LE SERPENT ET L'OISEAU (1)
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Hello !
J'espère que vous allez bien depuis le temps, que vous avez passé un bel été, une bonne rentrée ! Tant temps a passé hahaha.
Un grand merci à Saeh, Orlane Sayan, Noisette, Sun Dae V et Moi pour leurs reviews sur le dernier chapitre, ainsi à celles et ceux qui sont passés lire ! Petite dédicace également à la merveilleuse Pamphile pour son retour sur ce chapitre.
Je me suis bien amusée à écrire celui-ci et j'espère qu'il vous plaira.
Bonne lecture !
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LEÇON N°6
Comment régler la question du tapis de bain
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Une nuit d'automne.
« Étrange. »
Perchée en haut de l'escalier, Alice dirige son regard vers le bas.
Des feuilles brunes recroquevillées sur elles-mêmes jonchent le parquet. Une brise tiède traverse le couloir. Des feuilles. Mais comment des feuilles ont-elles pu arriver jusqu'ici ?
Les volets craquent et les feuilles s'agitent, opaques sur le bois lustré. Le souffle du vent lui fait l'effet d'un coup d'archet dans la nuit. Elle frissonne, immobile devant le spectacle.
Car la porte ne s'est pas ouverte seule.
Clac.
Fermée.
Alice n'y a pas touché. Sur le sol, les feuilles tombent, mortes pour de bon. Dans sa confusion – étrange qu'il fasse si noir, que les lumières ne s'allument pas –, elle recule d'un pas. Sa main actionne le mécanisme d'une poignée. En vain. Dans les poches de sa robe, elle ne trouve que des dragées, un parchemin ancien, les morceaux d'une plume brisée. Devant elle, un dédale aux portes innombrables, étrangement numérotées, mais peu importe : elle a perdu la clef.
N'est-ce pas les feuilles, en bas, qu'elle entend craquer ?
Dans sa panique, Alice fait courir ses doigts sur la tapisserie du couloir. Ses ongles ripent et s'enfoncent dans les fissures ; la tapisserie reste intacte. Les portes sont closes, le couloir s'arrête sur un mur implacable. Il n'y a ni passage secret, ni fenêtre à l'horizon. Elle se rend à l'évidence. Piégée.
Sur son épaule se pose une main glaciale.
« C'est ça que tu cherches ? »
Il sourit. Suspendue par deux doigts, juste assez haut pour qu'elle ne puisse l'atteindre, il y a la clef. La voix est douce, presque caressante. Il la contemple avec calme et ils savent tous les deux qu'il s'agit d'un mensonge.
« Laisse-moi partir. »
Le sourire qu'il arbore – celui du vainqueur – lui fait mal.
Il s'approche d'un pas.
« Non. »
La simplicité de ce Non l'épouvante. Un nœud au creux du ventre, Alice se prépare à la suite. Elle pourrait le tuer s'il vient plus près. Elle n'hésitera pas, cette fois, à enserrer son cou de ses mains. Toujours armé de son sourire, Rabastan prend toute la place du couloir. Il laisse tomber la clef dans sa poche avant qu'elle ne songe à s'en saisir. Il n'y a aucune fenêtre et pourtant, le vent continue d'agiter les volets. Sur le sol gît une feuille morte qui doit bien venir de quelque part. Mais d'où ?
D'où vient la lumière blanche qui éclaire son visage, fait ressortir ses yeux bleus ?
« J'ai promis, Alice. »
Avec une douceur presque exagérée, la main de Rabastan se perd sur sa joue.
« Tu sais bien que je ne romps jamais une promesse. »
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Alice se réveilla en sursaut.
Encore.
Peu importait. Les rêves et la réalité étaient deux faces d'un même cauchemar. Quoi qu'elle fasse, se succédaient les fauteuils à fleurs, les pièces numérotées et la présence lumineuse d'une tortue argentée.
Elle jeta un coup d'œil à la tasse de chocolat chaud qui fumait à côté d'elle. La présence de Marlène la rassurait. Elle pénétrait régulièrement dans la chambre pour vérifier que tout allait bien, qu'elle n'était pas malade.
Mais ce n'était pas la santé physique, le problème.
« Alice… »
C'était la promesse qu'elle avait tentée d'oublier.
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UNE ÉTRANGE DÉCOUVERTE DANS LE VILLAGE DE DOVER
Alice reposa le journal qui décidément, ne lui apprenait rien de plus. La Gazette liait la découverte macabre aux disparitions de moldus dans le secteur, comme Maugrey l'avait fait avant elle. Mais pourquoi, la question demeurait et personne ne semblait capable d'y répondre.
En revenant suivre sa formation, Alice était partagée. Comment refaire dix fois la même potion quand elle savait qu'il existait dehors des Aurors aux prises avec des tragédies réelles ?
Dans le même temps, elle avait aperçu ce qu'un Auror – un vrai – était capable de faire, et s'en savait encore loin.
Bientôt, peut-être.
Le chemin qui restait à parcourir ne faisait que renforcer sa résolution : elle s'entraînerait. Jour et nuit, s'il le fallait.
Sa volonté se raffermit encore alors que, planté dans l'encadrement de la salle de repos, Croupton fixait les apprentis de ses yeux froids. C'était bien la première fois qu'elle le voyait venir par ici.
— Je vous présente mes félicitations.
De surprise, Alice faillit recracher son café.
