Titre : Thirst

Disclaimer : Les personnages et l'univers ne nous appartiennent pas malgré un chantage à base d'expédition par la poste de pages de Death Note et de trognons de pommes cloués selon un rituel vaudou. Nous ne touchons bien entendu aucune compensation financière pour la publication de ce texte, là encore le chantage n'ayant pas suffi ^^ ( On nous a mentiiii x) )

Rating : M pour certains chapitres, bien que ce ne soit pas encore justifié.

Bonjour, le chapitre du mardi sur deux est avancé ^^ Et exceptionnellement tôt dans la journée, pour une fois.

La scène où L est secoué comme un prunier par Aizawa, la suite donc... Avant lecture merci de déposer armes et objets contendants, coupants et OVNIS divers dans les bacs prévus à cet effet xd La tour de Londres et la Bastille ne sont pas non plus au goût des probables victimes xd

Merci à toutes celles et ceux (pourquoi pas) qui nous postent leurs avis, même courts, c'est toujours un grand plaisir de les lire et de savoir ce que vous pensez de nos petits écrits.

Guest : Ding ding, le prochain chapitre tant attendu est arrivé ;) Nous, sadiques ? Mais non voyoooons xd (est-ce que c'est une surprise ? xd) La tension devrait encore monter pendant une partie de ce nouveau chapitre, mais je n'en dis pas plus, à part que la scène est un peu modifiée par rapport au manga. La tension va d'ailleurs se suivre sur quelques chapitres juste après celui-ci ^^ Merci pour ton commentaire tout sautillant d'enthousiasme :33

Makubex : Commentaire deux en un ;) Normalement tu devrais moins nous adorer après la lecture de celui-ci (surtout moi u_u) Mais j'espère que tu ne m'en voudras pas trop héhéhé. Merci pour ta review, toujours au rendez-vous ;)

Fan : Merci beaucoup x) Par contre nous sommes deux à écrire (d'où le "nous" qui revient régulièrement) et ravies de ton addiction à l'histoire ^^ Bienvenue donc ^^


Chapitre 9

Échange de bons procédés


Au moins le leurre Antoine Reynart était définitivement remisé au placard, oublié de tous, de L surtout. L'atroce voix synthétique de qualité navrante résonna encore à travers le poste. « Veuillez me dire si oui ou non la police se rangera à mes côtés pour que nous édifions tous ensemble un monde nouveau et parfait. J'attends votre réponse dans quatre jours, le 22 avril. J'ai préparé une cassette pour votre réponse qui devra être diffusée à 18h10 précises. »

Je grinçai des dents. Cet imbécile de faussaire allait tout faire capoter. À cause de ces stupides messages télévisés, L allait s'entêter d'autant plus, et s'il découvrait le faux Kira et l'existence des Death notes... Un pur désastre. Ma mise à mort ne tarderait pas à suivre.

Pour le moment L ne semblait pas en état de grand-chose. Le visage réfugié entre ses coudes, le refus obstiné de bouger, d'affronter Aizawa : mains verrouillées sur les tibias, jointures blanchies. Le policier s'acharnait en vain, incapable de casser le bloc humain. Lassé par ces bras qui ne cédaient pas, il lui empoigna les épaules et secoua, déversant un flot de paroles dénué de raison. Exaspéré par le manque de réaction, ses secousses devenaient brutales, trop. Temps d'intervenir. Je lui attrapai les poignets. « Lâche-le. »

Je forçai la prise, il secouait toujours L avec une force insoupçonnée. Une série de chocs imprimés dans ses poignets, de plus en plus secs, arrachèrent ses doigts de leur appui. Je le repoussai en arrière aidé de Matsuda, ce qui ne l'empêcha pas de hurler. « FAIS quelque chose, L ! Bouge ! Mais bouge ! Pour une fois dans ta vie ! Envoie les forces spéciales. Trouve-moi un casque, ou des lunettes de soleil ou un collant ! J'en sais rien. Agis merde ! » Tissu d'inepties et il ne s'en rendait même pas compte, trop occupé à lutter pour revenir se défouler sur l'enquêteur prostré.

Assez parlementé dans le vide. Phase 2. Mon poing s'écrasa sur sa pommette. Aizawa recula involontairement sous le coup. Porta sa paume sur la zone d'impact, ahuri, la joue déjà rouge. La surprise passa, fugace, la colère revint, différente. « Tu me frappes ? Alors qu'Ukita est mort ? Qu'est-ce qui ne va pas chez toi ?

-Tu as retrouvé tes esprits ? » La douleur de la collision déferlait des métacarpes jusqu'aux phalanges.

Il baissa légèrement la tête, soudain moins démonstratif. Matsuda, étonné, ajouta « T'as sacrément cogné. »

-Il fallait bien ça. » Il aurait peut-être un bleu le lendemain, tant pis pour lui, au moins il serait vivant. Me débarrasser d'un policier de plus, vraiment pas pour me déplaire, mais pas comme ça. Trop salissant. Et les soupçons de L n'iraient pas en s'amenuisant. Non, Aizawa allait partir, sur ses deux jambes, de son plein gré. Il suffisait de creuser les divergences, répéter le propos déjà tenu en y ajoutant quelques variantes personnelles. Je fis discrètement rouler mes doigts pour évacuer la sensation brûlante. Pour qu'il se calme, la colère devait éclater. « Écoute Aizawa, je suis parfaitement d'accord, on ne peut pas rester là sans rien faire alors qu'un malade mental prend le pays en otage.

- Ouais, que L se remue enfin ! Qu'il assume ! » Sa détermination était encore plus patente : quelqu'un se rangeait de son côté, il ne m'aimait pas, mais en cette seconde ça n'avait plus d'importance, parce que je disais ce qu'il voulait entendre, ou presque.

Ricanement désabusé. « Tu plaisantes ? On ne peut pas compter sur lui – Je désignai L d'un coup de menton – il n'est pas fichu d'assumer quoi que ce soit. »

Aizawa fronça les sourcils, réprobateur. « C'est L.

-Et alors ? Tu trouves que ça ressemble à quelqu'un de compétent ? Il vous a fait croire qu'il mettait sa vie en jeu autant que les vôtres. Il vous a fait croire qu'il était plus doué que personne. » Voix mordante. Colère et mépris, feints de manière convaincante, j'espérais. « Résultat ? Il reste gentiment bien au chaud, il se terre, il se planque pendant que d'autres meurent à sa place. Les règles du jeu ont changé et il n'a pas su le prévoir. Il n'a pas été assezintelligent. » Un frisson léger plissa le t-shirt de L. « Ukita est mort à cause de sa totale incompétence. Et le pire, dans tout ça, L le sait parfaitement. Il n'est même pas capable de vous regarder en face. Il a failli à son rôle, il a perdu. Observez-le, voyez comment il se tient. On croirait un enfant qui attend la réprimande. »

Les iris d'Aizawa glissèrent sur la silhouette ramassée, brusquement étrécis. « C'est vrai, il paraît se sentir coupable non ? Il n'a pas tenté de se défendre ou de bouger le moindre muscle.

- Exactement, enfermé dans son petit univers. Il tremble et se roule en boule... Il s'agit réellement de L ? De L ? Il est censé être un cerveau, un génie, pas un bébé terrifié par le noir, pas un autiste terrifié par le monde. J'ai honte pour lui. »

Aizawa baissa la tête. « Il n'est vraiment pas à la hauteur sur ce coup.

- Il est vraiment lamentable. Pathétique. Il ne manquerait plus qu'il couine et il serait le parfait portrait d'un chien lors d'un orage. »

Matsuda évidemment n'était pas d'accord, révolté par l'acide de mon ton. Loyal et gentil sous-fifre sans surprise de sa part et sans intérêt : il n'était pas ma cible et il ne pouvait me reprocher mon comportement, à l'instant ou par la suite. L'un de ses amis était mort sous nos yeux. L'un de « nos » amis, de son point de vue. Il tenta une faible contre-attaque. « Si on va là-bas, on meurt ! Lui comme nous ! »

Aizawa n'avait presque plus besoin de moi pour répliquer, l'échauffement avait porté ses fruits.

« Il se cache. Il s'est toujours caché. Derrière son ordinateur, derrière son pseudo, derrière nous. » Il serra les poings. « Derrière Ukita.

