Bonjour !

Je posterai dans ce recueil mes textes écrits suite à des défis proposés sur le Discord de l'Enfer de Dante.

Cap ou pas cap d'écrire un Cersei/Jaime dans leur jeunesse ?


Miroir

oOo

Quand ils naissent, la rumeur court qu'ils sont si identiques qu'il est presque impossible de les distinguer et on se réjouit de la naissance de ces lionceaux dorés, reflets parfaits de la gloire des Lannister, leurs pleurs sont des rugissements où on entend l'avenir radieux de leur maison.

Jaime est né en tenant le pied de Cersei et c'était tendre, c'était beau, un soleil a illuminé le cœur de Joanna et de la pluie est tombée de ses yeux, son monde était parfait, pas un seul nuage dans le ciel de son bonheur, qui aurait pu penser qu'ils étaient déjà maudits, ça c'est une bonne question.

Cersei et Jaime dorment dans le même berceau, exacts reflets l'un de l'autre déjà baignés de rouge et d'or, trophées parfaits de la grandeur de leur père, espoirs d'une dynastie dont l'histoire sera écrite dans le sang.

Ils sont beaux, ces lionceaux, avec leurs yeux verts et leurs cheveux dorés, ils sont beaux et encore innocents, plus pour très longtemps mais ça ils ne le savent pas, ils grandissent en se tenant par la main et en se murmurant des choses à l'oreille, la nuit ils dorment l'un contre l'autre et on ne fait rien pour les séparer, pourquoi alors qu'ils ont l'air si heureux ? Ils se regardent les yeux dans les yeux et ils savent déjà qu'ils sont irrémédiablement identiques, ils ne forment qu'un et rien ne les séparera jamais.

Ah, s'ils avaient su, comme ils auraient pleuré, comme leur petit cœur d'enfant se serait brisé !

.

Le miroir commence à se fissurer devant le cadavre ensanglanté de Joanna et cette chose monstrueuse qui l'a déchirée dans son périple vers la vie, Cersei et Jaime n'en ont pas encore conscience mais un fossé se creuse, les reflets se décalent, se déforment, ce n'est pas leur apparence qui les sépare, pas encore, mais bien ce qu'il y a au fond d'eux-mêmes, la différence c'est que l'un aimera Tyrion de tout son cœur et que l'autre le haïra de toute son âme.

Joanna n'est plus là, il n'y a plus que Tywin et il commence à les regarder différemment, il invente des différences qui n'ont pas lieu d'être dans leur esprit encore un peu trop inconscient de la cruauté de ce monde.

On met une épée dans les mains de Jaime et une aiguille dans celles de Cersei, on cherche à les séparer mais ils échangent un sourire de connivence, personne ne comprend qu'ils ne forment qu'un et qu'ils n'auront jamais besoin de miroir tant que l'autre les regardera dans les yeux, ils sont fiers du stratagème qu'ils viennent de mettre en place tacitement, le langage secret des jumeaux est décidément la plus puissante des magies.

.

Ça ne dure pas, bien sûr.

Cersei échange ses vêtements avec Jaime et part s'entraîner à l'épée, et puis un jour elle cesse de le faire et se contente de le regarder.

Maintenant, c'est tout ce qu'on lui permet de faire.

Cersei a grandi, Cersei a de longs cheveux blonds qui lui tombent jusqu'en bas du dos, Cersei apprend à sourire et observe Jaime apprendre à se battre, le cœur meurtri de fêlures invisibles.

Il lui dit que ça ne change rien et elle doit lever la tête pour le regarder dans les yeux parce qu'il est plus grand qu'elle, juste un peu, elle a déjà compris, bien sûr, elle a compris que ce n'est que le début et que ce n'est plus en regardant son jumeau qu'elle pourra contempler son reflet.

Dix ans et plus trop d'innocence, ils sentent qu'une force supérieure à eux cherche à altérer leur unité alors ils la combattent et s'accrochent désespérément l'un à l'autre.

.

C'est un jeu, au début.

C'est un jeu quand Jaime pose ses lèvres sur celles de Cersei.

C'est un jeu quand ils prennent leur bain ensemble et se savonnent mutuellement.

C'est un jeu lorsqu'ils commencent à explorer leur corps ensemble, nus l'un contre l'autre dans un lit encore bien trop grand pour eux.

Rien que des jeux – des jeux d'enfants.

.

Le manteau de l'enfance glisse et leur apparence s'altère encore, maintenant il n'est plus possible de les confondre, cette époque est révolue et leurs jeux d'enfants n'ont plus rien d'innocent.

Cersei et Jaime ont conscience que ce désir qui brûle en eux est mal et pourtant, lorsque leurs lèvres se joignent, leur union ne peut que leur sembler bien.

Qu'importe s'ils ne sont plus identiques, ils ne formeront toujours qu'un et le monde peut bien brûler autour d'eux, ils se noieront allègrement dans leurs péchés sans jamais songer à remonter à la surface.

.

Rien n'empêche le miroir de se fissurer encore et encore.

Finalement, deux choses seulement parviennent à achever de le briser.

Jaime transperce Aerys de son épée et devient le Régicide.

Cersei transperce Robert de son regard et devient la reine.

Rien ne sera plus jamais comme avant, le destin les a maudits et les empêchera de jamais vraiment recoller les morceaux, c'est trop tard, beaucoup trop tard, ça l'est depuis leur naissance.

Quand ils se regardent, les émeraudes de leurs yeux ne leur renvoient que ces fissures immondes qui ne font que leur rappeler à quel point ils sont brisés.

.

Ironiquement, c'est lorsqu'ils sont sur le point d'éclater en mille morceaux que le miroir se reconstitue.

La mort approche et ils ne font de nouveau qu'un après toutes ces années passées à s'éloigner inexorablement, c'est triste qu'il ait fallu ça pour qu'ils se rappellent à quel point ils s'aiment, ils s'étreignent une dernière fois, même terreur, même désespoir, même regrets, le reflet est de nouveau parfait, et ils quittent ce monde comme ils y sont entrés, ensemble.