Depuis leur retour, Jody, Frank et elle jouissaient d'une petite célébrité. Ils étaient la source de la sinistre découverte. Un ou deux Aurors s'étaient même arrêté pour glisser un « bien joué » sur leur chemin, comme s'ils avaient parié sur la bonne équipe de Quidditch. Alice n'avait pas su quoi leur répondre.
— Vous avez agi dans le respect de la procédure, poursuivit-il. Une jeune femme a pu être secourue grâce à vous.
— La procédure ?
Elle fut étonnée d'entendre sa propre voix, glaciale.
— C'est assez fou, compte tenu du fait qu'on n'a pas eu le moindre cours de « procédure ».
— Alice..., souffla Benjy.
Sur le visage de Croupton, la satisfaction avait disparu.
— Les initiations sur le vif ont toujours été une leçon efficace, articula-t-il avec lenteur. Des situations peu dangereuses ont été sélectionnées à l'avance par...
— Peu dangereuses ? le coupa-t-elle.
Il plaisantait ?
— Votre chance, c'est que Frank ait entendu le bruit. C'est lui qui a suggéré qu'on vous appelle. En ce qui me concerne, je ne savais pas quoi faire. Je n'ai aucun mérite.
C'était lui qui avait compris la marche à suivre, qui avait saisi que cette histoire de Noël n'était pas qu'une vaste blague, qu'il y avait des enjeux et des vies derrière. Elle n'avait pas envie de penser à ce qui serait arrivé sans lui.
Le regard noir de Croupton la traversa sans l'atteindre. Elle était trop en colère pour réfléchir à ce que le contrarier signifiait vraiment. Peut-être n'avait-il pas tort.
Efficace, la leçon l'avait été.
Simplement, elle n'en avait pas goûté le prix.
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Les jours passaient et l'identité de la survivante demeurait un mystère.
Alice eut beau écumer les journaux, rien ne filtrait sur son état réel ni le prix de sa survie. La « jeune femme » qu'avait évoquée Croupton n'était désignée que par les mots « victime dans le coma » par la Gazette. Les questions étaient nombreuses. Qu'avait-elle subi ? Était-elle vraiment tirée d'affaire ? Les réponses se faisaient rares et pour ce qui était de ses chances de réveil, rien n'était moins sûr.
Au milieu du Bureau des Aurors, Alice se sentait mise à l'écart ; elle mesurait seulement le gouffre qui existait encore les deux statuts, se faisait l'effet d'un insecte qui a entrepris une ascension grande pour lui, et que l'on peut, à tout moment, faire tomber d'une pichenette. Même les frères Prewett étaient de moins en moins présents, de plus en plus pressés. Lorsque Gideon avait déclaré partir pour la surveillance d'une chambre à Ste-Mangouste, il s'était tu sous les questions d'Alice.
— N'insiste pas, je suis désolé. C'est confidentiel.
Toutes les affaires n'étaient pas censées l'être, confidentielles ? Elle songea avec agacement que ça ne l'avait jamais arrêté d'en parler, avant.
Rester dans l'ignorance avait sur son humeur un effet désastreux. Alice ne parvenait plus à trouver un sens à sa routine. Pour ne rien arranger, le grain de sable qui s'était incrusté dans son mécanisme semblait appuyer sur un nerf. Une colère sourde montait en elle, qu'elle ne savait pas comment extérioriser. Ne pas sauter à la gorge des autres apprentis à la moindre contrariété lui demandait un effort considérable.
— Un Rictusempra ? T'as quel âge, Rowle, six ans ?
— Quoi, tu préfères un Impardonnable ?
Le pauvre Travis n'avait fait que se moquer de la tache de café qui s'était incrustée sur sa robe. Contrairement à Jack et Benjy – qui malgré leur appartenance à Gryffondor, avaient l'instinct de survie –, il n'avait pas compris qu'il valait mieux lui ficher la paix. Or, même Muddle, pour une fois, avait choisi de garder pour lui ses remarques assassines.
— Tu n'oserais pas, répliqua Wenworth.
— C'est une provocation ?
Londubat, qui venait d'entrer dans la salle, lui adressa un signe de la main. Elle abaissa lentement sa baguette. Travis eut un rictus moqueur.
— J'essaie juste de t'aider, tu sais. Ce n'est pas ma faute si tu ne sais pas boire correctement.
— Je vais le tuer, souffla-t-elle.
— Tu...
Frank, jusqu'ici resté à distance, s'était avancé vers elle. Sans prêter la moindre attention à Travis à côté de lui, il parut chercher un instant ses mots avant de se lancer :
— Tu veux qu'on aille travailler ?
Avait-il peur qu'elle s'énerve aussi contre lui ? Il parlait d'une voix hésitante, comme s'il craignait sa réponse. Il tombait bien, pourtant. Rester dans ma même pièce que Travis risquait fort de corrompre son âme. Et si rentrer chez elle aurait été tentant dans d'autres circonstances, Marlène était de garde cette nuit. Se retrouver seule dans un appartement vide l'angoissait déjà.
— Je veux bien. Si ça ne te dérange pas.
— Pas du tout.
Regarder Londubat installer son matériel de potion avait quelque chose d'apaisant. Il déposait chaque instrument à sa place précise sur le plan de travail, en prenant le temps d'aligner les scalpels et les fioles par ordre de grandeur. Lorsqu'il eut terminé, il tendit à Alice une feuille d'instruction recopiée d'un manuel. Elle fouilla dans l'armoire pour y trouver les ingrédients nécessaires et les déposa sans ordre – elle ne voyait pas l'intérêt de les classer par taille – à côté d'eux.
