Titre : Thirst

Disclaimer : Les personnages et l'univers ne nous appartiennent pas malgré un chantage à base d'expédition par la poste de pages de Death Note et de trognons de pommes cloués selon un rituel vaudou. Nous ne touchons bien entendu aucune compensation financière pour la publication de ce texte, là encore le chantage n'ayant pas suffi ^^ ( On nous a mentiiii x) )

Rating : M pour certains chapitres, bien que ce ne soit pas encore justifié.

Bonsoir ! Et merci à vous, la 100ème review est dépassée, voilà qui mérite quelques applaudissements ;DD Vous êtes géniales !

Nous voilà donc avec le chapitre 15, s'il n'est sans doute pas aussi exquis que son titre, nous espérons qu'il vous plaira (et la fin de cette phrase est d'une stupidité absolue à propos...bref...) Petites - bon d'accord - énormes réponses aux reviews anonymes avant la lecture proprement dite, comme toujours ^^

Makubex :

Merci beaucoup, le passage des 100 reviews est fait, et grâce à toi notamment ;)) Tu as raison de sentir les prémices du yaoi, parce que c'est le cas, mais vraiment prémices prémices xd Héhé pour la confrontation avec Yagami père, dis toi ce que c'est que le début, et encore il n'a même pas de vraies raisons de s'inquiéter pour l'instant mouhahaha

En ce qui concerne les photos où L accepte gentiment d'y figurer, j'avoue que je n'avais pas vraiment pensé au problème en écrivant la scène mais les photos seront gardées au QG et n'existent qu'un exemplaire unique. Après je ne connais pas bien le fonctionnement des instantanés. est-ce que les photos prises sont conservées quelque part dans la mémoire de l'appareil ou non je ne sais, mais même si elles étaient conservées, la photographe les supprimeraient très rapidement vu le nombre de clients qu'elle doit avoir dans une fête foraine, peut-être même juste après les avoir prises. Le risque est franchement limité donc, sans oublier que L est de toute manière sorti. Et j'ajouterai qu'avoir l'idée de le chercher dans une fête foraine (et celle là en particulier ) est plutôt improbable. Disons que les possibilités sont vraiment minuscules, inférieures ou égales à l'attention suscitée par la balade avec les menottes.

XDD LA question de fin de commentaire nous a bien fait marrer, je dois dire. Considère que c'est une volonté de vous torturer, pauvres lecteurs ! Mais surtout menottes + lit double, c'est vraiment très voyant et suspect. Pas sûr que Yagami père y survive, et très très difficile à justifier non ? XD (déjà les menottes c'est limite mdr)

Merci pour ton commentaire :DD

Lilyanna :

Coucou ^^ Bien sûr qu'il y a une réponse à ta review, et il y aura toujours une réponse ^^

Le rapprochement est effectivement là, et va subir quelques avancées et reculs avant de se concrétiser vraiment, mais oui, ça commence ^^ L'humour est beaucoup plus présent dans le caractère de L que pour Raito qui n'exprimera jamais ce qu'il pense à voix haute. Il est extrêmement formaté (et volontairement), là où L ne l'est pas et refuse de l'être. Je vois très bien ce que tu veux dire avec le « propret », le soin à l'image sociale etc. Cette apparence lisse qui confine carrément au neuneu de haut niveau dans le manga quand il devient amnésique, d'ailleurs je vais soigneusement éviter de lui refiler ce rôle de porte-manteau terriblement horripilant. Pour le propret je n'ai pas le choix parce que c'est son caractère mais je vais essayer de limiter les dégâts dirons-nous xd Oui L est misogyne chez nous, tu n'as pas terminé d'en lire à propose de Misa sur le sujet xd Elle va rester dans la fic un bon moment mais elle aura une très grande utilité à un moment important. Nous n'infligeons pas sa « charmante » présence tout à fait gratuitement x)

En fait la déviation avec l'histoire originale commence pendant l'amnésie (dans ce chapitre en fait, même si techniquement la déviation a déjà débuté dans le précédent.)

Le discours de Yagami père est effectivement assez dur, et complètement vieux jeu (ce qui correspond au personnage pour le côté « rescapé du siècle dernier » ) Je comprends parfaitement que le discours t'énerve, et c'est normal qu'il le fasse. Après je dirais il y a équation entre très vieux jeu, très sous pression, et dans si l'absolu il accepte l'idée chez les autres, pour son petit fils prodige surprotégé...autre paire de manches. Même s'il n'a encore de quoi s'inquiéter vraiment. Dis-toi qui ça offre de bonnes perspectives d'évolution pour notre bon commissaire ^^

A vrai dire, nous préférons nous aussi nettement Naomi à Ray, beaucoup plus intéressante que son cher mari...

Merci beaucoup pour ton commentaire ! Et longue vie aux pavés !:D


Chapitre 15

Cadavre exquis


Assis au bord du lit, paupières dans les paumes, l'agacement chatouilleux. Peut-être la sonnerie de cet énorme réveil apparu contre mon oreiller. Peut-être la surprise, glacée dans l'échine, et le sursaut, piètre défense contre l'infâme invasion sonore. Peut-être la chaîne tiraillée sur mon poignet, laisse pour animal de compagnie.

La conversation forcée, surtout. La luminosité, poinçon dans les pupilles. « Cinq minutes de répit, c'est trop demander ?

- Hier soir tu ne voulais pas attendre cinq minutes.

- Hier soir il n'était pas cinq heures quarante-cinq du matin. » Je me frottais vaguement les yeux. « Attendre est la moindre des choses.

- C'est important.

- Il te suffisait de m'accorder deux heures de plus à la place de cette « journée de repos » aussi inutile qu'imposée, et éventuellement j'aurais pu partager ta vision de ce qui est important à un horaire aussi indécent.

- Tu as les yeux tellement collés de fatigue que tu n'es pas fichu de voir quoi que ce soit. Tes horaires de sommeil sont révoltants.

- Mon cerveau fonctionne à pleines capacités uniquement grâce à ce temps tellement hérétique. Maintenant tais-toi, s'il te plaît, tu entraves le réveil de mon activité cérébrale, extrêmement contre- productif pour l'enquête. »

Il serra les lèvres, pour lui rien ne surpassait l'investigation. « Tu vas le regretter, c'est vraiment important.

- Bien sûr que c'est important, c'est Kira, mais ça patientera le temps du petit-déjeuner, point barre. » Lever aux aurores combiné d'un manque de sommeil accumulé. Hors de question que L balance ses infos maintenant, alors que je luttais pour contenir les bâillements bousculés dans ma gorge. Simplement hors de question.

Marmonnement, épaule haussée. « Ne viens pas te plaindre après. »


Le café, psychotrope à diffusion rapide. Les bâillements engloutis, l'acuité rassemblée à chaque gorgée brûlante.

L classait minutieusement ses cupcakes par nuances de couleur sur un coin de table, la bouderie transparente, conséquence de nos acharnements respectifs, lui à en placer une, moi à le faire taire. Comment manger des cupcakes à cette heure ? Le sucre efficacement contré par le beurre des croissants en terme de goût, néanmoins l'idée d'une surdose massive de saccharose au petit déjeuner, réellement écoeurante.

Les sucres tombés dans l'autre tasse, un par un, dérobés au rythme des phalanges. L leva brièvement les yeux, la main élancée vers le sucrier s'y enroula, serpent sur la proie. Sans plus de cérémonie, il déversa brusquement l'intégralité du contenu dans sa tasse – plus expéditif – et le dos de sa cuillère vint écraser les morceaux dissidents. Le crissement d'agonie des carrés broyés, résonance solitaire.

