Titre : Thirst
Disclaimer : Les personnages et l'univers ne nous appartiennent pas malgré un chantage à base d'expédition par la poste de pages de Death Note et de trognons de pommes cloués selon un rituel vaudou. Nous ne touchons bien entendu aucune compensation financière pour la publication de ce texte, là encore le chantage n'ayant pas suffi ^^ ( On nous a mentiiii x) )
Rating : M pour certains chapitres, bien que ce ne soit pas encore justifié.
Bonjour, merci pour toutes vos reviews ^^ Un petit chapitre presque détente avant le vrai lancement de la partie 2, dans le suivant. Petit chapitre qui n'a presque l'air de rien comme ça, mais vous savez ce qu'on dit ? A propos du diable ^.^
Makubex
XD respire respire ! Le yaoi arrive mais pas dans le prochain héhé. J'espère que les journées de merde ne se multiplieront pas ...et vive la glandouille dans le lit x) Merci pour ta review !
Lilyanna
Bienvenue à toi, ô nouvelle lectrice :D
Le hasard et ses mystères... Merci pour tant de compliments, nous sommes plus que ravies si tu apprécies cette fiction, d'autant plus si tu te considères comme une lectrice plutôt exigeante ! Tu as essayé les fictions originales ( sur Fiction Press), tu y trouveras peut-être ton compte ? Personnellement je lis aussi pas mal de fanfics anglaises pour les mêmes raisons, selon les résultats du fandom français car certains se défendent pas mal ^^
Pour « Raito » plutôt que « Light », le choix tient à plusieurs raisons, Haaru et moi avions découvert Death Note par les scantrads et la fansub avant la VF, donc c'est d'abord une habitude, ensuite Raito est japonais pourquoi ne pas lui garder son prénom alors qu'on conserve ceux des autres ? Et dernière chose, même si « Raito » est une prononciation japonaise déformée de « Light », la version anglaise paraît quand même assez neuneu non ? Enfin, comme les deux versions existent, chacun fait ce qu'il veut avec x) C'est très gentil en ce qui concerne nos styles respectifs et le respect des personnages originaux, nous détestons l'OOC, donc s'ils te semblent crédibles, c'est parfait pour nous ;) Nous avons décidé d'allonger tout ce qui se produit avant l'amnésie et de les réarranger un peu (et avec humour) pour construire davantage la relation L/Raito ce qui nous permet ensuite de dévier totalement de l'histoire originale ^^ Cette scène du baiser (particulièrement immonde xd) m'a tellement fait rire moi aussi quand Haaru me l'a envoyée, un traumatisme gentiment offert aux lectrices xd (merci qui ! )
Ringo et Futi sont d'une stupidité assez navrante, mais ils ne sont pas présents par simple et généreuse gratuité. Ringo est surtout un avant-goût (empiré) de Misa, et Futi sert aux manigances des persos principaux (et quelque part, aussi de comparatif pour ce baiser horrifique, bien qu'à long terme). Ils sont utiles à L et Raito pour se cerner mutuellement jusqu'à un certain point et sont très caricaturaux dans la mesure ou presque tous les personnages de Death Note sont sévèrement déséquilibrés. C'est vrai que nous ne sommes pas très tendres avec Kyomi, mais comme il s'agit de POV à la première personne ils sont forcément très subjectifs (et totalement orientés) d'autant que L n'aime pas vraiment la gente féminine ce qui n'arrange pas son point de vue négatif. Et forcément même si elle est plutôt intelligente (et assez manipulatrice tout de même ) elle ne tient pas la comparaison. Le mystère sur l'affaire de Los Angeles n'a pas fini d'être semé, mais pour Naomi tu as parfaitement suivi, et tu seras très rapidement fixée sur son sort.
Merci beaucoup pour ton commentaire très agréable, j'espère avoir répondu à tes questions ^^ (désolée pour le pavé)
Chapitre 14
Transition kiwi-chocolat
L'univers tanguait trouble. Ou était-ce moi ? Ma vision, floue ? Repères confus, volés. Le tapis d'un coup sec, dérobé sous les pieds. Bascule suspendue.
Regard à gauche.
À droite.
Cellule de prison ? Désaxe. Et l'accroche, brute. Équilibre – quel qu'il soit – par la frappe du physique : la brûlure diffuse de mes poignets cerclés, la chair corsetée de métal. Les aiguilles, minuscules, innombrables, piquées dans mes jambes. La migraine naissante. Et par dessus tout, un étrange soulagement. Une pression immense, enfuie... incompatible. Pression liée à ? Aucune idée : la confusion pas totalement partie, pas encore. Nébuleuse dans un coin de pensées.
Un timbre infusa l'espace, un ton qui se voulait atone, n'y parvint pas totalement. L, derrière son micro. « Raito-kun ? Est-ce que ça va ? » Raito-kun. Deuxième fois qu'il utilisait mon prénom, et, comme la première, je ne relevai pas. L'inquiétude à mon égard rayée d'office. Désigner une personne par son prénom ou son nom, quelle manière la plus rabaissante à ses yeux ? Ou simple question d'habitude, de familiarité ? Peu importe. Migraine.
« Ça va oui. Autant que faire se peut, j'imagine.
- Que s'est-il passé ? À l'instant ? »
Il avait remarqué. Évidemment. « Rien. » Rien que je ne puisse expliquer.
« ...Je vois. »
Pas plus que moi. Encore, je ne relevai pas. « Tu marches toujours pour la thèse de ma culpabilité ?
- Dans le cas contraire tu cavalerais joyeusement dans les champs.
- À la poursuite des papillons ?
- Les papillons ont l'avantage de mourir vite. Un atout certain. »
Échange d'insultes déguisées. Je n'avais pas envie de poursuivre, une fois n'est pas coutume. Soupir. « Je ne sais pas comment te convaincre de mon innocence. Et pourtant je ne cesse d'essayer. Je me suis laissé tester, et surtout, enfermer pour ça, et tu ne me crois toujours pas. Comment te convaincre si tu ne me laisses pas la moindre chance ?
- Si les meurtres ne s'étaient pas brutalement arrêtés, tes propos auraient légèrement pu l'être, convaincants.
- Je n'y suis pour rien. Si j'étais Kira, les meurtres n'auraient pas cessé.
- Peut-être. Ou peut-être vont-ils cesser plus tard. Ne me prends pas pour un imbécile, tu aimes jouer. Je n'oublie pas les juges parmi tant d'autres, et ceci est un jeu comme les autres. »
Je plissai les yeux. « Les juges ? Je n'ai jamais été traîné devant les tribunaux. » Passer à côté de la plaque, impression désagréable. Rare. Confirmée par L, son court silence et sa voix, ensuite, glacée d'ironie.
« Je te le concède, la mort simultanée de dix-neufs juges sort si facilement de l'esprit, mais tout de même, ne me fais pas croire que ce petit exploit ne te rappelle rien ? C'est le tien après tout. »
Une vague de dégoût chavira mon estomac. « Tu me penses vraiment capable de ça ? » Je baissais lentement la tête. « Ne réponds pas, je ne veux pas entendre. » Je suis enfermé dans une foutue cellule, bien sûr qu'il m'en pense capable. Écœurant.