Peu à peu, l'ébullition disparut et laissa place au calme. Sans échanger avec Frank davantage qu'un regard, elle eut l'impression diffuse que quelque chose avait changé entre eux. Il lui fallut un moment pour en saisir la raison. Elle se souvenait d'un sentiment d'horreur partagé, mais c'était plus que ça.
Peut-être qu'ils n'en parleraient jamais mais le fait était là : chacun savait la plus grande peur de l'autre.
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On pouvait toujours compter sur Marlène pour prendre les choses en main. Pour le jour de l'an, elle avait fait les courses pour un régiment. La cuisine était un bazar sans nom – ni elle ni Alice n'avait une inclinaison particulière pour le ménage –, et sur le plan de travail maculé d'huile gisaient patates douces, gousses d'ail et champignons. Alice avait pour mission d'éplucher les légumes. De son côté, Marlène sifflotait Killer Queen en maniant avec dextérité les poêles d'une main et sa baguette magique de l'autre. A croire qu'elle n'avait jamais eu d'Elfes de Maison pour faire les choses à sa place.
— J'ai la pression maintenant que t'as invité tout le Bureau des Aurors, plaisanta-t-elle.
Car Alice avait invité Travis. Et si les récents événements lui avaient fait oublier ce second drame, il s'était vite rappelé à elle.
L'espoir qu'il ne vienne pas était vain. Seul Andrzej et Jody avaient décliné l'invitation. Travis avait été, de ses propres mots, ravi. De nature sociable, il adorait passer du temps avec ses semblables. Du moins, avec ceux qu'il jugeait à sa hauteur, ce qui malgré son inaptitude en potion, semblait être le cas d'Alice Rowle.
— Il est encore temps d'annuler…
— Oublie ça, ma belle. Après tout ce qui s'est passé, on mérite bien un break. Ça va nous changer les idées. Et peut-être même te permettre de forger des liens avec tes compagnons de galère.
— J'admire ton optimisme.
De son côté, Marlène avait invité Emmeline Vance, son amie et collègue Née-moldue qui la fournissait en décorations de Noël, ainsi qu'Amos Diggory, son ex petit-ami à Poudlard. Alice avait toujours été impressionnée par les excellentes relations de Marlène avec ses ex. Elle était même sortie avec Jack, quatre ou cinq ans plus tôt, et ils étaient restés très proches.
Alice profita que Marlène soit occupée par la cuisson pour débarrasser le salon des guirlandes qui, de son avis, le défigurait atrocement. Puisque son amie refusait catégoriquement de les jeter, elle les entreposa au fond du placard magique en priant pour qu'on oublie leur existence. Adieu les mochetés. Noël s'éloignait et Alice remerciait chaque jour cet état de fait : plus de chansons thématiques ou de décorations criardes. Même au Bureau, le chemin qui menait à la machine à café avait été enfin dégagé, et l'ambiance de la salle de repos avait connu une amélioration considérable.
Le ménage et la cuisine étaient terminées lorsque le premier invité frappa à la porte. Marlène éclata de rire en devinant Pitié, pas Travis sur les lèvres de son amie.
— Tiens, salut Frank !
Alice ne put s'empêcher de sourire. Il n'était même pas en avance. Non, Frank était parfaitement à l'heure. Devant le silence qui régnait dans l'appartement vide, il parut inquiet.
— Je ne suis pas venu trop tôt ?
Marlène secoua la tête et s'approcha pour lui faire la bise.
— Mais non, idiot. Alors dis-moi, comment tu vas ? Ça fait une éternité...
— Ça va. Un peu dans le même état qu'Alice, je crois. Et toi ?
Il avait jeté un coup d'œil dans sa direction en prononçant son nom. Alice finit par s'approcher pour lui claquer une bise sur le modèle de Marlène, même si ce simple geste parut étrange avec lui. Elle avait pris l'habitude de lever sa main pour lui dire bonjour et ça suffisait. C'était autre chose de le voir apparaître chez elle.
Dans son appartement.
— Je suis dans le même état que vous deux je dirais, répondit Marlène avec une grimace. Le Ministère préfère tuer ses étudiants à la tâche plutôt que de leur laisser le temps de tout intégrer. Même si ça veut dire écrémer des effectifs déjà pas fameux. Mais bon, c'est pas avec vous que je vais polémiquer sur la stupidité du Ministère.
— Je ne vois pas de quoi tu parles. On a quand même beaucoup de temps libre.
Frank laissa entrevoir le second degré par un sourire.
— Au moins cinq heures par nuit.
En l'observant attentivement – parce qu'elle menait toujours une enquête précise quand il s'agissait de Frank Londubat –, Alice réalisa qu'il avait l'air plus détendu que chez les Aurors. Là-bas, il était trop concentré pour plaisanter. Peut-être était-ce simplement dû à la présence de Marlène, qui avait un don pour mettre son interlocuteur à l'aise.
— Tu veux boire quelque chose ? demanda-t-elle.
Il hocha la tête et se laissa guider jusqu'à la cuisine ouverte. A peine quelques minutes plus tard, on frappait à nouveau. Les invités ne tardèrent pas à s'entasser dans le petit appartement, un verre à la main. Alice n'eut d'autre choix que d'échanger avec eux dans un brouhaha festif ; l'espace restreint favorisait la proximité.
— Du vol en milieu hostile ? Vraiment ?
— Je te jure.
— C'est dingue. Tu sais, avec les dragons, j'en ai eu aussi, du vol dangereux. Et...
