Monsieur Harry, mais ce serait tout. Si elle pouvait ignorer la douleur physique que le sorcier lui infligeait, consciemment ou inconsciemment, elle pouvait passer outre ses malédictions et continuer à le serrer contre lui en chuchotant des paroles rassurantes et douces.
-Je ne suis pas votre ennemie Lord Black. Je suis là pour vous aider. Vous n'avez pas à avoir peur de moi.
Il poussa un halètement dépité, comme un signe de reddition et petit à petit, elle le sentit se mollir contre elle, las, et la douleur s'apaiser en ne laissant qu'une sensation de brûlure entre sa peau et le coton de sa robe.
Même Evangeline se contentait désormais de gargouiller vaguement, apaisée par sa voix.
-C'est ça, souffla t'elle paisiblement. Tout va bien. Vous allez vous reposer, tous les deux, maintenant.
Délicatement, elle s'orienta vers le lit le plus proche – celui de la chambre adjacente à la nurserie où dormait Monsieur Harry, songeant qu'il n'aurait probablement pas d'objection à laisser son époux en profiter.
Drago se laissa guider, légèrement absent, si fatigué que ses yeux se fermaient tous seuls. Sa peau le démangeait comme si des fantômes d'insectes s'y promenaient, mais la sensation cessa aussitôt qu'il se sentit installé sur un lit. Ça sentait l'odeur d'Harry et il ne rêvait plus que de s'effondrer au milieu de ce parfum et se laisser envahir.
Il y avait cependant sa fille.
Georgia tendit les bras pour la lui réclamer et il hésita.
-Je vais prendre soin d'elle, ne vous en faites pas. Je reste dans cette pièce, d'accord ?
Ce qu'elle ne disait pas était qu'elle allait prendre soin de lui, aussi.
-Je vais juste fermer les yeux quelques minutes, affirma-t-il fermement en lui tendant avec réticence son bébé.
Une fois que le petit poids eut quitté ses bras, il eut l'impression de s'écrouler aussitôt sur la couverture, le visage enfoncé dans un coussin qui sentait délicieusement la protection et la chaleur et le vent. Le sommeil le happa immédiatement même s'il put attraper la sensation d'une main qui caressait doucement ses cheveux et un « Trop jeune » murmuré par une voix féminine.
Oo0O0oO
Dans la petite salle attenante au secrétariat des services du Magenmagot, le travail était monstrueux. Harry, Hermione et Susan furent immédiatement d'accord sur un point : ils ne pouvaient venir en aide à personne tant qu'ils n'auraient pas trié l'océan de papiers autour d'eux. Tant qu'ils n'auraient pas déjà identifié ce qui les entourait.
Heureusement qu'ils avaient Susan, familière de la plupart des formes de documents que l'on pouvait trouver habituellement ici et de ce qui était disposé dans les Archives. Mais même elle se retrouvait prise au dépourvu face aux ajouts de l'année précédente – l'année Mangemort- pouvant aller de papiers à l'air très officiels à des espèces de parchemins déchirés à la va vite remplis d'écritures bâclées. Ils avaient décidés de tout mettre au même endroit pour le moment, peu impatients d'affronter les démons et les horreurs contenus à l'intérieur.
Chacun s'étant pris un morceau de pièce à déblayer, Harry et Hermione tendaient des dossiers ou des parchemins à Susan pour savoir dans quelle pile les placer. Ils ne lisaient les documents qu'en diagonale, réservant ce travail pour un tri ultérieur plus fin, et globalement ils pouvaient avoir à faire à plusieurs types de documents : Des notes de services un peu froissées, des lettres, des photographies ou des affiches même parfois, des rouleaux de parchemins plus ou moins épais et pour finir des dossiers à la couverture en carton brun clair étiqueté généralement d'un nom, certains scellés par des sortilèges.
Il était à noter que pendant qu'ils s'attelaient à leur tâche, des avions en papiers entraient dans leur salle et se dépliaient au-dessus de leurs têtes pour se laisser tomber au hasard. Susan les récupéraient tous avec à chaque fois un profond soupir.
Et alors c'était :
« Pourquoi le service des Usages Abusifs nous envoient ce putain de rapport d'enquête ? Qu'ils l'envoient directement aux greffiers en charge du dossier ! »
Ou
« Qui a besoin d'une liste à jour des membres du Magenmagot ?! »
Ou encore
« Ce n'est pas à nous de monter un jury bordel ! Qu'ils voient ça avec le juge Brodham ! »
Et
« La brigade veut qu'on leur envoie le dossier « Stern » ? Et bien ils attendront ! »
Merlin soit loué pour Susan, pensait amicalement Harry alors qu'elle se levait à nouveau brusquement en furie pour foncer dans le bureau des greffiers, leurs voisins de gauche. En face de ces derniers, il y avait la partie tout à fait administrative du Magenmagot qui s'occupait non pas des affaires traitées, mais uniquement de la gestion des membres et des élections de ces derniers. Un peu plus en avant, c'était le bureau législatif, qui rédigeait les nouveaux décrets, s'occupaient de leur diffusion et pouvaient renseigner les sorciers sur leur application.
A chaque fois qu'Harry avait jeté un coup d'œil dans le couloir, il y avait au moins deux sorciers à l'expression gênée et perplexe qui attendaient sur le banc placé devant la porte de ce dernier service.