- Arrête, c'est le plus grand détective du monde, il ne peut pas se mettre en danger comme nous.

- Peuh. »

L'exclamation méprisante du second me permit de poignarder un peu plus Ryuzaki sur son échafaud. Chaque phrase, une balafre à sa réputation, son autorité. « L porte une double responsabilité, un double échec, en tant que détective et être humain. S'il s'était intéressé un minimum à ses collaborateurs - »

Cri de Matsuda. « Mais il s'y intéresse !

- Il connaît ton nom, et puis ? Il se contre fous de tout le reste. Nous sommes quoi ? Des paires de bras, des exécutants. Il nous sacrifiera tous un par un s'il le faut, ce sont ses méthodes, extrêmes, sans concessions. Cet affligeant ratagerepose sur son dramatique manque de discernement et de perspicacité, non seulement sur Kira, mais sur sa propre équipe. » Il secoua vivement la tête. « Matsuda, L ne maîtrise rien. Il n'est même pas capable de contrôler son propre corps. Que veux-tu qu'il fasse pour Kira ? Lui offrir une boîte de chocolats avec une carte Ce que vous faites c'est vraiment pas bien, vraiment très vilain. Arrêtez tout de suite, s'il vous plaît. Sinon je vais me fâcher très fort, et vous n'aurez plus jamais de cadeau. » Persuasif selon toi ?

- Il ne ferait pas ça !

-Tu as raison... il enverrait quelqu'un le faire pour lui.

- Non ! – il frappa la table – Enfin tu le sais toi, tu l'aimes bien, comment tu peux dire ce genre de trucs ? Raito ?

- Comment ? Tu demanderas à notre ami dans la petite boite en sapin. » Matsuda, mouché, se tut, le regard voilé.

Le second agent transpirait la fureur, tension répercutée sur sa posture, ses mains contractées. Tension ravalée, une seconde, deux. Explosée dans un mouvement rué vers la sortie. Stoppée net. « Dégage Matsuda ! Vire de cette porte ! Je dois faire quelque chose, laisse-moi passer ! » Je saisis le creux de son coude, qu'il se tourne vers moi.

« Tu ne peux pas y aller.

- Mais L est-

- Un incapable. Inapte et largué face aux situations de crise, je sais. Mais tu ne peux pas y aller.

- On doit faire quelque chose ! Je peux pas laisser Ukita là-bas. Je peux pas !

- Tu ne peux pas y aller sans avoir une stratégie. Ukita était ton ami, il est mort. J'ai autant envie que toi de foncer à Sakura TV, d'accord ? Autant que toi d'aller faire payer Kira. D'aller arrêter cet enregistrement moi-même ! »

Il se dégagea violemment et pendant plus de cinq bonnes minutes satura la pièce de hurlements, pour terminer sur : « Toute façon qu'est-ce que ça peut te faire ? Tu ne te soucies pas plus d'Ukita que L ! Tu es intelligent, assez pour être le principal suspect et faire partie du petit club des génies, alors pourquoi tu ne serais pas comme lui ? »

Je plantai mes yeux dans les siens, mes paumes sur ses épaules, pour que le dégoût craché dans sa voix ne se tourne pas contre moi. « Je ne suis pas un connard insensible, froid et distant. Je ne vous ai jamais méprisés, jamais regardés de haut, jamais insultés. Cite-moi une seule fois où j'ai manqué de considération ? Été hautain et prétentieux ?

- ….Aucune.

- Les personnes à QI élevé ne sont pas toutes d'insupportables misanthropes narcissiques. Je ne considère pas les gens comme des jouets ou des mouchoirs jetables, je ne suis pas un enfoiré de première classe à tendances sociopathes. »

Mon vis-à-vis compléta en un murmure : « Contrairement à lui. » et s'affaissa d'un cran, vidé de la colère brusquement libérée. Le comparatif proprement dit n'était pas sorti de ma bouche, bien. Dernière étape pour désarmer la bombe, jouer sur les cordes sensibles. « Si tu y vas, tu vas mourir. Ukita t'aurait détesté pour ça. Pour ta bêtise. » Il releva la tête, regard douloureux mélangé d'émotions. « Il te laisse une chance de vivre,grâce à lui, nous savons que Kira tue autrement. Et tu voudrais foncer sans réfléchir et finir comme lui ? Crois-tu qu'il aurait voulu ça ? Tu gaspilles sa -tu rendre son décès inutile et vide de sens ? »

Silence. « Réponds, veux-tu rendre son décès inutile ?

- Non !

- Nous allons trouver une solution rapide pour intervenir, sans affolement. » Les muscles d'Aizawa se détendirent. Il acquiesça en silence. Hallucinant le pouvoir d'influence d'une poignée de mensonges assaisonnés de poncifs vus et revus. La saveur du triomphe sur la langue, je me tournai vers la forme recroquevillée. Ryuzaki, genoux pressés contre la poitrine. Un œil émergeait des bras croisés, aussi sombre que les mèches en bataille. Bloqué sur moi. Illisible.

Mes lèvres s'incurvèrent, si peu qu'une ombre de l'éclairage aurait pu donner une identique impression. Une infime touche d'arrogance filtra.

Parce que tu as été minable devant moi, insignifiant. Parce que tu t'es montré faible. Écœurant de faiblesse. Je ne pouvais pas laisser passer ça, et c'est ta faute.

L. N'est. Pas. Faible.

Un mouvement soudain sur le deuxième ordinateur connecté au direct, à la périphérie de mon champ visuel : une camionnette lancée à pleine vitesse à travers la vitre de Sakura TV.

Rapide, je bondis sur l'appareil et augmentai le volume. « Bon sang ! Un véhicule vient de défoncer la station de Sakura TV ! Un véhicule blindé ! » La camionnette n'avait pas de dommages visibles. Un homme, la tête et le visage cachés sous une veste de costume s'en extirpa, et se faufila dans le bâtiment par la portion de vitrine brisée.

La surprise était figée sur les traits des deux policiers présents dans la pièce. L'événement inattendu sortit Ryuzaki de son apathie, il lâcha son premier commentaire depuis l'« éclat Aizawa. »

« Il a réussi à ne pas montrer son visage. Si Kira a pu tuer Ukita, il y a de fortes chances qu'il soit dans le bâtiment ou à proximité. Et si Kira connaissait nos identités respectives nous serions sans doute déjà morts à l'heure qu'il est.

- À moins qu'il ne nous réserve pour plus tard, afin de frapper un grand coup, selon l'expression consacrée. » Ryuzaki ne daigna pas adresser la moindre attention à mon intervention. Vexé ? Il y avait de quoi. Mais sous l'indifférence de son profil, je décelai une lueur d'inquiétude. Là aussi, il y avait de quoi. Exciter sa paranoïa avait quelque chose d'extrêmement satisfaisant.

L'homme inconnu avait disparu depuis déjà plusieurs secondes dans l'enceinte du bâtiment. Matsuda formula quelques questions essentielles, par définition évidentes. « Qui est cet homme ? Vous pensez qu'il est de notre côté ? En tout cas c'est une camionnette de la police. »

Ryuzaki ajouta « Il a parfaitement compris qu'il devait protéger son visage. » Je plissai les yeux, me remémorant la scène. Une intuition, mauvaise, me taquinait. Costume, corpulence, caractère. Ce serait tout à fait le genre de- Je composai un numéro. « Maman ? Papa est avec toi ?

- N-non. Je n'ai rien pu faire pour le retenir, il était devant la télé et brusquement il-

- Merci. » Je raccrochai, la coupant en pleine lancée. Je renseignai la compagnie. « C'est probablement mon père.

Interjection duelle : « Le commissaire ? » Le borborygme sceptique de Ryuzaki temporisa l'enthousiasme, le message on ne peut plus transparent : aucune preuve, pure supposition.

« Oh ! Une voiture de police vient d'arriver sur les lieux, ils ne font aucun commentaire sur l'incident. »

Matsuda, songeur. « Certains membres de la police osent encore être à nos côtés. Pour combien de temps ? »

L plaqua son pouce contre ses lèvres et commença à mordiller la peau. « Hn. Aizawa ? » S'adresser à lui... il voulait clairement recoller les morceaux. Ce dernier ne répondit pas.« Contactez le vice-directeur Kitamura s'il vous plaît et passez-le-moi. »

Un timide « oui » et il s'exécuta, visiblement repentant. Du moment que L agissait, il s'en contentait pour l'heure... cependant les graines de la discorde étaient là.

