Titre : Thirst
Disclaimer : Les personnages et l'univers ne nous appartiennent pas malgré un chantage à base d'expédition par la poste de pages de Death Note et de trognons de pommes cloués selon un rituel vaudou. Nous ne touchons bien entendu aucune compensation financière pour la publication de ce texte, là encore le chantage n'ayant pas suffi ^^ (On nous a mentiiii x) )
Rating : M pour certains chapitres
Titi (guest du 22/07)
Je ne sais pas si tu repasseras par là, en tout cas un grand merci pour ta review adorable ! :3
Les évolutions diverses vont lentement, on les mène de front donc ^^ On essaye de faire tout bouger à chaque fois, au moins un peu. Tant mieux si les personnages ne sont pas OOC, c'est précisément ce qu'on veut éviter :D Parce que, déjà quand l'histoire ne repose pas sur un duo de génies et une lutte psychologique, c'est difficile de voir les personnages qu'on apprécie pour leurs caractères se faire dépiauter par la fanfiction, mais c'est encore pire avec ces deux-là ^^ Autant créer ses propres persos si c'est pour modifier drastiquement les personnalités des originaux ^^ XD désolée pour ton pauvre petit cœur, il faut bien un minimum de suspens de temps à autre...et encore je crois qu'on ne savonne pas trop la planche finalement xd « Mon Dieu (non pas Raito) » ça m'a fait bêtement rire, j'admets XD Tu te sens moins seule ? (et tu peux y aller, ma santé mentale a abandonné son job depuis longtemps, celle d'Haaru je n'en jugerai pas xd)
Je salue la splendide liste d'adjectifs et je ne sais même plus quoi dire devant tant de compliments …. vraiment c'est extrêmement gentil et là pour le coup c'est moi qui perd mes adjectifs et tout le reste xd Effectivement c'est du boulot, ça prend du temps et c'est pour ça qu'on a un peu de mal à tenir nos délais malheureusement, les études sont des voleuses de temps... Hum entre FF qui s'amuse à bouffer des mots et signes de ponctuation/enlever des espaces ou en rajouter au moment des publications, plus les fautes qu'on ne voit plus à force (les chapitres on les connaît trop au bout d'un moment, ça se corrige automatiquement dans la tête) je pense qu'il doit bien y avoir quelques fautes qui traînent xd mais on tente de limiter la casse... « Mon Dieu avez vous décidé de me tuer en me donnant tant de satisfaction que j'en fus réduit à l'état de légume prémâché par un bébé géant » Cette phrase est magnifique, et drôle xD (et j'imagine si bien un cauchemar de L x) ) Tout le monde aimerait massacrer Misa, nous y compris...que veux-tu le drame c'est qu'on en a besoin pour la suite (on ne dirait pas comme ça, mais je t'assure ^^) Pour les descriptions de cadavres et autres réjouissances, au contraire, tu dois être l'une des rares à ne pas être hypersensible xd Franchement on a été soft pour le moment et aux protestations de la majorité des lectrices apparemment c'était déjà beaucoup. Mais ça ne nous arrêtera pas xd Non, sincèrement il n'y a pas de quoi recracher son déjeuner, ou alors tu es aussi « normale » que nous...pas une bonne nouvelle pour toi ça xd Désolée de briser la galerie des personnages, a priori Mello, Matt et Near n'apparaîtront pas dans cette fic mais nous sommes plus que ravies que tu apprécies les autres !
Question plus longue review de l'année, tu as une sévère concurrence, il faudra te battre pour le prix ! Et ne t'inquiète pas tu peux aligner autant de mots que tu en as envie, et puis...regarde un peu le pavé que je suis en train de pondre (snif) mais je suis madame pavé comme le témoigne la longueur de mes povs (et je n'arrive pas à me soigner, re-snif)
Un énooorme merci à toi ! Tu es une déesse de la review :3333
PS : J'espère qu'aucune scie sauteuse n'est passée t'achever entre temps !
PPS : Les cours de français laissent souvent de grosses séquelles, le docteur ignore si tu vas t'en sortir (mais t'annonce fièrement que ses honoraires resteront inchangés) xd
bloody kawai
C'est le grand talent de Misa : donner envie à tout le monde de l'étrangler ou de lui faire passer l'envie d'exister, c'est tragique quand on y pense xD Merci beaucoup, on essaye en tout cas de ne pas faire dans le cliché fanfiction (on avance lentement mais sûrement xd) Une qualité impressionnante ? Nous n'en demandons pas tant, c'est adorable:D
Merci pour ton commentaire :D
L Lundi
Parfaitement, une review surprise fait toujours plaisir, et la tienne a été un plaisir à lire : )
Non tu n'es pas seule à penser à Astérix et Cléopatre, on est au moins deux XD ! Oh l'huile de foie de morue ce serait parfaitement vicieux xd Désolée, on aime beaucoup briser le mythe des personnages de temps en temps ^^ Forcément, jamais B ne lâcherait sa surveillance, ce serait dommage de ruiner ce personnage avec une connerie pareille xd Hum toujours sensible aux descriptions, aie, je crois que tu vas prochainement souffrir dans ton petit cœur :3 Watari est génial, et n'oublions pas que c'est génie xD Qui contrairement à d'autres n'a pas de problèmes particuliers en relations sociales (enfin...a priori) et n'est pas aussi handicapé sentimentalement que L. Disons qu'en plus de son intelligence il possède des codes et des connaissances sociales que L se contrefout d'avoir, et voit ce que L refuse de voir. Une sorte de voix de la raison, et donc, oui il comprend L mieux que lui-même.
Tu es une empoisonneuse en herbe des fourneaux ? Xd Je suis terriblement fan de tes propositions de « ce que Watari veut dire à Raito », c'est tellement drôle dit comme ça XD J'adore ! Pour la coupure entre ce chapitre et le précédent, les avis sont partagés, et en fait Haaru et moi étions partagées aussi xD Personnellement je prônais la coupure à Wedy mais Haaru non et finalement j'ai pensé qu'elle avait raison et que Watari serait moins pire. Mais voilà, c'est une question de point de vue, et tout le monde a un avis différent sur la question, le choix a été fait, donc ...too late xd Et puis, franchement, c'est juste parce que ça coupait, avoue ! (et comme c'était pas prévu, oui les fins de chapitres sont un peu immondes voilà voilà xd)
Fais tes reviews de la longueur que tu veux, tu y mets ce que tu veux dans l'ordre ou le non-ordre que tu veux :3 Personne ne fera de réclamations xd Merci beaucoup pour ton commentaire et tes compliments !:D
PS : Tu n'en penses pas moins pour le passage du téléphone et tu as bien raison :3 Comme j'aime aussi l'insulte de la « dinde radioactive » peut-être que l'expression repointera son nez un jour ^^
Fear
Re-bienvenue mademoiselle, avec plaisir x) Tu dois bien être la seule à trouver Misa plus « intéressante » que son original xd Enfin comme elle apparaît plus dans la fic que dans le manga, fatalement... (et ce mot est particulièrement bien choisi xd)
Rassure-toi, tu ne blesses personne, ni Haaru et moi en tout cas x) Personnellement je pense que les deux sont intéressants à condition de les nuancer et bien évidemment de réussir son coup, donc de faire ça avec un minimum de subtilité (et peu de personnages non nuancés sont intéressants d'ailleurs). Effectivement, L est forcément plus intriguant dans la mesure où on ne sait quasiment rien de lui et de son passé, donc presque tout est imaginable (le presque est non négligeable sinon... xd) Oh dans le bus si tu ne connais personne, lâche-toi, pas de témoin ! Après chez soi ça peut être plus délicat et t'expédier à l'asile, mais tu nous y trouveras sûrement :)
Disons que nous allons tenter d'aller le plus loin possible avec un rythme de publi plus lent et nos charmantes années universitaires respectives, au pire on refera une pause mais je te promets solennellement que nos intentions sont pures, ça surprend oui, et que nous terminerons cette fic * insérez la musique épique ou le documentaire sur le homard de votre choix * ;)
Merci beaucoup pour ton commentaire tout à fait choupi et tes compliments absolument gentils ! :D J'espère que tu as plus ri que pleuré ceci dit … Nous te remercions pour tes encouragements :333 A bientôt, ô fan de fanfiction, étrange oui, mais personne n'ira sans plaindre xd (et sinon grand bien leur fasse)
Merci beaucoup pour vos reviews, malgré la pause répondre aux anonymes en ce début de chapitre me semble aussi tout à fait normal.
