Le Serpent et l'Oiseau

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Coucou !

Avant toute chose, merci à Aselye, MarlyMcKinnon, Maya et Ccie, Rhumframboise, Orlane Sayan, malilite, Tiph' l'Andouille et Louvrine pour vos trop chouettes reviews ! *-*

Merci à Pamphile pour ses remarques précieuses sur ce chapitre !

Ce retard est terrible, je ne vous mérite pas, clairement. J'ai quand même réussi à retrouver un peu de plaisir à me replonger ce texte ces derniers temps, et dans l'écriture tout court – c'était pas tout à fait gagné et j'ai bon espoir pour la suite ! Qui est écrite déjà, c'est ça qui est scandaleux. Mais il me reste à changer les modifications introduites dans l'intrigue, qui sont quand même importantes. Bref, je ne dis pas que je suis satisfaite mais voilà, c'est publié !

Ce chapitre est un bébé plutôt long – pas trop long, je l'espère, mais pas sûre haha –, et je vous souhaite une très bonne lecture si vous êtes toujours là !

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LEÇON N°9

Trouver la lumière au bout du tunnel

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Alice versa un nuage de lait dans son café. Non loin d'elle, Marlène faisait les cent pas dans le salon, éparpillant des miettes de toast sur son passage.

Elle allait finir par la rendre folle.

— Tu es sûre de ne pas vouloir t'asseoir ?

Marlène s'arrêta. Il était tôt encore ; tapi à l'horizon, le soleil attendait patiemment son tour. Sur son visage, la nervosité prenait le pas sur la fatigue.

— C'est à peine s'il a prononcé un mot, articula-t-elle.

— Il devait être épuisé, tenta Alice. Peut-être qu'avec un peu de repos...

— C'est ce que disent les guérisseurs, oui.

Sainte-Mangouste avait gardé Jack en observation pendant la nuit ; une fois sa journée de travail terminée, Marlène avait passé la soirée à lui tenir compagnie.

Du moment partagé dans la petite chambre, Marlène n'avait laissé entrevoir que le silence. Un silence qui paraissait lui peser désormais, comme si parler à son amie était la seule arme qu'elle possédait contre lui, le seul moyen de lutter, à distance, contre une fatalité qui la laissait impuissante.

— Je le connais par cœur, déclara-t-elle.

Presque essoufflée, Marlène attrapa sa tasse sur le plan de travail d'un geste vif.

— Je ne crois pas que ce soit juste une crise d'angoisse...

Elle marqua une pause, comme si elle avait soudain perdu le fils de ses pensées.

Autour de l'anse, ses doigts avaient blanchi.

— S'ils l'ont brisé, ces cons, j'irais les trouver. Je démonterais un à un.

Aucune trace de plaisanterie le visage de Marlène. Elle versa dans sa tasse les dernières gouttes de liquide noir, attrapa son sac posé sur la chaise, termina son café en une gorgée.

— J'espère que ça ira, murmura Alice dans son dos, incapable de trouver des mots qui résonneraient davantage.

— Je ne suis pas sûre de rentrer ce soir. S'il a besoin de moi, je serais là.

— Bien sûr, je comprends.

L'inquiétude de Marlène ne faisait que renforcer la sienne ; elle ne faisait que dire tout au haut ce qu'Alice avait elle-même pensé devant le désarroi de Jack.

Fabian avait peut-être raison : il ne reviendrait pas.

oOoOo

Les jours passèrent et Jack sembla peu à peu s'effacer de la mémoire commune au groupe. Il y avait quelque chose de profondément injuste à cette idée, pourtant rien ne pouvait empêcher l'apprentissage de se poursuivre, les heures de défiler sans lui. Si quelques intervenants prirent le soin de demander de ses nouvelles ou de lâcher quelques mots compatissants – une émotion qui paraissait toujours inaccessible à Walter Muddle –, Whittaker ne se montra pas surpris de son absence.

Il gratifia ses apprentis d'un énième sourire cruel et pire, satisfait.

— Auror n'est pas une profession pour les faibles.

Seul le sifflement du vent, qui faisait gonfler leurs robes, insinuait son souffle glacial entre les mailles du tissu, vint rompre le silence. La haine. Il n'y avait d'autre mot pour le dégoût qui prenait Alice à la gorge lorsqu'elle posait les yeux sur lui. Elle n'avait pas oublié leurs ascensions dans le brouillard, les séances de vols aux prises d'un typhon glacial, les balais d'apparence ordinaire dont il avait fait un piège fatal.

Comment, lui qui leur faisait vivre l'enfer, pouvait parler de faiblesse ?

— Faible ? répéta Benjy, incrédule.

Sa voix tremblait sous le coup de la colère.

— Jack aurait fait un excellent Auror, déclara-t-il, plus fermement cette fois.

— Bien sûr que non.

Le rire froid et sec de Whittaker aurait pu être celui d'un Détraqueur, si les Détraqueurs avaient su rire.

— Adams était tendre comme un agneau. Il n'aurait pas fait long feu, Fenwick. Vous le savez aussi bien que moi.

— Un agneau ? répéta quelqu'un derrière Alice.

Dans quel monde pouvait-on associer Jack Adam à un agneau ?

— Vous croyez que les exercices de balai sont difficiles ?

D'abord dédaigneuse, la voix de Whittaker se fit plus dure.

— Ils ne sont rien face à ce qui vous attend. Rien. Vous êtes le corps de défense du Ministère, vous n'avez pas le droit à l'erreur ! Vos ennemis ne reculeront devant rien pour vous tuer. Ne pas paniquer sur un balai ensorcelé vous fait une raison de moins pour mourir. Mais vous en aurez d'autres ! Si comme Adams, vous ne pouvez pas le supporter, alors vous n'avez rien à faire ici.

Personne n'ajouta le moindre mot. Whittaker vociféra ses instructions et une bourrasque de vent emporta les colères. Il n'y avait plus de place pour l'émotion, submergée par l'instinct de survie. Alice enfourcha son balai, encore tremblante ; les mots avait été martelés avec trop de force pour ne pas imprimer en elle l'empreinte de la vérité.

A leur retour, toute trace de jovialité avait disparu sur le visage de Benjy. Il appuya avec force sur le bouton de la machine à café, le visage crispé.

— Le jour où je deviendrai Auror...

Un gargouillis l'interrompit.

— Il n'aura plus qu'à trembler pour son poste, termina-t-il.

— Compte sur moi.

Le ton était définitif ; derrière Benjy, Frank arborait une détermination similaire. Alice n'en était pas vraiment surprise ; elle connaissait cette tendance chez lui. Elle commençait à capter la loyauté dont il faisait preuve. Et bien sûr, il avait de très bonnes raisons de haïr Garrett Whittaker.

— Alice ?

— Tu veux m'embarquer dans votre vedetta contre Whittaker ?

Elle ne put s'empêcher de sourire.

— Ne demande même pas, Fenwick. C'est la meilleure idée que tu n'aies jamais eue.

— Et j'en ai quand même assez souvent, c'est dire !

Alice serra de bon cœur la main qu'il lui tendait.

— A nous trois, répliqua-t-elle, il ne risque pas de faire long feu.

S'il était trop tard pour le retour de Jack, peut-être n'était-il pas trop tard pour les futurs apprentis.

oOoOo

Ils n'étaient plus que six.

Alice s'efforçait de ne pas songer aux mots de Croupton, à l'idée que le départ de Jack n'avait fait qu'enclencher un compte à rebours inévitable.