« Quelle utilité de poser une question dont tu refuses la réponse ? Tu la connais, sans aucun doute. » Fausse tonalité pensive. Jeter des piques comme d'autres ânonnent une liste de courses, l'un de ses péchés mignons. « Tu es ici de ton plein gré, dois-je te le rappeler ?
- Uniquement pour te montrer ton erreur.
- La preuve n'est pas faite mais rendons grâce à Sa Miajesté pour une telle bonté. »
Ma tête s'inclina légèrement. Nouvelle référence codée. Une plaisanterie à vocation insultante, certes liée au film d'animation mais… rapport ? Pourquoi s'acharner sur un cryptage dont je saisissais pas le sens ? Avouer mon flottement, pas question. Bouche close, je cherchais dans ma mémoire, conscient que le sujet aurait dû me sauter à la gorge. Inquiétant, parce que ce n'était pas le cas. Ma volonté glissait curieusement sur les souvenirs, goutte d'eau sur le verre. Je forçais le passage, vite rattrapé par une douleur aiguë, vrille dans le front.
Je finis par trouver l'information, voilée, lointaine. L'échange de vidéos ne datait pourtant pas. Incompréhensible. Ombre de sourire, la plaisanterie n'était pas mauvaise. Mais la pièce étroite de barreaux, véritable tueuse. Et mes mains bloquées dans le dos, mes pieds attachés, ne connaissaient pas l'humour.
« Rien ne te revient pour ces juges ? »
Des lignes se dessinèrent sur mon front, effort mental. Peut-être une image. « C'est passé aux informations, je crois, pendant le dîner. C'est tout.
- C'est ce que Kira dirait. Déductions des plus basiques. » Assis, je m'allongeai sur le matelas dépourvu d'oreiller, la tête creusée de lancinances. Intuition irritante de louper un élément central, mouvement imprécis à la marge de l'œil, aussitôt dérobé, insaisissable. Je fermai les paupières, le cerveau battant contre le crâne, en prison. Au réveil, tout le fouillis envolé en même temps que cette horrible migraine, je n'allais pas m'en plaindre. Clarté psychique, pureté de l'air lavé d'orage.
Parfois, je demandais un divertissement qui ne venait jamais. L ne venait jamais. Alors je demandais l'heure, la date. Par ennui plus qu'autre chose, je ne pouvais décemment pas faire confiance aux informations que l'on me délivrait, incapable que j'étais d'en vérifier la véracité. Mon horloge biologique avait perdu le fil, depuis... je ne savais combien de temps et c'était bien là le problème. Discuter avec L fatiguant et stimulant à la fois. Il ne démordait pas de son idée révulsante. Je m'accrochais à ses mots, je m'accrochais à sa voix, à la dernière syllabe éteinte. Incapable de m'en empêcher, d'y renoncer. Ma seule bouffée d'oxygène entre les murs.
L'ennui tour à tour chape de plomb et souris grise. Léthargie gluante et conscience grignotée à petit feu. L'ennui me bouffait, littéralement. Bouffait mon intelligence, ma capacité de penser. Paradoxe d'une lucidité terrifiante et indispensable, lucidité de la déliquescence. Mon cerveau se cachait, profond, loin, dans un labyrinthe de rêveries, auto-protection contre la mort. L ne ferait pas ça, jamais. Jamais il ne tuerait mon intellect. Je le savais, mais le doute, monstre caché sous le sommier métallique, prenait son malin plaisir. Et la peur, noire, se tordait dans mes entrailles.
Un jour, une nuit, peu importe, Matsuda s'invita au micro. Enjoué plus qu'il ne le fallait, nuances forcées, mais une compagnie, tout ce que je souhaitais. Une distraction. Cadeau retiré en une poignée de secondes, L probablement, la phrase coupée en plein centre d'un sifflement suraigu. L'effet larsen me déchira les oreilles et se fixa longtemps, bourdonnement d'abeilles au fond des tympans.
Une grimace n'arrête pas les sons. Et j'avais dû trinquer sans réagir, bras entravés. L'humiliation aime s'habiller à chaque occasion. À mon arrestation, délaisser un portable ou une ceinture n'avait pas eu d'impact. Humiliation, enlever les chaussures comme s'arracher son humanité. Humiliation, l'expression de L enfermant mes poignets. Plaies ouvertes sur mon ego. Et les menottes trop serrées à dessein pour ne jamais être oubliées, traits enflammés sur ma peau.
Mogi était le seul à me rendre visite, passant outre l'interdiction formelle de m'adresser la parole, ses yeux s'exprimaient plus que sa gorge. Visites des plus appréciables : quelques gorgées d'eau, quelques bouchées de nourriture, une douche parfois. Plus que tout le reste, voir tomber l'attache qui paralysait mes jambes, un plaisir précieux. Marcher, un plaisir sans égal. Mogi revenait alors et je le haïssais, autant qu'il se haïssait lui-même. Gestes honnis qui sanglaient la bride de cuir sur mes chevilles, les malléoles entrechoquées.
Au trente-deuxième jour, d'après L, les courbatures qui crispaient mes muscles m'empêchaient presque de bouger, tentative de faire bonne figure mise en échec, guère d'illusions. Mon dos criblé de points de tension, sensibles à chaque contact, mes épaules en bouillie à force d'être contraintes en arrière. Le lit au matelas trop fin, une torture de plus.
À ce stade, la fierté réduite à un amas blessé au sang.
Cinquantième jour. Même chevilles libres, impossible de mettre un pas devant l'autre. D'ailleurs je n'essayais même plus. Mon corps, bloc de douleur au moindre tressaillement. J'étais étendu à terre, sans pouvoir me lever. Le sol dur, glacé à travers mes vêtements. Le froid mordant, ma joue contre la surface, les pieds nus. Le froid engouffré sous le tissu, glissé sur ma hanche, par ce morceau de t-shirt relevé. Et je ne pouvais pas bouger, pas rabattre ce fichu t-shirt. Humiliation cuisante. Encore. Toujours.
J'étais fatigué de cette situation. Fatigué de clamer mon innocence à L, inlassablement, qui ne m'entendait pas, n'entendait que lui. Fatigué de ravaler mon ego. L n'aurait rien, pas même les lambeaux lacérés. Mes lèvres fermées ignoraient ses accusations, sa voix.
Qu'il se démerde avec son Kira : Kira. N'était. Pas. Moi.
Merde.
Des heures ou des jours plus tard, le détective m'extirpa d'une torpeur comateuse. Je ne livrais pas une parcelle d'attention à sa caméra, heureux des cheveux sur mes yeux, masque de mes expressions. Un soupir grésilla. « Raito-kun, je vais te faire sortir. » Je relevai le nez, voulu me redresser sur un coude. Grimace. « Cet emprisonnement ne rime à rien.
- C'est pas trop tôt. » Murmure râpeux.
Le battant s'ouvrit sur Mogi, sa carrure découpée dans l'encadrement. Sans une question, il attrapa mes bras, me redressa debout. Enjambées lentes, douloureuses, jusqu'à la porte. Le policier prenait sur lui une bonne partie de mon poids. Ne plus marcher seul, humiliation reine. Ce n'était plus Mogi que je détestais, c'était moi. Cinquante jours d'immobilité et mon corps partait en morceaux, sa fonction première oubliée. Les articulations des genoux, réseau de courbatures répercutées dans les muscles, criaient sous la demande soudaine. Je quittais la maudite cellule et ça valait bien l'effort. Mille fois.
