C'était le chien, ce sale cabot-là, maudissait Tubalcain dans sa fuite, jusqu'à ce que les crocs le rattrapent et transpercent sa peau. La chair se déchire, la douleur est là et puis une de ses pattes rentre soudainement dans sa bouche, s'y engouffre et puis le force à ouvrir la mâchoire. La bête salive abondamment, elle déverse son liquide nauséabond et écœurant sa bouche, ça coule et glisse le long de la paroi de son œsophage.
Tubalcain est forcé d'avaler cette substance répugnante. Il ne parvient pas à la revomir.
Le goût revient, les papilles se réveillent soudainement après quelques secondes d'abreuvement nauséeux.
Le Dandy man reconnait le goût du miel, du basilic, de l'ail et de l'orange. Il ne se rappela pas avoir ressenti pareil sur sa langue depuis son dernier repas en tant qu'humain. Le liquide gratte son estomac cependant, son organisme ne reconnait pas le goût du sang et il brutalise son système digestif en représailles.
Pourtant le liquide apaise ses souffrances, les sensations douloureuses des crocs s'évaporent de sa peau. Le poids du chien s'allège, Tubalcain sent son visage se recomposer, la brûlure disparaitre et la patte se transforme en une main féminine.
Et puis le chien n'est plus qu'une boule de brume noirâtre, elle s'évapore puis disparait dans l'air. Tubalcain sent toutefois des griffes sur sa gorge, pourquoi sert-il son cou aussi fortement ?
Et enfin la lumière. Elle revient.
_ Ah saloperie !
Le joueur de cartes couvre ses yeux brûlant, une fois habituée à l'éclairage, il put enfin se rendre compte de la présence de cette silhouette qui se tenait au-dessus de lui, une fiole à la main et une poupée mouvante s'accrochant à son cou.
_ TOI, hurla-t-il.
Tubalcain se releva en vitesse, Donna s'écarta alors.
_ Tu as du sang sur les mains Poker-man, s'exclame la poupée.
_ Quoi ?
Tubalcain regarde ses mains. Où sont passés ses gants ? Ses ongles, ils respirent l'odeur de sa chair et son propre sang. Ses vêtements en sont couverts. Tout est amer et liquide dans sa bouche, une partie de son avant-bras a été mordue à plusieurs reprises. Sa tête lui tourne même légèrement et il finit par revomir soudainement ce qu'on lui a fait boire.
_ Qu'est-ce qui s'est passé ?
_ Reprends ton vomi et peut-être qu'on te le dira, répondit la poupée.
Tubalcain se redresse une nouvelle fois vers Donna. Il aurait sauté sur la jeune femme pour boire son sang au vu de son état, mais il voulait savoir la vérité avant ça.
Et plus encore.
_ Quel genre de femme se cache dont sous ce voile noir... après qu'elle m'ait baisé deux fois.
_ On ne montre pas son visage le premier soir, grogna Angie.
_ La ferme ! Qu'est-ce qui s'est passée ? Qu'est-ce que tu m'as fais subir ? Tu m'as fait boire quoi ? Réponds-moi au lieu de me baiser !
Il y eu un moment de silence sans qu'Angie ne s'exprime. Donna l'ôta de ses épaules et la mise à terre. Elle souleva son voile, complètement.
Tubalcain siffla tel un oiseau charmeur. Un profil gauche si magnifique.
_ Tu cachais ça ma belle ?
_ Tu es un idiot, hurla la poupée
_ Hallucinations, s'exprima Donna, tout le monde y croit et se tranche lui-même la gorge avec ses ongles.
_ Tu as plutôt une jolie voix. Pourquoi je ne l'ai pas attendu avant, hein ?
Donna ne répondit pas. Elle avait l'impression d'avoir déjà trop parlé.
_ Tu salis le tapis, s'exclama Angie, vient prendre un autre thé empoisonné s'il te plait.
Tubalcain rit doucement. Donna se tourna en direction de l'ascenceur. Il l'a suivi.
_ Zorin n'est pas rentrée ?