Comme nous avons considérablement raccourci la pause, le rythme de publication va s'en ressentir dès maintenant. Nous passons donc d'un chapitre toutes les deux semaines à un par mois, ceci pendant une période indéterminée. Mais il faut voir le bon côté de la chose, vous allez peut-être devoir relire le chapitre précédent, donc c'est presque comme si vous aviez un chapitre et demi :p
Note de Haaru : Bonjour tout le monde ! Je case ici un petit mot général, pour vous expliquer un peu la situation. Actuellement, je cumule les trucs à faire (fac, école, et je suis prof en lycée en plus) donc pour vous donner une idée, j'ai besoin de deux semaines juste pour écrire le pov de L... donc, même si Meyan n'est pas une feignasse, contrairement à moi, il est mathématiquement impossible de maintenir un rythme d'un chapitre toutes les deux semaines, quand bien même je le voudrais. Et croyez-moi, je le voudrais. Dans tous les cas, il ne sert à rien de vous énerver, Thirst continue. Et finira. Mais à notre rythme, sans qu'on se flingue la santé (je ne me donne pas trois semaines avant d'être malade, et je suis déjà sous coktails vitaminés). Voilà, donc bisou à tous et toutes, dites-vous que les reviews sont motivantes, et mangez un cookie pour patienter. A bientôt :)
Petit rappel fin chapitre 25 : Watari demande à parler en privé avec Raito.
Chapitre 26
Aigreur clémentine
La porte des appartements de Watari, refermée avec le cliquetis du verrou. Le grand maître des thés versé dans l'art délicat de l'hospitalité et de la courtoisie désavoua à demi son attribution fétiche d'une prière à prendre place. Un mouvement de la main à la civilité légèrement plus discrète que d'ordinaire. Le vieil homme posa une montre sur l'accoudoir de son propre fauteuil couleur crème. Sens du geste obscur, lié à L, toujours.
Mains noueuses croisées, dos parfaitement droit, costume impeccable. Le parfait majordome britannique de l'attitude aux vêtements, décalage avec son pseudonyme. Le pseudonyme qu'il utilisait, ici, et certainement les autres, ailleurs. Costumes et costumes. Combien de gens y avaient cru ? L'homme à tout faire, l'ombre, le porteur de plateaux. Rôles. Poudre aux yeux que ce personnage devant moi, il le savait. Les personnages, un point commun, il le savait aussi. La plus grande illusion brisée une fois déjà, voilà qui devait lui coûter de recommencer, fêler son costume quelques minutes, pour moi. Plutôt inquiétant, parce qu'il n'avait plus d'autres choix.
« Yagami-kun, cela fait quelques temps déjà que nous aurions dû avoir cette conversation. Je dois admettre l'avoir différée autant que possible, cependant, la tournure que prend votre coopération avec Ryuzaki m'inquiète. » Terme soigneusement choisi, une réduction cachée derrière un semblant de neutralité.
« Elle vous a toujours inquiété.
- À raison.
- Simple question de point de vue. » Raison limpide de son ralliement à l'enquête, à la demande de L ou non. Je représentais, à ses yeux, un danger pour son protégé. Peut-être qu'il n'avait également pu différer davantage sa première apparition à l'époque.
« Votre père parlait de distractions il y a peu. Il a omis, et je ne l'en blâme pas, la plus importante et la plus évidente d'entre elles. Leur point de convergence.
- Je ne suis pas responsable de tous les malheurs de L.
- Certes. J'ai néanmoins remarqué que vous aviez distancié votre présence depuis peu. » Deux adverbes contradictoires, le second l'emportant sur l'autre, l'hypocrisie également distribuée.
« Contrairement à votre génie socialement inapte, je sais parfaitement où se situent les normes reconnues comme acceptables par la majorité de la population de ce pays.
- Précisément. C'est à vous de poser les limites.
- Comme vous l'avez si bien souligné, j'ai déjà commencé.
- Bien. Considérez-le comme un gamin qui a besoin d'être structuré. Il ne sait pas ce qu'il veut. Ou ce qu'il pense vouloir est tout à fait déraisonnable jusqu'à ce qu'on lui mette la bonne direction sous le nez.
- Je ne sais pas ce qu'il pense vouloir, mais vous m'avez l'air très au fait sur le sujet. Votre méthode a fait ses preuves, de toute évidence. » Le reste de ma remarque acide ne se déroula pas, après tout il me donnait raison. « Qu'est-ce que votre expérience me conseillerait ?
- La pédagogie basique recommande la répétition. N'hésitez pas à forcir le trait, que les limites soient nettes et sans appel. Vous vouliez voir mademoiselle Takada me semble-t-il ?
- En effet. » Une excellente limite, parmi d'autres.
« Je me chargerai de la faire venir, ici. » Il coupa une remarque naissante d'un geste calme. « Ryuzaki n'acceptera jamais que vous sortiez de ce bâtiment et vous n'avez pas à vous inquiéter de la sécurité de votre amie.
- Merci.
- À une condition toutefois. Je veux que vous fassiez comprendre à L que l'enquête terminée, vous partirez, sans retour, sans contact. »
Flottement, crispé. Ce n'était pas ce que je voulais. Impensabilité de projection dans cette demande.
Watari dut le lire, le refus muet. « C'est la suite logique de ce que vous avez entamé, et vous l'avez commencé de votre propre chef.
- Pas la suite logique, la suite radicale.
- Vous êtes quelqu'un de radical à beaucoup d'égards. Et il faudra l'être avec lui, il voudra pousser les restrictions, au moins au début.
- Déséquilibre intéressant. Voir Takada, une seule fois, contre la coupure franche d'une relation ? » Piqûre, pour soulever le vif du sujet. Un changement minime, suffisant pour modifier en tension la posture du vieil homme. Quelques impulsions de plus, nécessaires pour basculer. « Votre intérêt trouve largement son compte dans cet arrangement. Je suis donc une si grande menace ? Kira, histoire de varier les accusations ? »
Regard d'aigle. Il se leva avec une lenteur délibérée, intimidation de rapace, les serres assénées dans le timbre de sa voix.« Je n'ai pas besoin de savoir si vous êtes, avez été, redeviendrez ou non Kira pour savoir que vous n'avez pas votre place en ces murs, avec L. Votre présence entrave l'enquête, et surtout entrave L. Vous avez même réussi à lui faire croire qu'il a besoin de votre aide pour avancer dans l'affaire Kira alors que tous vos agissements empoisonnent sa capacité de raisonner. L'attention factice dont vous gratifiez votre entourage est certainement bien pratique mais il est inacceptable que vous en asphyxiiez L jusqu'à gangrener et tuer ses faibles aptitudes sociales et son discernement pour finalement le poignarder dans le dos à la première occasion. » Lacérations au travers du portrait noir, les serres, fichées.
« Il n'est pas un jouet, et il n'est pas en sucre. C'est votre opinion à mon sujet et au sien que je trouve inacceptable. Votre pseudo paternité auto-attribuée perturbe très fortement votre jugement.
- Son intérêt est le seul qui compte à mes yeux, votre propension à manipuler votre entourage ne va clairement pas dans cette direction. Je ne tolérerai pas que vous continuiez à retarder et à parasiter L, pas plus que je ne tolérerai que vous jouiez avec lui de la même manière qu'avec vos multiples autres connaissances.
- Il me semblait au contraire le pousser à se mettre au travail, là où vos glorieuses méthodes brevetées d'expérience échouent triomphalement semaine après semaine. » Amertume sur la langue, mon ventre comme perforé à coups de bec. Minuscules.
« En ce qui me concerne, que la cause majeure de ces refus au travail puisse désamorcer ce qu'elle a provoqué signifie qu'une rupture définitive ne posera pas de problème et qu'elle sera plus que bénéfique. »
Ironie pointillée d'arrogance. Temps d'en finir, amorce. « Découper la pourriture avant qu'elle s'immisce jusqu'au centre du fruit, en somme ? Les certitudes sur le comportement des gens sont souvent à réviser.
