Titre : Thirst

Disclaimer : Les personnages et l'univers ne nous appartiennent pas malgré un chantage à base d'expédition par la poste de pages de Death Note et de trognons de pommes cloués selon un rituel vaudou. Nous ne touchons bien entendu aucune compensation financière pour la publication de ce texte, là encore le chantage n'ayant pas suffi ^^ (On nous a mentiiii x) )

Rating : M pour certains chapitres

Adma

D'abord bravo à toi pour lire une histoire aussi longue et avec une syntaxe aussi torturée dans une langue qui n'est pas ta langue maternelle, et comprendre l'histoire ! Vraiment bravo ! Merci pour ton commentaire très gentil, et je trouve que tu parles (écris) bien le français, c'est une langue difficile et tu maîtrises le plus compliqué déjà :D Je te rassure, L rendra Raito jaloux dans la fic et inversement ^^ ( pas forcément tout de suite mais ça viendra ) Nous sommes contentes que tu aimes Watari et Matsuda (Matsuda qui aura son rôle à jouer dans l'histoire, même si pour l'instant on dirait pas xd)

Alterner le sombre et le drôle est vraiment quelque chose qu'on aime faire, et qu'on aime lire dans les fics d'autres auteurs, c'est toujours ce qui rend le mieux la complexité d'un univers ^^

Merci beaucoup de lire notre fiction et de laisser un commentaire, et encore bravo chère anglaise pour réussir à la déchiffrer !

Nous espérons que ce chapitre te plaira autant que le reste ^^

L Lundi

Bonsoiiir :D

Cookies faits maison, en sachet, on prend xD (pas de racisme cookitique !) L'histoire de tes reviews ? On va en faire un manuel tiens xd En fait, le problème de Watari n'est pas tellement Raito, c'est le fait qu'il soit Kira à très très fortes probabilités. Et donc qu'il va forcément essayer de détruire L (dans tous les sens du terme) à un moment ou un autre, et pire que L est en train de s'attacher visiblement à lui. Et bien sûr le côté naturellement manipulateur de Raito, Kira ou non, ne lui plaît pas du tout.

Contentes que tu apprécies notre traitement de Watari ! Héhé j'avoue j'ai pu rire sadiquement en écrivant l « 'immonde marché » (...si peuuu ^.^) La petite culpabilité de Raito, selon moi, montre assez que malgré les problèmes et prises de bec, sa relation avec L avance dans le bon sens ^^

Avec l'expérience, L a la technique pour planquer proprement sa bouffe, mais laquelle...c'est un secret jalousement gardé xd Pour les livres de l'enquête, tu vas trouver la réponse dans ce chapitre (mais je te préviens d'avance, aucun titre n'est cité, parce que évidemment on s'est pas amusées à faire joujou avec et donc les jeux qui s'y rapportent ne sont pas vérifiables, ensuite, tout simplement, y en avait trop xd) Mais tu as raison, Le rouge et le noir est un titre parfait ! :)

He oui presque tout passe par la bouffe pour L xd L morfle beaucoup, en particulier en ce moment, c'est sa position centrale dans l'enquête qui veut ça (et le fait qu'il soit l'un des personnages principaux, plus, l'évolution de la relation n'est pas vraiment ni consciente ni acceptée donc...il morfle ) Mais que puis-je dire, la roue tournera d'une manière ou d'une autre xd

Merci beaucoup pour ton commentaire et tes compliments, un plaisir à lire :D Je ne sais pas si c'est rassurant ...sans doute pas...mais ça m'arrive aussi de poster sans avoir terminer mon commentaire, tu n'es pas seule xd(et tu n'es pas jugée mdr)

Merci beaucoup pour vos commentaires et encouragements !

Petit rappel du chapitre précédent : L boude la nourriture, et tout le reste. Un marché a été passé entre Watari et Raito (l'un étant plus consentant que l'autre), incluant la visite de Takada contre une prise de distance de Raito vis à vis de L. Le studio où Wedy s'est coupée la main a été finalement déniché, une caisse de livres y attendait sagement l'éblouissante et féérique venue des enquêteurs.

Fin de chapitre : L interrompt le pseudo rendez-vous Raito/Takada à cause d'un élément absolument primordial et essentiel pour l'enquête. (Dixit L lui-même)


Chapitre 27

La fuite des planètes


L me donna une feuille avec un air, un tressaillement qui exacerba ma suspicion quant à la raison de son appel en présence de Takada. La liste des livres avec dates et auteurs. Lecture diagonale. Si le classement des premiers livres avait une certaine cohérence, toute la logique lâchait dès la moitié de la page. Mes doigts froissèrent le papier, je me retournai vers le détective passé derrière moi pendant qu'il m'offrait son outil de diversion. Son dos bloquait la porte.

« Les classer par ordre alphabétique ne t'aurait pas demandé tellement plus d'efforts. C'est ce que tu appelles important ?

- Je te délivre de la gluance glaireuse de ta star spécial concours de serpillières mouillées et c'est comme ça que tu me remercies ? »

Le papier, comprimé dans ma paume. « Noble chevalier, accepte ce modeste présent en gage de ma gratitude. » La balle fusa, rebondit sur sa poitrine. « Est-ce que je te remercie de m'avoir soustrait à une conversation agréable en utilisant un prétexte fourbe et fallacieux ne visant qu'à exploiter mes scrupules ?

- Agréable ? Conversation ? Avec Takada ? Voilà ce qui est fallacieux et écœurant. » Quelques pas vers la porte, espérant qu'il abandonne et se décale. Ses paumes en réaction, posées contre le panneau. « Pourquoi respecter les conventions. Elles n'ont pas de sens, et tu n'as aucune raison de le faire. » Silence fermé. « Puisque tu n'as pas répondu la première fois et que tu n'as pas l'air plus décidé à le faire, la conclusion est simple. Les conventions n'existent que par convention.

- Les conventions existent pour de multiples raisons, celle, par exemple, de ne pas faire attendre une invitée sans raison valable vise à sauvegarder le respect d'autrui.

- Elle est indésirée, pas invitée. Et c'est la dernière fois. »

Un peu de moquerie pour l'intransigeance de son ton. « Hé bien je la verrai dehors s'il n'y a que ça.

- Hors de question. Tu veux mourir jeune ? »

Étrange question, avec la fonction qu'il occupait. « L'âge n'a pas d'importance en l'occurrence, et Beyond Birthday se fiche pas mal de mon existence.

- Je dois te surveiller, l'extérieur de ce bâtiment est hors propos. »

Pour ne pas soupirer, je sortis mon téléphone d'une poche, rapidement éteint de manière très distincte. « J'aimerais sortir de cette pièce.

- Personne ne t'y oblige. » Son regard accroché au mobile alors que je le rangeais à sa place.

« Personne ne m'y oblige mais je suis ici depuis presque sept mois, tu pourrais essayer de comprendre.

- Comprendre que tu adores te faire passer de la pommade par une bande de morues et d'arriérés ? Que gâcher ton intelligence est devenu ton obsession pathologique du mois ? Fait et fait.

- Alors ne perds pas ton temps, maintenant que la vérité éclate enfin, et laisse-moi passer. »

Nos regards en soutenance granitique. L se décala de mauvaise grâce, l'acidité inondée au visage. « Takada ne fait perdre son temps à personne, c'est l'avantage et elle est teeeeellement intéressante. Presque autant qu'une énumération de toutes les formes d'hémorroïdes. »

Le chuchotis d'un remords sur la conscience, une froideur s'effaça. « Je reviens après.

- Quel bonheur. » Battant fermé à la volée.

Takada attendait mon retour, posture droite et jambes croisées, l'expression subtile d'un sourire à l'esquisse. Attitudes et courbes vivantes en discrétion, nippones jusqu'à l'essence. Essence de l'élégance. « Tout va bien ?

- Ce n'était rien d'important, une précision pour l'enquête. » Sourire numéro huit.

« Tu ne m'as toujours pas dit sur quelle enquête tu travailles, d'ailleurs.

- Je ne l'ai pas dit, et je ne le dirai pas.

- Oh, c'est si secret que ça ? Ce n'est pas Kira ?

