Titre : Thirst
Disclaimer : Les personnages et l'univers ne nous appartiennent pas malgré un chantage à base d'expédition par la poste de pages de Death Note et de trognons de pommes cloués selon un rituel vaudou. Nous ne touchons bien entendu aucune compensation financière pour la publication de ce texte, là encore le chantage n'ayant pas suffi ^^ ( On nous a mentiiii x) )
Rating : M pour certains chapitres, bien que ce ne soit pas encore justifié.
Bonsoir et bonne année à vous ^^ Nous espérons vos vacances merveilleusement noëlesques !
Merci pour toutes vos reviews ! Vous trouverez dans ce chapitre l'explication de l'attentat (outre l'envie de Raito de coller une crise cardiaque à L sans Death Note) et l'apparition d'un certain personnage féminin que le titre présente assez je pense xd
Pour répondre de manière générale aux nombreuses questions concernant le nombre de chapitres et l'apparition du yaoi : nous ne savons pas du tout combien de chapitres comportera cette fic...mais aucun doute, il y en aura...beaucoup, vraiment beaucoup xD Nous savons exactement où nous voulons aller dans les grandes lignes mais le scénario est bien rempli, donc le nombre de chapitres se situe dans un joyeux flou artistique :)
Pour rassurer les yaoistes, nous avons quelques chapitres d'avance (on ne vous dira pas combien) et dans cette avance (quelque part) il y a la première vraie scène yaoi, validée par la deuxième auteur. Nous ne vous dirons pas non plus qui de nous a fait quoi. Un deuxième flou artistique pour vous héhé ^^ Mais oui le yaoi existe et va arriver ! (un jour xd)
Guest :
Bienvenue ô nouvelle lectrice ^^ Et merci d'avoir bravé éléphant en rûte et infernale migraine, nous sommes ravies que le sacrifice n'ai pas été vain : D Le concept des POV nous semblait indispensable pour rendre au mieux les deux personnages principaux, perdre les deux dimensions entre paroles/ actes et pensées/raisonnements/complots que ce soit pour L ou Raito serait appauvrir les personnages originaux. Cela paraissait difficile de mener l'histoire de la fiction sans en passer par là, d'autant qu'elle est plus ou moins construite sur le duel des deux protagonistes pour le moment.
Il me semble que L est plus propice à une certaine forme de comique que Raito, (ou alors c'est moi qui rate complètement mon boulot et c'est tout à fait possible xd) Le yaoi n'est effectivement pas encore là, mais courage xd C'est simplement qu'on ne veut pas faire n'importe quoi avec cet aspect là ^^ Merci beaucoup pour tous ces compliments, miss l'incorruptible fan de Raito, et de L désormais x))
Pour l'autel je ne suis pas contre XD
Makubex :
xDDD cette scène de la pluie c'était incontournable, on devait la reprendre xD Je savais en postant que ce passage causerait des hémorragies nasales, Haaru l'a très bien reprise ;))) Héhé sortez les coagulants mes amies ^^ Rebecca n'apparaît que dans ce chapitre, mais elle fait l'unanimité, la demoiselle. Une nana à caractère ça nous change un peu de Misaaa (u_u)
Raté, dans la cuisine L discute avec Watari, que Raito ne connaît d'ailleurs toujours pas et L a bien raison de le passer à la trappe pour l'instant, sinon adieu papounet xd
Merci pour ta review, gros bisous et courage pour tes examens ma belle ! Je suis sûre que ça va passer comme un cahier à la poste ;) Et au piiiire, donne-nous le nom de tes profs on a une page de Death Note a écouler mouhahaha,
Quand tu liras ce chapitre, j'espère que ça te changera un petit peu les idées après les jours d'épreuves (A bas les maudits partiels !)
Chapitre 11
Kira au féminin
Immobile, je les regardai débattre sur la fermeture du piège, pas celui attendu. Un piège pour Kira 2, pour moi. Rien n'avait vraiment tourné comme prévu. Je serrais les paupières, une demi seconde. Comme si l'imposteur ne suffisait pas. Maintenant, ils l'appâtaient pour qu'il me balance.
Je les regardais débattre. Étranger.
« Pourquoi ne pas -
- Non, ça ne convient pas. On diffuse dans une heure, remuez-vous. Il faut lui laisser penser qu'en se rendant, elle fera un geste noble, héroïque.
- Dans ce cas, Ryuzaki : Si vous nous livrez Kira, nous serons cléments envers vos actes passés, sauvez le monde de ce fléau.
- C'est un bon début, Monsieur Yagami, mais il faudrait davantage jouer sur l'idéologique du bien et du mal, de la vie et de la mort, cette dinde paraît archaïquement manichéenne. Ajoutons des formules directes, percutantes, plus en adéquation avec sa diction de gamine de cinq ans. »
Matsuda frappa dans sa paume. « Si vous n'avez pas rencontré Kira, il n'est pas trop tard. Il ne sait pas qui vous êtes, mais dès qu'il saura, il vous contrôlera puis vous tuera ! Vous ne pouvez pas aider un tueur ! Sauvez le monde des mains meurtrières de Kira !
- Et compléter par Vous devez réfléchir à l'importance de la vie ? Pensez à toutes celles qui sont en jeu. »
L leva un sourcil « Matsuda, Monsieur Yagami, vous semblez parfaitement maîtriser le concept « gamine de 5 ans », j'en serais presque impressionné. » La serviette trempée par son t-shirt, incapable de boire toute l'eau offerte des mèches noires. Ses cheveux lisses de pluie ne cachaient pas les ecchymoses, maigre consolation. Les fiascos ne se font pas à moitié, quoi qu'on en dise et les verres n'ont pas droit de citer. Un échec est un échec.
Je regardais la peau tranchée de bleu, sans honte aucune. Jeu dangereux que le notre. Adversaire non moins dangereux. La riposte de L, je ne savais pas comment la ralentir, comment empêcher ce foutu double raté de me vendre, de me tuer dans une heure. Il avait mon visage, moi je n'avais rien. Ma vie dépendait du caprice d'une fanatique, impossible de prévoir son comportement face au message, sa loyauté sur la balance. Mise à l'épreuve. Détestable gamine. Détestable sensation. Aiguilles de glace plantées dans les veines.
Un certain Dieu de la mort me devait une putain de discussion.
Il me restait un atout dans la manche, dans la poche à proprement parler, inutile si l'imposteur décidait de ne plus jouer à Kira. Encore une fois, je dépendais des impulsions d'une crétine.
Mes vêtements froids dégoulinaient toujours, la serviette qui m'avait été prêtée n'y faisait rien et le contenu de ma poche risquait d'en pâtir. J'avais comploté pendant des jours pour ça, Rebecca, les deux criminels Abe et Okamoto. J'avais chamboulé mon plan initial pour ça, parcouru la moitié de la ville, à l'aube, pour ça. Ce n'était pas mon rôle, je l'avais fait. J'avais risqué ma couverture pour ça. Parce que c'était la clé de tout. L'aboutissement. La réponse.
Je me levai, attrapai chemise et pantalon neufs, achetés dans l'urgence par Mogi. « Je vais me changer.
