Tubalcain avait-il une femme dans ses bras lui demandant de rester avec lui ?

_ Quoi ? C'est absurde ! Tu veux que je reste ici ?

Donna refusait de le lâcher. Elle n'avait jamais autant désiré que quelqu'un reste auprès d'elle et surtout pas un homme.

_ Tu ne repartiras pas, dit-elle.

_ Hein ?

Tubalcain n'était pas du genre à rougir. Et puis d'ailleurs, quand la prise devint plus forte, il était clair qu'il ne fut pas question d'une quelconque affection.

Elle veut me posséder, pensa-t-il

_ Je t'ai guéri, s'exclama Angie, tu es un objet de cette maison à présent et la maison est mienne.

_ Quoi ?!

_ Je t'interdis de partir, lui chuchota Donna.

Tubalcain essaya de ne pas fondre dans une terreur inutile, mais les hallucinations étaient encore présentes dans un coin de son esprit et les cicatrices ornées toujours ses bras.

Il lui était facile de comprendre que la solitude avant rendu malade cette femme et sans doute d'autres évènements pour que leurs enfers se rencontrent un jour. Loin de se demander ce qu'elle lui réservait pour la suite, notamment en cas de refus, il était conscient que garder une propriété du Major n'était pas sans conséquence.

_ Si je reste, d'autres viendront me chercher, tu sais ? J'appartiens déjà à quelqu'un d'autre...

_ Penses-tu avoir de l'importance auprès des tiens, l'interrogea Angie non sans une pointe de sarcasme, nous ne valons rien pour nos créateurs aujourd'hui et encore moins pour nos compagnons, nous sommes juste des fardeaux qu'ils doivent porter sur leur dos et supporter, alors pourquoi s'obstiner à venir te récupérer ? Tu n'es rien pour ton chef ! Personne ne t'aime ! Personne ne pense à toi ! Tu n'as aucune considération pour personne !

Le Dandy Man resta sans réponse, pinçant sa lèvre inférieur. Le Major se soucierait-il réellement de sa disparition ? Quelqu'un avait-il seulement tenter de venir le sauver depuis sa venue ici ? Sans doute, il avait donné l'ordre aux soldats de rester à l'extérieur pendant son exploration, son chef le laissait-il, sans doute, encore gérer cette mission seul ? Mais croyait-il encore en lui après plusieurs heures sans nouvelle ? Pensait-il seulement à ce qu'il revienne ?

Avait-il vraiment une quelconque importance au sein de Millénium ?

_ Tu as raison... Personne ne viendra me chercher. Je vais rester donc.

Donna le serra soudainement d'avantage avec ses bras. Lorsqu'elle s'écarta enfin de lui, elle avait le sourire aux lèvres.

_ Nous sommes tellement heureuses d'avoir un nouveau meuble avec nous, s'exclama Angie.

_ QUOI ?! Un "Meuble" ?

_ Tu es chez toi, reprit Donna.

Elle avait beau sourire, Tubalcain n'était pas entièrement confiant. Il pensa avoir néanmoins encore la possibilité d'enquêter sur les lieux en toute sécurité.

Je ne sais pas s'il s'attend à ce que je revienne de la mission ou même encore qu'il pense seulement à ma personne, ou que quelqu'un viendra me chercher, commença à penser le Dandy man, merde ! Elle a raison ! Le Major ne tient pas à ses soldats je devrais le savoir... Il m'a sûrement déjà considéré comme un déserteur ou une âme perdue. De toute façon, je ne pense pas qu'il puisse tenir à moi après avoir été dans son estomac."

Tubalcain retira son manteau et son chapeau, il se mit à l'aise dans ces nouveaux lieux. Alors qu'il suivait Donna, la poupée lui sauta dessus avec un couteau. Il se planta dans son tissu et esquiva sa chair de justesse.

_ Aucun homme ne baise Donna où alors je coupe son petit oiseau dans son pantalon !

_ Mais putain écarte-ça de moi bordel !


Dans sa chambre, Rip était en train de nettoyer son mousquet avant de partir en mission.

Elle avait arrêté de pleurer, mais la culpabilité au sujet de la disparition de Zorin pesait toujours dans son esprit.

La femme impulsive était toujours son unique camarade de guerre féminine et malgré son comportement sadique et monstrueux avec elle, parfois pervers également, elle avait aussi été son démon gardien durant ses années auprès de Millénium.

