Petit mot de l'auteure : la phrase débutant ce texte est tirée d'Au revoir là-haut, un chef d'oeuvre de Pierre Lemaître. Allez le lire.
Jour 20 : Peur
Contexte : UA à partir du tome 7
Merci à Manon LB, LunaQueen (x2), Marina, Angelica et BlackAngelis pour leurs reviews !
Ceux qui pensaient que cette guerre finirait bientôt étaient tous morts depuis longtemps. De la guerre, justement.
Ce qui était plutôt paradoxal, lorsqu'on y songeait, puisqu'il n'était même pas censé y avoir de guerre. Les Mangemorts tuaient Dumbledore, infiltraient le ministère, et l'histoire était réglée – bien sûr, le camp de l'ombre se doutait qu'il y aurait quelques interactions minimes, des sursauts de révoltes de la part d'indisciplinés, mais rien de bien méchant. Sauf que voilà, non seulement les batailles s'étaient agglutinées pour former une véritable guerre, mais en plus, celle-ci durait. L'Ordre du phénix était manifestement bien plus déterminé à se battre que ce que le Seigneur des Ténèbres ne l'avait cru... De ce fait, chacun cherchant des alliés à l'étranger, c'était un conflit européen qui avait explosé.
Dans ce contexte sombre, Drago n'avait même pas eu l'occasion de terminer ses études. Comme tous les jeunes gens de son âge, il avait été sollicité pour rejoindre les rangs de Voldemort. Certains avaient refusés – et ceux qui n'avaient pas réussis à s'enfuir avait été exécutés en place public. Pour l'exemple, avait déclaré le Lord en personne, avec une froideur qui contrastait avec l'enthousiasme fou de sa plus fidèle lieutenant derrière lui – Bellatrix Lestrange s'amusait comme une petite folle, si bien que Drago en venait à se demander si elle n'était pas heureuse des désertions. Ces dernières lui donnaient en effet l'occasion de faire preuve des ses talents.
Mais Bellatrix n'était pas la seule personne à craindre. Elle avait pour ainsi dire une rivale, chose qui l'embêtait grandement – certains murmuraient que celle que tous surnommaient craintivement la Reine était encore plus cruelle que la mangemort et partageait sa folie, à la différence qu'elle la laissait courir pour le compte de l'Ordre. Bellatrix mettait ainsi un point d'honneur à torturer toujours plus élégamment ses cibles afin de montrer que la meilleure dans ce domaine était elle, et non cette vulgaire tortionnaire de lumière. Reine ou Bellatrix, Drago n'aurait su dire qui était la meilleure, mais cela lui importait peu – lui, tout ce qu'il voulait, c'était de jamais avoir à connaître la réponse.
Bien évidement, comme beaucoup de choses dans sa vie ces derniers temps, les choses ne se déroulèrent pas comme il l'aurait souhaité.
oOoOo
Ce fut avec un mal de crâne atroce qu'il se réveilla. Bien que sonné, il essaya tant bien que mal de reprendre ses esprits et le contrôle de son corps meurtri. C'est en voulant se redresser qu'il se rendit compte qu'il était enchaîné – mais que c'était-il donc passé ? s'affola Drago. La dernière chose dont il se rappelait, c'était d'être parti dans une intervention, le genre qu'il détestait car constituait à rependre la terreur dans des villages moldus par tous les moyens possibles. Une douleur dans sa poitrine, se réveillant soudainement, lui fit remonter le souvenir d'un sort jeté sur lui. Voilà qui expliquait le pourquoi de sa situation actuelle, mais qui ne répondait pas à l'interrogation principale : où était-il ?
Il n'eut pas à se poser la question plus longtemps, puisque la porte de son cachot s'ouvrit à cet instant – sûrement des sorts avaient été jetés pour suivre le moment où il reprendrait connaissance. Drago n'aurait pas dit non à quelques minutes seuls pour tâcher de trouver une issue, mais allait au moins être fixé sur son ravisseur.
Ou plutôt sa ravisseuse.
Comme il l'avait désagréablement pressentit, c'était La Reine qui se trouvait devant lui. Il était impossible de se tromper : elle portait ce masque blanc, dont l'unique décoration était deux yeux écarlates, et qui avait participé à sa légende. Se retrouver face à ce personnage sans visage était bien plus effrayant que ce qu'il aurait cru. Drago tenta toutefois de garder un once de contenance et dignité.
