Ce désir de vouloir partir, de pouvoir quitter son corps en pleine agonie, commencer à devenir de plus en plus pressant dans l'esprit de Donna. Sa gorge était écrasée, son corps endurait mille souffrances et son esprit incapable réfléchir convenablement, sinon pour uniquement lui transmettre des raisons valables pour se laisser aller expressément.

Puis le sol trembla. L'esprit pratiquement inconscient de Donna au faible souffle reconnut immédiatement la silhouette imposante et prévisible venant des nuages. Zorin s'arrêta effectivement lorsqu'elle reconnut le hurlement de rage familier. Elle leva les yeux au ciel, où le soleil commençait à se lever, avant que les premières lueurs ne soient couvertes par les ailes de la dragonne, Alcina Dimitrescu.

Dans sa semi-forme, poussée par colère, Alcina saisit les restes du col de l'uniforme militaire de Zorin et la souleva jusqu'au devant de ses iris soudainement rougeâtre, brûlant de rage, libérant ainsi une faible Donna au passage, qui s'effondra sans plus aucune force dans la neige. Alcina poussa un profond rugissement du fond de sa gorge avant de s'exprimer :

_ Toi...

Zorin lui renvoya le même, moins puissant toutefois.

_ Sa Majesté des mouches... Allez ! Attaque-moi si tu peux !

Elle lui crache du sang au visage. Alcina rugit une nouvelle fois, oubliant instantanément son but ici. Sa mâchoire se déploya vite, ainsi que ses os. Prise par la douleur et la colère une fois encore, elle jeta Zorin au loin avec fureur. À peine consciente, Donna découvrit, la terreur et la fatigue sur le cœur, sa sœur ainée se transformer sous ses yeux pour la première fois. Zorin se redressa en grognant avant d'en être témoin à son tour. Sa rage se perdit dans la douleur renaissante de toutes ses blessures subies auparavant, sans parler de ce mal de tête qui surgit brutalement dans son crâne, résultat de toutes les manipulations de Donna sur son esprit et de sa propre lutte contre ces derniers.

Zorin se dépêcha de ramper activement jusquà sa faux.

_ Jamais !

_ AAAAAAAAAAAHHH !

La patte du dragon sur son dos, son dos est écrasée et ses os broyés. Son sang s'extirpe de sa bouche comme le flot d'une rivière.

_ Tu ne feras rien ! Je vais te faire payer tout ce que tu m'as fait !

Un autre rugissement, il ne vient pas d'Alcina mais du loup-garou blanc qui se jette sur elle. Le Capitaine la mort à la gorge de son buste liés corps et âmes à la bête. Pour autant, celle-ci continuait d'écraser Zorin. La soldate hurlait toujours sa douleur mais essayait coûte que coûte de saisir sa faux, pourtant extrêmement loin d'elle alors que son corps n'avançait par d'un pouce. En réalité, elle ne faisait que tendre desespérement son bras alors que son esprit s'effondrait peu à peu lui aussi.

Au-dessus de la soldate, Alcina faisait tout pour garder sa patte au sol. Mais le loup-garou était puissant, rapide et imprévisible. Il était bien loin des lycans, d'Urias sans et des autres loups monstreux du village. Il avait le contrôle. Il pouvait se battre avec des coups de pieds et des coups de talons, avec ses poings comme avec ses crocs. Alcina réussit à le dégager de sa gorge, elle utilisa ensuite ses ailes et sa queue pour le repousser, tentai également de l'attraper avec son immense mâchoire et ses plusieurs rangées de dents. Mais le Capitaine savait passer au travers, parer chaque attaque et sous cette forme, il est bien plus résistant et stable qu'elle. Il mordait sa chair de tentacules blanches et la frappait sans retenu pour la pousser à se reculer, tirant parfois sur ses pattes.

Bloquée par la montagne et son désir de vengeance, Alcina fut rapidement gagnée par la frustration. Malgré sa résistance et sa forme qui lui permettait de résister à la puissance du loup-garou, elle se laissait avoir par son désir de vouloir rester au même endroit. Sa colère n'en fut que plus grande alors qu'elle constait avec douleur que le seul moyen de s'en sortir contre lui, serait de laisser tomber sa colère sur Zorin.