- Ce n'est pas Kira, c'est plus important encore. »

La surprise se déroba vite. « Plus que… Enfin je suppose que ce n'est pas étonnant si toi et le reste de l'équipe devez changer régulièrement de villes voire de pays. Et si tous les immeubles achetés par votre… employeur sont d'un standing aussi élevé que celui-ci… non ce n'est pas étonnant. » Le mensonge à propos de mon « retour » avalé avec les intérêts, jusqu'à la dernière syllabe. L'air impressionné sur le visage de poupée mal dissimulé, partie déjà gagnée à son regard sur la limousine noire. Feindre d'écouter les monologues faussement timides de Takada, prix minime à payer pour la maîtrise totale, pour une personne aisée à manipuler, prévisible. Interchangeable, insipide. Un brin moins que les autres, supportable malgré sa transparence. Takada en était presque intéressante par moments. Une fuite pas trop désagréable.

La légère réserve tout à fait simulée de la demoiselle, fondue à la fausse attention et aux sourires forcés. Les plaisanteries vives en échange soutenu, la complicité enjouée et moqueuse. Redite infidèle d'une autre partition, d'un jeu dénaturé. Exagérément contrefait. Incapable de tenir mon regard des aiguilles sur le mur et de l'infinie lenteur de leur course.

Son rire, les mèches sombres régulièrement coulées derrière une oreille, ses doigts fins empressés d'un contact, une bouche arrondie pour une gorgée de thé. Langage de courbes à chaque mouvement, retenu, encore, mais sans équivoque. Quelques réponses de ma part, en guise de test personnel. L'avertissement glacial ne venait pas pour elle, sinon en légères vagues, insignifiantes, vite absorbées. Avertissement à l'instinct obscur, ici inutile pour la proximité de Takada qui, au mieux, n'ouvrait que le vide.

Avant de partir, elle arrêta sa marche à talons hauts. « Ah j'ai failli oublier. » Ongles blancs refermés sur une poche de sucreries, extirpée de son sac. « C'était dans la limousine, quelqu'un a dû le laisser là sans faire attention. » Un sourcil arqué. « Ça me ferait presque penser à ce type bizarre de Todai, tu vois de qui je veux parler ?

- Je ne crois pas.

- Mais si, cette espèce d'épouvantail voûté et coiffé comme une serpillière un jour de tempête, celui qui te collait sans cesse. Accro aux bonbons, grossier voire vindicatif, habillé comme un sac. Il avait eu la même note que toi aux examens d'entrée.

- Oui, je me souviens de lui, maintenant que tu en parles. Mais je dois dire que son nom m'échappe complètement. »

Une micro expression triomphante, évanouie dans un haussement d'épaule. « Il était franchement chiant, ne te creuse pas la tête pour lui. Pas une grande perte à mon avis.

- Tu as raison, peu importe. »

Les chances qu'ils se croisent étaient minces avec le comportement actuel de Ryuzaki, et même si ce dernier en changeait il suffirait de prétendre qu'en tant qu'enquêteur principal, j'avais dû taire son identité. Ce qui n'était presque pas un mensonge.

Le pas de la porte. Ses lèvres rouges s'étirèrent, une touche de regret. « On se revoit dès que tu es au Japon.

- Et que nous utilisons ce building. Je n'hésiterai pas.

- Moi non plus, je n'hésiterai pas. » Sa bouche effleurée sur ma joue.

« Sois prudente Kyomi. » Un demi sourire se força en au revoir.

Matsuda et L, seuls dans la même pièce, un avant-goût de fin du monde concoctée par un petit plaisantin sadique à l'humour particulièrement merdique. Ceci dit, la fin du monde ne semblait pas prévue au programme des cinq prochaines minutes : ils ne se parlaient pas, absorbés chacun par un écran. Quant à savoir s'ils travaillaient tous les deux, un autre combat. Ils jetèrent un œil sur mon arrivée, L se détourna tandis que Matsuda me saluait d'un large sourire, bondissant littéralement de sa chaise. « Alors ça s'est pas- » Nouveau sourire, goguenard. « Tu as du rouge sur la joue, on doit remercier Kyo-chaaan ! »


Le crissement d'un contenant sous la pression de son contenu, changement de centre de gravité. Les oursons s'éboulèrent dans le maigre espace de la poche plastique, posée sur des genoux en jean bleu.

Je guettais les mains de L, en poursuite sur le clavier, réduisant la liste des entreprises suspectes du secteur économique ou une recherche liée au studio et sa mise en scène. L'une d'elle finit par se décider, saisissant la poche, que la seconde puisse la déchirer.

« Tu avances sur le studio ?

- Pendant que d'autres se tournent les pouces et se badigeonnent de rouge à lèvres, certains sont bien obligés de faire le travail bassement laissé en plan des premiers.

- Et faire honneur à la nation, mon général. » Le ton moqueur brisé sur l'indifférence d'une paire de pupilles. Sans commenter, j'emportai une copie du dossier sur le canapé, étalant les photos autour de moi. « Tu devrais faire attention avec tes paquets de sucreries. » Réponse de crissements frénétiques, les oursons guimauve engloutis pour un monde meilleur. « Kyomi a trouvé celui-ci dans la limousine. » Silence brusque. Me tournai juste à temps pour observer le paquet atterrir lestement dans la poubelle sans qu'un seul ourson eût l'outrecuidance de s'exfiltrer en plein vol. Lancer à l'exécution parfaite.

« Ils ne te plaisent plus ?

- Sens de l'observation remarquable.

- Elle a failli se souvenir de toi. Plutôt elle a fait semblant, mais à force elle aura vraiment la puce à l'oreille.

- Comme si j'étais la seule personne de ce foutu pays à bouffer des oursons à la guimauve.

- La seule de notre connaissance qui en fasse une religion en tout cas. Elle va forcément faire le lien si ça se reproduit. »

Reniflement dédaigneux. « Ça ne se reproduira pas, dernière fois, tu ne te souviens pas ? Et même après un million de bonbons passés sous son nez elle ne verrait pas l'évidence, tu lui accordes beaucoup trop de crédit.

- Elle a parlé de toi. Elle t'a cité.

- Grand bien lui fasse. Avec foule de compliments je présume ? Si elle arrive à placer les mots dans le bon ordre, évidemment. »

Une photo attira mon attention, un trou minuscule, circulaire dans le plancher du studio. Je l'attrapais pour examiner la disposition des lieux. Rien de spécial, pourtant ici à dessein certainement. Perplexe, je laissai tomber le cliché, braquai mon attention sur le détective.

« Tu détestes Kyomi, j'ai bien compris, et tu détestes Misa. Très surprenant en soi, énormément de gens les adorent ou les admirent.

- Et ? Elles sont détestables par nature, les autres sont des imbéciles comme tant de pauvres hères en ce monde de médiocrité et de complaisance.

- Si je te présentais quelqu'un d'autre, il aurait droit au même traitement, au même jugement de valeur parce que je le connais et l'apprécie ? » Du moins c'était la phrase prévue, restée dans ma gorge. Déviante de ma ligne comportementale.

Le timbre de L laissa ses accents nonchalants pour des inflexions agacées. « Cette liste de livres ne mène nulle part. »

Des heures plus tard et la mise au point d'un parcours atrocement tortueux mais nécessaire, L posa un portable à son oreille. Même à ce niveau de précautions la sécurité de mon père en charge de récupérer la caisse était toute relative.« Yagami-san, tout va bien ?

- Affirmatif.

- Vous en êtes où ? Vous avez du retard.

- Simple prudence. J'arrive dans cinq minutes. »


Le dîner se passa de ma participation active, conversation Mastuda Soïchiro tournée vers l'appréciation de la caisse à livres. Mon attention vers d'autres propos tenus au téléphone signés Gin, aka Watari, soixante-cinq minutes auparavant. Propos sans surprise, politique de non changement en dépit du doute, fantôme ramassé au creux de la tonalité. À peine déployé dans l'arc d'un sourcil, l'inflexion subtile des rides d'expression alors que le vieil homme regardait Ryuzaki chipoter ses dix assiettes pleines. Technique enfantine classique. Il le regardait en silence, l'anxiété ravalée, contenue en façade : son protégé ne l'accepterait pas.

Mes yeux sur un point imprécis et mes réponses monosyllabiques, loin de ce dialogue d'absents. Les gyoza distraitement disparus de mon plat, ces repas devenus catalyseurs de consternation. Le comportement du détective, non assimilable à une grève de la faim narcissique, simplement pénible à observer. Je ne l'observais donc pas, sans pour autant cesser d'en être conscient. Watari pouvait se sentir coupable, moi l'instigateur peut-être, mais c'était lui le plus responsable.