Six, cinq, quatre, trois et...

Tous avaient redoublé d'efforts ; personne n'avait envie d'être le prochain. Même Travis avait délaissé les coups bas pour se concentrer pleinement à l'étude solitaire, et à l'entraînement au combat avec les hommes de main de son père. Nul doute qu'il était celui qui faisait les progrès les plus impressionnants. Son habileté faisait de lui un adversaire de Duel redoutable, même si du point de vue d'Alice, son approche très classique manquait cruellement d'imagination.

Un problème que n'avait pas Jody Parker. De tous, l'ancienne poursuiveuse était de loin la plus retorse. Jouer contre elle demandait une concentration totale, des réflexes infaillibles et un brin de fourberie.

Alice plongea en avant pour éviter la lumière rouge qui fusait dans sa direction. Elle replaça rapidement son bouclier et s'apprêtait à répliquer lorsque la voix de Wenworth parvint jusqu'à elle.

— Alors, Londubat, c'est tout le répondant que tu me proposes ?

Ne lui prête pas attention.

Ce n'était pas son combat ; quelle que soit sa posture, elle ne pouvait l'aider. Aux prises avec Frank, dans le coin gauche de la salle, cet imbécile de Travis n'avait toujours pas appris à savourer ses victoires en silence.

Alice avait pourtant revu avec Londubat les différents boucliers, les techniques d'attaques, une ou deux ruses efficaces. Elle espéra qu'il en utilise au moins une pour lui faire fermer sa grande gueule, mais un simple Protego suffit à Travis pour écarter un maléfice qu'elle jugea beaucoup trop frontal, donc facile à éviter. « Fais diversion. On n'arrive à rien sans effet de surprise. » Elle avait tenté à maintes reprises de le lui faire comprendre : tous les moyens étaient bons pour que l'adversaire baisse sa garde.

Londubat persistait à combattre à la loyale. Mais il n'y avait rien de loyal dans un duel.

Alice sursauta. Une douleur brutale lui assaillit les côtes, pénétrèrent au plus profond des os, firent pression sur ses organes. Ses jambes se liquéfièrent sous son poids et elle tomba à genoux, faisant crisser ses ongles contre les pierres lisses et noires du dallage de la salle de Duel.

Sans un bruit, Jody s'était approchée.

— T'es distraite, Rowle ! A force de regarder le combat d'à côté, ça devait arriver.

— Tu ne perds rien pour... attendre, murmura Alice, la respiration saccadée.

Son adversaire n'y était pas allée avec le dos de la cuillère ; les effets du maléfice étaient longs à s'estomper. Jody lui tendit une main secourable, qu'elle ignora fièrement.

L'ancienne poursuiveuse eut un petit rire.

— Ne t'en fais pas, ce n'est pas Travis qui va le tuer, ton Londubat.

Son Londubat ?

Alice s'apprêtait à protester quand Jody désigna Frank acculé contre le mur par Wenworth, qui pointait sur lui sa baguette d'un air triomphant.

— C'est presque pas drôle, commentait-il.

Il était si satisfait qu'elle eut presque la nausée. Il prenait son temps, cet imbécile, à agiter sa baguette avec une arrogance qui la rendait folle.

— Eh, je n'ai rien dit, se moqua Jody. Peut-être que Wenworth a ça dans le ventre, finalement.

Travis ne leur prêtait pas attention, sous la coupe du plaisir procuré par son pouvoir éphémère. En une seconde, Alice avait analysé sa garde. Faible. Négligée par l'absence de menace que constituait son adversaire. Elle y lut une condescendance qui sans se l'expliquer complètement, la mettait hors d'elle.

Elle ouvrit les lèvres ; une lumière rouge frappa Travis au milieu du dos. Elle reporta immédiatement son attention sur sa partenaire. Il était évident que dans l'immédiat, il ne se relèverait pas.

— Toi, tu vas avoir des problèmes...

La voix de Jody, moqueuse.

Alice n'eut pas besoin de regarder Frank pour sentir le poids de ses yeux sur nuque. Elle finit par le faire, comme la main d'une enfant inexplicablement attirée par la flamme.

Jamais elle ne l'avait vu en colère. Pas vraiment. Elle se figurait parfois à l'intérieur d'elle-même un magma brûlant, impossible à contenir ; il était la montagne solide qui traversait les âges. Elle découvrit la colère de Londubat sous la forme d'un bloc de glace compact, tranchant, le miroir parfait pour lui renvoyer ses fautes à la figure.

— Vous avez votre propre équipe, Miss Rowle, intervint Spellman, ce qui eut le mérite de détourner son attention. Merci de ne pas intervenir dans les combats des autres.

Sous un sort de l'intervenante, Wenworth, l'air perdu, se releva enfin.

— Qu'est-ce que... ?

— T'as dû trébucher sur tes lacets, lui lâcha Parker, moqueuse. Oh allez Rowle, ne fais pas cette tête. Je comprends la tentation. Ce sont des choses qui arrivent.

Quel genre de tête tirait-elle pour qu'une fille comme Parker se donne la peine de la rassurer ?

— Désolée. Je... je me reconcentre.

Londubat ne la regardait plus. Il était retourné à son combat avec Wenworth, plus concentré que jamais, et Alice prit sur elle pour oublier sa présence.

Appuyée contre le mur avec nonchalance – une attitude qu'Alice savait être un leurre –, baguette entre les doigts, Jody lui adressait un sourire. Non, elle n'allait pas saisir l'appât, il lui fallait être plus maligne. D'un geste vif, elle pointa sa baguette sur le mur de la salle, provoquant sur toute la longueur une intense décharge électrique. Le choc fut pour Jody une telle surprise qu'elle tomba lourdement sur le sol.

Alice sourit, vengée.

— Pas mal Rowle. Tu reviens dans le game !

Lorsque Jody se releva, un air de défi sur son visage, elle ne riait plus. Alice sentit l'adrénaline palpiter dans ses veines et avec elle, la détermination de ne plus perdre.

Lorsque leur duel s'acheva, Alice n'était pas loin de s'effondrer, épuisée par l'effort physique et mental que lui imposait l'exercice. Spellman leur adressa quelques mots, leur conseilla des sortilèges à travailler puis les laissa partir. Londubat quitta la pièce parmi les premiers sans un regard pour elle.

— C'est toi, pas vrai ? fit une voix, passablement agacée.

— Pas maintenant, Travis.

Là, il fallait qu'elle le rattrape. Elle courut dans le couloir, fonça droit vers la salle où ils avaient pris l'habitude de se réfugier, soulagée de voir qu'il n'était pas parti. Elle referma la porte derrière elle, prudente. Allait-il prétendre que tout allait bien ? Ou était-il si énervé qu'il enverrait balader le pacte sans se retourner ?

— On a les exercices de Kevin à pratiquer, lui rappela-t-il en sortant son exemplaire d'Invisible au grand jour.

L'essai rédigé par Kevin Hidden renfermait sa théorie sur « l'invisibilité relative », un concept abstrait qu'il avait tenté en vain de faire comprendre à ses élèves. Par affection pour lui autant que pour mettre fin à ses souffrances, tous avaient fini par acquiescer, sans grande conviction.

— Très bien.

Elle pouvait encaisser ce stupide planning s'il lui fournissait une excuse pour être seule avec lui.