Quand le Capitaine planta ses crocs dans sa patte qui retenait Zorin au sol et décida pour elle, Alcina hurla de douleur et accepta rapidement de délaisser Zorin pour se défendre plus efficacement contre l'animal.

Zorin en profite alors et rampe rapidement jusqu'à sa faux. Puis son excès soudain d'adrénaline l'emmène dans une inconscience totale, une seconde après sa libération, où sa dernière vision fut le combat du Capitaine et sa main ensanglantée tendue vers son arme. Son corps avait atteint ses limites.

_ Stupide chien, gronde Alcina.

Le dragon tente de mordre le loup-garou, celui-ci, remarquant une Zorin libérée et insconciente, relâche sa prise et s'écarte d'Alcina. Mais lancée sur lui, il doit à son tour se défendre et réfléchir à sa stratégie pour obtenir ce qu'il veut.

Pendant ce temps, Donna essaye de se trainer pour se mettre à l'abri mais son corps en est incapable. Angie la ralentissant également, alors elle préféra la serrer contre elle en attendant la suite des évènements. Lorsque des pas accourent vers elle dans la neige, Donna est heureuse de se retrouver face au Dandy Man de nouveau, bien que boitant horriblement.

_ On va fuir d'ici, dit-il.

Donna ne sait pas si c'est possible et n'en a pas vraiment envie mais elle n'était pas en mesure d'aller contre les décisons de son seul allié, son second bras droit. Tubalcain avait réussi à se tenir aux roches de la falaise malgré sa blessure mais elle s'était évidemment alors aggravée lors de la remontée. Il parvint difficilement à prendre Donna dans ses bras cette fois-ci.

_ TUBALCAIN !

Alhambra relève les yeux. Rip van Winkle courrait vers lui. Elle s'arrêta devant eux, lui en train d'aider une autre que Rip ne connaissait pas.

_ Mais qu'est-ce que vous faites ? Où est Zorin ?

_ Elle est en pièce ! Casses-toi de là !

_ QUOI ?! Mais elle était venue vous sauver ! Je lui avais demandé !

_ Je ne travaille plus pour Millenium ! Mon service auprès de vous est terminé !

_ Qu'est-ce que vous racontez... Nous sommes une armée ! Nous devons rester ensemble ! Et je voulais qu'elle vous sauve car vous êtes important pour moi, nous avons été à deux dans l'estomac de...

_ JE N'AI RIEN EN COMMUN AVEC TOI !

_ Qu...

_ Nous n'avons rien partagé du tout. Maintenant, laisse-moi partir !

Le visage de Rip se fige, choquée, sa lèvre tremble, ses yeux s'humidifient, elle se met à grogner. Ses iris sont rouge sang.

_ SALE BATARD !

Rip hurle et pointe son mousquet sur eux. Le Dandy Man tente de bondir plus loin mais ses jambes lâchent au dernier moment. Avec Donna dans ses bras, il lui était difficile de sortir une carte, erreur de stratégie fatale. La balle le transperce lui, ainsi que Donna. Tubalcain tombe au sol et relâche Donna dans la neige. La femme s'écroule définitivement cette fois-ci. Tubalcain reprends, lui, le premier retour de la balle, ainsi que le second alors que Rip redirige sans cesse sa balle vers lui avec une intention vengeresse et des sentiments brisés de le mettre en pièces.

_ Encore... Encore, dit-elle avec une colère qui se transforme rapidement en une rage se crachant au travers de ses dents acérées.

Seulement Rip fut coupée dans son élan. Peu avant, le Capitaine avait enfin réussi a trouver une parade pour s'écarter d'Alcina et se saisir de Zorin, ainsi que de sa faux. Il bondit alors par dessus la dragonne et bouscula Rip au sol pour qu'elle taise son attaque. Sa concentration stoppée, le vol de la balle de mousquet pris fin. La rage de Rip cessa alors à la vue du corps de Zorin, puis, reconnaissant la voix d'Alcina au loin, elle se dépêcha de monter sur le dos du Capitaine et d'accrocher son bras libre autour de son cou pour quitter les lieux au plus vite.

_ Revient ici, hurla Alcina.