Grimace. Le bruit pâteux de la cuillère en guerre contre la matière collante n'était pas de ceux affadis d'habitude. Je retournais à mon croissant, fixer L plus longtemps et un mal de dents d'origine psychologique menaçait.

Relancer le sujet Kira faisait son chemin, la curiosité revenue depuis longtemps déjà. Un temps supplantée par le plaisir malin de couper la sainte-parole-du-plus-grand-détective-du-monde, désormais lasse faute de parole à interrompre. Ma patience dépecée par l'intérêt, érosion presque cadencée sur le croissant, effrité feuille par feuille entre mes doigts.

« Kira est revenu. Sinon je croupirais toujours dans cette cellule de prison. »

Mon père et Mogi s'invitèrent, dérobant la réponse, flambant la frustration. Chacun son tour, j'imagine. Quoique, L ne semblait pas ravi de l'interruption. « Bonjour les jeunes. Comme nous sommes en collectivité, prendre les repas réunis est tout à fait naturel. Pourquoi rester dans son coin ? » Je connaissais mon père. Et son ton, ce ton n'était pas normal. La réticence rentrée de son visage, la volonté de surveillance : la cloche sonnait faux.

Je me tournai de côté, le soupçon éclos, à temps pour saisir deux regards entrechoqués, collision éclair. La distance aiguë, arborescence tissée dans les postures. Sôichirô et Ryuzaki. Électricité froide sous le vernis de politesse. Conclusion évidente : mon père avait obtenu son entretien. Déduction des potentialités ouvertes, calcul des possibles utilisations de l'information, toujours utile. Spécialement quand j'étais le motif de dispute – ou plutôt les méthodes de L à mon encontre – presque pareil. Nul besoin d'avoir assisté à la conversation pour deviner le nœud du problème. Quel autre sujet que moi pourrait conduire mon père à solliciter un rendez-vous privé. Dans mon dos. Détestable. La rétorsion s'annonçait mauvaise, en temps opportun.

Matsuda entra – ne manquait que lui à la petite assemblée après tout – les bras alourdis d'un carton de dimensions moyennes. « J'ai trouvé ça en bas, devant les portes de la BatTower. »

L s'étrangla à demi. « La quoi ?

- BatTower. J'ai hésité avec Batrocket. Évidemment on pouvait pas garder Batcave parce que c'est pas du tout une grotte.

- … Pas plus qu'il n'y a de chauve-souris, ni d'attardé en collant, ta stupidité dépasse l'entendement. Mais peut-être souhaites-tu un collant pour parfaire l'analogie ?

- Mais non ! C'est pour le symbole ! Bref. Alooors … Y a quoi là-dedans ? » Matsuda secoua la boîte.

L se leva, m'entraînant du même coup, et se dirigea à grands pas vers le colis. « N'ouvre surtout pas. »

Taquin, le policier gloussa. « Quoi, c'est une nouvelle paire de menottes ? Cinq kilos de bonbons pour ton stock personnel ? » Il tendit la main vers le scotch.

La voix de L, claque. « N'y touche pas ! »

Matsuda s'immobilisa, abasourdi par la sécheresse du ton,. Pas moi. L voulait cacher le contenu de cette boîte, je voulais savoir pourquoi. Mimétisme, j'enroulai toute la chaîne autour de mon poignet, avant que Ryuzaki ne le fasse, puisse bloquer mes mouvements.

« Raito, si tu ouvres ce carton maintenant, tu vas regretter tes croissants. »

Le défi planté dans l'œil, le couteau planté dans l'adhésif. Le colis s'ouvrit, révéla une seconde boîte. Boîte de pâtisserie, en bois laqué. « Oh mais certainement. Tu as raison mon estomac ne tiendra pas le choc après la précédente orgie de sucre, le défilé n'est vraisemblablement pas fini.

- Tu n' y es pas du tout.

- Vraiment ? Pourtant ceci ressemble méchamment à la suite des réjouissances. Haut de gamme si j'en crois le nom de la boutique, tu ne te refuses rien. » Je posai les mains sur le couvercle

- Ne viens pas dire que je ne t'ai pas prévenu. »

Sans prendre la peine de répondre, j'écartai le rabat.

Recul brut, primitif.

La boîte m'échappa, la poudre éclaboussée sur le sol. Une mer valsée de loukoums et de gel, un cœur en surnage. Un cœur. Écarlate. Humain. Le pourpre brûlant, le pourpre violent. Intensité cramoisie sur les confiseries trop pâles. Morsure répugnante du vif poisseux des ventricules, ça et là éteints, rosis de macules pastel. Le tissu musculaire spongieux, nervuré de filaments sombres et de caillots. Des artères flasques, dégringolées d'épaisses traînées noires. De la viande crue.

Au creux du ventre, un tourbillon lent brassait la nausée devant ce cœur inerte, luisant des glaçons en train de fondre. Moite.

Glaçons pour la conservation. Glaçons pour la conservation. Glaçons pour l'odeur. Glaçon pour – Mon estomac voulait remonter l'œsophage. Inclination légère de la tête en avant, je posai la paume droite contre mon front. Les doigts enracinés dans les cheveux, la prise tremblotante. Contrôle. Serrer les paupières, visser le souffle. Juguler. La prise plus ferme, les phalanges crispées plus fort, blanches jusqu'à tuer les soubresauts. Le malaise cessa de frissonner, vivace sur l'âme, fantôme sur l'épiderme. Je m'autorisai à lever les yeux, les traits scellés de vide.

Les policiers étaient impressionnants, stoïques malgré les joues livides, le dégoût creusé dans les visages. Matsuda rompit la densité de silence, la voix filée, croassante. « On dirait des loukoums... à la fraise... Non ? »

L acquiesça. « Ce qu'indique le rose clair des confiseries. A priori.

- Confiseries. » Les pommettes laiteuses du policier soudain mouchetées de vert, il se plaqua la main contre la bouche. Se précipita hors de la pièce, talonné par Mogi, tout aussi blême.

Un contact sur mon épaule, mon père. « Ça va ? »

Promenade lente, mes yeux sur la boîte. Les flaques saccharosées, les loukoums éparpillés, le cœur visqueux. « Oui. » La pression s'accrut. « J'espère que les preuves seront encore suffisamment exploitables. »

Il tapota l'articulation avec sollicitude, relâcha. « Tu ne devrais pas t'en faire de ce côté là, n'importe qui aurait eu la même réaction. Nul ne t'en blâmera. » N'importe qui. Insulte involontaire, il pensait ses mots justes, ils ne l'étaient pas. Moi, n'importe qui... N'importe quoi. Je détournai les yeux, le commentaire muet car déplaisant, préférant observer.

Sôichirô et Ryuzaki, sans surprise étaient calmes. Mon père, resté maître de lui en dépit de son trouble manifeste. Le détective surtout, plus impassible que tout autre. Rien ne filtrait de son attitude, pas même un souffle. Une statue sans remous, sans traverse. Glissante.

Les réponses s'imbriquèrent d'un coup : l'instant où mon cerveau avait tourné blanc, compensé en une seconde. L'inférence comme une gifle. Et la colère, une vague qui enfle. D'un pivot, face à L. La paume tendue, impérieuse. « Donne-la-moi. » Sourcil haussé. Demande de précision. « La clé.

- Quelle clé ? » Sa question, mise à l'épreuve. Bien sûr qu'il savait. Bien sûr que j'irais au bout. Toujours.

« Celle de tes foutues menottes. Maintenant.

- Pourquoi ?

- Disons que cette nuit, à tout hasard, il pourrait me venir l'envie de faire un petit tour. Histoire d'aller parler à mon père en ton absence alors que le sujet ne concerne personne d'autre que toi. Ça ne te dit rien ? »

Ses yeux se plissèrent. « Tu dormais quand je suis revenu.