— Je dois « devenir une part intégrante de mon environnement », lut Londubat, tandis qu'elle feuilletait son propre exemplaire dans un bruit de papier.

Il était plus calme, aucune trace de la colère qu'elle avait perçue un peu plus tôt.

— Plus précisément, « devenir ce que l'œil de l'autre voudrait que je sois ». Tu y comprends quelque chose ?

Elle ne l'écoutait pas vraiment.

— Comment peut-on se fondre dans le paysage ? Comme des caméléons ?

— Écoute, je suis désolée pour tout à l'heure.

Il se figea.

— Travis m'a tapé sur les nerfs mais... ce n'était pas une raison pour intervenir.

La brume qui se condensait à la fenêtre, ne laissant passer qu'une lumière étouffée, paraissait contaminer la pièce, brouillait les traits de son visage. Elle devinait son regard plus qu'elle ne le voyait.

Frank reposa l'ouvrage sur la table.

— Ce n'est pas grave.

— Tu avais l'air plutôt en colère.

Il se tenait à distance, une main sur la table.

— Ce n'était pas contre toi.

Mais si ce n'était pas contre elle, contre qui ?

— Disons que je venais de me faire marcher dessus pour la quinzième fois de suite, dit-il en détournant le regard. Quand tu as mis Wenworth K.O., si j'étais énervé, c'est surtout parce que je n'ai pas été foutu de le faire moi-même.

« Mon niveau en duel est de plus en plus... »

A l'époque, Londubat n'avait pas terminé sa phrase. Il n'en avait pas eu besoin ; c'était un sentiment qu'Alice connaissait bien. Grâce à sa présence, cependant, elle parvenait à se raccrocher à des principes simples, la concentration, la précision, à une couleur vaguement semblable à la recette, comme une infime victoire.

— C'est pour ça que tu préfères t'entraîner seul ?

Londubat resta un instant silencieux.

— Le duel, c'est pas mon truc.

Il sembla chercher ses mots.

— Quand je fais un pas, vous en faites mille. Je ne peux pas vous rattraper. Je sais qu'on a fait un pacte, Alice, mais... je n'ai pas envie d'être un boulet à ton pied.

— Ne dis pas n'importe quoi.

— Il a fallu trois minutes à Travis pour me...

— Oublie Travis. Pourquoi tu ne me l'as pas dit ?

Un boulet. Elle avait du mal à croire qu'il puisse se définir ainsi quand il était pour elle exactement le contraire.

— Tu l'as vu toi-même, non ?

— On aurait pu régler ça tellement plus vite ! Je suis sérieuse, Londubat, à quoi il sert ce pacte si tu ne me fais pas confiance ?

— Je te fais confiance, protesta-t-il.

Alice n'était pas d'accord. Depuis le début, il se basait sur son rythme à elle. Il était attentif à ses besoins à elle, pas aux siens.

— On a bossé comme des dingues sur les potions parce que tu savais que ça me rendait folle. Laisse-moi te rendre la pareille. On réorganise le planning, on vire cette histoire d'invisibilité relative à laquelle personne ne comprend rien et on s'entraîne jusqu'à ce que tu écrases Travis encore et encore !

— Alice...

— Je ne plaisante pas. On doit pouvoir se dire les choses et s'aider là où ça compte. Sinon ça ne sert à rien. Autant se saluer et repartir chacun de son côté.

La détermination imprégnait sa voix tout autant que la peur, parce qu'il pouvait tout aussi bien choisir de partir, et elle venait de comprendre à quel point elle avait besoin qu'il soit là.

— T'es là pour réussir, non ? demanda-t-elle avant qu'il ait la chance de répondre.

Frank hocha la tête.

— Je ferai de toi un duelliste de renom, Londubat, que tu le veuilles ou non.

Il lui fallait un peu de grandiloquence pour qu'il comprenne, et pour masquer l'étrange émotion qu'elle éprouvait face à lui. Ridicule ou non, elle en pensait chaque mot. N'était-elle pas « fille la plus déterminée » qu'il connaisse ? Elle se sentit soulagée en constatant qu'elle était parvenue à lui arracher un sourire.

— Seulement si tu m'autorises à faire de toi une brillante potioniste.

— Voilà qui s'appelle un défi à relever.

Elle sourit en retour.

— Mais bon, ce ne serait pas drôle si c'était facile.

Un raclement de gorge les fit sursauter ; aucun d'eux n'avait entendu arriver Benjy, qui se tenait dans l'encadrement de la porte, visiblement gêné.

— J'interromps quelque chose ?

— Bien sûr que non, entre.

Il secoua la tête.

— Je voulais juste vous dire que je passais voir Jack ce soir. Vous voulez vous joindre à moi ?

Alice en fut déstabilisée.

— Tu es sûr que...

— Tu plaisantes ? Jack sera ravi de te voir.

Londubat avait déjà commencé à ranger ses affaires. Alice lui rendit son sourire.

— Très bien, allons-y.

oOoOo

Alice fut surprise de découvrir l'hôpital comme un lieu non pas calme, mais grouillant de vie. Entre les chambres, les tableaux bavassaient gaiement. Des chariots – avec ou sans conducteur à bord – traversaient les couloirs, des patients sautillaient parfois d'une chambre à l'autre. « Ils ont équipé leurs chariots de capteurs magiques mais... c'est encore en test, disons qu'il y a quelques ratés », expliqua Benjy lorsqu'un énième véhicule s'encastra dans une plante verte.

Le phénomène était si fréquent qu'elle commençait à se dire que 15% des patients minimum étaient à base de simples visiteurs, victimes malencontreuses d'un accident de couloir.

— Faut pas être cardiaque, marmonna-t-elle.

— Respire, Alice. On y est.

Chambre 414, indiquait un petit panneau gris métallisé. Benjy portait à peine la main à la poignée que la porte s'ouvrait déjà. Une femme en sortit, de petite taille, les cheveux blonds et des yeux d'un bleu doux, presque délavé, qui venaient agréablement adoucir sa mâchoire carrée.

C'était la mère de Jack, cela ne faisait aucun doute. Son visage s'éclaira en voyant Benjy.

— Tu es venu !

— Bien sûr que je suis venu.

Bien qu'elle fût plus petite que lui, elle le serra avec force dans ses bras.

— Crois-moi, il en sera ravi.

— Edith, je te présente Frank et Alice, des amis.

Il y avait dans son regard une telle reconnaissance qu'Alice se sentit mal à l'aise.

— C'est adorable, d'être venu jusqu'ici.

— Comment va-t-il ?

Edith eut un triste sourire.

— Difficile à dire. Ils cherchent le bon traitement. Celui qu'il prend en ce moment a tendance à l'endormir... Enfin, je suis heureuse que vous soyez là. Je vous laisse, les enfants. J'étais en chemin pour me chercher un thé, le pauvre doit en avoir marre de sa mère...

— A tout à l'heure, Edith.

Les yeux brillants, elle serra une dernière fois l'épaule de Benjy avant de se précipiter vers la sortie.

— Bon, hé bien...

Le premier, Benjy pénétra dans la chambre. Les deux lits qu'elle contenait étaient séparés par un paravent aux couleurs vives. Sur l'un d'eux, un homme était plongé dans un article de Sorcière Hebdo, si passionnant qu'il ne prit pas la peine de lever les yeux vers les visiteurs.

Jack occupait le second lit. Ses draps blancs remontés jusqu'aux épaules, il paraissait dormir. Il tressaillit lorsque Benjy s'installa sur la chaise la plus proche.