La communication sur haut-parleur ne s'embarrassa d'aucune fioriture. « Je suis L.

- Mais, mais dans une situation de cette importance, je -

- Taisez-vous et écoutez, vous devez obligatoirement protéger vos hommes surtout ne- »

La voix choquée d'un journaliste couvrit les grésillements téléphoniques. « Mon dieu ! Les deux policiers sortis de la voiture stationnée se sont écroulés par terre ! On dirait bien qu'ils sont morts eux aussi. » La voix flancha de panique. « Je-e, euh, je vais me mettre à couvert, c'est trop dangereux ici. Trop dangereux. » L'image sauta, redevint nette. La caméra tournait toujours, sans bruit, sans commentateur, diffusant la vision de deux corps de part et d'autre d'un véhicule.

Je me désintéressai de la conversation, pianotai sur le clavier pour agrandir l'image. Pas de doute, morts. Un second utilisateur de Death Note, donc. Cela, je le savais depuis Ukita. Confirmation nouvelle, il ou elle possédait également les yeux. La mort d'une extrême rapidité des policiers, à l'instant, ne pouvait s'expliquer qu'ainsi, là où celle d'Ukita laissait planer un certain flou. Les bases de données de L et de la police n'avaient donc pas été piratées, le copycat possédait les yeux. Il était plus puissant que moi. Merde.

Sauf qu'un bémol jouait en ma faveur : sa volonté de m'imiter – très mal – de se faire passer pour Kira. Jusqu'à quel point était-il de mon côté ? Et surtout, jusqu'à quel point pouvais-je le manipuler ? Il fallait le retourner à mon avantage. Si je jouais bien ma partie, je me débarrasserais de L et ferais accuser l'imitateur d'être Kira : échec et mat en un coup. J'allais devoir surveiller l'imbécile qui jouait avec le feu sans savoir s'y prendre.

Des vidéos de si basse qualité, franchement immondes et mal bidouillées, et la bande sonore... Bambi armé d'un céleri et d'une savonnette aurait pu parvenir à un résultat semblable. Soyons sérieux deux minutes. Un tel amateurisme était répugnant, crasseux. Et comme si ce n'était déjà pas suffisant, il avait tué des innocents. Ce crétin n'avait décidément rien compris. Toute cette mascarade de mauvais goût n'avait rien à voir avec moi. L n'avait-il pas déjà deviné l'existence d'un faux Kira ?

Le faussaire détruisait ma réputation, pièce par pièce. Salissait Kira. Hors de question que je le laisse sévir dans la nature, je devais le trouver sans être vu, tant que je n'étais pas certain de sa pleine et entière loyauté. Je glissai mon attention sur Ryuzaki, est-ce que tu as tout deviné ?

Son téléphone personnel sonna dans le vide, le détective donnait encore ses instructions au Vice-Directeur via celui d'Aizawa. « Aizawa, s'il vous plaît ? » Le sus nommé décrocha le second, s'exclama « C'est Monsieur Ya- Asahi ! »

Le je l'avais bien dit ne franchit pas ma gorge, mais je n'en pensais pas moins. Le visage de L plus lisse que le verre. « Vice-Directeur, ne faites plus rien, nous avons le contrôle de la situation. » L écarta le premier téléphone et posa l'autre devant sa bouche, mode haut-parleur. Le rugissement de mon père n'épargna les oreilles de personne.

« Ryuzaki ! Asahi à l'appareil !

- Vous étiez dans la camionnette. » Pas une question.

« C'était insupportable, Ukita et toutes ces horreurs, je devais faire quelque chose ! J'ai les deux lettres et toutes les cassettes, originaux et copies.

- Beau travail, vous vous sentez comment ?

- En pleine forme ! Jamais je ne me suis jamais senti aussi bien. Quel est le plan ? »

Un bref sourire sur les lèvres de détective. « Donnez-moi cinq minutes puis sortez tranquillement par l'entrée principale. Je vous transmets nos coordonnées actuelles. »

Une série d'ordres à Kitamura sur la ligne deux et dans le délai imparti, la devanture de Sakura TV se trouva bloquée par un mur d'agents équipés de casques et boucliers anti-émeutes, des tissus noirs colmataient les interstices entre les rangs. Le faux Kira ne pouvait plus rien faire. Un présentateur s'en donna à cœur joie. « Toutes les routes autour de Sakura TV sont fermées, la police a installé une barricade devant le bâtiment. Elle a décidé de ne pas céder face à Kira ! Mesdames et Messieurs, elle a décidé de se battre ! Et écoutez-moi, je n'ai pas... je n'ai pas peur de le dire, c'est une bonne chose. Une très bonne chose, notre gouvernement est constitutionnel ! Je m'appelle Kouki Tanakabara, présentateur du journal Golden News. Et oui, j'ose le dire, la police a fait le bon choix ! »

La suite des festivités, respectivement retransmise en direct par la télévision et les deux ordinateurs, n'apporta rien de supplémentaire. Les festivités en question apparemment closes, pour aujourd'hui. Dans la chambre d'hôtel tenant lieu de QG, l'électricité du stress se diluait dans l'air. Matsuda et Aizawa tombèrent assis, le front réfugié entre les paumes, descente de l'adrénaline. Ce n'était cependant pas mon cas, ni celui de Ryuzaki.

Aizawa brisa le silence pesant, bredouilla ses plus plates et maladroites excuses dont la sincérité ne faisait pas doute, il était trop franc et impulsif pour mentir. L baissa lentement les yeux, perdu dans une contemplation fascinante de l'accoudoir du canapé. Le policier attendait le verdict avec angoisse. Puis vint l'absolution, à peine plus audible qu'un chuchotement. « Ce n'est pas grave. Je comprends votre réaction. » Partie remise. Aizawa, allait déserter l'enquête, tôt ou tard. À la prochaine étincelle dans la poudre. À propos d'étincelles, L ne m'avait pas encore rendu la monnaie de mon petit discours, sans doute une visée à long terme, il était bien assez retors pour ça.

La porte s'ouvrit sur mon père, soutenu par Mogi dont l'absence fut résolue dès qu'ils firent un pas dans la suite. « J'étais coincé à l'autre bout de la ville, il y a des embouteillages partout à cause du blocus autour de Sakura TV, un vrai cauchemar. J'ai croisé le commissaire dans le hall. » Je soutins l'autre bas de Soichiro. « Comment te sens-tu, papa ? » La couleur de son teint faisait peur à voir, pâle et luisant de transpiration.

« Un peu de repos ne serait pas de refus. » Guidé jusqu'au siège le plus proche, il s'y écroula. « Pardon pour mon action inconsidérée et impulsive, Ryuzaki, je me suis laissé emporter, je crois.

- Ça ira. Vous êtes en vie. »

Mon père désigna une petite poche. « Les cassettes, l'enveloppe. Tout est là-dedans. »

Il peinait à retrouver son souffle, sa crise cardiaque n'était pas si lointaine. « Tu devrais aller à l'hôpital.

- Non non, laisse-moi juste quelques minutes. »

Ryuzaki faisait tourner l'enveloppe entre ses doigts minces, je pus entrapercevoir le cachet de poste d'Osaka. Examen expéditif, puis il la tendit à Aizawa. « Pourriez-vous l'analyser ? C'est votre spécialité après tout. »

L'intéressé avait retrouvé sa motivation, les compliments ne nuisant pas. « Bien sûr ! Je peux vous obtenir les empreintes digitales, l'ADN via la salive même si peu de gens lèchent encore les timbres, le lieu de vente de l'enveloppe et des cassettes. Peut-être même le type de caméra.

- Je compte sur vous. » Je me retins de lever les yeux au ciel.

Après avoir renvoyé mon père à la maison avec pertes et fracas, L nous confia la tâche de vérifier chaque angle de prise de vue de toutes les caméras présentes à Sakura, afin de déterminer la position de « Kira ». Matsuda se trouva expédié à l'autre bout de la pièce. Lui et Aizawa hors jeu, L, de manière inhabituelle, s'installa entre Mogi et moi.

Je ne tardais pas à comprendre. La première pique fusa, basse. « Mogi, j'ai besoin de ton opinion éclairée. Est-ce que, de ton point de vue, mon intelligence et ma compétence sont à remettre en cause ? Je pratique un sondage. »

Grognement. « Vous plaisantez ?