Une épaisseur dans le silence s'était installée entre ces deux-là, mésentente encore irrésolue. Je m'attendais presque à subir un discours accusateur du majordome, m'imputant la discorde elle-même pour se rabibocher avec le détective. Me reprochant de creuser sciemment l'écart entre lui et son protégé pour isoler L et détourner l'enquête à mon avantage. Le tout, bien entendu, dans l'optique d'une trahison totale aussi perfide que crasseuse. Voilà qui devait forcément cacher une tentative de manipulation avec meurtre à la clé.

Double sous-estimation manifeste, insultante de simplisme. Écœurante à tous niveaux. Heureusement cette théorie construite en extrapolation à partir des sermons de Watari n'était rien d'autre que cela, possibilité au milieu de ramifications non exploitées. Qu'elle le reste.


Tous convaincus que la pile de livres constituait l'indice majeur de la scène de crime, ou du moins l'une des clés principales, cet élément avait priorité sur tous les autres. La plupart, romans d'auteurs connus et reconnus, neuf d'amour pour neuf d'horreur. La première difficulté était de savoir par où commencer, pour cela lister les points communs. Qu'on ne trouvait ni dans les couleurs des couvertures, ni dans l'état des ouvrages, ni dans les maisons d'édition, ni même dans les numérotations sur les tranches. Trop disparates, hormis le format poche généralisé. L'ordre dans lequel ils étaient disposés pouvait avoir un sens, mais sans savoir que chercher autant s'amuser à compter les grains de sable du désert, les photos prises nous permettraient cependant de ne pas les compter très longtemps si l'ordre initial revêtait une réelle importance. Triturer les noms d'auteurs pour démêler un sens, vain comme tout le reste : anagrammes, combinaisons codées, chiffrées, métaphores, allusions. Dates et lieux de naissance à contrario pouvaient très bien indiquer des pages et des lignes, ou des mots. À moins qu'il ne s'agisse de codages. Une fois encore sans un fichu ordonnancement, nous étions condamnés à patauger dans les hypothèses. Ironie vicieuse du sort : sans ordre pas d'indices, sans indices pas d'ordre.

Une énigme assemblant un mot ou une phrase par livre selon un ordre précis ? Une recherche à étage dont seul le dernier composant serait utilisable ? Une progression de livre à livre par énigme ? La proposition « indice bidonné » lancée par mon père se trouva elle-même lancée aux oubliettes aussitôt émise.

Et il y avait ces cercles minuscules, parfaitement circulaires dans le sol. Ce n'était pas la priorité du moment mais dans l'engluement général je ne pouvais m'empêcher d'y penser de temps à autre. L les avait remarqués aussi, n'en comprenait pas plus que moi la logique. Toute la mise en scène du studio demandait une lecture particulière, complexe, ses lignes maîtresses difficiles à appréhender en ensemble cohérent.

Alors je compilais toutes les références possibles aux fraises dans un effort désespéré, il fallait bien l'avouer, le détective qui tournait et retournait chaque roman depuis des heures, examinant les couvertures, se figea. Ses yeux crochetés sur une tranche noire, plissés de concentration.

« Tu as trouvé quelque chose ?

- Pas sûr. Loupe ? » Le verre grossissant coulissa sur la tranche, différentes inclinaisons modifiant l'angle d'impact des rayons lumineux. « Est-ce qu'il te semble normal d'utiliser un stylo noir sur une couverture noire ? » Question rhétorique. « 0,1 mm, stylo tubulaire vu la qualité du trait.

- Où est-il situé ?

- Au centre du chiffre dix. 0,3 mm de longueur. » Le premier livre, donc. Le début de l'ordre. Et les tentatives reprirent, longue recherche pour dénicher le sens.


« C'est quoi ça ?

- Comme tes yeux le constatent parfaitement, il s'agit d'un traversin.

- Dans mon lit. » Timbre au bord de l'accusation. « Prétexte pour une fraude à la sucrerie ? Tu crois que ton vol qualifié va passer inaperçu ?

- Je n'aime pas les sucreries. »

Suspicieux, il farfouilla les recoins du matelas, des draps, pendant une bonne dizaine de minutes. Son trésor de friandises empilé sur le sol jusqu'à l'évidence, attendue bras croisés. Tout fut remis en place avec empressement. Savait-on jamais. « L'inventaire est complet. » Yeux étrécis en ligne mince. « Cet intrus colonise mon lit et doit écraser au moins six variétés différentes de biscuits.

- Ne les remets pas dessous. Ou mieux : réduis ton stock de biscuits. » Il ne les mangeait plus, de toute manière. Remarque tue, préférée à l'amusement intérieur de voir ses pupilles, soucoupes agrandies de choc.

« Et puis quoi encore. Je veux la raison d'une démarche aussi incompréhensible pour Monsieur pointilleux ridiculement borné sur la question de l'individualité de matelas. » Un paquet de mini meringues italiennes agité en menace. « Confesse ton crime ou elles te feront parler. »

La similitude avec mes arguments à base de légumes inclina la légèreté d'un sourire.

« Ce traversin est chauffant. Si ça peux faciliter ton endormissement pourquoi ne pas essayer ? Et tu cesseras de m'accuser de t'empêcher de dormir correctement.

- Si ça peut faciliter ta fuite, en d'autres termes.

- Fuite ? Extrême, comme d'habitude. » Je me détournais vers mon propre lit, essayant malgré tout de ne pas lui donner raison, pas trop. « Je ne vois pas ce que je fuirais dans cette pièce, à part tes montagnes de sucre.

- Moi, de toute évidence. »

Allongement sur le matelas, au centre, sa réponse éludée, ignorée. Noyée. « Évite d'approcher ces meringues trop près si tu ne veux pas qu'elles subissent un sort désagréable. »

Lumière éteinte sur un « bonne nuit » sans écho, je m'installai sous les draps rapidement tièdes malgré la fraîcheur de l'air. Bien plus tard, un commentaire bougonné s'infiltra dans l'obscurité, me tirant à demi du repos.

« Ça marche pas. »

Soupirant sans répondre, je me tournai de côté et remontai les draps, beaucoup moins tièdes maintenant que la température de mon corps s'était stabilisée à son degré idéal pour le sommeil. Pensée embrumée qu'une couverture supplémentaire ne serait pas inutile. Trop engourdi pour bouger, je me rendormis simplement, le regret un peu lointain pour être considéré.

Les fils de l'inconscience se détachaient, effilochés alors que j'essayais de les retenir. Morceaux de réalité emportés, sable entre les mains. Des mouvements, peut-être les miens, à la marge, déroutance des perceptions croisées ; ce stade étrange d'entre deux qui tient l'un et l'autre en existence. Une pensée à peine formulée sur le fil des mondes : l'existence d'une autre chaleur. Mon corps s'obéit, rapproché, l'attrait comme une gravitation. Submergé soudain, enveloppé dans la sensation capiteuse. Le froid s'envola en frissons, défait par une douceur irrésistible d'oubli.

Un soupir de bien-être absolu faufilé entre mes lèvres. Chaleur à l'intensité délice. Fusionnée contre ma peau.

L'intuition me poussa vers le réveil, intuition d'une anomalie. J'avais dormi trop longtemps, j'étais trop reposé, le lit trop agréable. Il y avait…Œil ouvert en instantané, écarquillé de surprise. Le visage du détective endormi sur mon oreiller, détendu. Masque aux liens rompus. Lisse, libéré de ses tensions et ses contrôles. Attirant. Sa respiration souffletant ma joue, rythme régulier de sa poitrine. Nos corps allongés, serrés. Le choc de l'instant s'avala dans le rejet. Mouvement brutal de dégagement qui réveilla L. Iris larges, braqués sur mon échappée. J'étais hors du lit, déjà, colère piquante au visage.

Une main agrippa son col. Traverse abrupte, mes yeux dans le noir brumeux.

« Je croyais avoir été clair ! » Le tissu lâché, la tête de Ryuzaki retomba sur l'oreiller. « Quel est le mot dans « je ne veux pas dormir avec toi » dont le sens t'échappe. »

Le sommeil se dissipa sur les traits confrontés aux miens. « Quand j'ai dit que le traversin ne marchait pas, tu n'as rien répondu et tu t'es mis sur le côté. Tu avais enfin l'air de retourner à des attitudes moins égoïstes.