Première chose, les menottes tombées : savoir l'heure, la date. Conclusion: cinquante-trois jours d'enfermement, trois heures cinquante minutes, vite éludés. Le confort de l'eau chaude. Le confort d'un vrai repas. Des vêtements propres. Petits bonheurs, inestimables. Trésor entre tous, le canapé moelleux, souple sous mon corps. Rompu physiquement, le sommeil n'eut pas besoin de m'attraper.
Misa fit la moue. « Mais les meurtres de Kira ont recommencé, Raito et moi on veut pas rester dans ce grand bâtiment vide. Et avec toi en plus... brrrrr. »
L sirotait un café. « Comme je le disais, Raito-kun, avant cette interruption aussi utile qu'à propos, si tu es innocenté, dans l'absolu, tu n'es pas innocent. Je ne peux pas te laisser hors surveillance, tu seras donc sur l'enquête vingt-quatre heures sur vingt-quatre.
- Si ça t'amuse. » J'aurais aimé hausser l'épaule. Je m'en gardai bien, Matsuda ne cessait ses taquineries sur la lenteur de ma démarche, L n'allait pas s'y mettre. D'ailleurs il aurait pu, n'en avait rien fait. Étonnant.
« Ça ne m'amuse pas.
- Sans doute pas autant que de m'enfermer dans une pièce minuscule pendant cinquante-trois jours. Soyons réaliste, peu de hobbies sont capables de rivaliser.
- Tu es donc d'accord pour continuer l'enquête sous surveillance permanente ?
- Ouais. Ça ne changera pas grand-chose. »
Le détective se tourna, avala cinq financiers au thé vert, déglutit. « Matsuda, le matériel. »
Une mallette posée sur la table, je pensais son contenu en termes de caméras, micros, puces de traçage et autres avatars. Surveillance avait dit L. Il se pencha pour ouvrir la boîte, cachant à demi le « matériel » à ma vue. Par-dessus son épaule, un éclat métallique. Curieux, je me décalai de côté, meilleur angle. Dans la boîte... une paire de menottes. Recul instinctif, avorté par L, brusque volte-face. Ses doigts enroulés sur mon avant-bras, la menotte cliqueta. Fermée. Ma protestation étouffée dans le deuxième claquement, la deuxième menotte, fermée. Sur son poignet à lui.
Je levai le bras, le cercle glissa, plus lâche que le précédent. La chaîne balança dans le vide, entre lui et moi. «...Tu as vraiment besoin d'aller aussi loin ?
- Je ne fais pas ça par plaisir.
- Ce genre de justifications ne devrait même pas te venir à l'esprit.
- Il faut croire que mon esprit est plus efficace. »
La voix de Misa perça le dialogue. « Plus pervers, oui ! » Sa main vernie voleta près de sa bouche, conspiratrice. « Fraaaanchement, surveillance permanente ? C'est malsain, deux garçons menottés ensemble. J'espère que t'as une bonne raison, Ryuzaki, je peux pas tolérer ça. » Je me contentais de lever les yeux au ciel, refus d'entrer dans le débat, pressenti fatiguant d'avance.
Le détective fixa un regard las dans sa direction, mains dans les poches. « Tiens donc, Misamisa connaît le verbe « tolérer ». En revanche « se taire » au présent de l'indicatif ne fait pas partie de ses compétences semble-t-il. Bien dommage.
- Bien sûr que je connais ce mot, tu me prends pour une gourde ?
- Puisque tu le dis. Il me serait venu en en tête d'autres qualificatifs, mais restons simples. » Tendre le bâton pour se faire battre. Il se désintéressa aussitôt du mannequin qui en rougit d'indignation.
« Tu n'as pas répondu à la question !
- Pour être précis, ce n'était pas une question... je vais néanmoins réitérer : je ne fais pas ça par plaisir. Misa-chan, tu connais le sens du mot « tolérer » ?
- Toujours oui, depuis les dernières trente secondes. »
Un « pourvu que ça dure » escamoté, L lui montra les dents. « Je suis donc au regret de t'annoncer que tu n'as pas à tolérer quoi que ce soit. Tu n'es pas en position de tolérer. Je peux tolérer, toi tu formules les demandes, et tu attends sagement la réponse.
- Mais non ! Je veux sortir avec Raito, comment je pourrais si tu es là ? » Elle croisa les bras. Butée. « Il est à moi.
- Nous serons trois pendant vos rendez-vous.
- Eurk. Et quand je l'embrasserai, tu seras là ? » Grimace horrifiée, aussitôt répercutée aux commissures de L, rictus dégoûté.
« Pourquoi en venir à de telles extrémités ? Vous n'êtes pas obligé d'aller jusque-là. »
La jeune fille écarquilla les yeux, merlan frit. « Quoi ? De telles extrémités ? Jusque-là ? Euuh... »
Miroirs, les iris de L, effarés. « « Jusque-là » est une locution adverbiale dont la construction se compose de la préposition... » Il secoua la main, comme pour chasser un moustique particulièrement irritant. « Bref. Quoi qu'il en soit, pendant vos rendez-vous, je vous observerai. »
Misa cria presque, index pointé sur le détective : « Heiiin ! Je le savais ! Pervers !
- Pffff, Raito, fais-la taire.
- Certainement pas. Je refuse de participer à ça. » Surtout après ce double malentendu vaseux. « En revanche, Ryuzaki, j'apprécierais énormément que tu montres autant de respect envers Misa qu'envers n'importe quelle autre personne de cette pièce – rectification de rigueur – ou que tu es censé le montrer. Elle a subi la détention que tu lui as imposée et elle n'a été désignée coupable de rien à ce jour. » Misa tira la langue au détective, la jubilation flamboyante. Gamine. Pas une molécule d'agacement ne filtra sur mon visage, contrôle soigné. Personne ne méritait un enfermement de cinquante-trois jours, Misa encore moins. Elle ne méritait pas de se faire en plus insulter tous les trois mots pour cela. Sa claustration, mon entière faute. Parce que L me soupçonnait, parce qu'elle était là. Mauvais endroit, mauvais moment.
Elle éclata en sourire. Ravie de sa victoire contre le détective. « Exactement. Je suis une femme, je veux du respect. Et surtout, je veux un rendez-vous avec Raito, aujourd'hui ! » En une phrase, mes propos démolis, décrédibilisés et subjectivement abrégés. Presque un exploit. Le commentaire retour de L, muet encore, attisa les tranchants du visage lisse. Yeux devenus rapaces. Je le devançai. Regret fatal, tant pis, je le devais à Misa. « Que voudrais-tu faire, pour ce rendez-vous ?
- Oh ce serait super bien un- » Matsuda explosa de rire. Un rire nerveux, grinçant.
Entre deux pointes sonores, entre deux souffles, quelques phrases, péniblement articulées. « Je rêve, on a plus de suspects, on repart à zéro et vous parlez rendez-vous, Misamisa et paire de menottes ? Je sais pas si je devrais rire ou pleurer. » De toute évidence il avait déjà choisi son camp. « Des... des menottes quoi... ! Où sont passés le boa et les plumes ? » Il s'étouffa une dizaine de secondes supplémentaires, mon père posa une main sur son épaule, le rire gela. À la place, le silence. Brutal, massif.