— Jack ?

Ses yeux s'ouvrirent. Puis la voix de Benjy retentit à nouveau, plus hésitante :

— Salut, mon vieux.

Il lui asséna un léger coup sur l'épaule, un peu gêné, à la manière d'un Capitaine de Quidditch qui saluerait son équipe après la défaite. Debout, appuyé contre le mur, Frank salua Jack d'un signe de la main. Alice prit place sur l'accoudoir d'un fauteuil, puis lui sourit dans l'espoir d'effacer l'étrangeté de la situation.

— Comment tu te sens ?

Un haussement d'épaules lui répondit. Il n'y avait plus de trace de panique dans les yeux de Jack, mais c'était comme si en disparaissant, elle avait emporté une part de lui.

Benjy hocha la tête.

— Ta mère m'a dit que leurs potions t'assommaient un peu pour le moment...

— Elle a raison, murmura Jack.

« Ne me laissez pas seul. »

Elle lisait le regard de Benjy comme un appel à l'aide, mais n'arrivait pas à sentir complètement à sa place. Elle n'avait vu en Jack que le batteur athlétique, un peu brut de décoffrage, le garçon direct et peu subtil qui ne savait pas toujours s'arrêter à temps, qui tenait toujours les choses à cœur.

Depuis combien de temps ce qu'elle avait cru percevoir en lui était-il devenu une feinte ? Un mensonge pour l'empêcher de lire le reste ? Depuis combien de temps la pression le rognait-il, implacable, jusqu'à ce que la blessure devienne trop vive pour être supportée ?

Si elle avait été attentive, Alice aurait pu savoir. La sensation ne lui était pas étrangère. Elle se souvenait de celle des griffes contre sa gorge, une ombre menaçante qui petit à petit, dévorait son espace de liberté. Quelques temps plus tôt, elle s'était sentie vulnérable, privée de sortie ; il avait mis la main sur ses amies, sa famille, pour l'engloutir tout entière.

— Tu sais combien de temps tu vas rester ici ? demanda Benjy.

— Pas vraiment.

Il le fixait de son regard brun, pris au dépourvu devant la lassitude de son ami. Jack remonta sur son cou la couverture ; il croisa le regard d'Alice et baissa les yeux.

— Je suis désolé, Rowle.

— Désolé ? Pourquoi tu devrais être désolé ?

Elle se sentait mal à l'aise devant la honte qui était apparue sur le visage de Jack.

— Désolé que tu aies dû assister à ça.

— Jack, ça aurait pu arriver à n'importe qui...

— Mais ça n'est arrivé qu'à moi.

— Ils nous ont fait vivre l'enfer, intervint Benjy. T'as besoin de repos, c'est tout.

Jack secoua la tête, gardant le silence. Alice se mordit la lèvre jusqu'à sentir un goût de sang, puis ouvrit la bouche, incertaine des mots qu'elle s'apprêtait à prononcer.

— Si tu savais... le nombre de fois où j'ai failli tout balancer, dit-elle en se forçant à sourire. Sans Londubat, je serais déjà partie mille fois.

Elle se tut ; l'importance de Londubat dans son parcours n'était pas vraiment un secret. A force de se le répéter, l'idée était devenue banale. Mais elle ne l'avait jamais dit aussi clairement, à voix haute. Jamais devant lui.

Peu importe, ce n'était pas le sujet. Elle reporta son attention sur Jack.

— C'était mon rêve. Alors j'ai essayé. J'ai essayé chaque jour et chaque jour, c'était...

— Une nouvelle torture, devina-t-elle.

Il hocha la tête.

— J'étais chaque jour un peu plus nul. Chaque jour, j'avais un peu plus envie de laisser tomber, de m'enterrer dans un trou et d'y crever. (Un silence tomba, pendant lequel il parut chercher ses mots.) Je ne suis pas comme ça normalement. Mais là je...

— Tu ne peux pas dire ça, Jack.

Il y avait de l'horreur – de la peur – dans la voix de Benjy. Jusqu'ici en retrait, Londubat échangea avec Alice un bref regard avant de prendre la parole.

— Il en a le droit, si c'est ce qu'il ressent.

— Je suis juste fatigué, fit Jack en fermant les yeux. Oublie ce que je viens dire, Benjy, je ne voulais pas...

— Non, c'est moi qui suis désolé.

Benjy posa une main sur son épaule.

— Tu vas te faire soigner ici et ne t'inquiète pas, ça va aller. Il faut juste que tu oublies les Aurors et leur bande de tarés. Il faut que tu prennes soin de toi.

« S'enterrer dans un trou et y crever. »

La violence des mots de Jack résonnaient encore dans la pièce. Alice savait que pas plus qu'elle, Benjy ne les avait oubliés.

— Benjy a raison, ça va aller, dit-elle.

— Qu'est-ce que tu en sais ?

— Je sais, c'est tout. Je sais que là que tout paraît... (Elle s'arrêta. Jamais, hormis une fois à Marlène, dans l'intimité des toilettes des filles, elle n'avait mis de mots sur cette sensation.) Juste sombre, étouffant...

— Je ne peux même pas me lever sans avoir les jambes qui tremblent, la coupa-t-il, tranchant.

— Jack...

— Je sais pas si je peux, Alice.

— Laisse-toi le temps, dit-elle simplement.

Il se tut un instant.

— Et si le temps ni changeait rien ? chuchota-t-il, et elle vit la peur dans ses yeux. Si c'était... cassé ?

— Tu n'es pas cassé. Et même si tu l'étais, il n'y a rien qui ne puisse être réparé.

Pas rien, songea-t-elle sans le dire, il y a des choses qui se brisent en mille morceaux et qu'on ne peut pas récupérer, mais là elle avait besoin qu'il l'écoute, qu'il lui fasse confiance.

— Ça va aller, répéta-t-elle.

A nouveau, Alice éprouva contre le système – Whittaker se contentait d'en profiter – une violente colère. Tout efficaces qu'elles soient, les méthodes de Croupton pour écrémer les troupes avaient des conséquences.

Pour elle, la pression avait un excellent moyen d'extérioriser ses démons, ou les enfermer à double-tour. Mais quelque soit la puissance de ses motivations intimes, elle avait aussi conscience qu'en l'absence de Londubat, elle aurait pu se trouver dans ce lit, elle aussi.

Sortis de la chambre, ils arpentaient le couloir depuis quelques minutes lorsqu'une voix masculine la tira de ses pensées. Une voix qu'elle était sûre d'avoir déjà entendu quelque part.

— Attends-moi, souffla-t-elle à Frank.

Devant elle, une porte à demi-ouverte. Chambre 411, indiquait l'écriteau.

— Toujours rien ?

Le Guérisseur, qu'elle reconnut à sa robe verte, masquait en partie son interlocuteur.

— Les signaux sont encourageants.

— Encourageants ? répéta une voix féminine. C'est le calme plat depuis des jours.

— Après ce qu'elle a vécu, « encourageant » est déjà satisfaisant, Mrs O'Neil. Je suis convaincu qu'elle se réveillera. La seule question, c'est de savoir quand.

Rien n'indiquait a priori que la chambre soit différente des autres. Or, l'homme qu'elle avait entendu s'appelait Perez, elle en était sûre. Quant à O'Neil, elle avait déjà entendu ce nom quelque part.

Que faisaient deux Aurors à Sainte-Mangouste ?