_ Lieutenant Zorin Blitz est partie seule de son côté durant la mission de cette nuit. Son escouade est renté sans elle, raconta le médecin.
Rip culpabilisait, et si Zorin avait vraiment été chercher Tubalcain pour elle, Rip l'aurait mise en danger par sa faute ?
_ Lieutenant Blitz est une soldate solitaire, Lieutenant Winkle, il est temps pour vous de savoir qu'elle a toujours été une louve désobéissante.
Dégustant son petit déjeuner, le chef grassouillet ne retenait pas ses mots concernant celle qui avait encore une fois suivie son propre chemin plutôt que celui du Major.
_ Vous pensez que Zorin a fui ?
_ Elle pourrait avoir fui, passée à l'ennemi ou bien avoir été tuée, toutes ses réponses sont probables et pourraient même constituer une seule et même réponse également. Je ne peux pas vous dire si le Lieutenant Blitz reviendra vers nous ou pas Fraulein Kaspar.
_ C'est ma faute Major ! J'ai demandé à Zorin d'aller sauver Tubalcain, avoua la chasseresse.
Rip ne put retenir les larmes de sa culpabilité devant son chef.
_ Reprenez-vous Lieutenant Winkle, gronda le médecin.
_ Ce n'est pas un problème Doc, Lieutenant Winkle possède le droit d'exprimer quelques remords. J'ai justement une mission pour vous Lieutenant qui vous aidera à oublier votre camarade.
_ Une... Une mission ?
_ Si vous êtes toujours digne de nous servir.
_ Bien... Bien sûr !
_ Une bonne nouvelle, la nuit prochaine, vous vous rendrez seule à ce lac artificiel et ses moulins pour vous informer sur l'état des frères Valentines.
_ Je dois vous les ramenez ?
_ Les ramener, les exécuter, faites comme bon vous semble Lieutenant ! Vous vous êtes permise des initiatives il y a deux nuits de cela, je pense donc que vous serez capable de vous débrouiller individuellement une fois là-bas. Disposez à présent.
Rip salua le Major et quitta la pièce.
_ Il me punit, dit-elle en dehors de son bureau.
Tulbacain avait retiré son manteau, son chapeau et desseré sa cravate. Maintenant que l'ennemi et lui n'étaient plus en confrontation, il pouvait se mettre à l'aise, même si sa position était maintenant devenue celle d'un rustre alors que Donna demeurait une jeune femme respectable.
_ Vous avez du sang chez vous ?
_ Nous avons parfois des invitées de marque, répondit Angie.
Ils étaient maintenant dans la cuisine. Donna venait de lui servir un verre de sang frais. Pendant qu'il le buvait et calmait son estomac, Tubalcain regardait Donna se refaire du thé sur le plan de travail, dos à lui. Il se posait encore des questions sur cette poupée en robe de mariée, assise à la table à ses côtés, mais ce n'étaient pas les interrogations les plus importantes pour le moment.
_ Il y a encore des choses que tu ne m'as pas dite femme... Qu'est-ce que tu m'as fait boire toute à l'heure ? Si j'ai subi des hallucinations, alors c'était un remède ? Tu m'as guéri ? Pourquoi ?
_ Tu es impoli homme... Et trop bête, insulta Angie.
Grâce au sang, les blessures de Tubalcain se refermèrent. Il put remettre ses gants.
_ Quand le cerveau est trompé, il peut s'attaquer à lui-même si on ne le guérit pas rapidement.
_ Donc tu m'as sauvé ? Et pourquoi changer d'avis sur un type comme moi ? Tu voulais me tuer cette nuit non ?
_ Tu t'es fait quoi au visage, l'interrogea Angie, tu avais une brûlure au visage tout à l'heure. Un incendie quand tu étais enfant ?
Tubalcain ne savait pas à qui s'adresser, Donna demeurait le dos tourné depuis qu'elle était dans sa cuisine. Comment savoir s'il parlait à une ou deux personnes ?
