Titre : Thirst
Disclaimer : Les personnages et l'univers ne nous appartiennent pas malgré un chantage à base d'expédition par la poste de pages de Death Note et de trognons de pommes cloués selon un rituel vaudou. Nous ne touchons bien entendu aucune compensation financière pour la publication de ce texte, là encore le chantage n'ayant pas suffi ^^ (On nous a mentiiii x) )
Rating : M pour certains chapitres.
/Annonce tragique !\
Comme nous sommes quasiment sur la publication (et je ne dirai pas à qui 99,9% de la faute :D) nous allons faire une pause après le chapitre 25, le prochain donc, histoire de nous refaire un peu d'avance ce qui sera très difficile à faire après la rentrée. Le rythme de publication reprendra normalement quand ladite avance sera satisfaisante, soit vers septembre soit plus tard. En tout cas sachez que ce n'est pas du tout un abandon, nous écrivons mais nous sommes en retard simplement x)
Merci pour vos commentaires !
L Lundi
Bonsoir ^^ Misa est énervante de nature, mais comparativement on la voit beaucoup plus dans la fic qu'on ne la voit dans Death Note (ne serait-ce que la longueur déjà), donc c'est peut-être ça qui te fait la détester encore plus (saturatiooooon) Et nous n'avons pas franchement adouci son caractère non plus xd (voire l'inverse peut-être). Je ne pourrais donc dire que courage, la présence Misa va se calmer un peu après l'épisode menottesque. Merci pour les compliments sur les attitudes des deux personnages :D !
Je vais essayer de te faire comprendre le coup des horloges. En fait pour les enquêtes plus intermédiaires Haaru et moi fonctionnons un peu à l'arrache, c'est à dire qu'elles ne sont pas prévues à l'avance et ça se termine en général en cadavre exquis, la plupart du temps plus ou moins inspiré par Another Note si BB est l'auteur du « divertissement ». Ici, j'ai eu l'idée de départ des coordonnées (anagrammes, horloge à double cadran, Nord-Est, etc) grâce la pièce changée en horloge dans AN. Je l'ai commencée mais comme je n'avais la place de terminer dans mon pov, j'ai refilé la suite à Haaru avec un « pré-système » de codage pour les noms (les redoublement de syllabes, NE, ce genre de choses, je peux même te le donner si tu veux faire un avant/après je l'ai encore) mais il n'était donc pas testé et Haaru a dû s'amuser à le refaire pour qu'il corresponde aux points cardinaux, aux horloges et la réalité géographique. Elle a tripatouillé les chiffres avec persévérance (et m'a peut-être maudit au passage je ne sais pas xd) mais elle a finalement trouvé une combinaison qui fonctionnait. * applause * Pour simplifier, la passation de l'idée se fait au changement de pov, à part que cette fois j'avais plus ou moins établi le système (pas toujours le cas, la plupart du temps c'est « fais ce que tu veux avec ça » xd) et qu'évidemment les rôles s'inversent régulièrement. Tu n'as aucune raison de te sentir raton laveur/kumquat et autres joyeusetés, c'est un boulot à deux cerveaux ^^
Si ça te rassure, j'aime aussi quand Raito est frustré de ne pas avoir l'exclusivité de L xD Pour ce qui est du cliffhanger en fin de chapitre, je nie toutes responsabilités et je dénonce Haaru xD (en même temps c'est elle qui termine toujours les chapitres cqdf xd) mais j'avoue que j'adore autant qu'elle ces petites coupures au moment choisi :P
Pour la longueur de ta review, y a aucun soucis ! Déjà regarde la taille de ma réponse, et en plus, j'aime bien les longues reviews donc tu peux y aller sans crainte :D Merci beaucoup pour ton commentaire !
Chapitre 24
Servi à la coupe
Les yeux ouverts difficilement, ma main à la recherche du téléphone. Six heures vingt-huit, l'écran rabattu face contre le sol. Six heures vingt-huit. Je me redressai aussitôt, parfaitement réveillé. Passée la première semaine d'éloignement, L recommençait à me réveiller à ses horaires. Autant dire que six heures vingt-huit dépassait largement son critère de tolérance. Anormal.
Misa en mini-short à framboises, débardeur rose deux tailles trop petit et chaussons moumoute, un spectacle que la lumière du couloir n'épargnait à personne. Bâillement dissimulé par des ongles à relief Hello Kitty, la seule chose d'un tant soit peu présentable dans son allure générale d'épouvantail acariâtre échappé des sous-bois un soir de pyjama party pour princesses de cinq ans. Les élastiques de son poignet vite enroulés autour de quelques mèches anarchiques passées à l'état de couettes, semblant de préparation. Pour le reste, il lui faudrait deux heures pour retrouver visage humain et ne pas effrayer par mégarde un pauvre Matsuda gambadant joyeusement dans le couloir en toute ignorance.
Les étages habituels et les appartements privés des uns et des autres étaient vides, les tout premiers niveaux de la tour égalaient la fréquentation d'un musée de grenouilles en céramique hors période touristique. « Qu'esss-tu fais Nounouuurs. » Bâillement. « Mon teint a besoin d'encore trois heures de dodo, sinon je vais avoir des rides moches et laides à trente ans et il sera tout brouilli-brouilla jusqu'à demain. En plus quelqu'un a caché mon tonifiant algue, morue et boue des marais hindous.
- On le retrouvera, même si on doit y passer la journée.
-'Ci Nou'. Steu plaît, on rentre maintenant, j'ai froid. » Soupir intérieur. Ma veste atterrit sur les épaules de la demoiselle qui cessa de geindre pendant que l'ascenseur grimpait vers le dernier niveau avant le toit. Soit un record de cinq minutes.
Ils étaient presque tous là, les yeux rouges pour certains, la tristesse plus retenue pour d'autres. Plongés dans la fascinante contemplation d'un sac plastique noir en volume, aux extrémités très distinctes d'une tête et d'une paire de pieds. Aiber selon la corpulence. Misa n'eut miraculeusement pas besoin d'explications supplémentaires, son visage caché dans un pan de veste. « Je comprends pourquoi personne ne nous a prévenus, je ne dirais pas le contraire – vraisemblablement à cause de Misa, ajoutée d'une absurdité paternelle sur l'incompatibilité entre mon âge et la vision réelle d'un cadavre – mais, soyons logique. Pourquoi la housse mortuaire est toujours là ? »
Mon père se racla la gorge. « Il se trouve que L n'est pas en très bons termes avec les légistes de sa connaissance. » Étonnant.
« Je suppose qu'il les a copieusement traités d'incompétents consanguins ou d'imbéciles pathologiques en volant leurs cadavres sans demander la permission ? »
Le détective agita vaguement la main. « Franchement, qui se soucie de quelques vieux pourris trimballés dans une camionnette pendant trois minuscules heures ? Je les ai rendus après. Et s'ils avaient marqué « prière de laisser le mort dans l'état dans lequel vous l'avez trouvé » j'aurais peut-être pu faire un effort.
- Ils sont passés par le pare brise ?
- Un stop de rien du tout, en descente, mal indiqué.
