L'explosion et l'éboulement se firent entendre derrière elles. Rip et Zorin accélérèrent le mouvement mais leurs blessures ne leur permettaient pas d'avoir un pas rapide. D'autant qu'arrivées devant la porte, alors Zorin ne prêta même pas attention au fait que ses victimes précédentes avaient disparu, elles se retrouvèrent bloquées. En effet, les barreaux en métal furent toujours abaissées. Zorin ne voulut pas perdre de temps à essayer de les soulever ou de trouver le mécanisme.

_ Par là, dit-elle.

Zorin emmena Rip dans la pièce voisine. Elles s'empressèrent d'utiliser l'ascenseur et se retrouvèrent sur les toits. Le froid glacial s'engouffra violemment dans leurs blessures fraiches, les faisant tous deux grincer des dents et siffler de douleur.

Le soleil se levait.

_ Zorin, cria Rip dans le vent violent, qu'est-ce qu'on fait ?

Zorin se pencha, le sol fut bien loin en dessous. En tant que vampire artificielle et après les deux combats explosifs qu'elles avaient tous deux menés, pouvaient-elles se permettre de sauter ?

_ On saute, cria Zorin.

Zorin saisit Rip et enjamba les remparts. Avec un peu de chance...

Non aucune chance ne leur sera accordée, il n'y avait pas de lac assez profond ou de neige suffisamment épaisse au bas du château pour amortir leur chute.

Rip commença à pleurer dans les bras de Zorin, son bras autour de son cou, sa tête enfouie dans son cou. Usant de son bras blessé, Zorin tenta de planter sa faux dans la pierre dans l'espoir de ralentir leur chute. Le grincement strident de la faux résonna péniblement dans leurs oreilles et le vent, mais la faux ne parvint pas à fendre la pierre ou ni à s'accrochait quelque part.

_ Merde ! Merde ! Merde, jura Zorin à plusieurs reprises.

Une pierre retint la faux, mais trop brutalement et le manche échappa brusquement de la main de Zorin, trop faible pour supporter le choc lorsque la lame se bloqua trop brutalement de la main de Zorin. Le visage choqué, Zorin vit la gravité faire pencher sa faux en arrière et la rejoindre dans leur chute.

Rip cria le prénom de sa camarade.

En dernière acte, enroula ses bras puis serra contre sa poitrine ce qu'elle était venue sauver à tout prix.

Rip hurla.

Zorin ferma les yeux.

Un éclair bleuâtre, Zorin sentit son corps être saisis par quelque chose de plus grand et plus large qu'elle. La douleur dans leur corps se réveilla affreusement lorsque les pattes de leur sauveur atterrirent brusquement dans la neige mais elles survécurent. Zorin entendit ensuite le bruit de sa faux. Elle ouvrit les yeux, le loup-garou blanc les tenaient tous les deux dans ses bras.

_ Capitaine... Vous savez que j'ai vu plus gros que vous dans ce château, soupira-t-elle.

Dans son expression impassible, le loup-garou ramassa la faux et la remit dans la main de Zorin qui constata que Rip avait perdu connaissance lors de l'atterrissage. La chasseresse reposait contre son corps, son mousquet contre son corps mince. Zorin utilisa sa main libre pour protéger la petite tête aux tresses longues des flocons de neiges qui furent en train de tomber sur eux. Schrödinger apparut aux pattes du lycanthrope. Il parvint à monter jusqu'à ses épaules et plantait ses griffes dans le manteau.

_ Allez... ramène-nous à la maison s'il te plait...

Le loup hocha la tête. Il bondit d'un coup et disparut des lieux à une vitesse incroyable.


Le silence régnait affreusement dans le château. De sous les décombres, le dragon s'éleva, projetant et détruisant ce qui le recouvrait. La robe détruite, les ailes déployées et le corps remit de ses blessures à présent, Alcina sentit son coeur être dévorée par une rage telle qu'elle n'en avait jamais connu...

La porte du hall des anges qui menait à la tour voisine avait été barricadée. Juste des brindilles pour Lady Dimitrescu qui bondit sur les portes et les enfoncèrent violemment, les sortantes de leurs gonds jusqu'à projeter l'une des portes par-dessus les remparts, dans le vide.

Bela entrouvrit les yeux. L'air frais atteignit légèrement son corps. Sa vision était floue mais elle reconnut aisément la silhouette de sa mère quittant le château en volant.

_ Maman, pleura-t-elle faiblement.

