Titre : Thirst
Disclaimer : Les personnages et l'univers ne nous appartiennent pas malgré un chantage à base d'expédition par la poste de pages de Death Note et de trognons de pommes cloués selon un rituel vaudou. Nous ne touchons bien entendu aucune compensation financière pour la publication de ce texte, là encore le chantage n'ayant pas suffi ^^ ( On nous a mentiiii x) )
Rating : M pour certains chapitres, bien que ce ne soit pas encore justifié.
Merci pour vos reviews, comme toujours !
Le chapitre commence directement par un extrait vidéo envoyé par Kira 2 (histoire de situer), bonne lecture (du moins, nous l'espérons) ^^
Review anonyme :
Akira : Tout d'abord, bienvenue ^^ Je t'aurais bien répondu via l'adresse que tu as voulu joindre, mais elle n'est pas du tout passée sur le site (essaye de mettre des espaces un peu partout, surtout avant et après les signes de ponctuation, en général ça fonctionne) Haaru et moi ne savions même pas que la fic était sur un blog :D Merci beaucoup pour tes compliments, c'est adorable ! J'espère que ça pourra te redonner envie de lire des fanfictions, en tout cas ^^ Même si Death Note est une histoire de meurtres, de manipulation et de tellement d'autres choses peu riantes, franchement, un peu d'humour ne fait vraiment pas de mal ;D Contente que le mélange des genres te semble réussi, et profites-en, la "deuxième partie" de la fiction sera un plus axée sur le dramatique (même si l'humour sera toujours là, bien sûr, je crois qu'Haaru et moi ne pouvons pas nous en passer, trop de bétises dans la tête à faire sortir x) )
Ni Haaru ni moi habitions prêt de Nouaillé-Maupertuis et nous ne sommes pas originaires du coin non plus, c'est quand même magnifique de savoir qu'une lectrice habite pas très loin de ce village ! Magique même, ça nous a bien fait rire...le monde est petit. En fait, nous allions toutes les deux à un festival et pendant le voyage nous sommes passées soit juste à côté et le nom était plutôt drôle ^^ Merci beaucoup pour ta review, en espérant que la suite de la fic te plaise tout autant !
Chapitre 12
Jouer à chat
« Je ne vais donc pas me faire connaître auprès de lui, merci pour votre mise en garde. Néanmoins, je vais continuer à travailler pour éradiquer le mal de notre monde. Je vais aider Kira, en jugeant pour commencer ceux que Kira n'a pas encore punis. Puis je partagerai mon pouvoir avec ceux qui le méritent pour rendre le monde encore meilleur. »
Je me rapprochais de trois pas. L éteignit le post, reposa les mains sur ses genoux. « Les deux Kira se sont rencontrés, après avoir vu cette vidéo, c'est plus qu'évident.
- Pourquoi tant de certitudes ? » Il ne se focalisait pas sur ce que je voulais, la mention « partage des pouvoirs » complètement à la trappe, merde.
« Tu ne le vois pas ? Je pensais que ça te sauterait aux yeux de la même manière. » Sa main pianota au dessus d'un assortiment de Genovesini, en sélectionna un. « La diction a perdu son caractère enfantin, pour ne pas dire niais, et Kira 2 ne parle plus de rencontrer l'original. En plus de ça, il dit vouloir punir les criminels dont Kira ne s'est pas encore occupé, ce qui n'a aucun sens. Même avec son QI voisin d'une bécasse narcoleptique, il y a fatalement pensé avant.
- Ça n'a pas de sens, donc. Sauf si les deux se sont concertés. » J'étais obligé de participer, même malgré moi.
« Kira a dû donner des instructions. » Le biscuit avalé rond, il en choisit un second. « Non pas qu'il ait le loisir de faire autrement. »
Avec un léger doute, L ferait peut-être machine arrière. « Il s'est montré imprudent. Ce n'est pas dans ses habitudes. »
Ryuzaki renversa la nuque sur le dossier du fauteuil, me regarda. « En effet. Ce n'est pas dans ses habitudes. Il y a aussi la possibilité d'une fausse suggestion, Kira joue éventuellement avec cette effrayante hypothèse. » Il tendit le bras dans ma direction, paume ouverte, impérieuse. Sans questions inutiles, j'y déposai une assiette de Leckerlis. « Mais si Yagami-kun est vraiment Kira, il n'aurait sans doute pas demandé à son double d'expédier une cassette, plutôt de me forcer à me présenter sur le plateau télé. Il pourrait ainsi accuser Kira 2 de ma mort en toute impunité, la vidéo que nous venons de voir ne constitue pas la moindre preuve tangible d'une concertation. »
Il rétablit sa posture habituelle sans qu'aucune friandise ne s'échappe de l'assiette, me présentant son dos. « Et en cas de message, j'imagine que la réponse de Kira 2 donnerait quelque chose comme « Je ne considère pas le dernier message de Kira authentique. Si L meurt, Kira sera content, je n'ai aucune raison d'arrêter. » »
Je baissais les yeux. Quelle était la meilleure option ? Il venait implicitement de me libérer des soupçons...sur des bases incohérentes. Était-ce voulu, s'il s'agissait d'un test ? Je ne pouvais pas prendre le risque. Fin de non recevoir. « Ryuzaki...
- Hum ?
- Je ne procéderai certainement pas comme ça. »
Il termina de nettoyer ses doigts couverts de miel. « Pourquoi pas ?
- Si tu es L, si je suis Kira, alors je connais très bien ta personnalité. Et dans ce cas, je sais que L ne se montrerait jamais à la télévision, qu'il ne sacrifierait jamais. Tu trouverais sûrement un moyen quelconque de te dérober. »
Il se tourna, le sourire léger. « Tu as raison. »
Je ne m'attendais pas à ça.
Resté en retrait jusque-là, mon père se déplaça dans mon champ visuel, sa contrarié bien palpable.
« Ce n'est qu'une hypothèse, mais s'il te plaît, arrête de répondre « Si je suis Kira ». Même si je sais que ce n'est pas le cas, c'est douloureux à entendre. » Sa mâchoire contractée, suffisamment expressive.
« Désolé. » Mépris rentré. « Je voulais simplement montrer à quel point le raisonnement de Ryuzaki était erroné. Dire « si je suis Kira » et invalider l'hypothèse avancée prouve précisément que je ne le suis pas. » Mon père s'inquiétait beaucoup trop. Et j'avais suffisamment de quoi m'inquiéter sans subir sa paranoïa mal dirigée : L avait tout compris, voir Misa encore plus dangereux qu'avant désormais. Elle n'avait pas encore brisé l'accord, mais seulement un jour s'était écoulé depuis notre première entrevue.
« Autre chose, Yagami-kun. Ton père et moi avons parlé de ton parcours universitaire. »
Inimité pure. Le sous-entendu sous les mots, la supériorité martelée. Glace dissimulée à demi. « Ravi que vous puissiez trouver un terrain d'entente. » Alors quoi ? Tu as changé d'avis ? Tu oses me reléguer à la fac ?