- Tu ne nies même pas... Néanmoins, je note la pertinence de la remarque. Et voici le scoop du jour, je dormais et maintenant je ne dors plus. » La compréhension fila sur son visage qui se renfrogna dans le mouvement. Je retendis la main, « La clé. Maintenant.

- Tu n'as pas répondu au « pourquoi ». »

Sourire faux. « Parce que tu es un enfoiré.

- Ce n'est pas une raison suffisante, le fait est avéré. Oublie la clé. »

Je cerclai son poignet entre mes doigts, la poigne dure. « Puisque tu ne me laisses pas le choix, je ne te le laisse pas non plus. » Je le tirais littéralement vers la porte mais Sôichirô s'interposa.

« Raito, enfin ! Ressaisis-toi ! Ce cœur t'a plus affecté que ce que je pensais.

- Me ressaisir ? Tu ne comprends pas ! C'est bien le cœur, le problème. Tout le problème. » Je tractais L par le bras, au pas de course. Conscience marginale de mon père entré dans l'ascenseur, de la mise en marche. Une seule réalité balançait dans le rouge, la chair que j'agrippais à me bloquer les tendons. La chair verrouillée sous mes doigts. Alors que Ryuzaki ne se dégageait pas, n'avait même pas essayé. La chair qui m'irradiait de colère.

Question sifflante. « Où l'as-tu mise ? »

Sôichirô, perplexe, dépassé. « De quoi est-ce que tu parles ? »

Pour une fois je ne cachais pas l'agacement, une phrase lapidaire bien suffisante en guise d'explication. De toute manière, je ne parlais pas à lui. « La première boîte, quel frigo. Ce n'est pas une question. »

L baissa les yeux. « Tu réfléchis vite. » Le trop sous-entendu, il vint mordiller son pouce. « Cuisine du bas. Mais tu aurais dû demander avant, l'ascenseur est en train de monter. »

Regard foudroyant, je tapai le bouton adéquat. Mon père n'avait pas saisi et le fit savoir. Pourquoi les gens étaient-ils si désespérément lents ? « L savait quel était le contenu du colis avant de l'ouvrir, peut-être pas précisément, mais il savait à quoi s'attendre, donc il en a déjà reçu, au moins un. Comme personne n'est au courant, c'est évident qu'il connaît l'expéditeur, et pire, il y a fort à parier que l'expéditeur le connaît.

- Comment ?

- Comment je n'en ai aucune idée, mais le cœur était noyé dans une cargaison de sucreries. Ce n'est pas par hasard, ce n'est jamais par hasard. L connaît le meurtrier, le meurtrier connaît L et le meurtrier veut jouer. Ai-je tort, Ryuzaki ? »

L'intéressé soupira. « J'ai tenté de te prévenir, pour le contenu. Néanmoins il y a une erreur dans le raisonnement, quelqu'un est au courant pour la première boîte : Mogi. »

La surprise chassa la colère, pour la renforcer. Mogi et pas moi ? Il décoda le reproche silencieux. « Il était là. Tu n'es pas le centre du monde. »


Le premier envoi était une foutue tête. Une tête. Et L l'avait rangée entre une tarte et un bol de kiwis au chocolat. Non sens... Une japonaise décapitée dans son frigo et il dégustait tranquillement le bol de fruits. Imperturbable face à la femme qui le regardait sans voir, faute de globes oculaires. Imperturbable face aux sucres d'orge, fichés dans la bouillie sanglante des joues.

« Bonjour, Naomi. » Le timbre étonnamment doux. « C'est un bel endroit pour dormir. »


À ce stade, parler d'énervement relevait de l'euphémisme. J'étais en rage.

« J'ai tenté de te prévenir, pour la millième fois.

- Alors, tu aurais dû tenter plus fort ! Et tiens, pourquoi pas annoncer clairement qu'un fanatique de la tronçonneuse t'envoyais une femme en petits morceaux ?

- Quand ? Juste à la sortie de cellule ? Avant ou après le tour de manège ? Pendant le petit-dèj ?

- Mais peu importe le moment, il n'y pas de moment. Tu aurais le dire, d'autant plus que tu soupçonnes ce malade d'être Kira 3.

- Oh, tu parles de ce que j'ai dit hier.

- Kira aurait « plus ou moins » reprit ses activités, pour te citer.

- Ne tire pas de conclusion hâtive, un Kira et un tueur faisant des leurs en même temps semblent si inconcevables ?

- Beaucoup moins de probabilités, vu qu'elles te concernent. Tu les suspectes d'être une seule personne, j'en mettrais ma main à couper, et pourtant tu refuses toujours de me dire de qu'il s'agit. Alors que tu le sais très bien. Alors que tu oses encore me considérer comme Kira.

- Dans ce cas, je t'en prie, coupe-toi la main puisque cette stupide expression t'y autorise.

- Je ne te crois pas une seconde. De quand date le premier colis ?

- Si tu ne me crois pas une seconde, pourquoi répondre ? L'information sera forcément erronée.

- Arrête, c'est insupportable, pourquoi tu ne veux pas dire ce putain de nom ? Mogi est au courant, lui ? Il passait encore par là, éventuellement ?

- Je ne suis sûr de rien pour le moment. Et quoi qu'il en soit, ça ne te concerne pas, alors cesse de jouer la partition de l'outrage perpétuel.

- Tu plaisantes ? Et la mort de Misora est un coup du sort tant qu'à faire ? Tu as bossé avec cette femme ! Est-ce que je pourrais me sentir concerné avant d'avoir la tête tranchée dans un frigo ? »

Misa entra, se frottant les yeux d'un air ensommeillé. « Pourquoi j'entends des cris depuis le couloir ? »

L la mitrailla des yeux. « Sans doute parce qu'il y a des cris et que la porte ouverte donne sur le couloir. D'autres questions ?

- Pfff t'es méchant dès le matin, comme un chien avec une rage de dents.

- Encore une démonstration d'intelligence, merci Amane pour cette contribution. Pour info, tout le monde est levé depuis deux heures. »

Je tirai la chaîne d'un coup sec, le regard noir. « Surtout nous.

- J'oubliai, ma rage de dents s'appelle Raito. » Échange de regards meurtriers double dose.

Misa fit la moue. « Il est à peine huit heures ! J'ai fait des efforts en plus, je commence qu'à dix heures à l'agence.

- Dans ce cas, pourquoi nous infliger inutilement ta présence ? Si je t'autorise à y retourner ce n'est pas sans raison. »

Deuxième coup sec. « L ! » Deuxième échange orageux.

Misa s'assit sur l'accoudoir du canapé, enroula ses bras autour de mes épaules, se pencha à effleurer mon cou. « J'espère qu'il n'a pas été aussi pénible avec toi.

- Il n'est pas du genre à se priver. »

Les lentilles bleues inondèrent Ryuzaki de blâmes, il se gratta le coude avec détachement. Le mannequin se colla un peu plus. « Je me suis levée exprès pour toi, comme ça on pourra passer un peu de temps ensemble.

- Il ne saurait cacher sa joie. » ricana le détective.

Je l'ignorai et, pur esprit de contradiction, caressai brièvement le visage ovale de Misa. « Merci, je ne sais pas comment je vais tenir quand tu seras partie. »

Elle rougit bêtement, la voix roucoulante. Tellement facile. « En plus tu es tout énervé à cause de lui.

- La journée va être longue. » Je surlignai Ryuzaki du regard, éloquent.