Il revenait ainsi des toilettes lorsqu'un homme portant la robe des Aurors entra dans leur bureau et jeta ni plus ni moins un dossier marron sur leur table avant de repartir l'air de rien.
Il jeta alors un regard à Hermione qui en avait la bouche ouverte, choquée.
.
-Ceci, fit l'Auror en posant un gros dossier cartonné marron clair devant Ron, est le genre de dossier que tu trouveras partout ici et qui regroupe toutes les pièces et documents concernant une enquête ou un individu en particulier. Parfois les deux.
Hester Bloomberry n'était pas tout à fait ce à quoi s'attendait Ron comme tuteur – dans le sens où elle manquait cruellement de virilité puisque c'était une femme- mais elle semblait sympa.
Plus sympa que le mec que se coltinait Dean dans un box plus loin et qui parlait trop fort et se comportait de façon brusque. Hester avait déjà presque cinquante ans et était habituée aux recrues, même si, de son propre aveu, c'était rare que ces dernières réussissent leurs trois années d'entrainement. Elle avait cependant un bon feeling le concernant, parce que, eh bien, « tu es Ron Weasley, le compagnon de combat d'Harry Potter ». Elle le regardait cependant du coin de l'œil en disant cela, comme pour le prévenir qu'il devrait mériter à toute heure en sa compagnie ce titre.
-Durant tout le premier trimestre, tu ne feras avec moi que de la paperasse, donc ces dossiers vont devenir tes meilleurs amis.
Elle tapota gaiement sur un tas qui attendait dans un coin de son bureau, comme s'il s'agissait d'une sorte d'animal de compagnie particulièrement indésirable. Bien évidemment, c'était aussi là qu'elle avait placé une chaise pour lui.
-C'est un bon entrainement, continua t'elle, étant donné qu'une grosse malheureuse partie de notre boulot consiste à être collé à ce bureau à faire des choses comme justifier le moindre sort jeté par notre baguette durant chaque sortie.
-Oui, ça a l'air un peu inutile, approuva Ron pour faire montre de fidélité envers sa nouvelle patronne.
Elle lui rendit un sourire en coin avant de jeter un coup d'œil au parchemin qui contenait le programme de Ron pour le mois à venir. Dans pas moins de quinze jours, il aurait son premier test d'aptitude physique et de personnalité, Hester devait l'aider à se préparer pour le second – Ron ayant à suivre l'entrainement des stagiaires tous les matins.
Il ne savait pas s'il était prêt pour tout ça, mais il sentait déjà l'adrénaline chanter dans ses veines, impatient de faire ses preuves. Et au final, même si une partie de lui restait déçu de ne pas pouvoir vivre tout ça avec Harry, il était un peu satisfait d'avoir une chance d'atteindre le haut du classement – ce qu'honnêtement il n'avait jamais réussi à faire avec Hermione et Harry comme concurrents. Trop de réflexion et de mémoire d'un côté, trop d'instinct et de puissance de l'autre.
Pendant un bref instant, Ron décrocha du babillage de Hester et se demanda comment ces deux-là s'en sortaient et s'ils ne regrettaient pas déjà leurs choix.
Parce que… Service administratif ? Ca semblait SI barbant !
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-Et il s'est juste contenté de jeter le dossier ? Répéta Susan, indignée, voulant s'assurer des faits auprès d'Hermione.
-J'étais là, fit Harry depuis son propre tas de papier. Je l'ai vu faire.
-Ca ne va PAS se passer comme ça ! Gronda Susan en attrapant le dossier incriminé. Je vais le leur ramener et vous allez voir ! Non, mais sérieusement ! On n'est PAS leurs larbins ou leur poubelle !
Harry et Hermione la regardèrent repartir en bouillonnant comme un chaudron de potion prêt à exploser.
Mrs Darling passa alors la tête par leur porte, une tasse de thé dans les mains :
-L'heure de prendre votre pause repas les jeunes ?
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L'atrium du Ministère possédait une grande cafeteria qui était éventuellement considéré comme une alternative acceptable pour déjeuner, bien que l'habitude anglaise allait souvent à un sandwich ingéré entre deux dossiers.
Molly Weasley préparait ainsi tous les en-cas de son époux qui se faisait un plaisir de les grignoter entre deux perquisitions. Elle en avait fait pour Percy, aussi, jusqu'à ce que le snobisme de ce dernier le pousse à fréquenter des restaurants hors du Ministère en bonnes et puissantes compagnie.
Ron avait aussi son sandwich aujourd'hui – rôti de porc froid, salade et tomate- qu'il mâchait en compagnie de sa tutrice, les aurors étant aussi adeptes du repas sur le pouce, se nourrissant de toute façon de mauvais café et de biscuits toute la journée.
Harry, Hermione et Susan étaient un peu plus détendus à ce sujet et rejoignirent Justin à la cafeteria pour parler de leur première matinée avec enthousiasme. Ils avaient beau faire les basses besognes des autres employés, tout était nouveau et motivant.
Mrs Darling les attendait à leur retour avec plus de thé et des madeleines fait maison. De quoi affronter un après-midi de tri et de demandes irraisonnables.
Oo0O0oO
Tout était blanc.
Il l'avait d'abord bien accepté, réussissant à définir les angles des quatre murs l'entourant.