Le visage de Ryuzaki dans l'axe opposé, seul le ton facteur d'émotions. D'une platitude totale. « Mon bonheur est désormais complet. » Aussitôt, mes lèvres réduites en ligne mince. « Nous avons convenu qu'il était indispensable que tu puisses continuer tes études, même après votre emménagement, dans trois jours.
- Cet arrangement ô combien merveilleux expire à compter du ? »
Sôichirô, une réprimande contenue. « Il n'y a pas de conditions. Je ne veux pas que tu loupes une phase de ta vie extrêmement importante pour une enquête, tu n'es même pas majeur. »
Le sourire de L glissé, commuté d'une insupportable suffisance, et dans ce cas, inutile de voir pour savoir.
« Bien sûr, papa. »
Les motivations de mon père hors de toute équivoque. Si je dénonçais cet accord comme symptôme supplémentaire dans la traque de Kira, sa colère ne faisait aucun doute. Colère contre L. Parce que la motivation du détective, coincer Kira 2, facilitée par ma présence à l'Université. Évidemment, impossible d'énoncer ceci, j'avais trop besoin de cette latitude de mouvements, relative mais existante pour discipliner Misa. Un enferment à ce stade de l'affaire porteur de complications handicapantes autant pour Ryuzaki que moi.
Déplaisant procédé, habile. Piège verbal, implications à double détente. Je n'avais pas d'autre choix, mais si l'arrangement était justement, arrangeant, je n'allais pas offrir la reddition et le plateau. Et puis quoi encore. « Je partage ton point de vue, papa, je ne peux pas me priver d'une étape aussi primordiale de ma vie pour une simple enquête, qui piétine depuis des semaines qui plus est. »
L se mit debout avec lenteur, la colonne arrondie. Son dévolu jeté, ses pieds le traînèrent péniblement vers un siège à l'offre visuelle plus panoramique. « Tu considères donc Kira comme un être simple ?
- Je n'ai jamais dit cela. »
Il singea ma voix, exagérément mal. « Je partage ton point de vue, papa, je ne peux pas me priver d'une étape aussi primordiale de ma vie pour une simple enquête, qui piétine depuis des semaines qui plus est.
- Je n'ai jamais dit que Kira était un être simple. C'est l'enquête, et tu avais très bien compris la première fois. »
Sa bouche s'incurva. « Tu viens de reconnaître l'hégémonie de Kira, me semble-t-il, ou sinon la reconnaître, au moins la prôner.
- Vraiment ? Je ne cherchais qu'à taxer l'enquête de simpliste. Curieux que tu prennes mes propos sous cet angle. Tu es vexé, je suppose ?
- Tu supposes mal.
- Peut-être, mais selon toutes vraisemblances, cette investigation se situe en deçà de Kira. Dans le cas contraire, il serait arrêté depuis longtemps. »
Regard noir, littéralement. « Tu admets soutenir Kira ? »
J'adoptai une mine moqueuse. « Pourquoi serais-je ici, si c'était vrai ? »
Reniflement dédaigneux. « Je pourrais soutenir une thèse sur le sujet, les raisons sont plus qu'évidentes. » Son téléphone vibra, sur l'écran, un cupacke fuchsia affublé d'une tête de licorne et du nom de Mister Cupy is your friend. Ryuzaki arqua un sourcil curieux.
La musique libéra quelques accords et une voix haut perchée de très petite fille chantonna gentiment « Pat a cake, pat a cake baaacker's man, bake me a ca-ake as fast as you can. » Matsuda gloussa, la gamine continuait :« Mix it and prick it and mark it with B – grimace collective sur l'aigu – and there will be plenty for baby and meee. For baby and me. Fooor babyy and meeee. » Je retins le sourire qui pointait. « Pat a cake, pat a cake, baaaaacker's man - » Matsuda éclata de rire,« Oh je ne savais pas que tu aimais les comptines au point d'en choisir une pour sonnerie.
- Et les gâteaux. Tu nous la chante ? » Mon expression cachée dans la paume.
« Comme c'est mignon.
- Très mignon. »
L nous éviscéra tour à tour, goûtant peu les tons narquois, mais vite dispensé de commentaire par un sermon signé Sôichirô.
Mon policier de voisin me donna un petit coup de coude. Je lui coulai mon attention, vérifiant que mon père ne rôdait pas trop près. « L'alliance est rompue ?
- L'alliance ?
- Entre L et toi.
- Qu'est-ce que qui te fait penser ça ? »
- Tout le monde sait qui a trafiqué cette sonnerie. » Son sourire s'élargit.
« Ces sonneries, il n'y a jamais eu d'alliance. »
Il pouffa. « Bien sûr que si. Pas plus tard que ce matin, par exemple. Vos dialogues dans le pur sens du mot, personne d'autre n'a le droit d'intervenir dans ces moments là. » Mine chagrine. « Sauf si on veut un avant-goût du peloton d'exécution.
Je ris légèrement « N'exagère pas.
- Mais non pas du tout. Pas que ça me gêne, heiiin. » Clin d'œil.
« Matsuda, toutes ces allusions, c'est une petite vengeance. » Pas une question. Il resta muet. « Pour tout ce qu'il te balance à longueur de journée, n'est-ce pas ? Tu n'as rien trouvé de moins blessant ni de plus gênant. » Un quart de seconde, ses traits mobiles confirmèrent. « Il est parfois infect avec toi, mais je n'y suis pour rien et mon père commence à se faire de fausses idées. » Grimace. « Je ne veux vraiment pas qu'il balance ça à la prochaine fête de famille. Imagine la réputation de ma future fiancée ?
- Et la crise cardiaque de ta grand-mère, de tes vieilles tantes et de -» Il se tut, mal à l'aise, l'infarctus n'avait pas la cote dans la liste des sujets de conversation ces derniers temps. Ses yeux, soudain, plus larges. « Quoi, tu as une petite amie ? »
En substance, la même question que L, la veille au téléphone. Méfiance. « Pas en ce moment, mais, bien sûr, ça arrivera. »
Il rapprocha sa chaise d'un coup de pied, un air de conspiration. « Vraiment ? T 'es sûr ? »
Sifflement agacé. « Évidemment. »
Les épaules de Matsuda, brusquement affaissées, moue boudeuse. « Je pensais tenir de quoi embêter un peu Ryuzaki, pourquoi ce serait toujours les mêmes qui s'amusent. » Touchante imitation de Caliméro, ne manquait que la réplique culte et la larme à l'œil. Sans oublier la coquille. Voilà quelque chose qui prêtait au jeu, justement. « Si tu me promets d'arrêter ces sous-entendus stupides, j'ai bien quelque chose qui va t'amuser, je pense. » Je tendis une main ouverte. La retirai quand il voulut la saisir. « Deal ? »
Il serra ses doigts sur les miens, avec force. « Deal. » Il baissa la tête, l'air de s'excuser. « C'était pas vraiment fondé de toute façon, juste bizarre. Et fallait bien que je trouve quelque chose. »
Je hochai la tête. En fond de pièce, quelques notes. Ces sonneries.