En pratique, le « temps passé avec Misa » se résuma à un ordinateur posé sur mes genoux, elle qui regardait tandis que je tapais furieusement dans le moteur de recherche. Je répondais vaguement à ses questions ingénues, occupé à faire tourner l'écran hors du champ de vision de L. Elle quitta les lieux sans que je le remarque vraiment, à peine un au revoir distrait.

Quelques articles particuliers me retenaient, et je les parcourais, une fois, deux, trois. Le ressentiment puissant, glacé. Inspiration. « Tu ne me fais pas confiance à un point que je n'imaginais même pas. »

Le détective se figea en plein déballage d'un rocher aux noisettes. « Tu ne me fais pas confiance non plus. »

Je faisais d'énormes efforts pour poser ma voix, paraître calme. « Donc, en résumé, ça te donne le droit de m'enfermer cinquante-trois jours, alors que Kira est actif depuis mon quinzième jour de détention ? Le quinzième. » Je lui collai l'ordinateur sous le nez. « Et qu'a-t-il fait pour rattraper le temps perdu ? L'équivalent de deux semaines de meurtres en un seul jour et tu n'as pas jugé bon de m'en informer ?

- J'ai tous les droits. Et si tu prenais le temps de faire fonctionner ta petite cervelle, tu comprendrais pourquoi je ne t'ai rien dit. D'autant que tu avais deviné le retour de Kira.

- Rassure-toi, je comprends. » Le ton s'acéra. « Ce qui m'échappe en revanche, c'est pourquoi tu n'as rien dit à ma libération, pourquoi je dois chercher ces infos moi-même, encore maintenant, et pourquoi tu m'as envoyé à la fête foraine alors que Kira tue de nouveau.

- Encore ça... » Il entortilla une main lasse dans le capharnaüm qui lui servait de cheveux. « Tu ne peux pas lâcher l'affaire ?

- Non.

- Très bien, pardon d'avoir voulu faire preuve d'humanité. Plus aucune sortie autorisée, et plus jamais de fête foraine, content ?

- Non. »

Il mordit dans la confiserie avec un soupir frustré et me présenta son dos, la colonne ronde. Sauf que je n'avais pas terminé. « Autre chose que je m'explique pas. » Je cliquai sur un entrefilet.

- « Stupeur à la soirée salsa » ? En quoi dois-je me sentir concerné par une soirée salsa ?

- L'homme est mort de crise cardiaque. Huitième jour de détention, tu as forcément pensé à Kira.

- La presse ne l'a pas fait, le contexte est trop imprécis.

- Les journalistes sont des imbéciles.

- Dois-je considérer ceci comme un compliment ? »

Je l'étranglai avec les iris. « Le troisième Kira testait son pouvoir.

- C'est une possibilité. » Il haussa une épaule nonchalante, je crevai d'envie de hurler chaque alvéole de mes poumons.

« Les coïncidences, très peu pour moi. J'en suis venu à penser qu'il s'agit de ton fanatique. La victime est morte d'infarctus et retrouvée ensevelie sous le buffet des pâtisseries, sans compter son tatouage sur le bras : HELLO avec les deux L à l'envers.

- Tu t'obstines à voir une corrélation entre le troisième Kira et le tueur de Misora.

- Peut-être qu'il y en a une.

- Peut-être qu'il n'y en a pas. »

Mes mâchoires se comprimèrent. « C'est toi qui t'obstines à ne pas la voir, tu es censé explorer la moindre possibilité. C'est ton boulot.

- Qui dit que je ne l'ai pas fait ?

- Si tu avais ne serait-ce que connaissance de cet article – et je suis persuadé que tu l'avais – , tu aurais dû m'en parler, au minimum. Je suis ton suspect principal, merde ! »

L'énervement pinça son visage. « Je suis encore libre de choisir les données que je transmets, surtout à mon suspect principal. Épargne-moi la longue suite de ce ramassis de pures suppositions, l'instinct et la déduction ne font pas tout. »

Foutage de gueule. « Bien sûr, tu ne le fais jamais, j'en suis la preuve vivante. Sans oublier ton expérience de plus-grand-détective-de-l'univers contre laquelle un pauvre étudiant ne peut pas lutter.

- Tu n'es qu'un gosse et tu es ici parce que je le veux bien. Si je dis qu'une affaire ne te concerne pas, c'est qu'elle ne te concerne pas. »

Misa rentra peu avant l'heure du dîner dans une ambiance polaire. La dispute avait couru toute la journée sans apaisement malgré les multiples tentatives extérieures de conciliation. La jeune fille sourit largement, insensible à la tempête de glace. « Vous savez quoi, j'ai un flash news ! » Clin d'œil. « Ryuzaki, on commande des chaussures de femme en nougatine maintenant ? » D'un rire argentin, elle ôta la veste de son bras, révélant un paquet caché dessous. Le sang se retira de mon visage.

Première parole pour L sans vocation insultante depuis quatre heures. « Tu n'as pas commandé de chaussures en nougatine n'est-ce pas ?

- Non. Tu n'as pas informé ta petite amie de... la situation ?

- Non.

- Ben tiens. Et c'est un drame quand les circonstances sont inversées. Rappelle-moi le sujet dont tu ne démords pas depuis le matin ? »

Misa arqua à sourcil dessiné au crayon. « Quelle situation ? Bref, bref, regardez le magnifique chef- d'œuvre ! » Elle sortit la chaussure droite pour la faire admirer. Une bottine élégamment courbée, la forme fine, épurée. Un bijou d'ambre poli, illusion ciselée de nougatine. « C'est marrant, y a un truc qui bouge à l'intérieur. Vous pensez qu'il y a quoi dedans ? »

J'essayai l'approche douce. « Ce qu'il y a habituellement dans une chaussure. »

Confuse, elle inclina la tête de côté. « Mais c'est pas une vraie. Oh, tu penses à une garniture surprise ? »

Matsuda écrasa ses mains devant sa bouche. « Bon sang, je vais vomir. »

La jeune femme lui tourna un regard interloqué. « Ben quoi, t'aimes pas les garnitures surprises ? On la casse, dites ? J'ai hâte de voir ce que c'est. » Le policier bascula le dossier de sa chaise au sol avec fracas et s'enfuit dans le couloir, un borborygme cloisonné dans les paumes.


Je feignais de ne rien entendre. La couverture rabattue n'étouffait pas le bruit insistant du clavier, à peine la lumière bleue aquarium qui baignait la pièce. Pas question de céder le moindre mot, le moindre signe d'attention. À tous les coups L faisait exprès d'appuyer bruyamment sur les touches, d'agiter la chaîne toutes les trente secondes, tirant mon bras vers lui au passage. Et j'étais convaincu qu'il avait poussé la luminosité de l'écran presque au maximum.

Le mélange de cliquetis et de flash piscine ne faisaient que m'agacer davantage. Je me tournais dans tous les sens pour contraindre le sommeil qui fuyait mon esprit peu enclin au calme. Plus il me fuyait plus je m'énervai en silence. Finalement j'optais pour la posture sarcophage, sans bouger un muscle pendant deux heures. Les yeux fermés de toutes mes forces, une multitude d'imprécations contre L en ricochet dans la tête.

Au bout d'un certain temps, difficilement quantifiable, le magma ralentit, la colère reflua. Quelque chose n'allait pas tout à fait droit dans mon comportement, je m'en rendais compte, sans mettre l'idée sur le problème. Seule certitude, jamais je n'avais été en rage aussi longtemps contre quelqu'un, jamais pendant des heures, jamais au point de ne pas réussir à dormir. J'avais des raisons, certes, et pas des moindres, sauf que habituellement je ne réagissais pas de manière épidermique. Mon caractère n'était pas impulsif. Yagami Raito n'était pas impulsif.