C'était mieux que la cellule de prison, avait-il naïvement pensé.
Sa blouse blanche aseptisée meilleure que sa robe de sorcier abimée, puant la mort et la douleur.
Sur sa peau blanche, la marque noire des mangemorts s'était légèrement fanée. IL était mort. Potter l'avait tué. Merveilleux. Et il était encore en vie, Potter. Ce n'était pas juste un rêve. Il se demandait encore pourquoi il avait l'image du corps mou du golden boy, intolérablement dépourvu de cette énergie nerveuse qui le caractérisait si bien, dans les bras d'Hagrid.
Mais non, il était en vie.
Et LUI, le Seigneur maudit, était mort. Vincent aussi. Son père et Gregory étaient sans doute morts aussi. Et lui… Et sa mère… Peut-être que ce n'était qu'une question de temps.
A l'époque, Drago ne savait pas vraiment quoi en penser. Ses sentiments au sujet de sa future mort étaient comme de l'eau qui glissait entre ses doigts. Ce n'était plus de son ressort : d'autres allaient décider pour lui.
Il y avait juste quelque chose. Une sorte de souhait ou d'espoir.
Il aimerait vraiment le revoir avant que ça n'arrive.
Regarder une dernière fois ses yeux si verts qui le brûlaient toujours, lui sourire légèrement pour tout ce qui ne serait jamais. Sur les choses qu'il ne saurait jamais. Le futur qui continuerait sans lui. La douceur de sa peau ou le gout de ses lèvres.
Puis les pensées devinrent un peu moins claires. Les convictions fatalistes devinrent des questions.
Depuis combien de jours était-il là ?
Est-ce que sa mère était toujours en vie ? L'avaient-ils déjà tué sans qu'il en soit conscient ?
Le blanc s'était fondu sous ses yeux en un amas uniforme qui ne se contentait plus de l'entourer – mais l'étouffait avec rigueur, s'enroulant autour de son cou et de son visage, l'asphyxiant.
Comme un tissu poussé sur son visage, il chercha à l'arracher ses ongles ne firent que tracer des sillons furieux et sanglants sur son visage et son cou.
Le rouge tacha pendant un instant le blanc. Un soulagement temporaire.
A reproduire aussi souvent que possible.
Il n'y avait pas de jour ou de nuit. Impossible de dormir. Pas de sommeil et trop de mauvais souvenirs.
Combien de jours ?
« PARLE ! » crachait une voix, mais ses yeux étaient aveuglés.
« Nous saurons tout de toute façon. »
«Vous autres avaient quelque chose de pourri en vous. »
Il demande après sa mère. Personne ne lui répond.
« Tu le sais, pas vrai ? Tu vas être exécuté. Prépare-toi ! »
Il ne peut que se recroqueviller par terre et hurler à la voix de le laisser tranquille. Mais elle continue, elle s'approche de lui et lui murmure à l'oreille chaque détail de la façon dont son père était mort sous le baiser des détraqueurs et comment ça se passerait pour lui aussi… Cette voix…
Il bat des jambes et des bras, il cri de façon hystérique, tout pour échapper au blanc, à l'ignorance, à sa mort prochaine et plus que tout, à la voix de Winters.
-Non ! Ne me tuez pas ! Je ne veux pas mourir ! Je suis désolé ! Désolé ! Je réparerais ! Pitié !
-Monsieur Black ! Perce soudain une douce voix féminine pleine d'inquiétude. Réveillez-vous !
Drago se fige et ouvre brusquement les yeux, les muscles crispés et le corps recouvert de sueur. Une main caresse doucement ses cheveux, un poids chaud est appuyé agréablement près de lui et il y a de la couleur partout où il regarde. Du rouge et or et l'odeur d'Harry.
Merlin merci, il était en vie. Tout ça était fini.
Des larmes coulèrent de ses yeux face au soulagement intense qu'il ressentait, comme à chaque fois qu'il se réveille de ce type de rêve.
-C'était un cauchemar plutôt intense, commenta la personne à ses côtés.
Il se retourne sur le dos, fixant la moldue – Georgia Wallace – qui le contemple avec inquiétude. Il détourne aussitôt le visage, gardant un silence buté. Elle répond en faisant des cercles doux sur sa tempe.
-La guerre, pas vrai ? Demanda-t-elle.
-Qu'en sauriez-vous ? Grinça-t-il.
-Mon époux y a laissé la vie, laissa tomber la femme sans s'énerver, massant toujours le côté de son visage.
Il y eut un silence contemplatif –toujours quand on en venait à invoquer le souvenir de ceux qui étaient tombés - puis elle continua :
-Je fais aussi des cauchemars. Où il est revenu, il va bien et nous sommes ensemble avec Falcon… C'est un bonheur insensé… Puis je me retourne et il a disparu. Parce qu'il n'est jamais revenu. Je me le rappelle brutalement et la douleur est comme au premier jour.
Drago la regarde à nouveau, essayant de décrypter ses traits de moldue et de déterminer si ce qu'elle ressent est semblable à ce qu'un sorcier comme lui peut ressentir. Ses yeux ont l'air loin, comme posé au-delà des parois de cette petite chambre et des murs du Manoir.
-Vous devez me haïr, offrit-il.
-Pourquoi cela ? Répondit-elle, ses yeux papillonnants pour revenir à lui, légèrement confuse.