- Il est hors de question de prendre le risque, pas avec vous, pas avec L. Par ailleurs mes certitudes concernant les comportements s'avèrent presque toujours exactes.
- J'imagine que c'est le moment où vous allez m'interdire de faire du mal à votre fils prodigue sous peine de subir toutes les tortures existantes ? »
Une fine lueur d'amusement passa dans le regard métallique, absorbée par le commentaire, voile de dérision autour de la menace. « En effet, c'est le moment.
- Alors je vous rassure tout de suite et je vous épargne dans ma grande sollicitude l'énumération de la longue liste depuis votre Moyen Âge européen.
- Touchant, mais ce qui sort de votre bouche ne sera jamais capable de me rassurer. »
La suffisance glaça le sarcasme, imminence de la conversation mise à mort.
« Pourtant, vous voulez une promesse, une garantie par échange, alors quelle est l'utilité de cette conversation ? » Attaque. « Cessez de vous creuser la tête, c'est douloureux à regarder. Me jeter du haut du toit aurait au moins le mérite d'être définitif mais vous avez apparemment fait une croix sur cette option. Vous aurez ce que vous cherchez, parce que c'est que je cherche aussi. » En partie. Quant à l'autre, qui savait combien de temps l'affaire Kira pouvait encore durer, comment les événements en enchaîneraient d'autres. « N'oubliez pas Takada, ce serait dommage de ruiner un accord si profitable.
- Ah, je suis ravi que nous ayons pu trouver un terrain d'entente, Yagami-kun. » L'avertissement aiguisé à froid, au coin d'un faux sourire. « Je veillerai à ce que les deux parts de cet engagement soient respectées.
- Je n'en attends pas moins de vous et de vos compétences. » Watari me raccompagna, déverrouilla le battant du couloir. Envie féroce de claquer la porte, décorée au vernis de la plus aimable politesse. « Je vous souhaite une excellente soirée.
- De même. »
La cordialité, au moins apparente, entre mon père et le vieil homme s'expliquait brusquement. Une identique, déplaisante, horripilante surprotection. Mon père avait certainement mâché un peu plus son vocabulaire que son avatar grisonnant mais Ryuzaki n'avait pas dû beaucoup apprécier la manœuvre non plus. Cette impression saturée dans la gorge, vraiment détestable.
Il m'attendait dans la chambre, sans prendre la peine de faire semblant de travailler. Son ordinateur allumé, posé un peu plus loin. Une étonnante exaspération au visage. Nouveau sermon en perspective ? Sur la manière douce de parler aux personnes d'un certain âge ? Je n'étais pas d'humeur. Ignorant les yeux qui suivaient mes pas, je passais de la salle de bains à mon lit, toutes les étapes intermédiaires complétées en silence, en attente. Au moment d'éteindre la lumière de mon côté, je déportais mon attention sur le détective, à l'instant où l'agacement supplanta brutalement la réticence.
« De quoi avez-vous parlé ? »
Surprise. Les caméras n'étaient pas en service ? Voilà qui expliquait tous les regards de Watari sur sa montre, surveillance de l'heure ou plutôt estimation du laps de temps avant que L ne réactive ou ne pirate le système.
« Aveu d'échec de la tentative d'espionnage ? Tu as vraiment envie de connaître le contenu pourtant peu édifiant de cette conversation.
- En réalité j'ai réussi à lancer le système pile quand tu partais, vive la technologie. De quoi avez-vous parlé ? »
- La pluie, le beau temps, les chocolats chauds, le scrabble. Aucun scoop en ce qui me concerne. » Quelques touches de colère montèrent au visage de Ryuzaki, ses lèvres serrées. « Question idiote, réponse idiote.
- J'ai le droit de savoir, je dois savoir. Et je connais le sujet, je parle des détails.
- Je sais. Sauf que je n'ai pas la moindre envie de te les donner. Désolé. » Mon index commanda la lampe, éteinte. L'excuse, habitude sans âme. L'ultimatum de Watari ne serait jamais connu, ne prêtait pas à conséquences tant que l'affaire ne serait pas terminée. Peu importait ce que je dirais, ferais jusque là. Une promesse mélodieuse de mensonge.
La fraîcheur de l'air, serpentine contre mon dos. Frisson perfide, le froid englouti dans la perspective sinistre de scission. trancher toutes les attaches. Toutes nos attaches. L'air, insinué sous la peau. Revenir à ma solitude de figurants fades à la transparence, fantômes. Illusion du nombre, masque du vide. Une coopération dépouillée de proximité était préférable. Une surface préférable au néant. Doute. Peut-être que je n'étais pas assez radical, pour une fois.
Les entrepôts du quartier Ueda, garages, autres endroits répondant aux critères à proximité du fleuve ne présentaient pas d'anomalies. Encore… ne pas penser au nombre de quartiers restant traversés par ce fleuve. Ne pas penser non plus qu'il ne restait pas moins de soixante-deux autres rivières, fleuves et canaux quadrillant Tokyo. Sans oublier les ponts, les piscines municipales et privées, jacuzzis, étangs etc.
Ryuzaki, chargé des vérifications de la baie avait ralenti le rythme, tout comme moi. Le clavier à l'arrêt une demi-heure plus tard. « C'est tellement inutile. Pour autant qu'on sache, elle pouvait très bien être retenue à côté d'une fontaine, d'une bassine, d'une pataugeoire à moineaux ou d'une folle de jardinage.
- Si Beyond ne veut pas qu'on trouve le lieu, on ne le trouvera pas. On pourrait même l'avoir écarté de la liste sans s'en rendre compte.
- Arrête de me déprimer. » Un regard battu souleva une esquisse de sourire. J'attrapai une assiette de couronnes au miel, miraculeusement rescapées, plus pour longtemps. L tendit la main pour réceptionner ses petits trésors sucrés que je préférai poser sur la table. « Sérieusement, je sais que tu voudrais trouver le premier lieu de détention mais le second est beaucoup plus accessible.
- Son emplacement te fait penser que Beyond souhaite qu'on le trouve.
- Il n'est qu'à quelques rues selon Wedy.
- Il joue, je veux le coincer et je ne le coincerai pas si c'est lui qui dicte les prochaines étapes. »
Watari, gardien de l'âme de son disciple, envahit la surface libre d'un pichet de thé glacé. « Nous n'avons rien d'autre. » Une pression au fond des yeux gris me fit modifier la phrase initiale. « Tu n'as rien d'autre. » Ajout, un brin tardif. « C'est ton enquête après tout. »
Le pseudo majordome quitta la salle, la dignité portant un plateau avait trouvé son égérie. Échange visuel l'espace de quelques secondes. Collision de glace. Les seules limites que je poserais seraient celles que je voudrais poser. Celles initialement prévues. Watari le verrait bien assez tôt, il suffisait d'accéder à la demande pour le moment, attendre. Mes actes ne seraient pas dictés par un autre que moi, et si L voulait creuser ou maintenir les démarcations, c'était sa liberté, pas une décision conditionnée jusqu'à la quasi imposition.
C'était ce qu'il me plairait, à la fin, qui compterait.
Voix renfrognée, « Encore un appel ? Quelqu'un d'autre que Misa te harcèle ? » Son propriétaire assis sur mon lit, la mauvaise humeur suintante.
« Personne à part toi, et ce n'est pas Takada.
- Facile à dire quand on se verrouille dans le petit salon du quarante-six en tournant le dos aux caméras. Prise de contact avec un pro-Kira ? Préparation d'un attentat ?
- Pourquoi toujours tout rapporter à Kira ? Je t'ai dit que j'avais beaucoup d'amis, tu es loin de tous les connaître. Je te serais vraiment reconnaissant de lever le camp pour que je puisse dormir.