- Certainement. »
Prise de relais par Sôichirô. « Et donc, une légiste me doit un service. J'attends qu'elle rappelle, ce ne devrait pas être long. »
Ryuzaki s'agenouilla devant la housse et l'ouvrit. Le corps couvert aux regards de deux champs opératoires. La jonction sur la poitrine écartée révéla une peau rouge et violette, tuméfiée à un tel point que la lividité morbide ne se discernait presque pas. Misa hoqueta, blottit son visage dans mon cou. Pas pour la peau. Pour le torse, la partie gauche largement ouverte, une montre à gousset enfoncée dans les chaires déchirées des ventricules. La partie droite, bouillie rouge criblée par les fragments d'os des premières côtes, image de dents cassées plantées dans une marmelade de gencives. Jusqu'aux limites des champs, les muscles avaient été extorqués d'une multitude de déchirures droites ; filaments et fibres écarlates, dépiautés, extirpés des cratères blafards. Parmi la charpie à demi dépecée des artères, un éclat osseux sous la vascularisation, à peine visible. Légère touche pure entre les couleurs poisseuses.
Inutile de voir le reste, ce que L ne voulait pas exposer. Le cadavre était massacré, cruellement massacré.
« On sait pourquoi il était pressé, au moins, le tueur. Les morts ça périme vite. » Silence. « Aiber s'est fait... becqueter... non ? T'as dit que tu l'avais trouvé pendu à un arbre.
- Je sais ce que j'ai dit, Matsuda. Merci de nous montrer l'étendue merveilleuse de votre mémoire à court terme, qui a regrettablement oubliée de préciser la seule information capitale de cette mise en scène.
- Je ne suis pas sûr de comprendre. » Mes yeux plissés. « Matsuda est en train de dire que tu t'es amusé à te rendre sur place, seul, alors que Kira et Birthday sont dehors ? C'est une plaisanterie ?
- J'ai déjà eu la version Watari, la version commissaire Yagami, épargne-toi la suite du laïus. C'est mal, dangereux, inconscient, bla bla bla.
- Tu as perdu la tête ? Mangé des endives ?
- Contrairement à ce que tout le monde pense, il m'arrive d'aller sur des scènes de crime, il m'arrive de sortir de la tour. Merci. On peut revenir à l'essentiel maintenant ou vous comptez monter une chorale des lamentations vieilles tantes aigries ? »
L'absence de Watari était claire, envoyé en ravitaillement pour faire taire les reproches. Je n'ajoutais rien au reste des explications, énervé.
Morne petit déjeuner. La mise en scène ne représentait pas d'intérêt particulier, a priori. Du moins L n'avait pas repéré plus d'indices que moi, sur place et à partir des photos prises de jour. Les résultats de l'autopsie allaient se faire attendre, restait la montre fêlée en arrêt sur 3h10. L, comme d'habitude, entouré d'une orgie de sucre défiait les lois de la nausée post découverte de cadavre avant sept heures du matin. Matsuda avait perdu son attitude fièrement indifférente pour une nuance terreuse tout à fait intéressante, consolé par une Misa en pleine séance d'auto apitoiement. Aiber valait mieux que ça.
Un thé perdait sa fumée dans mes mains. Vigilante comme un faucon, Misa pointa la tasse des yeux. « Tu ne vas pas la boire, hein ? Tu devrais. Même moi je dis que c'est pas bon de pas le faire. » Fausses larmes accrochées aux cils, joues humides, lèvres encore mouillées. Et j'allais devoir me coltiner ce tableau, physiquement, pendant que mademoiselle exagérerait la détresse comme une récente veuve éplorée d'un riche PDG trente ans plus vieux qu'elle face au reste du monde pour toucher son héritage mirobolant.
Elle barbouillerait ses larmes jusque sur ma langue. Écœurement. D'une traite, la tasse encore enflammée vidée dans ma gorge. Me brûler les papilles pouvait se révéler la solution de survie parfaite, et mieux valait le goût du thé, que le sien.
« Tu sais, je sais que tu montres pas trop, tout ça, mais je sais que toi au moins t'es triste pour Aiber. Lui s'en fout complètement alors qu'il le connaît depuis longtemps. Nan mais regarde-le, là, à s'enfiler ses chaussons aux pommes. Franchement. » Déduction facile et complètement à côté, pas de miracle du jour chez les blondes, même fausses. L'ignorance mutuelle n'avait pas duré plus d'une semaine entre ces deux-là.
Une autre viennoiserie se fit lentement déguster avant le dédain d'une réplique. « Les mots d'une actrice sans talent ni avenir, on s'en cogne. Offense née visuelle et auditive pour toute la profession et furoncle pour le reste du monde. » Une part de tarte au café attaquée à la petite cuillère. « Je vois d'ici le titre de ton autobiographie.
- Et moi j'en ferai une pour toi, expliquer à quel point t'es en gros connard persécuteur sans cœur.
- La tienne s'arrêtera au titre, tout aussi limitée que son désolant sujet et sa désolante et très regrettable... existence. Au moins tu pourras comprendre la plupart des mots avec un dictionnaire. Tu sais ce qu'est un dictionnaire ? »
Misa balaya ses cheveux avec provocation. « Ce truc pour caler les meubles ? Ça ne va pas trop te défigurer quand je te l'aurai expédié dans la gueule, vu que y a rien à défigurer.
- Contrairement à vous, certes. N'importe quel objet contondant rebondirait sur votre minois siliconé, ma chère barbieturie.
- Je suis cent pour cent naturelle faut arrêter maintenant, pas besoin d'être refaite quand on est parfaite. Je suis l'incarnation de la jeunesse et de la beauté.
- Au Grévin, peut-être, rien ne bouge mais tout se voit. Surtout quand tu exhibes ton squelette famélique sous un short. Les framboises, c'est une vaine tentative pour rendre tes os appétissants ?
- Je suis un mannequin de renommée internationale, c'est pas pour rien. Admire au lieu de cracher ta jalousie, là ! En plus va bien falloir que t'intègres ça un jour, mon pote, parce que j'en ai marre de répéter : j'me résume pas qu'à mon cul, mes seins ou peu importe ce que trouveras.
- Pour te résumer à ton cul ou tes seins, il faudrait qu'il y ait quelque chose à résumer. Entre nous, les rembourrages pour les séances photos, on ne voit que ça. Au moins dix kilos de plus dans chaque fesse ?
- Comment t'oses dire ça ?
- Avec des mots ? »
La main de Misa serrée sur des baguettes au point de rendre les jointures blanches. « Tu veux pas l'admettre mais la vérité c'est que tu soutiens pas la comparaison. Je suis magnifique ET brillante.
- Comme la garde-robe de Céline Dion à Las Vegas ? Tu ferais fondre les voitures rien qu'en marchant sur le trottoir, bravo. Trottoir... lieu de reconversion à creuser quand tu auras terminé de trémousser ton anorexie en public.
- Bordel !
- C'est le mot, je confirme.
- Je suis triste pour ton ami, et t'es qu'un psychopathe insensible, incapable de comprendre, je vois pas pourquoi je te parle.
- Ah merci ! Articuler les sons ensemble doit déjà être très difficile, mes condoléances. »
Hurlement. « Mais il continue ! J'le déteste.
- C'est ce qu'on dit lorsqu'on est incapable de trouver le moindre argument, ne change pas tes habitudes pour moi. » Elle se tourna dans ma direction et son expression outrée se décomposa. « Et si jamais tu...- Il s'en foutrait pareil, si tu - » Une assiette couronnée de confiture projetée sur L cercla le mur d'éclaboussures.
« Manqué.
- Tu m'as obligée à penser à- à- » De grosses larmes dégoulinèrent ses joues.
