Titre : Thirst

Disclaimer : Les personnages et l'univers ne nous appartiennent pas malgré un chantage à base d'expédition par la poste de pages de Death Note et de trognons de pommes cloués selon un rituel vaudou. Nous ne touchons bien entendu aucune compensation financière pour la publication de ce texte, là encore le chantage n'ayant pas suffi ^^ (On nous a mentiiii x) )

Rating : M pour certains chapitres.

L Lundi

De rien pour l'explication des horloges, c'était avec plaisir ^^

Ce n'est pas tellement que Misa soit bête en général, c'est qu'elle l'est dès que ça concerne Raito, l'amour etc... Je comprends que tu la prennes en pitié à ce stade, et c'est sûr que face à L, même si elle n'est pas si stupide, elle ne lui arrive pas à la cheville (et la cheville c'est encore trop haut xd) Oh tu es sensible aux descriptions je vois ! Je t'assure celle d'Aiber est plutôt soft... (pas ce que B lui a fait mais le descriptif x) ) Je confirme que B voit les possesseurs de DN avec ses neuneuils ^^ XD à partir du moment où personne d'autre ne veut venir participer à l'enquête, il faut bien faire avec ce qu'on a, Matsuda compris.

Le cauchemar était débile, c'est pour ça que t'as trouvé ça drôle mdr Sms de Watari totalement inattendu n'est-ce pas (c'est tout le charme de ce sms;) ) comme une liste de courses. Disons que c'est avant pour lui que pour L. Je dois dire que casser l'image des personnages nous amuse beaucoup xd *signe de la main à l'image de L partie en fumée *

Merci beaucoup pour ton commentaire !

Lilyanna

Il y a des jours comme ça, où le monde semble se liguer contre le temps libre x)

Tant mieux si les anagrammes, horloge etc ressemblent à Another Note puisque effectivement nous nous en sommes inspirées pour cette partie de l'enquête ^^ Oui c'es vrai que c'est assez triste de voir un sort pareil à des personnages qu'on aime bien, ceci dit nous aussi nous les apprécions et ça ne nous en empêche pas une seconde xD Contentes d'avoir pu te surprendre avec le retour de Wedy en vie (après deux morts il fallait... « innover » xd) les surprises sont encore loin d'être terminées, en espérant qu'elles soient, justement, surprenantes. Un peu d'imprévu dans ce monde de brutes (il faut bien mettre un peu de suspens ^^) Wedy aura son utilité par la suite, et c'est pour ça qu'elle est toujours en vie d'ailleurs.

Nous essayons d'éviter la case « neuneu/guimauve » alors pour le moment si ça marche tant mieux ! Nous avançons lentement, aussi pour que ce soit agréable à lire , et tu as parfaitement raison leur relation s'approfondit mais en douceur ^^ Un bon cauchemar spécial « séjour psychologue » xD ! Hum tu sais que ce n'est pas bête du tout les cinq phases du deuil comme idée ! Bon on ne suit pas les phases, mais pour le moment ça correspond pas mal (quelques phases sauteront au passage certainement) mais je dois avouer que c'est plutôt pertinent. En fait oui Raito est plus ou moins conscient d'avoir besoin de Misa (sinon c'est simple il la jetterai dehors à ce stade). Comme nous avons besoin de Misa plus tard, j'ai trouvé une seule raison pour laquelle Raito ne l'expédierait pas en Ouganda. J'ai considéré l'instinct de survie plus puissant que l'amnésie. C'est donc les menaces de mort de Remu toujours dans l'inconscient qui sont ressenties, de manière diffuses, puisque bien sûr il ne s'en rappelle pas. A cause de l'amnésie et du mode interne des pov ce n'est pas clairement expliqué mais il y a quelques allusions. Je ne répondrai qu'à une seule question sur tes dernières interrogations : nous allons pas mal dévier par rapport manga, mais je ne dirais pas à quel point x)

Merci beaucoup pour ton commentaire, et bon retour x)

bloody kawaii

Une journée Oo ! Impressionnant ! Merci beaucoup pour ta review, en espérant que l'histoire te plaise toujours autant :D

Dernier chapitre avant la pause ! Merci pour vos commentaires :D


Chapitre 25

Hangover


Les policiers se précipitèrent pour maintenir Wedy debout et ses genoux grelottèrent violemment, se plièrent d'un coup, fauchés. La volonté défilée avec l'adrénaline en descente.

L colla un portable à son oreille. « J'appelle une ambulance. »

Tapotement sur l'épaule de mon père. « Je prends le relais, il faudrait essayer de rapprocher le canapé de l'ascenseur. » L et moi n'arriverions pas à le déplacer et être près de l'ascenseur faciliterait énormément le transport à l'ambulance. La transition, quand mon appui sous son bras blessé remplaça le précédent, pas assez fluide. Les yeux de Wedy roulèrent, grimace. Sa tête dodelina une seconde, réalité rattrapée sur un gémissement.

Ryuzaki qui venait de raccrocher secoua la tête. « Laissez tomber, si vous parlez du salon 16, à deux, même avec le commissaire, nous n'allons jamais pouvoir le déplacer. Trop grand, trop lourd. »

Mon père grimaça. « Et on ne peut pas lui donner une chaise, à cause de l'amputation. Il faut aller jusqu'au salon, il n'y a pas de chambre dans ce couloir.

- Ils seront là dans quarante-cinq minutes, une heure.

- Pressés, comme d'habitude. » De sa main libre Matsuda secoua légèrement le visage de la voleuse aux yeux brumeux, voix plus douce. « Désolé Wedy, il va falloir qu'on marche. »

Pas douloureux, lents. Sa conscience engloutie par la souffrance, à peine recrachée pour une enjambée de plus. Après quelques mètres, son poids s'effondra sur nous. Abandon total. Le poignet contre ma poitrine, lâché, vomissait à pleines veines le sang hors du corps-chiffon. Sôichirô se précipita pour soulever les jambes inertes. L'hémorragie découlait sa frénésie rouge et ma main comprimant les chairs déchirées, incapable de retenir le déferlement.

Ryuzaki et Watari, déjà au canapé, avaient ramené ceinture, compresses et une pile de coussins à la provenance évidente d'après les motifs kawaï. Une pointe d'étonnement, le regard du détective me traça de haut en bas. Je baissai les yeux sur mes vêtements, presque impressionné par la quantité perdue en si peu de temps par les deux artères sectionnées. Mon pantalon imbibé sur les cuisses d'impacts écarlates déformés par l'absorption et l'abdomen surtout, saturé à l'excès, presque dégoulinant comme si la plaie était creusée dans mon ventre.

Je décollai le coton poisseux, chaud, pour presser le tissu, filant quelques gouttes entre mes doigts.

Sourire narquois que je n'avais pas besoin de voir pour entendre. « C'est Misa qui va être contente. » Le haut était l'un de ses cadeaux vestimentaires. « Tu te rends compte, louper une occasion de tous nous crever les tympans à coups d'ondes hystériques, jamais elle ne se le pardonnerait la pauvre chérie. »

Wedy, inconsciente, fut allongée, le bras droit surélevé par les coussins. Sôichirô découpa la manche de la voleuse en quelques mouvements rapides, arrêt. « Un garrot serait plus efficace qu'un pansement compressif. Ceinture. » L'amputation. Même raison pour laquelle Matsuda faillit voir son désinfectant balancé hors de notre champ de vision sur une exclamation outrée. Faillit. Watari, prêcheur d'armistice et de compromis dut devenir le nouveau héros de Matsuda, saint sauveur de la grande défenestration de la petite bouteille. « On ne sait pas quel objet coupant a servi, désinfecter les bordures de la plaie ne sera pas un mal. »

La ceinture positionnée au-dessus du coude, l'heure notée dans la mémoire d'un téléphone. Exercice délicat que le garrot, serrer suffisamment pour arrêter le saignement, sans abîmer les tissus, sans aggraver l'hémorragie. Plus que le reste, sans perdre les informations collectées par Wedy.