Il poussa un soupir presque fatigué.
-Mangemort, tout ça.
Pour lui cela voulait tout dire, pas pour elle apparemment.
-Je n'ai jamais su qui l'avait tué, ni quel camp. C'était un espion privé. A ce que j'en sais, Monsieur Harry pourrait tout aussi bien être celui qui a mis fin à ses jours.
-Ça m'étonnerait beaucoup.
-Pour être honnête, ça m'étonnerait aussi… Mais… La guerre se joue de ce genre de considérations. Elle rend les gens fous. Et elle semble avoir pris plus que sa part chez vous. Avez-vous souvent ce genre de cauchemars ?
-Ce genre ? Cracha-t-il avec ironie en se redressant, l'obligeant à se déplacer pour qu'il puisse s'asseoir, ses doigts parcourant des cernes qu'il se savait avoir.
Il allait devoir les cacher sous un sort avant de se rendre chez les Prowse.
-Le genre où on vous torture, précisa alors Georgia avec la gravité d'une statue.
Son corps s'ébroua légèrement en réaction et il décida de faire comme s'il n'avait rien entendu Son esprit s'attacha à quelque chose de sûr et sans danger : il chercha des yeux son bébé.
-Où est ma fille ? Se porte-t-elle mieux ?
Georgia Wallace se leva aussitôt du lit, reprenant toute sa dignité de gouvernante :
-Elle s'est enfin endormie il y a deux heures. Elle a pris sa potion juste avant et n'a donc pas eu l'occasion de la recracher. Je comptais la réveiller dans une heure pour tenter de lui faire prendre un peu de nourriture…
Drago sentit un poids se retirer de sa poitrine et se retira du lit en se sentant encore un peu groggy. Son ainée le regarda faire avec un peu d'inquiétude, se tordant les mains comme si elle rêvait de le repousser dans le lit d'Harry, il la contourna sans un mot et entra dans la nurserie pour glisser silencieusement entre les deux lits des enfants.
Admirer Evangeline qui dormait avec toute la confiance et l'abandon des petits enfants lui mettait le baume au cœur et le rendait tellement reconnaissant d'avoir survécu et de pouvoir être là avec elle qu'il pourrait en pleurer de bonheur. Quand il était près d'elle, tout le reste était secondaire et insignifiant.
Passant une main à travers les barreaux de bois, il caressa la peau veloutée au-dessus de sa manche de pyjama. Elle resta immobile, inconsciente du toucher, sa poitrine remontant et descendant lentement.
-J'espère que tu fais les plus doux rêves Trésor, lui murmura-t-il avant de s'écarter.
Il longea le coin du lit sans la quitter du regard, nourrissant son âme de cette vision, avant de se diriger vers le couloir.
Georgia Wallace fut sur ses pas et referma la porte derrière elle avec précaution avant de lui jeter un regard déterminé :
-Vous devez manger et retourner au lit !
-J'aurais suffisamment de nourriture chez les Prowse, répliqua Drago en prenant la direction de ses appartements en vue de se préparer et d'effacer le plus de trace possible de son travail de garde malade.
Georgia eut un sursaut scandalisé avant de trottiner à sa suite.
-Ne me dites pas que vous comptez toujours y aller !? Monsieur ! C'est ridicule ! Vous pouvez toujours envoyer une lettre d'excuse.
-Certainement pas, la table sera déséquilibrée si je ne me présente pas. Et Lady Prowse pourrait être obligée de faire quelque chose d'aussi désastreux et désagréable que de devoir réviser son plan de table. Vous ne devez rien savoir sur ce sujet diabolique pour seulement oser le mentionner. Et ce serait entièrement ma faute.
-Vous êtes sérieux ?! Scanda avec ahurissement la gouvernante.
-Mortellement.
Il se retourna pour la confronter. Ils faillirent presque se percuter dans l'opération.
-Maintenant, attendez, je vous paie pour que vous vous occupiez de ma fille et je veux bien essayer de vous admettre au final un certain degré de… compétence, pour cela. Mais en ce qui me concerne, vous n'avez pas à me dicter mes actes.
-Je me fais du souci pour vous. Et que vous vous abimiez la santé juste pour assister à un diner…
-Ce n'est pas « juste » un diner, Mrs Wallace, c'est tout ce qu'il me reste de ma vie d'avant. Mon seul morceau de dignité, et j'aimerais le garder…
Il se tu alors que son regard était tombé d'une façon ou d'une autre sur les poignets de la jeune femme. Des marbrures rouges qu'il ne se souvenait pas d'avoir déjà vu les couvraient.
Sans la prévenir il lui attrapa un bras et remonta la manche de sa chemise. Un petit cri lui répondit alors qu'il découvrait d'autres rayures, certaines formant de petites cloques.
-Ce n'est pas grand-chose… Souffla-t-elle en essayant de lui reprendre son membre.
Drago renifla avec mépris, il pouvait reconnaitre des engelures quand il en voyait.
-C'est moi qui vous ait fait ça tout à l'heure…
Elle détourna le visage avec fierté.
-Vous aviez besoin que quelqu'un vous aide… Je sais que les sorciers émettent de la magie et ce que je risque en en touchant un sans son consentement.
-Je vous aurais une pommade à étaler sur les blessures, annonça Drago, son esprit courant à toute allure.