« Are you sleeping, are you sleeping, brother John, brother John ? » Juron étouffé. « Morning bells are ringing, morning bells are ringing. Ding dang dong. Ding dang dong. » Bruits ténus de la danse des doigts sur les touches. « Ding dang dong. Ding dang dong. »
Tout s'arrêta, L avait réussi à désactiver la sonnerie. Je le vis s'avancer du coin de l'œil. Matsuda tapota mon dos, un sourire de félicitations affiché et retourna à son poste de travail. Le détective parut se voûter encore plus que d'accoutumée.
« On s'amuse, Yagami-kun ? »
Homi, Kaoru, Mana.
L'agitation des lèvres. Roses, rouges, nues. Brillantes, pailletées, vives. Décalage rédhibitoire du mouvement et des sons. Je ne voulais pas écouter, me contentant d'entendre. D'être poli, enjoué. De faire la conversation, expression péjorative à raison.
Visages. Coquilles vides.
Naru papotait, accrochée à mon bras, se faufilant avec grâce dans les couloirs surpeuplés. La fréquentation nettement diminuée à l'étage supérieur, elle me lâcha pour marcher plus librement. Ses talons claquaient, résonnaient sur le lino presque désert. Naru se retourna, agita une main tendue vers le plafond. « Oho Jun ! » Machinalement je suivis son regard sur une autre étudiante.
Au coude d'un second corridor, un mouvement furtif, un geste brusque. Une expression familière.
Chiyoko secoua sa chevelure brune en riant, les glaçons lentement dilués dans sa boisson. En dépit du bruit ambiant, cette table était suffisamment éloignée pour rendre la gêne mineure. Je n'avais aucune excuse pour ne pas suivre ses bavardages, assez affligeants soit dit en passant. Bonne volonté aidant, j'essayais de m'intéresser, en vain. Cette fille était au moins aussi intéressante que son discours. Mais j'avais besoin d'elle, elles.
Chiyoko entortillait une mèche entre ses doigts, Chiyoko était bourrée de tics corporels. Coquette et menteuse. Peu surprenant. Encore, je surpris un rapide déplacement en périphérie de vision. Je plissai les yeux, tentant d'en repérer l'auteur dans la cohue. Une seconde perdu, mais une tête connue finit par émerger non loin de la sortie.
Matsuda. Alors il me suivait ? Ordres de Ryuzaki bien entendu. Dissimuler Misa, de toute évidence une sage décision. Attendre ou me planter net devant le policier avec un sourire railleur et un « Tu cherches quelqu'un, Matsuda ? » ? Sa tête pourrait valoir son pesant d'or... Peut-être un peu plus tard.
De retour chez moi, je me laissais tomber sur le lit, les bras en croix. Saturé par cette bande d'idiotes. Saturé de jongler avec Takada. Comme si les autres ne suffisaient pas. La sonnette d'entrée teinta, étouffée par la distance. Que ce ne soit pas Misa. Que ce ne soit pas Misa.
J'ouvris le battant. « Bonjour Misa.
- Raitooo » Elle se jeta à mon cou, faillit me faire basculer en arrière. Seul mon dos, heurté contre un mur, me retint. Un raclement de gorge lui rappela que nous étions en public, la porte grande ouverte sur la rue. « Désolée, je suis si heureuse de te voir ! Deux jours tu te rends compte ! »
Je détachai ses mains. « Misa, nous avions dit toutes les deux semaines. »
Elle baissa un peu la tête, se tortilla. « Mais c'est trop long, moi deux semaines je peux pas ! »
Soupir. À voir sa moue boudeuse, cette histoire allait encore se solder d'un bras de fer virtuel.
« Parlons dans ma chambre, ce sera plus tranquille. » Plus privé, surtout.
Comme la première fois, elle s'assit sur un coin du matelas, presque comme si elle avait peur d'être mise dehors au moindre écart. L'envie ne manquait certes pas. Elle croisa les mains sur ses jambes, attitude sage, contrite. « Écoute, je n'étais pas censée venir mais, c'était long. Et deux semaines ça parait pire qu'une éternité.
- Je sais, mais c'est pour garantir notre sécurité à tous les deux. Tu ne voudrais pas être arrêtée ? Tu ne voudrais pas que je sois arrêté ?
- Non, jamais de la vie !
- Alors prends sur toi et fais attention. D'autant plus que nous allons avoir moins de temps pour nous voir.
- Déjà ? Mais mais on s'est vus qu'une seule fois !
- Dans quelques jours, je vais devoir emménager dans le QG définitif avec les autres enquêteurs.
- Avec L ? » Une lueur de panique fila. Misa bondit sur ses pieds. « Mais c'est vachement dangereux ! Et comment on va faire ! Je veux venir encore chez toi, moi, plein de fois !
- Ça ne va plus être possible. Ne panique pas je contrôle plutôt bien la situation. Je suis toujours autorisé à aller à l'Université, si tu es prudente, nous pouvons nous voir.
- Mais ce ne sera pas la même chose. Je ne serai plus dans ta chambre, assise sur ton lit. Et on sera plus jamais tranquille, plus jamais tous les deux et - »
Bon sang, elle était tellement agaçante. « Quand je te parle de prudence, je suis sérieux. Un policier me surveille à l'Université. »
Attitude défensive. « Quand aura lieu ce stupide emménagement ?
- Après-demain. »
Les cils bordés de mascara démesurément écartés, la voix hérissée de colère. « Non ! C'est hors de question, tu n'iras pas là-bas ! Point barre. Deux semaines c'est pas négociable, surtout en cachette. C'est non !
- Je te demande pardon ? » Comme une furieuse envie de lui asséner une claque. Première fois de ma vie.
« Je refuse ! Je refuse ! Je refuse !
- Je n'ai pas le choix, Misa. Et toi non plus. » À la dureté du ton, un tremblement agita ses poignets. Elle resta silencieux un long moment. Nos regards confrontés. Affrontés.
Ryuuku recula sur la pointe des pieds au ralenti, ballerine momifiée portée sur le gothique. « Oula ça sent le roussi par ici. Je vais aller me faire cuire une Golden et regarder aux Pompes Funèbres si j'y suis. Bye bye. » Il se fondit dans le mur latéral, lentement. Ses globes oculaires et ses dents derniers à disparaître, déposés sur le papier peint pendant quelques secondes. Un ultime marmonnement : « Pompes... pompes... pourquoi pas la Savate Macabre, le Dernier Mocassin ou la Désolation de la Babouche... Comment bosser dans ces conditions pfff.