Mes yeux s'ouvrirent brusquement. Une variation avait eu raison de mon sommeil agité. Variation de l'environnement immédiat : le lit de Ryuzaki était vide, la menotte jumelle rivée au sommier. Attente. Deux voix parlementaient bas dans le corridor, en approche. Impossible de saisir les propos, cependant le ton le plus grave... Watari, le pseudo chauffeur ? Derrière la porte, les chuchotis s'estompèrent, se turent. Une silhouette se glissa dans la pièce, découpée noire dans la pénombre.

« Tous tes procédés sont aussi écœurants que celui-ci ? » La silhouette se figea. Je poursuivis. « Exiger des autres qu'ils se soumettent à une contrainte totale tout en faisant semblant de subir l'identique pour s'en libérer quand bon te semble... C'est atrocement déloyal. »

Ryuzaki s'assit sur son lit, la chaîne remise en place d'un son métallique.


Matsuda soupira, dépité. « Le tueur fait exprès d'envoyer des... morceaux juste avant chaque repas ?

- Désolé Matsuda, je pense que oui. » Sourire d'excuse, je tapotais son épaule. Personne n'arrivait à avaler quoi que ce soit après lesdits envois, encore moins du sucré. Regarder un simple cookie devenait quasi insoutenable. Ryuzaki était le seul à ne pas voir ses habitudes alimentaires perturbées, étonnant.

« Pourquoi on doit faire ça ? » Les lèvres tremblotantes, Matsuda prit sur lui, repassant le coton-tige sur le « baba au rhum ».

« Raito, tu pourrais expliquer la raison du prélèvement à notre cher ami, puisque ses deux neurones vacants sont trop occupés à bloquer le réflexe péristaltique pour additionner deux et deux ? »

Le policier releva le nez. « La dispute conjugale est terminée ? »

L fit la sourde oreille devant son ordinateur, la réponse généreusement délaissée à mes soins.

« Statu quo pour le moment et ne relance pas le sujet s'il te plaît, cette dispute n'a rien de conjugal. Les prélèvements sont essentiels, on doit s'assurer que tous les « morceaux » appartiennent à Naomi Misora.

- Oh le tueur pourrait euh... mélanger les sources, ce type est un malade. Eurk, je me sens nauséeux d'un coup, là. »

L, sec. « Tu as encore trente mini babas à tester.

- On ne sait même pas avec quoi ils sont faits. » Il ronchonna. « Même si on sait avec qui. »

Je fermai le coton dans un tube à essai. « Justement non, on ne sait pas avec qui, d'où les tests. Pour le quoi, nous pensons que les babas sont constitués d'un mille-feuille de tissu pulmonaire. La texture est assez similaire et ça explique la couleur. »

Le détective gronda. « Bravo, maintenant il va vomir sur les preuves. »


Ryuzaki se pencha sur la nouvelle boîte, règle en main. « Dix centimètres environ, l'imitation est remarquable.

Mon père s'inclina à son tour. « Quel est le problème avec ces madeleines ?

- Ce ne sont pas des madeleines, pas toutes.

- Hé bien à part cette nuance rosâtre, pour moi ça ressemble parfaitement à des madeleines géantes. »

Je ricanai, jaune. « Papa, tu connais le jeu Chercher Charlie ? Ici on joue à Chercher la langue. »

Sôchirô déglutit, la peau grise. L'honneur de commissaire supplantait la répulsion, peu importait si la voix était légèrement mécanique. « Comment le tueur a procédé pour la contrefaçon ?

- Comme avec du riz soufflé. » Ma grimace répercutée sur mon interlocuteur.

L précisa. « Et probablement un fil chauffé à blanc pour les rainures. »

Matsuda revenu en s'essuyant la bouche d'un sopalin, s'avisa des madeleines. « Si vous gardez encore ces trucs à portée de vue, je ne réponds plus de rien. » Il ouvrit le frigo, sortit un bocal qu'il plaça droit devant ses yeux. « Au moins avec ça, je suis tranquille. C'est pas avec des litchis qu'un maboul pourrait s'amuser. »

Je me levai, rapide, avant qu'il ne les voit. « Donne-moi le bocal.

- Le bocal, c'est mon pote. » Il le secoua. « Regarder un peu de nourriture saine ça ne fait pas de – ! » Le verre lui échappa, aspiré par la gravité. Mû d'un réflexe, je rattrapais le récipient avant qu'il ne s'éclate par terre. Matsuda balbutiait des « Y a... des, y a... », « trucs », « euy euy » et autres onomatopées.

Je posai le récipient sur la table, le jus encore chaviré par la chute. Parmi les litchis mous, deux billes sombres tanguaient dans le liquide. Deux billes ternes, les viscosités flottantes.


Thirst


Les doigts trempés de chocolat et rangés dans une boîte de Fingers étaient d'un mauvais goût absolu. Bien pire que les autres parties du corps qui avaient pu servir à souiller des merveilles d'art sucré. Et évidemment, ils avaient eu le même effet indésirable de faire blêmir puis vomir les esprits fragiles.

Un spéculoos alla s'imprégner de thé avant de venir rencontrer son destin dans ma bouche. Merveille de la cannelle et du citron.

Doigts fins aux ongles arrachés, petites mains de japonaise. Certainement celles de Naomi, le calibre correspondait. La bague de fiançailles n'avait pas tenu, et était partie rouler sur le chocolat fondu. Petit anneau d'or blanc orné d'un unique saphir.

« Tu as forcément une idée de l'identité du type qui t'envoie ça. Il te connaît.

- Pas nécessairement. Tout le monde aime les gâteaux. Tous les gens normaux, qui contrairement à toi prennent leur café avec du sucre.

- C'est insupportable. C'est sûrement Kira, il connaît tes habitudes et...

- Si c'est Kira, et qu'il sait ça de moi, c'est que tu le lui as dit. Je devrais chercher parmi tes amis ?

- Encore à ce stade ? Tu radotes.

- Toi aussi. Il n'y a aucune raison que ce soit Kira qui m'envoie ça. Son intérêt est de rester caché.

- Et s'il pense que c'est ton opinion, il a tout intérêt à te prendre à contre-pied. Pour gagner...

- Il faut prendre les devants. Ne me pique pas ma réplique.

- Punchline périmée, puisqu'il te l'a volée et renvoyée. »

Sa colère latente, à fleur de peau. Toutes ses réactions, épidermiques. J'attrapai un sucre entre le pouce et l'index, et le déposai dans une tasse vide avant de la remplir. Poussée vers lui.

« Tiens, le sucre adoucit les mœurs, tu devrais essayer. »

Vu son regard, il ne s'en fallait que de peu que ledit breuvage ne vienne m'ébouillanter le visage.


Les rapports d'autopsie n'étaient pas exactement la littérature la plus réjouissante au monde. Pas de quoi s'extasier. Mais une crise cardiaque avec une cause définie était plutôt exceptionnelle, ces temps. Le pauvre danseur de salsa, au bras marqué d'un tatouage dyslexique. Deux L retournés, message clair. Mais la prudence s'imposait, malgré les indices et la quasi certitude. Raito aurait très bien pu prévoir tout ça pour m'emmener sur une fausse piste. Tout à fait son genre, surtout de diriger les soupçons vers un criminel qui serait condamné à mort quoi qu'il fasse maintenant.

Empoisonnement au muguet. Les autres effets contrebalancés par des médicaments ayant permis la danse jusqu'à la fin. Presque romantique. Crise cardiaque dans les bras d'une vieille chose décrépie, qui s'était empressée de piailler son malheur à qui voulait l'entendre.

Rien de très Kira là-dedans. Son style était plus grandiloquent. Enfin, ce n'était pas mon Kira.