- Un « non » dix fois répété, ne me fais pas croire que ce n'est pas suffisant !

- Tu n'avais qu'à être plus clair. » Il s'étira, dos arqué en arrière, pour se redresser. Assis. Son pouce mordillé une seconde, une expression satisfaite s'anima. « Et ne proteste pas si fort, tu avais l'air de bien apprécier. »

Inacceptable. « J'avais froid.

- Pas une excuse.

- Ta parole contre la mienne. » La porte de la salle de bains claqua sa dernière phrase « Toujours pas une excuse. » Puis étouffé. « Ne traîne pas, on est en retard. J'avais déprogrammé le réveil. »

Le détective se montra d'une bonne humeur exceptionnelle, acceptant sans sourciller les différentes pâtisseries du petit déjeuner, l'appétit redoublé par les repas loupés ou grignotés. Son caractère avenant du jour fondit rapidement devant l'ignorance systématisée que je lui rendais, plaisanteries et amorces de conversations brisées sur mon indifférence. Seule l'enquête arrachait mon attention, et avec froideur c'est tout ce qu'il me donna.

Deux jours de désintérêt forcé intensif eurent le mérite de décupler nos vitesses de réflexion analytique. Une solution fut trouvée à force d'essais, une coopération glacée mais efficace. Les dates de naissance étaient capitales, le jour indiquant le numéro de page, le mois le paragraphe et l'année le mot. Une complication à cette simplicité navrante : le mot ainsi désigné au sein de chaque livre ne faisait pas sens, son utilité remise en cause pour établir le classement et trouver le second livre malgré le sentiment d'un lien quasiment perceptible, à portée. Complication vite vaincue, le chiffre différent sur chaque tranche, marque de rang pour une collection poche ou une série, donnait le nombre de syllabes à relever à partir du mot signalé par le jour de naissance.

En fait une énigme à taille variable, offrant le titre du livre suivant entre ses lignes. Mises bout à bout elles n'avaient cependant aucune cohésion. Énigme à usage unique. Tout cela était terriblement facile.

Le dernier ouvrage porta le frisson dans les veines. L'incompréhension de voir la logique se dérober, brusquement, sur quelques signes aussi rageants que « Vanité tout n'est que ... bla bla bla. » Nouvel ordre, nouveau code. Adrénaline.

Pas le choix, il fallait tenter de nouvelles combinaisons à partir des mots trouvés dont les syllabes étaient additionnées au mois de naissance. « Vivre un échec est pire que lutter », au jour « Et, derrière le goût amer de si louables efforts, comme l'écho d'un rire. », à l'année « Bien essayé, ça en serait devenu divertissant à force. Presque. » Quelques bidouillages concernant les noms et prénoms des auteurs : convertis en chiffres en intégrant les nouveaux paramètres puis permutés à l'un ou l'autre des composants pages, paragraphes, lignes, syllabes. « Une de perdue… une de perdue. La cruauté du monde est sans égale. »

Le meilleur, tous les systèmes fonctionnaient parfaitement jusqu'à la dernière étape. Plaisir du jeu couplé d'exaspération. Plaisir face à l'élégance de ces énigmes à tiroirs, enchevêtrées, presque totalisantes au sein des mêmes dix-huit livres. Exploit.

Nouvel essai, cette fois débarrassé de calculs, associant l'ensemble des mots déjà trouvés par un même livre pour trouver une thématique ou image commune référençant le titre du roman suivant.

Échec au livre final. « Tant d'efforts pour gagner le droit de recommencer, la vie est pleine de joies un peu folles. »


La sensation grisante des neurones en ébullition n'était pas affadie une seconde par les échecs répétés. Au contraire, carburants créatifs et accélérateurs. L'excitation de démonter la machinerie stupéfiante du tueur, rouage à rouage, pour les assembler autrement, toujours autrement, craqua mes barrières artificielles. Oubliées, effacées, non essentielles. L'important, l'exclusif, c'était l'énigme offerte, et c'était Ryuzaki, miroir et dépassement. Immersion électrique. Une fluctuation turbulente et jouissive qui n'admettait pas d'intrus, pas de gêneur, pas de retenue.

Une pause décrétée comme signal de l'amputation, donc de ma rétroaction dès le seuil franchi. Regret impensable d'avoir laissé les préoccupations sociales de côté pour quelques heures addictives. Regret impossible mais rétrogradation obligatoire et je ne m'y soustrairais pas.

Les autres sur les rotules appelèrent à grandes suppliques une journée de trêve prolongée jusqu'au dîner et L fut contraint d'accepter face à la fatigue, dévoreuse de visages. Je m'éclipsais à la chambre, Misa sur haut-parleurs, exprès. Ryuzaki entra, sortit. Journée d'ennui, d'écart mutuel, de froideur payée et rendue. Au repas du soir, le sermon Watari sur la nourriture fut obéi pour la forme : une unique chouquette à l'image d'une charité symbolique et le détective quitta la table.

Hésitation. Muée vers l'avant. Ce comportement d'auto-destructeur haïssable ne pouvait plus durer. La détestation qu'il prenne aussi mal la situation s'écartelait sournoisement, double tranchant facile à ignorer mais difficile à se voiler de manière convaincante. Son comportement attisait une satisfaction inavouée, vivace, presque inquiétante. Étincelle dense. Pure égoïste.

Ryuzaki attendait la venue de l'ascenseur, arrivé précisément avec moi. Parfait. J'entrais dans la cabine derrière lui. Une tension immédiate s'installa dans les omoplates, derrière le tissu blanc. « Il faut que tu manges. Ton corps ne va jamais tenir la distance.

- Tu remercieras Watari de ma part pour l'écriture de ce discours plein de fausse sollicitude. »

Acidité dans la gorge. « Bien entendu. J'ai signé un contrat avec mon sang qui m'oblige à lui jouer mon allégeance éternelle sur le thème de Star Wars.

- Comme joueur de pipeau tu es divin, ou mets-toi au Tra La La Song. » Confrontation visuelle en lames de couteaux.

Nos relations hors enquête allaient se résumer à ça, à cette saturation d'amertume. Vrille de dégoût au ventre.

« Ryuzaki, je suis sérieux. »

Regard peu amène, détourné. Tout ce que je pourrais dire catalogué comme mensonger. « Je devrais appeler Matsuda, lui au moins est de bonne compagnie ces temps-ci. » Insulte des plus sympathiques.

« Parce qu'il est toujours absent ? Il vient de partir.

- Encore ? Ça lui arrive de bosser par hasard ?

- Il appréciait Wedy, c'est normal qu'il passe la voir souvent. Tu es la personne qu'elle connaît le mieux, quelques conversations via web cam serait la moindre des choses après ce qu'elle a perdu pour toi.

- Tu n'as qu'à appeler Misa si tu veux parler dans le vide, mais tu fais ça très bien seul. Ou appelle Takada puisque son cerveau est assez sous-développé à ton goût.

- Tu n'es pas obligé d'être aussi vindicatif contre elles.

- Et toi de m'ignorer quand l'enquête ne te force pas à me parler. » L'ascenseur ouvert, il fila dans le couloir, dans l'optique apparente de s'enfermer à la cuisine de l'étage ou une chambre inoccupée.

Une porte qu'il passa, bloquée par mon pied. Je n'avançais pas d'avantage. « Ryuzaki. » Silence, la seule sincérité acceptable. Un mot sans mots, au fond des yeux. Filtré. La considération que j'avais, avouée en discrétion et dérobée dès qu'il la saisit. Absorbée par son masque immobile.

Autre silence et sa voix, implacable de vérité.

« Je ne peux pas croire que tu souhaites vraiment partir après l'enquête Kira. Watari n'a pas pu te forcer à ce point, si tu n'as pas d'autres raisons derrière. De vraies raisons, pas tes conneries de- » Mon dos quitta la porte coupant la fin d'une phrase que je ne voulais pas entendre, interrogation que je ne voulais pas expliquer. Le détective ne me suivit pas.