- T'obliger à penser est un exploit. »
Les larmes plus nombreuses, sans retenue, vraies. Elle ne regardait plus Ryuzaki, juste moi. J'enroulai ses doigts dans les miens pour la guider vers l'extérieur. Elle se blottit comme un oisillon tremblant. « C'est trop dangereux, si jamais… je veux pas que tu finisses comme Aiber. On devrait s'enfuir de ce maudit QG, toi et moi. » Musique et violons en renfort, s'il vous plaît. Mais dans toute sa fausseté, ce point n'était pas un mensonge.
« Il ne m'arrivera rien, il ne t'arrivera rien.
- Si on réussissait à se barrer, tu crois que -
- La porte de la salle à manger est ouverte.
- Et alors, je vois pas où est le problème. » La compréhension, faible lumière dans l'abîme. La dite porte claqua sous l'impulsion d'un chausson moumoute.
Elle réussit, bien sûr, à me coller ses larmes et sa langue dans la bouche. Le thé ne m'avait pas assez brûlé la gorge, vraiment pas assez.
Misa sourit en fermant la porte sur l'attache métallique. Bruit de l'eau éboulée sur la céramique, musique liquide et douce impulsion d'éveil.
Le débrief « Aiber » de la matinée, d'une inutilité criante entre les « Vous croyez que Wedy va comment ? », « Il va s'attaquer à nous, maintenant ? » et autres « Seigneur préservez-nous du mal. » Il n'y avait rien à dire, pas avant que la montre cassée ne soit résolue et la concentration filait, eau entre mes doigts. Misa, accélératrice redoutable de la putréfaction neuronale, le rythme de mort bien plus rapide que prévu. Elle me bouffait, gangrène de mon souffle, mon existence. Sa faute, si malgré moi, malgré l'incompréhension et la colère, l'indifférence autour de L se disloquait. Maintenue en façade, déjà éclatée de l'intérieur. Rageant. Il suffirait d'un effleurement, pour crevasser la façade et la tomber en morceaux. Une hésitation et le besoin prendrait le dessus. Intenable besoin.
Un mouvement périphérique, un dos posé contre le béton, genoux relevés.
« Misa a décidé de cadenasser la porte de sa chambre avec un truc rose en forme de cœur péché dans les profondeurs de son seizième sac. Tu ne veux pas savoir où elle a rangé la clé.
- J'ai plutôt bien fait de venir, alors. » Crissement d'un papier de muffin. « Tu refuses encore de me parler. Pour l'affaire.
- Simple prudence. Si tu n'as plus de raison de m'enlever la menotte, tu ne le feras pas.
- J'ai dit que j'allais y réfléchir.
- J'ai bien entendu. » Deux moitiés de sourire. La mienne, fondue. Parce que je ne pouvais déjà plus m'empêcher de lui redonner sa place, en partie. Céder totalement serait facile, retrouver la fusion exclusive, terriblement tentant. Effacer la césure d'un mot, nier la démantibulation.
Je n'ajoutais rien de plus, que l'acceptation habilement déguisée ne se transfigure pas en test. Je n'étais même pas sûr qu'il ne s'agisse pas d'un test, à vrai dire. L'idée répugnante de déserter l'enquête pour les bancs de Todai, sagement conservée, au cas où, quelque part. S'il ne tenait pas parole, l'abandon était prêt à trancher à vif, au définitif, l'intensité que j'avais salement arrachée.
« Si tu ne te montres pas un peu plus coopératif, qui sait vers quel côté je pourrais pencher. »
Me priver de rester alors que je le pouvais et ne plus avoir Misa ceinturée autour de mon cou ? Hors de question :
« Tous les indices et détails laissés par Beyond pour le moment évoquent l'affaire de Los Angeles. L'heure de la montre ferait penser au « B » mais de manière imparfaite, donc certainement fausse. D'autant qu'il serait stupide de signer un meurtre alors que nous connaissons parfaitement l'identité de son auteur. Tu connais l'affaire mieux que moi, peut-être qu'il s'agit d'une référence qui m'échappe.
- Non, déjà pensé et si référence il y a, elle m'échappe aussi. Ajout de nouvelles coordonnées à la première série ?
- Ne mène à rien. Et avant que tu ne poses la question, j'ai testé toutes les combinaisons y compris avec les anagrammes. Peut-être que ce n'est pas un lieu censé mener à Wedy, juste une heure.
- L'heure n'est pas celle de la mort, j'ai trouvé le corps à quatre heures onze, précisément. » L'excitation frémit. « Précisément ? Oui, il y avait une horloge externe sur un bâtiment d'en face. Beyond en sait assez sur ta manière de raisonner ?
- Pour prévoir le temps de résolution des coordonnées à partir de la mort du président de NHN ? Probable. »
Un silence et la fulgurance, entrechoquée dans ses iris. Voix unique à deux timbres. « Il y a quarante-huit heures exactes entre l'heure de la mort du président de NHN et celle de la découverte d'Aiber. » Dangereux, désolidarisation, à regret. La cohésion rompue par mon mutisme soudain. « Annonce de la découverte du corps Wedy dans quarante-huit heures ? »
Simplement retourner à une suite de propositions, dénuées d'allume, de frisson. « Sans le lieu ? À moins qu'il conserve le même.
- Non, il ne conservera jamais le même.
- Nouvelles coordonnées cachées selon un nouveau code combinant l'heure de découverte d'Aiber, celle de la montre cassée et les quarante-huit heures ?
- Ou se concentrer uniquement sur l'horloge murale et la montre ? »
« Raito-chérichou, tu me prêtes ton portable ? Le mien n'a plus de batterie. » Hésitation, ce sourire large était bien trop faux. Sans importance, tout l'historique récent concernant Ryuzaki était supprimé, exceptés les rares sms ou appels surpris par Misa. Ignorant le regard sidéré de L, l'offrande fut faite. Les ongles bicolores s'agitèrent, agrippant le téléphone dans ma paume. Sans une seconde de battement le mobile se trouva disjoint de sa coque, la batterie extraite. Téléphone rendu, le sourire rose sans variation « Comme ça le tien non plus. » Elle but une petite gorgée de la mixture verdâtre protéinée lui servant de dîner avec toute la satisfaction du monde.
« Barbieturique repasse à l'attaque.
- Et tu vas sentir passer celle de ce merveilleux milk-shake plein de légumes verts. Ne jamais sous-estimer une femme qui porte une french manucure. » Échange de regards venimeux. À croire qu'ils étaient incapables de s'en empêcher.
« Sérieusement, je suis la seule à en avoir marre ? De le voir, là, en train de...de... Yeurk. »
L releva la tête de sa coupe de glace-fruits-chantilly, le bout de sa langue ôtant consciencieusement de ses doigts la crème qui enrobait une feue framboise.
« Lécher ? Si dur comme verbe à prononcer ? Tu peux ajouter le sous-entendu à la liste de tout ce que tu as loupé depuis le début de cette conversation, je te l'offre gracieusement. »
« Nan mais Raito, franchement. » Yeux brillants de cocker en attente d'une caresse approbatrice.
« Tant qu'il ne lance son dessert sur personne, il peut faire ce qu'il veut, je m'en fiche.
- Tu plaisantes ! C'est... c'est... vomitif, dégueulasse. » Regard éloquent pour L. « Tu peux pas te tourner contre le mur ? Que j'te vois pas, toi et ta sale tête. C'est écœurant.
- Toujours un problème avec la sexualité buccale ? Bizarre, tu es plutôt obsessionnelle sur la question « échanges baveux » d'habitude. » Deuxième framboise. « Mademoiselle parfaite préfère la partie manuelle ? »
Les joues de Mademoiselle rougirent légèrement et je remerciais en silence la légiste de retenir mon père au téléphone dans une autre pièce.