Alice s'était trouvée coincée entre Jack, Amos et un canapé. Les deux amis rattrapaient le temps perdu avec enthousiasme, mais leur conversation n'avait pour elle que peu d'intérêt. En parcourant la pièce du regard, elle esquissa toutefois un sourire. Où qu'elle soit, ce ne serait jamais pire que l'amie de Marlène, Emmeline, accaparée par Travis Wenworth.
De toute évidence, ce dernier avait entamé un plan drague avec la discrétion d'un dragon lâché dans une piscine.
— Vraiment, Travis ? murmura-t-elle. Dès l'apéro ?
A Jack et Amos qui s'étaient tourné vers elle, elle adressa un sourire d'excuse.
— Vous m'excuserez, les gars, la solidarité féminine m'appelle.
Alice enjamba le canapé et se faufila entre Fabian et Gideon pour parvenir jusqu'à Emmeline.
— Salut !
Bingo. Travis avait entamé le fameux récit de ses vacances en Crète en compagnie de son oncle ministre.
— ... Et quand il m'a dit, « j'ai monté ta tente », devine qui est sortie de la sienne ?
— Aucune idée...
— Ma tante, en sous-vêtements, prête à aller bronzer sur la plage ! Qu'est-ce qu'on a ri !
Alice n'eut pas le moindre scrupule à l'interrompre.
— Je tenais à te remercier pour les guirlandes, mentit-elle à l'adresse d'Emmeline, sans la moindre vergogne.
— Oh de rien ! (Emmeline s'était tournée vers Alice avant de lui sourire, malicieuse.) C'est vous qui m'avez rendue service.
Alice dut se mordre la langue pour s'empêcher de lui donner raison.
— Alors, tu es dans le même service que Marlène ?
— Pour le moment en tout cas, par la suite on a des envies différentes. Elle préfère la pathologie des Sortilèges, j'ai un faible pour les morsures, tu vois.
— Vous choisissez une spécialisation pendant la deuxième année alors ?
— Euh, tu permets, Alice ? s'agaça Travis. On était en train de discuter, tous les deux.
— Tu étais en train de discuter. Emmeline était en train de décéder d'ennui, ça se voyait dans ses yeux.
Wenworth ouvrit les siens très grands, visiblement vexé.
— Tu es vraiment une…
Elle soutint son regard.
— Une quoi, Travis ? Je t'écoute.
— Une personne détestable, répliqua-t-il en tournant les talons pour se rapprocher de Marlène et Gideon, en pleine discussion animée près de la cuisine.
Emmeline se tourna vers elle avec un sourire.
— Pauvre Travis.
— Si tu voulais la suite des vacances en Crète, je peux le rappeler.
— Non, surtout pas !
Alice éclata de rire. Elle ne connaissait pas grand chose d'Emmeline. Il y avait toujours eu une frontière entre leurs deux mondes. Une Poufsouffle Née-moldue et une Serpentard dite Sang-Pur. A l'époque, elle n'avait pas identifié le cloisonnement comme tel, c'était juste l'ordre des choses, les Sang-pur restaient entre eux parce qu'ils avaient des choses à partager, des aspirations, de la famille en commun. A quoi bon se mélanger aux autres, franchir cette vitre invisible qui les avait toujours séparés ?
Emmeline, elle, n'avait pas eu le choix. Ce n'était pas qu'elle devait se positionner d'un côté ou de l'autre, on avait choisi pour elle. Elle était considérée d'une moindre valeur par une vertu arbitraire, on lui déniait sa place avec une violence dont Alice à l'époque, ne saisissait pas encore toute l'ampleur.
En discutant avec elle, Alice prit conscience que la pointe de culpabilité qu'elle éprouvait ne s'effacerait jamais vraiment. Emmeline était gentille, souriante et pleine d'humour, mais ça ne lui était jamais venu à l'idée d'apprendre à la connaître. C'était comme si un voile brouillait les choses entre elle et le monde, le même voile qui pendant longtemps, avait dissimulé pour elle la vraie nature de Wilkes, Avery et Malefoy. Elle n'avait vu que leurs plaisanteries un peu lourdes, leur loyauté, la créativité qu'ils mettaient en œuvre pour rendre chèvre les professeurs. Leur gentillesse, même, quand Wilkes la laissait copier ses potions avant leur cinquième année.
Elle avait grandi dans le même monde qu'eux, bien que le sien se soit lentement effiloché. Ensemble, ils partageaient traditions étranges, rêves de grandeur et exigences familiales. Ils se comprenaient.
Alice avait compris plus tard que leur gentillesse ne s'appliquait qu'à une certaine catégorie de personnes, que leurs actions n'étaient plus des bêtises d'adolescents, et lorsqu'elle avait enfin ouvert les yeux, elle n'avait pu les refermer.
Le seul tort d'Emmeline était d'avoir grandi dans un monde ouvert et dépourvu de préjugés. Le sang ne voulait rien dire, et elle ne méritait rien de ce qu'elle avait subi.
— Marlène m'a dit que tu étais entrée dans la formation des Aurors. T'as un sacré courage.
— Ou une très grande stupidité, plaisanta Alice.
— Tu dois être avec Frank, non ?
Elle hocha la tête.
— C'est ça. Et avec Jack, Travis et Benjy, sans compter Fabian et Gideon, qui sont là-bas. Tout le monde à part Amos. Tu sais ce que fait Amos d'ailleurs ?
— Il est stagiaire au Département de contrôle et de régulation des créatures magiques.
Emmeline esquissa un sourire.