- Saisis le syndicat.
- Y en a pas, s'ennuyait trop. » Sa grimace absorbée par le mur.
La colère de Misa toujours limpide malgré la diversion et si je la consolais, elle ne comprendrait jamais. « Misa, c'est contraignant mais c'est comme ça.
- Comme ça ? – Trois octaves allègrement sautées – Tu veux dire, comme cette connerie de sortir avec d'autres filles ? C'est comme ça ?
- Si, soi-disant, tu m'aimes, tu dois m'obéir. Tu avais bien dit « utilise-moi comme un outil » et « je ferai tout ce que tu me diras » ? Où sont parties toutes ces belles paroles ? Envolées ?
- Ce n'est pas la même chose ! »
Je fermai les paupières. J'aurais souhaité passer sur l'argument, mais elle ne me laissait pas d'autre possibilité. « C'est exactement la même chose. Je possède les Death Notes et je pourrais parfaitement te supprimer, à n'importe quel moment. »
Remu se pencha sur moi, immense. « Je ne le permettrai pas. » Son timbre roula dans mes os, un frisson hivernal sur ma colonne. Ses iris fendus à la verticale, irréels de froideur. « Je connais sa durée de vie, si tu la blesses, si tu lui fais du mal d'une manière ou d'une autre, si tu la fais mourir, j'écrirai personnellement ton nom sur le Death Note. Et si ton intention réelle est de la supprimer, je te tuerai avant, Yagami Raito.
- En utilisant le cahier pour la sauver, tu mourras.
- Soit. Ça me convient. » Ses pupilles plongées dans les miennes, mortellement sérieuses. Inhumaines. Sans hésitation. Ce connard... prêt à sacrifier sa vie pour la sienne.
Si je tentais quelque chose contre Misa grâce au cahier, Remu saurait. Mourir pour elle, pour la sauver, il s'en foutait royal. Putain, sa prise de parti était tellement franche... Ryuuku et sa neutralité... je ne pensais pas que Remu puisse aller aussi loin. Putain.
Un duo plus dangereux encore que Ryuzaki.
Nouvelle journée, suivi à la trace par un Matsuda qui se voulait discret. Je lui envoyais même deux ou trois sms auxquels il répondit ostensiblement au milieu de la cafétéria, se pensant camouflé dans la foule. Crétin. À la clôture des cours, je rentrais chez moi, pour la dernière fois avant longtemps. Ryuzaki n'allait pas nous laisser retourner voir nos familles de sitôt. Pas dérangeant en soi, nouveau. Je remontais la rue quand une jeune fille blonde déboula d'une intersection, se planta devant moi.
« Raitoooo j'allais justement chez toi ! » Respirer, respirer.
Misa n'avait rien compris. Son ravissement, preuve s'il en était. Qu'est-ce qu'elle foutait encore. « Je ne pouvais pas attendre, en plus à partir de demain, je pourrai plus venir. » Elle claqua dans ses mains « Alors voilà, j'en ai profité ! » Elle dut remarquer le masque sur mon visage. La colère voilée. Son index tapota sa lèvre inférieure, nettement moins assurée. « Tu... tu me manques. » Elle contempla ses chaussures.
Je ne pouvais pas la laisser dans la rue, j'étais filé. « Ne reste pas là, viens. » Le sourire fit un fulgurant retour. Misa entra dans la maison, pimpante et enthousiaste, aussi jetée sur ma mère et ma sœur qui l'accueillaient. Sayu, au moins aussi enthousiaste, brandit un magazine avec Misa en couverture : « J'ai trouvé plein de photos de toi ! Tu es si belle ! »
Misa survolait la pièce, sur son petit nuage. J'attrapai sa main pour la diriger vers ma chambre. Au pied de l'escalier, Sayu nous pista. « Ne t'inquiète pas, Misa-chan je ne dirai rien sur ta relation avec Onii-chan. Tu peux compter sur moi ! » Pouce levé.
La mannequin roucoula. « Merci Sayu-chan, tu es un amour. »
« Oh ! Onii-chan ?
- Hum ?
- N'oublie pas notre petit arrangement. »
Aha petit démon.
Le verrou cliqueta. Mon expression détendue glissa. Manipulation au chantage affectif. Pas trop subtile, que Misa comprenne l'enjeu.
« Remu. » Le Dieu de la Mort m'accorda son regard. « Quoi qu'il arrive, tu seras toujours du côté de Misa, ai-je tort ? »
La bouche indigo s'étira sur une paire de canines. « Non, je serai toujours de son côté, tu as vu juste. Je l'ai souvent observée au Royaume de la Mort et je la connais bien. » Étrange perspective qu'un éclat d'affection sur le faciès desséché.
« Si elle heureuse, tu le seras aussi ?
- Peut-être. Je ne veux pas qu'elle souffre. »
J'attirais Misa contre moi, un bras passé sur ses épaules. « Pour le moment, elle ne peut passer ne serait-ce que deux jours sans me voir... Misa ? »
Elle leva le menton. « Oui ?
- Si je suis heureux, tu seras heureuse ?
- Bien sûr. » Sa voix, caressante.
« Peux-tu demander à Remu de tuer L ? Pour moi ? » J'approchai nos visages, ignorant le « ho ho » enjoué de Ryuuku. « En arrêtant l'un de nous, L nous empêchera d'être heureux. Il détruira notre bonheur parfait. Un Shinigami ne peut révéler le nom d'un humain à un possesseur du cahier. L n'influera pas sur ton espérance de vie, il peut être tué sans que Remu en pâtisse. »
Je m'approchais encore, son souffle s'accéléra. « Je t'aimerai encore plus. Et nous pourrions vivre ensemble, très longtemps. » Disney pourrait réellement m'engager comme scénariste avec tout ce flan à la guimauve.
Misa joignit les mains, les yeux agrandis en prière. La croix d'argent sur sa poitrine, une mystification de plus. « Remu... s'il te plaît... je voudrais que Raito m'aime. Je voudrais vivre avec lui, rien ne me rendrait plus heureuse. » Le Shinigami, muet. Attente. Misa ferma étroitement les paupières, la voix débordée d'émotions. « S'il te plaît. Je veux qu'il m'aime. »
Remu la contempla. Longtemps.
« Ce ne sera pas un problème. Tuer L ne signifie rien pour moi. Je ne t'aime pas, Yagami Raito. »
La surprise explosa ma cadence cardiaque. L allait mourir. La réalisation déferla, tourbillons d'adrénaline dans mes veines. Après tout ce temps, enfin, sa mort, dans le creux de ma main.
L allait mourir.
« Quand dois-je le supprimer ?