La voleuse à l'hôpital, shootée à fortes doses d'antalgiques, il fallait se résoudre à ramer dans la mélasse ou racler allègrement le fond, selon les points de vue. Autrement dit, regrouper par catégories toutes les morts suspectes revendiquées ou non, franchement douteuses ou douteusement douteuses, à l'exclusion des criminels notoires. Peu efficace en dehors des classiques : revenus élevés, condition sociale, sexe etc. Plonger dans toutes les ramifications possibles de chaque groupe s'annonçait fantastiquement passionnant, à la recherche de cette fameuse question, livrée en pâture à votre plus grand mépris dans mille séries et films médiocres avec ce petit sourire entendu donnant d'irrémédiables envies de bichonner amoureusement sa tronçonneuse.

La question, résultat d'une incontinence d'Agatha Christie gribouillée par un stagiaire fanatique en pleine crise de déviance sur une impuissante page de script. Script qui n'en demandait pas tant, vraiment, déjà submergé par la vacuité haineuse de sa horde de scénaristes armés d'un panel d'aberrations dialoguées ultimes, luttant bravement, cheveux et jupettes au vent, pour pourfendre les limites de l'incompétence hébétée et du kitch diabétique.

La question, pourtant importante, détraquée à toutes les sauces grassement planplan par une bande de fauchés mentaux de tous bords, prêts à lever bien haut la jambe comme des cabris sous cocaïne pour tataner les gencives des derniers soupçons d'intelligence vivotant malgré eux, quelque part, noyés sous une ringardise épileptique et une crétinerie aussi crispante que des griffes sur un tableau noir. À qui profite le crime ? Question terriblement vampirisée par la prétention de faire passer une fumisterie pseudo réflexive au rabais pour un sapin de Noël.

À qui profite le crime, soit qui se cachait derrière Kira ? Et surtout, quelles morts profitaient au criminel ? L'un étroitement lié à l'autre. Là-dessus, s'empilaient des monceaux d'hypothèses, sagement groupées ou croisées par secteurs professionnels. Sans complément, une bonne noyade dans les schémas à probabilités multiples.

L posa sa tête sur le clavier, un soupir expirant tout l'ennui que la tâche engendrait. Ne pas la faire était inacceptable et ne rien faire était inacceptable, pas avec Birthday qui narguait l'enquête et se sentait obligé de nous mettre sous le nez quelque chose que nous n'arrivions pas à cerner.

Un claquement sur la gauche, un verre, le cinquième.

« Je t'ai dit que je n'étais pas ton goûteur.

- Tu ne veux pas voir Matsuda me décaniller au white spirit ? Insidieusement, jour après jour ?

- Traite-le plus gentiment et il arrêtera ses tentatives d'assassinat. Si tu es incapable de t'en rendre compte par toi-même… d'ailleurs, ne pas être capable de reconnaître un goût d'alcool dans du lait à la fraise, à ton âge.

- C'est un tort ?

- Surtout pour toi. » Esquisse de sourire mauvais.

« Qu'est-ce que tu as trafiqué ?

- Moi, rien. » Ses yeux se plissèrent et le verre de grenadine se rapprocha, lentement. « J'ai dit non. Interdis-lui l'accès à la cuisine.

- Déjà fait, mais qui sait quels aliments innocents ont été maléfiquement piégés. » Silence. « Très bien, alors tu veux que l'enquête soit une fois de plus handicapée ? Qu'on prenne encore plus de retard ? » La boisson rose balança, agitée sous mon nez. « Je ne peux plus me permettre d'être cloué au fond du lit.

- J'espère que tu as apprécié l'ironie de la situation, à propos. Toi qui refusais de manger la cuisine de ma mère précisément pour cette raison. » L'air presque boudeur m'arracha un sourire, éclipsé par le harcèlement grenadine.

« J'espère que tu as trouvé ça très amusant, maintenant tu ferais mieux de boire, tu ne tiens pas à ce que cette grenadine te poursuive, te hante. Longtemps. Très longtemps. »

J'attrapai finalement le verre avec la folle envie de contempler le plafond.

« Essaye de ne pas avoir l'air trop satisfait ou tu pourras faire une croix sur la totalité de ton alimentation. »

Rien de suspect à la couleur, l'odeur, je tentai une minuscule gorgée. Toussotement.

Je claquai le verre sur la table de travail du policier. « Du liquide vaisselle. »

Grand sourire. « Désolé Raito, tu n'étais pas la cible. Depuis quand tu bois ce truc-là ?

- On m'a forcé, depuis que tu alcoolises des laits à la fraise. »

- Eh bien j'avais raison. Comme d'habitude. Et il avoue en plus. » Me tournai vers Ryuzaki, histoire de le faire taire.

Matsuda inclina curieusement la tête vers le détective. « Tu ne te rappelles de rien pas vrai ? Ta cuite, j'veux dire. » Une épaule se haussa en réponse. Les coins de la bouche de Matsuda s'étirèrent à lui déchirer le visage, un gloussement sonore en perdition se changea en ricanement. « Attends. » Il fouilla la mémoire de son téléphone.

Une exclamation perça les hauts parleurs. « P'tit roulé ! »

Ryuzaki, sourire idiot au visage, s'allongea -tomba- par terre, bras étendus au-dessus de la tête. Prise d'élan et il tourna sur lui-même, riant à moitié « p'tit roulé, roulé, roulé ! ». La pièce parcourue de long en large jusqu'à l'obstacle fatal. Pied de chaise entre les deux yeux. Il se redressa, les larmes en menace. Une main apparue dans le cadre, puis la tête de Matsuda, hilare. « Tiens, du lait, tu te sentiras mieux après. »

Un verre cul sec plus tard, j'entrais dans le champ alors que L se tortillait sur le sol, bras et jambes erratiquement convulsés.

« Qu'est-ce qu'il fabrique ?

- L'algue marine. » Matsuda explosa de rire, suivit par « l'algue » qui n'avait aucune idée de ce qu'elle faisait mais semblait trouver ça très drôle.

L s'assit. « Et dis, Matu- Mata- Maaa-tutuda. Y a du lait 'core ? » Le policier, plus rapide que moi, lui colla le lait dans la main, la moitié déjà engloutie quand je parvins à décrocher le verre de ses doigts.

« Ça sent la rhum à des kilomètres. » Je m'accroupis devant L. « Ne bois plus rien de ce qu'il te donne, d'accord ? » L pouffa, l'écran montrait parfaitement l'impassibilité de mon visage. « L ? » Ses traits brutalement neutres, il me pinça la joue « Pouic pouic. » et s'écroula de rire comme un gosse de cinq ans. Le rire de Matsuda s'ajouta en fond sonore, alors que je me levais, stoïque, droit vers la porte.

« Raito a confisqué le rhum.

- Le méchant….

- Mais j'ai une autre bouteille, de tequila. T'as pas soif ? »

Je réapparus dans la vidéo. « Donne-moi l'autre bouteille. »

Deuxième extrait, Ryuzaki en train de ramper.