Retour au travail, le lendemain dans un salon absolument noyé sous les empilements de papiers. Murs et vitres ornés d'une nouvelle décoration pas plus haute que le mètre quatre-vingt. Si le groupement en catégories horreur/romance n'avait pas été évoqué pour des raisons évidentes, le groupement par sous-genres, lui, permit de réunir les livres par paires et annonça l'heure de repasser en revue toutes les combinaisons précédentes. L'une d'entre elles, simple échange de chiffres, déroula son cheminement jusqu'au dernier livre, clos sur un mot « blanc ». Enfin quelque chose de pertinent. Blanc comme l'absence de mots, blanc comme la piste à suivre, quelque chose de loupé. La clé dans ce livre. Apparue comme une évidence à force de feuilleter l'écriture renversée d'un titre, caché au fin fond d'une bibliographie. « La Papesse. » Allusion au tarot, la carte censée représenter l'analyse et le travail mental. Retournée. Une inversion du code précédent ? Selon quelles modalités ?

Un jeu comme un labyrinthe, le premier pas toujours identique et l'arborescence qu'il ouvrait aussi multiple que tortueuse. La solution donnée : jamais cet auteur, ni aucun autre ici, n'avait publié un livre nommé La Papesse. Pourtant l'encre ne différait pas avec le reste de l'ouvrage. Suspicion titillée par la découverte, le contenu des romans examiné avec minutie révéla une énormité jusque-là passée inaperçue, et pour cause. Les romans d'amour et d'horreur avaient été inversés. Couvertures, auteurs, biographies, et paratextes divers, tous raccords, sauf le contenu qui appartenait à un autre, de l'autre genre. La manœuvre si excellemment exécutée que le tueur ne pouvait que les avoir faits imprimer personnellement, et appliqué des techniques pour vieillissement de papier à certains d'entre eux. Le détective, sans montrer la moindre once d'émotion exposa toute la sophistication de l'affaire : seulement un nombre limité de pages provenait d'un contenu inversé, en fait, celles que Beyond avait utilisées pour tisser les ramifications de son amusement. Le reste appartenait au roman que la couverture était supposée contenir.

Matsuda, voix propulsée au lointain. « Ah je savais qu'on était pas si demeurés quand même. »

Être prévisible, lisible à ce degré… Beyond avait prévu nos approches de façon surprenante, inquiétante. Réflexion jumelle sur un visage pâle cerné de charbon.

Remonter à partir de l'inversion prit quelques heures, assez pour avancer le jour vers les ténèbres. Arrachement de l'ultime étape avant l'énigme finale. Il ne restait qu'un roman, celui qui possédait une couverture noire. Le premier livre, premier et dernier pas. Un et zéro, le début et la fin. Un sifflement dans ma gorge. « Incroyable. »


Fatigue, ce monstre, réclama ses droits avant de livrer une clé majeure de la mise en scène. L ne cessait de tripoter son téléphone et ma concentration se ripait à coups de griffes, le venin du sommeil, actif. Bref passage habituel à la salle de bains, écourté d'un fracas métallique en provenance de la chambre. Une mer fumante renversée sur le lit du détective. Une cafetière de bonnes dimensions gisait, la carcasse tordue, évidée de son sang chocolat. Ryuzaki, l'innocence angélique, théâtralisée d'un « oups ».

Sous les draps retirés en quatrième vitesse, le matelas s'était coloré d'une immense tache brûlante, inutilisable. « Quel dommage, j'ai justement envoyé tous les draps, couvertures, coussins et matelas du bâtiment non utilisés par l'équipe au lavage et pressing. »

Le hasard, bien entendu. Il n'allait pas m'avoir comme ça. « Quelqu'un passera la nuit sur un canapé.

- Coussins incluait aussi les assises des canapés et autres fauteuils. »

Il se dirigea donc tout naturellement vers mon lit, dernier bastion de repos à la ronde. Lui demander d'aller dormir avec Matsuda et la seconde inondation bouillante risquait de me faire sa victime. Il écarta les draps, la conversation trop dégagée pour être honnête.

« Heureusement j'ai pu sauver mes sucreries. »

- Heureusement. » Ironie froide. « Imagine le désastre si tout cela était non prémédité. » Je le regardais, bras croisés, prendre possession du côté droit.

« Je crains de ne pas te suivre. Jamais je ne gâcherais trois litres de chocolat chaud. »

Exaspéré, fatigué, je lâchai l'affaire. Essayant de ne pas prêter attention à la jubilation éclatante de son visage, je m'allongeais à l'extrême opposé. Face à face. Ses pupilles accrochées aux miennes, triomphantes sans retenue, flambées au noir. Aiguillon planté dans mon ego.

Je me mis de côté, alors qu'il remontait la couverture, fuyant ce regard de chat contenté. Je ne pouvais pas laisser passer. « Non, certainement pas. »

La couverture ouverte parallèle d'un redressement, mon geste interrompu sitôt impulsé. Une main se posa au-dessus de la hanche, pour me retenir. Traître de t-shirt écarté dans le mouvement. Sa paume involontairement contre ma peau, légère. Sensation chaude picotée jusqu'à mes reins. Deux envies balancées dans leur contradiction. L'écart contre ses doigts, glissés, caressés. Image vive, bouillante de l'esprit à la chair. Désir d'obtenir plus ; creusement d'un manque. Affolé par la pression un peu plus forte, annonciatrice d'un mouvement. Mes doigts enfermèrent son poignet, l'écartèrent.

« Ça te plairait, peut-être ? »

Secondes écoulées, temps de réponse déconcertant. Chair de poule sous le tissu rabattu. Posture assise, cette fois j'allais ailleurs.

Commentaire atonique. « Tu ne vas dormir par terre. Ne sois pas ridicule. »

Il n'avait pas tort. C'était ridicule. Lèvres serrées j'étendis les jambes, mon corps contracté, la chaleur enroulée dans les reins ne s'enfuyait pas.

Volutes parfumés plein la chambre. Arômes tièdes et sucrés de chocolat.


Thirst


Sommeil aux parfums d'éternel, douceur des draps impossible à quitter. Tendre chaleur, tout à côté, attirante, atteinte du bout des doigts. Même en ayant oublié d'allumer ma petite lampe, le repos était redevenu confortable. Calme. Avant l'affaire Kira, je n'avais jamais de problème de sommeil. Une ou deux heures de temps en temps, bien suffisantes pour assurer le service nécessaire à la poursuite des enquêtes. Au final, la cause et le remède dormaient à côté de moi, et dans mon demi-sommeil, je n'arrivais pas à décider si le connaître était une chose positive. Mais une chose était certaine, puisque maintenant il était là, il était hors de question de m'en passer.

Profitant de son inconscience, j'enfouis mon nez contre sa clavicule, inspirant son odeur de savon et de lessive, profitant éhontément de lui pour me tenir chaud et apaiser mes interrogations jusqu'à l'abandon, et à la chute à l'onirique.

La stridence du téléphone, aussi agressive qu'un électrocardiogramme soudain plat hurlant sa détresse dans un hôpital. La main de Raito plus rapide que la mienne, l'appel accepté. Le portable survivrait encore, pour cette fois. Mais son destin finirait par le rattraper.

« Oui, Misa. »

Évidemment. Si le pire peut arriver, comptons sur lui pour advenir aussi vite que possible. Et la blondasse avait un instinct étonnant quand il s'agissait de déranger, en présentiel comme à distance.

« Interrompre le tournage ? Tu n'y penses pas, il s'agit de ta carrière. »

La voix soudain tendue, l'appréhension glissée sous la peau.

« Mais non, ce n'est pas que je ne veux pas te voir. Simplement, tu ne peux pas tout gâcher… bien sûr, ta carrière ! »

Je me glissai contre son flanc, collant mon oreille contre le téléphone, en alerte. Si une bribe d'information pouvait me permettre de contrecarrer l'attentat que constituait le retour du sac d'os équipé de faux ongles aiguisés, je ne devais en aucun cas la manquer. Raito inclina légèrement le téléphone, partageant avec générosité le son de la voix suave de sa… copine.

« Mon roudoudou, notre amour peut résister à la distance je sais, mais mon cœur me dit de rentrer, que je dois être auprès de toi ! Et ça, c'est aussi un truc ultra sûr de l'histoire des trucs sûrs ! Donc, j'ai parlé avec Mochichi, et il m'a dit qu'on peut rentrer demain, par le prochain avion.

- Misa, ce n'est pas raisonnable. Les producteurs comptent sur ton professionnalisme.