Précipitamment, il la lâcha et s'empressa d'entrer dans ses appartements en bloquant la porte derrière lui.
C'était peut-être l'effet de la fatigue, mais il réalisait à quel point il s'était trompé toutes ces années. Son père lui avait appris à mépriser les moldus, les moquer pour leur manque de magie les obligeant à devoir utiliser leurs mains et se fatiguer inutilement… Une sous race et une sous espèce…
Mais dans son éducation, il avait toujours tenu Drago éloigné des moldus, leur donnant une dimension presque inquiétante, aidé par ses discours au sujet des nés moldus qui menaçaient leur façon de vivre. Durant tout ce temps, Drago avait craint la présence et le risque de contact avec un vrai moldu. C'était idiot, mais il avait toujours eu peur que toucher un moldu lui ferait perdre toute sa magie et le transformerait en une sorte de cracmol. Il avait même accepté de croire que le Ministère sous le Seigneur des Ténèbres étaient dans le vrai quand ils disaient que les nés moldus avaient volés la magie de vrais sorciers.
Mais, dans les faits, un contact avec Georgia Wallace ne lui avait rien fait. Non, au contraire, c'était lui qui l'avait blessé.
Les moldus n'étaient pas fondamentalement dangereux et ne pouvaient pas voler la magie : ils étaient fragiles face à elle. Très fragiles.
Déglutissant nerveusement alors qu'il se rendait dans la salle de bain, il se demandait sur quoi encore il avait pu avoir tort. Et s'il avait su…
Comment les choses auraient été différentes ?
Oo0O0oO
18 h sonna sur l'horloge du bureau des stagiaires du département de la justice magique : Un petit gnome de jardin en bois sortit d'une fenêtre pour taper dans une cloche et Harry s'étira de tout son long, les bras tendus au-dessus de sa tête.
-Arrêtons là pour aujourd'hui, annonça Hermione en se massant le crâne, je serais bien mieux dans mon fauteuil, chez moi, pour continuer à travailler.
-C'est une bonne idée, approuva vivement Susan. Prenons donc une pile des documents déjà triés pour les identifier plus précisément au calme.
-Vous voulez ramener des devoirs ? Soupira Harry depuis son coin de table. Vous n'avez pas vu assez de papiers pour la journée ?
-On en aura jamais terminé autrement, reprit Susan. Et personnellement j'aimerais aussi vite pouvoir passer aux choses sérieuses. D'autant plus que nous ne pourrons pas être efficace avec des documents inconnus en attente. Et si nous ne sommes pas efficaces, ils ne nous garderons pas ou nous laisserons moisir ici ad vitam aeternam et nous ne verrons jamais la couleur d'une salle de procès… Et c'est bien ce que nous voulons tous ici, non ?
Pour seule réponse, Harry tira à lui une pile avec une expression déterminé.
De toute façon, Drago ne serait sans doute même pas là ce soir.
Ce fut donc avec leurs documents dans les bras qu'ils prirent le chemin vers le hall des ascenseurs. Les bureaux étaient toujours bien occupés et une salle de procès était encore en pleine instruction avec la pancarte « Ne pas déranger – procès en cours » devant les portes.
-Une simple affaire de contrefaçon de balais, a affirmé Susan alors qu'ils passaient devant et regardaient avec curiosité.
Le hall sonnait bien plus vide que toutes les fois où Harry l'avait traversé. Moins de publics et de stagiaires sans doute. Il observa les panneaux, les lampes murales en forme de globe et les murs écaillés en essayant de s'imprégner des lieux et de leur odeur de vieux papiers et de tabac.
Si tout se passait bien, cet endroit ferait partie intégrante de sa vie et de sa routine, comme l'avait fait Poudlard quand il était apprenti sorcier… Pourtant c'était très différent – loin de la féérie et du mystère des murs du vieux château. C'était plus brut et impersonnel.
Cela ne sentirait jamais la maison comme Poudlard l'avait fait.
*Et puis tu AS une maison maintenant, tu n'as plus besoin d'adopter un autre lieu.* Se sermonna t'il.
Alors qu'Hermione avait appuyé sur le bouton d'appel et qu'ils attendaient que la cage d'ascenseur daigne s'ouvrir, Harry fit alors attention à une discussion qui semblait houleuse au guichet d'accueil.
Se penchant en arrière, il aperçut un jeune homme aux cheveux châtain qui se disputait avec l'hôtesse d'accueil qui abordait un regard fermé et buté.
-Vous ne pouvez pas juste transmettre ma lettre ? Fit la voix masculine.
-Pas plus que les trois autres fois ! N'insistez pas ! Siffla la femme.
Harry s'avança vers eux avec curiosité et lâcha un petit « oh » lorsqu'il découvrit que le jeune homme était en fait Théodore Nott. Ce dernier se tourna vers lui, une expression harcelée sur le visage, et la femme au guichet couina légèrement en découvrant Harry et se mit à arranger ses cheveux en lui jetant un regard doux :
-Oh Harry Potter ! Enfin, je veux dire… Monsieur Potter, non… Monsieur Black, que puis-je faire pour vous aider ?
- Que se passe-t-il ? Demanda-t-il en faisant attention à son ancien camarade de classe. Enfin, je sais que ce n'est pas vraiment mon affaire…
Il jeta d'ailleurs un petit coup d'œil en arrière où Hermione le regardait en secouant légèrement la tête d'un air désespéré, tandis que le regard de Susan semblait lancer des doloris.