Rip avait toujours été considérée comme une empotée auprès de ses officiers supérieurs dans le passé. Son habilité au tir et sa détermination lui avait valu ses grades, mais on ne cessa de lui soupçonner de les avoir obtenus sous le bureau du dictateur allemand.

Les soldats masculins n'avaient aucun respect pour elle à cette époque. Lorsqu'elle fut seule femme à Millénium, il lui était difficile de dormir en se sentant en sécurité avec tant de prédateurs autour d'elle n'ayant pas revus les bras d'une femme depuis plusieurs années.

Et puis Zorin est arrivée, elle s'est imposée auprès des hommes comme une lionne indépendante et puissante. Elle traitait Rip de petit rossignol faible, d'être une chauve-souris mignonne, mais stupide et peureuse, d'être loin d'une digne chasseresse.

_ "Si tu veux que tes hommes t'obéissent, avait-elle dit, tu ne dois plus être une gentille petite patriote qui chante, tu ne dois plus vivre dans la peur et la honte, tu dois devenir la plus forte, la plus intimidante possible, tu dois être leur pire cauchemar, tu m'entends ?"

Ainsi Blitz fit de Rip le digne Premier Lieutenant du Major, l'entrainant même à se battre à mains nues malgré son frêle corps, toujours maigrissant à mesure que la vampirisation avançait, jusqu'à ce que les hommes finissent à leur tour sous ses propres bottes allemandes.

Le soleil se coucha. Rip se leva du lit.

_ J'arrive Zorin.


La première journée en dehors de Millénium fut étrange pour Tubalcain, mais reposante. Bien qu'il ne s'attendait pas à apprendre à coudre ce jour-là. Néanmoins, il devait reconnaître le véritable savoir faire de Donna Benneviento dans la confection de poupées en porcelaine. Il avait regardé tous ses croquis, ses recherches extravagentes que la folie avait amené à son esprit, ainsi que toutes ses confections, au milieu de la poussière et de son hygiène délaissée.

Tubalcain ne savait pas combien de temps il resterait ici, mais tant que le soleil brillait, il ne pouvait pas s'aventurer à l'extérieur. Même s'il demandait quand même si le soleil était vraiment une menace ici lors de ses minutes où il eut la liberté de réfléchir et de débattre avec lui-même sur sa situation.

La nuit vint, il emprunta la salle de bain de Donna, mais ne put se laver, faute d'une tuyauterie non entretenue et de la présence d'une texture étrange à l'intérieur.

_ C'est de la moissure, déclara Donna.

_ Je vous demande pardon, interrogea Tubalcain, le dos voûté.

_ Ne mange pas la moissure le moustachu, répondit Angie, où tu auras encore plus de poils à l'intérieur de tes cuisses.

Il leva les yeux au ciel.

_ D'où toute cette moissisure, demanda-t-il.

_ Sous terre, répondit Donna, mais depuis un certain temps, elle remonte de plus en plus à la surface.

_ Une belle merde, grogna-t-il, ce n'est pas ce soir que je prendrai une douche...

Il se releva et frotta durement ses mains l'une contre l'autre avant d'utiliser le tissu d'une serviette pour faire partir toute la moissisure accrochée sur sa peau.

_ Pas d'eau, demanda Donna.

_ On pourrait voir avec le lavabo du bas qui a encore de l'eau pour remplir la baig... Qu'est-ce que c'est ?!

Donna sursauta en même temps qu'Angie.

_ L'ascenceur, dit-elle.

Tubalcain saisit son paquet de carte dans sa poche, il commença à descendre les escaliers quand ses yeux aperçurent la silhouette dans la pénombre de la nuit et qu'il reconnu le bruit des bottes familières sur le péron.

_ Zorin chuchota-t-il, merde ! Salope de sorcière !

_ Qui a-t-il, s'inquièta Donna.

Tubalcain saisit fermement les épaules de la femme italienne, les yeux dans les yeux, l'horreur sur son visage.

_ Écoute-moi, Zorin Blitz est une vraie sorcière, les illusions, c'est son rayon, alors il va falloir que tu lui montres le grand jeu si tu veux que je reste ici !

_ Affronte-là imbécile, insulta Angie.

_ Si je l'affronte, tu peux dire adieu à ta maison et tes poupées ! Il faut piéger Zorin Blitz sinon tu es bon pour l'enfer, et moi pour la torture...

Tubalcain reconnut les tapopements de botte écrasant la cigarette fumée. Il remotiva rapidement Donna et se réfugia rapidement dans une autre pièce pour échapper à l'empoisonnement et aux hallucinations.