Sôchirô décida de prendre à sa charge le rôle de porte-parole. « Il n'a pas tort, Ryuzaki. » Les traits raidis, façade monolithique. « Je souhaite te parler en privé. »
« Pour l'intimité, c'est un peu tard. » L agita la chaîne, nonchalant.
Durcissement, un cran. « J'en conviens. Après le rendez-vous, dans ce cas. » Mes yeux, étrécis. Il voulait ce rendez-vous ? Lui, homme bien pensant, vieux jeu confirmé, acceptait la présence d'une mannequin ? Une fille en contradiction totale avec la projection d'idéal féminin élaborée pour son fils depuis des années, en contradiction totale avec tous ses principes ?
« Tu es d'accord, papa ? Vraiment ?
- Bien sûr, c'est une jeune fille tout à fait charmante, pourquoi ne serais-je pas d'accord ? Vous avez droit à un peu de détente après l'épreuve que vous venez de traverser. »
La charmante jeune fille gloussa, claqua ses mains. « Par-fait ! Monsieur, vous êtes un vrai petit chou ! Je sens qu'on va super bien s'entendre. » La stupeur fusa, mon père la contint d'un raclement de gorge bourru. Sans y prêter attention, Misa babilla à toute allure. « Raito que penses-tu d'un tête-à-tête, rien que tous les deux – beau pléonasme – dans un restaurant ? Oh, un restaurant avec des bougies et une baie vitrée ! Ce serait sympa non ? Un italien ? Ou un français ? Ou... donne-moi une idée !
- Nous ne pourrons pas être en tête-à-tête, Misa. » Je lui rappelais le problème d'un regard éloquent.
« Ah oui... j'avais oublié. Pas question qu'il assiste à la moindre minute de notre moment rien qu'à nous. » Mine renfrognée, braquée sur Ryuzaki qui dévalisait les framboises d'une tartelette. « Hé ben... je sais : la fête foraine, y en a une à Shibuya District ! Je file me préparer. » Elle sautilla hors de la pièce, mouvement rythmique guilleret, la mesure battue par le duo de ses couettes.
L'odeur sucrée, intense, éparpillée dans le vent. Bruits et voix déréglés en magma sonore. Cacophonie aspirée, fondue dans la multitude entêtante des mélodies synthétiques. Les attractions allumées de couleurs vives, jeux de charme pour aguicher les passants, rivalité étalée sans complexe. Et la foule, serpents longilignes, plus amorphes à chaque mètre avalé, ou courants surexcités, déversés sur les allées. Fête foraine surpeuplée... Le malaise me triturait le ventre à chaque fois qu'un commentaire étranglé par la dysharmonie ambiante venait chatouiller mes oreilles. Les regards aussi, surtout, rivés sur les menottes. Braqués comme des projecteurs. Surprise, amusement, dégoût, indifférence. Ce n'était pourtant pas la diversité qui manquait : costumes extravagants, cosplays. Une chaîne porte une connotation bien différente. Je plaquais l'aplomb et la suffisance. Les parents courroucés, n'osaient dire, ramenaient leur progéniture dans la barrière de leurs bras.
Une petite fille pourtant, s'arrêta face à L, le doigt pointé en avant, la ficelle d'un ballon rouge attachée au bras. « Qu'est-ce qu'ils font les monsieur, mamie ? Ils jouent à quoi ? Je peux jouer moi aussi ? »
La grand-mère éloigna l'enfant. « Non, chérie, ces messieurs ne devraient même pas avoir le culot de venir ici. » Le visage rond de la fillette plaqué contre sa veste. « C'est un lieu public où les gens devraient pouvoir amener leurs enfants en toute tranquillité ! Exhiber vos... vos pratiques malsaines aux yeux de tous ? Vous n'avez pas honte, espèces de détraqués ? »
Ryuzaki ôta son pied d'une basket revenue d'entre les morts et se frotta la cheville. « En additionnant la profondeur et l'étendue de vos rides à votre pourcentage de cheveux blancs et à la désignation « mamie », il est biologiquement impossible que cet enfant soit le votre. » Il se gratta la tête, circonspect. « Alors de quoi vous plaignez-vous ? Si votre cataracte n'est pas suffisante, regardez ailleurs. » Brusquement il amorça l'approche, m'entraînant du même coup. Il se pencha et tapota l'épaule de la gamine avant que la grand-mère n'ait pu esquisser le recul.
Les iris sphériques, béants à engloutir la matière. Au cœur de sa paume, un emballage vert électrique. « Tu veux un bonbon ? »
Ryuzaki leva une épaule. « J'essayais d'être aimable.
- Tu essayais de... Tu te fiches de moi ? Elle nous a pris pour des pédophiles.
- C'était déjà le cas avant. Un peu plus, un peu moins.
- Tu as terrorisé une fillette.
- Une grand-mère. La gamine avait l'air tout à fait d'accord.
- Bien sûr qu'elle était d'accord !
- Ce que tu dis n'as aucun sens. Si elle était d'accord, où est le problème ? » Je serrai les mâchoires, colère rampante. « Inutile de t'énerver, Raito-kun, je mettais en pratique mes aptitudes sociales.
- Tes aptitudes ? C'est réussi ! »
Il prit un instant. « Peut-être pas, en effet. Je n'ai jamais demandé à être là, assume les conséquences. »
Misa, revenue à l'instant, m'empêcha de répliquer à ma guise. « Ça y est, j'ai les billets. »
Je m'assis, soulagé de voir la crise de nerfs de Misa enfin terminée. Une demi-heure de trépignements, tout ça parce qu'il n'y avait que des places en duo. Seigneur, elle m'agaçait de manière épidermique sauf qu'elle était importante. Une intuition vivace. Elle était importante. Je ne pouvais pas la rembarrer. L s'installa, aussitôt recroquevillé dans sa posture favorite, aussitôt rappelé à l'ordre par l'animateur. « Ta petite amie est atrocement irritante. Comme parviens-tu à supporter une attardée pareil ? Pas pas amour, pas ton genre. Quelle est la vraie raison ?
- Mes sentiments ne te concernent en rien et je t'ai expressément demandé de la traiter convenablement. Le Japon reconnaît les droits de l'Homme depuis la constitution de 1946.
- De l'homme. »
Mes yeux fuirent au ciel. Il n'avait pas osé dire ça... « Avec une majuscule et tu le sais parfaitement. »
Il attrapa une friandise au fond de sa poche. Ignorer le temps qu'elle y avait passé, salutaire. « Les majuscules ne comptent pas à l'oral. » Le bonbon disparut. « Je suis à court de provisions, c'était la dernière fraise taka... oups... tagada. Quel affreux lapsus. » Satané sourire sardonique. Il jeta un coup d'œil vers l'arrière, manqua mon regard foudre. « Ta petite amie réclame ton attention. » Misa s'agitait trois wagons plus loin. Je contraignis un sourire, un léger signe de main. Réponse rétive aux moulinets et appels à base de « Youhouuu Raito chouu » stridents. Volte-face. Soupir. « Elle est au moins aussi agaçante que toi et ce n'est pas peu dire. »
Éraflure sur les traits pâles.