-… Mais ça ne me semble pas une façon très correcte de parler avec un visiteur, continua Harry.
-Monsieur Nott devrait savoir mieux que de venir ici, expliqua la femme avant de prendre une voix chargée d'insinuation. Enfin, vous savez…
-Non, la coupa t'il.
Il n'avait pas envie d'entendre ni de sympathiser avec des bêtises pareille. A la place de cela, il se tourna vers son pair :
-Lord Nott maintenant, si je ne me trompe pas ?
L'ancien serpentard hocha d'un coup sec la tête en guise d'approbation.
-Lord Black.
Harry sourit, retrouvant là le garçon qui économisait ses mots et le fixait comme s'il savait tout ce qu'il se passait dans sa tête. Il réveillait chez lui son côté destructeur gryffondor qui voulait aller chatouiller le dragon qui dort et lui arracher ce qui tournait dans son esprit apparemment très fourni.
Harry blâmait une journée enfoui sous des papiers.
-Est-ce que je peux aider ? Demanda-t-il alors en essayant de contenir sa curiosité.
Nott hésita visiblement, puis ses yeux se fixèrent sur l'écusson de l'uniforme de Harry avec une lueur de désir qui illuminèrent ses iris noisette.
-Je… (Il releva le visage vers Harry). J'ai envoyé plusieurs lettres aux services du Magenmagot – des lettres de recommandations – mais le Directeur Winters ne prend même pas la peine de m'accorder une entrevue.
-N'y a-t-il pas une sorte de décret qui est passé au sujet du travail dans l'administration et les Mangemorts ? Lâcha avec hésitation Hermione qui semblait s'être approchée entre temps.
Elle ajouta précipitamment, l'air très gênée :
-Ce n'est pas contre toi Nott, mais…
-Parce que tu trouves cette loi juste Granger ? Répondit Nott en inclinant la tête, l'expression sombre et les yeux toujours scrutateurs.
Hermione rougit face à eux et Harry fut satisfait de ne pas être le seul à se sentir comme transpercé par le regard.
-Je ne pensais pas que tu étais du genre à mettre tout le monde dans le même sac, continua Nott.
-Je ne le suis pas, mais…
-Je ne demande qu'à ce que nos situations soient jugées au cas par cas, c'est tout.
Hermione allait à nouveau se défendre mais Harry la devança, l'esprit en ébullition comme si Noël était annoncé en avance :
-Tu veux intégrer le service administratif du Magenmagot ?!
-Sur mon cadavre, lâcha Susan plus loin – mais Harry l'ignora.
-C'était… Mon plan, confirma lentement Nott qui semblait soudainement très troublé. Mais…
Harry prit alors un peu trop conscience des regards négatifs provenant tout autour d'eux, Susan et sa haine flamboyante, la standardiste et son expression dégoutée et Hermione qui regardait ailleurs comme si ça pouvait lui éviter de prendre parti contre quelqu'un.
Il lui fit comprendre à quel point il était déçu par son attitude et les joues de sa meilleure amie foncèrent rapidement :
-Ecoute, c'est la loi…
-Une loi injuste parmi tant d'autres, répliqua Harry. Rappelle-moi pourquoi nous avons choisi ce métier ?
-C'est une loi qui a été décrétée par Kingsley !
-Sous la pression de la foule dans un contexte d'après-guerre, afin de satisfaire la lâche plèbe qui, Merlin seul sait pourquoi, avait apparemment besoin de passer leur frustration d'eux même sur tout ce qui avait un rapport de loin ou de près avec un Mangemort. Cette loi n'a aucune subtilité. Nott a raison, ce genre de choses devrait être décidé au cas par cas ! Dois-je te rappeler qu'il est quand même le Major de notre promotion ?
-Non, bégaya avec embarras Hermione, n'ayant apparemment pas du tout oublié ce détail, et en concevant toujours une certaine amertume.
Harry la connaissait trop néanmoins pour penser qu'elle éprouvait de la basse satisfaction à la situation actuelle de l'ancien serpentard.
Quant à ce dernier, il ne semblait plus savoir où se mettre, restant planté et confus au milieu d'eux. Peu importe la façon dont il le regardait, Harry ne pouvait pas voir un Mangemort et un fanatique – mais son intelligence et ses autres talents pourraient en faire quelqu'un de redoutable en politique. Et s'il voulait arriver à faire quelque chose au sein de ce Ministère, il lui faudrait forcément un ex serpentard.
-Je vais parler à Winters, décida Harry.
Nott leva brutalement la tête vers lui en clignotant frénétiquement des yeux pendant qu'Hermione poussait un petit cri de détresse.
-Quoi ?! Alors qu'on a réussi à l'éviter aujourd'hui ? Fit-elle.
-Pourquoi voudriez-vous éviter le Directeur ? S'étonna Susan qui vint se faufiler entre eux, inquiète et suspicieuse. Que se passe-t-il ? Qu'avez-vous fait par Merlin ?
-Rien qui te concerne dans l'immédiat Susan, la coupa Harry. Tu devrais rentrer chez toi.
La rousse fixa les deux ex gryffondors avec indignation.
-Alors ça va être comme ça ? Vous deux qui gardez vos secrets comme à l'école ? Le trio d'Or contre le reste du monde. On ne pourra pas être une équipe et travailler ensemble si vous vous comportez ainsi.