- Pneumonie en perspective ? » Ryuzaki souriait, plaisanterie en demi-teinte. « Cinquième porte à droite, deux étages en dessous. » Dans le couloir, le ton léger me suivit une seconde. « Et si tu ne vas pas à l'endroit indiqué, on le saura. » Mes semelles de chaussures en impression liquide.
Ses réactions étaient difficiles. Je devrais les décoder pourtant, peut-être plus qu'un autre. Source d'intérêt et problème majeur depuis le début. Mais une partie facile n'avait pas de raison d'être, indéniablement celle-ci ne l'était pas. Était-il au pied du mur ou voulait-il le faire croire ? Les phrases légères à l'instant, contradiction évidente. Où était le masque ? Je l'avais poussé dans ses retranchements, trop. Il n'était pas censé bouger aussi vite, interroger Rebecca aussi vite. Confirmation s'il en était, le total manque de preuves ne l'avait pas stoppé une seconde. Une erreur d'appréciation qui pouvait me coûter cher, j'étais allé trop loin, trop loin et pas assez : il avait eu la force de la riposte. Riposte que j'étais incapable d'arrêter.
Qui était poussé dans ses retranchements maintenant ? Rictus amer.
Je descendais les marches et les réactions de Ryuzaki continuaient de m'échapper. Son air de chaton mouillé, ses plaisanteries. Le vrai du mensonge ? Personne n'égalait ma vivacité intellectuelle. Non. Personne ne m'égalait. La vérité était là, personne ne m'égalait, sauf lui. Il savait dissimuler ses pensées. Il savait être faux.
La cinquième porte à droite, deux étages en dessous : des toilettes. N'importe quelle cabine ferait l'affaire.
Qui était mené en bateau ? Moi, les autres ? Les autres, c'était ce que je voulais croire. Ce que je voulais croire ne valait rien. Sur le toit, une dernière rencontre avant la fin ? Ou un dernier coup bas avant la mienne. Lui qui semblait détester les contacts, lui qui haïssait la défaite, avait posé le genou devant moi, ses doigts sur ma peau. Provocation ? Ironie ? L'attentat factice, prétexte espéré pour frapper si fort que je ne me relèverai pas ?
Sur l'instant, ce n'était pas mon ressenti. Surprise de la situation incongrue. La résignation sur son visage, je l'avais vue triste, pleine. Ce que je voulais croire ?
Une impression particulière, je me souvenais. Ryuzaki avait prononcé le mot. Un goût d'adieu dans la pluie.
Revêtu de sec, aucune hésitation à avoir. L'occasion était bien trop belle. Attendue, rêvée depuis le premier jour. La main dans la poche mouillée, au premier contact, je sus. La lumière blanche exposa l'étendue des dégâts, l'étendue de l'échec. Le papier mou d'humidité. Le visage de L déformé, occulté de taches. Un fragment d'expression encore lisible, un œil écarquillé de frayeur, tout ce qu'il restait dans le flou des formes étalées d'eau. Une bouffée de rage se coinça dans ma gorge et ma paume se referma sur le cliché inutile, le papier se délita. Tomba en morceaux flasques.
J'avais planifié un faux attentat pour ça. J'avais joué avec les nerfs de L pour ça. Paniqué pour ça, à la mort d'Okamoto bien avant l'heure spécifiée. J'avais couru pour ça, le ventre labouré de peur, pour récupérer la photo, abandonnée à mi-chemin. J'avais dû me rendre au QG, devant L, la photo sur moi. Je n'avais pas eu le choix, pas eu le temps. À cause de la mort prématurée d'Okamoto, de l'interrogatoire prématuré de Rebecca, coup sur coup. Dès le début rien n'indiquait la coopération de Kira 2, de son Œil, mais j'avais le moyen de détruire Ryuzaki. J'avais.
Tout ça pour ça. Pour rien. Foutue averse, foutu L.
Oh oui Ryuuku, tu me dois quelques putains d'explications. Et tu vas les cracher.
Les vestiges de la photographie retournèrent dans une poche, avec le dégoût qu'ils méritaient. Au cas où Kira 2 ne m'enfonçait pas de couteau dans le dos, je devais faire en sorte qu'ils se rencontrent, face à face. Réellement dangereux pour moi. Qu'est-ce qui ne l'était pas.
Ryuzaki nous laissa étonnamment tôt, je n'allais pas m'en plaindre. La rue déserte, j'attendis patiemment le premier tournant, deuxième, troisième. Me tournai vers le Shinigami, vif, les yeux étrécis.
« Oho tu sembles d'assez méchante humeur. Mais j'te comprends, le scénar prend une vilaine tournure. »
Sifflement sec. « La faute à qui ? »
Il regarda la poubelle à droite, le lampadaire à gauche. Me regarda. La compréhension s'alluma dans le néant. « Tu parles de moi ?
- Bienvenue pour votre réincarnation, Einstein.
- Moui question aérodynamisme capillaire, ça se défend, ku ku.
- La ferme ! » Respiration profonde. Voix basse. « Est-ce que tu comptes me dire, à un moment ou un autre, pourquoi le cahier n'a pas fonctionné comme prévu ?
- Okamoto ? Le type chargé de pendre la photo ? » Silence gelé. « Hum j'imagine que c'est ça, le regard Kira. Ça me filerait presque la chair de poule, et je ne suis pas même pas vivant. » Il pouffa, se figea devant mon visage impassible. Impassible de rage. « En fait j'en sais rien. Enfin si – il était prudent – j'ai deux possibilités. Soit un autre utilisateur de Death Note t'a doublé, soit la personne désignée arrivait à la fin de son temps de vie, et tu ne peux rien contre un décès naturel.
- Je vois. » Une limite de plus pour le Death note. « Le pouvoir de ce cahier n'a vraiment rien d'absolu, une arnaque. »
À son oreille, le cœur d'argent balança, éclair bref. « Un pouvoir absolu ? Pour quoi ?
- Si tu n'es pas capable de comprendre, je ne me lancerai pas dans la conversion.
- Ça ne tue pas l'ennui, sauf… si j'ai droit à des quantités infinies de pommes, mais… » Il secoua sa tête osseuse, songeur. « Ça me plairait pas non plus et je pensais pas proférer une telle hérésie un jour.
- J'ai dit que je ne me lancerai pas dans la conversation.
- Ne le prends pas comme ça, Raito. »
J'accélérai le pas. « Tu m'as caché cette info.
- Je n'ai pas jugé bon de t'en faire part.
- Si tu es impartial, selon tes propres termes, tu n'as pas à juger, encore moins lorsque ça me dessert. » Inspiration. « J'ajouterai qu'une dissimulation n'a rien d'objectif, surtout quand la partie adverse n'en souffre de toute évidence pas. Tous les Shinigamis ne se veulent pas aussi… neutres que toi, n'est-ce pas ? Comment m'a-t-elle repéré ? Ça non plus tu n'as jugé bon de m'en faire part. Même si son Dieu le mort t'a vu, ce n'était pas suffisant pour savoir précisément qui tu suivais dans la foule.
- Elle possède l'Œil.