Mon Kira avait-il même existé, n'avais-je pas juste projeté un idéal sur ses actes, voulant les faire coïncider à ce que je savais de Raito ? Non. Je n'avais pas pu être subjectif. Ma résolution de l'équation était trop parfaite et élégante pour être fausse. Raito = Kira, Misa = Kira 2. Sûr et certain. Mais actuellement officiait un troisième assassin à la crise cardiaque inexplicable. Me restait à le dénicher. Plus vite et plus brutalement, pour ne lui laisser aucune possibilité de fuite.

Le nouveau Kira n'avait apparemment pas l'Œil . Les criminels au nom mal orthographié ne mourraient plus. Le pouvoir de tuer était donc bien transmissible – ou divisible – mais l'Œil n'avait pas enduré le transfert. Raison obscure, pour le moment. Peut-être était-ce une fonction cachée, quelque chose de débloquable... ?

Sourire.

Quelque chose que Misa aurait trouvé, et pas Raito ? L'idée même était risible. Non, il devait plutôt y avoir différentes versions du pouvoir, voire de l'objet servant à tuer. Objet fabricable ? Rien ne serait pire, mais je n'arrivais pas à envisager que quelqu'un ait pu inventer pareille machine, puis se la faire voler, surtout par Misa, qui en aurait fait une copie plus performante. N'importe quoi. Impasse.

Pour l'instant, Kira 3 restait trop caché. Il allait falloir attendre qu'il fasse une faute. Un Kira pouvait aussi apparaître, logiquement. Deux pouvoirs avaient pu être transmis, un seul était réapparu. Mais les perquisitions n'avaient rien donné, et sans savoir quoi chercher...

Je cessai de réfléchir, léchant mon pauvre pouce mordu au sang. La frustration rongeant ma patience et ma motivation.

« Au lieu de te manger les doigts, mange un cookie. Tu pourrais tomber malade pour avoir ingéré du sang. »

Départ précipité à l'arrière. Matsuda, pas besoin de me retourner pour le savoir.

« Manger mes doigts ? Tu le fais exprès. Sadisme en demande de victime ?

- Ce n'est pas moi qui m'acharne à manger du sucre en barres quand un psychopathe s'amuse à m'envoyer des morceaux de cadavre à la chantilly, que je sache.

- Ceci dit, c'est gentil de t'inquiéter pour ma santé. Je vais suivre ton conseil. »

Cookie aux pépites de chocolat blanc. Et caramel. Et éclats de framboises. Faits par Watari, un délice absolu.

Yagami père marmonna dans sa barbe, ronchon. Mais pas assez pour être incompréhensible. « Pure politesse, pas comme si ça l'inquiétait vraiment, c'pas non plus inintéressé, va pas courir toutes les cinq secondes à la cuisine... »

Fascinant, ce père obsédé par la sexualité de son fils. Complexe œdipien inversé, ce ne serait guère étonnant. Creepy, mais pas étonnant. Plaisir sourd de contrarier. Je poussai la petite assiette vers Raito. « Sers-toi, si tu en veux. » Paire de regards étonnés. Certes, je ne partageais jamais mes vivres. Mais avec lui, j'étais plus ou moins sûr qu'il n'en prendrait pas. Pure politesse.

« Pourquoi pas. » Sursaut. La main étrangère s'empara d'un de mes biscuits. Kidnapping de cookie. Cookinapping. Je le fixai, interdit. Dents agressant la dorure, arômes délicats. « Ils sont bons. Merci. »

Au bord de l'étranglement. La politesse n'aurait-elle pas dû le pousser à se priver, de peur que j'aie encore faim ? Manque de savoir-vivre éloquent. Ou plaisir de me torturer.

« De rien. » Réponse polie à outrance, pour le seul plaisir de regarder dans un reflet d'écran Sôichirô devenir violet. Et aussi, préserver le calme quelques minutes.

« Je peux en avoir un, aussi ? » Le père faisait un test ? Il allait être servi.

« Il n'y en a plus, c'est bête. »

Alors qu'il ouvrait la bouche pour me contredire, je le pris de vitesse et enfournai de force les quatre cookies restants, m'étouffant à moitié.


La fin de ma pause entra dans la pièce de travail sous la forme d'un ouragan blond, aux effluves de parfums mêlés de pollution citadine et de maquillage minéral. Juchée sur ses échasses, Misa, dans toute sa splendeur de gothic lolita. Gamine, poupée de porcelaine dans un univers fantasmé.

« Raito chéri, je suis rentrée ! Il faut absolument que je te montre ce que j'ai fait faire pour nous, c'est trop mignon. »

Elle brandit un paquet cadeau fuchsia, visiblement emballé par ses soins. Le gros nœud de satin légèrement excentré, les coins approximativement tendus sous le papier cadeau, le scotch apparent.

« Je vois, je vois... un collier de nouilles.

- L'écoute pas, il connaît rien à l'amour.

- L'amour est une réaction chimique, qui implique notamment les phéromones. Mais vu l'inondation de parfum qui te caractérise si bien, je doute que cet aspect joue beaucoup.

- Pfff t'es pas romantique. C'est pas étonnant qu'aucune fille veuille de toi.

- Ça de moins à supporter.

- Bon, ça suffit, j'aimerais travailler. »

Yeux de chiot battu, rejetée par son aimé. Je me retins de sourire sardoniquement, conscient d'être épié.

« Si il se taisait aussi... tiens, Raito ! C'est juste pour toi ! »

Le paquet déposé sur un coin de bureau, insulte au bon goût. Fuchsia, pouvait-on faire couleur plus criarde, plus vulgaire ?

Plus kitsch et neuneu que le bracelet offert, en tout cas, c'était inconcevable. Couleur argent – en réalité certainement un mélange d'aluminium et de fer blanc, idéal pour les boîtes de conserve – l'objet représentait un demi-cœur garni du premier kanji du nom de la donzelle. Elle-même exposa fièrement son poignet rachitique, encerclé de l'autre demi-cœur au kanji de la lune. La moitié du prénom.

« C'est... gentil, Misa.

- C'est mignon, hein ? Je savais que ça te plairait !

- Ça fait con, surtout. »

Regard réprobateur. « L! » Mais non, je savais qu'il était forcément d'accord avec moi. Inutile de nier. De toute façon, elle était vraiment cruche pour penser qu'il pourrait vouloir porter un bracelet en plus d'une menotte. Tellement inattentive, et ça se disait amoureuse. Réactions chimique, point barre.


La journée déclinait, les ventilateurs distillaient tranquillement l'air rafraîchi par la climatisation. Dehors, le thermomètre continuait d'afficher des températures bien trop chaudes pour être vivables. Plein mois de juillet, fournaise caniculaire. Le temps parfait pour un thé glacé.

« Pourquoi est-ce que tu ne lui as pas carrément dit que c'était moche ? »

Le bijou rangé dans une poche, toujours pas à sa place. Recyclé en trombone, il aurait eu plus de sens.

« Parce que j'ai un minimum de respect pour autrui.

- C'est laid, et c'est cucul.

- Elle s'est donné du mal pour réfléchir à ce cadeau.

- Ce qui ne l'empêche pas d'être débile. Tu le gardes pour ne pas la vexer ?

- Bravo, Sherlock.

- Sarcasme ?

- Rappelle-moi de t'étrangler cette nuit, tu veux. »

L'enquête sur Kira et mister Cadeau empoisonné étant au point mort, autant m'occuper utilement en laissant les autres ramer. Par exemple, je pouvais dresser une liste des caractéristiques féminines qui faisaient que Raito s'intéressait à Misa et Takada, mais pas à Ringo ou d'autres femelles de son entourage. Sans tenir compte de ses revues porno, achetées probablement au hasard histoire de donner le change si besoin.