Soupir dramatique. « À peine deux ou trois légères minuscules allusions, et elle ressemble à Bambi devant un feu de forêt. Navrant. » La petite cuillère creusa le dôme de chantilly avant une dernière pique lancée négligemment. « À ta place, je me ferais du soucis, Raito-kun. Ou... je ne m'en ferais pas ? »
Amorce de la bombe Misa, explosion d'un cri, difficilement audible parmi les vrilles suraiguës. Mouvement en avant, milk-shake grumeleux comme arme de destruction massive.
D'excellente humeur après avoir aspergé L de jus de légumes, fait un monologue sur l'art du maniement de l'épingle à chignon, regardé un navet pseudo romantique et nous avoir prédit une fois de plus un avenir astrologique plein de bonheur et d'enfants (adoptés ou non Misa ne savait pas encore « si elle était prête à déformer son corps siiii populaire »), le virus de mes journées se pelotonna sous la couette. Moment choisi. Les dissertations interminables sur la philosophie du cheveu, le nail art kawaï, l'avenir dans le tarot, les lignes de la main et les feuilles de thé, deux semaines mais pas trois. Impossible d'entendre en continu une fois de plus, toutes les techniques de la coloration/décoloration maison, la meilleure méthode pour maigrir au bureau sans avoir l'air ridicule ou l'art d'associer la dentelle et le transparent en restant chic.
« Misa ?
- Ouiiii mon bébécoeur d'amoooour ? »
Respirer, gentiment. « Je n'arrête pas de penser à cet appel de ton agent, tu étais tellement heureuse d'avoir été choisie pour la couverture de Vogue Japan. »
Le visage de poupée se chiffonna. « Ouais, mais tu sais... on avait dit que. Enfin tu sais. J'ai répondu que j'allais consulter mon emploi du temps mais je dirai non t'inquiètes pas.
- Justement, tu devrais accepter. Vogue, c'est une occasion incroyable. Et tu la mérites, tu es incroyable. Tu sais aussi bien que moi que ce n'est pas une opportunité que l'on peut refuser. Et surtout elle ne se représentera pas. »
- Je sais bien, mais le truc c'est que je t'ai promis. Et en plus si j'accepte, Kunihiko Morinaga me prend pour un défilé qui dure une semaine, on va voyager dans plusieurs villes.
- Raison de plus pour ne pas refuser, tu serais folle de refuser et je ne te laisserai pas faire. C'est hors de question. »
Elle n'avait pas idée à quel point.
Misa tourna le dos aux portes de l'immeuble, des larmes en torrent dans un mouchoir après l'avalanche de surnoms amoureux grotesques. Suivie de près par Mogi, chargé de la surveiller.
Elle disparut après un dernier mime de cœur et l'articulation muette et douteuse d'un « je t'aime, t'es trop adorable. » Incapable d'entendre mon père, scandalisé par la condition de L.
« C'est la seule alternative monsieur Yagami. Sinon je lui remets les menottes.
Suspicion paternelle non dissimulée. « Il pourra sortir ? »
Un flottement passa, presque imperceptible. « Si quelqu'un de confiance le surveille de très près, oui. » À comprendre, lui-même. Mais j'étais le seul à l'avoir compris, semblait-il. Tranquillisé par la perspective de me traîner à toutes les réunions de famille et aux repas du dimanche, Sôichirô finit par plier. Pressentiment que le sujet était loin d'être clos, cependant. Ma main glissa autour de mon poignet, enfermé depuis des mois par une mâchoire de fer maintenant libre.
Le soulagement tomba, intense, loin des yeux inquisiteurs. L'antre malade de rose laissée en arrière. Ryuzaki m'attendait, la porte pivotée avant que je ne bascule la poignée. La réalité sulfurique de Misa, toutes les abrasions, corrosions portant son nom se calcinèrent dans les yeux noirs. Le poids sanglé à l'asphyxie sur ma gorge, doucement anéanti. Un accueil sans mots, la satisfaction mutuelle distillée, panachée jusqu'aux profondeurs des pupilles.
Le trajet en hélicoptère, le menottage. Tout le reste pouvait cadrer avec un amusement à mes dépens, sauf ces deux points. La raison de mon calvaire de plus en plus obscure, fuyante, poisson des abysses. Il voulait ma présence ici, avec lui. Pas avec elle. Illogique. Une vengeance ? Une punition ? Pour quel motif ? Il détestait Misa, viscéralement. Mais la détestait parce qu'elle était Misa, pas parce qu'elle... Blocage. Effacement du raisonnement corrompu. Sortie de la douche, la peau rouge de frottements mais débarrassée des particules Chanel, Dior et autres toxiques étouffants. Peau écarlate, débarrassée du dégoût. Respiration.
L, des écouteurs aux oreilles, je m'autorisai, juste une seconde, à m'allonger sur mon lit, un petit soupir de contentement. Aveu du manque.
Le matelas pencha légèrement, un commentaire sifflé. « Tu as décidé de t'arracher l'épiderme ?
- Ne dis pas n'importe quoi, laisse-lui deux minutes et il n'y paraîtra plus. » Je m'assis en tailleur, la réalisation entière. La suppression des tête-à-tête avait creusé trop de vide.
« C'était si horrible ? »
Dire que mon cerveau saturait, vomissait tous ces films, séries, dramas, théories romantiques neuneu et essais sur la mode ? L'art du déhanché-chaloupé sans galère, comment sécher artistiquement son brushing sans explosion capillaire, obliger élégamment son chauffeur à sortir les poubelles en prétextant une nouvelle manucure, les lignes de la main amoureusement vôtre, le destin trooop destiné, l'amour éternellement riz-gluant. Chaque parole imprimée, compilée, indélébile, heurts douloureux dans le cortex. Les cellules cérébrales au bord de l'implosion, en rejet de l'infection de ces milliers de miasmes parasites. Le porté de talons de douze centimètres ou monter haut évitera la chute, associer la paillette sans ressembler à une boule à facettes, ils vécurent heureux jusqu'à la fin des temps (et jusqu'à ce que mort s'en suive), porter une mini jupe sans ressembler à un napperon, être aussi belle à l'extérieur qu'à l'intérieur grâce au choix du rouge à lèvres (et toutes les paroles sont trop belles et intelligentes), être garce avec grâce sans être grasse...
Mes yeux se détournèrent. « On est obligé d'en parler ? »
Ton joyeux. « Et puis quoi encore. »
L'anticipation de sa réponse cribla mes battements cardiaques d'adrénaline. Sa réponse, à ma demande. « Beyond ? »
L'empressement transperça son visage.
Récapitulatif des actions du tueur, des faits, pour le délicieux moment des hypothèses, le plaisir de s'y immerger. S'abandonner à la délectation trop retenue, qui n'en pouvait plus d'attendre. Nos deux esprits hybridés, le métissage d'un semblable restant autre. La fascination de ce cerveau incroyablement complexe me happa. Au contact de la loque décrépie de guimauve blonde psychotique j'avais presque oublié. Presque oublié ce cerveau magnifique, scandaleusement magnifique, scandaleusement captivant. De sons et de regards, récréation d'une densité, d'une gravité. Circulation d'idées plus fluide que l'air, l'avancement instantané, continué sans effort. C'était une stupeur, toujours, un incroyable catalyseur, à quelques centimètres.
Hypothèses enchaînées, pensées imbriquées à l'absolu. Synchronie offerte.