- Fatigué de bavasser avec tes mollusques de compagnie ? Si ce sont vraiment eux, ce dont je doute puisque tu agis comme si tu avais quelque chose à cacher. » Je levai les yeux au ciel sans répliquer. Une contestation amènerait toute une suite d'hypothèses paranoïaques, à contrer une par une. Les contres enchaîneraient d'autres hypothèses et ainsi de suite, et mes heures de sommeil s'évaporeraient comme l'eau sur le sable du désert. Quant à avouer que l'auteur des appels était tout simplement Watari, qui plus est pour l'organisation de la visite de Takada... une éviscération en place publique avec une petite cuillère paraissait plus enviable. Je m'assis sur mon matelas, espérant que Ryuzaki parte, extrapolation de pure fatigue, totalement erronée. Il pivota pour me faire face, yeux tranchants contre mon visage impassible.
« J'aimerais vraiment dormir.
- Tu ne réponds pas à ma question, tu tournes le dos aux caméras en passant tes coups de fil, pire, tu as envoyé Matsuda dans mes pattes pour faire diversion et ton correspondant appelle avec un téléphone jetable. » Sécheresse du ton, intransigeance. « J'en conclus que les menottes te manquent. » Figement. Il n'oserait pas. « Je ne comprends pas l'utilité de toutes ces cachotteries intolérables, alors que tu sais pertinemment que je n'ai pas d'autre choix que de les remettre maintenant. »
Colère titillée par la pression de Ryuzaki et celle de Watari, à jongler entre les deux j'avais utilisé ma meilleure option. Très difficile de mettre en place une réelle organisation avec des phrases à double sens, voire impossible.
« On dirait que ça te fait plaisir.
- Vraiment ? Alors que je ne suis même pas sûr d'être encore vivant demain matin ? »
Son acidité amplifia le mienne. Chaque conversation tournée en exaspérante dispute. « Dégage de mon lit.
- Non.
- Alors que je suis tellement susceptible de te tuer cette nuit ?
- Si je te surveille, j'assure ma survie. »
Je me levai brusquement, accaparais son lit en représailles. « Tu peux me surveiller d'ici si ça te chante. » Il amorça un mouvement, je m'étalais au centre du matelas. « Gin, ami depuis la première année de lycée, son portable en rade après un séjour dans une machine à laver, pas assez d'argent pour un nouveau de grande marque, donc un jetable en attendant. » Mon téléphone comme projectile heurta son bras. Les draps m'enveloppèrent et je fermai les yeux sans un bonne nuit.
Un chuchotement dans le noir. « Raito. Passe-moi les bergamotes. » Soupir. Ma main trouva un sachet sous l'oreiller. Expédié aussi sec, réceptionné d'un « aïe ».
« C'est du nougat. » Agacé, je lui lançais tour à tour un paquet d'English Toffee, de chamallows, de pralines, de nougatine, de floppy, de dragibus.
« Bordel, elles sont où tes foutues bergamotes !
- Aucune idée, quelque part. Peut-être dans le coin gauche ? » Envoi. « Ah non ça ce sont les clémentines. » Autre envoi. « Et les caramboles confites.
- T'as qu'à t'en contenter, c'est déjà bien assez. »
Un silence. « Mais je veux les bergamotes. »
L'odeur imprégnée dans les draps, bien plus agréable que je l'admettrais jamais, était sur le point d'avoir raison de moi quand j'entendis des bruits feutrés. Des pas. Torture pour mon cerveau déjà presque endormi. « Qu'est-ce que tu fous ?
- Je te l'ai dit.
- Je vais vraiment le commettre ton putain de meurtre. » À tâtons, je retournai enfin dans mon propre lit, tandis que L cherchait sa nourriture diabolique dans le sien, ce qui s'apparentait à une excavation archéologique. Les pas reprirent. Tapotement léger contre ma jambe. Insistant.
« Pousse-toi un peu.
- Je ne veux pas dormir avec toi, ce n'est pas négociable. »
Longue après-midi, mais la liste des studios proches de la tour, datant des années 70, abandonnés avec du papier peint à rayures n'était pas si longue. En venir à bout s'annonçait de l'ordre des probables quand les possibilités de trouver le premier lieu de détention avoisinaient joyeusement celles de marcher sur l'eau ou de faire comprendre à Misa la théorie de la décohérence quantique.
Décrétant une pause, saluée d'un soupir de soulagement par un certain policier qui s'empressa d'aller se dégourdir les jambes. Ledit policier, me voyant changer de page, s'arrêta derrière moi en gloussant. « Un mail pour Takada ? Oho, suspect. Tu parles de quoi ? Vous allez vous voir ? J'veux lire ça. » Sur son visage tournait avidement l'image de la jeune fille en cosplay. « Juste histoire de rassurer Misa, elle est loin et tout alors je l'aide. » Bien sûr. Je le laissais obligeamment lire le contenu du mail et l'historique, qui ne lui apprendrait rien de spécial.
« Elle aime ce genre de films ? C'est une nana parfaite ! » Il réquisitionna la souris, ricana. « Autant de mails ! Hé ben, ça papote ça papote. »
Une main se posa sur mon épaule, légèreté chaude. Mon regard, tourné, tombé dans l'obscurité d'un autre. Détourné à la lueur palpitée au fond des pupilles. Cette main, un geste anodin, un geste test de sa part et mon refus signerait pour tous les autres. Sans regarder Ryuzaki, j'ôtai la chaleur de mon épaule, comme on balaye quelque chose de vaguement dérangeant. « J'ai un peu négligé mon réseau relationnel ces derniers temps, mais il sera plus qu'important quand je retournerai à l'université. »
Incrédulité franche, étrange. « Tu as envie de retourner à l'université ? » Comme si je venais de perdre la tête sous ses yeux.
« C'est ce qui est prévu depuis le début et c'est que je dois faire.
- Tu n'en as pas envie une seule seconde, comment ce pourrait être le cas d'ailleurs, qui peut aimer la fac avec sa population grouillante de -
- Et j'en ai envie. »
Le triomphe à peine esquissé se délita sur son visage. Scrutateur de mes moindres expressions, de mes traits que j'essayais de rendre vides. Bulle de silence, d'analyse où les exclamations de Matsuda ne pouvaient pas prétendre exister. Le serrement dans mon ventre ne se dissipait pas dans les secondes.
« Tu as raison, les géraniums ont bien poussé cette année. » Il retourna à sa place, décrétant la fin de la pause.
« Ryuzaki, ce studio ?
- Hum ? Ma grand-mère avait le même. Oh, tu veux mon avis ? Il est orienté Nord Sud, c'est bien.
- Je te parle de l'année de construction, elle ne correspond pas avec le style de décoration.
- Tu sais ce qu'on dit ? L'arbre tombe toujours du côté où il penche.
- En clair ? Un amateur des années 70 ? » Ryuzaki tourna la tête, perdu dans ses pensées. « Ryuzaki ?
- Le fond de l'air est frais, je crois qu'il pleut demain. Mais après la pluie, le beau temps. »
Inspiration lente. « Et Noël au balcon, Pâques au tison. Tu peux te concentrer au lieu de me servir des phrases bateau à toutes les sauces ?
- Évidemment évidemment. Qui vole un crocus vole un ficus. »
Toujours une banalité au bord des lèvres et autre « Pierre qui roule n'amasse pas mousse » dès que je lui parlais, le remède était simple. Je cessais de lui parler. La frustration fourmillait ma peau, heure par heure.
« Si on ne peut plus se parler ça va devenir difficile.
- Tu fais tout pour. »
Ses réactions étaient compréhensibles, surtout vu ce que son chaperon s'apprêtait à annoncer le soir même. Aiguilles de culpabilité et de regret, que j'ignorais copieusement. Les frappes sur nos claviers redoublées de hargne. Le bruit frénétique, seul à remplir l'espace.
Watari arriva au signal du dîner, retint les enquêteurs, pressés de contenter leurs estomacs. « Miss Takada va venir demain deux ou trois heures. En raison de cette situation exceptionnelle, nous serons tous priés de nous cantonner au dixième étage. Tout le matériel a été transféré pendant la journée. » Convergence de l'assemblée vers L. Le corps immobile, les yeux fixes. Compilation instantanée. Lentement, les iris déplacés aux externes, entre Watari et moi. Son visage, un masque en train de s'effriter ; la façade fendillée, détachée de morceaux minuscules et les émotions se battaient, enroulées sous les fêlures. Compréhension. Effarement. Trahison. Colère. Torsadées pour se bouffer.