« Ça bouuge. Pourquoi ça bouge. » Arrêt brusque, agrippé au tapis. « Oula. »

Voix de Matsuda. « C'est parce que je viens de mettre la piscine de caramel sur le sol.

- Quoiiii mppffppmff.

- Rien compris. Décolle la tête du tapis pour voir ?

- J'avais dit pas d'caramel. Ça colle et j'avance p'us. J'avais dit, pas vrai, j'avais dit.

- Ouais. » On sentait que Matsuda avait du mal à garder son sérieux.

« Et maint'nant, j'avance plus.

- C'est parce que tu t'accroches au tapis. »


Écran noir, deux voix chuchotées. « T'es sûr, tu lui as dit de venir là ?

- Mais oui.

- Lève-toi alors, il va arriver.

- J'ai l'vertige là, les miettes sont toutes petites en bas.

- Elles sont toujours petites, même en haut, parole d'expert. » Pause. « Ah je l'entends. Chut.

- Chuuuuuut.

- Toi, chut.

- Chut chut chut.

- Mais chut !

- Chchuuuut.

- La ferme.

- …ferme. » Pouffement débile.

La porte s'ouvrit, illumina l'image. La silhouette de Watari en découpe.

« L, tu es là ? » Il actionna le plafonnier. « L ? »

Ryuzaki vacilla en sortant de sa cachette. « Bouh ! » Une armée volante de cupcakes s'abattit, sur le vieil homme, surtout autour. Plusieurs vaillants soldats se collèrent au costume avant de dégringoler tristement, parsemant le tissu de taches roses et jaunes. Par un miraculeux hasard, un gâteau atterrit contre le nez de Watari. Celui-ci ôta le cupcacke victorieux d'un geste posé, tout le glaçage violet étalé au visage.

Le gâteau fut posé sur un bureau avec tout le calme du monde.

« L'alcool ne te réussit pas. Ne t'agite pas trop, ton estomac ne va apprécier.

- T'as la figure comme un… un stchroump, stroufm, schroum…stoumpf violélet ! » L se plia en deux, les éclats d'hilarité crétins soudainement coupés. « Me sens pas très très bien. »

Après plusieurs vidéos de la honte, Matsuda rangea son téléphone en embrassant la coque. « Jamais je ne les effacerai. C'est tellement choquant. » Ryuzaki le laissa partir sans un mot, fixant le mur, la déchéance mesurée dans toute son horreur. Et il n'avait pas vu la pire de toutes.

Plus tard, je le trouvais devant l'ordinateur, supprimant toutes les images offensantes des caméras de surveillance. Espoir de le distraire de son systématisme. « Wedy a perdu énormément de sang, Beyond a dû estimer qu'elle pourrait tenir le coup avant de nous la renvoyer. » Point majoritairement admis, non Wedy n'avait pas pu se faire la malle par son unique bon vouloir, à moins d'une porte temporelle apparue comme par magie, ou la venue de marraine la bonne fée, comme l'avait sympathiquement suggéré Ryuzaki à un Matsuda dépité.

« J'ai remarqué. » Reprise des cliquetis.

« Plus, elle serait morte. »

Son attention repêchée. « On ne peut évidemment pas calculer à partir des pertes sanguines, beaucoup trop de facteurs aléatoires pour nous, mais elle n'a pas pu parcourir une longue distance, sauf si Beyond l'a jetée d'une voiture en marche. Trajet repérable par caméras. »

Les premières rues en partant du QG aisément traçables, la suite se compliqua passé le deuxième kilomètre. Panne des caméras, pas certaines, mais toutes celles des trois plus gros secteurs de Tokyo, et ce pendant plusieurs heures.

« Personne n'a signalé le problème ? »

Ma perplexité reflétée dans la vitesse de frappe de ses phalanges. « Si, surtension dans les moniteurs de contrôle, soi-disant. Ils n'ont bien sûr pas jugé utile de l'indiquer, ni même de communiquer l'info aux autres responsables du quadrillage du système. Joie de la communication efficace, tous des incapables. »

Trois secteurs HS ne signifiait pas que l'endroit de détention soit situé dans ces secteurs, une aussi large coupure bien suffisante à nous faire perdre la piste, sans parler de la durée du trajet, rendue aléatoire par le black out. Éplucher l'intégralité du système était hors de question. Ne restaient que les informations communicables par Wedy à son réveil. Et elle en possédait forcément, pas assez pour représenter une menace mais peut-être assez pour nous relancer sur la voie. Face, une fois encore, à une impasse temporaire, Ryuzaki retourna à son grand nettoyage d'octobre.

« Qu'est-ce que c'est que ça. » Timbre flirté avec la consternation. Oh, il pouvait.

Sur l'image, Ryuzaki titubait pathétiquement, se faisant le devoir de collecter chaque coin de meuble sur son chemin avec toute la maniabilité d'un Titanic à demi submergé en chorégraphie aquatique ; les violons de la détresse en supplément. La démarche douteuse cahota les derniers sursauts de sa crédibilité pour s'arrêter devant mon double pixelisé. Le bras de Ryuzaki se tendit dans ma direction, rata son coup. Son autre main sur mon épaule pour s'assurer un appui, concentration enfantine au visage. Le deuxième essai atteignit l'objectif et il me serra contre lui, alternant un balancement d'une jambe sur l'autre. « Mon popooote ! » Le logiciel de lecture vocale, synchronisé à l'image rendait la scène plus ridicule encore.

L'hésitation claire sur les pixels, je tapotais sa nuque et son dos. « Bien sûr, bien sûr. Il va sérieusement falloir arrêter le lait à la fraise. »

Déséquilibré par le balancement, intolérable complication à la coordination basique, il s'affala sur mes épaules. Simili-étreinte en glissement vers le sol, ralentie par les bras de mon double à l'écran, tentant de redresser l'autre qui ne faisait aucun effort. L colla sa tempe contre ma poitrine, un air émerveillé proprement étrange à voir. « Hey mais dis donc, dis donc. Y a quelqu'un qui s'agite drôlement là-d'dans. » Son index frappa doucement. « Toc toc ? »

Échardes de colère, plus vives. Contenues, recouvertes de sourires et d'attitudes serviables, toujours contenues, ravalées. Impossible de critiquer les agissements d'un cerveau momentanément hors d'usage, soulèvement immanquable de questions indésirables.

Dans la soirée, à l'heure habituelle, mon portable sonna. Je m'attendais à voir L s'éclipser de la pièce comme les deux soirs précédents, il ne le fit pas. Certainement pour nous emmerder bien au delà du minimum syndical. Je coupais la pipelette analphabète entre l'ensevelissement d'usage sous les surnoms abêtissants et le déroulé de sa journée par le menu. « Nous avons retrouvé Wedy, vivante. Elle est l'hôpital.

- Oh. » Silence. « Elle va bien ?

- Elle n'est pas en très bon état, Beyond l'a rendue avec une main en moins.

- La pauuuuvre. » Pointe de sympathie noyée dans un océan d'hypocrisie satisfaite. « J'espère qu'elle va s'en remettre. Au moins elle fera des économies de vernis. » Dans un hôtel quelconque, elle devait triomphalement cocher le nom de Wedy sur la liste de ses rivales. « Une de moins » n'était pas la plaisanterie que la Miss Pimbêche Adhésive allait être autorisée à hurler sur un rire démoniaque, une fois retrouvé à plein de temps son poste de benne à mazout intellectuel.