- Malheureusement non. Mon puissant sens de l'éthique humaine m'oblige à vous interroger malgré l'aspect impensable de l'hypothétique situation décrite. Pas d'inconvénient ?

- Je vous en prie, si cela peut nous permettre un meilleur travail d'équipe. »

L hocha la tête avec conviction. « Le travail d'équipe ! La base de notre métier, je me tue à le répéter à longueur de temps. Connaître ses coéquipiers, c'est connaître ses adversaires. Sait-on jamais. – insinuation à mon encontre. Merci. – Dites-moi Mogi, à ce sujet... quel est le plat que vous détestez le plus ? C'est une grande lacune que je souhaiterais combler au plus vite, ne pas prêter intérêt à mes collègues serait tellement irresponsable de ma part...

- Euh très bien. Les salsifis. »

Ryuzaki claqua des doigts, l'air faussement ravi. « Je le savais ! Vous avez bien la tête de quelqu'un qui se voue corps et âme à une féroce guerre anti-salsifis.

- Mais pourquoi voulez-vous savoir ceci en particulier, ça paraît... dérisoire ?

- Ne négliger aucun détail, de plus cette donnée me sera d'une grande aide dans l'arrestation d'un tueur. Et peut-être, grâce à cette information, un jour, je vous sauverai la vie. Maintenant – il se pencha vers son interlocuteur avec impatience – vous êtes plutôt pyjama uni ou à motifs ? »

Le cirque se poursuivit pendant une bonne heure, à renfort de remarques acerbes : « L'ampleur et les conséquences de ce copier coller me dépassent ! Suis-je vraiment en mesure d'assumer ? Mogi, devrais-je demander à Raito de me superviser, pour ne pas être trop lamentable ? Déplacer un mot pourrait être au-dessus de mes attributions. », « Quelle est la définition précise d'un insupportable misanthrope narcissique ? Kira. Quoique la mention d'enfoiré de première classe à tendances sociopathes et sanguinaires lui convient également comme un gant. », « Est-ce que je ne suis pas trop caché derrière mon ordinateur ? Mon pseudo ne vous gâche pas la vue ? Tout le monde me voit ? ».

Piques agrémentées de débats douteux concernant la gradation que j'avais établie bébé-autiste-chien. Évidemment, Mogi n'avait pas la moindre idée de ce dont L parlait réellement et de part sa nature réservée ne participait pas beaucoup, laissant à L la majeur partie de l'argumentation. Toujours est-il qu'ils tombèrent d'accord sur la notion discriminatoire de cet ordre, la conclusion résumée par L : « Qui irait comparer un bébé à un autiste ? À part un sale petit con prétentieux, méprisant et hautain ? Non, je ne vois personne de ce genre ici. Ce ne sont pas des termes comparables. » Je serrai les dents en silence, ma concentration sur le travail demandé a priori totale. Jamais aucune de ces mesquineries de m'était directement adressée, L ne m'avait plus dit un seul mot. À la pause déjeuner je crus déceler une accalmie et osai prendre quartier à moins d'un mètre trente de lui, principalement par manque de places assises disponibles.

La voix indolente et son propriétaire niaient copieusement ma présence, même si les commentaires m'étaient exclusivement destinés. « Je déconseille à quiconque de m'approcher trop près, la maîtrise de mon corps m'échappe ces derniers temps et un sushi dans le nez est si vite arrivé. Les crampes d'estomac poussent à des gestes regrettables. Mon incapacité à agir rapidement est donc aussi lamentable qu'affligeante et pathétique. – pause réflexive – Ne serait-ce pas légèrement redondant ? Peu importe cette phrase est presque entièrement de moi, sauf pour la partie qui laisse à désirer. » Et c'était reparti pour un tour.

Quand L décréta la journée terminée, j'avais rarement été aussi heureux de partir, loin de l'ambiance étouffante et du détective qui l'était tout autant. Hors de portée des surveillances de l'hôtel, Ryuuku me confirma la signature d'un autre Shinigami. Sur le retour, plus j'y repensai, plus la réaction de L devant un Aizawa hors de ses gonds était étrange. Le tremblement de ses mains, la force de résistance opposée, la posture d'auto-protection. Je n'y avais pas prêté attention, mais je ne me souvenais pas d'un contact physique quelconque entre Ryuzaki et qui que ce soit. Sauf la poignée de main à la fin de cette partie de tennis, simple respect des conventions pures. Réticence ou phobie ?

À la maison, je patientai jusqu'à entendre la rumeur de l'inertie planer entre les murs pour m'éclipser discrètement. Avec ce faux Kira, la prudence était de mise. Je dissimulai quelques pages déchirées du Death Note dans un endroit sûr. Au cas où. Le geste porteur d'un soulagement partiel ne suffit pas, mon sommeil dévoré par une curiosité mordante. Qui es-tu ? Que cherches-tu ? Alors que, pour la première fois depuis longtemps, aucun appel outrageusement tardif ne vint troubler ma nuit. Elle le fut bien assez sans en rajouter.

La matinée venue, j'étais le premier dans la suite silencieuse, grise du jour à peine levé. Des cheveux noirs désordonnés dépassaient du dossier du canapé, l'écran télévisé traversé de pointillés gris. Demi-sourire. Il s'était endormi. Je touchais doucement son épaule, à peine une pression, un effleurement. Sursaut immédiat. Recul. Surprise ou malaise ?

Ses paupières s'ouvrirent, larges.

« Alors comme ça, il t'arrive de dormir ? » Il se raidit, posa le menton sur un genou. Pendant qu'il déterminait s'il devait répondre ou non, je pris possession du second coussin. Pour et contre pesés, il renifla avec dédain, ne m'accorda pas un regard. « Je visionnai les cassettes envoyées par Kira. Elles sont intéressantes... mais ce n'est le que le point de vue d'un pauvre incapable inapte et complètement largué. »

Je roulai des yeux en silence, attendant la suite. Il ne me parlait pas des enregistrements sans raison, il ne faisait jamais quoi que ce soit sans raison. « Si la police accepte de coopérer, elle devra diffuser le plus d'informations possible sur les criminels, même en cas de délit mineur type agression ou harcèlement. Kira sera seul juge de leur sort. Pour rendre l'accord effectif et public, les hauts fonctionnaires de la police ainsi que L sont censés faire une apparition télévisée. Si la police tente une action sans l'approbation de Kira, les dirigeants seront ses assurances. Il les tuera si nécessaire puisqu'il aura connaissance de leurs visages. C'est la troisième cassette.

- Kira doit savoir que la réponse risque d'être négative, et depuis les événements de Sakura tout le pays est au courant, la police a déjà prit parti. Que dit la quatrième cassette ?

- Globalement la même chose. » Il appuya la télécommande, la vidéo se mit en marche. Ne pas faire de commentaire sur cette horrible voix en double playblack, les flous, les tressautements, le Old English 2... tellement laid. Disgracieux à la limite du ridicule. « La réponse est donc non. Je trouve cela très regrettable. Si les médias cessent de diffuser les informations relatives aux criminels, j'exécuterai les coupables de cette dissimulation inacceptable, police et médias. J'exige la vie de l'actuel directeur de la section de police qui enquête sur moi ou de celui qui pilote l'investigation, connu sous le nom de « L ». » Mon cœur s'accéléra. Les dieux étaient de mon côté.

Ryuuku m'adressa un clin d'œil. « Pile ce que tu voulais kuku. Ça se goupille pas trop mal. » « C'est votre châtiment pour refuser ce monde parfait que je propose. Je connais le visage du directeur mais si votre choix se porte sur L, il devra apparaître à l'antenne de Sakura TV pour un discours de dix minutes, dans quatre jours, le 26 avril. S'il n'est pas celui qu'il prétend, certains membres de la police seront sacrifiés. Ne me mentez pas s'il vous plaît, je ne veux pas tuer d'innocents. » Je ne pus empêcher un reniflement. De qui cet abruti se fichait-il exactement ? « Il vous reste quatre jours. Considérez attentivement ma proposition s'il vous plaît » Même sa diction et son expression avaient quelque chose d'étrange, d'enfantin par moment. Tous ces s'il vous plaît... Je croisai nonchalamment les jambes. « La police va certainement te livrer, ils ne céderont jamais leur directeur. Comment éviter ça ?