— Après tout ce qu'elle a subi dans cette cave, je pense que...

— Deux minutes, Roberto.

Alice tressaillit.

— Vous voulez quelque chose ?

Elle n'avait pas entendu approcher l'Auror qui lui faisait face. Jolie, blonde, le visage doux. Pourtant, dans sa voix pointait une menace.

— Non, je...

— Vous n'avez rien à faire ici. Filez, avant que votre présence ici ne vienne aux oreilles du Bureau.

Alice recula.

Frank s'était glissé à côté d'elle.

— Tu crois que c'est...

Elle hocha la tête.

— Je vais avoir une petite conversation avec Marlène.

oOoOo

La pluie tombait drue depuis quelques jours ; le temps désastreux du mois de février n'arrangeait pas le moral des troupes. Même Londubat se laissait parfois déconcentrer. Elle s'amusait souvent à surprendre en lui un regard plus vague, un quart de tour en trop, même si, fidèle à lui-même, il se contentait d'un soupir pour tout recommencer. Ils s'accordaient toutefois pendant leurs séances des pauses de plus en plus longues, auxquelles Alice n'était pas toujours à l'origine, s'échangeant des réflexions sur leur pratique, un café ou parfois, simplement du silence.

Ils étaient restés particulièrement tard, ce soir-là.

— Tu dois essayer de me faire mal. (Frank n'eut pas l'air convaincu. Elle lui sourit.) N'oublie pas, je suis une Serpentard. Tu n'as qu'à imaginer que j'ai mangé le dernier biscuit.

— C'était toi ! Dire que tu as osé accuser Travis...

Alice éclata de rire.

— Tu n'as qu'à me le faire payer.

L'adrénaline masquait le coût de l'effort, mais la sueur qui imprégnait leurs vêtements ne mentait pas, pas plus que la douleur des courbatures. « C'est mieux, trouve le moyen d'avancer, de me voler du territoire ! » Ils s'entraînèrent sans relâche, ne s'accordant que de brèves pauses pour reprendre leur souffle.

— Vous êtes encore là ?

La voix d'un des frères Prewett. Gideon, songea Alice. L'autre suivait de près, évidemment.

— Décidément, vous aimez les heures supp' plus que Travis !

— Wenworth s'entraîne avec un ami de son oncle tireur d'élite, répliqua-t-elle. Il fait des heures supplémentaires chez lui.

— Pour quelqu'un qui ne l'apprécie pas plus que ça, tu en sais beaucoup sur lui.

— Il insiste pour me raconter sa vie dès qu'il est mis en binôme avec moi. Il pense que ça va me déstabiliser, ça me donne juste envie d'en finir plus rapidement.

Entre les connaissances de son oncle, ses deux semaines au club de duel et le top 10 de mes meilleurs matches en qualité de capitaine de Quidditch, Alice en savait assez sur Wenworth pour débuter une biographie.

Fabian se laissa tomber sur un fauteuil.

— Je suis épuisé.

— Votre enquête avance ? demanda Londubat.

— Tu parles de Dover, j'imagine ?

Alice avait échangé avec Frank un regard entendu. D'après Marlène, la jeune femme survivante occupait une chambre sous des mystérieuses initiales : « D. M. ». Rien d'autre n'avait fuité, et au regard des rapports complexes qu'elle entretenait avec son superviseur, elle n'avait pas eu envie de creuser la question.

La vérité ne pouvait se trouver qu'à deux endroits possibles : les Archives, ou dans la bouche trop bavarde de Fabian Prewett.

— Je passe mon temps au marché noir ces temps-ci, c'est tout ce que je peux vous dire.

— Pour rechercher la provenance de certains produits ? devina-t-elle.

— Alice...

— Très bien. Une dernière question et promis, je te fiche la paix. La fille qui a survécu... J'ai entendu Perez et O'Neil en parler. Elle est toujours à Sainte-Mangouste, pas vrai ?

— Oui.

— Et est-ce que...

— Une question, Alice, la coupa-t-il. Une seule. Elle est bien protégée, je n'ai pas le droit de te révéler son identité. Et toi, tu n'as le droit d'en parler à personne. Si les hommes de Voldemort apprennent qu'elle s'est réveillée...

« Elle s'est réveillée. »

Avant même que Fabian ne réalise son erreur, Gideon avait plongé son visage entre ses mains.

— Elle est encore en état de choc. Lâchez l'affaire, tous les deux. Fisher collabore avec Fol Œil pour essayer d'en savoir plus. Croyez-moi, il y a des gens très compétents sur le dossier.

— Fisher ? demanda Londubat.

— La chef de la Brigade, récemment nommée. Je peux te dire qu'ensemble, ils font des étincelles.

Fabian soupira.

— Maugrey est sous tension. Barty veut des résultats à n'importe quel prix, et on a une enquête à mener en parallèle pour Loren Zeller. Une histoire de contrebande de scrutoscopes, je vous dis pas le merdier...

— On ne rigole pas beaucoup, c'est sûr.

— Tu veux dire que ce n'est pas le moment de lui faire des blagues ? demanda Alice.

Le regard que lui adressa Londubat lui suppliait clairement de se taire. Elle se retint d'éclater de rire. Elle avait compris que les frères Prewett ne dévoileraient pas l'affaire davantage ; il fallait bien rire un peu, fusse-t-il sur des blagues à deux mornilles qui ne volaient pas plus haut qu'un balai pour enfant.

— Tu sais que je me suis retenu toute la journée ? marmonna Fabian, l'air douloureux. Gideon était sur le terrain avec Robards, et t'imagines même pas combien c'était dur...

— De fermer ta bouche, tu veux dire ?

— Exactement.

Frank eut un soupir résigné.

— Dis-moi Alice, fit Fabian, qu'est-ce qui est blanc noir blanc noir blanc noir blanc... ?

— Aucune idée.

Le jeune Prewett sourit.

— Un nuage un Mangemort un nuage un Mangemort un nuage un Mangemort...

— Je ne comprends rien à tes blagues.

— Oh arrête, elle était quand même pas si mal !

— Si tu le dis...

— Quelle exigence ! Bon, j'en ai une autre. Quel a été le premier nom des Mangemorts ?

Gideon, de son côté, riait d'avance.

— Les Mangevivants. Ils en ont changé parce que, tu vois, le dîner n'arrêtait pas de se barrer.

— Je crois que c'est la plus nulle que tu n'aies jamais faite, déclara Londubat, atterré.

— Et y'a de la compétition, renchérit Alice.

— C'est parce que vous êtes dans l'incapacité d'en apprécier toute la subtilité.

Alice et Frank échangèrent un regard.

— Je ne plaisante pas ! Écoutez, votre situation, on l'a vécu. Le mois de février c'est pénible et fatigant, on sait ce que c'est. On sait aussi qu'il n'y a qu'un remède à une petite déprime...

— Gideon a raison. Demain c'est dimanche. Ce soir, on vous emmène boire.

— T'es sérieux ? On ne peut pas se permettre de...

Gideon l'arrêta net.

— La vie d'un apprenti est un long tunnel noir. Si tu n'allumes pas la lumière de temps en temps, tu meurs.

Londubat hésita.

— Je vois ma mère demain...

— Et alors ?

Il eut un léger sourire.

— On voit que tu ne connais pas ma mère. Je veux bien vous accompagner mais je ne partirai pas tard.

— Londubat toujours raisonnable, commenta Gideon. Alice ?