_ Mmm... Non ce n'était pas un incendie, commença-t-il alors que les images de sa fin lui revenaient, je me suis battu contre un puissant vampire et j'ai perdu. Et il n'y a pas de place à l'échec chez les nazis, le sang et la mort sont notre honneur. Ils ont activé une puce dans ma chair qui m'a brûlé une partie du corps pendant...
_ Et le vampire t'a mangé avant de te recracher puis que tu ne brûles c'est ça, interrompit brusquement la poupée.
Le corps du vampire artificiel se crispa.
_ Que ?
_ Je suis une poupée savante, je sais tout de toi, répondit Angie.
Le Dandy man grogne.
_ Pourquoi me demander alors ? C'est quoi ce bordel ?!
_ Tu m'as avoué tous tes secrets lorsque j'ai trompé ton cerveau, s'exprima soudainement Donna, je voulais savoir si tu me mentirais encore.
_ On dirait Blitz, se murmura-t-il, mais tu ne réponds toujours pas à ma question du départ... Et tu vas moudre ton thé toute la...
_ Tu as été seul dans le noir, reprit soudainement Donna, dans l'estomac du chien des enfers. Il disait "J'ai ton âme, tu me serviras à présent et tu regretteras d'avoir servi un autre chef plus tard". Tu l'as fait, tu l'as servi, hors de son corps, à l'extérieur, ensuite les flammes t'ont consumé une seconde fois et tu as décidé de resservir ton ancien chef, celui-là qui n'a aucune considération pour toi, qui t'a manipulé, trompé, parce que tu ne savais quoi faire d'autre, même si tu connais toutes les vérités sur toi et tout autour de toi.
Le silence un instant avant que le Dandy man ne s'exprime une nouvelle fois.
_ Je t'ai dis tout ça ?!
_ Une poupée savante j'ai dis, reprit Angie.
_ La ferme, hurla-t-il.
Tubalcain se leva de sa chaise, il vint vers Donna. Agacé qu'elle lui tourne le dos depuis plusieurs secondes. Saisissant l'une de ses épaules, il la retourna vers lui et la poussa à lui faire face. Angie s'énerva sur place, mais elle n'avait pas vraiment de pouvoir actuellement sur l'homme vampirisé.
_ Cesse donc de me baiser et réponds moi ! Pourquoi tu as voulu me tuer et ensuite décider de me sauver ?
Donna entoura sa taille avec ses bras, elle colla son visage et son corps contre sa poitrine.
_ Je veux que tu restes ici.
La perforation, la perçeuse rentre dans sa tête, le son résonne dans toute sa cervelle.
_ Arrête, pleura-t-elle, arrête... s'il te plait...
Ses tympans doivent être fous. Ils ne peuvent pas entendre un bruit aussi lointain.
Le morse est considérablement fort cette fois-ci, Zorin Blitz l'entend comme si la radio était dans sa tête. C'est toute une boîte à outils qui est dans sa tête, ça tape, ça scie, ça enfonce, ça écrase, ça détruit, ça visse...
_ Stop, stop...
Zorin supplie mais aux pieds de qui ? Le bruit de cette radio, le morse qu'elle émet, la torture sans arrêt. Elle ne peut pas résister, mais elle ne peut pas y succomber non plus. C'est une véritable torture alors qu'elle gît toujours prostrée dans l'eau glaciale et crasseuse du puits. L'eau froide avait toujours eu tendance à apaiser son esprit souvent trop connecté à celui des autres, si bien qu'elle désirait parfois dormir dans un cercueil hydraulique si c'était pour trouver le sommeil, même pour quelques heures.
Cela devient insupportable, elle ne sait pas quoi faire.
_ ARRÊTE !
Zorin se redresse, debout sur ses deux jambes. Sa peau ressent immédiatement l'air frais mais ses oreilles perçoivent le morse qui résonne au loin.
Puis il revient, tel le bourdonnement d'une guêpe qui retrouve sa présence et se rapproche de nouveau pour s'en prendre à elle, pour envahir de nouveau son esprit.