- Je sais. Ne te gêne pas, fais semblant de t'en soucier. »

Froncement de sourcils. « Je ne fais pas semblant, comment peux-tu penser ça ? »

Il ricana. « Bien sûr. Il faudrait être un connard froid, insensible et distant. Et ce n'est pas l'image que tu veux donner, n'est-ce pas, Moi Président ? »

Outré – faussement – une exclamation m'échappa : « Ryuzaki, je ne fais pas semblant, ils vont te livrer, je ne veux pas donner d'image !

- Attention, Yagami-kun, tu couines. » Ma main se crispa sur l'accoudoir. Je ne pouvais pas laisser L m'en vouloir, bien trop dangereux. De plus il allait peut-être mourir dans une semaine. Pas trop tôt. Soupir. « Je suis désolé pour mes propos. Il fallait calmer Aizawa et j'ai réussi. Mais en substance, je n'ai fait que répéter tes paroles. Simplement, moi, il m'a cru.

- T'excuser n'est pas dans ta nature. Quel est le raisonnement ? Je vais sans doute mourir dans sept jours donc peu importe ? Ou justement je vais m'acharner dans le peu de temps qu'il me reste ? Et de toute manière, si je survis il serait préférable de ne pas être en mauvais termes, vu que je te considère comme mon suspect principal ? »

Exactement. Soupir deuxième édition, « Il n'y aucun raisonnement. Je suis parfaitement conscient d'avoir dépassé les bornes, mais j'ai dit ce que je devais dire. Je suis désolé d'avoir dû aller aussi loin, c'était nécessaire. » Sourire d'excuse. « Je ne pouvais pas laisser Aizawa se faire tuer. »

Il baissa le menton. « Quel sang-froid, impressionnant.

- Sang-froid ? Non. Je me suis laissé déborder moi aussi, j'ai perdu la mesure. C'était la première fois, tu sais. Que quelqu'un mourrait sous mes yeux. »

Il me lança un regard furieux. « Au contraire, tu t'es bien amusé me semble-t-il, tu as joué. Le texte était préparé à l'avance ? Continue comme ça et les planches vont prendre feu. »

Rien de ce que je pus dire par la suite ne le fit changer d'avis et l'atmosphère ne s'adoucit pas à l'arrivée des autres membres de l'équipe. Son humeur particulièrement massacrante épargna cependant Matsuda, son grand défenseur de la veille. Les deux premières heures, personne ne s'en rendit vraiment compte, mais quand il commença à utiliser le policier comme messager, la fracture se révéla. « Matsuda, pourrais-tu demander à Yagami-kun de faire une photocopie de ce document ? Oh non, présente mes excuses à Yagami-kun, ces mots ont malencontreusement dépassé ma pensée. Moi Président préférera sans doute envoyer quelqu'un le faire pour lui, il ne voudrait pas se salir les mains. » Le sous-entendu... mon imagination ? Hormis la répétition de mes allégations – désagréable s'il en était – parlait-il du faux Kira ?

Est-ce que tu as deviné, L ? Est-ce que tu as deviné ?

La question tournait, tournait. Obsédante litanie. Lancinante. Je devais agir, la situation telle quelle ne pouvait pas durer. Il n'avait pas accepté mes excuses ? Il serait peut-être sensible à une approche. Je ne pouvais pas me permettre de foutre en l'air mon image et de faire sauter son compteur à suspicion.


༻ Thirst ༺


Peu de temps après le goûter de 10h30, une série de coups résonna. Les possibilités étaient restreintes ; le room service avait été prévenu que nous n'avions jamais besoin de rien, et Watari ne devait en aucun cas venir quand Raito était présent. Restait un idiot s'étant trompé de porte... ou Yagami père.

« Mogi, allez dire à monsieur Yagami que sa convalescence n'est pas finie. »

L'ambiance n'évoluait pas, restant électrique comme elle le méritait. Toutes les personnes me parlant finissaient immanquablement rabrouées, et me laissaient tranquille, ce qui était plutôt agréable.

« Bonjour tout le monde, bonjour Raito, bonjour Ryuzaki. »

Soupir. Exaspération. Et le petit prodige, traître, manipulateur, suspect de plus en plus sérieux, se leva pour aller à la rencontre de son géniteur, borné et terriblement imprudent.

« Papa, tu devrais rentrer à la maison et te reposer, tout va bien ici. Nous arriverons à coincer Kira. Si tu devais récidiver...

- Non, je me sens bien mieux, c'est l'inactivité qui me pèse, plutôt. Qu'est-ce-que je peux faire pour vous aider ? »

Les yeux rivés sur mon écran, je souris. Si Raito voulait voir son père loin, c'était une raison suffisante pour le laisser rester.

« Eh bien, puisque vous y tenez tant, restez. Après tout, nous pourrons coordonner nos actions. »

Un murmure de désapprobation s'éleva avant de retomber.

« Oui, chef, nous sommes contents de vous revoir ! » pépia Matsuda, heureux comme un chien au retour d'un membre de la famille. Pourquoi pas un « bon retour à la maison », aussi ? Cet imbécile devrait songer à adopter un animal de compagnie, chat ou iguane, à qui parler quand il rentrait chez lui. Cela pourrait au moins avoir l'avantage de nous épargner son bavardage domestique intempestif.

Je me levai, laissant mon fauteuil.

« Puisque je suis totalement incompétent, je vous laisse mon poste, monsieur Yagami. Vous trouverez sans doute mieux que moi les différentes positions possibles du tueur. »

Ses yeux s'arrondirent sous la surprise.

Ce n'était pas parce que son papa était là que j'allais laisser Raito souffler, il méritait amplement ce traitement, sa fourberie et sa mesquinerie payées de retour. Même si à présent deux personnes ne comprenaient pas les allusions et accusations.

Le canapé était confortable, et y prendre le thé plus qu'agréable. Mogi, interrogatif, finit par parler, alors que le bon père de famille s'était assis, heureux comme un pinson d'être de retour au labeur. « Mais... nous devons travailler pour retrouver Kira.

- On ne peut pas compter sur moi, n'est-ce pas? C'est un de mes caractères infantiles, il ne vous reste qu'à espérer qu'il passe avec l'âge. Trois jours pour m'améliorer, est-ce court ? Monsieur Yagami, connaissez-vous un bon pédopsychiatre, qui pourrait nous éclairer sur la question? »

Haussement de sourcils. Il ne répondit pas, reprenant vite l'habitude du travail avec moi. Patiemment, je m'attaquai à une boîte de petits sablés. Vraiment pas exceptionnels, ce qui n'était pas pour améliorer mon humeur, mais j'avais décimé mes réserves avant de m'endormir. Je grignotai, réfléchissant.

En visionnant le message de Kira ce matin, Raito avait été réellement agacé, de manière plus sincère et visible que les autres fois. Son comportement avait été bon, et même si je lui en voulais terriblement pour ses paroles et ses agissements – à cause de lui, la confiance d'Aizawa était ébréchée – au final, tout ça avait payé, et il n'y avait pas eu plus de morts. S'il était Kira, aurait-il sauvé sa vie ainsi ? Comment avait-il pu tuer Ukita, en étant juste à côté de moi ?

Kira pouvait contrôler ses victimes ; avait-il envoyé Ukita mourir aux portes de Sakura TV, pour faire penser qu'il n'avait besoin que du visage ? Et manipulé en sus deux policiers choisis au hasard pour renforcer cette hypothèse ? J'avais du mal à le croire, même si c'était possible.

Les sablés n'étaient vraiment pas bons. Je fouillai sous les coussins, exhumant une boîte de pâtisseries un peu écrasées. Éclairs et mini opéras.

En fait, tous les agissements du Kira d'hier au soir étaient discordants. Presque une parodie, un remake raté. Infiniment moins bon, moins raffiné que ce dont il m'avait gratifié jusqu'à présent. En tuant Taylor, il ne l'avait pas fait parler pour dire des absurdités ou menacer les forces de police. Il avait châtié des juges corrompus, pas des innocents en désaccord avec ses principes.