- Le plus tôt poss- Non. Attends, ne fais rien. Peu importe ce qu'il arrive, surtout ne le tue pas avant que je te le dise. Je dois réfléchir à la meilleure façon de le tuer. » Il le méritait, il était la seule personne à le mériter. La meilleure façon. Le meilleur adversaire. Le seul adversaire. « Misa ? Je n'ai pas ton numéro de portable.
- Aha ! Pas trop tôt ! Je pensais que tu demanderais jamais. Et moi, je peux avoir le tien ?
- Non, L a peut-être mis mon portable sur écoute. »
Elle éclata de rire. « Pas grave, j'ai trois portables pour trier mes appels ! Je te donne l'un des miens. » Elle fouilla son sac, sortit un mobile rose pâle associé d'une traîne à plumes émeraude. « Et voilà ! »
Je rangeai l'objet dans ma poche. « C'est une bonne idée, merci.
- Génial ! On pourra se parler souvent. Je t'appellerai tous les jours, je t'enverrai pleeein de sms, des tas, tout le temps !
- Il sera éteint en permanence, je ne l'allumerai que lorsque j'aurais besoin de toi.
- C'est... c'est... Quand est-ce que tu m'appelleras ? » Sur le point de pleurer, les larmes menaçaient d'une seconde à l'autre.
J'effleurais doucement sa joue. « Le plus vite possible, d'accord. Je te l'ai dit, je dois encore réfléchir, pour L. » Elle hocha la tête, les larmes ravalées. « C'est tout pour aujourd'hui, tu peux rentrer chez toi.
- Si vite ? Et si on se faisait un dîner, rien que nous deux ? On va pouvoir parler de notre avenir, oh je suis tellement excitée !
- Misa ? » Elle n'écoutait pas. C'était le moment de la congédier sans protestation.
Le bavardage mourut au contact de mes lèvres. Mouvement suave sur la peau rose, soyeuse. La respiration bloquée, sa bouche me céda vite. Harmonisa la rencontre des courbes. Ses lèvres souples, offertes et quémandeuses. Honnêtement, cette addiction pour les baisers était un mystère irrésolu. Pas vraiment agréables, pas franchement désagréables non plus, mais rien de sensationnel. Un contact chaud, humide, presque écœurant parfois. Pourquoi une telle fascination ? Après un temps estimé correct, je m'écartai. Misa, aux joues écarlates et aux yeux vagues, promptement dirigée vers la sortie.
Plus tard, je me rendais au QG. Matsuda allait sans doute apprécier, Ryuzaki un peu moins.
Ne pouvais-je pas m'amuser un peu avant la mise à mort ?
Aussitôt arrivé, le policier se précipita sur moi, pouffant à moitié. « Oh, elle était terrible! J'ai hâte de voir sa tête ! » Je m'installais tranquillement, patience.
Vingt-cinq minutes et Ryuzaki fonça dans la pièce, indéchiffrable. Son ordinateur claqua sur ma table. « Qu'est-ce que c'est que ça ! »
Je lui accordai mon obligeance. « Ça ? »
Il lança une vidéo Youtube intitulée La vérité sur L. Un petit personnage très docte s'agita sur l'écran, lança une analyse très sérieuse à propos de L, puis un seconde personnage poussa le premier hors du cadre. « La ferme, prof. On s'en fout. L'important c'est ce que les gens ressentent, pas tes théories fumeuses qui nous endorment en deux secondes trente. Je vais leur parler moi ! » Il se plaça face à l'internaute. « Salut, les amis ! Est-ce que vous aussi vous trouvez L, vraiiiment ridicule ? L, le mystérieux détective qui sauvera l'Humanité du Méchant Kira grâce à sa Justice toute belle et toute magique ? Moi je trouve que ouiiiii ! En fait je vais vous dire un secret. »
Il se pencha, main en cornet autour de la bouche « L est un gros tricheur ! » Se redressa « Vous ne me croyez pas ? Si, si, je vous assure. J'ai mes preuves. En vérité, L a plagié quelqu'un d'autre. Quelqu'un qui existe depuis bien longtemps et que nous connaissons bien. Vous avez deviné ? Non ? »
La voix modifiée de Ryuzaki s'éleva : « Si vous n'avez pas rencontré Kira, il n'est pas trop tard. Il ne sait pas qui vous êtes, mais dès qu'il saura, il vous contrôlera puis vous tuera ! Vous ne pouvez pas aider un tueur ! Sauvez le monde des mains meurtrières de Kira ! Vous devez réfléchir à l'importance de la vie. Pensez à toutes celles qui sont en jeu. »
Le personnage éclata de rire. « Nooon sérieusement ? Quand j'entends ça, moi, j'entends ça. » Hello Kitty débarqua sur l'écran avec son petit nœud, agitant sa patte. Le message de L repassa, cette fois entrecoupé de scènes animées. L'alternance de plus en plus rapide, jusqu'à supplantation totale du détective, enseveli sous le générique. « Pour que le monde puisse en profiter, il ne faut pas oublier,
que sans nos amis nous ne pourrons jamais y arriver. Ensemble il faut y aller. Tous nos soucis finiront par s'envoler, comme par magie, il suffit de s'amuser. Ensemble on est plus forts, notre amitié est en or. Notre fonction c'est de rester unis. Établissons un autre comparatif. »
Relance de L : « Si vous n'avez pas rencontré Kira, il n'est pas trop tard. Sauvez le monde des mains meurtrières de Kira ! Vous devez réfléchir à l'importance de la vie. Pensez à toutes celles qui sont en jeu. Personnellement je ne vois pas de différence avec notre amie au petit nœud. » Hello Kitty acheva son générique. Pour que demain encore on n'ait aucun remord. Il faut compter sur ses amis. Si on a la chance de se faire confiance, on sera amis pour toute la viiiiiiie. » Le personnage présentateur sourit à pleines dents. « C'est le même discours ! Ça saute aux yeux, pas vrai ? Sur ces bonnes paroles, je vous laisse. Et n'oubliez pas : Si on a la chance de se faire confiance, on sera amis pour toute la viiiiiiie . » La vidéo explosa de bonbons et de couleurs roses.
Ryuzaki m'observa, le visage mauvais. Silence pesant.
« Ose nier que ce délicieux montage est de toi.
- De moi ?
- Le pseudo de l'auteur est Soft Kitty. »
Sourire sardonique. « Quelle coïncidence, en effet. Mais dis-moi presque 2 millions de vues en quelques heures, cette vidéo a un succès fou. »
Ryuzaki baissa l'écran, brusque. « Oh oui, le succès de Kira est tout foufou. »
La popularité de L allait en prendre un coup. « Je ne suis pas Kira, considère ceci comme une plaisanterie remplie de chats. »
Son regard noir ouragan me dépeçait muscle par muscle.
À l'instant précis où j'allais présenter des demi-excuses : un tintement, deux.
« If you're happy and you know it, clap your hands. Clap clap. If you're happy and you know it, clap your hands. » Téléphone de L.