D'une explosive bonne humeur pour tout le reste de la conversation, le volume de sa voix grimpa assez haut pour permettre à L de singer toutes les phrases sorties du mobile. Point d'honneur à ignorer ses pitreries.

« Tu devrais préférer le rôle dans ce film étranger, les japonaises sont très peu connues hors des frontières. » Le téléphone, soudain disparu. Le détective, déjà à l'autre bout du matelas, agitant l'appareil, content de sa fourberie. « Rends-le-moi.

- Pour entendre un énième monologue sur un comparatif photos de quelles chaussures à talons lui vont le mieux ?

- Si le sujet de conversation ne te plaît pas, la porte est ouverte.

- Je suis dans ma chambre.

- Et c'est mon téléphone que tu viens de voler, si tu veux te lancer sur ce terrain-là.

- L'immeuble entier m'appartient ainsi que 99, 9 % de son contenu, si tu veux te lancer sur ce terrain-là. »

Je le rejoignis sur la portion opposée du lit. « Elle va s'en rendre compte, rends-moi ce téléphone.

- Comme si elle en était capable. De toute façon tu fais semblant d'écouter. »

Échec de la sixième tentative de saisie à l'arrachée, saluée d'un toujours agréable et narquois « Encore raté. » Sérieusement agacé de voir ce foutu portable baladé devant mes yeux sans parvenir à l'attraper, je décidai de faire basculer L du matelas, histoire d'accélérer les choses. Quelle idée de se tenir près du bord…

À la poussée sur son sternum il bougea aussitôt, ses doigts vivement agrippés à ma chemise. Impact, sec, sonné par le corps de Ryuzaki à travers le mien. Sa respiration coupée net et reprise, soulevée contre ma poitrine. Conscience aiguë de nos corps plaqués sans distance. Cuisante. L'apposition juste retenue par les centimètres entre nos visages, le tissu millimétré entre nos peaux. Sa chaleur comme une invasion intense, paralytique pour mes terminaisons nerveuses. Attirante. Des épingles sur mes lèvres, vénéneuses d'incitation.

La voix haut-perchée de Misa glapit quelque chose de non défini, accrochant une attention parcellaire.

L avait toujours le téléphone.

Mon amorce de geste suffit à le faire réagir, utiliser le mouvement déjà impulsé pour permuter les repères. Mon dos, brusquement contre le sol, quitté aussi vite qu'il s'y était posé. Chaos de bras et jambes débattus, lutte des forces, victoires alternées pour être renversées.

L'énervement latent se débrida, attisé par les chatouillis que L glissa le long de mes côtes, attisé par les chamailleries et le désordre des mouvements. Attisé par la proximité, le contact et ce qu'il provoquait. La présence de Ryuzaki se dénatura. Chaleur et odeur suaves, métalliques de colère jusqu'à se déliter.

Chocs de mes appuis : ses jambes bloquées, ses clavicules maintenues par mon avant-bras gauche, uniquement parce qu'il me laissait faire. Position plongeante, mes yeux sur ses yeux, faufilés à ses lèvres. Le souvenir de leur texture, l'envie dissidente de la goûter une seconde fois, bouffés d'irritation.

Ma main remonta le poignet pâle, arracha le téléphone de sa prise. Haut-parleurs couverts. Sifflement entre les dents. « Misa n'est pas physiquement présente, elle ne peut ni te voir, ni t'entendre. Tes raisons bancales de t'amuser ne tiennent plus. Si elles ont jamais tenu. » Rejet du poignet que je tenais toujours.

Une fois debout, j'approchais le portable précautionneusement, où Misa s'égosillait en insultes sonores, persuadée que si je ne l'écoutais plus, le coupable était tout désigné. « C'est moi. »

Reniflement gêné. « Oh désolé mon tchoubidou d'amour que j'aime et que j'adore par dessus tout. » Tchoubidou ? Quelle réaction si je l'appelais « gogolette », « ma baleine bleue » ou « ma dinde radioactive » ? Ouverture des paris. Porte de la chambre violemment claquée derrière mon dos.

Répugnante crise hormonale adolescente à retardement ?

Acuité renforcée par la présence vampire de Misa et la constance de celle de L ? Peut-être renouer avec Takada en présentiel, pour passer occasionnellement et hors points critiques de l'enquête, deux ou trois heures loin d'eux. Misa, la non-attraction absolue, Takada ne rivalisait pas non plus, pas une seconde. Personne n'était moins intéressant que Misa, Takada n'avait jamais été désagréable.

Clôture rapide de la conversation téléphonique et douche froide.

Le dégoût que suscitait Misa était contrôlable. L'indifférence, pour le lot commun, aussi aisée qu'une multiplication de primaire, aussi naturelle qu'une respiration. Une suppression des contacts physiques avec L s'annonçait comme la meilleure idée de cette humiliante journée. Avec quelques variables en ma faveur, ces réactions excessives, dégradantes, allaient s'éteindre d'elles-mêmes, feux de paille et insignifiances. Rien à voir avec un refus de parler au détective ou de participer à l'enquête, d'être amical. Apprécier sa présence.

Être amical.

À certains problèmes, la solution était criante de simplicité.


Mon père brisa le silence concentré, une barre soucieuse au front.

« Watari, vous êtes présent depuis assez longtemps d'après ce que j'ai pu comprendre. Est-ce que cette situation est déjà arrivée auparavant ?

- Que L accumule un tel retard par rapport à un criminel ? »

Hochement de tête approbateur.

Le dénommé, à demi caché par l'accoudoir du canapé et la perspective, releva la tête. Attentif à la réponse douce du vieil homme.

« Jamais. Cependant vous devriez considérer Beyond Birthday comme un criminel exceptionnellement intelligent et retors. Sa connaissance de L est plus que profitable à maintenir son avance.

- Voire la creuser ? S'ils se connaissent, le savoir devrait aller dans les deux sens. En plus, L l'a déjà arrêté par le passé et cette fois, il a une équipe à ses côtés. Avec tout mon respect un tel retard est inadmissible, que le criminel se sente obligé de fanfaronner en nous livrant des indices au compte goutte est inacceptable.

- N'oubliez pas que les pistes sont brouillées par Kira, qui, s'il n'est plus l'original, est tout de même redoutable et reste loin de compter comme facteur négligeable, d'autant que les deux enquêtes sont menées de front.

- Bien sûr, même pour L l'addition est salée, c'est certain, mais le fond du problème ne se résumerait pas plutôt à de la… distraction ? »

L'ordinateur de Ryuzaki se ferma d'un geste sec. Timbre à fusion de l'aiguisé et du traînant. « Distraction ? Vous voulez certainement parler de vos multiples tentatives de harcèlement ? Un mariage, diverses réunions familiales d'un intérêt douteux, vos critiques et débats aussi incessants que nerveusement insupportables à propos de mes méthodes de surveillance. Sans oublier Matsuda qui s'acharne à pourrir ma nourriture jusqu'à me rendre malade.

- Méthodes ? Tes menottes sont des « méthodes » ?

- Et c'est reparti. Me ralentir est votre nouvelle vocation ? Kira vous a payé, peut-être, ou vous n'avez rien de mieux à faire en attendant la retraite ? Ce serait tellement dommage de contribuer par erreur à l'arrestation des meurtriers que vous m'empêchez d'arrêter. »

Mon père s'étrangla. Inspiration profonde. « Exprimer une opinion est donc un ralentissement ? Pourquoi prendre une équipe en ce cas ?