- Maaaaais chouchou, ça va aller, je leur ai dit que mon futur mari avait besoin de moi à la maison, ils comprennent. Les étrangers sont pas si terribles tu sais. »

Chuchotis, mes doigts posés contre le micro.

« Tu peux lui dire que je ne suis pas japonais, ça lui fera réviser son jugement. » Main balayée.

Frustration tenace, celle de m'être fait voler l'exclusivité de la conversation et de son attention, tout ça pour un monologue abscons, sans autre intérêt que d'imposer une décision arbitraire et stupidement superficielle.


Nouveau record de glissade en fauteuil à roulettes.

« Raito, tu notes ? Six mètres trente.

- Fabuleux. Et ça t'aide à comprendre notre problème ?

- On peut toujours essayer de commencer au hasard. Ou par le meilleur résultat sur Google. Que veux-tu que je te dise ?

- Si tu n'es pas capable d'apporter un nouveau point de vue sur les petits jeux de Beyond ou sur l'affaire Kira, aies l'amabilité de jouer en silence. »

Nouveau point de vue, souvent la clef des constructions de Birthday. Me levai, arrivant au dessus de l'épaule de l'étudiant, balayant du regard les dizaines de photos et de notes manuscrites, griffures sur le papier. Bras passé à côté du sien, tournant le récapitulatif des livres. Ma tête tournée dans l'autre sens. Dix-huit livres. Neuf d'amour, neuf d'horreur. Le 1 barre horizontale ou verticale, sans intérêt. 8 de l'infini ? Bof.

Mais le 9 réversible en 6. Crayon offert, chiffres tracés. 66, 96, 69. A tourner encore. Feuille couchée.

« Ce n'est plus un chiffre, c'est un symbole. Comme le 13 pour le B.

- Cancer.

- Aiber était Cancer.

- Quelque chose à creuser dans l'astrologie ? La divination, avec la Papesse ?

- Ou un jeu double, incluant les signes du zodiaque et les livres. Ils ne peuvent pas être là sans raison.

- Lire les numéros selon les signes des auteurs ? En exclure ?

- Si Aiber était Cancer et qu'il a été éliminé, deuxième proposition. »

Main serrée sur son épaule, sourires siamois. L'intuition de la bonne piste, adrénaline de la découverte, effervescence intellectuelle en binôme. Fausse note de la voix dans l'harmonie, un bras levé pour interrompre, dégrader. « Fils, ça t'ennuierait d'expliquer clairement cette nouvelle piste, pour que Matsuda et moi puissions vous suivre ? »

Insultant, ce sous-entendu d'égalité. Jamais Yagami ni Matsuda ne pourraient tenir le rythme pendant une de nos conversations. La demande de sous-titrage, aveu de faiblesse. Laide faiblesse. Envie d'isolement partagé, de fuir cette pièce trop ouverte, de nous enfermer tous les deux dans notre chambre, à l'abri des interférences indésirables. Sans aucun bruit, juste la transmission des idées, pureté du signal.

« Raito. »

Il se retourna, disponible pour les autres. Désagréable sensation que de se sentir volé. Tout le monde attirait toujours son attention pour des choses simplistes et futiles, pourquoi ne pouvais-je la retenir en parlant d'une énigme aussi rare et sophistiquée ? Son regard offert à son père, timbre de voix tout juste précipité, à peine piqué de l'agacement d'être ainsi ralenti. Je devais au moins lui reconnaître un sens de la diplomatie qui avait tendance à me fuir.

Gribouillage d'un tableau des signes zodiacaux, élément rattaché, numéro de Maison, planètes associées. Probablement utile pour la suite. Reprise des auteurs. Neuf Cancer. Trop pour une simple coïncidence.

« Le Cancer est la Maison 4. On sait que c'est un chiffre particulier pour Birthday. On tient peut-être quelque chose.

- Jupiter et la Lune. Tu connais ce genre de trucs par cœur. Je ne sais pas si je dois m'en inquiéter. »

Regard coulé. « Dis-toi que les criminels aiment bien jouer avec les symboles, et les étoiles. Ça doit te rappeler quelque chose, non ?

- Cette enquête, que tu m'avais confiée ?

- Hn. Les jeux astrologiques et astronomiques sont assez courants. Ne pas avoir besoin de faire des recherches sur le sujet fait gagner du temps.

- Tu n'aurais pas dû voir le signe du Cancer plus vite, alors ? » Son ton devenu mi-moqueur, mi-joueur. Mais trop piquant pour que je ne réponde pas.

« Je pourrais te faire remarquer que le Cancer ressemble plus aux Poissons qu'à mon propre signe. Tu étais donc mieux placé pour voir une ressemblance.

- Le signe des Poissons n'est pas si semblable. Juste une symétrie, mais axiale et non centrale. Si tu es Balance, Gémeaux, Taureau ou Bélier, tu n'as aucune excuse.

- Raté. Scorpion. Et je n'ai pas besoin d'excuse, j'ai trouvé. »

Étonnement perceptible, un quart de seconde. Si rare que je donne une information sur moi… besoin d'un contrepoint. « Et ne demande pas, tu n'auras pas mon signe astrologique chinois.

- Ah, oui, c'est vrai que ces deux informations, couplées au « non japonais » permettent de trianguler l'identité d'une personne avec une facilité déconcertante. »

Sourire tout en dents à son attention, petite génie acide, si fascinant.

« Le symbole de Jupiter ressemble à un 4 manuscrit stylisé.

- Et la Lune à un croissant. C'est peut-être même pour ça qu'on parle de croissant de Lune ? Merci pour cet éclaircissement, monsieur Yagami.

- Ryuzaki ! Mon père a raison, les signes peuvent être utilisés dans le message. Ceux du zodiaque comme les planètes associées.

- Bien. Monsieur Yagami, une idée ?

- …

- Bien ce qui me semblait. Same player try again. »

Coup sur l'arrière de mon pauvre crâne, imprévisible et douloureux. Mains portées à la zone d'impact en une vaine tentative de protection. « Mais qu'est-ce que j'ai dit ? »

Sourire en coin, un unique sourcil relevé, posture théâtrale insupportable. « Je t'enseigne les règles de la société dans laquelle tu vis. Le respect des aînés, par exemple.

- Et pourquoi pas m'excuser, aussi ?

- Prochaine étape, si tu continues. »

Jamais. Jamais, jamais, jamais. Rire léger perdu sur ses lèvres devant mon air outré, la seule perspective de devoir me plier, m'agenouiller devant quelqu'un aussi effrayante qu'une apocalypse zombie avec un retour à la vie de tous les cultivateurs de concombres.

« Bon, puisque l'ambiance ici en est là, je vais aller faire un tour à la préfecture. Ils ont peut-être avancé sur l'affaire Kira, eux. Puisqu'ils ne se dispersent pas. »

Et c'était moi qu'on comparait à un enfant.


Les mots glissaient sur moi, eau contre le verre. Incompréhensibles, inacceptables.

« La décision vient de plus haut. Kitamura m'a clairement dit que ce sont des politiciens qui ont ordonné l'arrêt des investigations contre Kira. Il… Kira a pris contact avec l'un d'eux, qu'il ne connaît pas, en faisant entendre qu'il ne s'attaquerait plus aux politiques en échange de la neutralisation des forces de l'ordre. Pire, le sous-directeur est sûr que certains reçoivent des pots-de-vin. Officiellement, le Japon poursuit Kira, mais dans les faits, les policiers ont ordre de tout cesser. C'est ça ou la démission. »

Pour de l'argent et une sécurité bancale, reposant sur la parole d'un tyran ? J'avais été trahi pour ça ? Goût de bile. Hormis Watari, pouvais-je compter sur quelqu'un ? Raito était enfermé ici, et son sens de la Justice probablement assez solide pour endurer la corruption. Mais toutes les promesses ne sont pas faites pour les imbéciles.

« Alors, monsieur Yagami ? Et vous, Matsuda ? Que prévoyez-vous ? »

Les deux hommes se regardèrent, souriant avec confiance. « En ce qui me concerne, je reste. Et quand l'affaire sera réglée, ma foi, je chercherai un autre emploi.