« Pour Beyond, utiliser le même système à deux reprises est une insulte, ce qui est plus que surprenant, il n'arrête pas de référencer ses actions à l'affaire de Los Angeles. »
Étincelles électriques, épinglées sur la nuque.« Une insulte pour lui-même ou pour toi ? La mort du président de NHN était conçue pour marquer ta lenteur, te narguer.
- Tout comme vos noms, anagrammés. Impossible qu'Aiber ou Wedy ait pu les lui donner, le timing ne correspond pas mais, plus inquiétant, ce sont les noms des enquêteurs actuels.
- Une arme presque équivalente à celle de Kira ? » Avant le développement de la théorie, une seconde s'embraya. « Le problème, c'est qu'il possède des -
- longueurs d'avance beaucoup trop grandes. Trop nombreuses, depuis le début. Certainement accélérées par sa connaissance de mon fonctionnement. » Complétion parfaite, émergence d'une nouvelle arborescence.
« Longueurs d'avance, partition rejouée. Il te nargue complètement. Il te balade, peut-être que cette montre est juste une montre.
- Pour symboliser mon retard, son avance. » Sourcils arqués, le dossier d'Aiber rapatrié. Il déposa la photo de la montre sur le lit. « Trois heures dix. Quatre heures onze. Ce n'est pas un calcul, ou un jeu de coordonnées, c'est une autre preuve de sa supériorité de connaissance. » La compréhension limpide de vitesse. Une heure, une minute, une seconde. Peu importait, le temps perdu ne se rattrapait jamais. Les épingles d'excitation descendaient mon dos, au rythme de ses mots. « Il recommence Los Angeles parce qu'il n'a pas encore débuté le vrai jeu.
- Les variations par rapport à l'original montraient la voie. Le nouveau jeu serait Kira, il a donné une piste en ce sens avec les palettes.
- Encore une manière de me narguer. Nous ne l'avions pas vu sous cet angle, je ne l'ai pas vu. Si je n'ai pas vu ces éléments...
- C'est ce qu'indique la montre. Un élément, quelque part, dans l'enquête Kira que lui n'a certainement pas laissé passer. »
La presque intégralité du dossier Kira entassée en cercle approximatif. La partie concernant les soupçons sur l'identité du premier Kira prudemment sur l'ordinateur de Ryuzaki, isolée du reste des données, isolée de moi. Pour une fois, je ravalai le commentaire acide, pas le jour. L'investigation tapissait le sol, le drap, l'oreiller. Invasion de photos, documents, articles, même mon lit colonisé par la paperasse. Nos yeux furetant la recherche de l'élément clé, jusqu'à l'épuisement.
Une main secouant mon épaule, secouant mon sommeil. Ryuzaki, la silhouette découpée par la faible lumière dorée d'une petite lampe cachée derrière son lit. Il n'y avait pas de lampe, avant. Mes yeux se fermèrent, brièvement, avant de se river dans leurs jumeaux sombres. Un vacillement dans l'ombre, le bleu qui s'accaparait un peu trop la pupille.
Je me redressais, lui laissait une place qu'il prit naturellement. Trop satisfait d'être de retour pour une mauvaise humeur de réveil, je calquai ma posture en tailleur sur la sienne. « Tu voudrais me raconter ? »
Son visage se baissa. Hésitation balancée.
« Misa en... Maîtresse Aubergine avec des fouets de piments me poursuivait en hurlant « Tu en veux des endorphines ? » Je me suis perdu dans le palais des empereurs légumes de la dynastie Courges et Cucurbitacées mais elle a réussi à m'attraper en m'assommant avec un potiron vicieux et un parachutage de concombres d'élite. Je me suis retrouvé sanglé à une table, coiffé d'un champignon puant infernalement le... champignon, alors qu'elle m'injectait des litres de son horrible milk-shake dans les veines. Ma peau a commencé à devenir végétale, atroce. « Tu te transformeras en brocoli et tu seras réduit à l'étâât de léguume ! » et tu connais la suite : rire diabolique de sadisme, etc. »
L'hilarité me monta aux yeux, rire glissé dans ma gorge. Ma main s'enroula dans la douceur tiède d'un chaos de mèches noires, mon front presque sur le sien.
Incapable de résister, je mimai une voix aiguë aux accents chichiteux. « C'est pas suuuper suuuper glam. »
Son regard s'agrandit de pure horreur. Un sourire moqueur m'attira une tape sur la tête. « Tu veux que je fasse un autre cauchemar ? »
Ma main d'appui bougea, un brusque objet dur entre le matelas et ma paume, petite-demi sphère enrobée de papier bleu. Je claquai sans force le chocolat contre son front. « Ta dose d'endorphines non analgésiques.
- Agressif avec du chocolat, c'est un crime. » Il se frotta au dessus des yeux avec un air scandalisé, déroba néanmoins l'objet du crime.
Je levai le regard au plafond. « Tu veux un bisou magique ? »
Raillerie à la portée de tous, qui ne l'atteignit pas. « Bisou magique ?
- Une débilité censée calmer les cauchemars et les petites écorchures des enfants. »
Ryuzaki transféra sa posture sur les tibias, la demi-sphère posée à plat sur le lit, étudiée plusieurs minutes. Voix pensive. « C'est une idée bizarre. »
Le papier bleu nuit déplié lentement, même expression sibylline, réflexive. Chocolat saisi entre pouce et index, allers et retours devant son visage, concentration sur quelque chose que je ne voyais pas.
Le chocolat, caresse effleurée sur ma bouche, lisse. Souffle rompu. Ma surprise plantée dans les yeux nocturnes. Le chocolat insista doucement, mes lèvres frôlées par ses doigts. Les contacts déchargeaient un nuage de crépites, chaudes, cavalées jusqu'aux reins.
« Chocolat noir. »
Mon incertitude lâcha et Ryuzaki faufila la demi-sphère entre mes lèvres, ouvertes. Nouvelle décharge, agréable.
« C'est bon ? »
L'arôme amer, aux légères touches sucrées, passa inaperçu.
« Oui. »
Foutument agréable.
༻ Thirst ༺
Le bonheur d'un jour sans femme. Le réveil à cinq heures trente, mes yeux s'ouvrirent sur ma lampe de chevet restée allumée. Triste nouvelle habitude.
Un mouvement dans mon dos. Raito tiré du sommeil s'assit, encore embrumé. Le matin ne lui réussissait pas.
« Même absente, ta copine est un fléau. C'est de sa faute, si tu n'arrives plus à tenir les horaires.
- Si je faisais des nuits complètes, j'irais peut-être mieux ? »
La taquinerie inratable dans sa voix. Joueur.
« Tu veux ton petit déjeuner au lit ?
- Tu peux parler, avec ton arche de Noé pour confiseries. Y a-t-il une variété de bonbon que tu n'aies pas planquée sous ton lit ?
- Plusieurs, en fait. Je n'ai pas de réfrigérateur installé, donc pas de pâtisseries. Mais c'est suffisant pour passer de bonnes nuits sans bisou magique. D'habitude. »
Raito bâilla, puis s'étira comme un chat, repoussant les couvertures. Un morceau de son ventre apparaissant au détour d'un pyjama relevé, sensation de chaleur résonnée dans le mien, étrange réaction. Ou peut-être normale, je n'avais jamais été très au fait des normes sociales en matière d'amitié. Et je n'avais jamais côtoyé personne pouvant être considéré comme mon égal. Ou en tout cas, un égal de mon âge. Sans cette condition, Watari soutenait la comparaison. Et il avait l'avantage sur moi de savoir préparer des pâtisseries tout seul. L'unique tentative que j'avais menée avait fini par un incendie de four pour cause d'oubli dû à une enquête nouvellement arrivée.