- Une opinion n'a aucune valeur et cette conversation n'est qu'un obstacle de plus à ma concentration. Apportez une preuve irréfutable du fonctionnement de vos propres méthodes avant de prononcer le moindre son articulé, et si vous êtes incapable de faire mieux, travaillez en silence. C'est ça l'utilité d'une équipe. » Le détective retourna à son clavier, ignorance royale des mains crispées de son interlocuteur. « Faire la sieste sous un arbre en attendant que la pomme tombe toute seule dans votre main à autant de chances d'arriver que Beyond de se livrer avec un ruban autour du cou et un panier de muffins. »

Plusieurs minutes passèrent, la colère débordée sur le visage de mon père lentement refluée. « Très bien, puisque je parle de ta proportion à te laisser distraire et que tu détournes le sujet, continuons avec Misa -

- Qui faudra-t-il remercier si je loupe à l'instant-même une preuve capitale à cause de votre attachement démesuré aux discussions inutiles ? Une brillante proposition à soumettre ?

- C'est loin d'être inutile.

- Encore une opinion gratuite. Vous êtes certain d'être encore apte au travail ?

- Que Misa te distrait est un fait. Vous vous disputez à chaque fois que vous êtes dans la même pièce, et ici disputes inclut insultes, violence verbale voir physique, sans parler des installations de vivarium et aquarium. Tu as déjà fait le moindre effort pour, au moins, temporiser et t'éviter un stress superflu ainsi qu'à l'ensemble de l'équipe ?

- Est-ce que vous temporiseriez avec un ver de vase enragé ? Je ne vois pas en quoi notre… mésentente pose problème à l'équipe.

- Parce que tout le monde la ressent et qu'elle entrave sévèrement la cohésion générale ainsi que l'ambiance de travail et la concentration. Difficile avec tous ces hurlements. Imagine toute l'énergie et le temps perdu à cause de ces disputes puériles. Pourquoi la trouver si insupportable ? »

Reniflement méprisant. « Parce qu'elle l'est. La vraie question est, pourquoi suis-je le seul à la trouver insupportable ?

- Je trouve ça bizarre, elle a un style particulier mais enfin c'est une fille tout à fait ador- » Sonnerie. Mon père décrocha. « C'est l'hôpital, Wedy est réveillée.

- Voilà de quoi rattraper « mon retard inadmissible ». Demandez un transfert d'appel à sa chambre.

- Je ne cherche pas à te prendre ton boulot Ryuzaki, d'ailleurs j'en serais parfaitement incapable et tu le fait sans doute mieux que n'importe qui. En tant que membre de l'équipe, il me semble cependant important de souligner certains problèmes relatifs à l'enquête – Ah, c'est fait.

- Dites-lui d'activer la webcam de l'ordinateur à côté du lit. »


« C'est une webcam standard Matsuda, ça ne sert à rien de vous coller sur ce canapé, vous n'apparaîtrez pas à l'écran.

- Quoi ? Mais si ! Y a personne à côté de toi, Ryuzaki, à deux on entre dans le cadre, suffit de se serrer un peu.

- Qui a dit que vous comptez dans les deux ?

- Ben j'ai le droit quand même. Qui a déposé un panier de fruits et un bouquet dans la chambre de Wedy ? Et qui a amené un ordinateur à l'hôpital ? »

J'intervins rapidement avant que L ne l'éjecte. Manuellement s'il le fallait. « Il a raison, je pense qu'il le mérite. Et puis comme vous êtes deux, vous entrez dans le champ. » Ne m'étant même pas approché dudit canapé, quelques pas suffirent à me placer derrière le dossier. Ryuzaki suivit le déplacement, les iris sombres en traque suspicieuse.

« Regarder dans la bonne direction fait partie des conventions communément admises dans l'utilisation d'une webcam. » Semi sourire, touche de sucre pour la diversion.


Thirst


La vue du lit blanc, du mur blanc, de l'habit blanc, des fils blancs, du cathéter blanc, du teint trop blanc de la blessée, et ma plainte se tut. Même pour moi, critiquer trop ouvertement la présence de Matsuda, presque collé à moi, le bras passé derrière mes épaules sur le dossier du canapé – en mode vieux collègues devant des bières et un match de baseball – aurait été inconvenant. Après tout, je n'avais pas risqué le tétanos, et je n'avais pas été kidnappé, je n'avais pas de membre en moins et je ne risquais pas de perdre mon emploi.

« Bonjour, Wedy.

- Ryuzaki. Un plaisir.

- Je ne vous embêterai pas longtemps. Nous avons besoin de savoir ce qu'il s'est passé. Tous les détails peuvent avoir de l'importance.

- J'imagine. Enregistrez, je n'ai pas envie de me répéter plus que nécessaire.

- Évidemment.

- Ce n'est sûrement pas une évidence pour vous. À moins que la psychologie humaine vous soit finalement, enfin, accessible ?

- Je m'entraîne. J'apprends. Il paraît que ça peut servir.

- De temps en temps. En société, ou avec des amis. »

Pourquoi avais-je l'impression qu'un sous-entendu douteux s'était glissé dans la conversation ? « Alors, cette escapade ? »

Soupir tremblant.

« Bon, puisqu'il le faut… j'espère que vous allez le coincer, et lui faire ravaler son arrogance. »

Elle prit son souffle, rassemblant ses esprits et souvenirs, calmant les battements sans doute trop rapides de son cœur, stressé juste à l'évocation de ce qu'il aurait préféré taire.

« Je ne me souviens plus de tout exactement. Je sais que j'enquêtais, j'étais sur une piste qui avait l'air sérieuse. Une filiale de recouvrement de dettes. Je bidouillais le système électrique, et il y a eu ce gaz, cette fumée… je n'ai pas pu réagir, pas eu le temps de sortir. Rien pu faire. Du tout.

Je me suis réveillée dans cet endroit, si froid, si sombre… peut-être un ancien hangar, ou un entrepôt. C'est possible que ça ait été sur le port, j'entendais l'eau clapoter. Là-bas, je me rappelle surtout l'odeur de poussière, de moisissures, à prendre la gorge, et puis le sucre et la fraise. J'étais attachée, les mains dans le dos, les pieds liés et impossibles à bouger, et ce bâillon qui me sciait les gencives, au goût de vomi… je n'avais plus mes affaires, non plus. Je le savais, parce que le sol était directement contre moi, froid et rugueux. Humide, aussi.

J'ai essayé de mesurer le temps, mais personne ne venait, il n'y avait aucun bruit, et personne ne venait en m'entendant taper contre la tôle avec ma tête. De temps en temps, j'entendais des rats, ils venaient voir si j'étais mangeable. Ils me frôlaient, me mordillaient, passaient dans mes cheveux. Enfin, j'espère qu'il n'y avait que des rats. Parfois, quand j'essayais d'atteindre quelque chose de tranchant pour me libérer, je sentais des petites choses molles, puantes, ou pleines de poils graisseux. Les couinements, surtout, me réveillaient. Pourtant, je ne crois pas que je dormais. Il y avait juste des moments où… je partais. Je crois que je serais devenue folle, sans ça.

Et à un moment, il y a eu une porte. Lourde, grinçante, avec ce bruit du métal contre le métal, affreux. Un bruit de respiration, aussi, ce souffle contre moi… et puis la voix. Il était… il jouait. Son haleine sentait la fraise, à saturation. Il murmurait que j'étais stupide, que me piéger avait été enfantin, que… que L ne devrait pas laisser traîner ses jouets loin de lui. Et puis… qu'il avait Aiber, aussi. Qu'il savait ce que nous cherchions, pourquoi nous le faisions. Que lui aussi connaissait nos secrets, et pouvait s'en servir pour nous détruire.