La reprise du contrôle aussi rapide que sa perte, la volonté mise en lutte gomma l'émotion et les traits absorbèrent le tumulte. Ryuzaki restructura le mur, lisse à la perfection. Pas sa voix, pas ses yeux, implosés de colère. Watari devenu cible unique. « C'est pour ça que tu as toléré - » Ryuzaki secoua la tête, l'entraîna hors de la pièce. Les murs et la distance étouffèrent les éclats de mots. Quand l'homme à tout faire revint, il revint seul, une barre soucieuse en travers du front. Une fois n'étant pas coutume, mon père lui servit une tasse d'Earl Grey.
« Où est-il ? »
Il porta la porcelaine à sa bouche, une gorgée, la reposa. Une foule de reproches au visage. « Je ne sais pas, il a pris l'ascenseur. » Les reproches alourdirent la transversale inquiète. Il m'accusait ? De mettre son idée en application ? Idée que je n'avais jamais voulue draconienne à ce point, rappelons-le. Sa part du marché sur le point de foirer et c'était ma faute ? Comme d'habitude.
« Considérez la venue de Kyomi demain comme maintenue. »
Cuisines vides, les salons habituels, vides. Personne sur le toit non plus. La possibilité qu'il soit enfermé dans une salle de bains était hautement improbable, et c'était bien ce qui me faisait hésiter à en fouiller quelques-unes. Chez Misa ? Même si un palais de sucreries y était bâti il n'y mettrait pas les pieds. Après le toit et les cuisines, la chambre était une assez bonne option.
J'actionnai la poignée de porte, verrouillée. Tapotais quelques coups. « Tu me laisses entrer ? » Pas de réponse, pas de bruit. Je m'assis à côté du battant, attente tête appuyée au mur. J'aurais pu partir depuis longtemps, ne même pas rester, ne pas être venu. Sauf que j'étais toujours là. Les autres possibilités, juste des mensonges que je n'arrivais même pas à me faire avaler. Un doute à l'invasion du calme, pressant, obstiné à grignoter les bordures, se faufiler entre les réticences. Malaise à pas légers tiraillant la certitude de faire ce qu'il fallait.
Personne n'avait promis la facilité. La facilité n'était pas intéressante.
La porte s'entrebâilla, pivot muet. Laissant filer quelques secondes, j'entrais d'une douce poussée sur les gonds. Le détective était devant la fenêtre, les lignes de son corps tranchées à la lumière grise, les mèches nocturnes altérées par les reflets. Le dos de chat et les mains englouties, Ryuzaki ne se retourna pas.
« Une alliance avec Watari, contre moi. Curieusement, je ne pensais pas que tu irais si loin pour l'insigne privilège de contempler ta Miss Truite Universitaire renflouer la vase infecte des bas-fonds de l'hypocrisie et de l'ennui à chaque fois qu'elle racle la répugnance cadavérique suintante de son crâne. » Timbre claquant, acerbe. « Tu laisses tes déchets de l'évolution loin de chez moi.
- Je vais faire semblant de ne pas avoir entendu ce que tu viens de dire. Bientôt, tu dresseras la liste des personnes que tu m'autorises à côtoyer ? Ou peut-être faire les recrutements des personnes dignes d'entrer dans ce bâtiment ?
- Ce serait vite fait, au moins, et cet endroit sera enfin dépourvu de toute trace de pourriture cérébrale.
- Watari n'est pas d'accord avec toi sur le sujet. » Pas vraiment Kyomi évoquée ici, mais c'est ainsi qu'il l'interpréta.
« Il n'avait pas à prendre cette décision.
- Mais il l'a fait, et il ne l'a pas fait sans raison.
- Connerie. »
Son dos aux muscles raidis m'incita à désigner le plateau que j'avais déposé en entrant, avant d'entamer la partie délicate.
« Il y a des gaufres sur ton lit. Tièdes. Au chocolat. Avec une montagne de chantilly et de sucre glace. Délicatement parsemées d'amandes et de copeaux de caramel.
- Tentative sournoise de corruption.
- Totalement. »
Ryuzaki me fit face, avança avec lenteur pour déplacer le plateau sur une surface solide. Sans toucher au contenu. Bizarre. Impression chassée à demi, ce n'était pas vraiment le moment. Je pris possession d'un coin ainsi libéré. « Pourquoi est-ce que tu réagis si violemment ? Tu ne veux pas que je sorte et je ne suis pas sorti depuis des mois, Watari a cru bien agir. » Sous ma peau des pincements de remords. « C'est normal de vouloir passer un peu de temps avec ses amis.
- Je n'aime pas tes amis. » Ses yeux punaisés aux miens, la colère en lame de fond.
« Je ne sais pas ce que tu pourrais vraiment y comprendre. Tu n'as pas les codes pour ça. Et si c'était le cas, si tu comprenais, l'amitié est avant tout une notion de partage avec d'autres personnes, même si tu ne les apprécies pas forcément. » Les limites franches étaient en train de se poser, et c'était l'objectif. C'était l'objectif. Indésirable malaise au creux du ventre, allongé dans le silence, alourdi par les pupilles aux turbulences noires. Accusatrices.
Le mutisme se brisa au tranchant d'une voix. « Tous tes mots servent à poser des restrictions et je ne dirai pas « idiotes » ce serait un pléonasme. » Paupières étrécies. « Tu réagis à quelque chose.
- À toi. Comme je le disais, tu as aucune idée des normes sociales, des conventions, je suis donc obligé de te les exposer.
- C'est tellement gentil. Ne te donne pas la peine de parfaire mon éducation, tu te froisserais tragiquement une chemise. »
Il fallait que j'enfonce un clou encore, le dernier. « Avant de froisser tragiquement ma chemise, je pense avoir de la marge. Tu comprends donc que chaque ami est au même niveau qu'un autre, il n'y a pas de hiérarchie.
- Tu m'inclus dans la catégorie ?
- Oui.
- Alors que je suis infiniment au dessus de tes insupportables pimbêches fricoteuses et de tes petits copains de lycée boutonneux ?
- Tu n'as pas à l'être. Je ne parle pas de ton intellect.
- Si je n'ai pas à l'être, ça veut dire que je le suis ?
- Si tu n'as pas à l'être, ça veut dire que tu n'as pas à l'être. »
Sous-entendre qu'il était moins que Misa, moins que tous les autres. Ce mensonge-là me brûlait la langue, et ses yeux brûlaient les miens, à l'acide noir. Le dédain pour mes paroles accentuées d'un reniflement. « Complètement artificiel, la nature est régie par le principe de hiérarchie, la société humaine n'échappe pas à la règle.
- Les règles sont artificielles mais n'en sont pas moins essentielles.
- Tu t'entends seulement parler ? C'est dégoûtant. Règles, limites, normes. Tu n'as que ça à la bouche.
- Comme si on pouvait faire tout ce dont on avait envie. Ne me fais pas rire.
- On peut.
- Tout le monde ne s'appelle pas L.
- Ça se saurait. »
Frustrations d'intensité jumelles.
Mon regard dévia, trouva le plateau. Plein. Dangereusement anxiogène. Les gaufres n'étaient pas décimées jusqu'à la dernière miette. L avait refusé du sucré, n'y avait même pas touché.
« Tu ne manges pas ?
- Plus tard. » Réponse sèche. « Wedy avait parlé de ses soupçons sur une filiale de recouvrement de dettes, dans ton intérêt, commence par éplucher les victimes Kira du secteur économique et financier avant que Takada soit là. Je m'occupe du studio. »
Au dîner, ni les gâteaux de lune à la crème de lotus, ni les taiyaki, ni les chouquettes, ni les kasutera noyés de miel, ni les macarons, ni les éclairs à la praline ne trouvèrent grâce aux yeux du détective. L'ensemble des propositions rejetées d'un « Pas faim. » massif. Le choc marqué de tous, relevé de personne, hormis Watari, copieusement remballé pour sa peine. Quelques coups d'œil angoissés en échange rapide pour les policiers, les commentaires tus devant L. Ma propre inquiétude poinçonnée de culpabilité, tue comme les autres.
La nuit égrainait ses heures sans répit ni repos. J'entendais les froissements de l'autre lit, au rythme des retournements de mon voisin. La pulsion d'effacer la distance me prit la gorge, serrée comme une main. Je restais simplement étendu, convaincu que je n'avais pas envie de l'effacer et incapable de m'endormir avant le matin. Sommeil strié d'images déplaisantes.