Pourquoi pas ? L'adrénaline du duel était trop présente pour lui donner envie de rentrer chez elle. Et si même Londubat acceptait de se détendre, même sans « partir tard » (elle pouvait de toute façon toujours le convaincre de rester pour ne pas la laisser seule avec deux Prewett déchaînés), qui était-elle pour refuser ?

— Je viens... si je peux proposer à Marlène. Je crois qu'on a tous besoin de se changer les idées.

— Bien sûr, Marlène est la bienvenue, au contraire !

Fabian et Gideon lui décochèrent un sourire ravi. Ils n'avaient pas tort. Sortir leur permettrait de quitter momentanément le tunnel, de prendre un peu de recul. A force de ne connaître rien d'autre que l'espace restreint du Bureau des Aurors, celui-ci se refermait peu à peu sur eux.

Un peu de lumière n'avait jamais fait de mal à personne.

oOoOo

Le Chaudron Baveur était toujours plein le soir. Celui-ci ne fit pas exception. En fond sonore, Par delà tes rêves, le nouveau tube de Celestina Moldubec, participait à l'ambiance festive. Fabian esquissa une petite danse sous l'œil désespéré de Gideon. Ils se faufilèrent dans la foule pour commander une série de bièraubeurres, d'hydromel ou de whisky pur feu, pour les plus radicaux. Ils prirent la place au fond de la salle d'un groupe qui venait de partir.

Gideon posa son bonnet des Frelons de Wimbourne à côté de lui tel un objet précieux, puis leva son verre à l'intention de ses acolytes.

— Dites, vous savez quelle est la boisson préférée du Mangemort ?

— Le lait-fraise ? proposa Fabian après un silence.

— La mort subite.

Devant la perplexité de son auditoire, Gideon se mit à rire.

— Il faut certes s'y connaître en boissons moldus, mais avoue que c'est mieux que tes Mangevivants !

— Ce qui n'est pas non plus un challenge très compliqué, ironisa Alice.

— J'ai toujours pas compris, râla Fabian.

— C'est une bière moldue. La semaine dernière j'ai rencontré un barman et on a... enfin bref.

— Tu vois des Mangemorts prendre une bière moldue toi ?

— Oh pardon, c'est vrai qu'une blague de Mangemort doit être fondé sur des principes scientifiques...

— On peut tout de même être un peu cohérent !

— Comme le lait-fraise tu veux dire ?

C'était comme suivre les passes de Souafle d'un match de Quidditch ; les spectateurs tournaient la tête de l'un à l'autre, étourdis par la vivacité de leur dispute.

L'arrivée de Marlène et d'Emmeline fut chaleureusement accueillie.

— On est là ! les salua Londubat, l'air soulagé.

— Mais c'est nos deux guérisseuses ! s'exclama Gideon. Emmeline, j'adore ta robe !

Emmeline rougit, flattée par le compliment. Elle portait une adorable petite robe bleue et des collants à motifs. Elle avait relevé ses cheveux noirs en un chignon décoiffé qui lui allait à ravir. La Poufsouffle était vraiment jolie.

Marlène, elle, restait au naturel. Pull et jean, des cheveux décoiffés, un air négligé qui n'avait jamais empêché les garçons de s'intéresser à elle.

— Comment ça va, les gars ?

— On essaie tous ensemble de trouver la lumière dans le tunnel, répondit Fabian avec un sourire.

— Tu me préviendras quand vous l'aurez trouvé ? J'en cherche une aussi.

— Comment va Jack ? demanda Londubat.

Marlène ne répondit pas immédiatement.

— Je vais essayer de voir avec l'hôpital pour le sortir de cette chambre. Cet endroit est déprimant au possible. Si je peux – j'en ai discuté un peu avec sa mère – je vais essayer de l'accueillir dans l'appartement. Je pourrais garder un œil sur lui et sur son traitement.

Alice la regarda, surprise. Marlène n'avait jamais mentionné auprès d'elle la possibilité d'accueillir Jack dans l'appartement déjà étroit. Où exactement ? Sur le canapé du salon ?

— Je comptais en parler avec toi, s'excusa-t-elle.

— Pas de souci. Après tout, c'est ton appartement.

— Je ne peux pas le laisser comme ça, Alice.

— Je sais.

Elle était comme ça, Marlène. Elle savait quand on avait besoin d'elle et en faisait une mission personnelle. Elle n'était pas capable de laisser tomber quelqu'un et c'était entre autres ce qu'Alice admirait chez elle.

Gideon se tourna vers son frère, songeur.

— En parlant de canapé... Tu dors toujours sur celui de la salle de repos ?

— Sache, pour ta gouverne, que Sarah m'a accepté à nouveau, j'ai donc bien mon propre lit.

— Son propre lit, corrigea Gideon. Pas le tien !

— C'est la même chose !

— Elle est sympa, Sarah. J'espère que tu lui as organisé un truc pour la St-Valentin.

— La St-Valentin ? répéta Fabian d'une voix soudain aigu. C'est bientôt ?

— C'était le week-end dernier.

Fabian se mit la tête entre ses bras.

— Ah, mais c'est pour ça qu'elle était bizarre ! s'exclama-t-il.

Alice éclata de rire. Gideon se contenta d'un profond soupir. Elle sentait un retour à la case canapé au plus vite. Les relations entre Fabian et sa copine n'avaient pas l'air d'être un long fleuve tranquille.

— De toute façon, c'est une fête commerciale. On n'a pas besoin de ça pour prouver son amour.

— Si ça peut te rassurer, se moqua Marlène. T'es aussi du genre à oublier ses anniversaires, je me trompe ?

— J'y peux rien si je suis pas doué pour les dates !

— T'es pas doué pour le couple, Fab', t'iras pas pleurer quand elle t'aura largué pour de bon.

Fabian roula des yeux, faussement agacé.

— On peut changer de sujet ou c'est ma fête toute la soirée ?

Alice reprit une gorgée d'hydromel en se laissant bercer par les querelles de ses camarades. La discussion se poursuivit sur le fameux « barman » de Gideon, qui esquiva leurs questions avec autant d'adresse que Spellman devant un maléfice. Ils apprirent tout de même deux pintes plus tard que le barman se nommait Kyle, qu'il jouait de la guitare, qu'il était Bélier et préparait des mojitos les yeux fermés. Et qu'ils avaient visité ensemble la partie « Private » du bar moldu, et plutôt deux fois qu'une. Alice n'en demandait pas tant.

Marlène s'empressa de leur commander une nouvelle tournée. Ils trinquèrent sans vraiment savoir à quoi, avant de se fixer sur « la lumière du tunnel » qu'aucun d'eux n'avait encore trouvée.

Emmeline contempla son verre d'un air songeur.

— En parlant de tunnel, il faut pas fuir, quand on voit la lumière au bout ?

— C'est ambigu. Les scientifiques sont pas tous d'accord là-dessus.

— Ça dépend de la couleur. Lumière verte, tu cours.

Marlène soupira.

— La vache. C'est pas de la flotte leur whisky pur-feu.

— En même temps...

— Je sais, Prewett, qu'est-ce que tu veux ? J'ai dû perdre l'habitude de boire.

— Dites, je sais pas si c'est la tournée qu'on vient de s'enfiler, commença Emmeline, mais ce serait pas Narcissa Black et Lucius Malefoy qui viennent de rentrer ?