Et il savait tout… vraiment tout. À chaque réapparition, il amenait un peu de nourriture, de l'eau, et restait à parler, pendant que moi, j'étais obligée de ne me servir que de ma bouche, comme… comme un animal, sans bras ni jambes utiles. Et il sifflait ses mensonges, en les transformant pour les maquiller en vérité. Il savait d'où je venais, il savait qui j'étais. Il connaissait mon nom. Ce n'était pas censé arriver !

Il y a eu tellement de douleur… il m'a arraché les ongles, comme je tentais de gratter le sol pour trouver quelque chose pouvant me servir à me défendre. Des questions, encore, toujours, sur vous, sur chacun d'entre vous, sur l'enquête, sur les suspects… je ne cédais pas, et il avait toujours plus d'imagination.

Et puis, il m'a déplacée. Assommée. Je me suis réveillée dans un studio délabré, abandonné. Relativement calme, très poussiéreux. Le papier peint décollé par le temps et l'humidité, très marqué années 70, rayures verticales aux couleurs perdues.

Il y avait une tablette sur la table, qui grésillait. Quand je me suis levée, pour voir, je chancelais à cause de la fatigue et du manque de mouvements. Mais je suppose que la webcam tournait, l'image est apparue. C'était Aiber, ficelé, les mains tordues dans le dos, et attachées au plafond… couvert de bleus, d'hématomes, de brûlures, les vêtements en lambeaux, les cheveux dégoûtants. Et la voix est revenue, Beyond qui disait qu'il allait finir le travail, à moins que… que je ne me tranche la main. Il disait que la porte était ouverte, que je pouvais partir, qu'il savait juste déjà que j'allais fuir… j'ai pleuré, le suppliant d'arrêter ça, de le relâcher. Cet enfoiré a seulement commencé un compte à rebours.

Je n'avais pas vraiment le choix, pas le temps de réfléchir à une autre solution… il n'y avait presque rien dans le studio. J'ai fouillé partout, mais rien n'aurait pu m'aider à diminuer la douleur, ou… à faire le… travail correctement. Je me suis rabattue sur une scie, un peu mangée par la rouille. À part une paire de ciseaux à volaille, il n'y avait rien d'autre de coupant. Quand… quand je suis revenue devant l'écran, il me regardait, le menton sur ses mains jointes, son sourire tordu exhibant ses dents. « Plus que deux minutes. Avant ou après le poignet ? La main droite ou la gauche ? »

J'ai hurlé, tant ça faisait mal. Les dents de la lame, et le bruit… les tiraillements de la chair, le raclement contre les os, et le bruit hideux… et le sang qui coulait, écarlate, sur le métal, la table, le sol et la poussière, devenu noir.

J'ai lutté pour ne pas m'évanouir… tout ça en entendant ce fou rire, rire, rire à s'en étouffer, tandis qu'il plongeait ses doigts interminables dans sa confiture de fraises, se les léchant comme une goule devant une tombe profanée. Mais Aiber n'était plus à l'image. Son rire ne s'arrêtait plus, hyène. Je l'entends encore parler, sa voix sifflante et perforante. « Tu sais, le pire dans tout ça, c'est que tu t'es faite avoir en beauté. Roulée dans la farine, dindon de la farce, menée par le bout du nez, je t'ai eue. Ton copain est crevé depuis un moment, tu ne regardais qu'une séquence enregistrée. Les corbeaux ont bien eu le temps de lui boulotter les yeux avant que L et sa meute ne le trouvent. Pauvre L, à qui je vole ses jouets. Tu lui transmettras mes amitiés sincères. Bisou à lui, tiens. » Et tout s'est éteint. J'ai vomi. Puis me suis traînée dehors, sans faire vraiment attention au reste. La douleur, le mensonge… J'ai finalement réussi à revenir à la tour… je n'en étais pas loin. Quelques rues. »

Sa voix s'évanouit, en même temps que Wedy fermait ses yeux injectés de sang, cernés au charbon.

« Merci pour tout, Wedy. Je n'oublierai pas ce que cette enquête vous coûte.

- J'espère bien. » Sourire en coin, soupir brusque. Peut-être le seul humour dont elle serait désormais capable.

« Reposez-vous. Et réfléchissez à l'endroit où vous voulez faire construire votre nouvelle résidence principale.

- Pour le moment, j'ai surtout envie d'une cigarette. Ces connasses d'infirmières refusent de me laisser fumer ou sortir pour le faire. »

Fin de la communication, ordinateur refermé. Je me relevais dans la seconde, m'éloignant de la désagréable source de chaleur et d'odeurs corporelles qui avait déjà commencé à répandre ses flots d'inepties. Mail envoyé sans entendre les suppositions foireuses de la troupe. Subventions assorties d'un délai, pour une entreprise californienne innovante, à la pointe des prothèses. Il me fallait une main, opérationnelle et répondant aux commandes nerveuses. Merry ne se satisferait jamais d'un morceau de plastique immobile, inutile, et par dessus tout, inélégant.


Retourné. Une nouvelle fois. Soupir. Bâillement. Re-retour dans l'autre sens. Le sommeil me fuyait, vol d'étourneaux. La lumière diffuse n'y pouvait plus rien, je n'arrivais pas à trouver le sommeil.

De l'autre côté, Raito, lui, n'avait visiblement pas le même genre de préoccupations. Son souffle régulier, son corps immobile sous les draps. Il avait toujours eu le repos facile. Et interminable, mais peu importait. Il était là, et je dormais mieux avec lui, pour une raison obscure et probablement illogique. Encore une fois, tant pis. Si sa présence me permettait de dormir tranquillement, et d'être plus performant ensuite, je n'allais pas m'en priver. J'avais lu dans un ouvrage de psychologie que les amis s'invitaient parfois pour des soirées. Rien sur l'inconvenance de partager le même lit.

Glissement de ma couette, repoussée en un chiffon inutile. Pieds sur le sol frais. Quelques pas jusqu'à son lit. Il ne dormait presque jamais au centre, la place laissée parfaite pour m'y faufiler. Inutile de le réveiller, hormis le rendre ronchon jusqu'à son véritable réveil, après le café. Le regarder rêver, bien plus amusant. Immobilité du visage, et pourtant ses yeux roulant derrière les paupières, son cerveau si rare, magnifique, compilant la journée, se préparant avec une efficacité redoutable au lendemain.

Malheureusement pour moi, la manœuvre m'amena à heurter sa jambe, et les yeux rendus bruns par l'obscurité, à peine éclairés de pointes de miel, s'ouvrirent sur mon flagrant délit d'intrusion. Une main sortie du coton pinça l'arête du nez. Instant de silence, comme une croisée des chemins, choix à faire.

« Ryuzaki, je peux savoir ce que tu fais là ? »

Drôle de question. Si différente de toutes les autres nuits au cours desquelles je l'avais rejoint. J'avais eu droit à des sourires moqueurs, des taquineries, ou juste à un décalage sur le côté pour me faire de la place. Pas une seule fois à ce ton de reproche.

« Tu ne devines pas ? Je n'arrive pas à dormir. Comme à chaque fois quelqu'un tente de me tuer aux crucifères, il est plus sage de directement venir ici, pour éviter de nous réveiller plus tard, non ?