Zorin ne veut pas le subir à nouveau, elle utilise l'échelle du puits et remonte à toute vitesse jusque en haut. Une fois à l'étage, elle marche rapidement puis court, enfonçant des portes fermées à clé grâce à ses muscles soudainement réveillés.
Le bruit est derrière elle, il la poursuit, se rapproche à chaque fois que ses pas sont trop lents.
Sa course s'arrête subitement, son esprit lui rappelle quelque chose d'important.
Zorin panique de nouveau, elle est dans un étau infernal. La monstruosité rouge vif se montre à elle au bout du couloir tandis que le bruit revient. La vampire est prétrifiée sur place, alors que le bruit, plus rapide que la terreur qui s'avance devant elle, s'enfonce dans son crâne et frappe son cerveau le premier.
L'intensité est doublée cette fois-ci, il met Zorin à genoux. Elle est comme prisonnière des artères du coeur et perçois l'intensité des battements si fortement jusqu'à croire que le sien allait exploser. Zorin ne peut pas s'empêcher de hurler alors que l'humanoide rouge se rapproche de plus en plus et qu'elle pleure sa souffrance.
Comme entendre encore et encore les cauchemars des autres, les souvenirs de leurs passés et les illusions se former de force sous ses yeux pendant qu'elle supplie qu'on l'achève sur le champ.
Dans ses derniers instants, Zorin pensa parvenir à décrypter le message en morse sonnant de force dans sa tête et se concentre un instant dessus alors que son corps lâche. Les martèlements deviennent tout autre à cet instant, puis quand le sol se craque et que les images à l'extérieur deviennent fixes.
Zorin revient à elle. Au-dessus de sa tête, la chair de l'humnoide se met à fondre étrangement avant de se reformer, puis de fondre à nouveau.
_ Quoi ?
Le morse frappe toujours dans son esprit, chaque coup amène désormais quelque chose d'étrange dans sa vision. C'est pénible mais cela rends la noiceur des lieux plus brillantes et les combats à l'extérieur plus silencieux. Les fenêtres deviennent des images, puis des dessins, des esquises d'enfants à la craie. Les ampoules produisent des rayons de lumière, des parasites dans sa vision forment des meubles, des tableaux, le sang sur le papier peint se dilue.
Zorin finit par se poser certaines questions.
Elle tourne la tête sur le côté. Elle retire son gants de la main droite avec ses dents et plante ses ongles dans le papier, toute sa force passe dans son bras qui pénètrent le bois. Elle grogne, serre les dents et l'effort tord son visage. Une faible partie du bois se brise, assez pour que Zorin puisse saisir un morceau du papier déchiré et le tirer vers elle.
Le papier, ce n'est pas le même que dans ses souvenirs.
Sa couleur et ses motifs fondent entre ses mains, ils révèlent un bien autre goût de décoration.
_ Une illusion... C'est une ILLUSION !
Zorin tends son bras, la chair qui constitue les paupières de son troisième oeil s'écarte. Tous ses tatouages brillent, elle plaque sa main au sol, les lettres glissent de son corps et se propagent dans tout le couloir, sur toutes les surfaces.
Ils recouvrent l'humanoide rougeâtre qui se met à produire un son d'étouffement.
Puis tout implose. Les surfaces illusoires se brisent toute comme le verre d'une fenêtre après une explosion.
Les murs changent, le couloir est sans fenêtre, les bruits cessent, le monstre a disparu, l'illusion est finie, la lumière revint.
_ "Illusion"... quelqu'un m'a piégé avec une illusion... Cet insecte va le regretter !
Zorin longea les couloirs, tout était nouveau à présent mais cela n'empêcha pas l'illusionniste de trouver son chemin, de retrouver sa faux sous un lit dans une chambre restée ouverte puis de regagner l'ascenceur. Elle n'avait croisé personne en bas, mais plusieurs pots de fleurs sur le chemin.
Zorin entendit d'ailleurs de l'agitation plus haut. Elle reprit l'ascenceur, sa colère était évidemment bien trop forte pour se rappeler que le morse n'était plus dans son esprit, ce n'était juste que les battements de son coeur.
