Ce texte et les quatre suivants ont été écrits dans le cadre de la session d'écriture organisée en l'honneur de l'anniversaire de House of the Lion, ma merveilleuse femme, sur le serveur Discord "Fics GOT". Je t'aime très fort et j'espère que ça te plaira !

Duo n°1 : Cersei et Jaime

Prompt 1 : ils se réconcilient après une dispute.

Prompt 2 : Jaime revient blessé d'une bataille/d'une attaque et Cersei s'occupe de lui.


Guérir

oOo

Cersei courait à travers les couloirs du Donjon Rouge en ayant l'impression de vivre un véritable cauchemar.

Si à peine quelques minutes plus tôt, la façon dont elle pourrait se débarrasser de Margaery Tyrell après le mariage – qui était imminent – occupait toutes ses pensées, l'ombre arrogante des roses était à présent le cadet de ses soucis.

Cersei atteignit sa destination essoufflée et, sans se soucier de reprendre contenance et d'arborer un air royal, elle pénétra dans la pièce sans prendre la peine de frapper, ses iris verts embrumés de terreur.

Les larmes aux yeux, elle s'assit doucement sur le bord du lit et effleura du bout des doigts la joue de Jaime. Inconscient, il ne réagit pas.

Cersei ne remarqua la présence de Pycelle que lorsqu'il se racla la gorge.

« Il va s'en sortir, Votre Majesté. »

Son regard se dirigea vers le bandage taché de sang qui était enroulé autour du ventre de son jumeau. L'image d'un autre homme victime d'une blessure semblable s'immisça dans son esprit – un homme qui y était resté.

« En êtes-vous certain ? » demanda t-elle sèchement.

« Absolument. »

« Cela vaudrait mieux pour vous. Dans le cas contraire, j'aurai votre tête. »

Pycelle ouvrit la bouche, probablement pour protester, mais se ravisa.

« Laissez-nous. »

Cersei ne le vit cependant pas quitter la pièce, concentrée comme elle était sur Jaime. Quand un domestique était venu la tirer des préparatifs du mariage pour lui annoncer que son frère avait été gravement blessé, elle n'y avait pas cru. Jaime était simplement parti patrouiller vers les différentes portes de la ville comme il l'avait fait des centaines de fois auparavant. Comment un mendiant quelconque aurait donc pu parvenir à lui voler son cheval, lui qui était la plus fine lame des Sept Couronnes ?

Cersei saisit doucement le moignon de Jaime – Pycelle lui avait retiré sa main d'or. C'était cela, la raison pour laquelle Jaime avait été si facilement battu. Il venait à peine de commencer à apprendre à se servir de sa main gauche. Il n'avait pas fait le poids contre la force du désespoir de son assaillant. Elle fut tentée de soulever le bandage pour voir à quelle profondeur le poignard avait pénétré avant de se raviser.

Elle avait beaucoup trop peur de savoir.

« Ça va aller, » murmura t-elle en lui caressant les cheveux. « Ça va aller. »

Pycelle lui avait assuré que Jaime allait s'en sortir mais une petite part d'elle-même ne put s'empêcher de douter. Et si son état se dégradait brusquement ? Et s'il connaissait la même fin que Robert ? Que deviendrait-elle, alors ?

J'en mourrais, songea t-elle sans la moindre hésitation.

La culpabilité se fraya un chemin jusqu'à son cœur.

La veille, Jaime et elle s'étaient encore disputés.

Leur relation, qui était déjà loin d'être au beau fixe depuis le retour de Jaime, avait été une nouvelle fois dégradée par des regards noirs et des mots tranchants. Jaime lui avait reproché une remarque particulièrement acide qu'elle avait faite à Tyrion plus tôt dans la journée. Elle avait répliqué avec le tact qui était le sien. Il avait insisté. Leurs cris avaient retenti dans la pièce pendant de longues minutes.

Quand Jaime, plein d'amertume, lui avait demandé si elle l'aimait vraiment, elle n'avait pas répondu, et il avait quitté la pièce sans qu'elle cherche à le retenir.

Comme elle le regrettait, à présent. Jaime aurait pu mourir lors de cette altercation, et il serait mort en pensant qu'elle ne l'aimait plus.

Des larmes se mirent à rouler sur ses joues.

« Je suis désolée, » murmura t-elle. « Reviens-moi, Jaime. Reviens-moi, je t'en prie. »

La perspective de le perdre lui était insupportable. Comment pourrait-elle vivre avec seulement une moitié de cœur ? S'il mourait, alors elle mourrait aussi, comme ils se l'étaient promis il y a des années ou une éternité plus tôt.

Cersei veilla sur Jaime avec anxiété pendant plusieurs heures. L'or du soir tombait lorsqu'il battit péniblement des paupières.

« Jaime, » souffla Cersei avec émotion.

Le regard de son jumeau s'éclaira. Il tenta de se redresser mais elle secoua la tête.

« Non, reste allongé. Tu as besoin de repos. »

Elle l'aida à boire un peu d'eau sans parvenir à plonger son regard dans le sien plus de quelques secondes. Le silence perdura jusqu'à ce qu'elle le brise.

« Tu m'as fait peur, Jaime. »

Il poussa un petit soupir, hocha la tête et lui pressa doucement la main.

« Je sais. »

Elle hésita, puis reprit :

« A propos d'hier soir... »

Mais elle ne parvint pas à poursuivre. Les mots se bousculaient dans sa bouche dans un ensemble d'émotions chaotique et incohérent – peut-être un peu comme leur relation. Mais cela ne voulait pas dire qu'elle ne pouvait pas en tirer quelque chose de beau, sincère et pur.

« Si tu étais mort... je ne l'aurais pas supporté. Et... je suis désolée de t'avoir laissé penser que je ne t'aimais plus. »

Comme pour appuyer ses paroles, et se souciant bien peu du risque que quelqu'un entre et les surprenne, elle se pencha et déposa un doux baiser sur ses lèvres, qu'il lui rendit aussitôt en lui donnant le goût salé des larmes de reconnaissance.

« Je t'aime Jaime... même si je n'ai pas été très douée pour te le montrer, ces derniers temps. »

Il se redressa, caressa tendrement ses boucles dorées et l'embrassa de nouveau.

« Je t'aime aussi. »

Un éclair de douleur le fit grimacer. Cersei fronça les sourcils et le fit se rallonger.

« Je vais m'occuper de toi pendant ta convalescence. Et ceci n'est pas négociable. »

« Cersei... je vais bien. »

« Tu t'es fait transpercer le ventre par un poignard. Tu ne vas pas bien. »

Renonçant à protester, il s'esclaffa et roula des yeux.

« Comme tu voudras. »

Un silence reposant les enveloppa. Jaime caressait le dos de la main de sa jumelle en savourant sa chance d'être encore en vie – d'être près d'elle. Une idée lui vint alors à l'esprit.

« Cersei ? »

« Oui ? »

« Tu sais ce qui m'aiderait à guérir plus vite ? »

Quand elle aperçut le petit sourire en coin qu'il arborait, Cersei comprit qu'elle n'allait pas aimer ce qui allait suivre.

.

Le lendemain matin, ce fut ensemble que Cersei et Tyrion entrèrent dans la chambre de Jaime. Ils s'assirent sur le lit en bavardant cordialement. Face à ce spectacle, Jaime ne put empêcher un grand sourire de venir étirer ses lèvres.

Si ça continuait comme cela, c'était certain : il serait sur pied en un rien de temps.