༻ Thirst ༺
Exil vers le couloir, puis bouton vert.
« Sayu-chan.
- Hey Hideki ! J'ai une autre piste à te suggérer dans ta quête pour sauver mon frère de la tentation des femmes. »
Cette fille pouvait parfois être très étrange. Et jusqu'à présent pas très utile. « Dis toujours. Et je te rappelle que ton délai est bientôt écoulé.
- Kiyomi Takada. Elle...
- Non.
- Non ? Comme ça ?
- Oui. Ce n'est pas elle.
- Pourtant, elle est pas mal, voire même plutôt dans son style, tu sais. Brune, un peu mystérieuse, intelligente...
- Cherche encore. » Je raccrochai. Takada, intelligente ? Certainement pas. Fausse, vernie, plate, ennuyeuse, formatée, oui. Mais une cruche quand même. Autant entamer une conversation avec un bulot. Et trop mièvre et faible pour endosser le rôle du second Kira. Fausse piste.
Je retournai avec l'équipe, observant Raito depuis mon fauteuil. Ce petit enfoiré s'était bien amusé avec sa vidéo. Si on a la chance de se faire confiance, on sera amis pour toute la vie. Comble de l'injustice, je n'étais même pas l'auteur des phrases qu'il avait parodiées, et il le savait très bien. Sale bête. Néanmoins, sa réponse à ma plaisanterie était étonnante, d'une certaine façon. Jusqu'à présent, Kira avait toujours répondu à mes provocations avec violence et sérieux. Avec des morts, surtout.
Là... il jouait. Certes, entraîner ma réputation au niveau de Hello Kitty n'était pas très amical, mais restait, objectivement, drôle.
Raito avait fait une blague. Incroyable venant de cet étudiant aux froides pulsions meurtrières.
Et en comparaison, celui qu'il était lors de mes attaques envers Kira apparaissait d'une laideur insondable. Jouer avec des juges était laid, se servir de criminels pour m'envoyer des messages abscons était laid. Utiliser une plateforme vidéo pour diffuser sa pique était beaucoup plus sain. Il n'avait que 17 ans, et il subsistait chez lui des envies de taquineries enfantines. À le regarder sourire à Matsuda, je me demandais s'il n'était pas possible de récupérer cette partie de sa personnalité, de l'inciter à prendre le pas sur Kira. Un jeu à tenter.
Je me ferais un plaisir véritable de répondre à son montage.
Il n'aurait servi à rien de supprimer la vidéo. Trop d'internautes l'avaient déjà récupérée en prévision de sa suppression, pour pouvoir la reposter ensuite. Autant laisser sa petite gloire à Raito – tout de même près de sept millions de vue, aux alentours de deux heures du matin – et prévoir de l'éclipser un peu avec ma réponse.
Un chuintement de porte, loin derrière. Je réduisis la fenêtre du logiciel, comme l'enfant pris en faute que j'étais. Presque.
« Ryuzaki, café viennois.
- Hmm hmm. Merci. »
Watari se posta derrière moi, regardant l'écran par-dessus mon épaule. Horripilant, malgré le parfum subtil du sucre qui s'élevait en volutes charmeurs dans l'air. Sur le plateau, mignardises de tous pays se volaient la vedette, parfums délicats et entêtants. Mais Watari ne bougeait pas. « Dis-moi, Ryuzaki. Tu penses que tu es crédible, devant un tableau de statistiques, alors que tu sursautes presque quand je rentre ? »
Injustice criante.
« Je n'ai plus quatre ans, j'ai le droit de faire ce que je veux sur mon ordinateur.
- Quatorze ans, vu ta réaction. Je n'ai pas besoin de te rappeler que Kira est encore en liberté, et qu'il tue toujours au même rythme. Et que donc, le temps n'est pas à la plaisanterie et au divertissement ?
- Mais je travaille, là.
- Oui, c'est pourquoi tu as un fichier appelé « opération vengeance » d'ouvert dans ta barre des tâches.
- Précisément. Un vieux fouineur, voilà ce que tu es. Laisse-moi tranquille. »
Pour faire bonne mesure, je bloquai un chou à la crème entre mes dents, et pris l'écran dans mes bras, tentative inutile pour lui cacher l'image. Inefficace, pour le moins.
Un sourire moqueur étira ses lèvres, et il repartit en secouant la tête, dépité. « Tu as 24 ans, L. »
Aucun rapport. « Et toi, tu n'es pas mon père. »
Franchement.
Je repris mes occupations, jouant avec mon logiciel vocal. J'espérais sincèrement que Raito trouve ça amusant. Il tomberait bien tout seul dessus, une fois mon œuvre postée sur Youtube. Medley inspiré, croisement de films d'animation divers. Paroles modifiées pour coller à la situation, personnages remplacés d'anthropomorphes nekos si chers à la culture japonaise. Un chat noisette au front marqué d'un K, une chatte blonde – pour coller au stéréotype de l'idiote – aux nœuds roses disséminés partout, et un troisième chat, blanc, quand besoin il y avait.
Plaisanterie remplie de chats, le retour.
Je voudrais déjà être roi devenait Je voudrais déjà être dieu, La perfection c'est moi n'avait nul besoin de modification pour illustrer la bêtise de Kira 2, et j'étais plutôt puérilement fier de la reprise de Belle. Version anglaise, plus naturelle pour moi. « I'm bored, so bored! This world is rotten. I'm bored, so bored! I'd sell my lot in, to have more than this normal high-school life... I want the power to exact some Justice, I want it more than I can tell... » [ www . youtube watch?v= OBXmpUdS- K0&list=UUUO 9UnpwIxR wFXFx0jQHFiA &index =4 ]
SMS reçu, sur un gazouillis de lolita. Sayu, encore plus cupide que ce que j'avais cru. Petite liste de noms féminins, inutiles. « Il ne te reste que vingt-quatre heures, très chère. Dépêche-toi. » Si elle continuait à ce rythme, elle finirait par pouvoir racheter la maison de ses parents, et engager une femme de ménage pour aider sa mère.
Visualisant le quartier propret où vivaient les Yagami, une fulgurance me prit. Une évidence. J'ajoutai une nouvelle séquence ; « Quels sont les chats qui habitent les grands quartiers ? Quels "beaux minets" ont le plus long pedigree ? Quels "chouchous", dans la soie se prélassent ? Naturellement, les petits Kira ! Quels doux "mimis" ont des profils de Joconde ? Quels "chats trésors" savent se tenir dans le grand monde ? Quel "mi-a-ou" réprouvent les gros mots ?
Quels "chats chouchous" s'estiment sans défaut ? Naturellement, les petits Kira ! »
La nuit correctement entamée, j'avais enfin terminé. Un petit truc très propre. De son niveau. Et maintenant, je m'ennuyais. Situation qui avait tendance à se répéter de plus en plus souvent, quand j'étais seul. Ou avec juste les membres officiels de la cellule d'enquête. Trois pauvres hommes pas bien dégourdis, tout juste capables de lacer correctement leurs chaussures le matin. Et encore.