« Parlons des sujets qui fâchent puisque je dois être conforme à mon... modèle. Comment se porte Takada, ces temps-ci ? »
Mécanisme défensif, l'attaque. « Puisque tu insistes. Figure-toi, je m'interroge sur ton chauffeur. Watari, c'est bien ça ? Personne ne pourrait conduire ta voiture, hormis quelqu'un en qui tu as toute confiance. Plus qu'étonnant, tu ne fais confiance à personne : information très intéressante, par conséquent. Encore plus intéressant, tu ne me l'as jamais présenté avant. Confirmation de son importance, si besoin était. Tu le connais depuis très longtemps, j'imagine. Peut-être même depuis l'enfance ? Substitut parental ? »
Une fureur glacée emprisonna les mouvements de son visage. Gangue de banquise nocturne.
« Le tueur en série parle enfin. Watari est la prochaine victime sur ta liste d'attente, Kira ? »
L'irritation se fracassa sous l'impact des mots, l'impact de son expression. Violence.
Kira. Où était la justification d'une animosité pareille ? L, plus près de moi que n'importe qui. Il y eut ce geste, réalisé, fait sans conscience. La friction machinale des phalanges sur mon poignet droit, vaine tentative d'effacer la ligne rouge. Ridicule. Je l'avais demandée cette ligne, elle était là parce que je l'avais bien voulue. Marque d'innocence plus que d'accusation, innocence reconnue. Mon animosité était ridicule.
Je détournai les yeux. L n'aurait pas droit à la moindre excuse pour autant. Les minutes, lentement égrainées, lentement étouffées de mutisme. Le manège retournait à son point de départ. « Merci pour les douches… je ne te l'avais pas encore dit. Tu n'étais pas obligé. » Énonciation d'un fait. Les grincements du freinage assourdirent mes tympans. Rien de plus. J'attendis. Attendis.
Un ton bas, fêlure du silence. « Non. » Il ne me regardait pas. Refus consommé, je m'en persuadais, à mesure. Erreur. « Personne ne me force à faire quoi que ce soit. » Le wagon s'immobilisa totalement, les sécurités levées. Intonations badines. « Je n'ai plus de sucreries. »
Hésitation, renversée en ironie. « Un véritable scandale. »
Misa roucoulait, enroulée autour de mon bras libre. Extasiée sur le sujet ô combien passionnant de la symbolique des pommes d'amour. Je n'écoutais même pas le tissu d'inepties dégoulinantes, concentré sur les-aventures-de-Ryuzaki-au-pays-des-merveilles. Il examinait le comptoir avec une gourmandise effrayante depuis dix minutes, sous les murmures exaspérés des clients suivants. « Votre choix ?
- Je prends tout. »Le commerçant cligna des yeux, les murmures transformés en plaintes indignées. Mon amusement à peine dissimulé.
Une femme armée d'un appareil photo nous arrêta au sortir d'une attraction, la voix grave et éraillée d'une fumeuse chevronnée. « Une petite photo pour nos deux âmouuureux ? » Son regard posé sur la chaîne. Misa ne laissa pas passer un mot de plus. Ryuzaki poussé brutalement de côté, elle se colla contre moi, énervée. « Hé ho, c'est moi la petite amie. » Menton levé vers le détective. « Lui, il compte pas pareil. Il comptera jamais pareil.
- Les choix des uns et des autres, c'que j'en dis moi. » La femme s'attarda néanmoins sur la paire de menottes. « Vous les voulez ces photos ? Cinq instantanés. »
Les yeux de Misa brillaient. « Oui, notre premier souvenir !
- Un jeune couple ? Comme c'est charmant. » La soi-disant photographe renifla bruyamment, élégante de pied en cap. « On fait comment pour la chaîne ? Elle va sortir du cadre mais si c'est un ami, qu'il figure sur les clichés ne sera pas dérangeant pour vous ? »
Plus tard, à une table extérieure plastique, Misa sortit les photos de son sac pour examen. La première n'était pas si mauvaise : Misa lumineuse, serrant L contre son corps à droite, moi à gauche.
Les trois clichés suivants, elle s'affubla des moues prétendument mignonnes : les doigts en « v », la bouche sur ma joue, faisait des oreilles en tirant la langue. Affreusement élève de primaire. Mes bras autour de ses épaules, sa taille. De son côté, L en marge du cadre, tourné dans la direction opposée affichant grimace blasée, bâillement, joues gonflées de gâteau. Un peu plus proche du centre à chaque prise.
La cinquième photo, différence radicale : le mannequin un peu à l'écart, boudait. L'appareil n'avait pas su saisir l'instant bascule, le chuchotement caustique de L, glissé à mon oreille. À la place, deux sourires fins, jumeaux. La discrétion capturée. La connivence pétillante, subtile.
Le manège nous fixa à l'envers, merci à l'animateur un brin sadique. Misa pouffa. « Ryuzaki, tes cheveux sont quand même longs ! J'avais jamais remarqué.
- Les tiens aussi, extensions ?
- Hey ! Non, naturels ! »
Ricanement. « C'est ce qu'elles disent toutes. »
Une tache vive s'échappa de ses poches, tomba. Une seconde, troisième. La compréhension fila. Juron. Ses sucreries, incapables de résister à la gravité s'échappaient les uns après les autres. Pluie vive, offerte aux passants. L mortifié de ne pas avoir pu retenir les friandises, invectivait les petits chapardeurs à grands renforts de menaces. Agité dans tous les sens pour attraper ses dernières richesses, lutte acharnée.
Un « paf » très distinct monta, je plissais les yeux : une silhouette venait de s'écrouler à terre. Je cherchais la cause. Un malaise ? Une crise cardiaque ? L se tortillait, en périphérie de ma vision. Je n'y prêtais pas attention, concentré sur la personne allongée.
« Oh ! Ma chaussure. » Je relevais les yeux vers le détective. Son pied ramassé sur la barre d'appui, nu.
༻ Thirst ༺
« J'ai mal aux pieds. Arrête de serrer.
- Ça évitera que tu ne tues quelqu'un. Et tu es mal placé pour critiquer, arrête de te plaindre. »
Raito lâcha mon pied qui retomba en claquant, puis il se releva, et tira sur la chaîne pour me faire me lever du banc. Peine perdue, puisque j'avais décidé de manifester mon désaccord de la manière la plus cohérente et logique du monde : en boudant.
Quand je lui avais dit ne pas savoir faire mes lacets – mensonge mitigé, puisque si la théorie n'avait pas de secret pour moi, je n'avais jamais tenté d'enfermer mes pauvres pieds avec ces cordelettes stupides – je m'étais retrouvé poussé sur un banc alors que l'autre petit génie se vengeait bassement de son enfermement en nouant mes chaussures.
« Allez, on y va, on a encore rien fait ! Il y a des jeux de rythme, là-bas ! »
Misa, poupée lumineuse, d'une résilience impressionnante. Pire qu'une mauvaise herbe. Pourtant, à sa sortie, elle avait semblé brisée, ânonnant seulement le prénom de son amûûûr, sans plus arriver à faire de phrases. Pathétique. Mais une fois lavée, habillée, pomponnée, et remise à la lumière, elle avait recommencé à croître comme un cancer endormi décidait de plus belle de se métastaser. Manque de raffinement, d'intérêt. Pourtant, les preuves contre elles étaient accablantes. Mais sans avoir vu son moyen de tuer, je ne pouvais rien pour la mener à l'échafaud. Partie remise.