Elle détourna vivement les talons après un dernier regard assassin à Nott et s'échappa vers les ascenseurs, vite suivie par Hermione qui ne semblait vraiment pas savoir quoi faire et tentait d'arrondir les angles. Comme toujours. Hermione n'était vraiment pas bonne avec les disputes.
-Tu n'es vraiment pas obligé de faire ça… Lâcha Nott dans le silence qui suivit la fermeture de l'ascenseur.
-Si. Je le dois vraiment… Nous devons faire de notre mieux, pas vrai ?
Les yeux de Nott s'arrondirent, puis il baissa la tête, pensif.
-Je n'ai jamais fait quoi que ce soit pour toi…
-Si, tu m'as mis en garde contre Winters l'année dernière… Et tu avais raison. Je croyais qu'il m'aiderait, mais maintenant, je ne pense pas qu'il soit de mon côté.
-Et tu vas l'affronter et mettre en danger ta position alors que ça devrait être mon combat ?
-Oui, parce que ce serait trop dangereux pour toi… (Harry le fixa) Drago a très peur de Winters, je ne sais pas pourquoi, il ne me l'a jamais vraiment expliqué, mais je ne pense pas que ce soit infondé.
-Il s'est passé des choses… Se contenta de dire Nott. Les guerres et les occupations par l'ennemi sont terribles, mais les retournements de situations le sont aussi. La vengeance s'abat, aveugle et sourde. (Il eut une sorte de sourire ironique et tordu) Dame Justice a pris de longues vacances.
-Alors il est temps pour elle de reprendre le travail.
Avec une brève tape à l'épaule, Harry lui passa la moitié de ses documents.
-Étudies ça ce soir et vient demain matin dans notre bureau. C'est tout au fond du couloir, derrière l'office du secrétariat.
-Mais…
-Demain matin, le coupa-t-il avec un sourire confiant.
Mais dès qu'il remit les pieds dans le couloir de la section justice, son visage s'assombrit et ses yeux se figèrent, prêt à en découdre.
Il avait désormais des choses à apprendre sur Winters. Pour lui, pour Drago, pour Evangeline et pour Nott. Jetant le reste de ses papiers sur une chaise attenante, il tapa fortement à la porte du bureau du directeur.
Oo0O0oO
Ginny fixa un instant la lettre qu'elle avait dans les mains, puis avant de se rétracter à nouveau, la confia à Coqcigrue qui s'envola avec enthousiasme dans le ciel coloré d'un lent couché de soleil.
Jouant machinalement avec les rideaux de la fenêtre, elle pensa à Flaquemare, à Harry et Olivier, puis son esprit la ramena à nouveau, inévitablement sur Blaise et les mystères qui s'accumulaient autour de lui. Un nouveau but s'ajouta à celui de devenir joueuse professionnelle – et il aurait dû paraitre modeste par rapport à celui-ci, mais elle avait le sentiment qu'il serait tout aussi ardu à mettre en œuvre.
Entrer dans la réelle intimité de son petit ami. A commencer par sa Maison, Raven's Park.
Oo0O0oO
Dans le miroir, personne n'aurait pu dire que Drago avait passé une journée abominable. Les sorts de glamour faisaient à merveille leur effet, tout comme les potions toniques qu'il avait avalé d'une traite. Harry n'était pas encore rentré quand était venu pour lui l'heure de partir, alors il s'était juste assuré de souhaiter bonne nuit à Evangeline alors que celle-ci était blottie dans les bras de Mrs Wallace, buvant goulûment son biberon.
La gouvernante lui avait jeté un regard chagrin, mais il n'y avait pas fait attention.
Devant la Cheminée, il s'accorda un instant, poussant un profond soupir avant d'attraper le chapeau que lui tendait Lucky et forgea sur son visage un masque de contentement dédaigneux. Ce soir tout irait bien, il serait comme tous les autres jeunes aristocrates et personne ne le plaindrait ou le fixerait avec pitié.
Personne ne distinguerait le trou noir qui fleurissait en lui.
La poudre de cheminette le fit disparaître alors qu'Harry passait la porte d'entrée.
Patmol II se précipita vers lui pour fêter son retour à coups de jappements heureux et de queue fouettée. L'expression sombre et soucieuse que le jeune homme arborait se lissa avec reconnaissance alors qu'il se baissait et laissait tomber son tas de documents pour frotter la fourrure de l'animal. Mrs Wallace suivit alors, descendant les escaliers d'un pas mesuré alors qu'elle portait Evangeline dans ses bras.
La petite fille, le biberon toujours en bouche, délogea une main de son giron pour l'ouvrir et la refermer en direction d'Harry, ce qui était sa façon de saluer depuis quelques jours.
Ses yeux étaient cependant lourds de sommeil.
-Elle a l'air épuisée, souffla Harry en la récupérant contre lui, la berçant machinalement alors que sa petite masse se fondait au creux de son torse.
-Oooh oui, dure journée pour une petite demoiselle comme elle.
-Ce n'est pas marrant d'être malade, hein ma chérie ? Roucoula-t-il. Papa aussi a eu une journée éprouvante.