- ... Et ? »
Je rentrais et expédiais le dîner. Ma mère et Sayu, l'estomac déjà plein, étaient devant la télévision, pour la fin du journal. Une poignée de secondes avant l'habituel générique, la présentatrice lut, en passant, la dernière ligne de son prompteur.
Je me raidis sur ma chaise, mauvais souvenir de la matinée. « C'est définitivement une étrange journée. Après cet accident de voitures hier en plein cœur de Tokyo traité dans nos titres, causant la mort du pyromane Abe Fukuo, cinq blessés et un énorme ralentissement sur Odaiba, le cadavre du criminel récidiviste Okamoto Takei a été retrouvé aux aurores par un gardien, au milieu du Shingoku Gyoen. » Il était mort non seulement au milieu d'un parc, mais aussi à mi-chemin de mon parcours étudié avec minutie. L'imbécile. « Kira est-il lié à l'affaire ? » et blabla. À 5 heures quarante du matin, vérifier si la photo était rendue à l'étape 9 ou 8… le pied, vraiment.
La voix de Sayu transperça les murs de ma chambre. « Oniiiii-chaaan ! Ton amie est venue rapporter des notes que tu as oubliées à l'université ! »
Notes ? Quand même pas- ? Je descendis vers l'entrée, posé, alors que dans ma tête les pensées s'agitaient, à toute allure.
Une jeune fille, blonde, petite, se tenait sur le perron. Belle, si l'on aimait les influences punk et gothic lolita. Elle tordait ses poignets, mal assurée. « Bo-bonsoir, je m'appelle Amane Misa. Je-j'ai pensé que tu serais inquiet, alors je suis venue. » Elle me tendit un agenda noir. J'approchai ma main, ce cahier… Un effleurement suffit, la jeune femme surplombée d'une stature imposante bardée de plaques d'os et de piques. Crocs de vampire et cheveux violets. Squelette vivant, différent de Ryuuku mais éminemment reconnaissable. Dieu de la mort. Le destin jouait peut-être pour moi finalement.
« Entre.
- Oh tu me laisses entrer ? Génial ! » Elle investit le hall en sautillant, ses deux couettes battaient l'air en rythme. Le comportement de Kira 2 devenait affreusement limpide. Elle s'inclina poliment devant ma mère et ma sœur, en bonne japonaise.
« Maman tu pourrais lui préparer un thé, s'il te plaît ?
- Bien sûr, bienvenue mademoiselle. » Le regard de la maîtresse de maison s'arrêta sur la tenue de l'invitée surprise, circonspect. Dentelle noire et corset, le rêve de toutes mères qui se respectent pour leurs fils. Je fis monter Amane Misa à ma chambre – pour peu que ce nom soit le sien, j'en doutais – ouvrant la marche et tachant d'ignorer les commentaires de ma charmante petite sœur. « M'an t'es sûre que c'est la petite amie de grand frère ? Ça paraît louche – elle chuchota, toujours raté pour la discrétion – On voit sa culotte. Et… ce sont des porte-jarretelles ? »
Petit rire gêné « Arrête de plaisanter Sayu, ne dis pas de bêtise, ce sont des euh-» Vu la longueur de la robe incriminée, ce qu'elles voyaient ne faisait pas doute. Je fermai rapidement la porte de ma chambre coupant court au rappel d'une humiliante situation : « C'est la fille de l'hôtel, tu penses ? » Merci Sayu.
Amane Misa prit place sur la chaise de bureau, curieuse de la décoration. Était-elle allée voir la police ? Probablement pas. Cependant, venir ici était de la pure inconscience.
« Pourquoi es-tu ici ?
- Tu n'as pas l' Œil n'est-ce pas ? Je l'ai deviné. Et je veux devenir tes yeux. »
Son Dieu de la mort intervint « Malgré mes avertissements je n'ai pas pu l'empêcher de te donner son vrai nom, elle ne veut pas te mentir.
- C'est vrai ! Je ne te mentirai jamais ! » Elle était stupide ? Nous nous connaissions depuis moins de cinq minutes, comme si je pouvais croire ça. Tout le monde ment. « Je veux être ta petite amie, s'il te plaît ! »
Vraiment stupide… Et ce n'était même pas une proposition que je pouvais refuser, elle pouvait me supprimer. Sauf que… « Impossible.
- Quuuoi ?
- Essaye de comprendre, ton visage a forcément été filmé, Aoyama comptait trois fois le nombre de caméras habituel. »
Elle sortit la photo d'une brune, avec coupe au bol, lunettes et uniforme scolaire style marin. « J'ai fait attention. Cette fille, là, c'est moi. Personne ne pourra me griller avec ce déguisement et y avait du monde. »
Je ne pouvais pas nier, elle était méconnaissable. « Empreintes digitales ? »
Mine faussement boudeuse. « Hey, mais je suis pas débile, tu sais. » À voir, je n'étais pas follement convaincu. « Ce sont celles d'une amie, une dingue de paranormal et tous ces trucs. Je lui ai dit que j'avais fait des vidéos de fantômes et je lui ai laissé les envoyer à la télé. Cassettes, timbres et enveloppes, tout porte ses empreintes, et j'en ai dix comme ça. »
Pas si bête en effet. Elle avait su prendre certaines précautions. « Où est ton amie ?
- Je la tue quand tu veux.
- Comment feras-tu si la police t'arrête ? Tous les secrets de Kira seront découverts.
- Non, je ferai tout ce que tu me diras. La police ne saura rien, jamais. » Moue décidée à l'appui elle fouilla dans son sac. « Je te donne mon Death Note en garantie. Comme je reste son propriétaire, je pourrai toujours garder l'Œil, hein Remu ?
- Oui, seulement si le cahier est caché à un endroit que seul Yagami Raito connaît. »
Elle sourit, stupidement heureuse. « Comme ça, je ne peux pas te tuer et par contre si je deviens inutile tu peux me tuer. En plus, si la police veut les Death Notes, elle devra t'arrêter, toi. Et tout le monde sait que la police est dirigée par des idiots. »
Remettre sa vie et son pouvoir entre mes mains… Elle allait loin, pourquoi ? Surtout : « Si tu possèdes des pages arrachées ? Je n'ai aucune garantie de ça. » Après tout je l'avais fait, moi, et elles me serviraient un jour, certitude.
Elle se leva, les doigts serrés d'indignation, bouche pincée. « J'y ai même pas pensé ! Pourquoi tu doutes encore de moi ? Je comprends pas ! » Ses yeux altérés de lentilles bleues humides de larmes contenues, la voix furieuse mais tremblante. « Tu n'as qu'à vérifier toutes les pages, je te trahirais jamais, jamais. » Amane secoua la tête, les larmes sur le point de déborder. « Je veux être utile pour toi, devenir ton outil le plus précieux. Rien ne me rendrait plus heureuse. »
Surprenant, elle avait l'air entièrement persuadée par ce qu'elle disait. « Comment devenir un outil pourrait te rendre heureuse ? » Conception de vie ô combien éloignée de la mienne, mais tellement providentielle. Trop parfaite pour être réaliste ?