Avoir un génie dans mon entourage quasi quotidien avait visiblement trop augmenté mes exigences envers le reste de l'Humanité, et les reliquats qu'elle m'offrait le plus souvent semblaient encore plus fades qu'à l'habitude – pourtant, quelques mois auparavant, je n'aurais pas cru cet exploit possible – et ce fait détestable m'amenait à de fâcheuses erreurs de gestion. Avant, je n'aurais pas laissé échapper Aizawa. Avant, je n'aurais pas répondu à un jeu de meurtrier.
Ma main alla effleurer mon téléphone hanté par l'Esprit de la Mièvrerie. L'envie d'appeler naissait, impérieuse. Je retirais mes doigts de l'appareil. Non. Pas ce soir. Ma deuxième main tâtonna, à la recherche de gâteau perdu. Introuvable. Une inspiration choquée me traversa. Déjà plus de gâteaux ? Tant pis, en attendant le plateau suivant, autant m'amuser. Une petite séance de piratage amical changea la sonnerie qui m'était attribuée pour le générique de My little pony (I used to wonder what friendship could be...), puis j'attendis qu'il réponde, en rassemblant les miettes avec un index méticuleux.
« Qu'est-ce que tu me veux ?
- Je n'ai plus de gâteaux. »
Un soupir fatigué, piètre déguisement d'un bâillement, déforma quelque peu la réponse. « Navré pour toi. Je ne me lèverai pas à 3h57 pour t'en apporter. »
Amusé, je fis tourner mon fauteuil, relançant l'élan à chaque tour d'un coup de pied bien ajusté contre le bureau. « Pourtant, cette idée vient de toi. Donc, c'est que tu n'es pas totalement réfractaire à la possibilité de le faire. Nous en reparlerons quand tu auras emménagé ici.
- Ai-je le choix ?
- Je suis l'adulte.
- Bien sûr. » Ton dédaigneux, pour une raison accessoire et orgueilleuse. Un de ses points sensibles, son âge. Par conséquent, un plaisir pour moi de le lui rappeler. « Et c'est parce que tu es adulte, n'est-ce pas, que tu réveilles tout le monde pour une pénurie de friandises.
- Je ne réveille pas tout le monde, il me semble. Je te réveille toi.
- Je ne mérite pas un tel privilège, vraiment.
- Ta modestie t'honore. Mais déranger Kira alors qu'il peut être occupé à ses assassinats fait partie de mes prérogatives. Mesure d'anticipation.
- Et comme je ne suis pas Kira, tu ne fais que fatiguer un allié. »
Je retins mal un rire, et priais pour qu'il ne l'ait pas entendu. Son sens de l'humour était parfois très à propos, mais une réaction aussi spontanée que le rire était réservée aux faibles et aux versatiles.
« Un allié qui me compare en public à Hello Kitty.
- Franchement, comment ignorer la perche que tu me tendais ?
- En public. Tu discrédites mon image en public. Seul Kira aurait intérêt à faire ça. CQFD.
- Écoute... c'était une plaisanterie. D'accord ? » Raito, étudiant parfait, fils parfait, Kira parfait, venait d'une certaine façon de me présenter ses excuses. Étrange. Et du même coup, devenait un Kira moins impeccable. Ou plutôt, délaissait son rôle kiréen pour celui de l'adolescent qu'il était, et n'aurait jamais dû cesser d'être. Psychologie du café du commerce, bonsoir.
Bien sûr, il pouvait aussi penser que s'excuser diminuerait ma suspicion, mais jusqu'à présent, il n'avait pas imprimé que sa perfection sonnait faux. Et il n'y avait aucune raison pour qu'il admette que l'absence de défaut le rendait trop étrange.
« D'accord. Mais je n'ai toujours pas de gâteaux. Et je m'ennuie.
- Et bien, va dormir. C'est ce que font les gens, entre 23h et 6h, habituellement. Le sommeil est paraît-il vital aux êtres humains.
- Le sommeil ne fait pas passer l'ennui. Le sommeil est l'ennui. »
Nouveau bâillement. « Si tu veux manger, envoie quelqu'un faire tes courses. Tu dois bien avoir un serviteur prêt à exaucer tes moindres désirs.
- Pas sous la main. Même Matsuda est parti. » Hors de propos de lui parler de Watari, prudent de lui cacher son existence.
« Si tu étais resté dans un hôtel, tu aurais gardé un room service. Et, pour l'amour du ciel, je ne suis pas Kira pour avoir dit ça.
- Je n'allais pas...
- Bien sûr que tu allais le dire. Ton obsession pour ma prétendue culpabilité est du niveau de ta paranoïa. Au moins. »
Humpf. Inconvénient à fréquenter de trop près un génie observateur. Mais minime, en comparaison du titillement de l'adrénaline courant dans mes veines, cerveau en éveil pour nos conversations. Concession acceptée. « Tu as préparé tes valises ? N'oublies pas que tu viens ici ce soir.
- Comment oublier ? Ce n'est pas comme si tu nous forçais tous à changer drastiquement nos habitudes de vie, pour avoir le loisir de nous exploiter quelques heures de plus.
- Pourquoi tout le monde me compare toujours à un esclavagiste ? Je vous ai demandé ça pour votre sécurité.
- ...
- Officiellement, en tout cas.
- Mieux. »
Un glissement de porte, une odeur de bergamote. Blue of London. Pure merveille. Dans un reflet d'écran, un visage ridé et soupçonneux. Je raccrochai rapidement, sifflant quelques banalités en espérant ne pas trop être entendu de Watari.
« Je te vois, tu sais.
- Tant pis. »
Un Mogi silencieux entra dans la salle de travail. Presque plus renfrogné que d'habitude. Allons bon, voilà autre chose. Entre un imbécile heureux et un papa poule, mon troisième flic se transformait en armoire à glace faisant la gueule. Vraiment, je n'étais pas aidé.
« Un problème, Mogi ?
- L'enquête n'avance pas. Je suis contrarié. »
Bon, à sa décharge, la vidéo se jouant sur mon écran – Messire le roi de mauvais aloi – n'était pas exactement le genre de chose qui aurait dû exister dans l'enceinte de mon QG. Mais tout de même, à 5h du matin, les premiers rayons du soleil auraient pu jouer positivement sur son moral. Il en avait bien profité sur son déplacement domicile-QG.
Je lui désignai une pile de paperasses d'une stabilité aussi improbable que provisoire. « À classer selon les quartiers d'habitation, par orientation politique. » Le travail chasse le chagrin, selon une chanson. Avec ça, il en aurait au moins jusqu'à midi, et pourrait recommencer après que Matsuda l'aurait fait tomber en ramenant de la nourriture infecte en fraude.