La Reine, elle, l'observait sans broncher. Elle semblait songeuse, si calme qu'on aurait pu penser qu'elle lisait tranquillement un livre. Drago ne se faisait toutefois aucune illusion sur cette attitude ; si elle n'était pas du même acabit que celle de Bellatrix, la folie de la Reine était manifeste.
Ils restèrent donc quelques minutes silencieuses sans bouger, lui enchaîné, elle debout et pensive. Puis, d'un seul coup, elle retira ce masque dont on disait qu'elle ne se séparait jamais.
La curiosité qu'éprouva Drago devant la révélation de son visage se transforma vite en un recul instinctif. Ce n'était pas un visage qu'il avait en face de lui, mais un amas chaotique de chairs à vif alternant avec des brûlures si profondes qu'elles n'avaient pas cicatrisées. À cette vision insoutenable, le cœur de Drago ne put que manquer un battement – voir plusieurs.
Ce fut toutefois en réalisant à qui appartenait ces vestiges d'humanité qu'il s'arrêta totalement.
Luna.
Ce fut à son œil gauche qu'il l'a reconnut. Il avait toujours cette teinte bleue si transperçante mais avait perdu toute la vie qui lui conférait sa beauté si particulière – mais comment pourrait-il y avoir quelque chose de vivant dans un tel vivier de mort ?
- Je suis heureux que tu sois en vie, finit par dire Drago. Quand j'ai vu que tu n'étais plus dans les cachots j'ai cru que tu étais morte.
- Parce que ma survie t'as intéressé ? mordit Luna de sa bouche calcinée, et par merlin, Drago se demandait comment elle arrivait à parler sans que sa mâchoire ne se décroche.
- Bien sûr que oui, bredouilla-t-il.
- Je vois. Dans ce cas, si cela t'intéresse, je vais te raconter ce qui s'est passé. C'est extrêmement simple, si simple que quelques mot suffisent. Doloris, magie noire, torture, brûlure, flamme... Ces gens que tu hébergeais chez toi sont venus dans ma cellule et m'ont infligé tout cela. Et pourquoi ? Par simple plaisir. Ils avaient besoin de place pour des prisonniers plus importants, alors se sont amusés et ont ensuite jeté mon corps dans une ruelle sombre en me laissant pour morte. Manifestement, cette partie du plan a échoué.
- Je... je suis désolé. Même si je sais que ça ne changera rien, je...
- Oui, ça ne changera rien. Mais au final, peu importe, je ne te raconte pas cela pour que tu t'excuses. Je te raconte cela parce que je veux que tu prennes conscience de tout ce que je vais te faire subir dans les prochaines heures. Je ne te poserais aucune question, aucun renseignement, je te ferai simplement hurler de douleur pour le plaisir. Exactement comme eux – sauf que moi, je ne ferai pas la même erreur qu'eux. Je te tuerais.
Son œil unique n'est pas fou comme ceux de Bellatrix. Au contraire, il est calme, si calme et sûr de lui que cela en est encore plus effrayant.
- Je ne suis pas responsable de ce qu'ils t'ont fait, murmure-t-il faiblement.
- Vraiment ? Pour moi tu es d'une innocence coupable. Tu n'as peut-être pas participé à cette soirée là, mais les autres où tu as détourné le regard ? Où tu avais l'occasion de me libérer ? Qu'as-tu fais ?
Il ne sait pas qui de lui ou d'elle murmure « rien ». Ce n'est pas au fond pas bien grave – car tout ce qu'i savoir dans cette histoire, est le fait qu'il va mourir.
oOoOo
Quelques heures plus tard ne reste plus dans la pièce qu'un cadavre froid, au-dessus duquel se penchait celle qui venait d'en donner le coup de grâce. Sa besogne effectuée, Luna remit ce masque devenu seconde peau, et redevint la Reine, si crainte de tous.
Comme elle tournait les talons, elle sentit un petit tiraillement dans sa poitrine. Serait-ce mon cœur qui devient noir et s'endurcit ? songea-t-elle. Si oui, tant mieux. Le plus tôt sera le mieux.
Petit mot de fin : Une review = une pensée émue pour la Luna gentille et Drago, tout deux morts.
Mais demain c'est plus mignon !