Ses genoux minces vacillèrent, cédèrent, incapables de la soutenir plus longtemps. « Mes parents sont morts devant moi et Kira a tué les responsables, Kira a vengé mes parents. Kira existe vraiment, pour moi, c'est… c'est la Justice. »
- Tu as tué des innocents, en quoi es-tu différente des meurtriers de tes parents ?
- J'ai fait comme toi !
- Je ne tue jamais d'innocents. »
Une larme roula. « Je ne pouvais penser à rien d'autre, il fallait que je te vois, que te rencontre. J-je veux être ton outil, ta petite amie, je veux… » Ses cheveux blonds tombèrent sur son front. Tête basse, reddition totale. Soumission totale.
Elle me vendait son libre arbitre sans contrainte, sans restriction. Elle avait déjà vendu la moitié de sa vie, pour moi, et m'avait remis son Death Note. Tu pourrais bien être parfaite, Amane Misa. Tu pourrais bien. Je m'agenouillai face à elle, la pris dans mes bras. Léger hoquetement, étonné. « Je ferai de mon mieux pour être celui que tu attends. Je ne peux rien te promettre? sauf une chose. Tu seras mon arme, ma plus puissante arme. »
Amane se fondit contre mon corps, son coude trop pointu enfoncé dans mon tibia. Un soupir de contentement lui échappa. « Merci. »
Dès qu'elle aurait le nom de L, je la réduirais en poussière, en même temps que lui. Elle avait l'identité de Kira, je ne pouvais lui permettre de vivre longtemps. Une autre promesse. Je rompis l'étreinte le premier, une odeur de fleurs dans l'air. « Je peux te poser quelques questions ? Concernant les capacités de l'Œil.
- Bien sûr Raito ! »
- Raito ?
- Oh tu préfères « Light » ? Ou « Knight » ? J'ai toujours voulu appeler mon prince charmant comme ça ! » Ses joues se teintèrent de rose, elle était fière d'elle en plus ? Prince charmant ? Qui pensait ce genre de pathétiques niaiseries à part les gamines de trois ans… Le peu de crédit que j'accordais à son intelligence s'effaça.
« Va pour Raito. » Rien n'était pire que Knight.
Son sourire s'élargit, elle gloussa. « Après tout, nous sommes un couple maintenant.
- Tu peux m'assurer d'un point ? Si la police t'arrête, tu ne devras rien dire, ne donner aucun indice sur moi, les Death Notes, les Shinigamis. Tu le feras ?
- Dis-moi « fais-le » pas « tu le feras », et je le ferai. » Obéissante demoiselle. « Tu veux savoir quoi sur l'Œil précisément ? Au fait, tu sais comment tuer un Shinigami ? Moi je sais.
- On peut tuer un Shinigami ? Je l'ignorai. » Continue, que je puisse t'écraser le plus tôt possible.
Misa ne démordait pas de cette histoire de couple. Idiote. J'étais forcé de la concentrer en permanence. Misa, oui, puisqu'elle m'appelait par prénom autant ne pas y aller par quatre chemins, mettre de la distance avec mon dévoué sous-fifre clairement pas dans mon intérêt. La partie technique de la discussion enfin bouclée et quelques rougissements supplémentaires, elle retourna au sujet qui l'intéressait vraiment. « J'ai bien compris pour la nouvelle cassette, je l'envoie demain, et j'ai bien compris que c'est une fausse relation, mais le truc c'est que – Elle se dandina sur le matelas – je suis persuadée que tu m'aimeras un jour. » Clin d'œil « J'ai une condition. Un rendez-vous par semaine, je demanderai bien plus mais après ça risque de pas faire vrai.
- Même un par semaine c'est trop. Désolé, non négociable. » Protestation aiguë. « Tu ne pouvais pas être au courant, mais L me suspecte déjà. »
- Oh… déjà ? … L est incroyable ! » Son visage, peinture vivante de la stupeur. « Plein de gens disent qu'il ne comprend rien, qu'il est largué mais en fait… waouh. »
Vexant. Mais crétine la majeure partie du temps, applaudir L lui allait bien. « En réalité, grâce à ces soupçons j'ai pu entrer en contact avec lui. »
Misa plongea dans un silence méditatif, quelque peu effrayant. Les mains battirent l'air, un étrange ravissement illumina les traits de poupée. « L et Kira en contact ! C'est siiii excitant ! Vous êtes tellement incroyables tous les deux. Ahhh c'est génial. »
Lueur malade absolument terrifiante… Qu'est-ce qu'il lui prenait ? J'éludai. Mystère féminin. « L n'arrive pas à établir des preuves concrètes de ma culpabilité ou de mon innocence, mais après une entrevue il a décidé de me faire participer à l'enquête Kira.
- C'est bizarre, un peu.
- C'est L. Bref, je ne peux pas t'amener à lui comme ça. Les niveaux de sécurité sont trop élevés, impossible de faire passer un portable en douce. Il n'a laissé aucune photo derrière lui, ne quitte quasiment jamais le Quartier Général. De plus, je ne peux pas t'y amener, tu serais aussitôt suspectée d'être le deuxième Kira, le court laps de temps depuis notre rencontre ne permet pas de bâtir une relation crédible. T'y amener sans raison serait l'équivalent d'un double suicide.
- Comme Roméo et Juliette ? »
Je fermai étroitement les paupières, un instant. Forçait mon timbre à la douceur. « Tu as bien compris ?
- Booof. On peut pas se voir c'est ça ? C'est ce que j'ai compris.
- Tu n'as pas vraiment saisi, c'est le contraire en fait. On se verra fréquemment, simplement je dois trouver de quelle manière tu arriveras à voir le nom de L sans qu'il ne te remarque.
- Ah ouf, tu me rassures. » Un timide sourire de retour. Que j'allais faire disparaître aussitôt.
« Cependant pour éviter qu'il ne se doute de quelque chose, je devrai sortir avec d'autres filles pour camoufler nos rendez-vous. »
Ses cris, vrilles dans mes tympans. « Hors de question ! Ça me plaît pas ! Pas du tout ! Je tuerai chacune d'entre elles, tu m'entends ? Chacune d'entre elles ! Je le supporterai pas ! »
La porte s'ouvrit à la volée, ma mère, inconsciente des deux momies décharnées. « Tout se passe bien ? »
Âpres négociations. Négociations, sans doute pas un mauvais terme. Peut-on négocier avec un gosse pourri gâté ? Deux semaines entre chaque rendez-vous, voilà le deal que j'arrachai. Elle avait le pouvoir de tuer L, unique raison pour laquelle elle respirait toujours. Son caractère imprévisible, un pur casse-tête. Est-ce qu'elle attendrait ? Sans doute pas. La plaie. Je devrais la tuer tout de suite… et gaspiller ma chance insolente ? Non. Une telle veine ne se présenterait pas deux fois, une telle volonté de servir Kira non plus.
« Dis, Raito ? C'est un peu tôt, je crois, mais… est-ce que je peux voir ton Shinigami ? »
Elle ne me croyait pas ? Son cerveau n'était éventuellement pas aussi vide que prévu.