Une blonde, une brune. De tailles différentes. Styles vestimentaires différents. Études différentes. Maquillage et parfum différents. Mais toutes deux s'étudiaient plusieurs dizaines de minutes avant de sortir de chez elles, et jouaient plus ou moins de leur apparence pour asseoir leur place dans la hiérarchie sociale. Poitrines menues, mêmes avec le rembourrage que toutes deux mettaient pour faire illusion. Poids plutôt bas, sans friser l'anorexie. Plus vieilles que lui toutes les deux. Plus petites, aussi. En somme, rien de folichon.

Intellectuellement, leurs profils divergeaient encore plus. Une gourde absolue, et une relative. Une acharnée de l'amour passion, une plus froide, calculée. Avide de pouvoir. Centres d'intérêt aux antipodes. Mannequin et étudiante intéressées par la communication et les médias. Premier point réel en commun – le rembourrage des sous-vêtements ne comptant pas vraiment – cette envie de briller en société. Par le corps ou par l'esprit, mais toujours se faire bien voir des autres. Faim de reconnaissance. Romantisme échevelé, aussi, même si plus ou moins enfoui. Mais pourquoi Raito apprécierait-il ces traits de caractère ? Pour se sentir supérieur, dans ses relations de couple ? Il n'avait pas besoin de ça. Alors pourquoi ces deux filles ?

« Matsuda ? »

Le policier releva la tête brusquement.

« Me dis pas qu'on a reçu un nouveau colis.

- Si tu avais une copine, tu choisirais quel genre de fille ? »

Un rougissement soudain envahit ses joues, jusqu'à la racine de ses cheveux et son cou.

« Pourquoi tu me demandes ça, tout à coup ?

- Pour l'avancée de la science.

- Euh... je sens pourtant qu'il y a une autre question qui se cache derrière. »

Stupide, mais avec le nez aiguisé, l'animal. Et les regards accusateurs lancés par Yagami se faisaient de plus en plus insistants.

« Statistiques personnelles.

- Bon... si ça t'amuse... alors, douce. Gentille. » Gentille. Insulte déguisée en compliment. Ce qui reste à quelqu'un de stupide, de moche, de triste et d'incompétent, c'est d'être gentil. « On partagerait les mêmes goûts comme ça on se battrait pas pour la télécommande le soir. Films d'action et d'aventure. » Menton posé dans sa paume, il était bien parti pour nous raconter sa vie rêvée avec sa femme imaginaire. « On aurait un chien, un bon gros toutou avec des joues de peluche, qui nous ferait la fête quand on rentre, et on irait le promener et jouer au freesbee.

- Et physiquement ?

- Un Shiba Inu, je pense.

- Ta copine, pas ton chien. » Certes, dans son idéal, les deux revenaient au même. Doux, câlin, gentil. Avec de grands yeux humides reflétant une loyauté inébranlable et indéfectible.

« Ah ! Pas trop grande, avec des jolis yeux bleus ou verts. Des cheveux châtains, je pense. Clairs. Et des... »

Mouvement des mains, très distingué.

« Et un petit... »

Re-mouvement des mains, plus bas, tout aussi distingué.

Soupir exaspéré de Raito.

« Bon, ça suffit. C'est quoi, la question, Ryuzaki ? »

Terrain glissant. Trop dangereux. Lui annoncer clairement que je cherchais à savoir si en tant que Kira il se servait de son entourage féminin uniquement pour son profit ou s'il en retirait un agrément plus animal ne serait certainement pas pour lui plaire. Et Sôichirô, avide comme un vautour planant au-dessus d'un gnou agonisant, n'attendait qu'un signe pour fondre sur sa proie. Mieux valait reculer que de subir les feux croisés.

« Je me demandais juste pourquoi il était le seul ici à ne pas avoir de copine. »

Matsuda rit, s'esclaffant comme seuls savent le faire les imbéciles.

« De copine peut-être, mais ça n'englobe pas toutes les possibilités ! Pourquoi, Ryuzaki, intéressé ? » Il repartit dans son fou rire, heureux de sa blague. Il ne se sentait clairement pas menacé par ma libido, pour parler de ça si librement.

Bien. Rien que d'imaginer...

Mieux valait ne pas imaginer. L'image était pire que celle d'une entrecôte humaine délicatement exposée au milieu de langues de chat. Pire même que le colis nouvellement arrivé, porté par un Mogi écœuré, au teint verdâtre. « Ganglions, je crois… emballés dans des papiers de bonbons, cachés dans des bonbons aux fruits et des sucettes.

- Non merci, je vais rester aux choux à la crème. »

Bruit de régurgitation du côté de Matsuda. Petite nature.


Deux jours de doléances suraiguës avaient fini par avoir raison de ma volonté de la contrarier, et Misa avait finalement obtenu un rendez-vous avec Raito.

Nous étions donc lui et moi naturellement assis sur un canapé, et faisions face à une midinette pomponnée et apprêtée comme le jour de la remise des diplômes d'un CAP coiffure. Longues chaussettes qui lui mordaient les cuisses et tunique noire. Bracelet immonde solidement attaché à son poignet. Moue boudeuse vissée au visage. Maigre consolation pour ces instants de pur ennui.

« Franchement, c'est pas ce que j'appelle un rendez-vous galant. Tu pourrais pas sortir et nous laisser seuls ?

- Je pourrais, mais je vous surveillerais par les caméras, ça revient au même. Alors je vais plutôt rester là et terminer mon bavarois.

- Tu es pervers. Ça te fait plaisir, de nous regarder flirter.

- Je ne me sens plus de joie. »

La fourchette racla les derniers reliefs de ma part. Difficile pour moi d'imaginer une raison valable pour laquelle Raito acceptait de voir Misa. Une raison autre que celle très courante de m'emmerder. Il ne pouvait pas même espérer satisfaire une quelconque pulsion corporelle tant qu'il serait au QG, a fortiori enchaîné à moi. Alors, vraiment, je ne comprenais pas.

« Misa, tu sais que Raito voit d'autres filles, à la fac ?

- Ce n'est pas...

- Hein ? Qui ça ? »

Regard noir d'un adolescent trop volage.

« Takada, par exemple. Élue Miss Todai.

- Elle compte pas autant. Elle peut pas.

- Pourquoi ça ? Elle est grande, elle est belle, elle ne te ressemble pas. » Instant de silence. À ne pas laisser durer, sinon, aussi nouille soit-elle, ses connexions synaptiques allaient bien finir par se rencontrer, même fortuitement. Elle croisa les bras, la mine mauvaise. Diversion imposée.

« Tu ne manges pas ton gâteau ?

- Non, j'évite le sucré, ça fait grossir. » Toujours cet éclat de méfiance, qui ne m'étais pas dirigé. Raito allait devoir s'expliquer, très prochainement. Cadeau.

« Bien un truc de fille. Le sucre ne fait pas grossir, si tu te sers de ta tête.

- T'es encore en train de te fiche de moi, hein ?

- Laisse-le dire, Misa. Ce n'est pas avec ce que lui se sert de son cerveau en ce moment qu'il peut dire quoi que ce soit. » Raito, réveillé. Et de mauvais poil, pour changer. Venait-il seulement de me comparer à Misa ? D'oser une insulte pareille ? « Avec ce que tu mets comme bonne volonté dans l'enquête, tu ne dois pas être en surchauffe cérébrale. Plutôt proche de l'hibernation, même.

- Bah... je suis déprimé. »

Et j'avais encore plus de raisons de l'être si je donnais l'impression d'être aussi amorphe intellectuellement qu'un mannequin aux couettes blondes. Déchéance absolue.