Merveilleux programme de la journée. Jusqu'à 19h, que Raito arrive avec ses affaires, et prenne possession – au sens figuré, évidemment – de l'espace que je lui cédai, à l'étage du dessus. Normalement suffisant pour contenter ses envies d'étudiant en quête d'indépendance, si tant est qu'il ait cette lubie en commun avec le reste de sa classe d'âge. Son indépendance psychique devait être pour lui acquise depuis ses dix ou onze ans, maximum.
Une alerte claironna, un message s'ouvrit automatiquement à l'écran, obligeant mon pauvre esprit vagabond à se focaliser. En Corée, un assassin commençait à faire parler de lui – pour parvenir à mon attention, il était donc hors du contrôle de la police – en semant les cadavres derrière lui. D'après ma première intuition, un jeu sordide avec les méridiens et fuseaux horaires. Intriguant. Mais je n'avais pas le temps de m'amuser à trouver un apprenti mathématicien accro à la scie circulaire.
Deux Kira suffisaient pour le moment à capter mon attention, surtout quand un des deux me voyait quotidiennement. S'il était en mesure de me tuer, j'avais du mal à m'expliquer la raison de ma survie. Mais plutôt que d'analyser son esprit retors et brillant, j'allais plutôt joindre nécessité et utilité. Un petit cadeau, et une épreuve de volonté et détermination à maintenir sa couverture.
8h, arrivée de Yagami. Ses vêtements si repassés que sa femme aurait pu juste passer le fer directement sur son mari. Une telle obsession pour l'apparence propre et nette était de famille, et clairement pathologique. Ou nippone.
Mon thé avait presque la saveur des litchis. Rafraîchissant. Earl Grey exceptionnel.
10h, Matsuda déboula, faisant tanguer dangereusement le bureau où Mogi s'était installé. Fascinant, sa capacité à toujours se mettre sur la trajectoire des choses fragiles ou importantes. À se demander s'il ne le faisait pas exprès.
13h, renversement de la pile, presque à l'horaire prévu. Tout à recommencer, une journée de perdue ou presque. Je ne pris même pas la peine de commenter, le regarder par dessus mon fromage blanc au sucre et à la chantilly suffit à le faire fixer ses chaussures pendant vingt minutes. 18h, un appel. Il faudrait que je songe à changer de téléphone. L'île aux enfants était plus pénible qu'amusant.
« Oui.
- Ah, Hideki. Je suis sûre d'avoir trouvé, cette fois. Mais pour être honnête, cette info est vraiment sensible, voire confidentielle. La révéler est presque condamnable, alors...
- Nous avons un arrangement. Frais définis à l'avance, non négociables, selon tes propres termes.
- Mais...
- Tu ne tiens pas trois secondes devant un tribunal administratif.
- T'es pas drôle. Bon, toute façon je risque pas grand chose vu que mon cher frère ne dort pas à la maison ce soir. Tu gardes le secret, he ?
- Comme je l'ai promis.
- Amane Misa. »
Son ton sérieux et solennel se détachait clairement du reste de ses paroles, de sa désinvolture habituelle. Ma corne de gazelle ralentit, à mi-parcours. « Tu m'as envoyé le fichier?
- Voui. J'ai le droit à un merci ? Un félicitations ?
- Ta paye. Et c'est déjà plus que bien, il me semble.
- Radin.
- Vautour.
- Pas faux. Ce fut un plaisir, de collaborer.
- Je n'en doute pas. Et un réel amusement, aussi. » Je laissai la conversation filer, lançant une recherche rapide avec le nom que ma taupe m'avait offert. Ignorant l'interrogation planant dans la salle. L'ordinateur portable, visible uniquement de moi, cracha enfin ses résultats.
Une blonde. Peroxydée. Petite. Maigre. Visage enfantin. Couettes. Superficielle, stupide, menteuse.
Répugnante.
Mannequin. Vraiment, Raito ? Un mannequin ? S'imaginait-il que je pourrais croire une seule seconde à sa relation pseudo amoureuse avec une telle gourde immonde ?
Ignoble.
Parmi toutes les filles de cette planète, il avait fallu qu'il se choisisse l'image de la blonde aux yeux bleus, couleurs aussi fausses que la pureté qu'elles prétendaient symboliser. Une Kira de pacotille, au rabais. Une contrefaçon plus éhontée encore que ce que j'avais pressenti. Pourquoi ne s'en était-il pas débarrassé ? Quel intérêt trouvait-il à cette femelle, probablement même incapable de lire un rapport d'autopsie. Agacé, je parcourus ses dossiers scolaires, proprement désolants de médiocrité. Pas mauvaise en dessin, seule chose qui n'en faisait pas un boulet absolu pour la société.
Parents tués par un cambrioleur, « vengés » par Kira. Un prétexte peut-être suffisant pour qu'une personne avec aussi peu d'intérêt et d'amour propre s'entiche du meurtrier. Si en plus elle avait rencontré Raito, il y avait fort à parier qu'elle s'abrutisse et s'aveugle encore un peu plus.
Sur les caméras de surveillance apparut une tête bien connue. Déjà là. Valise roulante à côté. Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent, souffle du métal dans l'air dangereusement calme. « Bonjour Raito! » Matsuda, toujours aussi insensible aux ambiances. Salutations cordiales en tous sens. Inutiles, ennuyeuses.
« J'ai une faveur à te demander. Comme tu veux entrer dans la police, ça ne devrait pas trop te gêner ; il y a cette affaire en Corée qu'il faudrait résoudre le plus vite possible. Tu as toutes les infos sur ton ordinateur. » Je désignai vaguement un portable sagement fermé, posé sur une table basse, accompagné d'une carte magnétique, passe pour ses appartements. « Libre à toi de travailler dessus quand tu veux, mais ne laisse pas d'informations filtrer. Tu es le seul à les avoir. Dis-moi quand tu auras le coupable.
- Bonjour à toi aussi, Ryuzaki. Tu ne peux pas résoudre cette affaire toi-même ?
- Je suis occupé. Si tu ne veux pas t'y intéresser maintenant, je te laisse aller déposer tes affaires dans ta chambre. »
Qu'il s'amuse donc avec cette affaire de meurtres, dont l'auteur voulait a priori jouer avec moi. Il serait le seul à connaître le coupable, et la mort de ce dernier par crise cardiaque signerait sa culpabilité en tant que Kira. Cas de conscience pour un petit dieu auto-proclamé.
Moi, j'allais plutôt me pencher sur cette Amane. Et publier mon Kira meets Disney.
La parodie en lien youtube n'est bien évidemment pas de notre fait, et oui ce n'est pas dans votre tête, les aigus sont particulièrement diaboliques ! Toutes les autres comptines/chansons sont trouvables un peu partout si vous voulez faire mumuse x)
Un petit mot, peut-être ? ^.^ A dans 2 semaines, mardi !