- Je vous suis aussi. Je ne me suis pas engagé auprès de vous pour partir sur une question d'argent ou de sécurité de l'emploi. Je ne pourrais plus travailler pour une police soumise à Kira. »

Je ne le leur dirais jamais, bien sûr. Mais j'étais content d'avoir gagné, qu'ils aient choisi de me suivre plutôt que de retourner au siège de la police gouvernementale.

« Bien. Ne vous inquiétez pas, la Justice gagnera forcément, à la fin. Et vous en sortirez indemnes. »

Mail signalé d'un bip aigu, incisif. « L, le Japon a décidé que la poursuite de Kira était trop chère et inefficace, en plus d'être potentiellement dangereuse. Nous vous retirons donc tout notre soutien financier, ainsi que les accréditations que vous offrait votre statut de détective d'intérêt public. Toute tentative de vous soustraire à la loi concernant le Droit des sociétés serait perçue dorénavant comme entreprise de corruption à visée potentiellement terroriste. »

Rage sourde, dévorante, rouge. Porte claquée sur une équipe déjà fragilisée, portes de l'ascenseur agonies de coups de pieds jusqu'à ce que je puisse me replier dans mon domaine réservé.

La porte ouverte dans un chuintement, glissement des pas sur le sol. Aérien. Affaissement du matelas et attente, puis un contact contre ma main. « Ryuzaki, arrête de bouder.

- Non. Ce sont tous des traîtres. Je réfléchis à une vengeance. » Hors de question de relever la tête pour voir l'air moralisateur d'un Raito trop épris d'idéaux de justice.

« Ils ont peur de Kira. Mais ça veut aussi dire qu'il s'est mis en danger, en menaçant des politiciens. Il nous donne des informations sur lui. Sa volonté de reconnaissance, d'accès au pouvoir…

- Et ces imbéciles du gouvernement préfèrent me cacher son approche plutôt que de demander mon aide. En plus d'être demeurés, ce sont des lâches doublés de félons. Il n'y a rien de pire que la traîtrise, tu sais ça ? » Accusation à demi voilée, tue. Le sous-entendu ignoré plutôt que ramené sur le devant de la scène. « Donc, je réfléchis à la meilleure manière de leur faire payer ça.

- Quand l'affaire Kira sera finie, et que leur couardise sera révélée, la population se chargera de les blâmer. Tu devrais te concentrer…

- Pff. La population avalerait des couleuvres plus grosses que des anacondas si un type en costume trois pièces leur disait de le faire. Les gens sont stupides et n'ont aucune droiture. »

Pichenette sur le front. « Tu te plains encore, gamin. »

Tant pis pour ma résolution de garder ma tête dans mes genoux, lui lancer un regard meurtrier était trop tentant. Son sourire plus efficace qu'un démineur.

« Bon, regarde ça. »

Feuille posée entre nous, à mes pieds. Un triangle, et les signes du Cancer, des Poissons et du Scorpion. « Selon la Tradition des Aspects, ces trois-là sont en trigone, formation d'harmonie. Beyond a déjà utilisé mon nom et celui de Misa, ce ne serait pas étonnant si mon signe revenait ici. La victime, l'enquêteur et le criminel, puisqu'il a le même raisonnement erroné que toi.

- Ce qui réduit les planètes à interpréter. Jupiter, Mars, Pluton et Neptune. Plus la Lune. »

Je me dépliais, adoptant une position en lotus, plus à même de permettre une conversation. Raito en tailleur, feuillets et crayons entre nous. Mains en activité, dessins tracés. : Jupiter, : Mars. Et…

« Neptune et Pluton se ressemblent. Une croix au dessus d'un arc de cercle, avec ou sans rond au dessous.

- La croix est en dessous, le rond au dessus.

- Pas dans mon sens. De mon point de vue… »

Raito tourna la feuille vers lui. Double regard, changement de point de vue, apparition du dessin.

« Une tombe, et… un mausolée ? »

Multiples possibilités. Les romans d'horreur en présentaient forcément, mais la clef ne pouvait se trouver uniquement dans ceux-là.

« Un indice géographique ? Il nous emmènerait sur le lieu de son prochain crime ?

- Probable. Mais impossible à savoir. Il n'y a pas d'autres disparus dans l'équipe, et c'était le seul lien.

- Mogi et Misa ne sont pas là. Tu les traces ?

- Hmm. Après Aiber et Wedy, j'ai fait mettre quelques nouveaux traceurs dans les vêtements et les effets personnels de tout le monde. L'armoire à glace sans subtilité et la blonde sont en sécurité. Dommage.

- Au contraire. Et même pour toi, au moins Beyond ne t'a pris personne.

- Eux, il pourrait. Je les lui donne. Je lui file même Matsuda en cadeau bonus paquet de céréales. »

Demi-soupir, débat perdu d'avance. Hormis Watari et Raito, personne ici n'était utile. Raison de plus pour leur interdire -ou éviter- toute sortie.

« Est-ce qu'on a seulement le… droit de retourner les symboles ?

- La Papesse inversée.

- Plus importante que l'inversion des pages ? Tout est à usage unique.

- Mais la carte a la symbolique du double. Comme la symétrie.

- Lier les livres en symétrie centrale, comme le Cancer. »

Répartition des ouvrages entre nous, repartis à la poursuite des syllabes. Sur de simples coups d'œil, échange des données, reprises sur les ordinateurs portables finalement branchés sur le secteur. Tellement moins endurants que nos cerveaux infatigables. Presque infatigables. Le manque de nourriture, de sommeil, comme vampire de mes capacités d'analyse, le gargouillis de l'estomac comme glas de l'instant de grâce. Sauvé par les maigres réserves encore disponibles dans mon lit. Papillotes aux emballages colorés balancés sans distinction autour de nous, à portée de mains, partagées.

« On a tout, mais dans le désordre. Soit on a tout faux depuis le début, soit notre ordre est brouillé. »

Neuf syllabes, sur une page. Ma , Ru, A, Zen, Ji, Kan, Sa, Tsu, Nyu. Et pas d'indice plus précis pour le moment.

Bâillement. Interruption momentanée. Ses yeux mi-clos, devenus humides, brillants. Notes de miel et caramel. Un peu comme du sucre non raffiné.

« Muscovado ou Rapadura… ? »

Interrogation lisible, comme rarement il l'était. « De quoi tu parles ?

- De rien. »

Mon sens des conventions sociales laissait peut-être à désirer, mais j'avais tout de même vaguement conscience que réfléchir à la nuance exacte des iris d'une personne du même sexe n'était pas très bien perçu. Mieux valait alors éviter le sujet, au risque de me voir ravalé au rang des amis de seconde zone, ou vagues connaissances. Injustice que la comparaison opérée. Pourquoi lui était-il capable de me ranger dans une petite case limitée, castratrice, et surtout commune, quand mon intellect était forcé de lui construire une nouvelle catégorie ?

Ralentissement régulier des mouvements, cerveau à la limite du mode automatique. La position des planètes à un moment précis ? Un rapport avec la rétrogradation de Pluton au rang de planète naine, une invitation à revoir le système dans sa globalité et ne plus penser aux neuf planètes, mais aux huit majeures et cinq mineures…

Léger mouvement de chute en périphérie de vision, cheveux cannelle désordonnés soumis à l'attraction terrestre. Les mains occupées à jouer avec des syllabes découpées et des symboles astraux, je déléguais la tâche d'empêcher sa jolie tête de s'écraser à mon front. Position d'équilibre agréable, les forces équivalentes permettant un relâchement total des muscles du dos et de la nuque. Front contre front, douce façon de continuer à réfléchir.

Pluton, Cérès, Haum ea, Makemake et Éris… Mars dieu de la Guerre, Jupiter dieu de la terre, du ciel et des êtres vivants, Neptune dieu des eaux vives, des sources, des océans… Poissons, Cancer et Scorpion signes d'Eau… Lune du changement, de l'alternance, des marées…

Odeur de shampoing et souffle contre ma peau. Quelques secondes hors espace temps. Peut-être quelques minutes à fermer les yeux.


« Si tu ne veux pas qu'elle rentre, dis-le lui. Avec de la chance, Misa restera loin d'ici, et nous n'aurons pas à supporter ses souvenirs de vacances.

- Elle n'est pas en vacances, elle travaille pour un film.

- Mon petit poney en cosplay ? Fascinant.