J'allais accepter, un rire avalanche gronda. Ryuuku entre deux quintes fit mine de s'essuyer les yeux. « Uhuh c'est tellement graveleux dit comme ça. »
Je savourais le silence béni, la bruyante midinette rentrée chez elle, enfin. Je n'en avais certes pas terminé avec elle ce soir, mais au moins sa personne n'était plus dans les parages. En quelques clics, la photo de Misa sur l'écran s'afficha, suivie de plusieurs liens et articles. Je n'attendais pas grand-chose de recherches sur le net, mais certainement pas ça. Profession, mannequin. Célèbre dans les magazines de mode et pour ados, régulière dans la rubrique d'un show télé. Putain de merde. Sans oublier l'histoire de ses parents vengés par Kira qui n'était plus un secret pour personne. L allait forcément faire le rapprochement dès qu'il me verrait avec elle. À éviter à tout prix. Si quelqu'un mettait la presse au courant, j'étais fini.
Au petit déjeuner, j'adoptais une attitude détendue dans la cuisine. Il s'agissait de convaincre Sachiko et Sayu de ne pas toucher le moindre mot de Misa, le célèbre mannequin qui ne voulait pas ébruiter sa vie privée. Elles ne devaient en parler à personne et surtout pas à papa, trop vieux jeu. Donner à ma sœur les 5000 yens qu'elle réclamait en gage de son mutisme n'était pas exclu.
Matsuda se frotta les cheveux, appuya sur le bouton de l'ascenseur.
« Je me demande… ce n'est pas difficile pour toi, de venir tous les soirs ou presque après les cours ?
- Ça va, les cours ne sont pas aussi intéressants.
- Ah c'est pas faux, l'école était ennuyeuse et j'ai toujours été mauvais. Sauf à l'école de police évidemment, ahaha. » Fausse voix grave. « L'un des meilleurs ! » L'appareil s'arrêta au son ténu d'une clochette, le panneau coulissa sur le couloir. « Les nouveaux locaux sont vraiment magnifiques et graaands, j'arrive pas à m'y faire.
- Nous n'y sommes que depuis hier.
- Je sais mais- Ohoh ! Bonjour la compagnie ! » Je ne m'embarrassais pas d'autre salutation qu'un geste de tête, déjà bien assez de bruits pour deux.
Sôichirô vint à notre rencontre. « Vous tombez bien. Ryuzaki vous attendait pour une annonce. »
Le « encore » bougonné par Matsuda n'émut personne. Le détective recroquevillé sur l'accoudoir d'un fauteuil sirotait un liquide de couleur violette. Atrocement sucré, seul élément certain entrant dans la composition du breuvage inconnu. « Comme vous le savez, nous sommes dans le QG définitif, je vous accorde encore plusieurs jours pour vous décider, la décision n'est pas facile. Néanmoins, Aizawa a déjà pris la sienne, il ne se joindra pas à nous. » Famille et divergence de méthodes. Un policier de moins. Je me mêlai poliment au concert de « Tu vas nous manquer », « T'es un mec génial », « J'espère qu'on se reverra » bla bla bla. Estimant quelques phrases lisses contribution largement acceptable, je me dérobais au plus vite et rejoignais Ryuzaki perché sur son accoudoir, poste d'observation à l'écart. Je m'installai à l'intérieur du même fauteuil, élégamment. « Matsuda exhume les pleureuses de leur Antiquité à lui tout seul. »
Pas de réponse. Je levai le menton, les yeux de l'enquêteur plus larges encore que d'ordinaire. Il mordillait la chair de son pouce. « Ryuzaki ?
- Hn. Je me demandais… et si les Shihigamis existent réellement ? »
Sourire goguenard. « Bien sûr, et toutes les mouches d'Himeji sont des âmes réincarnées.
- Choix intéressant, mais le conte du serviteur des deux daimyos me semble plus approprié dans ton cas. »
Sarcasme ignoré. Misa n'était pas prête de suivre l'exemple. « Nous parlions de toi. En ce qui me concerne, les Shinigamis ne servent qu'à effrayer les enfants pour qu'ils se brossent les dents avant de dormir. Tu n'es plus un enfant ?
- Et je ne dors pas. Merci de t'en soucier. » Je levai les yeux au plafond. « Pour toi, Yagami-kun, les Dieux de la mort ne sont que des légendes d'un autre siècle ? Pourtant les deux Kira les ont évoqués.
- Un nom de code est parfaitement plausible. Les shinigamis n'existent pas, Ryuzaki. C'est ridicule. »
Je tâchai d'ignorer Ryuuku qui me faisait signe, étalé de tout son long sur le sofa, dévoilant la totalité de sa dentition. « La légende croquerait bien une petite pomme. »
༻ Thirst ༺
J'étais toujours en vie. Malgré l'épouvantable journée de la veille, j'étais encore là.
Au dehors, la nuit régnait encore, et j'aurais pu le constater si la pièce avait été percée de fenêtres. L'endroit principal comportait certes de grands tableaux rétroéclairés de lampes à lumière naturelle – paysages forestiers principalement, d'un vert tendre percé de soleil matinal –, mais je n'avais pas voulu prendre le risque d'une intrusion en force à coups de bombes, plus simple à travers une fenêtre. Et vu l'attentat qui m'avait été réservé, j'avais bien fait. Au moins, dans mon cocon, mélange de futurisme métallique et de touches plus douces, je ne risquais plus rien… si ma sortie précédente n'avait pas été fatale à long terme. Si aucun Shinigami ne pouvait me trouver ici pour m'assassiner. Ce qui serait de la triche, clairement.
Raito était parti quelques heures plus tôt, rapidement suivi du reste de la troupe. Son comportement m'échappait. S'il avait le moyen de me tuer, ne voudrait-il pas en finir au plus vite ? Ou se doutait-il que je n'étais pas totalement seul, et que sa culpabilité serait établie sans conteste ? À moins qu'il ne me contrôle déjà, comme il l'avait fait auparavant avec des criminels tests. Improbable, je n'avais pas la sensation d'avoir perdu ni ma volonté, ni mes facultés.
Le sirop de violette additionné de miel était assez merveilleux. Mes orteils agrippèrent plus fermement le rebord de mon fauteuil de cuir d'agneau. Si je voulais pouvoir encore longtemps tester les mariages avec la violette, il fallait que je trouve Kira 2. Le silence radio après la diffusion me laissait inquiet. Elle aurait dû bouger ; elle aurait dû être impulsive, bête, et se faire connaître que ce soit de Kira ou de la police. Pourtant…
Patience. J'attendrais mon heure, et ne raterais pas l'occasion de coincer mes proies.
Une porte s'ouvrit silencieusement, et Watari entra, chargé d'un plateau bienvenu. Je levai le clavier pour que mon dîner puisse échouer devant moi, à sa place.
« Merci. J'aime les madeleines.
- Je t'en prie. Tu devrais dormir, tu sais. Pour récupérer, être plus calme. Ça te ferait du bien.
- Plus tard. »
Soupir. Il ne me ferait pas céder sur la question du sommeil. L'enquête encore en cours, les Kira toujours en liberté, je n'avais pas le droit de m'accorder de repos. Et pas besoin.
Je me reconcentrai sur les enregistrements des caméras d'Aoyama.
Aux aurores – d'après l'heure de lever du soleil et celle affichée sur mon écran – le téléphone vibra. Mogi.