Un poids tomba dans l'estomac d'Alice. Un poids qui n'avait rien à voir avec le whisky qui lui brûlait œsophage. Elle reporta son regard vers le couple désigné par Emmeline. Une jeune femme en robe grise commandait un verre au comptoir. Elle portait des bottines noires à talons qui soulignaient ses jambes déjà immenses. Elle avait relevé ses cheveux blonds par une pince, son visage était pâle et légèrement maquillé. A côté d'elle se tenait un jeune homme aux cheveux tout aussi blonds, longs et soyeux, l'air hautain, l'illustration même, s'il en fallait une, de l'aristocratie.

Lucius et Narcissa. Comment les rater ? Alice sentit monter en elle une bouffée de colère. Puis d'autres sentiments qu'elle fut incapable d'identifier. C'était bien eux qui avaient pénétré dans le bar. Ils irradiaient dans une salle pourtant bondée, leur assurance, leur allure, la « pureté » de leur sang détectable à des kilomètres à la ronde.

— Y'a Avery à côté, renchérit Marlène d'un ton méprisant. Le petit chien de Malefoy.

— Ils sont pas passés de l'autre côté, eux, pendant le grand recrutement ? demanda Gideon.

— Les Malefoy sont des traditionalistes.

Alice avait lâché sa remarque en ayant bien conscience qu'il s'agissait d'un euphémisme. Tendue, elle les regarda s'installer à une table, un sourire aux lèvres, le goût de la nonchalance. Il n'était pas si loin le temps où ils s'exerçaient ensemble à la bataille explosive. Désormais, la bataille avait pris un goût de réel et ils avaient tous choisi leur camp.

— Lucius est un connard, fit Marlène. Avery est un suiveur.

— Il sait prendre des initiatives, marmonna Emmeline.

— Quand il veut impressionner Malefoy.

Marlène n'avait pas tort. Malefoy était sans conteste le petit chef du cercle des Serpentard. Son insigne de préfet, puis de préfet-en-chef, lui insufflait une autorité dont il n'avait pas besoin. Lucius était connu pour son arrogance, sa hauteur de vue, son côté revanchard et ses principes inaltérables. Selon lui, on ne pouvait pas s'attaquer à un Sang-pur – l'un des leurs –, il était prêt à se lever pour n'importe quel sorcier des Vingt-huit. Alice aimait naturellement lui envoyer des piques, rien ne l'amusait tant que ceux qui se prenaient trop au sérieux. Mais elle n'était pas sa cible. Elle n'avait jamais fait les frais – avant Rabastan – de sa méchanceté gratuite. Au contraire, Lucius l'avait souvent défendu contre Slughorn, lorsque ce dernier dépassait les bornes.

C'était une blague entre elle et Narcissa, l'attachement de Lucius à la coutume de ses ancêtres, le sérieux qu'il mettait sur ces vieux concepts surannés. Avery, lui, était effectivement un suiveur. Pas très sûr de lui, profitant du charisme d'un Malefoy sans en avoir le charme. Il avait vite eu tendance à en faire trop, attaquer dans les couloirs, utiliser le mot Sang-de-bourbe parce qu'il venait juste d'en apprendre l'existence. Wilkes était plus détendu, à la cool, il assurait l'air de rien les arrières de ses amis, ne sortait les dents que si nécessaire.

Ils avaient si longtemps été camarades qu'Alice avait mis un temps fou à les catégoriser comme dangereux. Wilkes avait été ce gamin de onze ans qui perdait toujours ses chaussettes et Avery, le meilleur ami qui s'amusait à les cacher.

— Ça m'a coupé l'envie de boire, murmura Alice.

— Ah oui ? Moi ça m'a donné envie de reprendre un verre.

— On est sûr qu'ils sont passés de « l'autre côté » ? demanda Gideon.

Marlène haussa les épaules.

— On ne peut jamais être sûr de rien, mais...

— Y'a de grandes chances pour qu'ils aient été recrutés, lâcha Londubat.

— Comment tu le sais ? Malefoy ne figure sur aucune liste...

— Malefoy est discret et intelligent. Il sait exactement ce qu'il faut dire et quand, c'est plutôt utile quand on vise les hautes sphères du Ministère. Avery est moins malin. Il dévoile ses pensées plus facilement.

Londubat regardait Alice qui hocha lentement la tête. Il n'avait jamais pénétré dans la salle commune des Serpentard ; pourtant, il était sacrément observateur. Par peur de dévoiler la nature réelle de ses convictions, Lucius ne s'abaissait jamais à insulter les Nés-moldus, pas en public. Il se contentait d'un tarif préférentiel pour les Sang-pur, un mépris froid et discret pour le reste du peuple. Avery lâchait les bombes à sa place. Malgré les regards réprobateurs de façade, il y avait entre eux une communion de pensées évidente.

Les Malefoy et les Black avaient des liens étroits, et les Lestrange dans l'alliance, n'étaient jamais loin. Lucius était définitivement un terreau fertile pour le recrutement de Voldemort.

Il était certain que ce qu'il avait dû prendre pour une trahison ne l'avait pas rendu indifférent.

— Malefoy aime trop l'insulte de Traître à son sang pour jouer dans la neutralité, acquiesça Alice.

— Ma mère connaît bien Abraxas, confirma Frank. C'est le même genre : ils aiment l'idée qu'ils sont supérieurs. Ils ont tous grandi là-dedans, ils s'en nourrissent.

Emmeline leva la main pour recommander une tournée.

— Je trouve ça... effrayant, souffla-t-elle. C'est une figure nébuleuse encore, personne ne dit son nom mais tout le monde sait que c'est là. Ça n'a pas de forme précise, pas encore, donc c'est difficile à combattre, mais ça va bien quelque part, non ?

— Ils faisaient la pluie et le beau temps, avant, déclara Gideon. Je suppose qu'il cherche à regagner ce qu'ils ont perdu. Mais tu as raison, ça s'organise dans l'ombre. On n'en voit encore que des morceaux de puzzle.

— Ça ne donne pas envie de voir le puzzle terminé, remarqua Marlène.

— L'Affaire Dover nous en donne un aperçu. Mais je ne crois pas qu'ils étaient prêts à ce qu'on la découvre. Ils en sont encore à une phase discrète. Fol Œil pense qu'ils s'organisent en réseau pour frapper plus efficacement... quand ils frapperont.

— C'est bien que vous l'ayez trouvée, acquiesça Gideon en s'adressant directement à Frank et à Alice. Ça a au moins eu le mérite de réveiller un peu la population pour qu'ils prennent le danger au sérieux.

— C'est encore lointain pour certains, remarqua Emmeline. J'ai plusieurs patients qui m'ont dit « ouf, c'est que des moldus » en lisant le journal.

Alice regarda le verre de whisky devant elle et en avala une gorgée, puis deux. Elle laissa l'alcool lentement altérer ses sens. Ce n'était pas un temps à avoir envie de rester pleinement lucide.

— Parfois, fit Fabian, je me dis qu'il faudrait faire un truc maintenant, avant que ça dégénère...

— Ça dégénère déjà depuis un moment, murmura Londubat.

Le jeune Prewett hocha la tête.

— Mais qu'est-ce qu'on peut faire ? A part étudier le réseau en détail ? C'est interdit, la prévention, on ne peut pas tous les foutre en prison d'avance...

— Ce serait une solution qui ravirait Croupton. Il prépare une loi pour condamner l'intention de nuire. Robards et Hopkins sont ravis...