Piaillant, elle monta sur la machine, remuant sa graisse fémininement répartie sur la dernière musique à la mode. Orgie de bruits et de couleurs, épilepsie visuelle et auditive. Je me laissais entraîner, nous rapprocher du petit attroupement. Triste, je comptais ce qui me restait de vivres dans la poche. À peine de quoi tenir une heure ou deux. Plus, et l'hypoglycémie me guetterait.
Du coin de l'œil, deux adolescents, greffés l'un à l'autre comme une huître et son rocher, nous scrutaient. Le couple, entité unique qui dévorait l'individu. Un peu effrayants à voir, ces êtres s'appuyant l'un sur l'autre pour avancer, membres entremêlés de câlins. Une paire d'handicapés. Leur « amour », cause adorée de cette perte, cet abandon de l'autonomie et de la personnalité. Heureusement que Raito, lui, ne passait pas son temps à partager ses odeurs corporelles avec Amane. Voir son intelligence s'abaisser , se faire phagocyter par tant de médiocrité aurait été au-dessus de mes forces.
Rapides tours de chaîne autour de ma main, la distance réduite d'autant.
« Tu voudrais aller jouer avec elle ? »
Haussement de sourcil. Pourtant, je ne voulais pas lui rappeler ses courbatures avec cette idée.
« Tu te fous de moi ?
- Non. Le conditionnel implique une volonté, pas une proposition.
- La grammaire est ton seul passe-temps, maintenant ? Je ne vois pas pourquoi je voudrais aller me trémousser sur une estrade devant des dizaines d'inconnus.
- Pour jouer avec elle.
- Non, je n'aime pas ces jeux.
- Elle ne sait sûrement pas élaborer une stratégie au jeu de go. Tout ce que je vois de son niveau, ce serait des jeux beaucoup plus physiques.
- Veux-tu te taire ? Tout le monde nous regarde déjà. N'y ajoute pas des sous-entendus graveleux, c'est du nonsense, au sens littéral. »
Encore quelques tours de métal, et sa main était à quelques centimètres de la mienne, ma bouche à portée de chuchotis de son oreille. « Je veux comprendre pourquoi tu la laisses se comporter avec toi comme une tique sur un chat. Si ce n'est pas par sentiments, c'est par intérêt. Corporel ou criminel. Et tu t'obstines à nier la dernière possibilité.
- Tu ne te mêles que de ce qui ne te regarde pas. Tu n'es pas entomologiste, et je ne suis pas un insecte bizarre à disséquer. Je suis fatigué, alors arrête cinq minutes. »
Décalage. Je me poussais sur le côté, réfléchissant.
Il n'avait pas nié avec véhémence ne pas être Kira. Évolution aussi fascinante qu'incompréhensible. Sa volonté de perfection était un des éléments les plus suspects chez lui, et voilà qu'il s'en détachait, un tant soit peu. Depuis l'événement quasi mystique lors de sa détention, quel qu'il soit, et la libération, ses habitudes semblaient en conflit avec son esprit. Certaines piques comme à regret. Pas un émoussement de sa vivacité, mais un adoucissement de sa colère. A minima.
Le dernier ballon éclata.
« Ouah, Raito, tu es vraiment doué de tes mains ! J'ai hâte de...
- Alors, vous voulez quoi comme récompense ? »
L'homme tenant le stand de tir à la carabine semblait aussi dépressif que Misa survoltée. Voir son idole crever des baudruches innocentes comme preuve indéniable de virilité.
Ma barbe à papa violette comme unique consolation à cette longue journée de sortie arrivait à sa fin, et mon regard cherchait désespérément un ravitaillement à proximité. Rien. Désespérément rien. Seulement des auto-tamponneuses monoplaces – dieu merci, puisque j'y échappais – et des twisters. Rien de comestible. L'odeur désespérément sucrée de vanille provenant d'une certaine pimbêche blonde ne la rendait pas plus appétissante. Le surplus de colorants et d'additifs serait très probablement toxique.
« Le panda, là.
- Heee ? Mais Raitooo, je préfère les chiens, moi ! »
Contrariante en toute circonstance. Elle pourrait se faire tatouer sans remord « born to be boring » en plein milieu du front. Avait-on idée d'aimer les chiens, ersatz de loups dégénérés, suffisamment stupides pour regarder avec un amour sans bornes même le plus mauvais maître ? … oui, elle tenait définitivement plus du chien que du chat. Tous les amoureux ressemblaient à des chiens.
Choc cotonneux contre mon flanc. Réflexe, rattrapage d'ursidé en perdition.
« Tiens, vous irez bien ensemble.
- Rapport à la menace d'extinction ?
- Réfléchis, tu devrais trouver la réponse. »
Un gloussement de dinde interrompit notre conversation.
« Oh, je vois ! C'est vrai qu'il est chou ! On va faire un tour de grande roue ? Comme ça on passe devant les pachinko. »
Vraiment, que me valait cette comparaison avec un pauvre panda tout rond et plein de poils sans doute porteurs de milliers de bactéries – ce qui vaudrait à la bête un bon passage dans l'eau bouillante à son arrivée au QG – avec ses grands yeux de billes brillants et sa petite truffe noire ? Je n'étais pas quadrupède, pas aussi poilu, pas aussi rondouillard. N'avais pas six doigts, n'étais pas herbivore, ne pesais pas une centaine de kilos. Mammifère, oui. Jeu avec l'étymologie chinoise, « ours-chat » ? Symbole écolo pour une Justice condamnée à disparaître face à Kira ?
En passant devant le palais des miroirs, la réponse me sauta aux yeux. Je ne m'étais pas vu dans un miroir depuis un temps certain, et mes cernes avaient continué de se creuser. Légèrement caricatural de m'associer au panda, tout de même. Mais au delà de ça, une plaisanterie basée sur le physique était assez surprenante. Pas un jeu de domination, juste... de l'amitié ? Il n'allait quand même pas juste jouer à ça, de manière aussi décomplexée ?
L'hypothèse de son éventuelle amnésie se précisait. De leur éventuelle amnésie. Mais oublier qu'ils avaient été Kira, trop voyant, trop incroyable. Un cerveau n'oublie pas aussi facilement et subitement une information de pareille importance.
L'heure du goûter approchant, l'après-midi de sortie se termina. Il n'y avait pas de quoi satisfaire mon envie de thé ici, et je commençais à en avoir marre. Et Raito fatiguait en tentant de ne pas le montrer. Amane seule fit une moue déçue en retournant à la voiture, regrettant de ne pas avoir pu compléter sa naissante collection de souvenirs. Niaiseuse.
De retour au QG, enfin au calme, Misa envoyée dans ses appartements, et à l'abri de la pollution humaine d'odeurs corporelles indésirables, le bonheur me fut accordé d'arracher mes pieds de leur prison de toile. Joie du sol frais sous les orteils, liberté chérie.
Bien vite jugulée par les regards noirs venant des trois policiers assis en rond.
Ah.
Certes.
Je n'avais toujours pas expliqué à Raito la vraie raison de sa libération. Mais pour ma défense, le moment propice n'était pas arrivé. Difficile d'annoncer une telle demande après presque deux mois d'isolement et la persistance de courbatures. Le pauvre avait bien le droit à une journée de vacances.