« Une nouvelle vidéo est arrivée. Je viens tout de suite. » Accélération du rythme cardiaque. Juste le temps nécessaire pour qu'une vidéo envoyée le lendemain de mon ultimatum arrive à mon agent infiltré aux services postaux. Je n'appelai pas la cavalerie ; les autres dormaient certainement tous encore, et en les tenant à distance j'aurais la possibilité de préparer ma réaction.
« Je ne vais donc pas me faire connaître auprès de lui, merci pour votre mise en garde. Néanmoins, je vais continuer à travailler pour éradiquer le mal de notre monde. Je vais aider Kira, en jugeant pour commencer ceux que Kira n'a pas encore punis. Puis je partagerai mon pouvoir avec ceux qui le méritent pour rendre le monde encore meilleur. »
Perplexité, mon amie.
Ce message sonnait faux. Trop faux. Pourquoi une telle tête de mule aurait soudainement accepté d'écouter la voix de la raison ? Pourquoi n'avait-elle pas déjà songé toute seule à punir ? Pourquoi voudrait-elle partager son pouvoir, puisque son but n'était clairement pas le même que Kira ?
Elle voulait le rencontrer, pas l'aider. Enfin, pas aider ses projets, ses idéaux avariés. Une seule explication à cette acquisition soudaine d'au moins 60 points de QI ; les Kira s'étaient rencontrés. Restait à savoir si Raito, par ce message, avait voulu me faire comprendre que c'était le cas, ou s'il avait été maladroit. Empoté à ce point, j'avais du mal à y croire. Ou alors, il avait été plus que fortement perturbé par un élément inattendu. Seule explication à cette précipitation et ce manque d'agressivité à mon égard. Et s'il voulait me faire savoir qu'ils s'étaient trouvés, quel était son but ? Se sentait-il assez protégé pour échapper à mon regard ? C'était mal me connaître.
Une autre information me percuta, et je filai dans la pièce adjacente, heureux.
Alors que je dénichai une multitude de mini pâtisseries des plus affriolantes, je savourai l'idée que puisqu'ils s'étaient rencontrés IRL et que j'étais encore en vie, c'était que Kira n'avait pas réussi ses pièges. J'avais un sursis, et tant que je resterais caché, je ne risquais rien. J'hésitais une poignée de secondes devant les étagères remplies de boîtes en cerisier avant de me décider pour un Earl Grey particulièrement exceptionnel. Petit plaisir british, si rare en ces contrées hostiles fourmillant d'ersatz honteux.
Les bras chargés, j'échouais sur un fauteuil moelleux face à la télévision. L'écriture horrible d'amateurisme avait pour une fois une esthétique presque attendrissante. Si cette Kira 2 avait le pouvoir de faire commettre des erreurs à mon suspect numéro un, je pourrais bien l'apprécier. Dans une certaine mesure.
Ne restait qu'à faire sortir ce petit lapin stupide de son terrier fangeux. Et au milieu du groupe de lapereaux apeurés, repérer le psychopathe.
Je montrerais la vidéo à tout le groupe le lendemain.
Matsuda pourrait faire l'affaire. J'avais besoin de Mogi à la surveillance, Yagami père était exclu d'office. J'aurais eu le droit de me mettre en grève pour manque de moyens dans cette enquête. Personne n'était donc censé maintenir l'ordre, dans ce pays ? Bande de froussards flemmards et incompétents à l'inculture crasse.
« Matsuda, j'ai une mission pour vous. Top secret. » Les trois policiers ouvrirent de grands yeux ahuris. Certes, moi non plus je n'avais pas pensé prononcer un jour cette phrase. Tout en nous éclipsant dans le couloir, je lançai un négligent : « Je vous laisse vous charger de retracer le parcours des personnes présentes lors de l'attentat, Yagami. Il y a certainement des indices qui se cachent dans la masse. ». Certainement pas. Mais j'avais besoin qu'il soit occupé pour ne pas qu'il devienne surprotecteur et paranoïaque. Il avait plus que tendance à oublier qui était mon principal suspect, et pourquoi je devais le surveiller plus que tout au monde.
La porte refermée, je pouvais exposer mon plan. Vu le regard candide à l'étincelle de joie proprement canine qui brillait chez le jeune enquêteur, il allait falloir user de mots simples et de phrases courtes pour m'en faire comprendre.
« Je veux que vous surveilliez Raito et ses fréquentations, surtout les filles. Il faut prendre des photos discrètement et me les envoyer par mail. En étant prudent, discret, discipliné. Des questions ?
- Huhu. Surtout les filles, hein. » Il recommença son ricanement graveleux et insupportable.
« Kira 2 est une fille. Si Raito est Kira, elle doit être dans son entourage.
- C'est la seule raison ?
- Pardon ?
- Ouais, j'ai compris. » Il fit un clin d'œil, et esquissa un geste pour me taper sur l'épaule, qui s'interrompit de lui-même après un regard suffisamment noir.
« Je vois pourquoi fallait pas en parler devant monsieur Yagami, il est tellement vieux jeu… alors que c'est plutôt mignon en fait… hum… Bon, je vais y aller alors.
- Voilà. »
Il disparut au détour d'un couloir, étouffant une crise de rire. S'il continuait dans cette voie, ce ne serait pas le rire qui l'étoufferait, mais mes mains autour de son cou.
Quand Yagami m'avait demandé où était passé Matsuda, j'avais été obligé de répondre « mission sur le terrain ». Mais clairement, Matsuda était une tanche, comme espion. Alors que Raito était à la fac, le policier ne réussissait qu'à m'envoyer une fois toutes les trois heures des clichés pris de plus de cinquante mètres, flous et de dos. Merci l'utilité. Que m'importait de le voir en compagnie de tignasses noires, longues ou courtes – je pouvais distinguer sans trop de mal Takada – si je n'avais pas de visage et de nom à mettre dessus pour faire des recherches… ?
Il me fallait un plan B. Un meilleur plan. Plus fourbe, éventuellement. L'heure du déjeuner était parfaite pour l'initier.
« Je reviens, j'ai quelque chose à vérifier. » Un grognement vague me salua, les deux policiers trop absorbés par leurs investigations inutiles.
Un escalier déboucha sur un petit salon aux couleurs chaudes, entre le beige, le rouille et le terre de Sienne, qui laissaient l'œil être attiré par le mur du fond, immense vitre invisible donnant à voir un bout de mangrove amazonienne. Les scalaires altum évoluaient lentement dans l'eau sombre, quelques rais de lumière traversant les plantes accrochées aux racines et jouant avec quelques écailles aux couleurs chatoyantes. Poissons ou humains, les deux permettaient de se perdre dans la contemplation d'êtres inférieurs régis par leurs instincts.
Endroit calme et parfait pour un petit coup de téléphone appelant à la traîtrise familiale.
« Oui ?
- Sayu-chan ? C'est Ryuuga Hideki, j'étais venu dîner chez vous il y a quelques temps. » Souvenir douloureux. Un petit spéculoos atténua la sensation d'aigreur.
« Ah oui, Hideki ! Comment tu vas ? Faudrait revenir à la maison, maman en a parlé à Raito mais bon, il est pas très réceptif.