Je le regardai, l'air altier, dos droit, cheveux gracieusement décoiffés, mains voletant sur le clavier. Non. Ce n'était pas lui, hier. Mais il n'en était pas pour autant innocenté. Au contraire. Ses réactions avaient été vives, violentes autant verbalement que physiquement. Il avait frappé vraiment fort, la pommette d'Aizawa était ornée d'une jolie couleur violacée. Des réactions, des réflexes. Et dans l'adrénaline, il m'avait montré une faculté à contrôler la psyché des gens de manière brillante. Très contrôle des masses, très Kira.

Et s'il n'était pas l'auteur des messages, c'était que quelque part rôdait un deuxième Kira.

Ses yeux acérés analysaient les données, disséquaient les informations. Si tu es Kira, tu dois vouloir retrouver l'imposteur avant moi, parce qu'il est moins intelligent que toi, et que je pourrais m'en servir pour t'atteindre.

Je pourléchai mes doigts un à un, ravi autant qu'inquiet par ce retournement de situation. Kira 2 pouvait certainement tuer juste en voyant le visage, ce qui n'excluait pas la possibilité que Kira puisse, par un quelconque moyen, acquérir cette capacité. Mais il y avait là une occasion inespérée qu'une tierce personne, bien inférieure, me guide jusqu'aux preuves qui me faisaient si cruellement défaut.

Raito se retourna, agacé.

« Peux-tu arrêter de me regarder sans arrêt ? Je sens que tu essaies de me tuer avec tes yeux.

- Ce ne sont pas mes yeux qui te tueront, Yagami-kun. C'est la corde qui s'enroulera autour de ton joli cou quand j'aurai la preuve écrasante de ta culpabilité.

- Je n'ai rien fait qui mérite la pendaison.

- Pas hier, j'en suis certain. »

Il fronça les sourcils, soucieux. « Tu ne me soupçonnes plus? Tu as enfin pris la mesure de l'ineptie de la chose?

- Va savoir. » Je lui souris, d'un de ces sourires qui signifient « Je vais te déchiqueter, pendre tes boyaux sur les grilles de ma citadelle et ficher ta tête sur une pique pour que les corbeaux te rongent les yeux. »


La pause déjeuner arriva, et avec elle, la pénurie de sucre. Tout le monde était sorti manger dehors, dans un des petits restaurants typiques qui jalonnaient les rues en retrait. Coup d'œil par la fenêtre, mains appuyées sur la vitre. Personne de connu, en contrebas. Penseraient-ils à me ramener à manger ? Matsuda avait laissé son portable éteint, mort sur la table basse. Dépité, je recommençai mes explorations, partout où j'aurais pu oublier des vivres. Derrière les écrans, sous les tables, au-dessus de la télé, aux toilettes, à la salle de bains, sous le lit, dans les armoires. Rien. Rien du tout pour me sortir de la famine qui me guettait.

Trouver une occupation pourrait me permettre d'attendre leur retour, et d'envoyer enfin quelqu'un faire les courses, armé de la liste que je commençai, dans l'ordre alphabétique. Apfelstrudel, bavarois, croquignolles, dacquoise, éclairs à la fraise des bois, fondants au chocolat, gulabjamans... le H posait problème, et sans rien à me mettre sous la dent, réfléchir finirait par me rendre méchant.

Fatigué, ennuyé, sans plus rien à faire, je consultai mes mails, omettant ceux destinés aux trois enquêteurs que j'incarnais. Un seul sur la boîte d'Hideki Ryuuga. D'un expéditeur honnis, qui aurait dû être banni de ma vie à jamais. Énervé par avance, je cliquai tout de même.

« Mon cher Ryu',

Je sais qu'on s'est pas quittés en bons termes (c'est un peu de ta faute aussi) mais voilà : tu me manques trop T_T La Russie est un pays trop froid, les gens sont gentils mais ils ne sont pas komme toi ; sans toi, j'ai l'impression que la vie n'a plus de sens, que tout est dépeupler. Alors voilà, si tu veux bien recoller les morceaux, moi je suis d'accord pour revenir ^_^ on pourrait tout reprendre comme avant, même resté amis si tu veux! Mais j'ai vraiment trop besoin de te voir, d'entendre ta voix, de voir tes beaux yeux noirs, de te regardez encore manger tes gâteaux et tes sucreries :3 j'apprendrai à cuisiner, pour toi! Je suis pas mauvais aux études, je suis même plutôt bon, ça veut bien dire qu'on peut s'entendre, non? Je suis certain qu'avec des efforts nous 2 ça peut marché! Même si tu as u peur parce que tu n'es pas au clair avec tes sentiments, on peut y arriver! Ensemble!

Je t'nevoie une photo de moi sur la place Rouge, c'est très beau. J'aimerais beaucoup t'y emmener un jour, et réchoffer tes mains dans les miennes *_*

Bref, j'espére que tu me répondras vite,

Ton Kuma qui t'aimera toujours »

Il n'y avait plus de mots, à ce niveau-là. La photo en pièce jointe – mal compressée, prise à contre-jour en plein midi et donc aux profondeurs inexistantes – semblait annoncer que le régime trop gras et alcoolisé n'était pas conseillé aux adolescents aux poussées hormonales trop prononcées. Le pauvre avait un visage encore plus ravagé qu'avant, ce qui n'était pas peu dire. Il m'évoquait vaguement un croisement entre du foie de veau et un soufflé au fromage. Peu ragoûtant.

Sa ténacité était confondante de bêtise. Pourquoi ne comprenait-il pas? Où n'avais-je pas été clair, dans mon refus d'avoir quoi que ce soit à faire avec lui ?

Bon, puisque c'était un abruti, ma réponse devait être de son niveau, simple et concise. Compréhensible immédiatement par un japonais.

Répondre.

凸(⊙▂⊙✖ )

Envoyer.

Limpide. Plus, ce n'était pas dans mes moyens.

Je relis son message, amusé. Cet incapable ne pouvait même pas écrire sa propre langue sans fautes immondes, et son romantisme échevelé était confondant. L'imaginer chanter du Disney sous la douche était très amusant, et un rire passa mes lèvres, me surprenant presque. Futi était idiot, mais d'une idiotie drôle. Raito était intéressant et intelligent, mais terriblement sérieux.

Et j'avais encore faim. Au bout du couloir, la porte s'ouvrit. « C'est nous! » Matsuda, fidèle à lui-même. Derrière lui, tout le monde entra et déposa ses affaires. Je me retournais vers l'écran, fâché. Si Matsuda n'avait pas de gâteaux, je n'en aurais pas. Autant reprendre ma liste où elle en était, quitte à omettre le H. Et répondre à la conversation météo ne m'enchantait pas outre mesure.

Une boîte de carton blanc s'infiltra dans mon champ de vision, portée par une main qui ne faisait jamais ce genre de chose. Je regardai Raito, dubitatif. Il s'était façonné un air amical, sourire numéro 5.

« J'ai remarqué que tu n'avais plus rien à manger.

- Tu ne m'achèteras pas avec un sucre, Yagami-kun, même si d'après toi je tiens du chien.

- C'était sans calcul.

-Juste gentil ? J'ai du mal à y croire, venant d'un être tellement supérieur. » Il soupira et reprit son travail, acharné, méthodique. En tout cas, son goût pour les pâtisseries était bien formé. Les mignardises étaient simplement exquises, faisant fondre malgré moi une partie de ma mauvaise humeur.

Une dizaine de minutes plus tard, je repris les investigations.

« Ta Majesté aurait-elle la bonté de me donner cette agrafeuse ? »

Il ne répondait même plus, ses gestes mécaniques et sa concentration absolue ayant remplacé nos jeux verbaux.

Je tournai sur ma chaise, m'élançant depuis le bureau en donnant un coup de pied qui lui faisait pousser des soupirs d'énervement, puis me traînais pour recommencer. Il fallait que j'aie assez d'entraînement pour atteindre le canapé sans avoir à quitter mon fauteuil. Comme ça, je n'aurais plus à me lever trop souvent. Et au passage, mon entraînement exaspérait tout le monde. Les bandes de papier agrafées me servaient de repères au sol, que je marquai au crayon à chaque nouveau record.

« Sa Seigneurie aurait-elle une idée de ce que ma modeste personne pourrait faire pour contribuer au travail collectif ?

- Mange un gâteau et arrête de faire bouger les ordinateurs, s'il-te-plaît. »

Surpris, j'attrapai un nouveau Taiyaki, me taisant et ne bougeant plus pendant quelques instants.