Ma première action du jour, celle de déplacer mon lit avec l'aide de Matsuda dans une autre chambre ne rencontra qu'un visage muré, illisible. Pourtant je n'avais rien déplacé d'autre, volé aucun paquet de sucrerie, et c'était uniquement pour les quelques heures passées avec Takada.
« Une seule chambre avec deux lits serait trop difficile à justifier. »
༻ Thirst ༺
Réveil aux relents d'ennui, d'amertume. Et surtout de fatigue. L'annonce d'une journée indécemment pourrie par une présence intruse et détestable, qui n'avait rien à faire chez moi.
Kyomi Takada n'avait strictement aucune raison valable de ne mettre ne serait-ce qu'un ongle d'orteil manucuré ici. Sa crasseuse auto suffisance jetée au visage du monde entier la rendait aussi détestable qu'une nuée de cafards agglutinée sur un matelas chaud et moelleux. Soupir pour le silence. Je fermai les yeux. En forçant, je pouvais presque imaginer qu'elle ne viendrait pas. Le jour se lèverait sur Raito et moi, travaillant. Ou mangeant notre petit-déjeuner, à la rigueur. Bol de café pour lui, Earl Grey pour moi. En plus de tout un tas de petites choses habituellement irrésistibles. Et les heures continueraient, une traque aux accents d'infini, appelée à durer, et à changer de cible une fois l'enquête finie.
Les paroles crachées la veille revenues comme une menace, promesse de limite.
Me retournai, m'enfouis sous mon oreiller. De toutes façons, je pouvais tout aussi bien travailler depuis mon lit, je n'avais donc aucune raison de me traîner jusque sur scène pour y essuyer des dizaines de critiques stupidement humanistes sur mes sempiternelles ''méthodes de travail peu orthodoxes''. Qui cela pouvait-il intéresser ? Froissement de draps derrière moi. Forcément, il se levait. Un programme chargé en perspective. Entre petits fours, derniers potins de l'université, compliments non mérités et tentatives de rapprochements physiques répugnants... rien que l'idée suffisait à me rendre nauséeux.
« Ryuzaki, tu dors encore ?
- Maintenant que je te parle, peux-tu déduire la réponse ? Ou est-ce encore une de ces conventions sociales qui m'échappent ?
- Non, c'est juste qu'il est rare que tu restes couché une fois que le réveil a sonné. En général, tu es debout avant.
- En général, je dors un peu si je suis fatigué. Or, il se trouve que quelqu'un a saboté mon sommeil. Tu devines qui ? »
Un silence lourd, ponctué de pas vers la salle de bains, puis de l'habituel grondement de l'eau contre le carrelage.
Je n'aimais pas cette non-réponse. Il n'avait simplement pas le droit de m'ignorer, de passer à côté sans réagir, tout ça pour aller se préparer à retrouver sa pouf à l'ambition démesurément chiante. Mes draps beaucoup plus attirants que n'importe quelle conversation avec la personnification du gâchis d'intelligence, je replongeai dans mon oreiller, tâtonnant au hasard pour espérer trouver des calissons.
Le silence revenu, le calme de la solitude pour seul compagnon. À peine quelques semaines en arrière, j'aurais adoré me savoir seul, sans personne pour m'empêcher de réfléchir, de me ronger les ongles, de changer de lit. Mais là, malgré les conditions idéales, le sommeil ne revenait pas, pas plus que la paix ou la lucidité. Ma concentration envolée.
« L ? Quelque chose ne va pas ? »
Ce vieux manipulateur finirait par me tuer, à force de se faufiler dans mon dos comme un assassin en goguette. Le parfum des groseilles vint me taquiner, mêlé de myrtille et de mûre.
« Par où je commence, dans ma liste de tout ce qui déconne, ici ?
- Ne sois pas vulgaire. Il est bientôt neuf heures, il est temps de te sortir du lit et de travailler.
- Bof. À quoi bon ? Si je dois tout ré-expliquer ensuite aux policiers, puis mettre Raito au courant, j'aurais meilleur compte de rester ici en attendant que la journée se termine.
- Yagami-kun est en bas avec les autres.
- Pourquoi ? Sa guenon a déjà décampé ?
- Takada-san ne viendra que cette après-midi. Si tu faisais attention aux informations données par tout le monde, et répétées soit dit en passant, tu le saurais. »
Roulement du thé contre la porcelaine, les vivres posés sur mon matelas, à portée de main. Festival de sucre coloré, dont le dixième aurait suffi à corrompre Hansel et Gretel. Je me rappelais de l'enfant que j'avais été, qui avait calculé au pence près le coût de construction d'une maison intégralement en pain d'épices, et pralin pour le toit.
« Je n'ai pas faim.
- Bien sûr que si. Et tu as besoin de manger pour te concentrer. Pourquoi ne pas profiter de ce moment seul pour te remettre à chercher une piste prometteuse ? Reste là si tu veux, comme avant.
- Tu imagines que la manœuvre a la moindre chance de passer ? Je sais ce que tu essayes de faire, et pourquoi tu le fais. Tu as toujours aussi tort depuis hier. » Oh, je connaissais ce regard sévère, prémices d'une liste des raisons pour lesquelles j'étais dans l'erreur, et lui dans la lumière, guide éternel de son pauvre petit agneau égaré. Mais je n'avais plus envie d'être toujours dans son ombre. Et ce changement apportait autant d'excitation que de scepticisme.
« L. Depuis que tu es au Japon... »
Pas envie de l'écouter. Me levai, cherchant une échappatoire définitive. Seule disponible, la salle de bains.
« Où vas-tu ? Tu ne me feras pas croire que tu veux prendre une douche.
- Non.
- Reste là, dans ce cas. Je n'ai pas fini de te parler.
- Mais j'ai fini de t'écouter. Après tout, tu décides déjà d'inviter n'importe qui, alors communiquer n'a aucun intérêt. Je vais prendre un bain. »
Le regard pop corn, le retour. Et j'en profitai sans remords, savourant ma culpabilité dans ses yeux de merlan frit. Douceur de l'inattendu. « Tu vois, Raito ne déteint pas sur moi que de manière négative. »
La matinée s'étirait, languissante. Je n'avais aucune envie de travailler. Ni motivation, ni personne pour me stimuler. Au moins, quand Raito était avec moi, ses avancées pouvaient relancer les miennes, apporter un souffle frais à mes idées.
Distraitement, mes doigts effeuillaient un croissant, sans jamais porter ses lambeaux à mes lèvres. L'appétit ne me revenait pas. Couplé au manque de sommeil et à l'ennui qui me vampirisaient, mes tentatives de réflexion restaient vaines.
Les cartes disséquées, une flèche enfin plantée sur le papier, parmi les pistes privilégiées par Raito. Un flair indispensable. L'instinct, moteur de la survie d'un détective. Ou d'un criminel de masse. Idée rejetée à l'orée de la conscience, Raito n'était plus Kira. Trop droit, trop juste, trop intègre. L'assassin l'était, mais sans... ils étaient différents. Un glissement de l'ignominie au génial, du monstrueux à l'admirable. Souffle énervé. Je déchiquetais une clémentine, le jus coulant sur mes doigts. Les léchant, je ne pouvais m'empêcher de m'en vouloir. Penser autant à lui, quand quelques mois auparavant je ne le connaissais pas, et ne recherchais pas quelqu'un comme lui ? Inconcevable, et peut-être effrayant. Mais quoi qu'en dise Watari, je ne l'échangerais pas contre un retour en arrière. Et s'il me tuait en redevenant Kira... je n'étais pas certain non plus de regretter.
L'immeuble pouvait correspondre, dans un quartier en voie d'abandon donc au calme, aux mains des yakuza donc absolument discret. À proximité immédiate de nombreuses ruelles coupe-gorge permettant une fuite rapide et silencieuse, les riverains naturellement muets, aveugles et sourds. Le manque de caméras de surveillance ne me permettait de voir qu'un coin de rue. Goût du sang, douleur au bout des doigts. Téléphone portable attrapé sans le voir, ordres filant par les ondes. La couardise du système policier ne pouvait pas m'entraver pour ce genre de petites choses, qui ne nécessitaient que quelques personnes assez dégourdies pour pouvoir me rendre des services de récolte de preuves, et trop naïves ou imprudentes, au point d'avoir contracté des dettes envers moi.