Une fois assis dans un des canapés, assez loin des ordinateurs et de l'écran principal pour pouvoir imaginer être dans un salon, je pus servir mon thé et en proposer à Raito. Confort du cuir blanc sous la plante des pieds, titillement de l'odeur de bergamote fraîche. Conditions sine qua none au bonheur.
« Alors, cette journée entre amoureux ? » Silence. Encore une fois, Matsuda et ses sous-entendus intempestifs brisaient le silence si apaisant.
« Ce ne pouvait pas être une journée en amoureux, puisque Ryuzaki a absolument tenu à suivre mon fils et sa copine en étant enchaîné.
- Et encore une fois, c'est nécessaire. Si j'avais le choix, je ne serais pas sorti. Voyez, je ne m'attache vraiment pas par plaisir.
- Mais tu es d'accord pour sortir avec un couple alors que l'enquête est au point mort.
- Puisqu'elle est au point mort, je ne vois pas l'intérêt de me forcer. »
Estomaqué, Yagami se tut. Merci bien. J'étais encore libre d'annoncer une nouvelle au moment le plus opportun, et ce n'était certainement pas l'heure du thé.
« Kira a repris ses activités ? »
Je me renfrognai. Bien sûr qu'il comprenait, il comprenait toujours tout trop vite. « Plus ou moins. »
Il reposa sa tasse. Tintement de porcelaine contre le métal, annonce d'une vexation imminente. « Kira continue de tuer, et toi, tu me fais sortir pour aller à la fête foraine ?
- Pourquoi pas ?
- Sens des priorités.
- Justement. Tu avais besoin de te dégourdir les jambes et de voir le soleil. Je n'allais pas te sortir, et te dire « Oh, bonjour Raito-kun, comment ça va ? Mal ? Bon tant pis, regarde, Kira a repris du service, ce serait assez cool de venir donner un coup de main au QG, on commence dans dix minutes.
- Pourquoi pas ? Tu n'as pas l'habitude de prendre en considération la psychologie et les besoins humains dans ta chasse. Même pas les tiens.
- Eh bien je n'ai pas envie de te tuer de cette façon.
- Pas de cette... ? Tu es toujours persuadé de ma culpabilité, alors que Kira s'amuse dehors, que je n'étais pas au courant de ça, et que tu me colles comme une sangsue ? »
J'enfouis mon nez dans ma tasse. S'il était vraiment amnésique, mon insistance devait certes être déplaisante. Mais en étant extérieur à l'affaire, il aurait compris ma certitude.
Le repas était assez morose. Face à face dans nos appartements, lui devant un plat de pâtes et escalope de veau à la milanaise, moi avec mon entremets au chocolat. J'avais décrété une journée de repos, et chacun était rentré chez soi. Sauf Yagami qui montait la garde en attendant que je daigne lui accorder mon attention. Bruits de vaisselle et de chaîne. L'ambiance pouvait difficilement être plus morte. Tout ça parce que môssieur ne pouvait pas admettre que j'avais voulu lui offrir une journée de repos. Soyez bons, tiens.
Énervé par le silence, je profitai qu'il ait posé ses couverts.
« Dessert ? »
Il releva la tête, à moitié surpris. « Tu partagerais tes gâteaux ? Toi ?
- Pas celui que j'ai dans mon assiette, non. Mais tu peux en avoir un autre, si tu veux. »
Sourire partagé. Ma bonté avait ses limites. Rondes comme un plat à dessert. Sonnerie sms. Je pris l'objet dans ma poche, ouvrit le message sous la table. Ton panda est lavé, je l'ai mis sur une commode. Yagami Sôichirô t'attend toujours.
« Et donc ? Kira ?
- Demain, tu veux.
- Non, maintenant, Ryuzaki. J'ai assez attendu.
- Tu es pénible. J'ai dit demain. Comment pourrons-nous travailler ensemble si tu remets tout ce que je dis en doute ? Dessert ?
- Comment pourrions-nous travailler ensemble si tu ne me fais pas un minimum confiance ?
- Confiance ? Kira aimerait sans doute gagner la mienne, pour mieux me poignarder dans le dos.
- Si tu en étais encore à ce stade-là, tu ne m'aurais pas laissé tenir un fusil à ce stand, ni sortir. Tu es illogique.
- Tu ne me tuerais pas d'un coup de feu. Pas plus que tu ne me poignarderais.
- Ah, pourquoi pas ? Avec ton comportement, ce n'est parfois pas l'envie qui m'en manque. »
Instant de réflexion. Pourquoi, oui, ne ferait-il pas ça ? Je le connaissais assez bien pour répondre, et cette réponse sous-tendait que j'avais une certaine confiance en son esprit et sa droiture, malgré son revers meurtrier. Assez perturbant.
« Ce serait sale. Indigne. Ignoble.
- … Je vais prendre ça comme un compliment. Bizarrement tordu, mais venant de toi...
- Dessert ? »
Endormi dans son lit, vaincu par la fatigue, Raito reprenait des traits presque enfantins. Innocent.
Accroupi sur mon propre lit, séparé d'une quarantaine de centimètres, j'attendais d'être sûr qu'il soit passé en sommeil paradoxal. Nerveux comme il était, ce stade pouvait se faire attendre. Mais pas trop longtemps non plus, avec le manque de sommeil accumulé. Un soupir de pure extase lui avait échappé alors qu'il retrouvait le confort d'un vrai matelas de plumes, la volupté de s'enfoncer dans un nuage sentant bon la lessive et au toucher de velours.
Il n'avait presque pas rechigné à laisser la porte de la salle de bains ouverte, bloquée par notre lien, pendant qu'il prenait sa douche, caché derrière le rideau. Inutile de lui annoncer trop tôt la présence de la caméra incrustée dans la faïence.
Ses yeux bougeaient sous ses paupières, reliant des bribes de souvenirs, jeux de mémoire et de sensations. Le bout de ses doigts tressaillait par moments, sa main droite abandonnée près de son visage. Il souffla, gêné, et je me penchai pour enlever la mèche qui lui chatouillait le nez.
Déjà une heure et dix minutes qu'il dormait, et je m'ennuyais. L'observer était peut-être intéressant les premières secondes, mais là, l'ennui devenait un véritable fléau. En sommeil profond, il ne bougeait plus. Furtivement, je délogeai la petite clef métallique de ma poche, et libérai mon poignet. Puis refermai l'anneau à une barre du lit, pour que la chaîne ne gêne pas l'endormi. J'avais un papa poule à affronter.
Image du Sphinx attendant son sacrifié, prêt à le réduire en charpie après un interrogatoire en règles.
Yagami, assis dans un petit salon camaïeu de gris et blanc, les jambes croisées et les bras reposés sur les accoudoirs de son fauteuil. Allégorie du Sérieux, ce type avait dû naître avec cette tête de père en rogne. Et bizarrement, je n'avais quand même pas envie de trop le contrarier.
Je m'assis en face de lui, une table basse aux pieds de cerisier comme maigre rempart.
« Raito est couché ?
- Vous vouliez me parler de son sommeil ? Je ne compte pas le laisser seul trop longtemps, alors dites-moi ce que vous avez à me dire en privé. »
Entrée sur le ring. Ses mains se croisèrent sur ses genoux. Attitude réservée, protectrice, mais assurée.