- Non. Retourne dans ton lit. »

Son regard comme guillotine, sérieux au possible. Il me chassait. Moi, il me virait de son côté.

« Je te demande pardon ? » Ton acide. Dernière chance pour lui de faire marche arrière. Et j'espérais sincèrement que ce serait le cas. Qu'il renoncerait. Me laisserait rester.

« Ce n'est pas quelque chose que des amis font. Tu as ton propre lit, si tu n'arrives pas à dormir, fais autre chose. Ça te fait plutôt plaisir d'habitude, de pouvoir travailler. Alors, laisse-moi me reposer tranquillement.

- Je ne te gêne pas, d'habitude.

- Justement, si. Et ce n'est pas une habitude, c'est une exception. Sors de mon lit, s'il-te-plaît, j'aimerais dormir. »

Je ne bougeais pas, curieux, dérangé, incrédule. Pourquoi faisait-il ça ? Misa ne risquait pas de débarquer, il n'y avait personne pour nous voir, pour l'embêter encore. Son attitude totalement incompréhensible, irrationnelle, gênante, énervante.

Aussi incompréhensible que mon estomac brutalement tombé dans mon ventre, et ma gorge nouée. Je le fixai, persuadé de trouver une lueur de plaisanterie là où seule jouait la lumière de la petite lampe. Raito m'était fermé, muré derrière son sérieux.

Mes jambes quittèrent la chaleur de son territoire, retrouvant le sol d'autant plus froid. Matelas quitté.

Je me recouchai, emmitouflé jusqu'au menton, tournant le dos à mon ami. Traître.

« Bonne nuit.

- Hn. » Pas envie de parler, pas avec cette envie de vomir croissante. Je remontais mes genoux contre mon torse, et éteignis la lumière. La noirceur de la pièce sensément favorable au sommeil, inutile avec mes yeux ouverts.

Colère, trahison, rancœur. Peut-être parce que c'était la première fois qu'il refusait aussi ouvertement, aussi catégoriquement, d'être avec moi. Peut-être parce qu'il était mon premier et seul ami, et qu'il venait juste de poser des limites à cette entente. Discuter de l'enquête, oui. Jouer aux échecs, oui. Plaisanter, oui. Côtoyer sa famille, pas vraiment. Vivre dans la même pièce, tout juste. Dormir ensemble, non. Et cette limite, allait-il la repousser encore, jusqu'à m'exclure ?

Goût de bile. Je haïssais les limites qu'on m'imposait. Et cette fois, je n'avais pas la certitude de pouvoir ni de vouloir imposer leur levée.

L'écran rallumé, deux heures vingt-trois. Soupir. Chuchotis. « Tu dors ? » Attente, souffle coupé. Rien qu'une respiration au ralenti. Tant pis pour ma nuit. Ordinateur sous le bras, je jetai un regard vers l'endormi. Tourné de son côté. Égoïste.

Je partis pour la salle principale, qui ne serait pas envahie de parasites avant encore quelques heures. Mince espoir de concentration non entravée.

Le bruit d'eau et le délabrement, principales informations sur le lieu de détention de Merry. Rien pourtant, contrairement à ce qu'elle pouvait prétendre, n'indiquait clairement le port. La ville était striée de plusieurs cours d'eau et stations d'épuration. Même la proximité d'une gouttière défectueuse ou d'une piscine privée pouvait dans de telles circonstances faire penser à un port. Des sons plus caractéristiques auraient pu nous aiguiller ; des moteurs, des avions, le train. Dans l'état des choses, l'endroit pouvait aussi bien être juste en bordure d'un étang. Les moisissures laissaient penser à un endroit humide en permanence, les rats à un lieu fréquenté par les humains, mal entretenu. Ou proche d'égouts délaissés. Les autres éléments n'indiquaient presque rien. Un sol froid, dans un endroit sombre, évident. Rugueux, dans un lieu abandonné, logique.

Sur la carte de Tokyo à l'écran, les possibilités croissaient de manière exponentielle. Si peu de choses pour les réduire.

La seule consolation, s'il avait pris la peine de se cacher si bien, alors son sens du jeu pourrait pousser Beyond à ne pas bouger, jusqu'au dernier moment. Peut-être suffisant pour faire une souricière géante de sa tanière.

Cliquetis de vaisselle mêlé à la course de mon clavier, cessée dans l'instant. La parfum du lait crémeux mêlé au chocolat et à la myrtille consolant mon estomac toujours noué. Un vrai sourire adressé à mon presque père. Vrai enquiquineur quand il le décidait, excellent cuisinier toujours.

« Tu es bien matinal. Ça faisait longtemps que tu ne prenais plus ton petit-déjeuner ici.

- Je ne suis pas matinal, je suis nocturne. Et je n'ai pas envie de manger en haut aujourd'hui.

- Vous vous êtes disputés.

- Non.

- À quel sujet ? »

… fichu vieillard à l'instinct plus affûté qu'une voyante. « C'est personnel. »

Le gargouillis du thé versé dans la porcelaine, délicat et maîtrisé, se coupla à la voix mesurée, inquisitrice.

« Si tu me caches quelque chose, c'est important, et ça ne doit pas rester personnel. Si tu t'impliques dans une relation, quelle qu'elle soit, avec ce garçon, tu dois être conscient que c'est irresponsable, dangereux, imprudent et puéril. N'ai-je pas raison ?

- C'est mon ami, et il m'a envoyé paître alors que je n'arrivais pas à dormir.

- Ce qui est une conduite appropriée. Tu n'es plus un enfant. Il est déjà étrange que vous dormiez dans la même chambre. »

Une assiette glissa sous mon nez, posée à quelques centimètres de mes doigts. Billes de melon caramélisées, parmi d'autres merveilles. Que je ne voyais pas.

« J'aime bien, moi.

- Il partira une fois l'enquête finie.

- Non. » Les entrailles de retour dans la constriction, désagréable.

« Il finira ses études à l'université, et s'il le veut, suivra le chemin de son père. Et nous, nous rentrerons en Angleterre. » Instant de silence. Petit pot de lait déposé à côté de mon sempiternel thé noir à la bergamote. Repoussé de l'index.

« Pas faim. »


« J'aimerais sortir, voir du monde. »

Regard noir, assorti d'une hargne renouvelée sur mon clavier. Raito ne m'avait rien fait, n'avait pas été agressif, distant, ignorant. C'était pire. Il se comportait avec moi comme avec les autres. Calme, sans effusions, sans intérêt. Aimable. Poli. Rien qui ne pouvait marquer qu'il était conscient que j'étais différent de Matsuda ou Mogi. Un bonjour naturel, phrases toutes faites, la sanction de la banalité.

« Hors de question, surtout en ce moment. Avec Beyond, c'est trop risqué. Personne ne sort sans raison.

- J'ai besoin de retrouver une vie sociale. Des amis, des connaissances. Des personnes avec qui je m'entends bien. »

Et allons-y gaiement, dans la catégorie T'es bien gentil cinq minutes mais je me fais chier avec toi, je demande le fils. Bonne pioche, uno, retournez à la case départ.

« J'imagine que tu penses à quelqu'un en particulier. Alors, qui de Shinji, Seiji ou Yaten a ta préférence ? Le club photo ? Ou une de tes pimbêches ? Leurs noms m'échapperaient presque, tant elles ont été nombreuses.