Essayait-il de s'excuser ? De se racheter en m'offrant des douceurs ? « Tu les as empoisonnés. Avoue tout. »

Il releva la tête, me foudroyant du regard. Ah, quand même, une réaction. « J'essaie de trouver Kira, je n'ai pas que ça à faire d'empoisonner celui qui est censé résoudre cette enquête. »

Aizawa s'agitait, ruminant probablement quelques invectives à mon intention, de nouveau. Mais il fallait absolument lui éviter de trop réfléchir. Je m'assis sur le canapé, les invitant d'un geste à me rejoindre. « À ce sujet, justement. Puisque nous allons autoriser la télévision à diffuser la réponse négative, il va falloir réfléchir à la suite des événements. Il veut que moi ou le directeur de police meure. Monsieur Yagami, vous avez dû avoir la réponse des autorités à ce sujet ?

- Oui. Ils... ils veulent que ce soit toi qui passe à la télé, Ryuzaki, sans subterfuge. C'est toi qui va mourir. »

Je guettai attentivement la réaction de Raito, mais rien de filtra au travers de son masque trop parfait. Visage lisse, vide de toute émotion. Yeux miroirs, gardant son esprit soigneusement enclavé à l'intérieur.

« Oui, c'est la meilleure décision. »

Tollé général. « Quoi ? Mais enfin, comment va avancer l'enquête ? », « Il ne faut pas céder à Kira. », « Les froussards ! »

Je laissai mes genoux glisser, mes jambes se verrouiller en position du lotus. Mon dos étrangement droit. « Entre le directeur et moi, il est évident qu'il ne faut pas sacrifier l'autorité gouvernementale. Mais je n'ai pas l'intention de me laisser faire et de mourir pour si peu. Nous aurons attrapé Kira avant.

- Mais si ce n'est pas le cas ?

- Je vais réfléchir. »

Je fermai les yeux, mes mains jointes dans la position rituelle.

« Donc tu ne vas rien faire ?

- Aizawa, votre manie de toujours vouloir agir a failli vous coûter la vie. Je ne veux pas prendre de risque inutile, pour personne. Ni pour vous, ni pour moi.

- Surtout pas pour vous.

- Pour personne. Je regrette, pour Ukita, je l'ai déjà dit. Je n'ai pas pu prévoir ce qui s'est passé. Mais là, nous avons trois jours, je compte bien les utiliser. Laissez-moi réfléchir.

- Ah oui, forcément. Réfléchir. Heureusement qu'il y a des gens pour exécuter ensuite. »

Une voix posée trancha la colère grandissante, alors que je commençais à m'interroger sur la nécessité d'ouvrir les yeux pour surveiller les mouvements éventuellement agressifs d'Aizawa.

« Aujourd'hui, nous avons le temps de réfléchir. Ryuzaki a raison ; capituler face à Kira et sacrifier quelqu'un n'est pas la meilleure chose à faire. Il vaut mieux profiter du délai accordé pour l'attraper. Les résultats d'analyses devraient nous parvenir bientôt, nous aviserons sur ce qu'il convient de faire. »

Silence dans la salle, le preux chevalier Raito avait parlé. Sa capacité à diriger les foules avait du bon.


En fin de soirée, alors que tout le monde était rentré, les résultats d'analyses arrivèrent par mail. De quoi établir un profil, largement. Les empreintes sur l'enveloppe étaient vraiment petites. Pas du tout celles de Raito – ni de Sayu, j'avais vérifié moi-même – mais clairement celles d'un enfant ou d'une fille assez petite. Ce qui collait avec le tâtonnement technologique de cette Kira 2, et ses tics et défauts de langage. Hormis quelques cas exceptionnels, les femmes de ce pays étaient totalement prises dans la gangue des standards sociaux, et se cantonnaient à des activités follement enrichissantes, comme faire la lessive, le ménage et des enfants.

Ses motivations étaient donc sans doute en rapport. Elle ne partageait pas vraiment les idéaux de Kira, ne les comprenait même pas. Comble de l'ironie. Mais en agissant ainsi, elle avait réussi à attirer son attention.

Dans quel but ? Passage en revue des émotions et caractéristiques féminines : jalousie, superstition, sensiblerie, mauvaise foi, passion amoureuse. Parmi tout ça, rencontrer Kira devait avoir un lien avec la superstition, la sensiblerie et l'amour. Probablement une idiote, pucelle effarouchée, qui voyait en Kira un sauveur. Peut-être qu'un meurtre l'avait bien arrangée (« Han mon dieu ce mec moche trop bizarre me regaaaarde, c'est un pervers, ouf il est mort, c'est bien fait. »), qu'elle l'admirait en confondant fascination morbide et amour. Le même genre de fille qui pourrait signer une pétition contre les expérimentations de shampoing sur les lapins et continuer de manger du thon rouge en portant des chaussures en alligator.

Si elle arrivait à rencontrer Raito, elle serait encore plus sous son charme, éblouie par sa beauté et son sens de la répartie. Et sous ses ordres, elle pourrait devenir une arme extrêmement gênante pour moi et ma vie. Guidée par ses sentiments, elle deviendrait une aveugle, un serpent mortel dansant au rythme du charmeur de cobra. Qui finirait par s'en débarrasser en lui offrant une pomme empoisonnée.

Il était plus prudent de garder Raito à côté de moi autant que possible, les chances qu'il rencontre Kira 2 seraient plus faibles. J'attrapai mon portable. 3h26. Un peu tôt. Hésitation. Je lui envoyai finalement un SMS, plus simple que d'avoir à m'expliquer avec lui mal réveillé et de mauvais poil. Pléonasme.

« Bonjour. Sèche les cours et viens au QG aujourd'hui matin, si tu veux vraiment attraper Kira. Hôtel Park Hyatt, cinquantième étage, troisième porte sur la gauche. » Je faisais des efforts pour être poli, il avait intérêt à être là.


Le matin se levait, le ciel dégagé laissait voir au loin le mont Fuji baignant dans une lueur rose orangée. Le froid laissait une pellicule de givre sur les coins de la baie vitrée.

Raito entra le premier, une nouvelle fois. Presque quarante minutes d'avance sur Mogi.

« Bonjour, Raito-kun. Tu vois, ton horloge biologique est plus correcte, maintenant.

- Plus déphasée, surtout. Alors, tu as une nouvelle piste ? »

Il s'assit, posant sur la table un sachet des viennoiseries qui embaumaient la pièce d'un parfum chocolaté et sucré absolument alléchant. De quoi très bien aller avec le café péruvien encore brûlant.

« Prenons d'abord un petit déjeuner, je t'en parlerai ensuite. Ton réveil est trop tardif pour que tu aies eu le temps de manger chez toi. » Je lui servis une tasse, porcelaine fine et délicate, et le silence accompagna quelques minutes de dégustation. S'il essayait d'acheter mon pardon, ce n'était pas une stratégie très subtile. Mais c'était une stratégie plutôt agréable. Futi, de son temps, avait des goûts nettement moins raffinés.

« Donc ? Que disent les résultats des analyses ?

- Regarde par toi-même, et dis moi ce que tu penses de tout ça, indices et cassettes. »

Je lui donnai un dossier comprenant tous les éléments, et partis vers la cuisine me préparer mon premier Earl Grey de la matinée. Du Darjeeling de printemps. Mon côté anglais.

À mon retour, Raito semblait dubitatif, plongé dans ses pensées. Je passai au-dessus du dossier du canapé, m'asseyant face à lui sur son fauteuil matelassé. Je sirotai mon thé tranquillement, sans faire le moindre bruit, attendant patiemment qu'il me donne son avis, qu'il révèle de lui-même l'existence de son alter ego. Même s'il n'était pas Kira, il devrait le comprendre.

Ses yeux croisèrent les miens. Moment de vérité. Ou de mensonge habilement mêlé de vérité, pour mieux me tromper.

« Il existerait un deuxième Kira ?

- C'est ce que je pense.

- C'est vrai que son comportement a changé, qu'il y a des incohérences.

- Oui. Le deuxième Kira a fait des fautes. Je suis content, à deux, notre hypothèse aura plus de poids. Un thé ? »

Petite hésitation. « Pourquoi pas. » Deuxième service de thé bergamote. « Tu as un plan ?