— Si la soirée se prolonge, tu entendras probablement parler de la fois où ils ont rapatrié un dragon en Bulgarie. Il en est très fier.
— Pourquoi les garçons se sentent toujours obligés de rabâcher les mêmes « exploits » ?
— Sois indulgente Alice, ils en ont si peu !
Une voix se fit entendre du côté de la cuisine. Emmeline se pencha à l'oreille d'Alice.
— Ah ! c'est l'heure du combat de coq.
Non loin de Marlène, Jack et Amos débattaient avec animation de leurs exploits respectifs, allant du vol en plein cyclone au dragon terrassé à mains nues.
Devant l'air atterré de son amie, Alice éclata de rire.
— Tu ne fais pas l'arbitre, Marlène ? Cette histoire de norvégien à crête était impressionnante.
— Amos s'est quand même brûlé la moitié d'un sourcil, renchérit Emmeline.
Marlène leur décocha un regard blasé.
— Je vois que vous avez fait connaissance. Déjà c'est dur qu'on se moque de moi individuellement, mais si en plus vous vous y mettez à deux…
— Tu sais bien que c'est d'eux dont on se moque, protesta Emmeline. Toi, tu es parfaite.
— Quelle riche idée j'ai eu d'inviter Jack et Amos. Je pensais qu'ils s'étaient calmés après Poudlard mais je crains d'avoir été un peu optimiste.
— Tu déchaînes les passions, Marly.
— En tout cas, poursuivit Emmeline, c'était une excellente idée de nous réunir. Je suis trop heureuse de vous revoir ! Allez, je file, je n'ai pas encore discuté avec Frankie !
Frankie ?
Alice décocha à Marlène un regard perplexe, mais celle-ci haussa les épaules.
Emmeline se précipita joyeusement en direction de « Frankie » (elle n'allait pas s'en remettre) et le serra dans ses bras. Le sourire sincère que lui renvoya Londubat fit à Alice l'effet d'une douche froide. Elle ne l'avait jamais vu sourire ainsi, au Bureau. Alice releva les yeux pour découvrir que Marlène l'observait avec malice.
— Rentre tes griffes, ma belle. Ils sont amis.
— Moi ? Pourquoi tu dis ça ? Je n'ai pas du tout…
— Laisse tomber. Allez viens, on va boire un verre.
— Non merci !
— Travis se dirige droit vers nous. Dépêche.
Elle ne se fit pas prier. Sur un coin de table, Gideon s'occupait de préparer des cocktails en suivant les instructions de son frère. Il sourit en voyant les deux jeunes femmes s'avancer vers eux.
— Une commande particulière ? Je vous préviens d'avance, le pur feu pomme grenade est ma spécialité.
— A vos risques et périls, ajouta Fabian avec un petit rire.
Marlène frappa dans ses mains, enthousiaste.
— Je me sens pleinement Gryffondor, aujourd'hui ! On prendra deux spécialités… Gideon, c'est bien ça ? Ou Fabian ? Dites, ils font comment les gens pour vous reconnaître ?
— C'est subtil, intervint Alice. Gideon a le nez plus rond mais si tu veux en être vraiment sûre, regarde les cheveux. Fabian est celui qui ne se coiffe jamais.
— Ah ouais… tout est dans les cheveux, t'as raison.
Gideon eut l'air impressionné.
— Quel sens de l'observation ! Il est vrai que mon frère n'a jamais touché un peigne de sa vie.
— Pas besoin, grommela l'intéressé, mes cheveux sont parfaits comme ils sont.
— Bon, vous nous le faites ce cocktail, ou on patiente jusqu'à minuit ?
Fabian contempla Marlène pendant bien cinq secondes.
— Toi, je t'aime bien. Fais lui un spécial avec une pincée de cannelle.
— Je suis flattée.
— Fais-en un aussi pour notre Alice préférée, évidemment.
— Je ne sais pas si j'ai envie de boire quoi que ce soit qui vienne de vous. No offense, mais je vais préparer mon propre cocktail, seule.
Jumeaux et cocktail lui criait : désastre. Au Bureau, Dawlish faisait régulièrement les frais de leurs plaisanteries ; il avait eu le malheur de boire un café provenant du thermos fraîchement acheté par Fabian et résultat, il s'était exprimé d'une voix de canard tout l'après-midi. Ça l'avait rendu furieux. « J'espère qu'il ne va pas y laisser des plumes », avait soufflé Gideon devant l'Auror qui s'agaçait de plus en plus. Certes, leurs bêtises avaient égayé une journée difficile. Mais avec un liquide, elle ne leur ferait plus jamais confiance.
Alice saisit la bouteille de whisky pur-feu et en versa un tiers de son verre. Jus d'orange ou liqueur de framboise ? Après un mouvement d'hésitation, elle se décida pour un mélange des deux, puis contempla un instant le jus de kiwi avant de s'arrêter là.
Lorsqu'elle releva les yeux, elle aperçut Gideon qui la fixait comme si elle avait viré folle.
— Pur feu et liqueur de framboise ? En voilà un choix audacieux !
— Et délicieux, j'en suis sûre.
Elle sut qu'elle se trompait au moment exact où elle y trempa ses lèvres. Il lui fallut toute sa volonté pour ne pas lui recracher le « cocktail » à la figure. Jamais elle n'avait bu quelque chose d'aussi affreux. Trop de whisky. La texture était étrange, la liqueur s'y mélangeait mal et l'orange ajoutait en contraste une acidité désagréable.
Elle y vit une certaine cohérence ; elle était aussi nulle en cocktail qu'en potions.