_ Don...na...

Alcina s'apprêtait à s'envoler pour les poursuivre jusqu'au dépouillement de leurs os, mais elle entendit une voix. Un homme se trainait jusqu'à Donna. Elle réagit immédiatement, son coup de patte propulsa Tubalcain dans la vide. Cette fois-ci, il ne put s'accrocher ou tenter une remontée. Alcina se rappela alors de sa venue ici et espéra que Donna reviendrait rapidement de ses blessures mais le temps sera sans doute son ennemi. Tandis que par ses blessures subies, son corps réclamait une dose massive de sang frais, Alcina récupéra Donna et Angie avec ses pattes et quitta finalement les lieux. Ça brûlait encore de rage dans son cœur, mais elle avait des choses plus urgentes à régler à son château.

La maison de Donna n'était plus qu'une baraque en bois sous le sang, la neige et la destruction.


Le Loup-garou blanc revint en l'espace de quelques minutes sur le zeppelin. Ce fut le choque pour les soldats à bord de voir le loup-garou blanc s'avancer dans les couloirs avec le corps ensanglanté de Zorin tandis que Rip était descendue de son dos une fois à l'intérieur. La soldate l'accompagna jusqu'au laboratoire du Doktor. Le médecin se releva de sa chaise pour hurler sur Rip avant de devenir pâle comme un mort en voyant le corps de Zorin et la forme véritable du Capitaine la reposait sur l'un des lits de son labo.

_ Ce n'est pas vrai ! Qu'avez-vous encore fait Lieutenant ?!

_ C'est ma faute Doc, se mit rapidement à pleurer Rip, je voulais que Zorin sauve Tubalcain mais il ne le voulait pas ! Il nous a trahis ! Il a tout oublié de nous deux...

_ Vous n'êtes qu'une idiote ! Vous...

Le Doc se voyait donner une gifle à la chasseresse mais le loup stoppa son geste. Il saisit Rip et sortit du laboratoire avec elle. Le Doktor demeura toujours aussi pâle.

_ Il me semble... désobéissant...

Le médecin soupira lourdement alors qu'il se retournait vers Zorin.

_ Il va falloir vous remettre dans l'eau Lieutenant Blitz, du moins quand le Capitaine sera de retour pour m'aider à le faire... Votre réveil sera sans doute bien plus douloureux que le précédent. Tss... Votre égo vous a toujours perdu, Zorin, pourquoi continuez-vous toujours sur cette voie ?


_ Capitaine ? Où vous allez ?

Le loup-garou était ressorti dehors. Le soleil se levait pourtant, pourtant Rip pouvait se tenir à l'extérieur sans en sentir une quelconque gêne. Le froid aidait grandement à réduire la menace des rayons même si il la réchauffait à peine. Mais c'était plus supportable que le froid glacial de la nuit. Lorsque le Capitaine finit par s'arrêter, elle se laissa reposer sur le sol pour resserrer son manteau autour de la taille et se réchauffer. Il venait de la déposer devant un grand moulin, positionné dans un coin du village.

Il est vrai qu'elle avait cette mission à complir.

_ C'est vrai... Vous allez revoir Zorin, Mon Capitaine, non ?

Le Loup-garou gronda légèrement.

_ Vous avez raison... Zorin a probablement besoin de votre aide, je vais me débrouiller seule ici...

Rip ressera son mousquet dans ses mains.

_ Millénium m'a appris à me battre seule mais Zorin m'a surtout appris à ne pas avoir peur de personne et à ne pas être une idiote au combat... Mais à cause de moi, elle est... Elle est dans cet état...

Le Capitaine grogna plus doucement, avec son doigt, il toucha le milieu du front de Rip puis releva son doigt vers le ciel. Rip secoua sa tête et essuya ses larmes, remotivée.

_ Oui j'y vais ! Mais vous, allez-vous occupez de Zorin, Mon Capitaine, je vais m'occuper des Valentines ! Je reviendrai quand ma mission sera finie !

Sur ce, elle le quitta. Le vent souffla. La fourrure du Capitaine se rétrécit jusqu'à disparaitre. Son museau redevint un nez et ses oreilles pointues reprirent leurs formes arrondies. Sous sa forme humaine, il bondit dans la nature et disparu.