- Je vais bien. Dis-moi, à propos de Raito, je suis plutôt inquiet. Est-ce qu'il n'est pas un peu bizarre en ce moment ? Il semble distant.
- C'est un se-cret. »
Bingo. Sa voix laissait transparaître son hilarité, mais les gamines de cet âge étaient toujours prévisibles et manipulables. Je pris un ton amusé, chuchotant presque dans une parodie de confidences adolescentes.
« C'est une fille, c'est ça ?
- Se-cret j'ai dit. Je suis une gentille sœur, et on m'a demandé de garder le secret.
- Juste demandé ? Tu n'as rien promis, alors ? Tu peux donc me le dire ; tout ce que je veux, c'est aider un ami.
- Hey, t'es un peu insistant, pour un ami. Ma collaboration ne s'acquiert pas aussi facilement. »
Petite futée, qui prenait bien exemple sur son grand frère pour certains points. Le téléphone calé contre mon épaule, je m'étirai pour ramener une corbeille de baklavas. « Il a payé ton silence ? Je t'offre le triple. »
Silence en bout de ligne. Elle s'excusa auprès de ses camarades et sortit d'une pièce. Le bruit du vent m'indiqua qu'elle se trouvait maintenant en extérieur. « Tu es bien sûr de toi, Hideki. Tu veux les noms des filles qu'il fréquente, c'est ça ?
- Il a une petite amie ?
- Peut-être. » Tressaillement. Elle pourrait partir en école de commerce, une fois le lycée terminé.
« Combien il t'a donné ?
- Assez pour vouloir protéger sa vie privée des curieux et des jaloux.
- Cette fille a des prétendants ?
- Quelle fille ?
- Sa petite amie.
- Il a une petite amie ? » Petit chat du Cheshire. Elle n'était certes pas douée en mathématiques, mais la négociation était son domaine. Peut-être fac de Droit.
« Donc, combien il t'a passé pour se protéger ? Je suis sûr qu'il cache un problème.
- Quinze mille. » Quinze mille yens. Plus de 75 livres sterling. Si elle ne mentait pas, il avait vraiment besoin de son silence. Et si elle mentait sur le montant… j'avais quand même intérêt à la laisser s'amuser. Elle n'était pas obligée de m'écouter.
« C'est cher, quand même.
- C'est toi qui t'es avancé en me proposant le triple.
- Soit. Bon, tu peux me faire la liste des filles qu'il voit ? S'il te plaît ?
- Pfouah, tu imagines le travail ? Non, j'ai une meilleure idée. On va partir sur un forfait de base, à 45000, avec une prime pour chaque nom et des honoraires cumulatifs, non dégressifs. Et toute heure entamée est due. »
Je toussai, m'étouffant sur des amandes. Mais je n'avais ni le temps ni l'envie pour débattre de ses tarifs outre-mesure. « C'est trop d'argent pour une collégienne. Tes parents vont se poser des questions.
- Tu verseras mes gages sur un compte en ligne, ne t'en fais pas pour moi. Et comme je suis gentille, je ne dirai rien à Raito sur ta commande.
- Avec ce prix, j'espère bien que tu auras un minimum de conscience professionnelle.
- Au pire, s'il me propose de l'argent, je l'accepterai, et on fera moitié-moitié. Promis, il ne saura pas.
- Tu as trois jours pour me trouver la fille qui le distrait autant. Si tu as des photos, je double tes primes. Il me fait presque peur, ces temps-ci.
- Trois jours, avec photos, c'est noté. Au fait, ma prestation est payable d'avance. Je tiendrai à jour des factures pour mes heures de travail. »
Un chat du Cheshire avec un sens aigu du commerce, qui pourrait finir à la tête d'un réseau mafieux. Ou qui pourrait être une Kira, sans son innocence et sa morale inébranlable.
Mais, assez tristement, certainement plus efficace que Matsuda.
Raito ne vint pas de la journée. Trop de cours, obligations familiales. Grand bien lui fasse. Maintenant que j'étais quasi certain de ne rien risquer, l'urgence était légèrement moindre.
Seul face à l'ordinateur, le décorticage des informations était accéléré. Parmi les vidéos d'Aoyama, j'avais pu établir une très longue liste des femmes ayant vu ou pu voir Raito, même si beaucoup restaient des inconnues pour les registres. Certaines étaient relativement intéressantes, et il allait bien falloir disséquer leur petite vie pour isoler les plus intrigantes et envoyer quelqu'un faire un tour chez elles. La tâche s'annonçait peu ludique, d'autant que Kira 2 pouvait se trouver parmi les non identifiées, et que ce labeur pouvait très bien être vain.
Une alarme légère bipa sur un des écrans. Mail pour Ryuuga.
De Yagami Sayu. Avec un peu de chance, je n'aurais pas à traiter en plus avec la mère, ou des cousins. Sinon je finirais par connaître en détail chaque membre de cette famille. « Hey Hideki, j'ai trouvé une fille qui pourrait peut-être t'intéresser – haha, désolée pour cette blague – elle s'appelle Shiho Etseru. Je t'enverrai sa photo quand j'aurai l'accès à ce que tu sais. » Etseru. Ce nom ne m'était pas inconnu. Elle avait été dans le même lycée que Raito, et était partie étudier dans une autre université. Pas intéressante, a priori, sauf hasard particulièrement incongru.
« Sayu-chan, tu peux cliquer sur ce lien pour accéder à ta récompense. Cherche encore, ce n'est pas elle qui perturbe Raito à ce point. »
Elle m'envoya dans la foulée la photo de la fille, affligeante de banalité. Avait-elle même revu Raito ces derniers jours?
Petite part de tiramisu, frais et délicat. Nouveau bip. « Peut-être Emi Hisaka. Je t'envoie sa photo. Elle est assez proche de mon cher frère, ils se sont vus à un vernissage. » Froncement de sourcils. Inconnue au bataillon, cette brune aux yeux rieurs. Je consultai différents fichiers de référence. Adresse, salaire, utilisations de carte bancaire et de chèques. Elle n'était pas à Tokyo. Depuis plus de six mois elle était à Osaka et n'en avait pas bougé. Le 22, elle n'était pas à Aoyama, mais à un meeting commercial, en tant que conférencière.
« Ils se sont vus combien de fois, exactement ? »
Crispation impatiente de mes orteils contre le fauteuil.
« Une fois, au vernissage. Ils s'entendaient plutôt bien. Pourquoi ? »
Petite peste.
« L ? Tu ne dors toujours pas. »
Watari, encore. Sentinelle éternelle, droit à côté de moi, regardant mon écran par-dessus mon épaule. Tellement fatigant quand il se croyait investi de la mission de m'envoyer au lit, de ne pas me laisser à mes micro siestes.
« J'ai des noms à vérifier, des visages à identifier, des criminels à arrêter, des gâteaux à manger, des rapports à envoyer, et il faut aussi que je persuade une gamine d'accélérer sa coopération.
- Tu vas aller te laver et dormir.