— Mmmh..., fit-elle, les lèvres serrées.
— Tiens Marlène, fit Gideon, hilare. Celui-ci est buvable, tu verras.
Il attendit, satisfait, qu'elle daigne prendre une première gorgée.
— Ce petit goût de grenade, j'adore !
— Si je n'avais pas fait Auror, je pense que j'aurais bossé dans un bar.
Avec une grimace, il saisit son propre verre, pensif.
— Quand j'y pense, il est peut-être temps de changer de voie...
— Et me laisser seul avec Maugrey, Robards et tous ces dingues ? Pas question, mon vieux. T'y es, tu restes.
— Je te ferais une remise sur l'alcool.
Fabian n'eut pas l'air convaincu par la proposition. Alice jeta un coup d'œil autour d'elle pour repérer une plante verte à laquelle Marlène n'était pas trop attachée. Elle n'avait qu'un désir : y vider le contenu son verre, de peur d'en avaler une seule goutte de plus.
— On te regarde, Alice. Tu ne bois pas beaucoup ton cocktail délicieux.
Elle avait beau mériter la malice qu'elle lisait dans les yeux de Fabian, elle n'en était pas moins agaçante. Elle avait eu tort de penser qu'ils laisseraient passer son erreur. Et Alice était trop orgueilleuse pour perdre la face devant eux, quel que soit le goût de cet affreux cocktail.
(Et oui, il était affreux.)
Elle en but une gorgée, puis deux, trois et finit par se convaincre qu'elle se sentirait mieux une fois celui-ci terminé. Elle le termina cul-sec avec un soupir de soulagement, piochant dans les gâteaux apéritifs pour en faire passer le goût sur la langue.
— Eh bien, quel délice ! s'exclama-t-elle.
Ce qu'elle n'aurait pas fait pour ne pas avoir tort.
— Je te déclare complètement folle, Alice Rowle.
— Au moins, je suis sûre de ce qu'il contient, Prewett. Et ça, ça n'a pas de prix.
Si l'alcool eut peut-être son rôle à jouer, le mal était fait : Alice commençait à s'amuser. Elle aida Marlène à sortir les plats du four avec un léger sourire aux lèvres. Le poids était toujours là quelque part mais loin de la pression du Bureau, la colère s'était calmée. L'insouciance du moment le rendait plus facile à porter. Elle abandonnait les pensées noires pour rire aux blagues de Benjy et encore plus aux allusions sexuelles de Gideon qui s'étonnait de l'innocence d'Amos. Ce dernier, qui n'avait d'yeux que pour Marlène, était trop occupé à l'impressionner pour saisir les double-sens et les raisons de l'hilarité générale.
Étrange de penser que le réveillon n'était pas la catastrophe anticipée. Même les réflexions de Travis ne parvenait pas à gâcher la bonne humeur qui s'était installée. Alice avait épluchée honorablement les patates douces, la cuisson était réussie, ils avaient bien mangé et les verres se remplissaient au fur et à mesure dans la bonne humeur générale.
Entre deux plats, Emmeline et Benjy proposèrent le jeu du « devine-tête ». Alice obtint une « chaussette » et eut un mal fou à la deviner, puis se vengea en inscrivant « ONGLE INCARNÉ » sur le front de Fabian en lettres capitales.
— T'es sûre, Alice, que c'est « quelque chose qui me représente bien » ?
— C'est exactement toi, rétorqua-t-elle avec un soupçon de rancune.
Londubat, lui, devina avec une rapidité impressionnante sa « mandragore ». Pour Jack et Benjy, l'exercice se révéla plus difficile. Un quart d'heure plus tard, ils galéraient toujours avec un « cachot » et pour l'autre, une « batte de Quidditch ».
— Comment ça c'est pas une courgette ? s'indigna Benjy. Vous m'avez dit que c'était long et cylindrique. Et que ça pouvait se manger !
Gideon pouffa sous son regard furieux.
— J'espère que ce n'est pas encore une de tes allusions sala...
Il leva les bras en l'air.
— Mais pas du tout ! Vous n'avez pas jamais goûté les battes en chocolat de chez Honeyduke ?
Il éclata de rire quand Benjy lui jeta une patate douce à la figure. Jouer avec les frères Prewett demandait une maîtrise de soi qui n'était pas donnée à tout le monde.
— Vous êtes sérieux avec votre « tapis de bain » ? s'agaçait Marlène de son côté. Je vous ai demandés si c'était un objet de la salle de bain et tu m'as répondu « ça dépend », Prewett !
Fabian haussa les épaules.
— J'ai mis le mien à l'entrée. Je l'utilise comme paillasson.
— Alors ce n'est plus un tapis de bain. On appelle ça un paillasson !
— Tu crois qu'un objet peut changer de nom en fonction du contexte ? Parce que je l'ai quand même acheté au rayon 'tapis de bain'.
— Franchement, je ne suis pas censée savoir ce que tu fais de tes tapis de bain…
Fabian ouvrit la bouche pour poursuivre le débat qui commençait à s'envenimer. Il n'en eut pas le temps. Emmeline avait tapé sa fourchette contre la table.
— Les amis, il est presque minuit !
Gideon se précipita sur la bouteille d'hydromel et se dépêcha de servir tout le monde. Dix secondes plus tard, les verres pleins à ras-bord, le décompte commença. Ils se levèrent d'un même ensemble. Alice sentait sa tête tourner légèrement, et ce n'était pas une sensation si désagréable.