« Raito-kun, est-ce que tu sais cuisiner des gâteaux ? »
Petit-déjeuner, enfin, temps de remettre la jauge de glycémie dans une zone de confort. Céréales, chocolat, jus de fruits, mille-feuilles, religieuses, caramels mous, rapport d'autopsie. Le journal était bien trop commun et menteur. La légiste appelée en renfort – à garder sous le coude, pour peu qu'elle soit moins susceptible que ses homologues – avait fait un boulot rapide et précis. Sans fautes d'orthographe, et avec une syntaxe correcte, merci.
Morello Thierry, décédé d'une hyperglycémie par injection de fructose. Toutes les blessures n'avaient pas été infligées post mortem. Mais comme d'habitude, ni empreintes, ni traces appartenant au coupable. Les corbeaux s'étaient chargés du nettoyage de tout ce qui aurait pu servir, emmenant dans leurs estomacs plus de 500 grammes de morceaux divers. S'il était une profession qui pouvait offrir son soutien à Kira et aux criminels en série... si le cannibalisme avait été légal, la faim n'existerait plus.
« Si tu pouvais éviter d'étaler les photos sur la table pendant que je mange, ça m'arrangerait.
- Ça te coupe l'appétit ? Je n'ai jamais saisi comment la vue d'un cadavre pouvait empêcher de manger. La nourriture n'est pas en contact avec. » Je repris quand même les clichés. Je n'étais pas cruel à ce point. Pas tout le temps.
La sonnerie sirupeuse à souhait interrompit notre dialogue, symbiotique des esprits partis à la poursuite d'une piste. L'agacement souverain en voyant le nom inscrit sur le petit écran. Pixels honnis. Je me détournais, reprenant mon génocide de Chamallows. Même sans être en haut-parleur, la voix suraiguë réussissait à me vriller les tympans, distillant une envie sourde d'étriper quelque chose ou quelqu'un.
« Raaaaaito mon trésor, tu me manques trooop si tu savais ! » ou quelque chose dans ce goût. Jamais très net, le son, lorsqu'on ne voulait pas l'entendre. Supporter sa présence était déjà au-delà de mes forces, devoir la subir avant même mon goûter de 10h définitivement une abomination.
« Moi aussi je suis content de t'entendre, Misa.
- Pfff. Tu lui dis ça pour qu'elle recommence à parler. Tu as juste à poser ce téléphone, et à acquiescer une fois toutes les dix minutes pour la satisfaire. » Il plaqua son index sur sa bouche. Signe de silence, probablement. « Elle ne m'entend pas. Je peux bien te parler à moins que ma conversation ne soit moins intéressante que celle d'une fille qui a deux ans de plus que toi. Tu les choisis vieilles pour qu'elles ne soient pas farouches, ou c'est elle qui a une âme de croqueuse de minets ? »
Une boule de papier froissée, head shot.
« Tu sais, Misa, tu dois écouter ton manager, si elle te dit que ces photos feront bien dans ton book pour élargir tes horizons et te donner une chance à l'étranger, elle a sûrement raison.
- Qu'est-ce qu'on s'en fout ? Dans cinq ans, elle aura envie d'un enfant, deviendra grosse, moche, son ventre va devenir tout ridé et sa carrière grandiose fichue. Pour ça qu'elle choisit un intellectuel, ça dure plus longtemps.
- Une proposition cinéma, vraiment ?
- Qu'elle fasse attention, le porno est pas vraiment kawai pour son CV. Et la niche des pro ana est assez réduite.
- Un scénario romantique avec un réalisateur américain ? Tu ne crois pas que ça va faire doublon avec celui en préparation ?
- Tu tentes de l'empêcher de travailler ? Normalement, c'est moi le sexiste. En plus, ça la laisserait dehors plus longtemps. »
Une main cacha le micro. « Si tu continues, je lui dis que tu veux lui parler. Laisse-moi faire, il n'y en a pas pour longtemps.
- Si tu attends juste qu'elle en ait marre de te parler et de te vénérer, tu risques d'attendre longtemps.
- Tu n'as qu'à relire le rapport d'autopsie, et trouver la signification de cette fichue montre. »
Bien, bien. Monsieur avait donc envie de se faire caresser dans le sens du poil par une midinette incurablement mièvre. Et me concentrer en ayant en fond sonore, même lointain, une Misa dégoulinant de « tu me manques », « je sais pas comment je peux vivre sans toi », « il nous reste encore combien de minutes avant de nous refaire un câlin ? », « sans toi, tout me paraît si vide », « tu te rends compte, il avait même pas essuyé sa main avant de prendre ma valise », écœurante. Dégoûtante. Sale.
Presque envahissante de mon espace vital auditif.
Je relevai les yeux des papiers, les mots ne voulaient pas s'inscrire sur ma rétine. Voir Raito, comme ça, blasé mais feignant l'intérêt, était insupportable.
« Yagami-kun, tu ressembles à n'importe quel lycéen lambda prévoyant un rendez-vous galant avec sa petite-amie plus âgée. C'est dérangeant, le QG n'est pas une garderie. » Rien à faire, il ne la congédiait pas. Une simple déclaration de haine aurait pourtant suffi à l'envoyer pour toujours chercher du réconfort dans les bras d'un pigeon quelconque. « Raito, je vais mourir d'ennui si tu ne viens pas tout de suite. »
Même le chantage était moins fort qu'une voix féminine. Tristesse de la condition humaine et des hormones adolescentes. Me réfugiai dans le sucre raffiné.
« Si c'est le rose ou le vert qui te va le mieux au teint ?
- Jaune vomi, à mon avis.
- Le noir est une valeur sûre, c'est certain.
- Bleu de Prusse, c'est bien aussi. Ou vert de gris. »
L'ignorance, la pire des considérations. Je n'aimais pas qu'il m'ignore, encore plus pour parler au téléphone avec son boulet. Si j'avais enlevé la chaîne, c'était aussi pour ne pas avoir à la supporter quand j'étais avec lui.
Je ramassai mon dossier, sortis. « Quand tu auras fini, je serai en bas, à travailler pour deux. »
Les pistes menant à Beyond étaient toutes des impasses. Le cadavre d'Aiber absolument inutile. Et mon envie d'efficacité pâtissait sérieusement du manque de nouveautés. Les victimes de Kira, elles, continuaient tristement de remplir des listes et des cercueils. Dans les rues, des personnes s'effondraient, parfois sans faire lever la tête aux autres passants, trop pressés de retrouver leur foyer ou leur travail si important. Quelques sociétés ne clamaient plus leur opposition à Kira. Deux gouvernements avaient inscrit « tué par Kira » dans leurs manuels de criminologie.
Raito me rejoignit finalement, soulevant les acclamations de la foule des trois policiers à peine rassemblés. Leurs cafés encore fumants ramenés comme des signes d'encouragements, seul rempart aux bâillements à répétition et têtes tombant directement sur les paperasses ou les claviers.
Les tâches complexes réservées pour Raito et moi, ne leur restait que les automatismes, que je n'avais pas encore réussi à faire faire à des robots. Bientôt, avec de la chance.