- Mes amis ne se comptent pas sur les doigts d'une seule main, en effet. Mais je pensais plutôt à Kyomi. »

Ton innocent, détaché. Payé de retour par l'indifférence feinte, l'amertume latente.

« Ah ? Elle a finalement compris la différence entre un boson de Higgs et une poêle à frire ?

- Tu es injuste avec elle. Elle est plutôt brillante.

- Sans blague. Même du charbon ressemble à de l'or au milieu de la bouse.

- Charmante comparaison. Tu devrais essayer de lui parler, une fois. Elle est sympathique, et intéressante.

- Contrairement à certains, je ne qualifie pas une personne d'intéressante en fonction de ses mensurations, de son sexe et de son apparence physique en général. Ce n'est pas un beau cul et une paire de nichons qui vont me donner plus envie de faire la conversation à Takada qu'à une truite. Je ne suis pas ami avec une truite, moi. Les petits poissons, il faut les laisser frayer ensemble. »

Sourire crispé. Matsuda arriva, s'appuyant sur le dossier du fauteuil. Trop idiot pour comprendre que la discussion ne le concernait en aucune façon.

« C'est marrant, je ne l'aurais pas comparée à une truite, moi.

- Vraiment.

- Ouais. Plutôt à un lapin. Avec un beau cosplay, hein ? » Presque la bave aux lèvres.

« Pas du tout. Les lapins, c'est gentil. Elle, est vénale, veule et vicieuse. En plus d'être une cruche. Une cruche relative, si tu veux. N'empêche que si j'exagère, je ne suis pas le seul. »

Raito soupira, aussi digne dans sa désespérance qu'un adulte tentant de faire comprendre à un enfant que manger des épinards était bon pour la santé à cause de leur teneur en fer. Proprement fallacieuse, d'ailleurs. Ce qui prouvait combien les adultes pouvaient mentir quand cela servait leurs intérêts fourbes et sournois.

« Peu importe que tu ne le comprennes pas j'ai envie de voir mes amis, dont Takada. Je suis navré que tu ne l'aimes pas, mais…

- Parce que tu ne pourras pas nous inviter tous les deux à ton goûter d'anniversaire ? Triste.

- … Mais je ne te demande pas de l'apprécier, juste de me laisser décider et choisir les gens que j'ai envie de côtoyer. »

Saleté. Mon avis n'avait aucune importance, bien entendu. Prudent, j'attrapai mon verre. L'odeur de la sauce pour sushis ne parvenait pas à être dissimulée par le thé glacé. Le tout reposé, sans esclandre.

« C'est toujours non. Sortir est trop dangereux. »

Une sonnerie crispante assassina sa répartie, transformée en une réponse policée. À l'autre bout, la voix nasillarde, siiii heureuse d'entendre enfin son amour unique, et que ça faisait vraiment trop longtemps qu'ils étaient séparés, mais que la flamme de la passion n'en ressortirait que plus flamboyante.

« Misa, tu as encore ton tournage à terminer, et moi, l'enquête. Je ne peux pas venir te rejoindre.

- Ton dragon s'y oppose, hein, c'est ça ? Ryuzaki, un jour je jure que je mettrai des vers de terre dans ses gâteaux, comme ça il pourra définitivement plus nous embêter ! »

Je partis pour le toit.

Un mot posé sur les commandes. J'ai les clefs. Si tu veux aller quelque part, parle-m'en avant, s'il-te-plaît. Maudit vieux trop protecteur. Mon hélicoptère cloué au sol comme une grosse mouche sur un mur d'entomologiste.

Et la pluie venait s'en mêler, pour parfaire le tout. Bruine désagréable, souvenir d'une autre fois, d'un autre jour, où j'avais craint pour ma vie comme jamais auparavant. À l'époque, Raito n'était pas le même. Il était venu me rejoindre. Je nous revoyais encore, trempés. Puis moi, séchant ses pieds, et lui mes cheveux. Le jeu avait autant été provocation qu'humour du désespoir.

Là, j'aurais eu envie qu'il revienne. Qu'il me trouve, me dise qu'à rester sous l'eau, nous allions tomber malades. Qu'on rentre, que je m'excuse, qu'il me pardonne, et qu'on finisse par une partie d'échecs.

Mais il n'était pas là, et ne venait pas. L'eau ruisselant dans mon dos, rendue glaciale par la brûlure du vent.


Dernier bastion avant la fin du monde : la cuisine.

Puisque Matsuda empoisonnait tout ce qui en sortait, j'allais me faire justice moi-même. Je dénichais une boîte de sucre roux, de la farine, des œufs, du beurre et du lait. Dans un tiroir, des gousses de vanille. Dans un placard, du chocolat en poudre et des amandes. Avec tout ça, créer quelque chose de mangeable ne devait pas être bien compliqué.

La première tentative avait le mérite d'être originale. Brûlée sur le dessus, crue à l'intérieur. De gros morceaux se détachaient, chuintants, d'une étrange couleur orange et complètement visqueux. Le goût variant selon les secteurs, entre l'immangeable et le vomitif.

Le deuxième essai ressemblait à s'y méprendre à un bloc de charbon. Crissant sous les dents, sans aucun autre goût que le carbonisé. Presque à en regretter les Sablés de l'Enfer.

Troisième gâteau, proche de la maquette de volcan. De gros cratères déversaient une substance maronnasse proprement ignoble sur des landes jaunâtres.

Le quatrième objet dégageait une fumée noire et âcre, si dense qu'on ne pouvait plus apercevoir la chose à son origine.

Cinquième, liquide et quasiment huileux. Étonnant vu l'absence d'huile. Le vert aggloméré pas vraiment rassurant.

Bon, la sixième expérience n'était clairement pas belle. Mais je décidais que le goût était acceptable. L'évier ne survivrait pas à une nouvelle invasion de vaisselle sale. Et il n'y avait plus de sucre.


L'épreuve de rames dans la semoule se poursuivait. Encore trop d'incertitudes, d'hypothèses vaseuses. Beaucoup de lieux à évincer, à exploiter, inspecter. La soirée était toujours un moment de tranquillité, chacun faisant semblant de travailler en attendant avec une impatience plus ou moins bien dissimulée l'heure d'aller se coucher.

Watari entra dans la pièce, portant d'une main un plateau de pâtes de fruits. Étrange alchimie qui transformait des végétaux fadasses en quelque chose de vraiment bon. Aucune remarque sur mes exploits culinaires, pourtant méritée. À la place, il posa une main sur l'épaule de Raito, concentré sur la liste des endroits en ruine au bord du fleuve Sumida dans le quartier Ueda.

« Yagami-kun, puis-je vous parler un moment, en privé ? »

Bug dans la matrice. Pas d'opposition possible, pas clairement. Je ne pouvais pas aller contre une demande aussi directe sans raison. Pas venant de Watari.

Raito acquiesça, peut-être curieux. Visage lisse.

Je les regardai partir, prendre l'ascenseur. Immédiatement rivé sur les caméras, leur silence signifiant seulement qu'ils se rendaient dans les quartiers de Watari, aux caméras éteintes. Jusqu'à ce que je trouve une parade, et les rallume, ce qui ne saurait tarder. Hors de question qu'ils aient une conversation sans que j'en connaisse le contenu.


Oui cette fin n'est pas très sympathique mais toujours plus que la coupure du chapitre précédent. Donc voici venir notre pause de publication, qui reprendra en septembre (en toute utopie) ou un peu plus tard (en toute vraisemblance) ^^

Bonnes vacances ! :D