— Le problème de ce genre de loi, et je ne parle même pas de son caractère arbitraire, c'est que si le Ministère entre un jour entre les mains d'un fanatique, il aurait directement les pouvoirs pour nous enfermer en toute légalité.

Gideon hocha la tête.

— Croupton a toujours été comme ça, pas vrai ? interrogea Londubat. Il n'a pas attendu l'arrivée des Mangemorts pour essayer de durcir les lois.

Fabian acquiesça à son tour.

— Ta famille a déjà bossé pour lui, non ? Maugrey m'a parlé d'un Harold Londubat...

— C'est mon père, répondit Frank après un silence. Qu'est-ce qu'il t'a dit sur lui ?

— Pas grand chose, il l'a juste évoqué une fois sans vouloir épiloguer.

Son père ? Alice essaya de croiser le regard de Frank, sans succès. Jamais Londubat n'avait évoqué son père devant elle mais pour être honnête, le contraire était également vrai. Leurs discussions n'impliquaient jamais leurs familles respectives.

— Je reviens, murmura Alice qui commençait sérieusement à sentir la bière, l'hydromel et le whisky peser sur sa vessie.

Sur la lunette des toilettes, elle ferma les yeux pour empêcher sa tête de tourner. Elle était toujours en contrôle mais sentait qu'il lui aurait suffi deux verres de plus pour basculer. Il lui fallait simplement se concentrer sur des mouvements simples, focaliser son cerveau sur l'ouverture de la porte, une marche d'un pas assuré en direction du lavabo. Elle resta quelques minutes les mains dans l'eau, puis se passa un peu d'eau sur le visage.

Un coup d'œil en direction du miroir lui indiqua qu'elle n'était plus seule.

Narcissa Black.

Le cœur d'Alice manqua un battement en la voyant s'approcher du lavabo le plus proche.

— Prewett, Londubat, McKinnon, récita la silhouette debout à côté d'elle, qu'elle n'avait toujours pas regardé en face. Tu choisis bien tes amis.

Ainsi Narcissa l'avait observée ? Il n'était pas difficile comprendre l'allusion, et pourquoi Emmeline avait été laissée en dehors du compte. Il s'agissait tous de 'traîtres à leur sang'. Des mots que Lucius aurait pu susurrer au détour d'un couloir mais qu'Alice ne s'attendait pas à trouver entre les lèvres de Narcissa.

Depuis combien de temps ne lui avait-elle pas adressé la parole ? C'était à la fois deux minutes et un siècle.

— Ça se passe bien, la cohabitation avec Lucius ?

Elle s'était fait violence, incapable de faire le tri entre les souvenirs éclatés, comme les morceaux d'un verre qu'elle se serait coupée à ramasser. Ses sentiments refusaient d'être un tout cohérent, même si la colère, les regrets, l'assaillaient avec une force qu'elle ne pouvait ignorer.

— Très bien, je te remercie.

— Tu m'en vois ravie. Vous faites un beau couple, finalement.

Ce n'était pas un compliment. Narcissa savait très bien ce qu'Alice pensait de Lucius Malefoy.

Leurs années rebelles étaient terminées. Les choses étaient devenues sérieuses et les moqueries envers les Sang-Pur et leurs traditions stupides, les rêves d'une vie libre, leurs plans de carrière ensemble dans les relations internationales, tout avait été englouti par une force qu'elle avait surestimée. On leur avait laissé le choix : briser cette part d'elle-même pour vivre avec le groupe, ou faire taire leurs désirs et rentrer dans le rang.

Alice avait aimé Narcissa comme une sœur, et ce genre d'amour ne disparaissait pas comme par magie.

— J'ai croisé ta famille récemment...

Narcissa avait terminé de se laver les mains. Mais elle ne bougeait pas, se contentant de détailler Alice du regard.

— Il vont bien ? demanda Alice, la gorge serrée.

— Tu connais ton père. Il trouve toujours des solutions. Ce n'est pas pour eux que tu devrais t'inquiéter.

Narcissa saisit un morceau de papier et entreprit de s'y essuyer soigneusement les mains.

— Qu'est-ce que tu veux dire par là ?

— Tu sais ce que je veux dire par là.

— Non, j'en sais rien ! Mais j'ai eu ma dose de menaces vagues... Prends soin de toi, Narcissa.

Alice s'était détournée pour partir. L'autre la retint.

— C'est la dernière fois que je te le dirai.

— Me dire quoi ?

— Ils ne t'ont pas oublié, Alice. Pour l'instant, ils ont d'autres choses à faire, mais ils viendront pour toi. Tôt ou tard.

— Va te faire foutre, Narcissa. Tu te rends compte de ce que tu dis ? Tu te rends compte avec qui tu es ? Je ne comprends pas pourquoi tu restes alors que tu sais ce dont ils sont capables !

— Ils veulent rétablir une justice ! Je ne comprends pas pourquoi toi tu es partie vu que ce qui est arrivé à ta famille ! Ce qu'ils ont pris, cette grandeur... elle nous appartient. Elle t'appartient à toi aussi !

— Ils t'ont complètement lobotomisée...

— Il est encore temps pour toi de revenir en arrière, Alice. Si tu t'excuses, ils comprendront... Une erreur de jeunesse. Tu pourrais rester pour comprendre leurs plans.

— Ils ne me pardonneront pas. C'est trop tard.

Alice n'avait pas envie d'être pardonnée. Rabastan avait détruit la fille qu'elle était alors, mais elle n'avait fait de mal à personne. Elle n'avait jamais voulu ça.

— Tu ne comprends pas, Alice. Si tu ne reviens pas en arrière, ils te retrouveront et ce qu'ils vont te faire...

— Et qu'est-ce que ça peut te faire à toi, hein ?

La voix de Narcissa se changea en murmure.

— J'ai essayé. C'est ce que tu te diras quand sa baguette sera pointée vers toi et que tu ne pourras plus reculer. Tu te diras : elle a essayé.

— Au revoir, Narcissa.

Sans un bruit, la porte se referma.

Devant le miroir des toilettes, Alice ne sentait plus les effets de l'alcool, simplement son cœur qui battait trop vite et les mots de son ancienne amie qui résonnaient encore en elle.

« Ils viendront pour toi. »

Au fond, Alice n'en avait jamais douté. Rabastan lui avait promis un sort pire que la mort et elle ne doutait pas qu'il était du genre à tenir ses promesses.

Qu'il vienne, songea-t-elle une fois encore avec plus de force. Qu'il vienne la combattre en duel rapproché pour comprendre sa douleur ! Qu'il vienne quand elle aurait une armée d'Aurors derrière elle ! Qu'il vienne pour éprouver le goût de son propre sang.

— Je t'attends, murmura-t-elle à l'adresse le miroir.

Celui-ci ne lui renvoya qu'un reflet terrifié.

.

(A suivre)

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N/A

Bref, j'avais dit qu'il était un peu long, désolée. Il se passe pas mal de trucs, du coup n'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé ! (Si vous êtes encore là, encore une fois haha) Si j'en crois mes notes, le chapitre suivant s'intitulerait Ce qui faut perdre pour gagner. L'été arrive donc ce sera à double-tranchant et ça risque d'être difficile de le publier dans deux ou trois semaines. Mais y'a quand même moyen que ce soit avant la rentrée !

Dans tous les cas, je vous fais des bisous, je vous souhaite plein de courage pour la vie et on se revoit vite j'espère !