Cinq. Quatre. Trois. Deux. Un.
— Bonne année !
Des cris, des embrassades, le brouhaha, l'agitation des corps qui se précipitent les uns sur les autres. Le verre d'Alice rencontra celui d'Emmeline, puis de Frank, Fabian, Gideon, Jack, Amos, tous défilèrent, un cling et les regards qui s'accrochent, juste une poignée de secondes. Elle retrouva Marlène dont les yeux pétillaient d'un mélange d'alcool et d'émotion. Alice se détacha des autres pour la serrer dans ses bras, et le merci ma belle qu'elle lui souffla à l'oreille la laissa les larmes aux yeux. Elle la serra un peu plus fort, parce que n'était pas à Marlène de dire merci.
Sa meilleure amie avait entrepris un tour complet de la table et tout le monde l'imitait. Alice se retrouva face à Travis et accepta – uniquement à cause du cocktail – de lui claquer deux bises sur les joues. Fabian lui ébouriffa les cheveux avec émotion. Jack lui serra la main d'un air plus solennel.
Puis vint Londubat, debout face à elle. Les joues rosies par l'alcool, les cheveux moins impeccables que d'habitude, il la dépassait de quelques centimètres. En l'observant, elle songea qu'il ne lui avait jamais paru aussi détendu. Elle lui allait bien, cette attitude un peu négligée, à mille lieux de celle qu'il adoptait au Bureau.
Alice se sentit maladroite en s'approchant pour lui faire la bise. Ils échangèrent un « Bonne année » un peu gêné, et elle fut surprise lorsqu'il ne la laissa pas repartir immédiatement.
— Merci de m'avoir invité.
Elle ne put marmonner qu'un « De rien », déstabilisée.
— J'en avais besoin, dit-il avec un sourire.
Il était resté à côté d'Emmeline, Jack et Benjy pendant toute la soirée. Alice l'avait laissé tranquille, elle avait un peu trop bu, peut-être, pour s'en préoccuper.
— Je suis heureuse que tu sois venu.
Londubat avait serré dans ses bras son amie de Poufsouffle bien plus fort, mais quelque chose dans ce simple merci qui lui réchauffa le cœur.
— On danse ? proposa Gideon en fouillant dans les vinyles.
— Dans cet appartement minuscule ?
Fabian rit.
— On est des sorciers ou bien ?
Il lui suffit d'un geste pour réduire les meubles les plus imposants. Un deuxième pour élargir le salon. L'appartement parut soudain beaucoup plus grand. Les ampoules perdirent de leur luminosité pour plonger la pièce dans une ambiance tamisée, plus intime. Alice avait beau être familière de la magie, voir son salon changé soudain en une si belle piste de danse la fascinait.
— C'est ce qu'on appelle des goûts éclectiques, commenta Gideon avec un sourire en dénichant Blue Moves d'Elton John et un vinyle de Queen. Oh, je sais ! Donna Summer !
Bientôt, les premières notes de Hot Stuff commencèrent à retentir dans le salon.
— Je ne savais pas que tu aimais la musique moldue ! s'écria Marlène.
— Tu plaisantes ? J'adore ! Je ne vais sûrement pas me contenter de Celestina Moldubec…
— C'est très bien, Celestina !
— Tu n'as aucun goût, Fabian. Allez, venez danser !
Avec son déhanchement, Gideon suffisait à lui seul à incendier la piste. Son enthousiasme, couplé à celui de Marlène, ne tarda pas à entraîner les autres dans la danse.
Lookin' for a lover who needs another
Don't want another night on my own
Wanna share my love with a warm blooded lover
Wanna bring a wild man back home
Alice jeta un petit coup d'œil à Londubat et croisa son regard.
— Je ne sais pas danser, déclara-t-il, comme s'il avait deviné ses pensées.
— Oh, tu sais, moi non plus.
Ce n'était pas tout à fait vrai. Elle ne comptait plus le nombre de fois où Narcissa et elle avaient allumé la radio magique à fond dans leur dortoir pour se défouler. Elle n'avait pas dansé – vraiment dansé – depuis longtemps, mais elle avait toujours aimé ça.
— Il suffit juste de se laisser aller, dit-elle.
Sur la piste, Emmeline secouait ses cheveux bruns avec le rythme dans la peau. Devant l'hésitation de Londubat, Alice n'insista pas. Elle s'avança à son tour au centre du salon, accueillie par un cri de Fabian et se laissa porter par la musique. Les notes bourdonnaient à ses oreilles. Yeux clos. Ne faire attention qu'aux mouvements du corps, croiser le regard des danseurs, bras en l'air sans trop savoir pourquoi, sensation libératrice, laisser le rythme prendre le pas sur le reste.
Gideon, qui s'occupait de la playlist, variait les plaisirs avec délectation. Toutes la discographie de Marlène y passa, y compris le disque de Noël des Beatles.
— Hé, les apprentis ! C'est notre chanson !
Alice éclata de rire en reconnaissant les première notes de Stayin' Alive des Bee Gees.
— Spéciale dédicace à Whittaker ! cria Jack à son tour.
— Big up à Barty !
— A Spellman !
— Et à Alastor Maugrey ! renchérit Fabian.
Alors qu'elle prenait une pause, épuisée sur une chaise à portée de main, elle remarqua Londubat qui parlait à Travis, non loin d'elle. Plié en deux sur sa propre chaise, Wenworth n'avait pas l'air dans au meilleur de sa forme.
— Ça va ? lui demanda-t-elle, à peine assez fort pour couvrir la musique.