Bela s'évanouit une dernière fois, avec la pensée que sa mère aurait toutes ses raisons pour les abandonner après leurs échecs.


_ Major !

Dans le zeppelin, le chef nazi fut appelé à regarder l'écran gigantesque d'observation.

_ Nom de Dieu, jura l'un des pilotes.

Major ne dit rien, il sourit juste un peu plus sous ses lunettes en voyant une femme monstrueuse, pourvu d'ailes immenses, voler en direction de l'usine.

_ Rappelez nos hommes sergent, le jour se lève et nous devons repenser nos plans !

_ Oui Major, à vos ordres !

Le Doc arriva dans la pièce. L'écran coupa avant qu'il ne puisse voir quoique ce soit.

_ Qui y a-t-il Major, demanda-t-il.

Un autre écran s'alluma, sur l'intérieur du zeppelin cette fois-ci.

_ Le Capitaine a ramené nos femmes, répondit le chef de Millénium.

Dans la salle principale, le loup-garou apparut avec Zorin et Rip sous chacun de ses bras. Il avait repris forme humaine sous la route. Schrödinger apparut à ses pieds, miaulant.

Le corps du médecin se crispa soudainement, la peur dévora son ventre.

_ Blitz ! Winkle ! Qu'est-ce que vous avez encore fait ?!

En entendant la voix forte et paniquée de son médecin naturellement inquiet pour ses premières expériences, l'illusionniste reprit connaissance.

_ Je me suis battue contre un panzer roumain...

Zorin donna signe au Capitaine de la relâcher alors qu'elle se remettait douloureusement sur ses jambes. Rip fut toujours inconsciente. Le Doc vint la voir en premier.

_ Mais que lui avez-vous fait Zorin, gronda-t-il.

_ J'ai empêché Rip de finir dans une bouteille de vin, répondit-elle fatiguée avant de s'allumer une cigarette, les mains tremblantes, au château.

_ Vous ne vous êtes pas rendue à l'usine Lieutenant Blitz, questionna le Major.

_ Non. Il y a des sacrés monstres en Roumanie Major.

Zorin affronta le regard du Major avec une outrecuidance révoltante.

_ J'y vais de ce pas, enchaina-t-elle ensuite.

_ Oh non ! Hors de question, contredit le Doc en colère, je ne vous laisserai pas mettre en pièce une de mes expériences !

_ Sauf qu'une partie du travail n'est pas votre chef Doc, dédaigna Zorin avec un sourire provocateur et offensant.

_ Peu importe ! Vous et Rip allaient tout de suite m'accompagner à mon labo !

Zorin lui cracha sa fumée au visage puis partit en ignorant les remontrances du médecin nazi.

Elle quitta la pièce quand sa vision devint tout à coup floue et son esprit soudainement brumeux. Le son émit par les paroles derrière elle se coupa et Zorin n'entendit plus rien.

Sinon sans comprendre le bruit d'une radio et d'un appel en morse, avant de sombrer.


Heisenberg été sûr d'avoir vu quelque chose dans le ciel à la tombée de la nuit.

Heureusement pour lui, alors qu'il dormait sur une chaise en métal tenue en équilibre sur ses deux pieds par ses pouvoirs, Alcina Dimitrescu s'introduit en force à la surface de son usine pour lui confirmer ses hypothèses.

Ses ailes et sa taille détruisirent l'entrée à la limite de faire ébouler le toit sur Heisenberg qui fut brutalement réveillé lorsqu'une main gigantesque le saisit à la gorge et le secoua avant de le jeter contre le sol.

_ Debout espèce d'idiot sans cervelle !

Karl se redressa, furieux et désorienté, il fut sur le point d'agresser la comtesse lorsqu'il aperçut sa forme, ses yeux rouges et son expression enragée.

_ Qu'est-ce qui te prends sale garce ?! Et qu'est-ce qui t'es arrivé là ? Tu t'es disputée avec qui au juste ?

_ Il y a des invités non désirés ici. Je veux m'en débarrassée !

_ Oui, je sais tu voudrais que j'aille habiter ailleurs mais c'est un peu compliqué en ce moment, je ...

_ Mais pas toi espèce d'ordure !

Alcina saisit Karl et le tira de force vers l'extérieur. L'homme grisonnant fut sur le point de se défendre avec le métal à proximité quand Alcina le souleva vers le ciel.

_ REGARDE, ordonna-t-elle.

Karl frotta ses yeux, d'abord ébloui par l'extérieur, sa vue finit par remarquer l'anomalie anachronique dans le ciel.