- Bien sûr. Et j'aimerais ton aide. »

Je lui expliquais le détail, le laissant combler les non dits et percevoir les subtilités seul. Un véritable bonheur que de ne pas s'engueuler. Être du même côté, même juste pour son jeu cherchant ma mort, était nettement mieux que de s'affronter. Ce qui, au final, était encore plus excitant. Coincer un tel adversaire serait un plaisir rare, mérité. Attendu.

Risquer ma vie commençait à me peser, changer d'hôtel tête baissée, cachée sous une capuche et le nez dans une écharpe n'était vraiment pas agréable pour le moral. Heureusement que la construction de ma tour d'ivoire s'achevait très bientôt. L'équipe au complet arriva finalement. Et les réactions à l'hypothèse Kira 2 allèrent de la peur pour Matsuda, à l'acquiescement pour Mogi et Yagami, à, assez évidemment, le scepticisme d'Aizawa.

« Un deuxième Kira ? Ce n'est pas plutôt parce que tu t'acharnes à voir en Raito le « premier » Kira ?

- Non, les preuves sont là. Il y a trop de discordances entre les deux façons d'agir.

- Et si nous nous étions trompés, au début ? Ce serait pas la première fois... »

Raito prit la parole, d'un calme olympien alors que tant de mauvaise foi et d'acharnement commençaient à vraiment me donner envie de le mettre à la porte. Il était presque certain qu'Aizawa n'accepterait pas de s'installer au QG. À partir de là, notre collaboration s'arrêterait, même si, en tant qu'enquêteur, il était plutôt bon, et que je ne souhaitais pas le voir disparaître.

« Non, il y a des points qui ne correspondent vraiment pas. Le manque d'assurance, l'incongruité de la démarche, les cibles choisies. Il y a de très fortes chances pour que nous ayons affaire à un faux... non, à un deuxième Kira.

- Exact. Une réplique imparfaite du premier.

- ... Combien de chances ?

- Environ 70%, je pense. » Ils se turent, accusant le coup. Je complétai ma pensée, profitant de mon retour en grâce. « Cette façon de faire ne me plaît pas. Ça ne lui ressemble pas...

- C'est vrai que d'habitude, Kira est plus classe que ça.

- Matsuda, enfin! » La remarque fut ponctuée d'une tape derrière la tête, Mogi n'appréciant pas qu'on adule un meurtrier en étant assis à côté de lui.

« Moi, si j'étais Kira, cela m'énerverait. La terreur n'a jamais été un instrument pour se faire entendre. » Mange ça, Aizawa. « Nous avons retrouvé des empreintes sur les enveloppes. Le deuxième Kira est beaucoup moins intelligent que le premier. Il s'agit certainement d'une fille, assez petite. Banlieusarde, polie, animée par ses sentiments. Jeune et bête. »

Yagami cligna plusieurs fois, Mogi resta stoïque, Matsuda laissa sa mâchoire béer légèrement, et Aizawa fronça les sourcils. La ride du lion le guettait avant l'heure.

« C'est bien beau tout ça. Vous avez un plan ?

- Comme il se doit. Je suis L. »

Évidemment Yagami bondit au plafond quand je tentais de lui expliquer pourquoi son petit trésor était le plus à même de rédiger l'appel de Kira qui serait diffusé le lendemain soir. L'émission le soir même aurait été possible, mais il était plus prudent de profiter au maximum des délais. Pour le moment, les Kira ne s'étaient certainement pas encore rencontrés.

Pendant une bonne heure, Raito rédigea son message, appliqué. J'espérais pouvoir déceler une allusion obscure, une information floue. Mais il était intelligent ; s'il s'adressait à cette Kira 2 pour qu'elle puisse le comprendre, alors je le verrais forcément. Dur, d'avoir un allié potentiel stupide, n'est-ce pas ? Au final, le résultat était excellent. Digne de Kira, comme je m'y attendais. Et il avait même eu la délicatesse de ne pas donner de directive me concernant, flou artistique justifiable et arrangeant. Un travail de petit génie. Admirable.

« Merci. » Je ne le regardai pas en disant ça, et son « Je t'en prie. » ne me renseigna pas sur son expression.

« Tu peux aller en cours, j'ai justifié ton absence de ce matin. Tu étais à un examen médical pour tes problèmes d'insomnie.

- Et tu trouves ça drôle, bien sûr.

- Pas toi ?

- Ton sens de l'humour est particulier. Pas très consensuel.

- J'en suis navré, que ton altesse me pardonne cet incident.

- Ma bonté me perdra. »

Je souris alors qu'il partait. « Bon, au travail. Il s'agit de rendre la mise en scène de ce message d'un niveau convenable. Donc absolument parfait. »


Les pâtisseries que me ramenait Matsuda étaient quand même moins recherchées que celles de Raito. Et la qualité de son travail nettement inférieure. Tous, ils s'activaient avec énergie, mais toujours portés par mes ordres. Je n'aurais pas pensé que connaître un autre jeune de presque mon niveau remettrait tellement en valeur le fossé qui me séparait du reste de l'Humanité.

Mon téléphone vibra contre ma cuisse. SMS de Raito. « Peut-être inverser les paragraphes 5 et 6, et changer « une raison quelconque » pour « un quelconque prétexte » ».

« Je m'en charge. Pense à travailler à l'école pour avoir de bonnes notes, sinon papa ne sera pas content. »

Je laissai les choses se faire, et partis en pause sur internet, à la recherche d'une idée. Une idée raffinée, élégante, belle, sérieuse, seyante. Et écolo. Rien de trop clinquant, rien de trop niaiseux. Un juste milieu, un équilibre parfait. Et l'idée parfaite, assortie à la couleur de ses cheveux, finit par arriver. J'attrapai une nouvelle fois mon téléphone. « Watari, je peux me faire livrer un truc du Pérou avant ce soir ?

- Tu ne vas pas recommencer avec les alfajores et les picarones, quand même ? Je t'ai dit qu'on n'affrète pas un avion juste pour des friandises.

- Mais non. Bon, je ne vois pas pourquoi on ne ferait pas ça, mais c'est autre chose que je veux. S'il-te-plaît ?

- Hmpf. Tu es un horrible enfant gâté.

- Je sais.

- ... qu'est-ce que tu veux, alors ? »

J'avais gagné.

C'est à peine une heure avant que je lâche les troupes qu'enfin Watari entra dans la pièce, amenant avec lui non seulement des montagnes de sucreries qui permirent de remplir la cuisine, mais aussi le paquet que j'attendais. Il me le laissa sur une table avant d'aller préparer mon goûter de minuit.

« Monsieur Yagami ? Vous voudriez bien me rendre un petit service ?

- Oui ? » Légère méfiance dans sa voix. Un tel manque de confiance était assez vexant, mais tant pis, je n'étais plus à ça près.

« Voudriez-vous donner ceci à votre fils, demain ? »

Je lui mis la boîte emballé dans du tissu – pur lin bio décoré à la peinture végétale – dans les mains. Il la retourna, cherchant peut-être à voir à travers, ou à deviner ce qui pouvait bien se cacher à l'intérieur. Dans sa tête, je voyais les questions être formulées ; Qu'est-ce que c'était ? En quel honneur ? Et dans la tête de Matsuda, qui pensait être discret : Pourquoi moi je n'ai pas de cadeau ?

« Je le ferai. »

Je le remerciai d'un signe de tête, et leur donnais à tous leur congé.

« Par ailleurs, j'aimerais que vous soyez vigilant les prochains temps, que vous me disiez si une personne inconnue se rapproche de lui, sortie de nulle part. »

Je sirotai mon pur chocolat fondu, juste coupé d'une pointe de crème fraîche et d'une pincée de cannelle. Parfait pour le temps, un peu frais pour la saison.


Un petit commentaire ?

Je vous rappelle au passage que tuer l'auteur qui joue Raito (moi) est assez contre-productif pour la suite de l'histoire xD Alors tout doux, promis il sera privé de cadeaux au pied du sapin avec toutes ces attaques mesquines, ( même si je me suis contrôlée, entre nous, j'aurais vraiment pu faire pire ;) ) xd

D'ailleurd Haaru m'en a fait la réflexion, mais le chapitre 10 sera posté le 23 Décembre, c'est beau non ? Surtout avec le cadeau de L tout à la fin du pov ! Et ce n'était même pas fait exprés alala ^^

A bientôt avec plaisir !