« Tu es déprimé. Je peux savoir pourquoi ? Il n'y a plus assez de morts pour éveiller l'intérêt de monsieur Je-suis-la-Justice ?

- Hmpf. Non, mais devoir remettre en cause ma théorie est un vrai calvaire. Je pensais vraiment que tu pouvais être Kira. Je pense toujours que tu l'as été. » Mordillage de fourchette, léchage de doigts et mouvement de poignet sur cliquetis métallique. « Mais Kira peut manipuler les gens, alors il est possible que toi et miss ayez été ses pantins. Vous n'êtes alors que des victimes. » Insulte, bonjour. Victimiser Raito, le meilleur moyen de l'énerver. Et je n'étais pas d'humeur à être sociable. « S'il t'a choisi pour ton accès aux informations de la police, je serais vraiment agacé. Et je ne comprends pas pourquoi il ne vous aurait pas tués. Il n'y a aucune raison de vous garder en vie, une fois la manipulation terminée.

- Tu penses que Kira nous avait donné ses pouvoirs, puis les a repris pour les confier à quelqu'un d'autre.

- Logique.

- Mais un pouvoir qui se donne et se retire à distance, c'est une plaie, et avec cette hypothèse, Kira va être très difficile à attraper.

- Voire impossible. D'où mon manque de motivation actuel.

- Ce n'est qu'une hypothèse. On n'en sait pas assez sur Kira, ni sur ses méthodes pour affirmer quoi que ce soit.

- Tu es idéaliste, tu ne retiens que les indices et preuves qui t'intéressent et t'arrangent. Ce n'est pas la première fois.

- Cesse d'être si pessimiste. »

Frisson. Il avait posé sa main sur mon épaule. Geste traditionnellement amical, signe de soutien. Aussi rappel des milliers d'assassinats par poignard dans le dos. Et j'étais certain que Kira, le Raito d'avant l'enfermement, avait déjà tenté d'avoir ma tête.

« C'est en continuant de chercher qu'on finira par trouver de nouveaux indices, de nouvelles pistes. Il faut continuer à travailler.

- Tu crois ? Moi je pense que je ferais mieux de ne pas trop me forcer. » Crispation des doigts, assombrissement du regard.

« Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Plus je bouge, plus je mets ma vie en danger. Je ne suis pas certain d'être gagnant, à trop le pourchasser. Et j'ai déjà cru mourir plusieurs fois. »

Esquisse d'un mouvement vers la dernière assiette de la table, la seule rescapée. Interrompu par un Raito se levant, lentement.

« Ryuzaki ? »

Je tournai la tête, et n'eus que le temps de tenter de me lever avant de recevoir son poing en pleine face. Déséquilibré par la force imprévue, je tentais de me rattraper à ce que je trouvais – la chaîne – et finis par terre, couché à quelques centimètres d'un malheureux ficus qui n'avait jamais demandé à être là. Déjà, ma joue me brûlait, l'os de la pommette meurtri par sa colère.

« Tu m'as fait mal. » Ton neutre, constatation objective.

« Tu te fous de moi ? Tu fais la gueule parce que tu avais faux ? Parce que je ne suis pas Kira ? Ce n'est pas en restant aussi amorphe qu'une huître qu'on l'attrapera ! » Il se mit à véritablement crier, empoignant mon col, le visage déformé par la rage. « Qui a dit à la télévision qu'il entraînerait Kira à l'échafaud ? Pour qui sont morts tous ces agents du FBI et ces policiers ? Qui m'a emprisonné, tout ce temps ? C'est toi, non ? Alors tu prends tes responsabilités et tu te bouges ! »

Bien, il avait donc besoin de cette violence pour s'extérioriser. Si sa mauvaise humeur depuis qu'il était sorti pouvait trouver un exutoire dans une bonne confrontation physique, pourquoi pas. L'adrénaline utilement déversée dans les muscles, elle ne parasiterait plus son jugement.

« Je comprends ce que tu me dis. Mais perdre une fois, c'est déjà trop. » Sur ce, j'envoyai mon pied dans sa mâchoire, en appui sur mes mains pour plus de force de frappe. La surprise n'apparut sur son visage qu'une petite fraction de seconde, avant qu'il ne parte vers l'arrière, entraîné par le coup et la gravité. Tiré par la chaîne – entrave même pendant un combat – je m'étalais par terre, à moitié sur lui. Un coup de coude violent de sa part dans mes côtes me fit reculer, non sans lui glisser un coup de genou dans le tibia.

« Toute ma vision de l'affaire semble être fausse, maintenant. Je n'ai pas le droit d'être un peu découragé ?

- Non. Ce n'est pas juste que tu sois mauvais perdant. C'est pire. Tu n'arrives pas à admettre que je sois innocent.

- Parce que tu serais parfait ? Non, tu te trompes. Je voulais que tu sois Kira, parce que tu étais parfait. Mais maintenant, tu es juste standard. Oui, j'aurais voulu que tu sois Kira. » Cette fois, j'avais prévu son coup, et malgré le filet de sang qui glissait déjà de mon arcade en rougissant ma vision, je ne tombais pas. « Perdre une fois, c'est déjà trop. Moi aussi, je suis fort, tu sais. » Coup de talon dans le buste, respiration sciée. Yeux noirs de rage.

Le téléphone, glas du match nul.

Surveillant mon adversaire du coin de l'œil, je décrochai.

« Ah, Ryuzaki, c'est génial !

- Bon horoscope ?

- Misa Misa a décroché un rôle pour le prochain film de Nishinaka ! »

Le téléphone retomba sur sa base, mort.

« Qu'y a-t-il ?

- Rien. Matsuda qui est tout foufou parce qu'il a pris son rôle trop à cœur.

- C'est sa nature, d'être spontané. »

Il se tamponnait doucement la lèvre inférieure, ouverte et sanglante. Fin des hostilités, je préférai prendre une sucette dans ma poche, miraculeusement saine et sauve. Rien ne servait de nous entretuer à mains nues.


Ce soir, il n'avait pas eu de mal à s'endormir. Pour une fois, j'avais attendu une petite demi heure avant de sortir l'ordinateur de veille. Triant rapidement les fichiers, censurant ce qui pouvait être trop dangereux. Trop compromettant. Pour moi. L'abcès crevé, peut-être que se mettre ensemble à la recherche de Kira 3 serait de l'ordre du possible. Pas trop vite, pas avec trop de zèle, mais réel quand même.

Juste le temps de planquer correctement les adresses mail que je ne voulais pas voir devant ses yeux, de même que des fichiers vraiment confidentiels, et des rapports trop détaillés. Rien qui ne gênerait sa compréhension, mais anecdotes qui auraient le potentiel de me mettre en danger, pour le cas où il jouerait vraiment un rôle. Difficile à imaginer maintenant, mais toujours possible.

Les fichiers prêts, je partis sur internet, errant sans but, m'amusant de la bêtise humaine. Assis devant mon portable, posé sur le matelas. Je fermai l'œil droit, légèrement abîmé. Six heures du matin. Juste le temps de fermer les yeux, sans dormir.

Écran flou, bruits sourds de ronronnement de ventilateur et de respiration apaisée. Poser la tête sur l'ordinateur, peut-être.


Un petit commentaire en passant ?

J'ai vaguement hésité à changer le rating du chapitre, mais finalement il me semble que ce n'est pas utile, qu'en pensez-vous ?

Raito est sur les nerfs mais sachez que c'est entièrement voulu (et passager), j'imagine que la raison est assez évidente ^^

A dans deux semaines pour la suite des réjouissances et la livraison de nos appétissants petits colis x)