Un zeppelin marqué de la croix gammée du régime nazi.

_ Hé. ! Tu vois que je te l'avais dit putain !

Alcina renvoya violemment Karl à l'intérieur de son usine avant de le rejoindre, ses pieds nues dans la neige glacée et son corps bientôt complètement à découvert.

Quand Karl se redressa, elle fut devant lui.

_ Je veux une armée Karl.

_ Une armée ? Pourquoi tu ne vas pas l'attaquer toi-même ? Ooooh, j'imagine que tu ne veux pas salir ce qui reste de ta robe non ? En vrai ça ne me dérange pas d'y aller moi-même et je... Rhaaaa !

Alcina saisit Karl, enfonça la grille qui menait à la décharge de son usine avec son pied et jeta Karl dans le tas d'ordure plus bas.

_ Une armée ne se conçoit pas avec des mots !

Plus furieux encore, Karl se redressa. Il commença à se former un escalier avec les décombres métalliques environnant pour remonter.

_ Je ne fais pas d'armée pour Mère Miranda !

_ Ce n'est pas Mère Miranda qui le demande, c'est moi qui en veux une ! Pour chasser les parasites de notre territoire !

_ "Notre territoire" ? Tu m'inclus maintenant ?!

Alcina ne répondit pas et commença à partir. Alors que Karl parvint au trou de la surface, juché sur son escalier, sa soeur ainée fut déjà à l'extérieur.

_ Attends merdeuse ! Pourquoi tu veux une armée ? Dis-moi vraiment pourquoi tu ne veux pas les attaquer ? Hé !

Alcina ne répondit pas et s'envola des lieux.

_ Gros cul !

Karl choisit de redescendre dans son trou.

Une fois en bas, le téléphone sonna à la surface.

_ Rhaaaa je déteste les femmes qui vivent ici !


_ Belle bâtisse, belle cascade, beau jardin... Un bien beau lieu pour une mission du Major !

Tubalcain Alhambra, Lieutenant de Millénium, jamais incorporé aux loup-garous, cachée entre les buissons et les rochers, observait la maison sur la colline, vide de présence semblait-il. Les quelques soldats qui l'accompagnaient jouaient cartes derrière lui depuis le couché du soleil. Cela faisant plusieurs heures qu'ils attendaient dans le froid, ils avaient entendu des bruits au loin mais n'avait rien pu voir à cause du brouillard qui leur bloquait la vue. Du reste, il n'y avait rien à signaler du côté de la maison près de la cascade.

Quelques minutes après, un appel radio survint. L'un des soldats en tint compte au "Dandy Man".

_ Lieutenant ? Le Major nous donne l'ordre de nous replier au QG. Il y a eu un accident dans le château et on risque d'être repérés. Et puis le jour se lève. Si on ne bouge pas, le brouillard va nous piéger ici !

Tubalcain mordit sa cigarette et desserra son écharpe.

_ Rentrez-vous. Je vais aller jeter un oeil dans la maison, pas question de revenir bredouille !

_ Mais ?! Et le soleil ? Les ordres ?

_ Je ne suis pas en sucre tas de fientes ! J'ai connu le soleil de Rio, je saurais rentrer ! J'en ai pour deux minutes, cassez-vous et dites au Major que je reviendrais avant midi !

Les soldats s'exécutèrent et quittèrent les lieux une fois le matériel remballé.

Tubalcain jeta sa cigarette dans la neige et s'avança vers la bâtisse.


Alcina revint dans son château et rentra par la même entrée qu'elle s'était créé. Le lustre, le plafond, son hall principal, sa salle à manger, sa cour, ses couloirs, ses filles... tous avaient été saccagés...

Alcina serra les poings. Ses ongles blessèrent sa peau qui se régénéra immédiatement. En avançant, son esprit se rappela sa fille ainée. Bela était toujours dans le salon, au sol, le froid l'avait quelque peu atteint durant son absence, faute des courants d'air qu'elle avait causé aux deux extrémités de la pièce.

La comtesse se rua vers sa fille et la prise dans ses bras pour la couvrir du froid avec ses ailes.

_ Oh mes pauvres chéries... Je le ferais payer à ses chiens d'avoir salis la famille Dimitrescu... Et surtout cette femme ! Mais pas question de m'y rendre sans protection cette fois-ci, je ne veux pas... Je ne veux pas revivre ça une seconde fois, pleura-t-elle douloureusement dans les cheveux de sa fille, maintenant dans le coma.


Fin de cet "arc".