« Très bien. Je te l'ai déjà dit, je n'approuve en rien tes méthodes de surveillance. Ne peux-tu admettre que des caméras et des micros soient suffisants à écarter tes soupçons ?
- Non. Je décide de ce qui est nécessaire et de ce qui est suffisant. Et l'avoir avec moi en permanence est l'unique moyen pour qu'il n'ait aucune possibilité de récidiver.
- Mais enfin, tu as bien vu qu'enfermé, les meurtres ne se sont arrêtés qu'un temps ! Il peut s'agir d'une coïncidence, d'un coup monté !
- Non. Il a planifié ça. Et maintenant, soit il feint de ne plus s'en souvenir, soit cette amnésie a pu être programmée, d'une façon ou d'une autre.
- On ne planifie pas une amnésie, pas besoin d'avoir fait médecine pour le savoir.
- On, peut-être pas. Mais ça ne m'étonnerait pas vraiment, venant de votre fils.
- Soyons sérieux, cinq minutes. »
Pourquoi tout le monde voulait que je fasse quelque chose pendant cinq minutes? Me taire, être sérieux... que des trucs ennuyeux, en plus. Yagami se décroisa, appuya ses coudes sur ses genoux, penché en avant. Air inquisiteur.
« Tu ne te comportes pas normalement avec lui.
- Bien sûr, c'est le suspect principal de l'affaire Kira, et Amane, qui prétend sortir avec lui, est Kira 2.
- Je ne parle pas de ça. Écoute, je te vois.
- Oui, je me doute. Votre dernier rendez-vous avec votre ophtalmologue date de moins de six mois, et vous avez changé de lunettes en mai. Si vous ne me voyiez déjà plus, votre vision serait dégradée à une vitesse proprement fascinante. »
Il se pinça le nez, faisant remonter les-dites lunettes sur son front creusé d'une ride d'énervement, et soupira, yeux fermés.
« Là, par contre, vous devez me voir nettement moins bien. »
Re-soupir. C'était si amusant, parfois, d'avoir des congénères humains avec qui se distraire. Mais il reprit, d'un ton cassant.
« Ryuzaki. Je veux que tu arrêtes de tourner autour de Raito.
- Dois-je comprendre un sens littéral ou plus imagé ?
- Cesse d'avoir avec lui une attitude possessive et outrageusement affectueuse.
- Affectueuse ? Je ne fais que faciliter sa vie ici, et il est l'un des rares à ne pas avoir un QI de poulpe, ce qui explique qu'il m'énerve moins souvent.
- Je vais être plus clair : je refuse qu'à cause de ton comportement, il devienne un... débauché.
- Je vous demande pardon ? »
S'il essayait de me dire de ne pas avoir de relation homosexuelle avec son fils – idée saugrenue s'il en était – je n'allais pas le laisser s'en tirer sans lui avoir écorché la langue.
« Raito mérite mieux qu'une vie de paria.
- Tiens donc.
- Bien sûr qu'il mérite mieux ! C'est mon fils, il est intelligent et sociable, dévoué à la Justice. Il sera policier, voire ministre, pas une espèce de... de... Enfin, il aura une femme et des enfants, comme tout homme normal. Il mérite ça.
- Une vie banale, donc.
- Une vie digne.
- La mienne est donc indigne, puisque je n'ai ni femme ni enfant ?
- Raito mérite mieux que toi !
- Venant d'un homme qui laisse sa femme et sa fille se morfondre seules au foyer en attendant son retour et qui n'est pas foutu de connaître les fréquentations de son fils adoré... »
L'homme se leva, furibond, et m'attrapa par le col avant que je n'ai le temps de bouger. Un pied sur la table, ses doigts serrés contre mon pull, ses yeux incendiaires.
« J'ai le sens du devoir. Tu es égoïste. Je devrais te faire ravaler tes paroles.
- Vous ne le ferez pas, Yagami-san.
- Je ne sais pas ce qui me retient.
- Votre honneur. »
Il se décrispa, et se rassit convenablement. Il s'en était fallu de peu que je le remette à sa place d'un coup de pied dans le sternum. Mais malgré sa colère et ses préjugés éculés, j'avais une certaine forme de respect pour lui.
« Excuse-moi. Je refuse que mon fils soit ça.
- Je n'ai pas ce genre d'inclination envers votre fils. »
Coup d'œil inquisiteur. « Ce n'est pas ce que tout le monde pense.
- Tout le monde n'est pas un pur génie. J'éprouve une forme de ce qui pourrait être qualifié d'amitié pour Raito-kun.
- Je préfère te prévenir : si quoi que ce soit devait arriver, ce serait criminel, et à traiter comme tel.
- Allons, les relations gay sont dépénalisées depuis 1978 au Japon.
- Je te parle de l'âge de Raito. Détournement de mineur, le grand et intouchable L ne s'abaisserait pas à ça ?
- Intouchable, c'est important à préciser. » Il manqua s'étouffer en toussant, et j'en profitai pour me lever, clôturant la discussion. « Votre fils ne m'intéresse pas sur ce plan-là. Il n'y a pas d'inquiétude à avoir. Bonsoir, monsieur Yagami. »
Remonté dans les appartements, je rangeai ma boîte récupérée plus tôt dans le frigo de la cuisine du bas, entre un plat de tarte à la goyave et un assortiment de kiwi au chocolat. Demain matin, avant le petit-déjeuner, semblait le meilleur moment pour aborder le sujet de mon petit problème. Après comporterait un trop grand risque de vomissements. On n'allait tout de même pas gâcher des croissants et du chocolat chaud pour si peu.
Raito dormait toujours, mais ouvrit les yeux quand je récupérai mon côté des menottes. Réflexe ensommeillé, ses paupières se refermèrent sans que son cerveau n'ait le temps d'enregistrer quoi que ce soit.
Il retomba sur son oreiller, se blottit sous la lourde couverture et se rendormit sur un souffle.
Assis sur mon lit, ordinateur devant moi, je repassais les indices. Deux problèmes à l'horizon, bien distincts. Il fallait bien qu'un jour les tensions accumulées dans les prisons explosent. Il fallait bien que ce nouveau Kira – puisque l'original rêvait à côté de moi – se démarque et se cache, attendant son heure.
Coup d'œil sur ma gauche. Tourné vers moi, légèrement recroquevillé. J'espérais qu'il ne serait pas réellement traumatisé par son enfermement, ce serait vraiment un immense gâchis.
Lui, policier ? Même ministre, ce serait jeter de la confiture aux cochons.
Le marier à la première pimbêche venue ? À Misa ? Et pourquoi pas à un poulet ?
Non, il méritait mille fois mieux.
Sur les coups de quatre heures trente, je mis en veille l'ordinateur, puis le posai par terre. Sans lumière, je me couchai sur le côté, écoutant avec intérêt la respiration endormie. Calant la mienne sur son rythme. Bercé.
Yagami père est quelque peu furax sur la fin, oui. Mettons ça sur le compte d'un cumul de stress et de manque de sommeil, son fils enfermé pendant 53 jours et se dénonçant comme Kira, ça secoue un brin. (sans oublier les fameuses menottes qui n'arrangent rien à l'affaire, merci Matsuda xd)
Une petite review ?
A dans deux semaines, mardi ^^