Evangeline ne babilla même pas, toute occupée à somnoler. Elle avait l'air si sereine et si sans défense que Harry referma un peu plus ses bras autour d'elle, envahi par le puissant désir de la protéger de tout ce qui pourrait la menacer.
Il sentit la magie de la Maison répondre en harmonie, et pendant un instant, il put savoir où se trouvait chaque être vivant dans la demeure. Des elfes de maisons réunis dans la cuisine, au vieux Jarvis Briggs dans son petit pavillon, aux chevaux mâchonnant leur foin dans leurs boxes personnels.
Et tout comme elle, il se sentit légèrement angoissé face au manque d'un membre de la famille. Elle l'influençait en grande partie, bien sûr, réclamant que toute la Famille soit à l'abri entre les murs, mais au-delà de la volonté de l'Ancienne Magie, il ne pouvait pas s'empêcher de craindre que Drago lui soit à un moment ou à un autre retiré. Surtout après avoir été en contact avec Winters.
Ses yeux allèrent immédiatement à ses papiers par terre et il sentit sa détermination redoubler.
Il DEVAIT faire de ce monde un endroit meilleur pour toutes les personnes qu'il aimait et il y mettrait toute son énergie.
Il rendit sa fille à Mrs Wallace et se pencha pour ramasser son travail, lui évitant un sort tragique entre les crocs de Patmol II.
-Je vais coucher les enfants puis nous dinerons ? Demanda la gouvernante en remontant déjà les escaliers.
-Désolé, ce sera sans moi, s'excusa Harry. Je vais demander à Happy de me faire un sandwich. Je vais travailler dans la bibliothèque.
Mrs Wallace s'immobilisa et se retourna vers lui, légèrement catastrophée.
-Travailler ? Mais… Vous aussi avez à peine dormi la nuit dernière ?!
-Ca ira ! Lui assura t'il en la dépassant dans les marches. Je suis résistant !
Et il s'empressa de s'engouffrer dans les couloirs du premier étage avant d'être arrêté.
Oo0O0oO
Georgia, laissée muette sur l'escalier, mit un temps pour se reprendre et baissa les yeux sur Evangeline avec une expression scandalisée :
-Vous, demoiselle, n'avez pas intérêt à hériter du manque de conservation de vos deux pères. Sinon je serais dans le regret de leur remettre ma démission. Je n'ai pas signé pour m'occuper de trois enfants inconscients.
Evangeline n'émit aucune protestation, déjà profondément endormie, et la jeune femme poussa un soupir exaspéré avant de gravir le reste de l'escalier jusqu'à la nurserie.
Oo0O0oO
Dans le grand salon de Lord et Lady Prowse, tout brillant de chandelles et d'argenteries lustrés, allaient et venaient, devisant, la quelque trentaine de sorciers invités à ce dîner « intime ». Les sourires de façade étaient tous en place, tantôt plaisants, tantôt plein de morgue, la confiance en eux, en leurs noms et leurs richesses embaumaient les lieux comme un encens puissant.
Drago s'imbiba de l'atmosphère alors qu'il saluait ses parents, eux aussi présents, répondaient nonchalamment aux questions de sa mère sur Evangeline, avant de présenter ses respects aux personnes suivantes, gardant en objectif Blaise qui se trouvait à l'autre bout de la salle, une lueur narquoise dans le regard pour son interlocuteur actuel.
C'était une salle de spectacle, et ils connaissaient tous les deux leurs rôles et leurs textes.
Rassurant et familier. Emmitouflés dans des couches d'apparences confortables et avantageuses.
Alors pourquoi Drago avait l'impression de sentir, à chaque nouveau sourire, le vide au fond de lui ronger un peu plus les bords de l'abime ?
Oo0O0oO
Une heure du matin venait de sonner depuis chaque horloge de Lost Wood quand Georgia entendit des pas faire grincer les escaliers. Elle laissa son ouvrage de tricot sur une petite table et passa la tête par l'embrasure de la porte de sa chambre pour voir à travers le jeu d'ombre tombant sur le parquet du couloir que Drago venait de rentrer dans la suite parentale.
Cela en faisait un dans son lit.
Nouant un peu mieux sa robe de chambre à sa taille, Georgia sortit et descendit discrètement jusqu'à la bibliothèque. La lumière d'une lampe à huile passait encore à travers la porte, mais quand elle l'ouvrit, la jeune femme découvrit l'autre Maître des lieux endormi, avachi sur une table basse, une plume encore à la main et la joue appuyée sur un dossier.
-Vraiment ? Soupira-t-elle.
Si elle avait été une sorcière, elle l'aurait surement fait léviter jusqu'à sa chambre (et pourquoi pas même la chambre de son époux tant qu'à faire) mais comme elle n'était qu'elle, sans pouvoirs ou capacités surnaturelles, elle attrapa un plaid sur un fauteuil et le drapa sur la forme voutée du jeune homme.
-Bonne nuit.
Soulevant le bec en verre, elle souffla la flamme et laissa la pièce à la seule lumière des braises dans la cheminée.
Cela avait été une longue journée pour tout le monde.
A suivre…
Et voilà ! Je ne peux pas vous donner une idée de date pour la suite, mais je peux vous dire que ça parlera de Théodore, bien évidemment, le petit nouveau de la bande du cagibi du département de la Justice magique, mais aussi de Hermione, de Harry et Winters, ainsi que de quidditch. Il y aura quelques confrontations à prévoir !