Les pistes de Lockhart n'étaient pas toutes écartées, le seraient prochainement. Les creuser sans savoir précisément ce que l'on cherchait relevait plus du tâtonnement empirique que de la déduction logique. Perturbant et humiliant, que d'avouer ramer et ne pas voir sans doute ce qui crevait les yeux. Mais à en juger par sa vitesse de frappe, dans sa bonne moyenne, la faible fréquence de clignements d'yeux et de regards vagues, et la posture toujours aussi volontaire, mon petit génie désenchaîné n'était pas aussi déprimé que moi. Sa traque continuait, inébranlable.
Je me l'avouais sans mal, une telle détermination était simplement admirable. D'autant qu'avec sa semi liberté récupérée, tout semblait de nouveau fonctionner à la perfection dans son admirable cervelle. Les débuts de cernes honnêtement très légers n'étaient que la marque de ceux qui mettent du cœur à l'ouvrage. Seuls les enfants et les idiots n'en avaient pas. Matsuda n'en avait pas.
Je mis ma corbeille de macarons et chocolats entre nous. Il était presque l'heure du troisième goûter, et partager n'était au final pas si terrible quand il s'agissait de lui. C'était même... agréable.
Un bip me signala un sms. Si rares, venant de Watari, surtout depuis qu'il s'invitait souvent dans les pièces communes. « Je crois sincèrement que tu ne t'en rends pas compte, mais je t'observais avec la caméra 14. Tu n'arrêtes pas de regarder Yagami Raito, et tu es plus calme quand il est là. Tu en es amoureux, il me semble bien. »
Hésitation sur la conduite à tenir. Bug dans la matrice, que cette supposition.
Regard vers Raito. Sms. Lui. Certes, il était fascinant par ses raisonnements, nos jeux intellectuels me procuraient une satisfaction ignorée jusqu'alors, et il correspondait plutôt bien aux canons de beauté... mais réduire tout ça à quelque chose de si vulgaire ?
J'éclatais de rire. Sans aucun moyen de m'arrêter, m'attirant les regards circonspects, surpris, voire effrayés. Et renforçant mon irrépressible hilarité.
Le repas de midi, moment de pause idéal pour les attaques paternelles à tendance invasives. Étrange, comme il pouvait être prévisible. Malgré ma tentative de disparition derrière une forêt noire digne des plus grands illusionnistes, la demande tomba comme la lame de la guillotine sur une nuque pure et innocente.
« Ryuzaki, puisque Raito n'a plus d'entraves, je souhaiterais qu'il rentre à la maison ce week-end. Il manque à sa famille, et ça lui fera du bien de retrouver sa maison. »
Tension imperceptible dans les mains du fils. Il savait ce que j'allais dire, connaissait déjà la réaction de son père, et la fin de la discussion. Et on voudrait que je le laisse rentrer faire des papouilles à sa simplette de mère et sa truande de sœur ?
« Ryuzaki, la réponse est oui ?
- Vous ne m'avez pas posé de question.
- Très bien. Je décide donc que Raito rentre à la maison ce week-end.
- Ah. C'est ennuyeux, parce que ce n'est pas possible. Quelqu'un de confiance doit le surveiller s'il sort. Et comme vous êtes son père, vous comprendrez que vous êtes trop impliqué pour faire partie de ces personnes.
- Mais il rentre juste chez lui, ce n'est pas comme s'il pouvait faire quelque chose de répréhensible. Matsuda nous accompagne ? Il peut passer pour un ami.
- Non. Ne le prenez pas mal, mais je n'ai pas une confiance aveugle en ses capacités. »
La quinte de toux, à moitié due à un étouffement aux pâtes, salua ma remarque. S'il n'avait pas apprécié, il n'avait qu'à faire plus attention à son travail. Entre la douzaine de chutes au milieu du sol ayant entraîné des dizaines d'heures de labeur à refaire, ses gaffes ininterrompues et ses talents incroyables en matière de filature, il avait bien intérêt à être conscient du désastre.
« Soyons sérieux, Matsuda, vous n'êtes pas la personne ici que je choisirais dans mon équipe pour une partie de Cluedo.
- Il n'y a pas d'équipes au Cluedo.
- Détail. Même pour un Pictionary, je ne serais pas rassuré. »
Moue boudeuse, il retourna titiller ses nouilles du bout de ses baguettes.
« Et pour finir, Watari ne sort pas du QG.
- Bon, alors toi, Ryuzaki, tu peux venir. En plus, tu connais déjà tout le monde, et le canapé est confortable.
- Impossible.
- Pour quelle raison ?
- J'en mourrais. »
Au moins une personne à table avait envie de sourire.
« Si vous m'invitez, je serai obligé de manger avec vous. La dernière fois m'a laissé un souvenir cuisant, et même si ça a beaucoup amusé votre fils que je sois pire que nauséeux à cause d'un assemblage proprement maléfique de légumes infernaux ligués contre moi, je ne compte pas renouveler l'expérience. Merci bien. »
Son teint vert, signe que ce n'était pas nécessairement la meilleure conversation à avoir à table. Petites natures fragiles. « Et si... juste un pique-nique ? Un goûter ? Ma femme fait des yôkan absolument merveilleux. Avec un bon thé, juste pour une petite heure.
- Je n'aime pas les yôkan. D'ailleurs, je n'aime pas les pâtisseries japonaises. » Mensonge éhonté. « Par ailleurs, votre propre excuse pour le fait que Raito soit parti de chez vous exclue l'idée qu'il y retourne en votre compagnie. Sauf s'il avait quitté Amane. Ce qui, pour une raison qui m'échappe, n'est pas le cas.
- Et surtout, pour une raison qui ne regarde que mon fils et sa copine.
- Génial, je ne voulais pas avoir de détails. Dans tous les cas, vous vous êtes mis dans cette situation seul, assumez. Sa présence chez vous sonnerait faux, et nous ne voudrions pas éveiller la méfiance de votre famille, n'est-ce pas ? »
La compétence diplomatie passe au niveau 2, manipulation au niveau 43.
Beyond était clair. La montre, son avance, mon retard. Il avait avancé dans l'affaire Kira, m'avait devancé. La réponse à ses énigmes, à sa cachette, se trouverait de ce côté.
Inutile donc de continuer à décortiquer les rapports d'autopsie ou de recherches d'indices et d'empreintes digitales infructueuses. Mais bien plus difficile de le faire comprendre à la troupe d'imbéciles amoureux de l'Humanité sous toutes ses formes. Paraissait-il que chercher cette pauvre Wedy devait être la priorité absolue. Levai mes yeux au ciel. Êtres pleins de contradictions et contre-sens si évidents qu'un enfant de cinq ans les leur jetterait au visage.
« Je croyais que nous ne pouvions pas laisser Kira agir sans enquêter ? Maintenant que je dis qu'il faut avancer là-dessus, vous voulez que je me concentre sur Beyond. Pourtant, lui, ce n'est pas un...
- Si tu dis que ce n'est pas un criminel, je m'en vais. Et Raito avec moi. Nous retournons à la maison et chercherons Wedy par nos propres moyens.
- Vous risquez de pédaler dans la semoule pendant un très long moment. Très très long. » Pause, le temps qu'il se calme – le temps que Watari lui mette d'autorité une tasse de thé vert entre les mains. « Sérieusement, monsieur Yagami. Beyond Birthday n'est pas comparable à Kira. Dans sa vie, il a tué quatre personnes et fait une tentative de suicide. Tout ça uniquement pour m'emmerder, soyons francs. En toute logique mathématique, il est moins urgent à arrêter que Kira. »
Les mines renfrognées, sur tous les visages. Quoi, qu'est-ce que j'avais encore dit ?