Cela faisait sans doute la dixième ou la quinzième fois que Bela revenait dans la chambre de Daniela pour savoir si la benjamine s'était réveillée. Entre temps, elle se rendait dans l'armurie pour voir la cadette, Cassandra, s'entrainer avec différentes armes et aiguiller des couteaux. Puis elle passait par le salon pour essayer de comprendre comment leur mère avait pu réparer tout ce qui avait été détruit lors du précèdent combat. Le plafond était comme neuf, le lustre également, pourtant l'échec qu'elles avaient subi étaient encore gravés sur les meubles et les murs. Quand elle en parlait à sa mère, il n'y avait que des "ce n'est plus important" et des "surveille tes sœurs".

Ce matin, s'étant endormise sur un canapé du salon la veille, elle fut réveillée de manière assez brutale par des rugissements et des pas de lourds sur le carrelage. Lorsqu'elle entendit sa mère crier et gémir de douleur à plusieurs reprises, Bela se dissipa en essaim puis remonta rapidement aux étages. Elle entendit la porte de la chambre personnelle de sa mère claquer. Bela s'y précipita.

Elle cogna :

_ Mère ? Vous allez bien ?

_ Bela ? Raaah, grogna la comtesse.

Bela se crispa, elle avait peur d'avoir dérangé sa mère.

_ Je suis désolé Mère, je ne voulais pas vous...

_ Va chercher du matériel de soin, Bela, tout ce que tu peux trouver, médicaments, seringues, bandages, tout ! Et appelle Cassandra à faire de même dans tout le château.

_ Oui Mère !

Bela devint inquiète, sa mère allait-elle bien ? Quoi qu'il en soit, son essaim dissipa sa forme humaine et elle exécuta sans attendre les ordres de sa mère.


Le moulin qui surplombait le village était en mauvais état mais il continuait toujours de tourner. Ses grincements étaient la seule source sonore alors qu'un silence de mort régnait dans le village désormais vide. Il n'avait sans doute jamais été vivant, pensa Rip devant le moulin. Elle n'était pas rentrée encore car elle s'était souvenue de ne pas avoir rechargé son mousquet depuis sa dernière balle contre Tubalcain. Ce qui lui avait notamment donné le temps d'apprendre à supporter la puanteur étrange du village et d'observer les maisons en train de pourir sous la forme d'une subtance noirâtre poisseuse.

Après ça, Rip entra dans le moulin. Il ne devait plus rien moudre depuis un certain temps. Rip emprunta les escaliers en bois jusqu'à l'ascenceur. Le levier en fer était lourd, elle eut du mal à le manier et son enclenchement mit plusieurs secondes. Lors de la descente, la piqûre amer dans ses narines lui fit regretter de ne pas avoir plus pris son temps encore. L'odeur était infecte, comme de l'air marin pourri, avec une forte odeur de poissons morts. Rip se couvrit le nez avec sa manche, s'était immonde à sentir.

Les structures en bois étaient pourrites également . Rip, pourtant, continua à avancer. Alors qu'elle entendit un rire, celui de Jan Valentine, très bruyant, le parfum de l'eau de cologne de Luke atteint son nez comme un brun d'herbe propre au milieu de la boue. Mais l'odeur, de plus en plus pestilentiel à mesure qu'elle avançait, la fit rapidement disparaître. Rip entendit aussi une voix inconnue, rauque mais riante également.

Les Valentin étaient des hommes qui appréciaient le luxe, quel genre de personne pouvait à ce point les divertir pour les pousser à rester dans un lieu aussi répugnant, s'interrogea Rip. En passant un étroit espace, elle les trouva enfin. Les fesses au sol, mangeant du fromage et du saucisson, en compagnie d'un être repoussant, bossu et hideux, dont le corps suait d'un étrange liquide infect.

_ Luke ? Jan ? Mais merde, que faites-vous là ?

Tous les trois étaient en train de rigoler lorsque la chasseresse les surprit. Rip les interrompit même alors qu'ils se tordaient de rire au sol, tels des enfants en plein jeu.

_ Oh Rip, finit par reprendre Luke, c'est déjà l'heure de rentrer ?