Un numéro parmi une liste, presque plus de souvenirs du contexte. Sans importance, il ferait le travail, prendrait des photos détaillées, et m'enverrait son rapport dans moins d'une paire d'heures. Long délai pour qui s'ennuyait à mourir. Mais d'après les caméras du QG, tout le monde était réuni, et les statistiques penchaient plus en faveur d'un dérapage social impromptu que pour une plaisante distraction si je me décidais à descendre. Inutile de vérifier les probabilités.
Le studio décrépi n'avait presque aucun intérêt. La facilité – même relative – avec laquelle nous l'avions trouvé, suffisante à me rendre méfiant vis-à-vis de tout ce qui pouvait s'y dissimuler. Beyond avait forcément prévu notre arrivée, nos fouilles, et ne faisait certainement que nous guider vers la prochaine étape de son jeu de mauvais, très mauvais goût. L'hétéroclicité des objets trouvés n'aidait en rien. L'endroit avait probablement été laissé ouvert, abritant de temps à autres des jeunes désœuvrés à la recherche d'un endroit tranquille pour s'envoyer en l'air et de l'héroïne dans les veines.
Trois pièces minuscules, sans portes, tombées à terre depuis longtemps. Salle d'eau avec toilettes, pièce principale, micro cuisine. Beaucoup d'objets tranchants, sans doute laissés à disposition pour faciliter les recherches de Wedy. Tout de même, la paire de ciseaux rouillée relevait d'un côté boucherie sauvage presque dérangeant.
Une petite caisse de bois regroupait une flopée de romans d'horreur et d'amour, aux maisons d'édition, titres et auteurs variés. Message sibyllin sans doute à révéler par des torsions de lettres et de dates de parution.
Des haltères flambant neuf derrière un canapé défoncé. Subtile suggestion ?
Je passais sur le reste des photos, maussade. Le studio était truffé d'indices offerts, suspects eux-mêmes. Aucune envie de tomber dans un piège d'un niveau de trappeur américain. Pourtant, les choix n'étaient pas vraiment multiples.
« Il est presque midi. Pourquoi un tel retard ? Tu es malade ?
- J'avais pas envie de venir, c'est tout. Ne vous plaignez pas, je sais que vous en avez profité pour parler de vos petites vies, des sorties cinéma que vous ratez, vous échanger des recettes de tourtes au jambon et faire quelques parties de cartes. Profitant certainement de l'absence de ma personne, qui, j'ai cru le comprendre, est aussi tyrannique que celle d'un adolescent en pleine crise, qui n'en fait qu'à sa tête au risque de faire s'écrouler ce que d'autres ont mis tant d'années et d'énergie à construire, balayant tout l'édifice d'un revers de main comme on jette une réforme des retraites après une grève des grabataires de tout poil ayant conduit au déversement de couches taille 90 ans en centre-ville par un été caniculaire. »
Si l'atmosphère avait été détendue et conviviale jusqu'à mon arrivée, elle retrouvait maintenant toute sa capacité à obliger ces idiots à se concentrer, et non à bayer aux corneilles.
« J'ai peut-être une idée de piste. »
Yeux soudain capturés, attentions captées. Ressentaient-ils une once de culpabilité à l'idée que j'aie travaillé pendant qu'eux se racontaient les derniers potins ? Les policiers avaient ceci en commun avec les fonctionnaires de compter leurs heures, et de ne pas être follement efficaces hors réunions syndicales ou débats sur le menu de la cantine.
« Il y a un studio qui pourrait correspondre je vous ai transféré les fichiers. »
Hésitation. Poser la question serait un aveu. Tant pis. « Où est Raito ?
- Ah, ben avec sa copine, la belle, jeune et fraîche Takada ! Ils ont avancé un peu l'heure pour déjeuner ensemble. C'est pas charmant ?
- Tout à fait, Matsuda. » Aigreur absolue contenue, étouffée. « Aussi charmant qu'un salon de l'Agriculture qui s'installerait sous nos fenêtres du jour au lendemain, en nous envoyant ses odeurs de purin et de sueur rance. Charmant est le mot. »
Je les laissai à leur sort, à trier les informations, tenter de comprendre quelque chose par eux-mêmes. Perché sur un fauteuil, ordinateur en équilibre, yeux électroniques immédiatement connectés, braqués sur la pièce transformée en podium de défilé de mode par la seule présence de Kyomi. À la voir, je décidai de renommer ma murène. La pauvre ne méritait pas une telle comparaison. Au moins elle avait la décence de ne pas être cannibale, ce qui n'était pas le cas de tout le monde, vu les regards affamés que jetait la jeune femme sur sa proie. Immonde boulet.
Et leur conversation n'était sans doute pas d'un niveau supérieur à celui possible avec un enfant de sept ans au QI à peine moyen. En arrondissant généreusement. Mon alter ego fidèle à lui-même, jambes croisées, attitude ouverte, souriant. Yeux légèrement clos, langage corporel de séduction. Incompréhensible, son envie de s'entourer de gens. De retourner à l'université. Qu'y trouvait-il, qui lui faisait tant défaut ici ? Je ne le comprenais pas, et ça m'énervait singulièrement. N'acceptais pas qu'il puisse vouloir partir, même avec la pression de Watari. Comment osait-il préférer les formes de ses conquêtes à nos conversations ?
Réponse soufflée, dérangeante. Tue.
L'absence d'un deuxième génie était cruelle, maintenant que je m'y étais adapté et surtout, habitué. Le confort qui en découlait bien trop agréable pour être gâché par une pimbêche. Et l'absence exacerbée par la demande d'explication, pourtant légitime.
« Qu'est-ce qui ne va pas ? » Voilà, première erreur. Avant, j'aurais demandé ce qui avait été compris. La liste plus courte économisait de précieuses minutes.
« Pourquoi cet immeuble ?
- Les indices laissés sont compliqués et bizarres, non ?
- Où est-ce que ça nous mène ?
- Je croyais qu'on cherchait l'entrepôt, pas le studio.
- Les voisins ont forcément vu quelque chose. Il faut en trouver qui soient prêts à parler. Ou corruptibles.
- Mais s'ils sont corruptibles, ils peuvent avoir été achetés, non ? »
L'attente d'un silence propice pouvait durer longtemps. Un temps d'ordinaire précieux. Toujours précieux. Mais qui m'indifférait, trop commun, sans piquant. La certitude par avance de devoir tout expliquer, de ne pas avoir d'appui extérieur pour mes théories. Fatiguant. D'autant plus qu'avant, je n'étais presque jamais fatigué. Le confort de la compréhension instinctive avait fini par émousser mes maigres réserves de patience. Et Watari qui ne viendrait pas, et ne s'exposait de toutes façons jamais lors des investigations, se cantonnant à son rôle adoré. Un peu au chômage technique, puisque je n'avais pas faim, malgré les monceaux de glucose et saccharose déposés en offrandes.
« On est arrivés à cette conclusion avec Raito. Les indices sont laissés par Birthday, donc énigmatiques et sujets à caution, mais toujours plus accessibles que l'entrepôt, dont les pistes sont très bien brouillées. Vu le quartier, nous n'aurons que le silence, ou des mensonges pour une prime. Nous devrons nous contenter de ce que nous avons. Les photos, les objets, la disposition du tout dans la pièce, dans la ville, et des moments évoqués.
- Mais est-ce qu'on ne pourrait pas y aller pour voir ? »
Pour un peu, je l'y aurais autorisé, voire l'aurais encouragé, cet idiot, à foncer dans la gueule du loup. Chaperon et petit pot de confiture en prime.
« Je retourne dans ma chambre, débrouillez-vous. »
Les protestations absolument inutiles, brisées sur mon indifférence.
La soirée enfin venue, sa Miajesté daignait me gratifier de sa présence. Son air reposé et frais insulte au travail des autres, insulte à tout ce qui aurait dû ressortir de lui après une conversation interminable avec une fille aussi stupide et collante.