Donna s'écarta dans l'ombre de la maison. Lorsque la porte s'ouvrit et qu'elle aperçut la femme musclée aux tatouages, son esprit vit un autre monstre à l'égo surdimensionné et devint immédiatement d'accord pour la piéger, mais jamais elle ne sortira d'ici.


_ TUBALCAIN !

Zorin sortit de l'ascenseur en hurlant le prénom de celui qu'elle savait encore là.

Elle avait senti l'odeur des cigarettes brésiliennes et cela ne fit que rendre sa colère encore pire.

L'illusionniste, sur les nerfs, revint au rez-de-chaussée de la grande maison, vide de vie.

Et puis une carte fusa dans l'air et explosa sur son torse, la propulsant violemment en arrière. Le Dandy man sortit de l'ombre, rhabillez à l'ancienne, ses cartes en main.

_ Je suis ici sorcière !

Zorin se releva, son œil gauche était rouge vif et sa salive s'écoulait de sa bouche. Tubalcain se rendit compte de sa colère en grinçant les dents, Donna l'avait complètement enragée. Zorin restait l'un des plus puissants soldats de Millénium et était capable de se battre sur de nombreux terrains, à distance ou à proximité, à mains nues ou à l'arme blanche, sans parler de ses pouvoirs psychiques.

Si elle avait su se sortir du piège de Donna...

Celle-ci n'était d'ailleurs pas loin, Tubalcain avait mis un foulard sur sa bouche pour ne pas se faire prendre aux illusions que la confectionneuse de poupée qui se manifestèrent de nouveau.

L'obscurité revint dans la vision de Zorin qui voyaient les murs tenter de se rapprocher pour reformer un couloir étroit au papier peint cauchemardesque. Alors que le morse insupportable revenait au galop dans son esprit, Zorin leva sa faux et trancha dans les illusions, touchant les meubles aux alentours et les murs.

Donna devint nerveuse, les illusions ne semblaient plus fonctionner.

Tubalcain s'inquièta aussi, ses cartes n'étaient pas faites pour l'intérieur, malgré qu'il avait été prêt à détruire les lieux la première fois, il ne voulait pas anéantir la maison de cette femme. Mais comment arrêter Zorin dans ce cas ?

Le Dandy man réfléchit, il faut la remettre au sous-sol, pensa-t-il, Donna a plus de maîtrise en bas. Il lança ses cartes et se mit à repousser Zorin vers l'ascenceur, déterminé, mais la faucheuse retrouva vite ses appuies sur ses jambes et planta sa faux dans le sol pour rester sur place, malgré les blessures sur son corps.

Elle parvint ensuite à couper les prochaines cartes, les explosions et coupures lui revenant de chaque côté de sa tête, sans effet, avant de foncer vers le Dandy man.

Tulbacain ne prit qu'une part de la coupure rapide, mais il réussit à disparaitre à travers ses cartes.

_ Où es-tu ?!

Donna paniqua, il n'avait jamais fait ça devant elle. Elle pensa sur le coup qu'il avait fui face au danger et s'approcha alors de la zone d'attaque de l'illusionniste.

_ Y a combien d'insectes nuisibles ici, grogna Zorin en la voyant, je vous détruirai tous !

Zorin tenta de la trancher en deux, Donna fut prise de surprise mais Tublacain revint à temps pour bloquer l'attaque avec ses cartes, mais seulement quelques secondes avant qu'elle ne succombe à la force de Zorin Blitz et que la faux trancha la carte, ainsi que tout son abdomen.

Bien mieux cette fois-ci.

_ Fais chier, hurla-t-il en souffrance.

Zorin attrapa brutalement Donna par le bras. Tubalcain était dans la douleur mais il se releva pour frapper plusieurs fois avec ses cartes et la repoussa avec toute sa force restante. Il y mit toute sa puissance, afin que la vampire artificielle soit renvoyée vers l'ascenceur et pour sauver Donna.

_ Dégage de là salope, hurla-t-il avec colère.

Zorin reculait enfin, il la repoussait, carte après carte, une explosion à la fois, jusqu'à l'ascenceur et s'arrêta juste pour appuyer sur le bouton pour que la grille s'ouvre et se referme sur elle, avant que de faire descendre l'appareil avec une dernière carte.

Quand la fumée se dissipa, l'ascenceur descendait, avec une Donna pratiquement sonnée au pied d'une Blitz juste un peu désorientée.

_ Merde, dit-il avant de cracher du sang et de s'écrouler au sol.