— Pas génial. J'aurais pas dû reprendre de l'hydromel...
— Tu veux dire que le grand, le magnifique Wenworth ne tient pas l'alcool ?
— Je pourrais très bien te vomir dessus, Rowle, fais attention.
Travis grimaça avec un air de profond dégoût.
— Je crois que je vais mourir.
— Je m'en occupe Alice, ne t'inquiète pas, la rassura Londubat. Tu peux retourner danser si tu veux.
Si elle le voulait.
Elle se posa un instant pour y penser. Est-ce qu'elle le voulait ?
— Tu n'aimes vraiment pas danser, hein ?
— Pas trop mon truc, avoua-t-il.
Il préférait s'occuper des gens – fussent-ils de terribles êtres humains – et c'était tout à son honneur. Alice versa de l'eau dans un grand verre et le lui tendit.
— Il faut qu'il boive beaucoup. Et qu'il évite quoi qu'il arrive de vomir sur le tapis.
Alice revint danser sur les dernières notes de Stayin' Alive. Elle songea à ce qu'elle avait réussi à évacuer pendant toute une soirée, à cette maison cauchemardesque, à la jeune femme survivante, au garçon au regard bleu qui l'attendait dans ses rêves, à Narcissa, à ses parents et son petit frère, la culpabilité qu'elle ne pouvait s'empêcher de ressentir, comme un poids à ses pieds, à cette foutue formation qui ne lui épargnait aucune souffrance…
Pour la première fois, Alice songea qu'elle ne regrettait rien.
oOoOo
La soirée s'était terminée comme toutes les soirées, à faire le ménage avec ceux qui restaient. Le salon avait retrouvé sa forme première. Les patates douces avait été dévorées, les verres nettoyés et rangés. Les plaisanteries s'étaient tues et Alice, les pieds douloureux à force d'avoir trop dansé, avait fini par ramper jusqu'au canapé, incapable de parcourir le chemin qui la séparait de son lit. Elle ne se souvenait plus si tout le monde était déjà parti, si les voix qu'elle entendait provenaient du salon ou de sa tête. Elle avait posé la tête sur un coussin et s'était endormie.
Le réveil qui sonnait depuis sa chambre la réveilla à peine quelques heures plus tard. Un réveil qu'elle aurait bien démonté à la main, pièce par pièce, si elle en avait eu seulement le courage. Bien sûr, il était tout à fait possible qu'ils n'aient pas cours avant dix heures. Mais puisque leur emploi du temps changeait sans arrêt, ils n'avaient aucun moyen de le savoir.
Le concepteur de la formation – Barty lui-même – était un sadique.
« Ne te rendors pas... »
Alice finit par émerger un quart d'heure plus tard. Le manque de sommeil lui faisaient des yeux rouges, une douleur lancinante lui compressait la boîte crânienne. Elle but trois verres d'eau à la suite avant de se diriger vers la chambre de Marlène. Son réveil à elle avait eu moins de chance, il gisait en morceaux près du mur.
Alice posa une main froide sur la joue de son amie.
— Mmmf...
— C'est dur, je sais. Tu sais bien que c'est pour nous tuer à la tâche.
— Je les hais. Je les hais. Je les hais.
La haine était une humeur partagée par l'ensemble des apprentis. Au Bureau, en lisant l'emploi du temps vide, Alice éprouva l'envie violente de l'arracher du panneau. Condamnés à attendre un possible changement, ils étaient contraints de venir quand même. Les intervenants avaient dû se décider à prendre un jour de congé, ce qui n'était pas plus mal – qui aurait été capable de faire un tour de balai en milieu hostile ? – mais personne n'avait été foutu de les prévenir.
Sur le canapé, les heures s'égrainaient dans un calme rare. Parfois, l'un d'eux trouvait le courage de se lever pour vérifier le panneau de liège et retournait décéder dans son fauteuil. Seuls une plainte ponctuelle, ou le bruit du café qui tombait goutte à goutte – quand la machine daignait le servir –, brisaient le silence.
Jody poussa un soupir.
— Ne faites jamais de soirée avec des joueurs de Quidditch. Ça vous tue.
— Evitez avec nous aussi, marmonna Jack.
Travis, qui arborait un teint verdâtre de premier choix, hocha la tête.
— N'acceptez jamais un cocktail de Gideon Prewett...
— Et surtout, conclut Benjy, n'essayez jamais, jamais, de devenir Auror.
Pour une fois, ils étaient tous bien d'accord.
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(A suivre)
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Réponses aux reviews anonymes
Noisette : Coucou ! Ça me fait super plaisir que tu apprécies cette histoire ! Désolée pour les délais, cette soirée du nouvel an a mis longtemps à arriver, mais j'espère qu'elle t'a plu. Merci beaucoup pour ta review !
Moi : Contente que la fic te plaise, mais il faudra peut-être s'armer de patience pour la lire (je n'en sais rien en vrai, mais je jure que je fais ce je peux). Merci à toi pour ta review :)
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N/A
Merci d'avoir lu !
N'hésitez pas à donner votre avis sur cette histoire de tapis de bain o.o
Le chapitre 7 est toujours en court de réécriture. Les vacances seront (j'espère) une bonne occasion de m'y remettre. J'ai bon espoir d'avancer, tant pis si je ne suis pas 100% satisfaite. Je vais mettre un frein à l'utopie et essayer l'efficacité, pour une fois ! Quel programme haha ! L'optimiste que je suis vous dis donc à bientôt !
Des bisous, prenez soin de vous !
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