Et pourtant, je désignais le plateau posé sur la table d'un geste vague, ne laissant rien passer de ce sentiment d'ingratitude crasse. « On fait une partie? » Semblant d'hésitation, moment suspendu. La menace du refus planant que je ne pouvais accepter. « Ce n'est qu'un jeu, et ça fait longtemps. Takada ne sait pas vraiment y jouer.
- Pourquoi pas, après tout. » Assentiment presque arraché, mais obtenu.
Mon sourire involontaire, simplement ressenti. Frisson d'adrénaline.
Phalanges en course contre le bois noir ou blanc, pièces évincées. Notre jeu détendu, amical. Instant hors du temps, une échappée loin du contexte, des contraintes de l'enquête, des freins sociaux qui m'insupportaient. Et un grognement sourd, en provenance directe de mon estomac désagréablement creux. Résonné d'un rire de gorge, chaud et doux. Cavalcade de chair de poule du milieu des omoplates au creux des reins.
« Mange donc, avant de tomber d'inanition. Le moment est mal choisi pour une grève de la faim. Je vais t'écraser, ce serait dommage de ne pas profiter du spectacle.
- Le rêve est un moteur valable. Mais tu viens de signer l'arrêt de mort de ton armée. » Les chouquettes, arme imparable.
Nos mains parfois effleurées, au détour d'un mouvement prévu et contré dans l'immédiat, la contre offensive déjà prête, déjà anticipée elle-aussi. Toujours cette corde raide, une part de machiavélisme dans les stratégies, et d'aléatoire choisi pour l'imprévisibilité. Beauté d'un jeu maîtrisé.
Un pat.
Sourire de connivence, plaisir de la référence. Aussitôt soufflé par une froideur sur son visage. L'éloignement décidé, contraint par volonté. Pour une raison toujours aussi incompréhensible, mais forcément orientée sur les relations sociales et amicales, ou quelque autre motif professionnel, stupide, convenu et sans lieu d'être.
Il rejoignit son lit, les jambes allongées pour prévenir toute tentative d'invasion, un livre attrapé à la volée au hasard pour se dissimuler et ne pas donner l'impression de fuir.
Amer, je poussai les pièces dans leur boîte, les noirs mêlés aux blancs.
Ni sous l'oreiller, ni derrière le matelas, ni à côté de la lampe. Restait dans la housse de couette. Ces foutus marrons glacés devaient bien se cacher quelque part. Déterminé, je retournais ma couette, et entrepris de ramper à l'intérieur pour trouver mon petit trésor.
Comment une simple enveloppe de tissu et de plumes pouvait-elle être assez sournoise pour s'entortiller ainsi jusqu'à me manger la jambe ? Les coups de pieds ne servaient à rien pour m'en dépêtrer, et je n'avais toujours pas mis la main sur mes malheureux marrons confits au sucre, perdus dans les limbes de coton.
« Mais qu'est-ce que tu fabriques, cette fois ? » Voix aussi endormie que blasée. Et dont je ne pouvais pas voir le propriétaire depuis ma prison duveteuse.
« Ah, Raito-kun. Tu n'aurais pas vu mes marrons glacés ? Je suis certain de ne pas les avoir mangés et je ne les trouve nulle part.
- C'est moi qui les ai. Tu les as oubliés dans mon lit, à force de faire tes allers-retours de gamin. »
Je m'extirpais de mes draps, laissant le tout en boule, formant un nid aux proportions cubistes.
« Dis plutôt que tu me les as volés, parce que tu t'es rendu compte que c'est mille fois meilleur que les fruits sans sucre. »
La petite boîte tendue par dessus le vide, je la récupérais, content. D'Ardèche, du Jura, d'Essonne. Les autres attendraient.
« Ryuzaki, je t'ai déjà dit non. Tu ne dors pas avec moi, alors retourne dans ton lit.
- Je ne veux pas dormir, je cherche des preuves de ton détournement de sucreries. J'établirai ta culpabilité dans ce vol éhonté. » Sans tenir compte de ses coups, rendus mous par le sommeil, je partis à l'assaut de son lit, passant l'oreiller au crible avant de soulever la couverture, défaisant autant que possible les plis sous le matelas. « Pousse tes jambes, je ne vois pas si tu as mes caramels au fond.
- Pourquoi aurais-je pris tes caramels pour les mettre à mes pieds ?
- Fétichisme ? Tu aimes les idiotes, plus rien ne pourrait m'étonner venant de toi. »
Je poussai sa cuisse d'une main, scrutant l'obscurité sans rien trouver. L'odeur était normale, sans sucre à signaler.
« Je n'ai rien à déclarer à la police des frontières, alors arrête de jouer au chien renifleur et va finir tes pâtes de fruits, marrons glacés et bergamotes dans ton lit.
- Si je partage avec toi , tu me laisses rester pour dormir ?
- Va-t'en. »
Soupir, fin du jeu. Couverture retombée, à peine froissée. Solitude retrouvée dans mon lit refroidi et irrémédiablement défait.
« Tu sais, tu n'as pas à te plier aux conventions sociales. Il n'y a aucune raison. »
Tasse de café reposée dans un fin tintement de porcelaine. Le petit-déjeuner, moment privilégié, du moins encore pour le moment. Il finirait probablement par ne plus vouloir le prendre seul avec moi, et préférer la compagnie des lobotomisés du reste de l'immeuble. Joie du partage de croissants au beurre dans une ambiance de publicité télévisée pour un ersatz d'arabica, au goût amer et immonde.
Le silence, seul adversaire imparable. Sa non réaction feinte, porte close à toute idée de discussion.
« Takada revient aujourd'hui, nous n'avions pas eu le temps de tout nous dire. »
Le cheese cake mué en cendres.
« L, tu ne peux pas continuer à te cacher de l'équipe en restant dans ta chambre.
- Si. C'est ce que je fais. Je n'ai pas envie de descendre les voir. Autant tenter de faire comprendre la relativité restreinte à un poireau.
- Il faut toujours que tu exagères. Ces gens sont des professionnels. Ils ont des diplômes qui attestent de leurs compétences. Limitées, je te l'accorde, mais elles existent, et peuvent être utiles.
- Un poireau cuit.
- Comment comptes-tu t'y prendre pour leur donner des ordres clairs, sans jamais les côtoyer ? Il faut que tu descendes, et que tu leur expliques ce que tu attends d'eux.
- Cuit au micro-ondes.
- J'abandonne.
- Déjà. J'aurais pu continuer.
- Si miss Takada te déplaît tant, tu peux la faire partir. Il te suffit de demander à Misa Amane de revenir. En sachant que son petit-ami flirte avec une autre fille, elle sera là dans l'heure. Tu n'as qu'à l'appeler, être honnête et gentil avec elle et...
- Watari, jamais je ne m'associerai à elle, ni ne lui demanderai quoi que ce soit. Je pisse et crache sur l'idée-même d'une paix infamante. »
Les rides plus marquées que jamais, il fit demi-tour, me laissant en paix. « Langage, L. » Ou presque.
Portable décroché, la sonnerie impossible à ignorer. Sound of Silence. Hello darkness my old friend, I've come to talk with you again... Et à l'écran, Raito qui regarde son téléphone. Et rejette l'appel. Inacceptable.
In restless dreams I walked alone, Narrow streets of cobblestone, 'neath the halo of a street lamp, I turned my collar to the cold and damp, when my eyes were stabbed by the flash of a neon light, that split the night, and touched the sound of silence... Appel refusé.
And in the naked light I saw, Ten thousand people maybe more, People talking without speaking, People hearing without listening... Silence like a cancer grows...
« Qu'est-ce que tu as de si important à me dire, que ça ne puisse pas attendre la fin de mon rendez-vous ?
- Quelque chose d'important, justement. Tu viens ? C'est une idée pour l'enquête, concernant les livres trouvés dans la caisse. »
Soupir en saturation. Je n'avais pas besoin de le regarder par les caméras pour l'imaginer fermer les yeux et se pincer l'arête du nez.
« J'arrive. »
Pleine satisfaction.
Sur ce, le chapitre 27 vous sera déposé en offrande dans un mois, nous espérons que le 26 vous aura (au moins un peu) plu x)