Raito se leva, me faisant signe de le suivre. Forcément, que j'allais le suivre, il avait emmené mes loukoums. Marcher dans les couloirs était souvent un moment de détente dans les films. Des films totalement stupides, et je ne voyais toujours pas pourquoi se déplacer était censé pouvoir calmer l'esprit.
« Le problème de ton raisonnement, c'est que tu sous-entends que tu pardonnes B parce qu'il tue moins que Kira.
- Je n'ai jamais dit ça. Simplement, il tue moins. Donc...
- Non. Normalement, tout être humain, surtout qui est du côté de la Justice, doit considérer qu'un meurtre est déjà trop, et donc ne pas faire de gradation dans l'horreur.
- Tu y crois, toi ? Ou tu es aussi inhumain que moi ? »
Un soupir pour le silence. Oui, tu m'as vexé.
« Peu importe ce qu'on croit, on doit montrer une face acceptable aux autres. Et oui, je crois que tout meurtre doit être puni.
- Beyond tue pour une raison narcissique, humaine. Kira parce qu'il se prend pour un dieu. Tu appliquerais la même sentence pour les deux ?
- Je ne suis pas juge.
- Extrapolons. Tu condamnerais les deux à mort ?
- Tu tentes de savoir si tu pourras collaborer avec moi dans l'avenir si je deviens magistrat ? J'appliquerais les lois.
- Les lois sont faites par des hommes, donc faillibles. Tu le sais.
- Ce n'est pas ce qui me donne le droit de les ignorer. Ce n'est pas parce qu'elles peuvent te déranger que tu as le droit de torturer – ou pire, je ne veux pas le savoir – des suspects sous prétexte qu'ils pourraient peut-être t'apporter un indice.
- C'est comme ça que je fonctionne. »
Je n'avais jamais senti le besoin de me justifier. Jamais aucune remarque ne me faisait me remettre en question. Jamais personne me critiquant ne recevait une autre réponse qu'une pique acide détruisant son ego pour les trente années suivantes. Mais là, un malaise me tordait les entrailles. Je n'avais rien à reprocher à Raito, parce que ses remarques étaient justifiées, je les comprenais. Et lui m'aurait compris s'il avait été à ma place. Ou peut-être était-ce simplement sa droiture qui le guidait dans sa critique.
« Tiens, mange. Ta tête fait peur. » La corbeille de pâtisseries rendue, je m'asseyais contre un mur. Besoin de réfléchir vraiment. « Tu boudes ? Les autres nous attendent. Tu réfléchiras à ta morale une autre fois, on a du travail.
- Super, pars devant. »
Pourquoi est-ce que je prenais en compte ses remarques ?
Résultat de ma réflexion : Raito était mon meilleur ami. Mon seul et premier ami, certes. Peu importait. On prend en compte l'avis de ses amis. Voilà.
De retour à l'ambiance presque studieuse. Yagami père tentant de recouper les informations diffusées par les médias et disséquant méthodiquement les derniers meurtres par crise cardiaque ; Matsuda avec un sourire absolument idiot probablement en train de jouer à un jeu ecchi sur une console portable, ou de compter le nombre de câbles traînant partout.
Je repris ma place, me calant sur l'avancée de mon ami. Étrange et agréable de penser à lui en ce terme. Il me signala quelques bizarreries dans les accidents de circulation de ces dernières semaines, des choses étonnantes par leur incongruité. Plusieurs hommes et femmes (quoique beaucoup plus d'hommes, naturellement) influents disparaissaient. Rien de très clair, politiciens comme militaires ou civils. Pas plus d'une poignée, pourtant un nombre suffisant pour alerter nos sens aiguisés. Sourire amical, reçu avec... étonnement, peut-être. Je n'avais jamais été très doué pour le social, et ne le serais certainement jamais.
« Il a un goût bizarre, mon lait à la fraise. »
Personne ne me répondait jamais. Tapotage d'épaule.
« Raito, mon lait à la fraise il est pas bon. Tu veux pas m'en chercher un autre ? »
Regard consterné. Ah, encore ma faute, toujours pour moi, les reproches. « Tu en as déjà bu six. C'est seulement maintenant que tu lui trouves un goût ? Tu n'es plus un môme, va te le changer tout seul. »
Et voilà, re le nez dans son écran. « Ouais, ben t'es pas très très gentil, là. » Me levais. Ou tentai. Connerie de sol qui bougeait, là. « Qui est le con qui a changé le sol pour mettre un truc mou ? Matsuda, j'ai dit que je voulais pas de piscine de caramel par terre, ça colle et c'est pas stable. Il est où, ce... ce Matsuda. Faut que je lui dise. »
Louche, ce sol, là, qui se précipite sur moi. Ou moi qui tombe. Une main me rattrapa, freinant ma chute et m'empêchant de me casser nez, dents et menton.
« Ah, merci, mon pote. C'est cool. Tiens, repasse mon lait, s'teup. »
Le verre attrapé, reniflé, hors de ma portée. Sentence tombée. « Je rêve, ou Matsuda y a mis de l'alcool pendant qu'il te le préparait ? » Pauvre, pauvre petit cerveau embrumé de moi. Et je riais, j'en avais vaguement conscience. Me tus, posais une main sur ma tempe. Douleur lancinante.
« Dites-lui qu'il devient le nouveau manager de Misa, et qu'il a intérêt à bien s'occuper de sa carrière, s'il ne veut pas se retrouver au fond de la Tamise, les pieds coulés dans du béton. » Je replongeai sous mon oreiller, les sifflements de la lumière et le pivert martelant mon crâne de l'intérieur ne me rendant pas particulièrement loquace.
« Tiens, bois ça. »
L'agression de la lumière était vraiment quelque chose d'affreux. Presque aussi horrible que d'être malade. Dire que même en évitant au maximum les virus et microbes, je me retrouvais cloué au lit... en pyjama, m'étant fait aider par Watari. Déchéance, chère amie fidèle.
« C'est quoi ? »
Ma voix méconnaissable, rauque. Pourtant, Raito me comprenait, et tenait toujours le verre, patient.
« De l'eau. L'alcool déshydrate.
- Je sais. J'ai des notions de médecine. Et j'aime pas l'eau, c'est fade.
- C'est pour ça que je t'ai aussi ramené un jus de fruits.
- Avec une paille ? »
Bon, même si le pivert continuait de faire son nid dans mon lobe frontal, ce genre d'attention était quand même bien agréable. Et au moins, avec Raito, je pouvais être confiant dans l'innocence du jus multi fruits. S'il devait me tuer, ce ne serait pas avec des méthodes aussi sournoises, dignes des plus grands lâches de l'Histoire.
Une alarme d'intrusion déchira le silence.
La porte de l'ascenseur s'ouvrit dans un chuintement.
C'était elle.
Wedy, vivante. Les policiers se précipitèrent pour la soutenir.
De toute évidence, elle s'était enfuie, avait échappé à Beyond. Avec pertes. Elle tenait ce qui avait été son bras droit de la main gauche, tentant de stopper l'hémorragie. Plus rien n'existait après le poignet. Arraché. Retiré à la morsure d'entraves cruelles.
La démarche féline, abandonnée quelque part, les pieds nus impitoyablement déchirés pendant la fuite. Son regard, surtout. Bête traquée. La maman de Bambi rescapée du chasseur et ayant laissé son faon en offrande.
Tellement plus effrayante qu'un cadavre.
A mardi, dans deux semaines pour la suite ! (nous n'avions pas le coeur à couper la publi après cette fin de chapitre xd)