- Elle ramènera Mogi dans ses bagages. Avec Matsuda et Mogi, nous serons cinq, une personne de plus dans l'enquête pourrait… »

Sourcil relevé. « Raito, tu ne finiras pas cette phrase. Avec Mogi ça fait quatre. Toi et moi savons que Matsuda n'est pas une aide.

- Il peut être utile, si la tâche à faire est simple.

- À part trébucher et m'empoisonner, qu'a-t-il fait jusqu'à présent ? »

Ses lèvres restèrent entrouvertes, un souffle pour seule réponse. Bouche aux courbes alléchantes, au goût oublié. Le café lui irait bien. Rencontre des regards, la limite posée, presque sans trouble. Besoin de relancer la conversation, peu importait le thème.

« Le Cancer est un crabe. Pendant la Renaissance, le crabe était associé au papillon. Et à la devise Festina lente Hâte-toi lentement. Tu le savais ?

- Si tu veux jouer à ça, le sphinx n'est pas que la chimère posant des énigmes, c'est aussi un papillon, le sphinx à tête de mort. Les criminels aiment jouer avec les noms et les animaux. Les chiffres et l'astrologie aussi, je sais.

- On a pas essayé de lire les syllabes dans l'ordre des signes du zodiaque occidentaux ?

- Si. Sauf si…

- Sauf si on ne doit pas utiliser la date tropicale, mais la date sidérale.

- Ou la date astronomique. »

Excitation descendue jusque dans les reins et les doigts, reprise du travail, collaboration parfaite, frôlements de peaux quand nous voulions le même document, le même livre, au même moment. Synergie devenue drogue dure.

« Kanzen Jisatsu Manyuaru. Mode d'emploi complet du suicide.

- De Wataru Tsurumi. Six syllabes pour l'auteur, neuf pour le titre.

- Le signe du Cancer remis droit.

- Cette partie de l'énigme démêlée. »

Vrais sourires complices, envie d'exprimer cette joie fugace de la réussite. Après un rapide passage en revue des comportements observés par expérience, j'optais pour du simple. Mon bras droit entourant ses épaules, accolade un peu gauche. Chaleur si agréable, si différente des contacts humains habituels, comme lorsque Aizawa avait perdu le contrôle. Tapotement d'une main sur mon omoplate. « Ryuzaki, tu peux me lâcher, là.

- Ah. D'accord. » Encore quelques petits détails à régler concernant les démonstrations de joie entre amis, visiblement. Pourtant, ça avait été plus confortable qu'un déjeuner avec les « amis » de la fac, lieu de perdition propice aux naissances d'ulcères.

Téléphone sorti de sa veille, appel.

« Watari ? Tu peux m'amener des petits gâteaux de Noël allemands ou alsaciens ?

- De Noël ? En cette saison ? Il faut que la pâte repose vingt-quatre heures pour certains, ça risque d'être compliqué. Mais je peux te proposer des gaufrettes au miel, des biscuits à la cannelle, ou une forêt noire si le cœur t'en dit.

- Moui… et je pourrais avoir aussi Le Mode d'emploi complet du suicide ?

- Que… Je vais appeler quelques pâtisseries en Allemagne. Nous serons livrés avant l'heure du goûter. Ça te va ?

- Oui ! Merci ! » Joie réelle, disparue depuis quelques jours, retrouvée avec bonheur. « Mais j'ai vraiment besoin de ce manuel, c'est un indice donné par Beyond.

- … Bien. J'imagine que je dois quand même affréter un avion simplement pour ton caprice.

- Tu imagines bien. »

Beauté d'une énigme presque achevée. Frustration de devoir attendre la dernière pièce. Impatience de planter mes dents dans des anisbredele.

« Retiens-toi de baver, par pitié. Tu ressembles à un otaku avant une séance de dédicace de Toriyama.

- Tu n'as jamais goûté ces merveilles, tu ne peux pas comprendre.

- Je ne pense pas qu'une seule personne au monde puisse saisir ton amour pour le sucre.

- C'est que personne n'a jamais vraiment essayé. Mais soyons sérieux. Il faut qu'on parle d'une stratégie pour que Miss gourde ne revienne pas. »

Ses bras croisés, regard sévère, annonce d'un mur de certitudes placardées et de mauvaise foi intégrale.

« Elle a le droit de revenir, elle a un appartement ici.

- On s'en fiche, si elle remet les pieds au Japon, elle ne te lâchera plus, et tu seras à nouveau sous l'emprise de cette sangsue des marais.

- Exagération, le retour.

- Pou, tique ? Fasciola hepatica ?

- Toujours trop. Elle est mignonne, et a un petit talent dans ce qu'elle fait.

- … Tu dois beaucoup l'aimer, pour être à ce point aveugle et vouloir qu'elle revienne. »

Il ne répondit pas. Forcément. Nier comme approuver était impossible, même pour des raisons différentes.

« Si elle veut revenir, elle va revenir. Tu ne peux rien y faire, Ryuzaki.

- Si. Il y a toujours un moyen. De faire parler les gens, de les faire taire. De les éloigner aussi. Il suffit d'en assumer les conséquences.

- Belle leçon. Recopiée mille fois pour avoir été incendié par un président d'une grande puissance mondiale, ou eu une crise de foie après Pâques ?

- Non. C'est juste la vérité. Misa n'est pas encore revenue, c'est un futur hypothétique. L'avenir, tu n'as point à le prévoir mais à le permettre.

- Et donc ? Tu comptes invalider son passeport, ou la faire arrêter aux douanes pour détention de drogue que tu aurais fait placer dans ses affaires ?

- Ni l'un ni l'autre, je ne suis pas un monstre. Je compte juste faire fermer l'aéroport à l'heure où elle doit prendre son vol.

- Comme ça, sans raison. C'est beau, la justice qui retarde des milliers de personnes.

- Une alerte à la bombe est une bonne raison. Le temps qu'ils constatent qu'il n'y en a pas, les vols auront été annulés, et notre sécurité intellectuelle assurée. Et s'il le faut, je referai une alerte à l'aéroport de Tokyo. Merci qui ? »

Yeux levés au ciel, accompagnés d'un micro sourire. Victoire totale, éviction du parasite.


Le maigre ouvrage ne comportait que moins de deux-cents pages. Charmante littérature de fond de tiroir.

« Si je voulais mourir, je ne suis pas sûr de choisir la congélation.

- Non, il te suffirait de passer à la télé en disant « Coucou Kira, je suis L. Bisou, cordialement. ». La crise cardiaque est sans doute nettement plus fun. Mais j'ai un faible pour l'électrocution.

- Petit côté La Ligne verte ? Et souvenir aux voisins qui n'auront plus de courant pendant douze heures, condamnant le contenu de leur congélateur à une mort tragique. »

Mogi et Yagami père nettement moins enclins à rire d'un tel sujet. Lourdeur des regards, sujet triste et grave, blabla.

« Un indice. Il y a un indice qu'on n'a pas utilisé.

- Il reste les trous dans le sol, et les pages inversées.

- Combien ?

- 854. Comme… l'année de l'éruption du mont Fuji.

- Qui a crée la forêt d'Aokigahara.

- Le lieu idéal pour votre tentative de suicide. Malgré les panneaux tentant de vous dissuader de mettre fin à votre misérable existence.

- Forêt de 3500 hectares. Nous faut une carte pour trouver l'endroit exact.

- On cherche une tombe, un mausolée, figurés par Neptune et Pluton. Deux planètes nous donnent la nature. Et pour l'endroit exact, Beyond nous a donné…

- Une carte du ciel, en pointillés, inscrite sur le sol. Il n'y a qu'à la replacer à l'endroit d'où elle est visible à…

- 3h10. La montre d'Aiber. En Mars.

- Le 4 mars. Le dernier lundi quatre mars. Lune, Jupiter, Mars la date. Neptune et Pluton le lieu. »

Position déterminée en moins d'une heure. Adrénaline infusée dans les veines et euphorie fondue dans le ventre, excitation broyant les reins. Épaule serrée dans ma main, caressée du bout des doigts.


La suite le 13 Novembre, normalement : D

(Et c'est avec regret que je constate que les symboles de Jupiter et Mars ne passent pas sur , dans la phrase : Mains en activité, dessins tracés. : Jupiter, : Mars. Et… Le symbole de Jupiter ressemble à un 4 stylisé, celui de Mars a un rond surmonté d'une flèche pointe en haut (le symbole classique du masculin ) )