- Tu ne m'écoutes pas. J'ai dit non, j'ai des choses à faire. »
Ce qui était parfaitement vrai. Partout dans le monde, des criminels s'affolaient et faisaient n'importe quoi, entre mutineries et évasions. L'assassin des parcs de Berlin, le fantôme de Venise, Beyond Birthday, le voleur de la couronne, le mafieux aux mille meurtres, la panthère des palaces, tous étaient dehors.
Ses pas s'éloignèrent sur le sol de béton ciré. Presque inquiétant, ce manque de résistance. Enfin, au moins j'aurais le temps de continuer à éliminer des pistes, il ne me restait qu'une petite centaine d'identités à vérifier pour être sûr que Kira 2 était parmi les visages inconnus d'Aoyama.
Soudain, mes mains s'éloignèrent du clavier, alors que mon fauteuil à roulettes était tiré en arrière par un vieil homme visiblement bien décidé à saboter mon travail.
« Traître ! Je travaille !
- Tu te ruines la santé. Il est hors de question que je te regarde sans rien faire. »
Je sautai de mon siège, bien décidé à regagner mon poste, même s'il me faudrait travailler debout toute la nuit. Mais une main agrippa ma manche et continua de m'éloigner, jusqu'à ce que la porte soit refermée. Peu importe que je me laisse traîner comme un poids mort, Watari continuait de me tirer. L'ascenseur s'ouvrit, puis monta dans les étages, vers ma zone privée.
« Je n'ai jamais eu d'enfant, mais avec toi, je suis sûr d'avoir encore un gamin de cinq ans pendant longtemps. Tu n'as pas dormi depuis neuf jours, L. Il est plus que temps de satisfaire ce besoin naturel et humain, sinon tu vas encore devenir totalement paranoïaque, puis euphorique et pour finir tu ne vas plus arriver à travailler du tout. Ce qui va t'énerver encore plus, et te faire continuer ta veille.
- Je n'ai toujours pas arrêté Kira.
- Et ça n'ira pas mieux si tu ne dors plus. »
Les portes se rouvrirent, dévoilant une vaste étendue pelucheuse en guise de sol, parsemée de larges coussins à même le sol, et de boîtes en fer blanc dont s'échappaient de chaleureuses odeurs de cannelle et d'anis étoilé.
Le voyage forcé continua jusqu'à la salle de bain, devant laquelle la main me relâcha.
« Ne me force pas à te donner ta douche moi-même. »
Une rapide vérification de son sérieux par son attitude et son regard me décida à aller me laver. Seul. Il aurait bien été capable de mettre ses menaces humiliantes à exécution.
« Au lit. »
Manque de chance, il n'avait pas déserté l'endroit pendant mon absence. Solidement campé sur ses positions, il m'accompagna comme un condamné à l'échafaud, et poussa la méchanceté jusqu'à me border.
« Bonne nuit, L. »
Il s'éloigna, souriant. Puis, proche de la sortie, murmura négligemment « Je surveillerai par les caméras que les couloirs sont vides. ». Donc, impossible ou presque pour moi de sortir d'ici sans qu'il le sache.
Je grommelai, mécontent. Même lui parti, je n'avais pas sommeil.
Les draps ivoire ne me donnaient pas envie d'y rester, malgré leur douceur et leur chaleur. Les murs pervenche ne m'apaisaient pas. Et je n'avais pas plus envie de me relever pour le seul plaisir d'aller manger des biscuits, vautré sur un de ces coussins vert anglais absolument divins. L'abruti qui pensait que les couleurs d'une chambre avaient une incidence sur le sommeil mériterait d'être pendu.
Je soupirais. Ennui. Je n'avais rien d'autre à faire qu'attendre. Perte de temps. Yeux fermés, le même agacement persistait. Comment faisait Raito pour gaspiller tant d'heures dans cette occupation vaine ?
Raito. Un sourire tordit mon visage. Bien sûr. Une victime parfaite à embêter, alors que je n'avais rien d'autre que mon téléphone pour me divertir. Je restais allongé, composant rapidement le numéro habituel. Je ne l'avais plus réveillé depuis longtemps, il n'avait certainement pas éteint l'appareil. Première sonnerie. Silence. Deuxième sonnerie.
« Ça faisait longtemps.
- Oui, j'avais peur que tu croies que je te faisais la tête. Je ne te réveille pas ?
- Bien sûr que si. Qu'est-ce que tu veux, cette fois ? »
Jubilation.
« Je n'arrive pas à dormir. Je m'ennuie.
- Je ne vois pas en quoi ce serait mon problème. Mon sommeil va très bien, quand tu ne l'interromps pas. Seuls les enfants ont des difficultés à trouver le sommeil. Allume une veilleuse.
- Hmm. Ta journée s'est bien passée ?
- Comme d'habitude. Bon, que puis-je faire pour toi ? »
Légère hésitation. Il ne fallait surtout pas que je ris en lui demandant ça, sinon il n'y croirait jamais.
« Chante-moi Soft Kitty. »
Long silence. J'aurais tout donné pour voir son expression, à cet instant.
« Je te demande pardon ? Je suis certain d'avoir mal entendu.
- Chante-moi Soft Kitty.
- Tu veux que je te chante une berceuse ?
- Soft Kitty.
- Il est hors de question que je te chante quoi que ce soit. Tu n'es plus un bébé, et je…
- Tu ne connais pas les paroles, c'est ça ? Ça fait soft kitty, warm kitty, little ball of fur…
- Tais-toi. Ne dors pas si tu ne veux pas, mais arrête de m'appeler. Surtout pour me dire des choses aussi stupides.
- Très bien, changeons de conversation. Les Shinigamis peuvent-ils traverser les murs, selon toi ?
- Ce n'est pas une conversation moins stupide. Les Shinigamis sont des légendes. Qui, selon ces mêmes légendes, peuvent en effet traverser les murs.
- Ce qui ne va pas m'aider à trouver le sommeil. »
C'était follement amusant. Je me demandais à quel point il pouvait croire à ma demande et à mes changements de comportement. En jouant autant avec lui, je pourrais peut-être finir par le faire craquer.
« Prends une tisane.
- Non.
- Un somnifère.
- Hors de question. En général me parler te fait dormir. Peut-être que l'inverse peut fonctionner.
- Je ne veux pas me dévouer pour être ton cobaye. Tu dois bien avoir un larbin à qui raconter tes problèmes de sommeil à trois heures et quart.
- Pas vraiment. Bon, puisque nous ne dormons pas, parlons. Et comme nous ne sommes plus des enfants, parlons de sujets d'adolescents. Tu as une petite amie, Raito-kun ? »
Le bruit plat de la tonalité annonça la fin de la communication. Soit. De toute manière, je n'avais rien attendu de cette question. Mais puisque la question l'avait énervé, c'est que le sujet était sensible. Et avec mon plan B, j'étais confiant dans la capture de la deuxième Kira.
Je composai un sms, l'envoyai, puis enfoui mon nez dans l'oreiller de plumes, blotti dans les replis de couette douillette, bâillant, disposé à un repos de quelques petites heures.
« Happy kitty, sleepy kitty, purr, purr, purr »
Ou L qui s'amuse à se foutre de la gueule d'un certain Raito... hum ceci appelle vengeance XD
Un petit mot pour vos auteurs ?
